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Full text of "Le MahaBharata"

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BIBLIOTECA  PROVINM A T.R 


XXV 

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LE  MAHA-BHARATA 

POÈME  ÉPIQUE 


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f.a  reproduction  et  la  traduction  même  de  cette  traduction  sont 
interdites  en  France  et  dans  les  pays  étrangers. 


MEAUX.  — IMPRIMERIE  J.  CA  MU. 


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LE 

MAHA-BHARATA 

POÈME  ÉPIQUE 

DE  KR1SHNA-DWAIPAYANA 

nrs  COUMC MiKKXT  APPEL* 


C EST- A-DIRE  LE  COMPILATEUR  ET  L ORDONNATEUR  DES  VÉDAS 
Traduit  complètement  pour  la  première  fois  du  sanscrit  en  français 

FAR 

H1PP0LYTE  FAUCHE 

Traducteur  du  RAmAyaoa,  de*  Œuvre»  complète#  do  KAlidAaa,  etc. 
Abréviateur  du  RAmAjaaa 


PARIS 


AUGUSTE  DURAND  ET  PEDONE-LAURIEL,  LIBRAIRES 
Rue  Cujas,  9 

FRIEDRICH  KLLNCKSIECK,  LIBRAIRE 
Rue  de  Lille,  Il 

1867 


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I 


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DI 


AVANT-PROPOS. 


Nous  avoiis  l’honneur  d’offrir  au  public  savant  ce 
volume  septième,  qui  est  plus  correct,  nous  le 
croyons,  du  moins,  que  les  tômes  précédents  ; avan- 
tage, que  nous  devons  h notre  édition  de  Bombay. 
Elle  nous  a permis  de  comparer  ensemble  deux 
textes,  de  rectifier  l’un  par  l’autre,  et  d’apercevoir, 
du  plus  simple  coup-d’ceil,  les  fautes,  qui  s’étaient 
glissées  dans  l’impression  de  Calcutta. 

Tandis  que  nous  prenions  si  gratuitement  tant  de 
peines,  il  a paru  dans  la  Revue  de  la  Société  asia- 
tique, ou  il  va  paraître,  quelques  pages  écrites,  nous 
a-t-on  dit,  hostilement  contre  cette  traduction. 

Hostilement  ! Nous  avons  donc  un  ennemi,  nous, 
qui  ne  pensions  pas  en  avoir? 

Quel  mal  ce  livre  a-t-il  fait,  soit  à la  société,  soit 
à la  patrie,  soit  à l’avancement  des  lettres,  soit  à 
vous-même?  11  y a des  fautes  ! direz-vous.  Mais  qui 
n’en  a point?  Quand  vous  aurez  feuilleté  aussi  long- 
temps que  nous  les  patriarches  de  notre  science, 
vous  trouverez  qu’on  peut  reprocher  des  oublis,  des 
inadvertances,  des  imperfections  à Wilson,  à Bopp, 
à Westergaard,  à Bohtlingk  et  Roth  eux-mêmes. 


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VI 


AVANT-PROPOS. 


Vous  n’avez  donc  pas  cette  indulgence  littéraire 
du  bon  Horace,  qui  avait  l’ingénuité  d’écrire: 


Non  ego  paucis 

Offendar  maculis,  quas  aut  incuria  fudit, 

Aut  humana  parum  cavit  natura ? 

Quoi  ! je  traduise!  j’imprime  annuellement  près  de 
vingt-quatre  mille  vers  sanscrits,  et  vous  ne  passez 
pas  quelque  chose  à une  telle  promptitude  ! 

Qui  vous  oblige,  direz-vous,  à celte  folle  vitesse  ? 
Le  temps,  la  vieillesse,  soixante- dix  années  au  mo- 
ment, où  j’écris  cette  ligne  ! 

Si  la  mort  permet  que  je  m’assoie  un  instant  sur 
le  bord  de  ma  tombe  cntr’ouverte,  et  que  je  vous 
chante,  avant  qu’elle  ne  se  ferme  à jamais,  d’une 
voix,  où  l’on  ne  sent  pas  encore  les  grelottements  de 
la  vieillesse,  cette  longue  et  belliqueuse  complainte, 
je  dois  en  ressentir  de  la  reconnaissance  ; mais  ne 
pas  compter  follement  sur  un  plus  grand  nombre 
d’années,  qu’il  n’est  peut-être  pas  dans  les  desseins 
adorables  de  l’Être  absolu  de  vouloir  bien  nous 
accorder. 

Nous  avons  remarqué  aussi,  avec  moins  d’indif- 
férence , que , à l’exception  de  Strasbourg  et  de 
Messine,  aucun  souscripteur  des  autres  villes  n’avait 
répondu  par  le  moindre  mot  de  sympathie  à notre 
appel  en  détresse. 


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AVANT-PROPOS. 


TH 


Il  faut  donc  nous  résigner  à plier  les  voiles  de 
nos  espérances,  et  à voguer  durement,  toujours  la 
rame  à notre  main,  sur  cette  mer  trop  calme,  où  la 
traversée  n’est  plus  qu’un  devoir  de  loyauté,  d’hon- 
neur et  de  fidélité  à nos  engagements. 

Ce  qui  distingue  ce  présent  volume,  ce  sont  : 

Une  description  de  la  terre,  suivant  les  erreurs  et 
les  fables,  que  l’ignorance  avait  mises  alors  en  cir- 
culation; 

Un  récit  épisodique  sur  l’essence  de  Dieu,  la  na- 
ture, l’immortalité  de  l’âme  et  ses  transmigrations 
éternelles  d’une  existence  dans  une  autre  vie  ; 

Et,  vers  la  fin  du  chant,  l’entretien  de  Bhîshma 
et  de  Karna,  où  respire,  dans  un  langage  simple  et 
touchant,  le  mutuel  oubli  des  offenses  et  l’accepta- 
tion du  sort,  que  le  Destin  a fixé  pour  chacun 
d'eux. 

Le  milieu  de  cette  partie  du  poème  est  flamboyant 
de  ces  combats  trop  nombreux,  où  l’on  voit,  mal- 
heureusement, sans  aucune  émotion  du  cœur,  s’en- 
trégorger  ces  guerriers  aux  guirlandes  de  fleurs,  aux 
armures  d’or,  voiturés  dans  les  combats  sur  des 
palanquins  aux  épaules  de  leurs  fidèles  serviteurs, 
ou  montés  sur  des  coursiers  aux  cuirasses  d’or,  des 
éléphants,  revêtus  de  filets  d’or,  des  chars,  dont  l'or 
a changé  la  matière,  où  flottent  des  drapeaux  d'or 
et  des  étendards,  qui  portent,  brodés  en  pierreries, 


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vm 


AVANT-PROPOS. 


l’éléphant,  le  lion,  le  sanglier,  le  tigre,  emblème 
varié  de  chacun  d’eux. 

Parmi  ces  splendides  guerriers,  nous  remarquons, 
ii  l’étrangeté  du  costume,  ces  soldats  de  pied  en- 
tièrement couverts  d’épines,  en  guise  d’armures. 

Mais  qu’étaient  donc  ces  instruments  de  musique 
militaire,  appelés  des  tonnerres  et  des  scies  ? 

Comment  se  seryait-on  de  ces  arcs,  qui  lançaient 
des  traits  en  faisceaux,  des  flèches  associées,  des 
dards,  qui  partaient  ensemble,  comme  un  vol  d’oi- 
seaux, en  troupe  de  cinq,  de  dix,  de  vingt-cinq, 
de  cinquante,  de  soixante,  de  soixante-treize  ou 
dix-sepl,  de  quatre-vingt,  de  cent  et  même  de  cinq 
cents  à la  fois  ? 

Qu’était-ce  que  ces  armes  à feu,  rudimentaires, 
sans  doute,  qu’on  nommait  des  bhouÇoundîs. 

Qu’élait-ce  que  ces  çataghnîs  ou  tueusses  de  ceni 
hommes  ? Était-ce  une  sorte  d’essai  primitif  du 
canon  européen  ? 

Difficiles  questions,  qui  exerceront  bientôt  l’éru- 
dition des  savants  de  notre  continent,  lorsque  l’his- 
loire  et  la  littérature  sanscrite  seront  parvenues  S 
toute  l’extension  de  culture,  où  sont  arrivées  depuis 
long-temps  les  histoires  et  les  littératures  de  la 
Grèce  et  de  l’Italie. 

Parc  du  collège  de  Juilly,  29  juin  1867. 

Hippolyte  Fauche. 


Diqilized 


LE  MAHA-BHAHATA 

POÈME  SANSCRIT. 


BHISHMA-PABVA 

nr  LE  CHANT  DE  IIHtSHMA. 


SIXIÈME  LECTLRE  ET  CHAPITRES  ST'IVANTS. 


Dhrilar&shtra  dit  : 

« Tu  as  raconté  sommairement  cette  île,  telle  quelle 
est,  sage  Sandjava;  mais  tu  connais  la  vraie  nature  des 
choses,  expose -les-moi  en  détail.  19A. 

» On  voit  l’étendue  de  la  terre,  quelque  vaste  qu’elle 
soit,  dans  cette  marque  du  lièvre.  Dis-moi  quelle  est  sa 
grandeur;  tu  parleras  du  lièvre  ensuite.  » 195. 

A ces  mots  du  roi,  Sandjaya  reprit  la  parole  en  ces 
termes  : 196. 

Les  six  grandes  montagnes,  qui  s'élèvent  à l’orient, 
Mahârâdja,  sont  égales;  il  y a ensuite  à l’un  et  l’autre 
côté  deux  mers  profondes,  au  levant  et  au  couchant.  197. 
vu  1 


2 


LE  MAHA-BHARATA. 


L’Hiraavat,  l’Hémakoûta  et  le  Nishadha,  la  plus  haute 
des  montagnes,  le  Ntla,  fait  de  lapis-lazuli,  le  Çwéta,  sem- 
blable à l'astre  des  nuits,  198. 

Le  mont  appelé  Çringavat,  revêtu  de  tous  les  métaux  : 
ces  montagnes  sont  fréquentées,  sire,  des  Siddhas  et  des 
Tchâranas.  199. 

Des  milliers  d'yodjanas  sont  répandus  entre  elles.  Là, 
de  saints  villageois,  Bharatide,  habitent  ces  montagnes 
saintes.  200. 

De  tous  les  côtés  réside,  au  milieu  de  ces  montagnes, 
une  grande  variété  d’animaux.  Cette  terre  est  le  Bhàra- 
ta-Varsha  (1),  l' Himalaya  est  plus  au  septentrion.  201. 

Le  Hari-Varsha  est,  dit-on,  plus  reculé  que  l'Hérna- 
koûta;  il  est  près  du  Nila,  au  midi,  et  du  Nishadha.au 
nord.  202. 

Le  mont  appelé  Mâlyavat  est  une  grande  montagne  à 
l’orient  ; au-delà  de  ce  Mâlyavat  est  le  mont  Gandhamâ- 
dana.  203, 

Le  mont  Gandhamâdana  s’élève  à un  degré  de  mar- 
che (2);  le  Mérou,  montagne  d’or,  est  au  milieu  de  ces 
hauteurs,  qui  font  un  cercle  autour  d'elle.  20A. 

Tel  que  le  feu  sans  fumée,  il  a la  splendeur  du  soleil 
adolescent;  sa  grandeur,  assure-t-on,  est  de  seize  mille  (3) 
yodjanas.  205. 

11  se  plonge  dans  les  entrailles  (A)  de  la  terre,  sire, 
jusqu’à  quatre-vingt-quatre  mille  yodjanas;  il  se  tient, 
couvrant  les  mondes  en  haut,  en  bas,  obliquement.  200. 

(1) L'lnde. 

(2)  Ce  vers  manque  à l'édition  de  Bombay. 

(3)  Quatre-vingt-quatre  mille  yofljnnns , suivant  le  telle  «le  Bombay. 

(4)  Ad Uas:  Bombay. 


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BHISHMA-PARVA. 


S 


Ces  quatre  lies,  auguste  Bharatide,  sont  vomies  se 
ranger  à ses  quatre  côtés:  le  Bhadrâçwa,  leRétoumâla,  le 
Djamhoudwlpa  et  les  habitations  sanctifiées  des  Outtara- 
Kourous.  A la  vue  de  corneilles-d'or,  l’oiseau  Soumoukha, 
qui  est  bien  le  fils  de Garouda, conçntcette pensée:  «Puis» 
que  le  Mérou  ne  fait  aucune  distinction  entre  les  moindres, 
les  moyens  et  les  plus  grands  des  volatiles,  je  renonce  à 
l'habiter  ! » Le  soleil,  la  plus  excellente  des  lumières, 
décrit  éternellement  sa  révolution  autour  de  lui. 

•207-208—209—210. 

11  en  est  ainsi  delà  lune,  des  constellations  du  zodiaque 
et  du  vent  favorable.  Cette  montagne  est  douée,  grand 
roi,  de  fleurs  et  de  fruits  célestes.  211. 

Elle  est  couverte  de  palais,  tous  parés  d'or.  Là,  sur  ce 
mont,  sire,  folâtrent  perpétuellement,  accompagnés  par 
les  troupes  des  Apsaras,  les  Rakshasas,  les  Asouras,  les 
Candharvas  et  les  choeurs  des  Dieux.  Là,  Brahma,  Itou  (Ira 
et  paiera  lui-même.  le  souverain  des  Immortels, 

212-213. 

Célèbrent  de  compagnie  divers  sacrifices,  riches  de 
maint  et  maint  présent  honorifique.  Là,  Toumbourou, 
Nôrada,  Viçwâvasou,  Hàhà  et  Houhoû  21  à. 

S'approchent  et  chantent  différents  hymnes  en  l’hon- 
neur de  ces  Immortels  les  plus  éminents.  Les  sept  ma- 
gnanimes Rishis  et  Kaçyapa  le  Pradjâpati  215. 

Y viennent  toujours  à chaque  parvan  : sur  toi  descende 
la  félicité  I Sur  la  cime  de  ce  mont  se  tient  dans  le  ciel, 
maître  de  la  terre,  Ouçanas,  surnommé  Kâvya.  216. 

C'est  à lui  que  l’or  appartient,  à lui  appartiennent  les 
pierreries  et  ces  montagnes  de  pierres  fines.  Kouvéra 
jouit  de  la  quatrième  partie  de  cette  richesse.  217. 


6 


LE  MAHA-BHARATA. 


Il  donne  aux  hommes  une  minime  portion  de  son  opu- 
lence. Sur  le  flanc  septentrional  de  la  montagne  est  un 
bois  charmant  de  karnikâras,  céleste  de  tous  les  côtés, 
chargé  de  fleurs  et  sorti  de  la  masse  des  rochers.  Là,  est 
Paçoupati  en  personne,  environné  de  BhoAtas  divins. 

218—219. 

L’adorable  auteur  des  Bhoûtas  s’y  amuse,  accompagné 
d’Oumâ  : il  porte  une  guirlande  composée  de  karnikâras, 
et  qui  descend  jusqu’à  ses  pieds.  220. 

Éclairé  par  trois  yeux  comme  par  trois  soleils,  montés 
sur  l’horizon,  il  est  contemplé  par  les  Siddhas  vertueux, 
à la  pénitence  terrible,  aux  paroles  de  vérité;  mais  il  est 
impossible  de  le  voir  aux  méchants.  De  la  tête  de  cette 
montagne,  souverain  des  hommes,  pleuvent  des  gouttes 
de  lait.  221 — 222. 

Revêtue  de  toutes  les  formes,  incommensurable,  avec 
un  son  épouvantable  de  vents  impétueux,  tombe,  d’une 
rapidité  éternelle,  dans  le  lac  saint  de  la  Lune,  la  sainte 
Gangà,  la  fortunée  Bhâglratht  aux  rives  habitées  par  les 
plus  grands  des  saints.  C’est  elle,  qui  forme  ce  lac  pur, 
image  de  la  mer.  223 — 224. 

Le  Dieu,  qui  tient  l’arc  Pinâka,  a supporté  cent  mille 
années  sur  sa  tête  ce  fleuve,  plus  difficile  à soutenir  que 
la  terre  elle-même  avec  ses  montagnes.  225, 

. Au  versant  occidental  du  Mérou,  souverain  des  hommes, 
s’élève  le  Kétoumàla.  Ici,  dans  la  division  du  Djambou, 
s’étend  une  vaste  contrée.  226. 

La  vie  est  là  de  dix  mille  ans,  Rharatide  ; les  hommes 
ont  la  couleur  de  l’or  et  les  femmes  ressemblent  à des 
Apsaras.  227. 

Là  , sans  maladie,  sans  chagrin,  les  hommes  naissent , 


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BHISHMA-PARVA. 


5 


l'âine  joyeuse,  éclatants  par  la  couleur  de  l’or  brûlé.  228. 

Environné  par  les  troupes  des  Apsaras,  le  souverain 
des  Gouhyakas,  Kouvéra  s'amuse  avec  les  Rakshasas  sur 
les  sommets  du  Gandhamàdana.  229. 

Les  autres  habitants  des  flancs  de  cette  montagne 
appartiennent  à différentes  localités  : leur  vie  s’étend 
au-delà  de  onze  mille  années.  230. 

Là,  sont  des  femmes  azurées,  à la  grande  vigueur, 
sire,  entourées  de  splepdeur,  nymphes  brillantes,  de 
la  couleur  des  lotus  bleus,  toutes  agréables  aux  yeux. 

Le  Swéta  est  plus  septentrional  que  le  Nilâ,  et  l’Haî- 
ranyaka  plus  au  nord  que  le  Swéta.  La  division  d'Airà- 
vata,  sire,  est  couverte  de  campagnes  variées.  231 — 232. 

Deux  divisions,  grand  roi,  se  tiennent  au  nord  et  au 
midi,  comme  les  deux  extrémités  d’un  arc  : entre  elles 
s’étendent  les  .autres  cinq  divisions  ; mais  llavrita  est  au 
milieu.  233.  . 

La  plus  septentrionale  des  divisions  du  nord  l’em- 
porte sur  les  autres  par  ses  qualités  : la  vie,  le  jugement, 
la  santé  y sont  d’après  le  juste,  l’agréable  et  l’utile.  23 h. 

Différentes  propriétés  accompagnent  les  êtres  dans 
ces  grandes  régions.  La  terre  est  comme  ici  couverte  de 
montagnes.  235. 

L'Hémakoùta  est  d’une  bien  grande  élévation  : le 
mont  appelé  Kaîlâsa  est  la  région,  sire,  où  le  Viçravanide 
se  joue  avec  les  Gouhyakas.  236. 

Le  Kallâsa  est  au  septentrion,  à l’ opposite  du  mont 
Malnaka.  Le  sommet  d’or  s’élève  à une  bien  grande 
hauteur  ; c'est  une  montagne  céleste,  formée  de  pierre- 
ries. 237. 

A son  flanc  est  un  grand  bàlouka  d’or , charmant, 


fl 


LE  MAHA-BHARATA. 


splendide,  divin,  nommé  Vindousara,  où  le  roi  Bhagt- 
ratha  238. 

Fit  son  habitation  plusieurs  années,  après  qu’il  eut 
vu  la  Gangà  appelée  de  son  nom  la  Bhàgtrathl.  Là,  sont 
des  colonnes  victimaires  faites  de  pierreries  et  des  Tchai- 
tyas  d’or,  239. 

Où  l’Immortel  aux  mille  yeux,  à la  vaste  renommée, 
atteignit  la  perfection  par  les  sacrifices;  où  le  créateur 
éternel  de  tous  les  mondes,  le  seigneur  des  êtres,  à la 
brûlante  splendeur,  est  adoré  de  tous  les  côtés  par  les 
créatures  ; où  sont  Nara  et  Nàrâyana,  Brahma,  Manou  et 
Sthanou,  le  cinquième.  240 — 241. 

C’est  là  que  la  rivière,  qui  promène  ses  ondes  en 
trois  lits,  fait  d'abord  son  séjour  ; et,  sortie  du  inonde  de 
Brahma,  elle  descend  ici-bas  et  se  partage  en  sept  ca- 
naux : 242. 

La  Vaswokasârâ,  la  Naliul,  la  Saraswatl  aux  limpides 
eaux,  la  Djamboûnadl,  la  Sità,  la  Gangà  et  le  Sindou,  qui 
est  le  septième.  243. 

C'est  là  que  Ishwara  lui-même  établit  cette  règle  in- 
concevable et  pareille  à quelque  chose  de  divin  : qu'on  y 
célébrerait  le  sacrifice  (1)  pendant  la  révolution  de  mille 
yougas.  244. 

La  Saraswatl  est  visible  ici  et  invisible  là.  Ces  cours 
d’eau  sont  des  rivières  divines.  La  Gangà  est  renommée 
dans  les  trois  mondes.  245. 

Les  Rakshasas  sont  dans  l'Himavat,  les  Gouhyakas 
dans  l’Hémakoûta,  les  serpents  Nâgas  dans  le  Nishadha 
et  les  ascètes,  riches  en  pénitences,  dans  le  Gokarna. 


Satram , édition  de  Bombay. 


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BH1SHM  V-PARVA. 


/ 


Le  Swéta  est  nommé  la  montagne  de  tous  les  Asouras 
et  de  tous  les  Dieux  ; les  Gandharvas  sont  toujours  dans 
le  Nishadha  et  les  Brahtnarshis  dans  le  Nlla.  246 — 247. 

Sur  les  sommets  est  le  rendez-vous  des  Dieux.  Telles 
sont  en  abrégé,  Mahâràdja,  les  sept  grandes  divisions  de  la 
terre.  248. 

Les  cinq  éléments  y sont  entrés,  immobiles  et  mo- 
biles : leur  accroissement  chez  les  Dieux  et  les  hommes 
est  soumis  à des  conditions  de  plusieurs  espèces.  249. 

Il  est  impossible  d’énumérer  quels  désirs  bien  croya- 
bles ils  ont  d'être.  Mais  ce  que  tu  me  demandes,  sire, 
n’est-ce  pas  cette  divine  forme  de  la  lune?  250. 

Sur  le  flanc  de  la  lune,  sont  deux  varshas  ou  grande* 
dilutions,  qu'on  appelle  du  nord  et  du  midi  : elle  a pour 
ses  oreilles  file  des  Nàgas  et  l’SIe  de  Kaçyapa.  251. 

Le  fortuné  mont  Malaya , sire , est  un  rocher , où 
stagne  un  lac:  on  voit  pareille  à la  lune  cette  seconde  forme 
de  file.  252. 

Dhritaràshtra  dit  : 

« Expose-inoi,  Sandjaya,  le  flanc  (1)  oriental  et  même 
la  partie  intérieure  du  Mérou  : décris-moi,  homme  à la 
vaste  intelligence,  le  mont  Mâlyavat,  sans  rien  omet- 
tre. » 253. 

Sire,  lui  répondit  Sandjaya,  sur  le  versant  méridional 
du  Nila  et  sur  le  flanc  septentrional  du  Mérou,  sont  les 
vertueux  Outtarakourous,  qui  jouissent  de  la  fréquenta- 
tion des  Siddhas.  254. 

Là,  chargés  de  Heurs  et  de  fruits  continuels,  les  ar- 
bres ont  des  fruits  aussi  doux  que  le  miel  ; les  fleurs  sont 


(i)  Parsvoaiiy  texte  de  Bombay. 


8 


LE  MAHA-BHARATA. 


pleines  de  la  plus  exquise  odeur  ei  les  fruits  sont  remplis 
de  saveur.  2ôô. 

IA,  souverain  des  peuples,  il  est  des  arbres,  par  lesquels 
sont  comblés  tous  les  désirs;  là,  souverain  des  hommes, 
il  est  des  arbres, 'qui  versent  assurément  du  lait,  256. 

Qui  conservent  toujours  un  lait  doué  des  six  saveurs 
et  semblable  à l’ambroisie,  qui  engendrent  au  sein  de  leurs 
fruits  des  habits  et  des  parures.  257. 

Toute  la  terre  est  faite  de  pierreries,  le  sable  est  d’un 
or  épuré.  Là,  on  vçit  une  portion  de  terre  charmante,  pa- 
reille aux  perles  et  aux  pierreries,  semblable  au  lapis— 
lazuli  ou  au  diamant,  et  dont  l’éclat  est  égal  à la  rougeur 
du  lotus.  La  sensation  de  f tiir  y est  agréable  en  toutes 
les  saisons,  roi  des  peuples,  elle  est  sans  boue  ni  pous- 
sière. 258—259. 

Là,  sont  de  grands  lacs  splendides,  ravissants,  au  tou- 
cher délicieux  : là,  tous  les  hommes  qui  naissent,  sont 
tombés  du  monde  des  Dieux.  260. 

Ils  sont  doués  tous  de  familles  pures;  tous  sont  d'un 
aspect  fort  agréable  : il  y naît  aussi  des  couples  et  des 
femmes,  qui  ressemblent  aux  Apsaras.  261. 

Ils  boivent  au  pis  des  vaches  un  lait  pareil  à l’aui- 
broisie.  Là,  naît  et  grandit  à propos  un  couple  égal  en 
tout.  262. 

Doués  de  qualités  et  de  formes  égales  avec  des  vête- 
ments semblables,  ils  se  ressemblent  de  cette  manière, 
seigneur,  comme  un  couple  de  tchakravàkas.  263. 

Sans  maladii  s,  l’ànie  toujours  dans  la  joie,  ces  créa- 
tures vivent  dix  mille  ans,  auxquels  s’ajoutent  dix  cen- 
taines d’années.  Jamais,  on  ne  voit  dans  un  couple,  grand 
roi,  l'un  abandonner  l'autre.  Là,  sont  des  oiseaux  redou- 


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BHISHMA-PARVA. 


0 

tables  au.\  becs  aigus,  nommés  Bhàroundas.  26A — 265. 

Ils  enlèvent  les  monts  dans  cette  région,  et  les  jettent 
dnns  les  cavernes.  Je  vais  te  dire  sommairement,  sire,  et 
suivant  la  vérité,  les  peuples,  qu’on  appelle  Outtarakou- 
rous  et  qui  habitent  le  flanc  oriental  du  Mérou.  L’illustre 
Bhadràçva  fut  sacré,  maître  des  hommes,  sur  larégion  de 
l’orient.  266—267. 

Là,  est  une  forêt  de  râlas  fortunés,  où  s'élève  un  grand 
arbre,  le  Kâlàmra,  qui  est,  roi  puissant,  un  arbre  toujours 
chargé  de  fleurs  et  de  lruits.  268. 

Il  a un  yodjana  de  hauteur  ; ses  branches  sont  habitées 
par  les  Siddhas  et  les  Tchàranas.  Là,  vivent  des  hommes 
blancs  à la  grande  force,  revêtus  de  splendeur.  261). 

Là,  sont  des  femmes  belles  à l'aspect  aimable,  cou- 
leur du  lotus  blanc,  aux  clartés  de  la  lune,  à la  teinte  de 
la  lune,  aux  visages  pareils  à la  lune  dans  une  pléomé- 
nie.  270. 

Elles  ont  les  membres  frais  comme  les  rayons  de  la 
lune  ; elles  sont  habiles  dans  le  chant  et  la  danse.  La  vie 
dans  ces  lieux,  éminent  Bharatide,  embrasse  dix  mille 
années.  271. 

Le  suc  du  Kàlàmra  est  leur  breuvage  et  ils  jouissent 
d’une  éternelle  jeunesse.  Au  midi  du  Nila  et  au  septen- 
trion du  Nishadha,  272. 

Se  dresse  un  grand  jambousier,  nommé  Soudarçana, 
arbre  saint,  immortel,  chargé  de  fruits  au  gré  de  tous 
les  désirs  et  qui  est  habité  par  les  Siddhas  et  les  Tchà- 
ranas. 273. 

De  son  nom  fut  appelé,  souverain  des  Bharatides,  l’im- 
mortel Djamboûdwipa.  La  hauteur  de  ce  roi  des  arbres, 
qui  va  loucher  les  cieux,  monarque  des  hommes,  est  de 


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10 


IÆ  MAHA-BHA1UTA. 


mille  et  cent  yodjanas  : sa  largeur  est  de  mille  quinze 
cents  coudées.  Les  fruits  de  cet  arbre,  où  sont  contenues 
les  diverses  saveurs,  produisent,  en  tombant  sur  la  terre 
un  vaste  bruit.  274 — 275—27(5. 

Ils  répandent  sur  elle  un  suc  semblable  à l'argent,  et  le 
jus  des  fruits  de  ce  jauibousier,  monarque  des  hommes, 
devient  une  rivière.  277. 

Quand  on  a fait  le  tour  du  Mérou,  l’on  arrive  chez  les 
Outlarakonrous.  La  placidité  est  l'âme  de  ce  peuple,  sire, 
et  la  soif  n'existe  pas  chez  eux.  278. 

Dès  qu’on  a bu  ce  suc  des  fruits,  la  vieillesse  n'ose  plus 
fondre  sur  eux.  (V est  de-là  que  l’or,  parure  des  Dieux  est 
nommé  Djâmboûnada.  279. 

Là,  le  soleil  naît  sur  l'horizon  avec  les  couleurs  de  la 
cochenille:  là,  les  hommes  naissent  avec  la  teinte  du  soleil 
adolescent.  280. 

Là,  sur  la  cluie  du  Màlyavat,  on  voit  continuellement, 
roi  îles  Bharatides,  le  feu  de  la  mort  porter  au  ciel  une 
offrande  sous  le  nom  de  Samvarttaka.  281 . 

Sur  la  cime  du  Màlyavat  s’étendent  les  Poùrvànongan- 
dikas  orientaux.  Le  Màlyavat,  sire,  est  haut  de  cinquante 
mille  yodjanas.  282. 

Là,  sont  des  hommes,  semblables  à l’argent  sans  mé- 
lange : tous  sont  tombés  du  monde  de  Hraluna,  tous  sont 
en  état  d'exposer  la  doctrine  des  Védas.  283. 

Voués  à une  perpétuelle  chasteté,  ils  supportent  une 
cruelle  pénitence,  et  ils  entrent  dans  le  soleil  pour  la  con- 
servation des  êtres.  284.- 

Us  vont  autour  de  l’astre  radieux,  tandis  que  soixante 
milliers  et  soixante  centaines  d'années  se  déroulent  devant 
le  soleil.  285. 


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BH1SHMA-PARVA.  H 

Après  la  révolution  de  soixante-six  mille  années,  et 
quand  ils  ont  supporté  les  ardeurs  du  soleil,  ils  entrent 
dans  le  cercle  de  la  lune.  286. 

u Dis -moi  suivant  la  vérité,  Sandjaya,  interrompit 
Dhritarâshtra,  les  noms  des  régions  et  des  montagnes,  et 
qui  sont  les  habitants  de  ces  montagnes.  » 2S7. 

Au  midi  du  Swéta  et  au  nord  du  Nishadha,  répondit 
Sandjaya,  s'étend  la  région,  appelée  Ramaka,  où  vivent 
des  hommes,  qui  tous  n’ont  pas  d'ennemis,  qui  sont  tous 
-de  famille  pure,  qui  tous  sont  d’un  aspect  très-agréable. 

288—289. 

Au  midi  du  Ntla  et  au  septentrion  du  Nishadha  est 
la  région  nommée  Hiranmaya,  où  coule  la  rivière  Hairan- 
vati.  290. 

Là,  réside,  puissant  monarque,  le  roi  des  oiseaux,  le 
plus  grand  des  volatiles;  là,  sont  les  Yakshas  à l’exté- 
rieur aimable,  les  suivants  du  Dieu  des  richesses.  291. 

Là,  habitent  des  êtres  à la  grande  force,  à l'âme  con- 
tente ; ils  vivent  une  longueur  de  vie,  roi  des  enfants  de 
Manou,  qui  embrasse  dix  mille  ans  et  quinze  centaines 
d'aunées.  11  y a trois  cimes  diverses.  292 — 293. 

L’une  est  faite  de  perles,  comme  l’autre  est  composée 
d’or  ; la  troisième  est  faite  de  pierreries  et  embellie  de 
palais.  294. 

Là,  réside  continuellement  la  Déesse  Çàndili,  qui  ne 
doit  qu’à  soi -même,  l’éclat,  dont  elle  brille.  Au  septentrion 
de  ce  sommet,  à l’extrémité  de  la  mer,  souverain  des 
hommes,  295. 

Et  la  plus  élevée  de  cette  chaîne  de  montagnes,  est  la 
région  appelée  Atràvata,  où  le  soleil  n’échaulfe  pas , où 
les  hommes  ne  vieillissent  point.  296. 


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12 


LE  MAHA-BHARATA. 


La  lune  avec  ses  constellations  y voit  sa  lumière  comme 
voilée.  Là|  naissent  des  hommes,  brillants  comme  des 
lotus,  à la  couleur  de  lotus,  aux  yeux  semblables  aux  pé- 
tales du  lotus,  aux  senteurs  exquises  comme  lçs  feuilles 
du  lotus.  Actifs,  aux  odeurs  aimées,  sans  nourriture, 
exempts  de  passions,  les  sens  vaincus,  ils  sont  tous,  sire, 
tombés  du  monde  des  Dieux.  Les  hommes  vivent,  sire,  6 
le  plus  vertueux  des  Bharatides,  une  longueur  d’exis- 
tence, qui  embrasse  treize  milliers  d’années.  Au  septen- 
trion de  la  mer  aux  ondes  de  lait,  seigneur, 

297—298—290—300. 

Hari-Vaikounta  habite  sur  un  char  fait  d’or,  Ce  véhi- 
cule à huit  roues,  à la  grande  vitesse,  à la  couleur  de  feu, 
décoré  d’or,  est  doué  de  la  vie  et  rapide  comme  la  pensée. 
Ce  Dieu  est,  seigneur,  le  Très-Haut,  le  maître  de  tous  les 
êtres,  301  — 302.  ' 

L’abrégé  et  l'extension,  l’auteur  de  toutes  choses  et 
l’auteur  de  toutes  les  actions  ; il  e t la  terre,  l’eau,  l’at- 
mosphère, lèvent,  la  lumière;  il  est  le  sacrifice  de  tous 
les  êtres,  et  le  feu  est  sa  bouche.  303 — 30/i. 

A ces  paroles  de  Sandjaya,  le  roi  Dhritaràshtra  au 
grand  cœur  se  plongea,  souverain  des  hommes,  dans  ses 
pensées  au  sujet  de  ses  (ils.  305. 

Quand  il  eut  terminé  ses  réflexions,  le  prince  à la 
grande  splendeur  parla  de  nouveau  en  ces  termes  : 
« Sans  doute,  fils  du  cocher,  la  mort  abrège  ce  monde. 

» Elle  va  tout  créer  une  seconde  (ois  ; il  n’est  rien  de 
permanent  ici-bas.  Nara  et  Nârâyana  savent  tout  ; ils  sont 
le  cœur  de  tous  les  êtres.  300 — 307. 

«C’est  Vaikounta,  suivant  les  Dieux,  et  Vishnou,  suivant 
les  hommes,  qui  est  le  maître  de  toutes  choses.  308. 


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BHJSHMA-PAllVA. 


1» 


» Parle-moi  de  cette  région  Bhàrata,  où  est  cette  armée 
superbe,  où  est  ce  Douryodhana,  mon  fils,  ambitieux  sans 
mesure,  où  sont  les  Pàndouides,  objet  de  son  envie,  où 
mon  àme  est  plongée  dans  la  douleur.  Expose-moi  tout 
avec  sincérité,  car  je  t’estime  une  personne  de  sens.  » 

308 — 310. 

Les  fils  de  Pâtulou  ne  sont  pas  ambitieux,  répondit 
Sandjaya;  écoute,  sire,  ma  parole.  Ici,  les  ambitieux 
sont  Douryodhana  et  Çakouni  lui-méme,  fils  de  Soubala. 

Une  colère  mutuelle  divise  les  autres  kshatryas,  sou- 
verains des  différents  pays,  qui  ont  apporté  leurs'  cupides 
passions  dans  cette  contrée  du  Bhàrata.  311 — 312. 

Je  vais  te  raconter  ici,  Bharatide,  cette  région  du  Bhâ- 
rnta,  chère  au  Dieu  Indra,  à Manou,  ainsi  qu’à  Y’ama,  à 
Prithou,  sire,  le  fils  de  Vénya,  au  magnanime  lkshwàkou, 
à Yayàti,  à Ambarisha,  à Çivi  l’Ouçinaride,  à Rishabha, 
à Éla,  au  roi  Nriga,  à konçika,  au  magnanime  Gâdhi,  à 
Sotnaka,  à Dilipa  et  aux  autres  vigoureux  kshatryas, 
inaffrontable  Mahàràdja.  313—  314 — 315  — 310. 

Je  t’exposerai,  Indra  des  rois  et  dompteur  des  enne- 
mis, selon  que  la  topographie  en  fut  portée  à mon  oreille, 
Bharatide,  cette  aimable  région  du  Bhàrata.  317. 

Écoute  de  ma  bouche,  sire,  la  chose,  sur  laquelle  tu 
m’interroges.  Le  Mahéndra,  le  Malaya,  le  Sahya,  le  Çak- 
timat,  le  Gandhamàdana,  le  Vindhya  et  le  Pàripâtra: 
voilà  sept  nobles  alpes,  sire.  En  face  d'elles,  se  dressent 
par  milliers  des  montagnes,  moinsconnues,  mais  grandes, 
fertiles,  aux  plateaux  variés.  Ensuite,  il  en  est  d’autres 
ignorées,  petites,  et  des  collines,  qui  dépendent  de  res 
moindres.  318 — 319 — 320. 

Al  entour,  auguste  kourouide,  vivent  des  Aryas,  des 


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IA  LE  MÀHA-BHARATA. 

Mlétchhas,  des  races  mêlées.  Ils  boivent  le  grand  fleuve 
du  Gange,  le  Sindhou,  laSarasvatl,  321. 

La  GodAvari,  la  Narmadà,  la  vaste  rivière  BAhourià,  la 
Çatadroû,  la  Tchandrabhâgà  et  la  profonde  Yamounâ, 

La  Vipâçâ  au  lit  de  pierres , la  Yipâpâ  aux  sables 
épais,  la  rivière  Vétravatî  et  le  fleuve  Krishnavént, 

322—323. 

L’iràvatl  et  la  Vitastâ,  la  Payoshnt  et  la  Dévikâ  niêine, 
la  Védavatl,  commémorée  dans  les  Védas,  et  la  très-sainte 
Ikshoum&lavl,  32 A. 

La  Karlshinl,  la  Tchitravahâ,  le  fleuve  Tchitrasénâ,  la 
Gomatl,  où  les  péchés  sont  effacés,  et  la  grande  rivière 
Gandakt,  325. 

La  trois  fois  divine  (1)  Kaàuçikt,  la  Krityâ,  la  Nt- 
tchitâ,  la  Lohatârini,  la  mystérieuse  Gatakoutnbhft  et  la 
Sarayoû,  326. 

Lfi  Tcharmanvat!,  la  Tchandrabhâgà  (2),  la  Hastisomâ 
et  la  Diç,  la  Guravatl,  la  Pavoshnl  supérieure  et  la  Bhl- 
marathi,  327. 

La  Kàvért,  la  Tchoulakà,  roi  des  hommes,  la  Vinâ,  la 
Gatabalà,  la  Nlvâra,  la  Mahitâ  elle-même  et  la  Sou- 
prayogà,  328. 

La  Pavitrâ,  la  Koundalâ,  le  Sindhou  (3),  la  Reine,  la 
Pouramâlinl,  l’Abhirâmâ  orientale,  la  Vira  et  la  BhîmA- 
moghavatl,  329. 

La  Palâçini,  qui  ôte  les  péchés,  la  Mahéndrâ,  la  PAta- 


(1)  Tririivd,  mot  du  telle  de  Bombay  ; l'édition  de  Calcutta  porte  : 
niçtchilâ,  qui  semble  ici  vouloir  dire  accomplie . 

(2)  Déjà  mentionnée  au  vers  322. 

(3)  Mentionnée  pour  la  aeconde  foin  : voyea  nu  vers  321. 


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BHISHMA-PARV 


13 


lâvatt,  la  Kartshint  (1),  l’Asiknî  et  la  grande  rivière  Kou- 
çatchira,  380. 

La  Makarî,  la  Pravérâ,  la  Ménâ,  la  Hémâ  et  la  Dhrita- 
vati,  la  Pourâvatl,  l’Anoushnà,  la  Çaîvyâ  et  la  Kopl,  fils 
de  Bharata,  331. 

Le  vaste  cours  d’eau  Kouçadharâ,  infranchissable  et  qui 
n’est  jamais  à sec,  la  Çivâ,  toujours  désirée,  et  la  Viravati, 

Le  Vâstou,  le  Souvâstou  et  la  Gaàurî,  la  Kampanà,  ac- 
compagnée de  la  Hiranvatl,  la  Barâ,  la  Vlrankarâ  et  la 
grande  rivière  Pantchaml,  332 — 333. 

La  Rathatchitrà,  la  Djyotirathâ,  la  Viçvamitrâ,  la  Ka- 
pinjalâ,  l’Oupéndra  aux  profondes  eaux  et  la  Koutchirâ, 
qui  roule  des  flots  de  miel,  33 h. 

La  muette  Pindjalâ,  la  Vénâ,  la  large  Toungavénâ, 
la  Vidiçâ,  la  Krishnavénâ,  la  Tàmrà  et  la  Kapilà  même, 

Le  Çalou,  la  Souvàmà,  la  Védàçwà,  la  Hariçrâv&,  la 
Mahopamâ,  la  Rapide,  la  Pitchhalà  et  la  rivière,  lille  de 
Bharadwâdja,  335 — 336. 

Le  fleuve  Kaàuçikl  (2),  la  Çonâ,  la  Bâhoudâ  (3),  la 
Tchandramà,  la  Vrihadvatl  et  l’infranchissable  Brahma- 
bodhyâ  aux  entrailles  de  rochers,  337. 

L’Yavakshà,  et  la  Roht,  et  la  Djàtnbounadl,  et  la  Sou- 
nasâ,  et  la  Tamasâ,  et  la  Servaute,  et  la  Vasâ,  et  la  Va- 
rounàmasi,  338. 

La  Nàlà,  la  Rhritatnatl  elle-même  et  la  grande  rivière 
Poûrnâçâ,  la  Tàmast,  la  Vrishabhâ,  et  la  Brahmamédhyâ 
au  large  cours.  339. 


(1)  Comptée  déjà  au  vers  325. 

(2)  Déjà  mentionnée,  vers  326. 

(3)  Citée  précédemment  au  vers  322. 


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16 


LE  MAHA-liHAH  ATA. 


Outre  ces  grandes  rivières,  il  en  est  d’autres  en  quan- 
tité, monarque  des  hommes.  Ils  boivent  encore  la  lente 
Krishnà  aux  ondes  paresseuses,  toujours  exempte  de  ma- 
ladies, 340. 

Fit  la  Brahmânî,  et  l’infranchissable  Mahàgaâuri,  et 
la  Tchitrapalâ,  et  la  Tchitrarathà,  et  la  charmante  Vâ- 
hint,  84  t. 

La  Mandâkini,  la  Valtaranl,  et  la  grande  rivière  Koçâ, 
la  Mouktiinatt  et  la  Mnningâ  aux  guirlandes  de  lotus,  aux 
tresses  de  fleurs  pour  cheveux,  342. 

La  Lohityà,  la  Karatoyâ  et  la  rivière  appelée  Vri- 
shakà,  la  Roumarl,  la  Rishikoulyâ,  la  Mârishà,  la  Saras- 
vatl,  343. 

Et  la  Mand&kint  (1),  saint  objet,  Bharatide,  de  tous  les 
désirs.  Toutes,  elles  sont  les  mères  de  tout,  elles  ont  toutes 
de  grands  fruits.  344. 

. Les  rivières  inconnues  sont  par  centaines  et  par  mil- 
liers. Ici,  j’ai  terminé,  sire,  de  te  raconter  ces  cours  d’eau, 
comme  ils  se  présentaient  à mon  souvenir.  345. 

Après  cette  nomenclature  des  rivières,  apprends  de  ma 
bouche  quels  sont  les  peuples  de  cette  contrée.  On  trouve 
là  ces  Kourou-Pàntchàlas,  ces  Ç.âlvas,  les  sauvages  habi- 
tants du  Madra,  346. 

Les  (’.oùrasénas,  les  Kalingas  (2),  les  Bodhasetles  Mâ- 
las,  les  Matsyas,  les  Soukoutyas  (3),  les  Saâubalyas  (4), 
les  Kountalas  (5),  lesRàsikoçalas  (6),  347. 

(t)  Nommée  deux  vers  plug  baut,  342. 

(2)  Le»  Poulindas , édition  de  Bombay. 

(3)  Les  Kouçahjas , même  édition. 

(4)  Les  SuAuçaly/tSj  au  même  lieu. 

(5)  Les  Kountayas,  édition  du  commentaire. 

(6)  Les  Kthitikosnlas.  au  même  endroit. 


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BH1SHMA-PARVA. 


17 


Les  Raroùshas  du  Tcliédi  et  du  Matsya,  les  Poulindas 
du  Sindhou,  les  Daçânas  septentrionaux,  lesMékalas  avec 
les  Outkalas,  348. 

Les  Pàntcbâlas,  les  Kaàuçidjas  (1),  les  llaikaprishtas, 
les  Dhourandharas,  les  Saàudhas  (2),  les  Madrabhou- 
djingas  (3),  le  peuple  de  Râçi  et  les  autres  Ràçiens,  349. 

Les  Djatharas,  les  Roukouras  avec  les  Daçârnas,  les 
habitants  du  Rounti,  ceux  d’Avanti,  et  les  autres  du 
Rounti,  350. 

Les  Goghnatas  (4-5),  les  Maridakas,  les  Shantas,  les 
Vidarbhas,  lesRoûpavâhikas,  lesAçvakas,  les  Pànçouràsh- 
tras  (fl),  les  Goparàshtras,  lesRarltavas,  351. 

Les  Adhivâdjyakoulàdyas  (7),  le  Wallaràshtra,  le  Ré- 
rala  (8),  les  Vàrapâçyapavàhas  (9),  les  Tchakras,  les  Va- 
krâtapas  (1<»)  et  les  Çakas,  352. 

Les  Vidéhas,  les  Mâgadbains,  les  Swakshas,  les  Ma- 
layas  et  les  Vidjayas,  les  Angas,  les  Bangas,  les  Raliugas 
et  le  Yakrilloman  lui-même,  353. 

Les  Mallas,  les  Soudellas  (11),  les  Prahlâdas,  lesMâbi- 
kas,  les  Çaçikas,  les  Vàhllkas,  les  Vàtadhânas,  les  Abhl- 
ras  et  les  Ràladjoshakas  (12),  354. 

Les  Aparàntas  et  les  Paràntas,  les  Panhavas  (13),  les 

(1)  Les  Koçnlas , édition  de  Bombay. 

(2)  Les  GodhaSy  même  édition. 

(3)  Les  MadrakalingaHy  dans  le  mémo  teite. 

(4-5)  Les  Gomantas  et  les  Açvxakasy  édition  de  Bombay. 

(6)  Les  PA  ndour  As  titras,  même  édition . 

(7)  Les  AdttirAdjyakouçAdyns , édition  de  Bombay. 

(8)  Le  Kévnla , même  édition. 

(9)  Les  VAravdsyAyavAhas,  au  môme  lieu. 

(10)  Les  KrAiayas,  même  litre. 

(11)  Soudéshnas,  édition  de  Bombay. 

(12)  Les  Kdlatoyakas , môme  édition. 

(13) -  Les  PantchAla* , édition  de  Bombay. 

VN 


2 


18 


LE  MAHA-BHARATA. 


Tcharmamandalas.les  Atavlçikharas  et  les  Méroubhoûtas, 
auguste  monarque,  355. 

» Les  Oupàvrittas,  les  Anoupâvrittas,  les  Swaràshtras 
et  les  Kékayains,  les  Kouttaparàntas  (1),  les  Mahévains, 
les  Kakshas,  les  Sàmoudranishkoutas,  356. 

Les  nombreux  Andhras,  sire,  les  Magadhas,  exempts 
d’orgueil,  nés  dans  la  montagne  et  en  dehors  de  la  mon- 
tagne Gamala  (2),  357. 

» Les  Pràvrishyas,  voisins  du  pôle  (3)  les  Bhàrgavas, 
les  Poundras,  les  Bhàrgas,  les  Kirâtas  et  les  Yâmounas  en 
grande  estime  (A),  858. 

Les  Çakas,  les  Nishâdas  et  les  Nishadas,  les  Anart- 
tanalrritas,  les  Doutyalas,  qui  se  ressemblent  de  visages, 
les  Kountalas  et  les  Kouçalas  (6) , 359. 

» Les  Tiragrahas,  les  Soû  rasé  nas  (6) , les  Idjakas  (7) , 
les  Kanyakâgounas,  les  Tilabharas,  les  Samîras  (8),  les 
Madhoumattas  (9)  et  les  Soukandakas,  360. 

Les  Kaçmiriens,  les  Saàuvlras  du  Sindhou,  les  Gân- 
dhûras  et  les  Darçakas,  les  Abhlsàras,  les  Outoûlas  (10), 
les  C.aîMlas  et  les  Vablikas,  361. 

Les  Darvls  et  les  Vanavâdarvas,  les  Vatajâmaratlio- 
rayas,  les  Bahoûhàdhas  (11),  les  kouraviens,  les  Soudâ- 
mânas  et  les  Soumallikas,  362. 

(1)  Le»  Koundaparântas,  édition  de  Bombay. 

(2)  Ces  mots  ne  se  trouvent  dans  aucun  dictionnaire,  pas  même  dans 
celui  de  Saint-Pétersbourg. 

(3)  Ou  également  éloignés  de  l'équateur , suivant  l'édition  de  Bombay, 
qui  port»*  samdntaras. 

(4)  Soudrishta , dit  l'édition  de  Bombay,  au  lieu  de  Soudeshta. 

(5)  Les  Kosalas,  texte  de  Bombay. 

(6-7)  Çoûraséna  et  Idjika,  édition  de  Bombay. 

(8)  Les  Mastras,  même  édition. 

(9)  Les  Madhoumaktas,  au  même  lieu. 

(10)  Les  Ouloùtas , édition  de  Bombay. 

(11)  Les  Bahouvddyas , même  édition. 


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BHISHM  \-l»AR\ A. 


Les  Radhâs,  les  Rarishakas  mômes,  les  Koulindopa- 
tyakas,  les  Vàràyanas,  les  Daçàrnas,  les  Romànas  (1)  et 
les  Kouçavindavas,  363. 

Les  Rakshas  (’2),  les  Djàngalas  aux  enceintes  de  pas- 
teurs, les  Kourovarnakas,  les  Kirâtas,  les  Varvaras,  les 
Siddhas  et  les  Vaîdéhas  aux  rouges  tatouages,  36â. 

Les  Aâundras,  les  Paàundras  (3),  les  Saisikatas  (Jt), 
les  hôtes  des  montagnes  et  les  autres  peuples  du  midi, 
auguste  chef  des  Bharatides,  365. 

Les  Dràvidas,  les  Réralas,  les  Prâtchyas,  les  Mou- 
shikas  (5),  les  habitants  des  forêts,  les  Karn&takas,  les 
Mahishakas,  les  Vikalyas  (6)  et  les  Moûshakas,  366. 

Les  Jillikas  (7),  les  Kountalas  euxmômes,  les  Saâuhri- 
das,  les  Nalakànanas  (8),  les  Kaaûkoudrikas,  les  Tcholas, 
les  Kaâunkanas  et  les  Malavànakas  (9),  367. 

Les  Samangas  et  les  Karakas,  chez  qui  les  os  des 
chiens  carbonisés  attestent  le  respect  dû  aux  per- 
sonnes (10),  les  Çalvasénayas  et  les  Trigarttas,  qui  se 
réunissent  pour  célébrer  la  fête  des  armées,  368. 

Les  Bakas,  les  Kokarakns  (11),  les  Proshtas,  et  les 
Samavégavaças,  les  Vindhatchoulakas,  lesPoulindas  avec 
les  Ralkalas,  369. 


(!)  L'édition  de  Bombay  écrit  ainsi  le  texte  : les  Vanâyo'façax  et  les 
Parrxt'aromânai. 

(2)  Les  Katchtchhaf , suivant  le  texte  do  Bombay. 

(3)  Les  Mlétehhas  et  les  Saùiridhras , suivant  l'édition  de  Bombay. 

(4-5)  Bh  ûshikas  et  Vikalpas , même  édition. 

(€-7-8-9)  Jhillikas , Nabhakdnavax  et  Md  Vaudras,  suivant  l’édition  «le 
Bombay. 

(10)  Est-ce  bien  le  sens?  Les  Dictionnaires  sont  muets,  le  Commenta- 
teur se  tait  : c’est  la  signification  des  mots,  si  ce  n’est  celle  de  l’idée.  Est- 
ce  un  nouveau  trait  à mettre  dans  l'histoire  des  folies  humaines? 

(11)  L’édition  de  Bombay  commence  ainsi  la  stance:  les  Vyoûkas,  les 
Kokabakaw 


20 


LE  MAHA-BHAR  \’1A. 


Les  Mâlavas  et  les  Vallavas  mêmes,  et  les  autres  Valia- 
vas,  les  Koulindas,  les  Kàlavas  (1),  les  Kounthakas  (2) 
et  les  Karatas,  370. 

» Les  Moûsbakas,  les  Stanabâlas,  les  Saniyas  (3) , les 
Ghatasrindjayas,  les  Alindas  (h)  et  les  Paçivatas  aux  fils 
bien  élevés,  371. 

Le  Daçl(5),  les  Vidharbas,  les  Kântikas  (0),  les'i'anga- 
uas,  les  autres  du  même  nom,  les  sauvages  Mlétchtchhas 
septentrionaux  et  les  autres  barbares,  372. 

Les  Yavanas,  les  Chinois,  les  Kâmbodjas,  les  Dârou- 
nas,  parents  des  Mlétchtchhas,  les  Sakritgrâhas,  les  Kou- 
latthas,  les  Huns  avec  les  Pàrisikas,  373. 

» Les  Ramanas,  les  Tchinas,  les  Daçamâlikas  et  les 
familles  nées  d’une  mère  (7)  kshatrienne,  et  les  races  de 
Vatçyas  et  de  Çoûdras,  37A. 

» Les  Çoûdrâbhlras,  les  Daradas,  les  Kàçmîriens  avec 
les  Pattis,  les  Khaçtras,  les  Antatchàras  et  les  Pahlavas, 
qui  habitent  dans  les  cavernes  des  montagnes,  375. 

» Les  Atrides  et  les  Bharadwâdjides,  les  Proshakas  au 
sein  de  femme,  les  Kalingas  et  les  parents  des  Kirâtas, 

Les  Tamaras,  les  Hansamârgas  (8)  et  les  Karabhan- 
jakas.  Ces  peuples  et  d’autres  habitent  entre  l’orient  et  le 
septentrion.  376 — 377. 

Je  t’ai  raconté,  seigneur,  suivant  les  qualités  et  pour  le 
nord  seulement  quels  sont  ces  divers  pays  et  la  puissance 


(1)  Les  Kàladas,  édition  de  Bombay. 

^2)  Les  Kounda/as , même  édition. 

(34)  Les  Sanipas,  les  Athidas,  édition  de  Bombay. 

(5)  Krasikas , au  texte  de  Bombay. 

(6)  Les  Kâkas,  môme  livre. 

(7)  Le»  Paçous , au  texte  de  Bombay. 

(8)  Le»  Hanyamânas , édition  de  Bombay. 


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BHISHMA-PARVA. 


21 


aux  vastes  résultats  des  trois  qualités  de  la  nature.  378. 

Trayez  la  terre,  sagement  gouvernée,  comme  la  vache 
Kàmadhouk.  Les  rois  vaillants  qui,  instruits  dans  le  juste 
et  l’utile,  régnent  sur  elle,  sont  consumés  par  les  désirs. 

('.es  héros  impétueux  abandonnent  leur  vie  dans  les 
combats  à cause  de  ces  richesses,  objet  de  leur  ambition. 
La  terre  est  le  plus  impérieux  désir  des  rois  tombés  dans 
un  corps  humain.  379 — 380. 

Ils  se  précipitent  l’un  sur  l’autre  comme  des  chiens  sur 
un  morceau  de  chair.  Tous  les  rois,  ô le  plus  vertueux 
des  Bharatides,  ambitionnnent  d’être  seuls  les  maîtres  de 
la  terre.  381. 

De  personne  aujourd’hui  même,  on  ne  peut  rassasier 
les  désirs.  Aussi  les  Kourouides  et  les  Pàndouides,  en  se- 
mant partout  les  flatteries,  la  division,  les  largesses  et  les 
moyens  de  rigueur,  s’efTorcent-Üs  d'embrasser  cette  terre. 
Le  globe,  duquel  une  vue  complète  nous  est  donnée,  mo- 
narque des  hommes,  est,  pour  l' universalité  des  êtres,  un 
père,  un  frère,  des  fils,  le  ciel  et  la  lumière. 

382 — 383 — 38â. 

a Dis-moi  avec  étendue,  cocher  Sandjaya,  reprit  Dhri- 
taràshtra,  quelle  est  la  longueur  de  la  vie  dans  cette  ré- 
gion Bhârata  et  dans  l’Haîmavata  ou  Clnde,  la  force, 
heureuse  ou  malheureuse,  présente,  passée  ou  future,  et 
l’Harivarsha  lui-même.  » 385 — 386. 

11  y a quatre  âges,  auguste  propagateur  de  la  race  Kou* 
rouide,  dans  la  contrée  Bhârata  : le  Krita,  la  Trétâ,  le 
Dwâpara  et  le  Tishya  ou  T âge  K ali.  387. 

Le  cycle,  nommé  Krita,  est  le  premier;  ensuite  vient, 
seigneur,  la  Trétâ  ; puis,  le  Dwâpara  plus  court  ; enfin, 
procède  le  Tishya.  388. 


22 


LE  MAHA-BHARATA. 


On  dit  que  le  total  assuré  de  la  vie,  6 le  plus  vertueux 
des  monarques,  est  de  quatre  milliers  d'années  dans  l’âge 
Krita.  380. 

Trois  mille  ans  sont  assignés  à l'âge  Trétâ,  souverain 
des  enfants  de  Manou  ; et  deux  mille  le  sont  aujourd’hui 
sur  la  terre  au  Dwàpara.  300. 

11  n’est  pas  dans  cet  âge  Kali  une  longueur  fixe  de  vie  ; 
des  fœtus  mcurenfau  sein  de  leur  mère,  éminent  Bhara- 
tide,  ou  des  enfants  meurent  après  qu’on  leur  a donné  la 
vie.  891. 

Des  hommes  à la  grande  force,  à la  grande  âme,  doués 
des  qualités  de  la  science,  naissent  ; et  d’eux,  il  naît  des 
êtres  par  centaines  et  par  milliers.  39*2. 

Ceux,  qui  reçoivent  le  jour  dans  fâge  Krita,  sont  riches; 
ils  ont  l’aspect  aimable,  sire;  ils  deviennent  pères;  et 
leurs  enfants  sont  des  ascètes,  qui  ont  thésaurisé  la  péni- 
tence. 303. 

Dans  l’âge  Trétâ,  nais  ent  des  kshatryas,  les  plus 
vaillants  des  héros,  porteurs  d’arcs  à la  grande  vigueur, 
aux  grands  efforts,  magnanimes,  vertueux,  organes  de  la 
vérité,  beaux,  d’un  extérieur  agréable,  dignes  du  laurier 
dans  la  guerre  ; tous,  sire,  sont  des  guerriers,  conquérants 
de  la  terre.  3!>â — 395. 

Des  héros,  augustes  kshatryas,  k la  grande  vigueur, 
les  plus  habiles  des  archers,  naissent,  marchant  sous 
leurs  ordres,  dans  l’âge  Tré'â.  396. 

Le  Dwàpara  est  le  cycle,  Mahâradjà,  où  naissent  toutes 
les  castes  indisiinctcmemcnt;  ces  /tommes  sont  pleins 
de  vigueur,  capables  de  grands  efforts  et  désirent  gagner 
l’un  sur  l’autre  la  victoire.  397. 

Dans  l'âge  Tishya  un  Kali,  naissent  des  hommes  doués 


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BH1SHM  A-P.YRVA. 


23 


de  peu  de  splendeur,  sire,  irascibles,  cupides  et  men- 
teurs. 398. 

Quand  le  Tisliya  règne,  Bharaihide,  régnent  avec  lui 
et  l’envie,  et  l’orgueil,  et  la  colère,  et  la  fraude,  et  l’in- 
vective, et  l’amour,  et  l’avarice.  399. 

Dans  ce  Dwâpara,  souverain  des  hommes,  la  vie  est 
abrégée  de  moi! il  : mais  le  Halmavata  ou  l’Inde  et  le 
Harivarsha  excellent  par  les  vertus..  âOO. 


LA  TERRE. 


« Tu  viens  de  conter  exactement,  Sandjaya,  la  contrée 
du  Djambou,  reprit  Dhritaràshtra  : expose-moi  avec  vé- 
rité le  Vishkaniblia  et  son  étendue.  /tOI. 

« Dis-moi  convenablement,  Sandjaya,  la  grandeur  de 
la  mer,  l’aspect  de  ce  vante  bassin,  le  Ç.àkadwîpa  et  le 
Kouçadwipa.  402. 

>»  Raconte-moi,  suivant  la  nature,  fils  de  Gavalgani,  le 
Çàlmali  et  le  Kraâuntchadwtpa,  comme  tout  ce  qui  con- 
cerne Ràhou,  la  lune  et  le  soleil.  » 403. 

Sire,  lui  répondit  Sandjaya,  il  y a un  grand  nombre 
d’iles  ou  de  continents,  entre  lesquelles  s'étend  notre 
monde  : je  vais  te  conter  les  sept  continents,  la  lune,  le 
soleil  et  les  planètes.  404. 

Le  Vishkaïublia,  montagne  du  Djambou,  comprend. 


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BMSHM  A--PAKVA. 


25 


monarque  des  hommes,  dix-huit  mille  six  cents  yodjanas 
complets.  A05. 

On  dit  que  le  Vishkambha  est  le  double  de  la  mer  salée; 
il  est  rempli  de  villages  divers  : il  est  parsemé  de  perles 
et  de  corail.  A06. 

Il  est  varié  de  plusieurs  métaux,  embelli  de  monta- 
gnes, plein  de  Siddhas  et  de  Tchàranas,  environné  de 
l’océan.  A07. 

Je  vais  dire  exactement  ici,  Bharatide,  le  Çàkadwlpa  : 
écoute-moi  parler  suivant  le  convenance,  rejeton  de  Kou- 
rou.  A08. 

Il  est  double  en  grandeur  du  Djamboûdwlpa.  Une  mer, 
dont  les  eaux  sont  du  lait  et  qui  l'environne  de  ses  Ilots,  ô 
le  plus  vertueux  des  Bharatides,  est  elle-mêifle,  grand 
roi,  une  partie  du  Vishkambha.  Là,  il  y a de  pures  cam- 
pagnes et  l’homme  n'y  uieurt-pas.  AOO — A10. 

Ils  sont  doués  de  force  et  de  patience  : combien  plus 
sont-ils  prompts  à donner  l’aumône  ? Je  viens  de  te  ra- 
conter exactement,  grand  roi,  la  condition  abrégée  du 
Çàkadwlpa  : quelle  autre  chose  désires-tu  écouter  de  ma 
bouche?  Ail — A 12. 

« Tu  as  commencé  par  exposer  convenablement  ici  un 
abrégé  du  Çàkadwlpa,  reprit  Dhritarâshtra  ; dis  mainte- 
nant, suivant  la  vérité,  homme  à la  grande  science,  ce 
qu’il  est  avec  étendue.  » A13. 

Il  y a là  sept  montagnes,  ornées  de  gemmes,  répondit 
Sandjaya,  des  mines  de  pierreries  et  des  rivières  : écoute 
de  ma  bouche,  sire,  quels  sont  leurs  noms.  Al  A. 

Là  tout,  monarque  des  hommes,  est  très-saint  et  bien 
rempli  de  qualités.  La  première  est  nommée  le  Mérou, 
hantée  par  les  Gandharvas,  les  rishis  et  les  Dieux.  A 15. 


•26 


LE  MAHA-BHARAT \. 


Le  mont  appelé  Malaya,  grand  roi,  se  prolonge  à l’o- 
rient : c’est  là  que  les  nuages  se  forment  et  s’étendent 
partout.  Al 6, 

Ensuite,  an-levant,  se  dresse  la  haute  montagne  Djala- 
dhara,  où  toujours  Indra  verse  la  première  pluie.  M7. 

Après  elle,  vient  la  sourcilleuse  montagne  Raivataka, 
où,  dans  la  saison  des  pluies,  tombent  d’abondantes  aver- 
ses ; et,  dans  le  ciel,  se  tient  continuellement  la  constella- 
tion Révatl,  destin,  que  lui  fit  l’aïeul  suprême  des  créa- 
tures. Mais  au  septentrion,  Indra  des  rois,  est  la  grande 
montagne,  appelée  Çyâma.  A18 — Alf>. 

Elle  est  haute,  fortunée;  sa  lumière  est  semblable  à 
celle  des  nuages  nouveaux  et  sa  forme  est  celle  de  la 
fiamme.  t’est  à cause  d’elle,  sire,  que  les  hommes  furent 
précipités  dans  les  ténèbres,  A20. 

« Ce  que  tu  viens  de  ine  dire,  Sandjaya,  me  jette  dans 
un  bien  grand  doute,  interrompit  Dhritarâshtra  : comment 
ici-bas,  fils  du  cocher,  les  hommes  furent-ils  plongés  dans 
les  ténèbres?  » A21. 

Dans  toutes  les  divisions  de  la  terre,  puissant  roi,  il 
est  un  oiseau  noir  et  jaune,  reprit  Sandjaya,  d’où  sont  nés 
tous  les  oiseaux  avec  leurs  différentes  couleurs.  A22. 

C’est  par  lui,  je  te  l’assure,  que  sont  produites  les  ténè- 
bres. En  outre,  il  est,  Indra  des  Kourouides,  une  monta- 
gne insurmontable,  d’une  grande  élévation,  et  un  lion 
muni  d’une  crinière,  qui  est  l'auteur  du  vent.  Ils  s’éten- 
dent, suivant  es  proportions,  à deux  fois  un  yodjana. 

A23— A2A. 

Dans  ces  îles,  puissant  roi,  les  savants  disent  qu’il  y a 
sept  divisions  ; en  voici  les  noms  : le  grand  Mérou,  le 
grand  Ciel,  le  Nuage,  le  Lotus,  le  Septentrion,  le  Djala- 


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bhishma-parva. 


27 


dbara,  le  Soukoumâra.  Le  signe  distinctif  du  Révata  (1), 
c’est  la  fraîcheur  d’un  adolescent  ; du  Çyâma,  c’est  l’or  et 
les  pierreries.  425 — A 26. 

I)u  Kédàra,  c’est  un  Maâudakl  (2)  et  de  plus  un  honnne 
de  grande  taille,  qui  enveloppe  la  petitesse  et  la  gran- 
deur. 427. 

Tenu  en  son  estime  par  le  Djamboûdwlpa,  un  figuier 
religieux,  nommé  Çàka,  se  dresse  au  milieu  de  cette  con- 
trée, et  toujours  son  ombrage  est  recherché  des  créatures. 

Dans  ces  campagnes  saintes,  dans  ces  lieux,  où  mar- 
chent les  Siddhas,  les  Tchàranas  et  les  Dieux,  là,  San- 
kara  est  honoré.  428 — 429. 

Les  créatures,  Bharatide,  y sont  vertueuses  ; les  quatre 
castes,  sire,  trouvent  un  extrême  plaisir  dans  l’accom- 
plissement de  leur  devoir  ; on  n’y  voit  pas  un  seul  voleur. 

Affranchis  de  la  vieillesse  et  de  la  mort,  les  êtres  ani- 
més y jouissent  d’une  longue  vie  ; ils  croissent  en  années, 
comme  les  fleuves.  430 — 431. 

Les  rivières  ont  des  ondes  pures  : là,  sont  laGangâ  aux 
nombreux  lits,  la]  Koumârî,  la  Soukoumàrl,  la  Sità  et  la 
Kavérakâ,  432. 

La  Mahànad!  et  la  rivière  Manidjalàm/r  ondr*  de  prrlcs, 
le  Tchaksou  et  la  Varddhanikâ.  433. 

Là,  prennent  naissance  des  rivières  aux  saintes  eaux, 
propagateur  du  sang  de  Kourou  ; c'est  d'elles  qu’Indra 
tire  les  éléments  pour  des  centaines  de  mille  pluies.  434. 

Il  est  impossible  d’énumérer  leurs  noms  et  d’en  estimer 
la  grandeur.  Ces  cours  d’eau,  les  plus  excellentes  des  ri- 
vières, sont  très-purs.  435. 


(1-2)  Le  Commentateur  ot  les  Dictionnaires  ne  parlent  pas  de  cet*  mot». 


28 


LE  MAH  A-BHAR  ATA. 


Là,  sont  quatre  espèces  d’hommes  saints,  estimés  du 
inonde  ; les  Mrigas,  les  Maçakas,  les  Mânasas  et  les  Man- 
dagas.  A3fi. 

Les  Mrigas  sont  des  brahmes,  pour  la  plus  grande  par- 
tie, qui  se  complaisent  dans  leurs  fonctions.  Entre  les 
Maçakas,  figurent  des  kshatryas  vertueux,  qui  satisfont  à 
tous  les  désirs.  A3". 

Les  Mânasas,  puissant  roi,  accomplissent  les  devoirs 
des  vaîçyas.  Ils  sont  actifs,  ils  sont  mêlés  à tous  les  objets 
des  désirs,  ils  ont  des  idées  arrêtées  sur  le  juste  et  fu- 
tile. A38. 

Là,  les  Mandagas,  sont  des  çoûdras,  hommes  vertueux. 
Là,  Indra  des  rois,  il  n’y  a ni  monarque,  ni  supplice,  ni 
bourreau.  A3». 

Instruits  dans  la  vertu,  ils  emploient  à se  défendre  l’un 
l’autre  les  devoirs  de  leur  caste.  Voilà  ce  qu’on  peut  dire 
ici  dans  ce  continent  ; voilà  ce  qu’on  peut  écouter  dans 
le  Çâkadwlpa  à la  grande  puissance.  AAO — AAI. 

Dans  les  continents  septentrionaux,  il  est  une  narration, 
(ils  de  Kourou,  que  l’on  raconte.  Ecoute-la  ici,  grand  mo- 
narque, redite  par  ma  bouche.  AA2. 

Là,  est  une  mer  aux  ondes  de  lait  ; une  autre,  dont  l’eau 
a pour  essence  le  beurre  clarifié  ; une  troisième  de  sou- 
roda  ou  de  liqueur  spiritueuse  ; une  quatrième  mer  con- 
tient de  l’eau  commune.  A A3. 

Les  continents,  auguste  roi  des  hommes,  sont  ainsi  en- 
vironnés deux  fois,  l’un  et  l’autre,  par  ces  océans.  AAA. 

Dans  le  continent  central  est  le  mont  Gaâura;  ensuite, 
vient  le  grand  Mânaççila;  et,  dans  le  continent  occiden- 
tal, est,  sire,  le  mont  Krishna,  l’ami  de  Nârâyana.  AA5. 

Là,  sont  des  pierreries  célestes;  kéçava  le  garde  lui— 


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BHISHM  A-l’AllV  V. 


•2» 

même  ; c’est  là  que,  devenu  propice,  il  donne  le  bonheur 
aux  créatures,  4 46. 

Au  milieu  du  continent  Rouça,  est  le  mont  Kouça- 
stambha  avec  ses  habitan  ts  ; on  vénère  dans  le  continent 
(jâlraali,  sire,  la  montagne  Çâlinali.  447. 

Le  mont  Mahâkraàuntcha  avec  ses  mines,  où  sont 
amoncelées  les  pierreries,  est  honoré  sans  cesse  des  qua- 
tre classes,  grand  roi,  dans  le  continent  Rraàuntcha. 

Le  mont  Gomanda  très-élevé  est  riche  de  tous  les  mé- 
taux, sire:  c'est  là  que  réside  continuellement  le  fortuné 
Dieu  aux  yeux  de  lotus,  l'auguste  Hari-Nàràyana,  toujours 
uni  aux  hommes  libérés  de  leurs  péchés.  Dans  le  continent 
Kouça,  cette  montagne,  Indra  des  rois,  est  couverte  de 
corail.  448 — 440 — 450. 

11  est  une  deuxième  montagne  d’or,  insurmontable, 
nommée  Swanàuia;  il  en  est  une  troisième  appelée,  fils  de 
Kourou,  le  Lumineux-Lotus.  451. 

11  est  un  quatrième  mont,  nommé  le  Fleuri  ; un  cin- 
quième, qui  a pour  nom  l’Habilatiou-des-Rouças  ; un 
sixième,  appelé  Hari  : ces  six  montagnes  sont  du  premier 
rang.  452. 

L'extension  de  leurs  intervalles  est  le  double  suivant 
les  parties  du  tout  : le  premier  continent  est  l’A&udhida  ; 
le  deuxième  est  le  Vénoumaudala.  453. 

Le  troisième  a nom  : Celui,  qui  a une  belle  forme  de 
char  ; le  quatrième  est  la  Couverture  ; le  cinquième  est 
dit  l’inébranlable,  le  sixième  continent  est  nommé  l'Au- 
aur-de-la-lumière  ; 454. 

Et  le  septième  est  Kapila.  Ces  régions  au  nombre  de  sept 
reçoivent  la  pluie.  Dans  elles,  souverain  de  la  terre,  vivent 
des  créatures  pastugères,  des  Gandharvas  et  des  Dieux. 


30 


LKMAHV-HHARATA. 


Dans  elles,  on  jouit,  on  s'amuse,  et  personne  n'y  meurt: 
là,  il  n’existe  aucun  ennemi,  sire,  ou  nul  individu,  qui 
tienne  à la  famille  des  barbares.  455 — 456. 

Semblable  au  Gaàura,  chaque  homme  est  là,  seigneur, 
d’une  tendre  délicatesse.  Je  vais  répéter  ce  que  j’ai  en- 
tendu relativement  à ceux,  qui  me  restent  i)  dire.  Écontez- 
le,  grand  roi,  avec  une  oreille  attentive.  Dans  le  continent 
du  Kraâuntcha,  il  existe  une  grande  montagne,  nommée 
le  Héron.  457-458. 

Au-delà  du  Kraâuntcha  est  le  Vàmanaka  : plus  loin 
que  celui-ci,  on  trouve  l’Andhak&raka;  et,  ce  pays  tra- 
versé, on  voit  le  Malnâka,  sire,  montagne  sublime.  459. 

Après  le  Matnàka,  se  dresse  le  Govinda,  le  plus  grand 
des  monts.  Ensuite  de  cette  alpe,  sire,  est  une  montagne, 
nommée  Nivida.  460. 

Derrière  eux,  la  terre  s'étend  deux  fois  à une  distance 
égale,  incrément  de  ta  race.  Je  vais  dire  ces  lieux  : 
écoute-moi  parler  ici.  461. 

Le  Kouçala  est  plus  éloigné  que  le  Kraâuntcha  ; le 
Manonouga  est  après  le  Vàmana;  et  la  terre  d’Oushna, 
propagateur  de  la  race  des  Kourouides,  est  une  contrée 
plus  reculée  que  le  Manonouga.  462. 

Au-delà  de  l’Oushnaestle  Prâvaraka;  l’Andakâraka  est 
plus  loin  que  le  Prâvaraka,  et  le  pays  des  Andakârakas 
est  plus  voisin  que  la  Terre-des-Anachorètes.  463. 

On  dit  le  Doundoubhiswana  ou  le  son  du  tambour  plus 
éloigné  que  la  Terre-des-Anachorètes.  Semblable  au 
Gaàura,  ce  pays,  monarque  des  hommes,  est  rempli  de 
Siddhas  et  de  Tchâranas.  464. 

Ces  contrées,  puissant  roi,  sont  pleines  de  Gandhar- 
vas  et  de  Dieux.  Dans  le  Poushknia,  il  est  une  monta- 


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BHISHM  V-PAKVA. 


31 


gne  de  gemmes  et  de  pierreries,  appelée  Poushkara.  465. 

Là,  réside  continuellement  le  Dieu  Pradjàpati  en  per- 
sonne : sans  cesse  autour  de  lui  siègent  tous  les  Dieux 
et  les  grands  rishis,  honorant  son  esprit,  monarque  des 
hommes,  avec  des  paroles  heureuses.  Des  pierreries  di- 
verses proviennent  des  mines  du  Djamboûdwlpa. 

466—467. 

Ainsi,  dans  ces  continents  des  êtres  animés,  leur  con- 
tinence, leur  vérité,  leur  domptemcnt  des  sens  doublent 
de  l'un  à l’autre  la  longueur  de  la  vie  et  l’excellence  de 
la  santé.  Dans  ces  continents,  sire,  l'homme  est  un  et 
même.  468 — 469. 

Je  t’ai  parlé  de  ces  enfants  de  Manou,  qui  n’ont  tous 
qu’un  seul  devoir  (1).  Le  souverain  maître  des  créatures 
lui-même,  son  sceptre  levé  à la  main,  470. 

Se  tient,  veillant  sur  eux  sans  cesse.  Le  suprême  aïeul 
primordial  des  êtres,  sire,  est  le  roi  ; il  est  le  Çiva,  il  est 
le  père  des  continents.  471. 

Il  garde,  prince  aux  longs  bras,  ô le  plus  vertueux  des 
hommes,  les  êtres  animés,  ignorants  et  savants  ; de-là,  ces 
créatures  mangent  continuellement  la  nourriture  succu- 
lente, qu’il  leur  a préparée  lui-même.  En  outre,  assuré- 
ment, on  voit  la  constitution  (2)  du  monde  être  partout 
homogène.  472 — 473. 

Le  cercle  du  Djamboûdwlpa  ressemble,  grand  roi,  au 
lotus  à quatre  pétales;  il  embrasse  trente-trois  mille  yo- 
djanas.  Là,  se  tiennent  quatre  éléphants  de  l’espace,  en 
grand  honneur  dans  le  monde  : Vàmana,  Airàvataet  un 

(1)  Dharrna , édition  de  Bombay. 

(2)  Sansthitis,  «'accordant  avec  samd,  même  édition. 


Lli  >1  \I1  V-BH  \lt  \T  \. 


32 

autre  avec  Soupratîka  an  visage  arrosé  par  les  gerçures 
de  ses  joues.  474 — 475. 

Je  ne  puis  supputer  ici  quelle  est  sa  grandeur  ; car 
il  est  toujours  incalculable,  soit  en  haut,  soit  en  bas,  soit 
dans  le  sens  oblique.  476. 

Les  vents  soufflent  par  toutes  les  plages  du  ciel,  auguste 
roi.  Les  éléphants  êthèrêcs,  que  des  liens  ne  captivent 
pas,  les  retiennent  avec  le  bout  de  leurs  trompes  à la 
grande  splendeur,  qui  ressemblent  .4  des  lotus  épanouis, 
et  rendent  sans  cesse  tour  à tour  la  liberté  à des  centaines 
de  vents  rapides.  477 — 478. 

Les  Maroutes,  de  qui  le  souffle  (1)  est  délivré  par  ces 
éléphants  de  l’espace,  descendent  ici-bas,  puissant  mo- 
narque, et  entretiennent  la  vie  des  créatures.  479. 

« Tu  tu’as  raconté  dans  toute  son  extension,  Sandjava , 
une  topographie  du  plus  haut  intérêt,  reprit  Dhritaràsh- 
tra  : dis-moi  quelle  est,  présentée  à nos  yeux,  la  forme 
de  ce  continent  ? » 480. 

Je  t’ai  narré  les  continents,  puissant  roi,  lui  répondit 
Samljaya,  écoule-moi  d’une  oreille  attentive,  car  je  vais  te 
dire  suivant  la  vérité,  ô le  plus  vertueux  des  Kourouides, 
combien  est  grand  le  cercle  du  Rahou-Svvarbhanou,  c'est- 
à-dire,  Ration,  qui  éclipse  la  lumière  du  ciel.  11  est  appelé 
aussi  Graha.  Sa  dimension  est  de  douze  mille  yodjanas. 

481—482. 

Sa  largeur  est  de  trente-six  centaines,  prince  sans  péché  ; 
et  sa  longueur  est  de  soixante,  affirment  les  sages  et  les 
citadins.  483. 

La  lune  est  réputée  embrasser  onze  mille  yodjanas ; et 

(1)  Çwamdbhig,  c'e«t  un  hypallage  : ce  mot  doit  **©  rapporter  au*  vent#. 


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BH1SHMA.-PAUVA. 


33 


sa  circonférence  s’étend  sur  trente-trois  mille,  ô le  plus 
vertueux  des  Kourouides.  484. 

Le  diamètre  du  magnanime  astre  aux  rayons  froids  est 
de  soixante  mille  yodjanas,  moins  un.  Le  soleil,  fils  de  Kou- 
rou*  eri  a douze  mille.  485. 

La  circonférence,  à trente  près,  est  égale  au  diamètre  : 
la  grandeur,  monarque  sans  défaut,  est  de  huit  fois  cin- 
quante. 486. 

On  raconte  que  ce  Vibhavasou,  est  un  volatile  de  la 
première  grandeur  : la  science  démontre  ici,  Bharatide, 
cette  dimension  du  soleil.  487. 

Ce  Rahou  masque  de  sa  grandeur,  suivant  les  temps, 
et  le  soleil  et  la  lune:  je  t’ai  parlé  de  lui  sommairement, 
auguste  roi.  488. 

J’ai  répondu  suivant  la  vérité  à tes  interrogations 
toutes  ces  choses,  que  j’ai  vues  avec  l’œil  des  Traités  : ob- 
tiens donc,  auguste  roi,  la  tranquillité  de  l’esprit.  489. 

Je  t’ai  raconté  ce  monde  avec  sa  création  selon  l’ins- 
truction, qui  m’en  fut  donnée;  reprends  tes  esprits,  en- 
fant de  Kourou,  sur  ton  fils  Douryodhana.  490. 

Lne  fois  qu’il  a prêté  l’oreille  à ce  chant  de  la  terre, 
ô le  plus  vertueux  des  Bharatides,  un  rejeton  de  Manou 
est  heureux  ; un  kshatrya  devient  le  plus  honnête  des 
gens  de  bien,  et  ses  affaires  sont  accomplies.  491. 

Le  souverain  aux  vœux  comprimés,  qui  écoute  ces 
choses  dans  un  parvan,  accroît  sa  splendeur,  sa  renom- 
mée, sa  force  et  sa  vie.  492. 

Ses  pères  et  ses  aïeux  se  réjouissent.  Mais  tu  as  en- 
tendu en  entier  cette  région  Bhàrata  sainte,  où  nous  vivons 
et  dans  laquelle  ont  vécu  nos  devauciers.  493 — 494. 


LE  CHANT  DE  BHAGAVAT. 


Ensuite,  revenu  de  la  guerre,  lils  de  Bhârata,  le  docte 
Gavalganide,  qui  voyait  tout,  connue  s'il  était  exposé  de- 
vant ses  yeux,  le  présent,  le  passé  et  l’avenir,  495. 

S’élança  par  un  soudain  essor  de  sa  pensée  constristée 
vers  Dhritarâsbtra,  et  lui  apprit  la  mort  de  Bhlshma, 
l’aïeul  des  Bharatides.  496. 

«Je  suis  Sandjaya,  roi  puissant,  lui  dit-il  ; adoration  te 
soit  rendue,  éminent  Bharatide  ! Bhlshma,  le  fils  de  Càn  - 
tanou  et  l’aïeul  des  fils  de  Bharata,  vient  d'être  blessé  à 
mort.  497. 

» Cet  ancêtre  des  Kourouides,  la  splendeur  de  tous  les 
archers,  le  sommet  de  tous  ceux,  qui  portent  les  armes, 
le  voilà  qui  git  maintenant  sur  un  lit  de  flèches.  498. 

» Lui,  sous  le  courage  duquel  abrité,  sire,  ton  fils  ris- 
qua ce  jeu  funeste,  Bhlshma  git,  immolé  dans  le  combat 
par  une  flèche  de  Çikhandl  1 499. 

» Ce  héros,  qui,  dau8  la  ville  de  Kàçi,  monté  sur  un 


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HH1SHMA-PAKVA. 


85 


seul  char,  vainquit  dans  une  grande  bataille  tous  les  mo- 
narques réunis  de  la  terre;  lui,  qui  soutint san3 crainte  un 
combat  à l’encontre  de  Râma,  le  fils  de  Djaraadagni,  et 
que  le  Djamadagnide  ne  put  tuer,  le  voilà  tué  maintenant 
par  Çikhandl  I 500—501. 

» Égal  à Mahéndra  en  courage,  à l’Himàlaya  en  stabi- 
lité, à la  mer  en  profondeur,  à la  terre  par  la  puissance  de 
porter,  502. 

» Ce  lion  inabordable  des  hommes,  qui  avait  pour  lon- 
gues dents  ses  flèches,  pour  gueule  un  arc,  et  pour  langue 
une  épée,  ton  père  git  à cette  heure,  abattu  par  le  Pân- 
tchâlain.  503. 

» Lui,  que  la  grande  armée  des  Pàndouides,  ayant  vu 
s’avancer  au  combat,  tremble,  agitée  par  la  crainte, 
comme  des  troupeaux  de  vaches  à l’aspect  d’un  lion.  50â. 

» Quand  il  eut  défendu  l’armée  durant  dix  jours,  cet 
immolateur  des  héros  ennemis,  ayant  accompli  son  œuvre 
bien  difficile,  s’en  est  allé,  comme  le  soleil,  à son  cou- 
chant. 505. 

» Cet  homme,  aussi  inébranlable  que  Çakra,  et  qui,  dé- 
passant son  indigente  promesse  de  dix  mille,  immola,  dans 
la  bataille,  sous  la  pluie  de  ses  flèches  déversées,  cent  mil- 
lions de  combattants  ! 506. 

n 11  est  comme  un  arbre,  que  le  vent  abrisé,  couché  sur 
la  terre  par  les  mauvais  conseils  de  ta  majesté,  sort,  que 
ne  méritait  pas  ce  fils  de  Bharata.  » 507. 

« Comment  Bhishma,  ce  taureau  des  Kourouides,  lui 
répondit  Dhritarâshtra,  fut-il  abattu  par  Çikhandl  ? Com- 
ment mon  père,  semblable  au  Dieu  Indra,  tomba-t-il  de 
son  char  ? 508. 

» Comment,  Saudjaya,  mes  fils  ont-ils  été  privés  du 


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30 


LE  MAHA-BHARATA. 


vigoureux  Bhîshma,  pareil  aux  Immortels  et  voué  au  céli- 
bat à cause  de  son  père  ? '>09. 

» Quand  ce  tigre  des  hommes  â la  grande  âme,  à la 
grande  force,  à la  grande  science,  au  grand  effort 
fut  tombé,  que  ne  devinrent  pas  alors  les  âmes  des  Kou- 
rouides?  610, 

» Mon  âme  est  précipitée  dans  la  plus  grande  douleur, 
en  apprenant  la  mort  de  ce  héros  sans  égal,  de  cet  homme 
éminent,  de  ce  taureau  des  enfants  de  kourou.  611. 

» Quels  guerriers  ont  suivi  ses  pas  ? Quels  guerriers  les 
ont  précédés?  Qui  a tenu  ferme  devant  lui'! Qui  a reculé? 
Qui  osa  l'affronter  ? 612, 

» Quels  héros  ont  suivi  les  pas  de  ce  char  éminent, 
de  ce  kshatrya  le  plus  excellent,  quand  il  se  plongeait  au 
milieu  de  la  bataille  dans  l’armée  ennemie  ? 513. 

» Lui,  qui,  exterminateur  des  guerriers,  ses  rivaux, 
et  tel  que  le  soleil  dissipant  l'obscurité,  jetait,  semblable 
à l’astre  aux  mille  rayons,  la  terreur  au  sein  des  enne- 
mis ; 51  A. 

» Lui,  qui  exécuta  dans  la  bataille  au  milieu  des  fils  de 
Pândou  un  exploit  difficile  à faire  : lui,  qui  repoussa  le 
héros,  qui  dévorait  les  armées!  515. 

» Comment  les  Pàndouides,  — car  tu  étais  près  de  lui, 
Sandjaya  — ont-ils  écarté  dans  la  bataille  ce  vertueux, 
cet  inabordable  fils  de  Çântanou  ? 510. 

» Ce  héros  impétueux,  terrible,  inaffrontable,  à la 
langue  de  serpent,  à la  gueule  ouverte,  qui  déchirait  les 
armées  avec  les  longues  dents  de  ses  flèches  ! 517. 

» Comment  un  guerrier  du  Kountide  a-t-il  renversé 
dans  le  combat  ce  héros  invaincu,  ce  tigre  des  hommes 
invincible,  iudigne  d’un  tel  sort  et  rempli  de  pudeur  ? 


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BHISHMA-PAHVA. 


37 


» Cet  archer  formidable,  vivant  au  milieu  des  périls, 
qui  moissonnait  de  ses  (lèches  sur  le  plus  grand  des  chars 
les  têtes  des  ennemis  ; 518 — 519. 

» Qui,  à l’aspect  de  la  grande  armée  des  Pàndouides, 
inabordable  comme  le  feu  de  la  mort,  ne  cessait  d’opposer 
les  efforts  aux  efforts  de  ses  rivaux.  520. 

» Mais,  quand  il  eut  reculé  dix  jours  la  perte  de  l’armée, 
ce  destructeur  des  armées  ennemies,  descendit,  comme  le 
soleil,  à son  couchant,  ayant  accompli  une  œuvre  bien 
difficile  à faire.  521. 

» Lui,  qui,  aussi  immuable  qu’lndra,  et  faisant  plus 
que  sa  promesse  indigente  de  dix  mille,  immola  dans  la 
bataille  sous  la  pluie desesflèchesdispersées  cent  millions 
de  combattants  ; 522. 

» Il  est,  comme  un  arbre,  que  le  vent  a rompu,  couché 
sur  la  terre  ; sort,  que  ce  fils  de  Bharata  ne  méritait  pas 
sur  le  champ  de  bataille!  523. 

» Comment,  à la  vue  du  fils  de  Çàntanou,  l’armée  des 
Pàntchâlains  a-t-élle  pu  frapper  ici  Bhlshma  au  courage 
épouvantable.  524. 

» Comment  les  enfants  de  Pàndou  ont-ils  soutenu  la 
bataille  contre  Bhlshma?  Comment  Bhlslnna  n’a-t-il  pas 
vaincu,  Sandjaya,  Drona  respirant  l’air  du  ciel  ? 525. 

» Comment  Bhlshma,  le  plus  vaillant  des  guerriers 
est-il  tombé  dans  la  mort,  quand  il  avait  prés,  de  lui  Kripa 
et  le  fils  de  Bharadwadja  ? 526. 

» Inaccessible  aux  Dieux  mêmes  et  monté  sur  son  char, 
comment  Bhlshma  dans  la  guerre  a-t-il  été  frappé  à mort 
par  Çikhandi  le  Pântchàlain  ? 527. 

» Dis-moi,  héroïque  Sandjaya,  comment  fut  blessé  dans 
a bataille  ce  Bhlshma,  né  dans  la  famille  des  héros,  qui 


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38 


LU  M AH  A -BH  AR  ATA. 


sans  cesse  rivalisait  dans  les  combats  avec  le  Djamada- 
gnide  ; qui,  semblable  aux  Dieux,  ne  fut  pas  vaincu  parle 
fils  de  Djamadagni  et  par  qui  nous  sommes  plongés  dans 
la  tristesse.  528 — 529. 

» Qui  des  miens  au  grand  arc,  Sandjaya,  n’ont  pas 
abandonné  l’impérissable  ? Quels  héros  le  tenaient  envi- 
ronné par  l’ordre  de  Douryodhana  ? 530. 

» Tous  les  fils  de  Pàndou  se  sont  approchés  de  Bhîshma, 
ayant  à leur  tête  Çikhandi  : est-ce  que  cette  circonstance 
n’a  point  obligé,  Sandjaya,  tous  les  Kourouides  à déserter 
l’impérissable?  531. 

» Mon  cœur  est  donc  bien  fort  et  composé  du  rocher  le 
plus  dur,  puisqu’il  n’a  point  éclaté  en  apprenant  que 
Bhtshma,  ce  tigre  des  hommes,  était  frappé  à mort  ! 

» En  lui  étaient  sans  mesure  la  vérité,  l’intelligence, 
la  science  politique  : comment  ce  taureau  inalïrontable 
des  Bharatides  est-il  tombé  dans  la  bataille  ? 532—533. 

» Lançait-il  sa  flèche,  un  bruit  de  foudre  sortait  de  la 
maâurvl  : son  arc  au  vaste  son  de  tonnerre  s’élevait  comme 
un  grand  nuage.  535. 

a Ce  héros,  qui,  brisant  les  chars  ennemis,  comme  le 
Dieu,  qui  tient  la  foudre,  terrasse  les  Dànavas,  versait 
la  pluie  de  ses  flèches  sur  les  fils  de  kountî,  accompagnés 
des  Pantchâlains,  unis  aux  Srindjayas  ; 535. 

# B f 

» Quels  braves  ont  environné,  comme  un  rivage  en- 
toure le  séjour  des  makaras,  ce  fléau  des  ennemis,  qui  se 
plongeait  dans  le  combat,  qui  enlevait  les  héros  des  en- 
nemis, qui  consumait  par  sa  fougue,  sa  colère  et  sa  puis- 
sance les  coursiers  en  grand  nombre,  les  éléphants,  les 
fantassins  et  les  chars;  lui,  de  qui  la  voix  ressemble  au 
son  des  tambours  et  des  conques  ; lui,  qui  est  une  mer 


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BH1SHMA-PARVA. 


3» . 


inaccessible  aux  poissons  de  fantassins,  aux  tourbillons 
de  coursiers,  aux  tempêtes  d’éléphants  ; lui,  de  qui  la 
massue  et  l’épée  sont  égales  aux  dents  du  requin  ? 

636-537—538-539. 

» Qui  étaient  alors  devant  ce  Bhîshma,  l’immolateur 
des  héros,  qui  accomplit,  Sandjaya,  ses  exploits  dans  la 
bataille  pour  le  bien  de  Douryodhana?  640. 

» Qui  défendit  l’armée,  que  l’aile  droite  rassembla  au- 
tour de  Bhlshma  à la  splendeur  infinie  ? Quel  kshatrya, 
ferme  dans  son  engagement,  écarta  de  ses  derrières  les 
héros  des  ennemis  ! 541. 

» Qui,  rangés  près  de  lui  ont  protégé  Bhlshma  par- 
devant  ! Quels  héros  ont  défendu  la  queue  de  son  armée, 
tandis  que  ce  héros  combatiait  ? 542. 

» Qui  étaient  au  flanc  gauche,  Sandjaya,  quand  les 
Srindjayas  furent  immolés?  Qui,  dans  les  armées,  défen- 
dit en  tête  l’inabordable  avant-garde  ? 543. 

» Qui  a sauvé  les  derrières  de  ce  héros  dans  sa 
marche  vers  un  chemin  inaccessible?  Qui,  dans  nos  divi- 
visions,  ont  soutenu  les  combats  contre  les  héros  desenne- 
mis. 544-  ‘ 

» Comment,  protégé  par  ces  braves  et  ces  braves  dé- 
fendus par  lui,  leur  impétuosité  dans  la  guerre  n’a-t-elle 
pu  surmonter  les  armées  de  ces  héros  dilliriles  à vaincre, 
comme  Brahma  celles  du  Pradjâpati,  le  souverain  du 
monde  entier?  Comment  les  Pândouides,  Sandjaya, 
ont-ils  pu  même  lançer  une  flèche?  545 — 546. 

» Tu  me  dis,  Sandjaya,  que  Bhlshma,  ce  tigre  des 
hommes,  auprès  de  qui,  comme  dans  une  lie,  les  Kou- 
rouides,  ayant  repris  courage,  combattent  avec  les  enne- 
mis, est  plongé  au  fond  du  sépulcre  1 547. 


40 


LE  MAHA-BHARATA. 


» Comment  est-il  tombé  sous  les  coups  des  ennemis, 
cet  homme,  derrière  l'héroïsme  duquel  réfugié,  mon  fils 
à la  grande  force  dédaignait  les  Pàndouides  ? 648. 

» Mon  père  au  grand  vœu,  plein  de  la  cruelle  ivresse 
des  batailles,  et  de  qui  l’amitié  fut  jadis  recherchée  de 
tous  les  Dieux,  immolant  les  Dânavas!  549. 

n A la  naissance  de  cet  enfant  à la  grande  énergie,  le 
plus  excellent  des  fils,  Çântanou,  célèbre  dans  le  monde, 
abandonna  le  chagrin,  l'abattement  d’esprit  et  la  peine. 

» Comment  me  dis-tu  qu’il  a succombé,  ce  guerrier, 
dont  l’univers  parle  comme  d’une  personne,  qui  suivait  la 
plus  excellente  des  voies,  qui  était  savante,  pure,  mettant 
sa  joie  dans  son  devoir  et  qui  possédait  la  vérité  sur  les 
Védas  et  les  Védângas  ! 550 — 551. 

» A la  nouvelle  que  le  fils  de  (jântanou,  ce  héros  intel- 
ligent, dompté,  placide,  doué  de  la  modestie  et  de  tous 
les  astras,  est  mort,  je  sens  expirer,  ce  me  semble,  tout 
ce  qui  me  restait  de  force.  552. 

» L’injustice  vigoureuse  l'emporte  sur  la  justice,  — 
c’est  mon  sentiment,  — puisque,  non  contents  d’avoir  tué 
leur  vieux  père , les  Pàndouides  nous  envient  encore  ce 
royaume  ! 553. 

» Jadis,  Râma  le  Djamadagnide,  qui  savait  tous  les 
astras  et  ne  connaissait  personne,  qui  fût  supérieur  à lui, 
ayant  levé  ses  armes  pour  Ambâ,  fut  vaincu  par  Bhtshma 
dans  une  bataille.  554. 

» Tu  me  dis  qu’il  est  mort  ce  Bhlshma,  le  point  culmi- 
nant de  tous  les  archers,  l’homme  aux  œuvres  semblables 
à celles  d'Indra,  est-il  un  chagrin  plus  grand  que  cette 
douleur?  555. 

» Ce  guerrier  à la  grande  intelligence,  par  qui  lurent 


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BHISH.Y!  A-PARVA. 


Al 


vaincues  souvent  des  multitudes  de  kshatryas,  et  que  ne 
put  détruire  l’immolateur  des  héros  ennemis,  ce  Ràma,  le 
fils  de  Djamadagni,  il  a donc  succombé  aujourd'hui  sous 
le  bras  de  Çikhandi.  11  est  donc  supérieur  en  force,  en 
courage,  en  splendeur,  ce  Çtkandl,  fils  de  Droupada,  à 
ce  rejeton  de  Bhrigou  à la  grande  vigueur,  plein  de  la 
folle  ivresse  des  combats,  lui,  qui  put  immoler  ce  vaillant 
taureau  des  Bharatides,  instruit  dans  les  plus  grands  as- 
tras,  habile  en  tous  les  Traités,  héros  accompli  dans  les 
combats  ! Quels  braves  ont  suivi  dans  le  champ,  où  se 
réunissent  les  armes,  ce  meurtrier  des  ennemis  ? 

556 — 557 — 558 — 651). 

» Dis-moi  comment  fut  ce  combat  de  Bhtshma  avec  les 
Pàndouides.  Après  que  son  héros  fut  tombé  mort, 
Sandjaya,  l’armée  de  mon  fils  devint,  sans  doute , comme 
une  femme.  560. 

» Mon  armée  fut  telle  qu'un  troupeau  confus  de  taureaux 
sans  pasteur.  Alors  comment  fut  l’âme  en  cet  homme , 
cher  à l’autre  monde  (1),  et  dans  lequel  était  concentré 
en  ce  grand  combat  le  courage  supérieur  de  l’univers  en- 
tier ? Pouvons-nous  conserver  la  vie,  Sandjaya,  quand  on 
a tué  notre  père  à l'immense  énergie,  vertueux,  au  sen- 
timent du  monde  entier?  Nous  ressemblons  à l’homme, 
qui  veut  traverser  un  fleuve  et  qui  a vu  son  navire 
submergé  dans  une  eau  profonde.  561 — 562 — 563. 

» Mes  fils  déplorent  beaucoup,  avec  douleur,  je  pense, 
la  mort  de  Bhtshma  ; mais  peut-être  le  fer  est-il,  Sandjaya, 
la  matière,  dont  est  fait  mon  cœur,  56A. 

» Puisqu'il  n’a  pas  éclaté  eh  morceaux,  à la  nouvelle 


(1)  Implication  du  commentaire. 


42 


LE  MAUA-BHABATA. 


de  la  mort  de  Bhtshma,  ce  tigre  des  hommes!  Comment 
a-t-il  succombé  dans  le  combat  ce  guerrier  éminent, 
inaffrontable,  en  qui  se  trouvaient  infinis  les  astras,  l'in- 
telligence et  la  science  politique  ? Ni  l’adresse  dans  les 
armées,  ni  le  courage,  ni  la  pénitence,  ni  la  fermeté,  ni 
l'intelligence,  ni  même  la  générosité  ne  peuvent  sauver 
aucun  homme  de  la  mort.  Sans  doute,  cette  mort,  elle 
possède  une  grande  vigueur  ; personne  dans  tout  le  monde 
ne  peut  l’éviter,  565 — 566 — 567. 

» Puisqu’elle  a frappé,  dis-tu,  Bhlshma,  le  fils  de  Çân- 
tanou  ! Naguère,  affligé  par  les  chagrins  de  mes  fils  et  ne 
songeant  point  à de  grandes  infortunes,  j’ai  pensé  que  le 
lits  de  Çântanou,  que  Bhishma  nous  servirait  d'une  forte 
cuirasse.  Après  qu’il  eut  vu  le  fils  de  Çântanou  descendre, 
Sandjaya,  comme  un  soleil  sur  la  terre,  que  fit  alors  Dou- 
ryodhana  ? Quand  je  tourne  ma  pensée,  ou  sur  eux,  ou 
sur  les  rivaux,  je  ne  vois  pas  qu’il  reste  aucune  chose  dans 
l'armée  des  princes  ennemis.  Les  rishis  nous  ont  enseigné 
ce  devoir  terrible  du  kshatrya.  668 — 669 — 570 — 671. 

» On,  meurtriers  du  fils  de  Çàntanoy,  les  Pandouides 
désirent  encore  le  royaume,  ou  nous  désirons  le  royaume, 
après  que  nous  avons  causé  la  mort  de  ce  prince,  lié  par 
un  grand  vœu.  572. 

» Les  fils  de  Pritbà  se  tiennent  dans  les  devoirs  du 
kshatrya  et  mes  fils  n’ont  pas  commis  une  offense  : un 
noble  cœur,  Sandjaya,  doit  soutenir  ces  principes  au  mi- 
lieu des  difficultés  et  dans  les  infortunes.  573. 

» Le  courage  et  la  plus  grande  force  : voilà  ce  qui  re- 
posait en  lui  ! Comment  les  fils  de  Pândou  ont-ils  écarté, 
comme  des  armées  combinées,  ce  fils  de  Çântanou,  mon 
père,  jamais  vaincu,  plein  de  pudeur,  qui  détruisait  les 


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BHISHMA-PARVA. 


43 


armées?  Comment  ces  magnanimes  ont-ils  engagé  le 
combat?  674 — 675. 

» Ou  comment  Bhtshma,  mon  père,  Sandjaya,  fut-il 
abattu  par  les  ennemis  ? Douryodhana,  Karna,  Sakouni, 
fils  de  Soubala,  et  Douççâsana  le  joueur,  que  dirent-ils  à 
la  vue  de  Bhlshma  tué?  Ces  joueurs  insensés,  habiles  dans 
les  combats,  ils  sont  entrés  dans  une  salle  de  jeu  terrible, 
nommée  les  leviers  de  fer,  les  grands  cimeterres,  les  lan- 
ces de  fer  et  les  flèches,  hérissée  de  chevaux,  d’éléphants, 
de  fantassins,  jonchée  de  corps  çàetlà.  576  — 677 — 578. 

u Quels  hommes  éminents  jouèrent  à ce  jeu  formidable, 
dont  la  vie  était  l’enjeu  ? Qui  perdirent  la  partie?  Qui, 
autres  que  Bhlshma,  fils  de  Çàntanou,  firent  leur  mise  au 
jeu,  y furent  vaincus  et  renversés?  Car  je  ne  puis  trouver 
ici  de  tranquillité,  en  apprenant  la  mort  de  Bhlshma- 
Dévavrata,  mon  père,  aux  actions  effrayantes,  et  qui  brillait 
dans  les  combats  ! Tu  allumeras  un  jour,  comme  le  feu  par 
le  beurre  clarifié,  Sandjaya.  une  vive  douleur,  causée  par  la 
perte  de  mes  fils,  qui  doit  naître  dans  mon  cœur.  Mes  en- 
fants versent  des  larmes,  je  pense,  à la  vue  de  Bhlshma 
tué,  ce  grand  homme,  qui  avait  soulevé  uu  pesant  far- 
deau et  de  tjui  le  nom  célèbre  était  répandu  en  tout  l’u- 
nivers. Je  prêterai  l’oreille  à ces  peines,  dont  l’auteur  est 
Douryodhana.  579 — 580 — 581 — 582 — 583. 

» Raconte-moi  donc,  Sandjaya,  tout  ce  qui  est  arrivé 
là  : ce  qui  s'est  passé  dans  ce  combat,  et  qui  a son  origine 
dans  la  vésanie  de  cet  insensé.  584. 

» Dis-moi,  Sandjaya,  sans  rien  omettre,  ce  qui  fut 
écarté,  ce  qui  fut  bien  conduit,  ce  que  le  désir  de  la  vic- 
toire fit  exécuter  de  vigoureux,  dans  cette  bataille,  à ce 
Bhishma,  accompli  dans  les  ai  mes  ; dis-moi  comme  fut  ce 


ââ 


LE  MAHA-BHARATA. 


combat  des  armées  de  Kourou  et  de  Pândou.  585—086. 

» Narre-moi  successivement  par  qui,  en  quel  temps, 
de  quelle  manière  furent  exécutées  les  choses,  et  qui  en  fut 
te  conseiller.  » 587. 

Sandjaya  lui  répondit  : 

Cette  question,  que  tu  m’adresses,  grand  roi,  est  comme 
il  te  sied  ; mais  ne  veuille  pas  rejeter  cette  faute  sur  Dou- 
ryodhana.  688. 

L’homme,  qui  obtiendra  l’infortune  phr  sa  'mauvaise 
conduite,  ne  doit  pas  soupçonner  le  péché  dans  un  autre. 

Celui,  qui  fera,  puissant  roi,  tout  ce  qu'il  blâme  dans  les 
autres  hommes,  est  digne  de  mort  par  son  empressement 
à faire  des  choses,  blâmées  du  monde  entier.  580  — 500. 

Par  considération  pour  toi,  bien  long-temps  les  Pàn- 
douides,  avec  la  connaissance  de  l’injure,  ont  subi  une  of- 
fense au  milieu.des  forêts,  et  l’ont  pardonnée.  591. 

Écoute,  inaitre  de  la  terre,  chaque  action  des  coursiers, 
des  éléphants,  des  rois  à la  splendeur  infinie,  dont  je  fus 
le  témoin  oculaire  par  la  puissance  de  l'yoga.  Ne  jette  pas 
ton  âme  dans  le  chagrin  : jadis  cela  même  fut  sans  doute 
écrit,  souverain  des  hommes,  au  livre  des  destinées. 

Je  commence  par  adresser  mon  adoration  au  sage  Parâ- 
çaride,  ton  père,  grâce  à la  bienveillance  duquel  j’ai  obtenu 
cette  science  suprême  et  céleste,  592—593 — 59 h. 

Une  vue  supérieure  aux  sens,  une  ouïe,  qui  porte  plus 
loin  que  l'oreille,  une  seconde  âme  pour  distinguer  les 
événements  passés  et  futurs,  595. 

Une  science,  née  des  choses  élevées  et  sé|>arées  de  la 
terre.  Ma  route  dans  l’atmosphère  fut  heureuse  ; et,  grâce 
au  don,  que  m'avait  octroyé  le  magnanime,  j’étais  à l’abri 
des  flèches  dans  les  batailles.  596. 


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BHISHM  A-PABVA. 


45 


Écoute  de  ma  bouche,  avec  étendue,  comme  ce  combat 
des  enfants  de  Bharata  fut  de  fortune  diverse,  épouvan- 
table, et  ressemblant  au  plus  grand  des  prodiges.  597. 

Douryodhana  prescrivit  ce  commandement  pour  l’ac- 
tion à Douçcàsana,  au  milieu  de  ces  nombreuses  armées, 
qui  se  consumaient  en  efforts  : 598. 

« Douççâsaua,  que  les  chars  protecteurs  de  Bhlshma 
soient  rassemblés  à la  hâte  : excite  promptement  toutes  les 
armées.  599. 

» Ce  choc  des  Bharatides  et  des  Kourouides,  à la  tête 
de  leurs  armées,  semble,  à ma  pensée,  une  multitude  de 
pluies,  qui  fondent  sur  moi  1 600. 

» 11  n’y  a rien,  qui  soit  plus  à faire  en  ce  combat  que 
la  défense  de  Bhlshma  : si  on  le  sauve,  il  peut  tueries  fds 
de  Prithà,  avec  les  Srindjayas,  accompagnés  des  Soma- 
kas.  001. 

Il  a dit,  cet  homme  à l'&me  pure  : « Je  ne  tuerai  pas 
» Çikhandl  ! J’ai  ouï  dire  qu’il  fut  précédemment  une 
» femme  ; ainsi,  je  dois  l’épargner  dans  le  combat.  » 602. 

» 11  faut  donc  sauver  Bhîsluna  sans  ménager  aucun  ef- 
fort : que  tous  les  miens  se  tiennent,  déterminés  à la  mort 
de  Çikhandl  ! 603. 

» Que  tous  les  guerriers,  qui  vont  sur  les  routes  de  l’o- 
rient et  de  l’occident,  du  septentrion  et  du  midi,  habiles 
à manier  toutes  les  armes,  défendent  mon  ayeul.  604. 

» En  effet,  s’il  n’est  pas  défendu,  le  vigoureux  lion  sera 
tué  par  un  loup  ; ne  laissons  pas  un  chakal,  nommé  Çi- 
khandl, immoler  ce  lion.  605. 

» Youdàmaniou  défendra  l’aile  gauche  ; Outtamaâu- 
djas  soutiendra  l’aile  droite  : qu’ils  se  portent  sur  Phâl- 
gouna;car  Phàlgouna  est  le  défenseur  de  Cikhandi  ! 606. 


LE  MAHA-BH \RATA. 


4« 

n Protégé  par  le  fils  de  Prithâ,  mais  privé  de  Bhtshma, 
fais  en  sorte,  Douççàsana,  qu’il  ne  puisse  donner  la  mort 
au  fils  de  la  Gangà  ! » 607. 

Ensuite,  la  nuit  étant  survenue,  ce  fut  un  bien  grand 
bruit  des  maîtres  de  la  terre,  s’écriant  : a Rassemblez  ! 
» rassemblez!  » 608. 

C’était  de  toutes  parts  un  tumulte,  causé  par  les  accla- 
mations, les  battements  de  mains,  les  appels  au  combat, 
les  roulements  des  tambours,  les  fanfares  des  conques,  les 
cris  de  guerre,  le  fracas  des  roues  de  chars,  le  bruit  des 
chevaux,  qui  hennissent,  des  éléphants,  quibarrètent,  des 
guerriers,  qui  menacent.  609 — 610. 

Toute  la  vaste  armée  des  (forces  de  Kourou  et  do  Pàn- 
dou,  rassemblée  au  grand  complet,  roi  puissant,  se  leva 
aux  premières  lueurs  du  soleil.  611. 

Les  traits,  les  cuirasses  et  les  flèches  des  Pàndouides  et 
de  tes  fils,  Indra  des  rois,  étaient  insoutenables  à la  vue. 

Quand  il  fit  jour,  on  vit  les  immenses  armées  des  tiens, 
Bharatide,  et  des  ennemis,  leurs  flèches  à la  main. 

612—613. 

On  vit  resplendir,  comme  des  nuages  entremêlés  d’é- 
clairs, les  éléphants  et  les  chars  ornementés  d’or.  614. 

Là,  les  armées  des  chars  apparaissaient  telles  qu'un 
grand  nombre  de  villes:  là,  une  splendeur  immense  en- 
vironnait ton  père,  tel  que  la  lune  dans  sa  pléoménie.  615. 

Au  milieu  de  ces  armées,  les  combattants  se  tenaient  de 
pied  ferme,  brillants  par  des  flèches,  des  arcs,  des  glaives, 
des  cimeterres,  des  massues,  des  lances  et  des  leviers  de 
fer  éclatants.  » 16. 

Les  éléphants,  les  hommes  de  pied,  les  maîtres  de  chars 
et  les  coursiers  restaient,  souverain  des  mortels,  portant 


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BH1SHMA-PARVA. 


47 


des  espèces  de  filets  par  centaines  et  par  milliers.  61 7. 

On  voyait  flotter,  çà  et  là,  dans  les  airs,  des  milliers  de 
drapeaux  splendides,  aux  formes  nombreuses  et  diverses 
des  ennemis  et  des  tiens.  618. 

Les  drapeaux  lumineux  faisaient  luire  par  milliers, 
comme  des  feux  allumés,  leurs  hampes  d'or,  aux  membres 
émaillés  de  pierreries.  619. 

Tels  que  sur  les  palais  de  Mahéndra,  resplendissaient 
les  drapeaux  du  grand  Indra  : les  héros , vêtus  de 
cuirasses,  bouillants  du  désir  des  batailles,  purent  les 
admirer.  620. 

On  voyait  à la  tête  des  armées  les  Indras  des  hommes 
avec  des  yeux  de  taureaux,  portant  diverses  armes  levées, 
et  des  vêtements,  sur  le  fond  desquels  étaient  peints  des 
paons.  621. 

Çakouni,  fils  de  Soubala,  Çalya,  roi  d’Avanti,  Djayad- 
ratha,  Vinda  et  Anouvinda,  nés  du  Kalk.éyain,  et  le  roi 
de  Kauibodje  à la  grande  politesse,  622. 

Çroutàvoudha  le  Kalingain,  le  prince  Djayatséna,  Vri- 
hadbala  le  Rourouide  et  Kritavarman  le  Satwatide,  623. 

Ces  dix  héros,  éminents  hommes, aux  bras  forts  comme 
des  massues,  souverains  d’armées  complètes,  immolateurs 
de  sacrifices  aux  riches  honoraires,  624. 

Ces  rois  et  d'autres  en  grand  nombre,  soumis  à la  vo- 
lonté de  Douryodhana,  étaient  des  monarques,  fils  de 
monarques,  remplis  d'héroïsme  et  de  science  politique. 

On  les  voyait  au  milieu  de  ces  armées  revêtus  de  la 
cuirasse,  le  pied  ferme,  la  peau  de  gazelle  noire  attachée 
sur  C épaule  : tous  étaient  pleins  de  force,  habitués  dans 
les  combats.  625 — 626. 

Doués  de  zèle  pour  la  cause  de  Douryodhana,  initiés 


48 


LE  MAHA-BHARATA. 


pour  le  inonde  de  Brahma,  ils  se  tenaient  puissants,  iné- 
branlables, environnés  de  leurs  dix  années.  (527. 

L’inébranlable  année  des  kourouides  formait  onze 
corps,  dévoués  aux  fils  de  Dhritarâshtra  : à la  tôle  de  toutes 
les  armées  était  le  (ils  de  Çàntanou,  leur  généralissime. 

Nous  vîmes,  grand  roi,  Bhîshma  l’impérissable  avec  son 
blanc  turban,  ses  armes  blanches  et  sa  blanche  cuirasse, 
tel  enlin  que  la  lune  levée  au  milieu  du  ciel.  028 — 029. 

Les  kourouides  et  les  Pàndouides  virent  ce  héros,  qui 
avait  pour  son  drapeau  un  palmier  d’or,  debout  sur  un 
char  d’argent,  comme  l’astre  aux  rayons  froids  monté  sur 
un  nuage  blanc.  630. 

Les  Srindjayas  aux  grands  aies,  sous  la  conduite  de 
Dhrishtadyoumna,  levirent,  comme  de  viles  gazelles  voient 
un  lion  à la  haute  taille,  sa  gueule  ouverte.  031. 

Ces  onze  armées,  chéries  de  la  fortune  et  sous  la  con- 
duite de  Dhrishtadyoumna,  prince,  de  trembler  mainte  et 
mainte  fois.  032. 

Mais  les  sept  armées  des  Pàndouides  étaient  défendues 
par  de  grands  hommes.  Ces  deux  armées  ressemblaient 
à deux  mers,  qui  se  réunissent  à la  lin  d'un  youga  et  con- 
fondent leurs  tourbillons,  pleins  de  cétacées  furieux  et 
remplis  d'énormes  requins.  Nous  ne  vîmes  jamais  rien 
avant,  sire,  nous  u'entendimes  jamais  conter  rien  de  sem- 
blable à ces  armées  réunies  des  enfants  de  kourou. 

033-634-035. 

Tous  les  rois  de  concert  se  réunirent,  comme  l’avait  dit 
Le  vénérable  Vyâsa,  surnommé  Rrishna-Ihvatpàyana. 

La  lune  se  retira  dans  son  palais  des  Maghâs,  le  jour 
revint  et  les  sept  grandes  étoiles  enflammées  se  couchèrent 
au  milieu  du  ciel.  030 — 637. 


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BHISHlIA-l'ARVA. 


A» 

Le  soleil  semblait  à son  lever  coupé  en  deux  morceaux 
par  l’horizon  : l'astre  lumineux  parut  de  nouveau  dans  le 
ciel  sur  la  cîme  flamboyante.-  (338. 

Les  chacals,  les  corneilles,  les  animaux,  qui  font  leur 
pâture  de  chair  et  de  sang,  témoignèrent  par  des  cris  le 
désir  qu’on  leur  jetât  des  cadavres.  639. 

Chaque  jour  aux  premières  lueurs  de  la  lumière,  s'étant 
levé  avec  des  sens  comprimés,  le  vieil  aïeul  desKourouides 
et  des  Pàndouides,  accompagné  du  lils  de  Bharadwâdja  ; 

Ils  disaient,  ces  dompteurs  des  ennemis  : « Que  la  vic- 
toire soit  donnée  aux  fils  de  Pândou  ! » Voici  le  temps 
arrivé  où  ils  ont  combattu  pour  toi.  840 — 641. 

Dévavrata,  ton  père,  à qui  la  distinction  entre  tous  les 
devoirs  est  connue,  adressa  les  paroles  suivantes  aux 
maîtres  de  la  terre,  qu’il  avait  rassemblés  : 642, 

« Voici  que  la  porte  du  ciel  vous  est  toute  grande  ou- 
verte : allez  donc  par  elle,  vous,  kshatryas,  partager  le 
monde  de  Çakra  et  de  Brahma  ! 643, 

» C’est  la  route  éternelle  (1),  tracée  par  vos  devan- 
ciers et  par  ceux,  qui  les  ont  précédés.  L’âme  sans  trouble 
dans  le  combat,  revenez  aux  sentiments  de  votre  na- 
ture. 644. 

# C’est,  épurés  par  de  telles  actions,  que  Nàbhâga, 
Yayâti,  Mandâtri,  Nahousha  et  Nriga  sont  parvenus  à la 
région  la  plus  élevée  des  cieux.  645. 

» Le  devoir  du  kshatrya  n’est  pas  d’attendre  la  mort 
dans  sa  maison  d'une  maladie;  mais  aller  à la  mort  sur 
un  champ  de  bataille,  voilà  le  devoir  éternel  du  ksha- 
trya. » 646. 

(1)  Édition  de  Bombay.  Celle  de  Calootta  dit  : erueignée  par  le s Vérlat. 

vu  m 4 


50 


LE  MAHA-BHARATA. 


C’est  ainsi  que  Bhtehma  parlait,  éminent  Bharatide, 
aux  maîtres  de  la  terre.  Leurs  armées  sortirent  ; ils  bril- 
laient sûr  les  plus  hauts  des  chars.  047.  * 

Karna,  le  fils  du  Soleil,  avait  déposé  les  armes  dans 
cette  bataille  avec  ses  parents,  avec  ses  ministres,  à cause 
de  Bhlshma.  048. 

Désertés  par  lui,  tes  fds  et  les  rois  mêmes  de  ton  parti 
sortirent,  faisant  résonner  de  leurs  cris  de  guerre  les  dix 
points  de  l’espace.  649. 

Ces  armées  resplendissaient  de  coursiers,  d’éléphants, 
de  drapeaux,  de  guidons,  de  blanches  ombrelles,  de  fan- 
tassins et  de  pachydermes.  650. 

La  terre  était  troublée  par  le  son  des  tambourins  et  des 
tymbales,  les  roulements  des  tambours,  le  fracas  de  la 
roue  des  chars.  651 . 

Les  grands  héros,  brillants  de  leurs  arcs,  de  colliers  et 
de  bracelets,  resplendissaient  comme  des  montagnes,  où 
sont  allumés  des  feux.  652. 

Avec  son  drapeau,  orné  de  cinq  étoiles  et  d’un  grand 
palmier,  Bhlshma  se  tenait  à la  tête  de  l’armée  des 
Kourouides,  semblable  au  soleil  paré  de  rayons  purs. 

Alors,  tous  les  rois  au  grand  arc,  qui  avaient  embrassé 
ton  parti,  éminent  Bharatide,  se  dirigèrent  conformément 
aux  ordres  du  fds  de  Çàntanou.  653 — 654. 

Govâsana,  le  royal  Çivide,  accompagné  de  tous  les 
monarques  et  du  roi  Mâtanga,  vint  avec  les  couleurs  du 
lotus  et  une  armée  convenable,  se  placer  en  avant  de 
toutes  les  armées.  Açvatthàman  l’imita  avec  son  drapeau 
à la  queue  de  lion.  655 — 656. 

Çroutâyoudha,  Tchitraséna,  Pouroumitra,  Vivinçati, 
Çalya,  Bhoûriçravas  et  l’illustre  héros  Vikarna,  657. 


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BH1SHMA-PA1WA. 


51 


Ces  sept  grands  héros,  commandés  par  le  fils  de  Drona, 
se  mirent,  avec  des  chars  excellents  et  les  plus  fortes  ar- 
mures, devant  les  pas  de  Bhishma.  658. 

Leurs  corps  élevés  brillaient  ; leurs  chars  éminents 
resplendissaient,  éclatants  par  des  drapeaux  faits  d’or. 

Un  autel  d’or,  que  décorait  une  aiguière,  était  le  dra- 
peau  du  plus  grand  des  instituteurs  spirituels,  Drona, 
armé  d’un  arc.  659 — 660. 

Dourvodhana,  qui  entraînait  sur  ses  pas  une  armée  de 
plusieurs  centaines  de  mille  hommes,  avait  pour  son 
étendard  un  éléphant  géant  brodé  en  pierreries.  661. 

, Le  Kàlingain,  rejeton  de  Pourou,  les  Kàmbodjes  avec 
les  Soudakshinas,  Kshémadhanvan  et  Çalya,  ces  héros  se 
placèrent  devant  lui.  662. 

Le  roi  du  Magadha,  avec  un  char  de  haut  prix  et  un 
drapeau  à l’image  du  taureau,  marcha  à l’ennemi,  en- 
traînant sur  ses  pas  l’avant-garde.  663. 

Semblable  à un  épais  nuage  d'automne,  une  nombreuse 
armée  d’orientaux  était  défendue  par  l’intelligent  Kripa, 
le  seigneur  des  Angas.  66/i. 

Djayadratha  à la  haute  renommée,  se  tenant  à la  tète 
de  son  armée,  resplendissait  sous  un  drapeau  d’argent,  le 
premier  des  drapeaux,  qui  représentait  un  sanglier.  665. 

Cent  mille  chars,  huit  mille  éléphants  et  six  myriades 
de  cavaliers  obéissaient  à ses  ordres.  666. 

Le  roi  souverain  du  Sindhou  défendait  une  tête  d'ar- 
mée, grande  force,  qui  brillait,  composée  de  chevaux, 
d’éléphants  et  de  chars  infinis.  667. 

Le  monarque  de  tous  les  Kalingas  marchait,  avec  Ké- 
toumat,  commandant  à soixante  milliers  de  chars  et  une 
myriade  d’éléphants.  668. 


52 


LE  MAHA-BHARATA. 


Ses  grands  pachydermes,  ornés  de  guidons,  de  car- 
quois, de  leviers  en  fer  et  de  machines  de  guerre,  bril- 
laient, semblables  à des  montagnes.  669. 

L’insigne  du  feu  éclatait  sur  l’éminent  drapeau  du 
Kalingain  : un  éventail,  un  chasse-mouche,  un  nishka 
d’or  et  une  ombrelle  blanche  lui  prêtaient  leur  éclat. 

Tel  que  le  soleil  trônant  sur  un  nuage,  Kétoumat  lui- 
même,  sire,  était  monté,  dans  le  combat,  sur  un  éléphant 
de  la  plus  haute  taille,  couvert  d'un  caparaçon  varié  et 
conduit  avec  le  croc.  670—871. 

Enflammé  de  splendeur  et  pareil  au  Dieu,  qui  tient  la 
foudre,  le  roi  Bhagadatta  s'avançait,  siégeant  sur  un  pa- 
chyderme. 672. 

Égaux  à Bhagadatta  et  dévoués  à Kétoumat,  les  deux 
rois  d’Avanti,  Vindaet  Anouvinda,  se  tenaient  assis  sur 
les  épaules  d’un  éléphant.  673. 

Cette  multitude,  qui  avait  une  armée,  ou  plutôt  un 
corps  de  chars  , des  membres  d’éléphants,  une  tête 
d’homme  et  des  ailes  de  coursiers,  s’avançait,  terrible, 
accompagnée  de  Drona,  du  roi  Çântanouide,  du  fils  de 
l’Atchârya,  de  Vâhltka  et  de  Kripa,  en  riant,  sire,  et 
tournant  sa  tête  de  tous  les  côtés.  674 — 675. 

Ensuite,  après  un  instant,  les  guerriers,  qui  désiraient 
la  bataille,  puissant  roi,  firent  entendre  un  bruit  confus, 
qui  ébranlait  le  cœur.  676. 

La  terre  éclata,  pour  ainsi  dire,  au  fracas  de  la  roue 
des  chars,  au  barrit  des  éléphants,  au  bruit  des  tambours 
et  des  conques.  677. 

Dans  un  seul  instant,  le  ciel  et  la  terre  furent  tout  rem- 
plis alors  du  son  des  chevaux,  qui  hennissaient,  et  des 
guerriers,  qui  menaçaient.  678. 


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BHISHMA-PARVA. 


53 


En  cette  rencontre  insoutenable  de  l’une  contre  l’autre, 
les  armées  de  tes  fils  et  des  Pândouides  s’ébranlèrent. 

On  voyait  resplendir,  comme  des  nuages  entremêlés 
d'éclairs,  les  éléphants  et  les  chars  aux  décorations  d’or. 

679—680. 

Les  drapeaux  des  tiens  aux  formes  diverses,  aux  brace- 
lets d’or,  brillaient,  monarque  des  hommes,  tels  que  des 
feux  enfermés.  681. 

On  voyait  resplendir,  comme  sur  les  palais  du  grand 
Indra,  les  éclatants  drapeaux  de  Mahéndra  chez  les  tiens 
et  chez  les  ennemis.  682. 

On  voyait,  revêtus  de  leurs  armures,  avec  des  cui- 
rasses d’un  éclat  égal  au  soleil  enflammé,  les  héros  briller 
d'une  splendeur  semblable  à celle  de  l’astre  lumineux  ou 
de  la  flamme.  683. 

Les  meilleurs  guerriers  des  Kourouides,  avec  de  grands 
arcs  et  leurs  yeux  de  taureaux,  placés  en  tête  de  l’armée, 
avec  des  arcs  et  des  armes  diverses,  resplendissaient, 
comme  autant  de  Çivas,  le  sabre  à la  main,  au  milieu  des 
différentes  armes  levées.  Pour  défendre  ses  derrières, 
Bhishma  avait  tes  fils,  roi  des  hommes,  684  —085. 

Douççâsana,  Dourvishaha,  Dourmouka,  Doussaha,  Vi- 
vinçati,  Tchitraséna  et  le  grand  héros  Vikarua,  686. 

Satyavrata,  Pouroumitra,  Djaya,  Bhoûriçravas  et  Çala  : 
vingt  mille  chars  les  suivaient.  687. 

Les  Abhlshahas,  les  Çourasénas,  les  Çivayains,  les 
Avasâtains,  les  (’.âlvas,  les  Matsyas,  les  Ambashthas,  les 
Trigarttas,  les  Kaikéyains,  les  Saâuviras,  les  Kaîtavas, 
les  guerriers  de  l’orient  et  de  l’occident,  du  septentrion 
et  du  midi.  Ces  douze  peuples  étaient  des  héros,  qui 
avaient  fait  le  sacrifice  de  leur  vie.  688 — 689. 


54 


LE  MAHA-BHARATA. 


Us  défendaient  le  vénérable  aïeul  avec  une  grande 
multitude  de  chars.  Une  armée  de  dgc  mille  éléphants 
impétueux,  sous  les  ordres  du  roi  de  Màgadha,  suivait 
cette  division.  Les  gardes  de  la  roue  des  chars  et  les  fan- 
tassins, protecteurs  des  éléphants,  étaient  au  milieu  de 
l’armée,  au  nombre  de  six  millions  d'hommes.  Des  piétons 
marchaient  en  avant,  tenant  à la  main  des  épées,  des 
boucliers  et  des  arcs.  690—691—692. 

Us  composaient  plusieurs  centaines  de  mille  combat- 
tants avec  les  traits  barbelés  et  les  ongles.  Les  onze 
armées  de  ton  fils,  grand  roi,  rejeton  de  Bharata,  pa- 
raissaient comme  le  Gange,  au  milieu  duquel  se  déverse 
l'Yamounâ.  693—694. 

« Ces  armées  étaient  au  nombre  de  onze,  observa  Dhri- 
tarâshtra;  comment,  à la  vue  de  cette  immense  multi- 
tude, Youdhishthira  le  Pàndouide  rangea-t-il  sa  petite 
armée  en  ordre  opposé?  695. 

» Comment  disposa-t-il  ses  troupes  à l’encontre  de 
Bhîshma,  ce  fils  de  Kountî,  à qui  sont  connus,  Sandjaya, 
tous  les  ordres  de  bataille  Asourique,  Gandharvique,  hu- 
mains et  divins?  » 696. 

Dès  qu’il  vit  ces  innombrables  armées  des  fils  de  Dliri- 
tarâshtra,  répondit  Sandjaya,  Dharmarâdja,  le  vertueux 
Pàndouide,  adressa  à Dhanandjaya  ces  paroles  : 697. 

« On  sait,  mon  ami,  d’après  le  langage  du  grand 
rishi  Vrihaspati,  qu'il  faut  combattre  réuni  une  petite 
armée;  mais  qu’il  est  loisible  d’étendre  et  de  porter  sur 
des  points  divers  des  forces  considérables.  698. 

» Une  petite  armée  affectera  donc  la  forme  d’une  ai- 
guille contre  un  grand  nombre.  Or,  nos  forces  sont  bien 
évidemment  plus  faibles  que  les  forces  de  l’ennemi.  699. 


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BHISHMA-PAllVA. 


ôô 


» Connaissant  ces  paroles  du  grand  rishi,  raisonne  en 
conséquence,  fils  de  Pàndou.  » A ces  mots,  Phâigouna 
répondit  à Dharmarâdja  : 700. 

« Voici  mon  raisonnement  : il  est  un  ofdre  de  bataille 
invincible,  inébranlable.  Il  est  nommé  la  Foudre,  et  fut 
employé  par  le  Dieu,  qui  tient  le  tonnerre  en  sa  main. 

» Bhlma,  le  plus  excellent  des  guerriers,  qui  est  inaf- 
frontable  aux  ennemis  dans  la  bataille  et  merveilleux 
comme  le  vent,  combattra  à la  tête  de  nos  rangs. 

701—702. 

» Broyant  les  forces  des  ennemis,  ce  général,  le  plus 
grand  des  hommes,  à qui  tous  les  moyens  de  la  guerre 
sont  connus,  livrera  bataille  par-devant  nous.  703. 

» A peine  l’auront-ils  vu,  tous  les  Kourouides,  dont 
le  chef  est  Douryodhana,  reculeront  effrayés,  comme  de 
viles  gazelles  à la  vue  d’un  lion.  70â. 

» Tous,  en  pleine  assurance,  nous  nous  réfugierons 
derrière  ce  retranchement,  ce  Bhtma,  le  meilleur  des 
combattants,  comme  les  Immortels  derrière  le  roi  des 
Dieux  : 705. 

» Car  il  n’est  pas  un  homme  dans  le  monde,  qui  puisse 
fixer  les  yeux  sur  Vrikaudara  dans  sa  colère,  sur  ce  héros 
éminent  aux  œuvres  plus  que  terribles,  » 706. 

A ces  mots,  Dhanandjaya  aux  longs  bras  agit  de  cette 
manière,  et,  quand  il  eut  disposé  les  armées,  Phâigouna 
de  s’avancer  à grands  pas.  707. 

En  voyant  s’approcher  les  Kourouides  , la  grande 
armée  des  Pàndouides  parut  comme  le  Gange  roulant  à 
pleins  bords  ses  flots  instables.  708. 

Bhimaséna,  le  vigoureux  Dhrishtadyoumna,  Nakoula, 
Sahadéva,  le  prince  Dhrishtakétou  et  Virâta  formèrent 


66 


LL  MAHA-BHARATA. 


l’avant-garde.  Ensuite,  le  roi  Y oudhishthira  avec  ses 
frères  et  ses  fils,  environné  d’une  armée  complète,  défen- 
dait les  derrières.  709 — 710. 

Les  deux  fils  de  Mâdrl  à la  grande  splendeur  gardaient 
les  roues  du  char  de  Bhlma,  Les  impétueux  fils  de  Draàu- 
padl  et  de  Soubhadrâ  protégeaient  la  queue.  711. 

Entouré  des  héros  de  l’armée  et  des  illustres  chefs, 
Dhrishtadyoumna  le  Pântchâlain  étendait  sur  eux  sa  vi- 
gilance. 712. 

Après  eux,  éminent  Bharatide,  s’avançait  Çikhandl, 
défendu  par  Arjouna  et  tournant  ses  efforts  à la  perte  de 
Bhtshma.  713. 

Le  robuste  Youyoudhâna  était  sur  les  derrières  d’ Ar- 
jouna ; deux  Pântchâlains,  Youdâmanyou  et  Outta- 
maâudjas,  Dhrishtakétou,  le  Kaîkéyain,  et  le  vigoureux 
Tchékitana  protégeaient  les  roues  de  son  char;  Bhîma- 
séna  portait  une  solide  massue,  faite  avec  la  force  même 
* du  diamant,  71  h — 715. 

Par  sa  marche  d’une  grande  vitesse,  il  aurait  desséché 
l’océan  ! Ceux-ci,  monarque  des  hommes,  se  tenaient  avec 
leurs  ministres,  observant  les  ennemis.  716. 

n Voici  les  fils  de  Dhritarâshtra!  dit  Blbhatsou;  fais- 
leur  donc  voir,  sire,  que  tu  es  Bhîmaséna  à la  grande  vi- 
gueur! » 717. 

Tous  les  guerriers  alors  d’honorer  sur  le  champ  de 
bataille,  par  des  paroles  heureuses,  le  fils  de  Prithâ,  qui 
parlait  ainsi.  718. 

Le  roi  Youdhishthira,  le  fils  de  Kountî,  était  dans 
l’armée  du  milieu,  avec  des  éléphants  enivrés,  de  haute 
taille,  qui  se  mouvaient  comme  des  montagnes.  719. 

Le  Pântchâlain  au  grand  cœur,  le  courageux  Yajnaséna 


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BHISHM  A-PARVA. 


67 


suivait  avec  une  armée  complète,  dans  l’intérêt  des  fils  de 
Pândou,  les  pas  3e  Virâta.  720. 

Leurs  ornements,  de  l’or  le  plus  riche,  avaient  l'éclat 
de  la  lune  et  du  soleil  : sur  les  chars  flottaient  leurs 
grands  drapeaux,  qui  portaient  divers  emblèmes.  721. 

Ensuite,  l’illustre  héros  Dhrishtadyoumna  lit  sortir  en- 
tièrement ses  troupes,  et  défendit  Youdhishthira  avec  ses 
frères  et  ses  fils.  722. 

Un  grand  singe  était  placé  sur  le  char  d’ Arjouna  et  sur- 
passait les  immenses  drapeaux  arborés  sur  le»  chars  des 
tiens  et  des  ennemis.  723. 

Les  fantassins  marchaient  en  avant,  tenant  à la  main 
des  glaives,  des  lances  de  fer,  des  épées  : les  gardes  de 
Bhlmaséna  formaient  plusieurs  centaines  de  milliers.  724. 

Dix  mille  héroïques  éléphants  aux  visages  arrosés  par 
les  gerçures  de  leurs  joues  fendues,  couverts  de  filets 
maillés  d’or,  enflammés  comme  la  cime  des  monts,  725. 

De  haut  prix,  aux  senteurs  de  lotus,  distillant  le  mada, 
tels  que  les  nuages  versent  une  rosée , suivaient  les  pas  du 
monarque  Youdhishthiru,  comme  des  montagnes  ambu- 
lantes. 720. 

L’iuaflrontable  Bhlmaséna,  au  grand  cœur,  étendait  son 
épouvantable  massue,  semblable  à la  barrière  d'une  porte, 
et  entraînait  en  avant  l'immense  armée.  727. 

Aucun  des  combattants  ne  pouvait  fixer  de  près  les 
yeux  sur  cette  armée,  qui  brûlait,  pour  ainsi  dire,  aussi 
impossible  à regar  der  que  le  soleil  même.  728. 

Voilà  cet  ordre  de  bataille  épouvantable,  inaccessible  à 
la  crainte,  tournant  son  visage  de  tous  les  côtés,  ombragé 
sous  un  drapeau,  autour  duquel  scintillent  les  éclairs  de 
l’arc,  et  protégé  par  l’archer  du  Gàndlva,  729. 


68 


LE  MABA-BHARATA. 


Invincible  dans  le  monde  des  hommes,  défendu  par  les 
fils  de  Pàndou  et  qu'ils  maintinrent  disposé  à l’encontre 
de  ton  armée.  7S0. 

Au  point  du  jour,  tandis  que  les  guerriers  se  tenaient  à 
l’opposite  du  soleil  levant,  le  tonnerre  éclata  dans  un  ciel 
sans  nuage,  et  le  vent  de  souffler  par  derrière.  731. 

Des  vents  s’élevaient  à tous  les  degrés  du  cercle,  et 
versaient  une  pluie  de  sable  fin  : la  poussière  soulevée  cou- 
vrait le  monde  entier  d'obscurité.  732. 

Un  grand  météore  igné  tomba,  éminent  Bharatide, 
tournant  sa  face  à l'orient  ; il  se  fendit  avec  un  vaste 
bruit  et  le  soleil  à son  lever  en  fut  éclipsé.  733. 

Au  moment  où  tous  les  guerriers  étaient  prêts  A com- 
battre, l’astre  radieux  se  leva  sans  lumière,  et  la  terre  de 
trembler  avec  de  longs  mugissements.  73  A. 

La  terre  se  rompit  avec  fracas,  éminent  Bharatide,  et 
de  nombreux  vents  impétueux  naquirent  à tous  les  points 
de  l’espace.  735. 

11  s'éleva  une  poussière  cuisante,  qui  ne  permettait 
plus  de  rien  distinguer.  Tout,  comme  dans  les  forêts  de 
palmiers,  était  un  frémissement  et  un  cliquetis  de  dra- 
peaux, que  le  vent  agitait  soudain,  avec  leurs  multitudes 
de  clochettes  attachées,  leurs  riches  étoffes,  auxquelles 
étaient  liés  des  bouquets  d’or,  et  les  grands  étendards 
d’une  splendeur  égale  à celle  de  l’astre  lumineux.  Ainsi 
les  Pândouides,  ces  tigres  des  hommes,  se  tenaient  fermes 
avec  le  désir  du  combat , ayant  disposé  leur  ordre  de 
bataille  à l’encontre  de  ton  fils.  A nous  combattants,  la  vue 
de  Bhlma  à la  tète  des  troupes,  le  pied  ferme,  sa  massue 
à la  main,  nous  dévorait,  pour  ainsi  dire,  la  moelle  dans 
tes  os,  ( De  la  stance  736  <1  ta  stance  7A0.) 


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BHISHMA-PARVA. 


59 


« Au  lever  du  soleil,  qui  les  premiers,  Sandjaya,  de- 
manda le  roi  Dhritarâehtra,  eurent  le  désir  du  combat,  le 
poil  comme  hérissé  d'impatience , ou  les  miens , qui 
avaient  près  d’eux  Bhlshma  pour  guide,  ou  les  Pàndouides, 
guidés  alors  par  Bhlmaséna?  "Al. 

» A qui  resta  en  dernier  le  soleil,  la  lune  et  le  vent? 
Contre  l’armée  de  qui  les  bêtes  ravissantes,  firent-elles 
entendre  leurs  glapissements?  Sur  le  visage  de  quels 
jeunes  guerriers  vit-on  un  air  serein  ? Dis-moi  cela, 
Sandjaya,  exactement.  » 742. 

Ces  deux  armées,  répondit  Sandjaya,  en  étaient  venues 
à s'égaler,  pour  ainsi  dire,  l’une  l’autre;  ces  deux  ordres 
de  bataille  avaient  les  formes  joyeuses,  Indra  des  rois;  ces 
deux  armées  diverses  ressemblaient  à des  rangées  de  fo- 
rêts ; ces  deux  armées  étaient  pleines  de  chevaux,  de  chars 
et  d’éléphants.  743. 

Ces  deux  grandes  agglomérations  avaient  une  figure 
épouvantable:  toutes  deux  étaient  insoutenables,  toutes 
deux  faites  pour  la  conquête  du  Swarga , toutes  deux 
composées  d’hommes  éminents.  "44. 

Ensuite  les  principaux  Kourouides  se  placent  pour 
combattre  devant  les  Prithides,  ceux-ci  devant  les  Dhri- 
tarâshlrides  ; l'armée  des  Kourouides  comme  celle  du  roi 
des  Démons;  l’armée  des  Pàndouides  comme  celle  de 
l’indra  des  Dieux.  745. 

Le  vent  de  souiller  derrière  les  fils  de  Pândou  ; les 
bêtes  ravissantes  de  hurler  contre  les  enfants  de  Dhrita- 
ràshtra.  Les  éléphants  de  ton  fils  no  purent  supporter  les 
senteurs  âcres  du  mada  des  pachydermes  ennemis.  7 4.(1. 

Monté  sur  un  éléphant  à la  couleur  de  lotus,  à la  cein- 
ture d’or,  couvert  d’un  filet,  Douryod  ana,  exalté  par  les 


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ao 


LE  M AH  A-BHARATA. 


poètes  et  les  bardes,  était  allé  se  placer  au  milieu  des 
Kourouides.  7A7.  , 

lin  bouquet  d’or  brille  sur  sa  tête.  Ayant  l’éclat  de  la 
lune,  abrité  sous  une  ombrelle  blanche,  partout  où  il 
va,  il  est  suivi  de  Çakouni,  le  roi  du  Gândhàra,  avec  ses 
montagnards  Gàndhàraius.  7A8. 

En  avant  de  toute  l'armée,  le  vieux  Bhishma  avec  son 
cimeterre,  sa  blanche  ombrelle,  son  arc  blanc,  son  blanc 
turban,  son  drapeau  blanc  et  ses  blancs  coursiers,  res- 
semble à une  blanche  montagne.  7A9. 

Dans  son  armée,  tous  les  Dhritarâshtrides,  et  Çala  des 
Vâhkîkas,  et  les  Ambashthas,  et  les  kshatrvas  du  Sin- 
dhou,  et  les  Saâuviras,  et  les  héros  Pantchanadains  n’a- 
vaient qu’une  seule  et  même  place  en  ion  amitié.  750. 

L’arc  à la  main  et  l'âme  non  abattue,  monté  sur  un 
char , traîné  par  des  chevaux  rouges , le  magnanime 
Drona  s'y  tenait  comme  le  gourou  habituel  de  tous  lés 
rois  et  s’avançait , pareil  à l’ Indra  de  la  terre.  751. 

Au  milieu  de  l'armée , marchait  Vàrddhakshattri , 
Bhoûriçravas,  Pouroumitra  et  Djaya , les  Çâlvas,  les 
Malsyas,  les  Kaîkéyains  et  tous  les  frères,  qui  devaient 
combattre  dans  l'armée  des  éléphants.  752. 

Le  Gotamide  à la  grande  âme,  au  grand  arc,  combat- 
tant avec  des  armes  diverses  et  le  plus  fort  timon  du 
Çaradvatide,  s’avançait  au  nord  (1)  de  l’armée  avec  les 
Çakas,  les  Kirâtas  et  les  Yavanas  (2).  753. 


(4)  Au  lieu  de  celle  stance,  l'édition  de  Bombay  porte  la  suivante  : 
« Cette  grande  armée,  protégée  par  lea  Vrisbui-Bhodja»  et  les  SounUh* 
trakas,  tenant  à la  main  les  armes,  qu'ils  connaissent,  celte  armée  des  tiens, 
défendue  par  Kritavarman,  s avance  au  midi.  » 

(2)  Les  Pahlawis,  édition  de  Bombay. 


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BHISHMA-PARVA. 


61 


Suivait  une  myriade  de  chars,  qui  appartenaient  aux 
conjurés.  Ce  mot  les  avait  créés  : « Ou  la  mort  ou  la  vic- 
toire sur  Arjouna  ! » Celui -ci  était  donc  exposé  aux  pa- 
roles d un  tel  serment.  Les  héros  Trigarttas,  consommés 
dans  les  armes,  précédaient  la  marche.  754. 

La  somme  de  tes  éléphants,  rejeton  de  Bharata,  était 
de  cent  mille.  A chaque  éléphant  étaient  attachés  dix 
chars.  Pour  chacun  des  chars,  il  y avait  cent  chevaux. 

Pour  chaque  cheval  étaient  dix  archers  ; pour  un  ar- 
cher, dix  hommes  armés  de  boucliers.  Telles  étaient,  fils 
de  Bharata  , tes  nombreuses  armées , disposées  par 
Bhtshma.  755—756. 

A la  naissance  de  chaque  jour,  Bhlshma,  fils  de  Çânta- 
nou,  le  généralissime,  disposait  l’armée  en  ordre  Asou- 
rique,  Gandharvique,  humain  et  divin.  757. 

Large  par  la  multitude  des  grands  chars  et  retentis- 
sant comme  la  mer,  l’ordre  de  bataille,  établi  par 
Bhlshma,  tournait  dans  le  combat  sa  tête  au  couchant. 

Ton  armée,  Indra  des  hommes,  était  épouvantable, 
avec  des  formes  sans  fin,  mais  non  celle  des  Pàndouides; 
cependant  j’estime  quelle  était  grande,  inaffrontable,  elle, 
qui  avait  pour  ses  guides  Krishna  et  Arjouna.  758 — 759. 

Dès  qu’il  vit  s’avancer  à la  hâte  l’immense  armée  du 
Dhritaràshtride,  le  fils  de  Kountl,  le  roi  Youdhishthirade 
s’abandonner  à un  mouvement  de  trouble.  760. 

A peine  eut-il  vu  cette  armée,  que  Bhlshma  avait 
rendue  impénétrable,  à peine  l’eut-il  vue  comme  un  dia- 
mant, il  dit,  la  couleur  effacée,  ces  mots  à Aijouna  : 

« Dhanandjaya,  comment  nous  sera-t-il  possible  de 
livrer  bataille  à ces  Dhritaràshtrides,  pour  lesquels  combat 
notre  ayeul  aux  longs  bras  ? 761 — 762. 


62 


LE  MAHA-BHARATA. 


» Voici  un  ordre  de  bataille  inébranlable,  impéné- 
trable, que  Bhlshma  à l’immense  splendeur,  qui  traîne  les 
cadavres  des  ennemis,  a établi  d’une  manière  enseignée 
dans  les  Çâstras.  703. 

» Nous  sommes  tombés  en  péril,  nous  et  notre  armée  : 
comment,  guerrier  vaillant,  obtiendrons-nous  la  victoire 
sur  un  ordre  de  bataille  si  puissant?  » 76à. 

L’immolateur  des  ennemis,  Arjouna  dit  au  Prithide 
Youdhishthira,  troublé,  pour  ainsi  dire,  majesté,  à la  vue 
de  ton  armée  : 765. 

« Écoute  de  quelle  manière,  souverain  des  hommes,  on 
peut,  quoiqu’on  moindre  nombre,  vaincre  des  ennemis, 
quelque  nombreux  soient-ils , doués  de  qualités  et 
plus  grands  par  la  science.  700. 

» Je  vais  t’en  dire  le  moyen,  à toi,  de  qui  la  bouche,  fds 
de  Pàndou,  est  pure  d'invectives;  moyen,  qui  n’est  pas  in- 
connu à Nârada,  Bhlshma  et  Drona.  767. 

» Jadis  appuyé  sur  la  raison,  dans  la  guerre  entre  les 
Démons  et  les  Dieux,  l’ayeul  suprême  des  créatures  l’a 
exposé  de  cette  manière  à Mahéndra  et  aux  autres  habi- 
tants du  ciel.  768. 

» La  force  et  l’énergie  ne  donnent  pas  la  victoire  à ceux, 
qui  la  désirent,  aussi  sûrement  que  la  vérité  et  la  dou- 
ceur, l’attachement  au  devoir  et  le  travail  (1).  709. 

» Connaissant  le  vice  et  la  vertu,  épris  de  la  plus 
noble  (2)  ambition,  combattez  sans  orgueil.  Là,  où  est  le 
devoir,  est  aussi  la  victoire.  770. 

» Notre  victoire,  sache-le,  sire,  est  assurée  dans  ce 
combat  ; car,  comme  l’a  dit  Nârada,  du  côté,  où  est 
Krishna,  se  tient  la  victoire.  771. 

(1—2)  Édition  de  Bombay. 


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BHISHMA-PARVA. 


63 


» La  victoire  est  aux  ordres  de  Krishna  (1)  ; elle  suit 
les  pas  du  meurtrier  de  Madhou  ; autant  que  lui  obéit  la 
victoire,  autant  les  autres  vertus  lui  sont  également  sou- 
mises. 772. 

» La  splendeur  de  Govinda  est  infinie  ; les  multitudes 
d’ennemis  ne  lui  inspirent  aucun  trouble  d’esprit  : c'est 
un  homme  fait  de  l’éternité  (2).  Là,  où  est  Krishna,  est 
toujours  la  victoire.  773. 

» Jadis  devenu  Hari-Vikountha  à la  flèche  non  pares- 
seuse, il  dit  aux  Asouras  et  aux  Dieux  avec  une  voix  ton- 
nante : n A qui  la  victoire  doit-elle  appartenir?  » 774. 

» Les  vainqueurs  furent  alors  ceux,  qui  dirent  : Puis- 
sions-nous vaincre  sous  la  conduite  de  Krishna  ! » Car  les 
trois  mondes  furent  obtenus,  grâce  à lui,  par  Çakra  et  les 
autres  Dieux.  775. 

» Je  ne  lui  vois  point  ici  la  moindre  inquiétude  pour 
toi,  à qui  le  souverain  du  Tridiva,  le  Dieu,  qui  jouit  de 
l’univers  entier,  promet  la  victoire.  » 776. 

Ensuite,  se  disposant  en  bataille  contre  les  divisions  de 
Bhishma,  le  roi  Youdhishthira  d’exciter  son  armée.  777. 

Les  Pàndouides  rangèrent  leurs  troupes  suivant  la  des- 
cription, qui  en  fut  donnée  : les  propagateurs  de  la  race 
de  Kourou  désiraient  conquérir  par  une  grande  bataille 
les  plus  hautes  demeures  du  Swarga.  778. 

L’armée  de  Çikhandi  formait  le  centre,  défendu  par 
l’Ambidextre.  Dhrishtadyoumna,  protégé  par  Bhlmaséua, 
marchait  au  front  de  bataille.  779. 

L’armée  du  midi,  sire,  était  flanquée  par  Youyoudhâna, 


(I)  Explication  <la  commentaire. 
^2)  Édition  de  Bombay. 


LE  MAHA-BHAHATA. 


aâ 

le  fortuné  général  des  Satwatas,  comme  par  Indra,  un  arc 
à la  main.  780. 

Au  milieu  des  hommes  (1)  et  des  éléphants,  Youdhish- 
thira  était  monté  sur  un  char-,  muni  d’une  galerie  exté- 
rieure, fourni  d’engins  en  or,  couvert  d'or  et  de  pierreries, 
semblable  au  véhicule  du  grand  Indra.  781. 

Son  ombrelle  d’une  nette  blancheur,  élevée  dans  les 
airs , soutenue  sur  un  manche  d’ivoire,  jette  son  éclat  au 
loin.  Les  grands  rishis  chantent  les  louanges  du  monarque 
de  la  terre  et  décrivent  un  pradakshina  autour  de  lui. 

Les  archi-brahmes  lui  prédisent  la  mort  de  l’ennemi, 
les  brahmarshis  parfaits  l’exaltent  et  le  comblent  de  pa- 
roles favorables  avec  des  prières  à voix  basse,  des  hymnes 
et  des  simples  d’une  grande  efficacité.  782 — 783. 

Enfin,  le  magnanime  et  le  plus  grand  des  Kourouides 
s'avança  comme  Indra,  le  souverain  des  Immortels,  dis- 
tribuant aux  brahmes  des  milliers  de  présents,  des  vaches, 
des  fruits,  des  fleurs  et  des  nishkas  d’or.  784. 

Avec  ses  belles  roues,  ses  blancs  coursiers,  ses  bou- 
quets lumineux,  ses  clochettes  par  centaines,  le  char 
d’Arjouna,  où  le  jaune  de  l’or  s’entremêlait  avec  le  rouge 
du  plus  riche  or,  resplendissait  comme  le  feu  ou  comme  un 
millier  de  soleils.  785. 

Monté  sur  ce  char,  modéré  par  Kéçava,  ce  guerrier, 
qui  a le  singe  pour  son  drapeau,  qui  porte  un  arc,  qui 
tient  à sa  main  les  flèches  du  Gândiva,  lui,  de  qui  il 
n’existe  pas  un  égal  sur  la  terre,  un  jour  il  sera  pour 
nous.  786. 

Ce  héros,  duquel  sans  armes  on  admire  les  bras  char- 


(1)  Édition  de  Bombay. 


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BH1SHM  A-PARVA. 


«5 


ruants,  il  s'est  revêtu  de  formes  infiniment  terribles  pour 
détruire  l’année  de  tes  fils;  il  réduira  en  cendres  sous 
ses  bras  les  éléphants  et  les  hommes  dans  la  bataille. 

Accompagné  des  jumeaux,  Bhimaséna-Ventre-de-Loup 
est  le  gardien  du  char  de"  ce  héros,  à peine  l’eurent-ils 
vu  semblable  aux  images  de  Mahéndra  dans  le  inonde, 
avec  le  dandinement  d'un  roi  des  lions  dans  l’ivresse  ; 

787—788. 

A peine  tes  guerriers,  l'Ame  plongée  dans  la  crainte- 
eurent-ils  vu  l’inaccess'ble  Vrikaudara,  étalant  devant  soi 
l’orgueil  d’un  roi  des  éléphants,  paraître  à la  tête  des  ar- 
mées, ils  se  troublèrent,  comme  des  proboscidiens  tombés 
dans  un'bourbier.  789. 

Djanârddana  dit  ces  mots,  ô le  plus  vertueux  des  Bha- 
ratides,  au  fils  des  rois,  à Goudàkéça,  qui  se  tenait  au 
milieu  de  l’armée  : 790. 

« Ce  guerrier,  qui  brûlant  de  colère,  placé  dans  l’ar- 
mée, entraîne  la  nôtre  comme  un  lion,  c’est  Bhishma,  le 
drapeau  de  la  race  Kourouide,  par  qui  furent  offerts  trois 
cents  açva-médhas.  791. 

» Ces  armées  cachent  le  prince  à la  haute  dignité,  de 
même  que  les  nuages  couvrent  l’astre  lumineux.  Immole 
ces  troupes  et  livre  ensuite  un  combat  au  taureau  des  Bha- 
ratides.  » 792. 

Dès  qu’il  vit  que  l’armée  des  Dhritarâshtrides  s’était 
avancée  pour  la  bataille,  Krishna  dit  encore  à Arjouna  ces 
paroles,  que  lui  inspira  l’amour  de  son  bien  : 793. 

i»  Devenu  pur,  guerrier  aux  longs  bras,  et  tournant  le 
visage  au  combat,  adresse  pour  la  perte  des  ennemis,  ton 
éloge  à la  Déesse  Dourgâ.  » 79A. 

A ces  mots  du  sage  Vasoudévide  sur  le  champ  de  ba- 
vii  5 


m 


LE  MAHA-BHAKATA. 


taille,  le  Prithide  Arjouna  descendit  de  son  char  et,  joi- 
gnant les  mains,  il  récita  sa  prière.  705. 

« Adoration  à toi,  dit-il,  noble  Déesse,  hôte  du  Mandara, 
épouse  de  Siddhaséna,  Koumàrl,  Kâli,  Déesse  au  collier 
de  crânes,  Kapilâ,  Krishnapin'galâ.  79(5. 

» Adoration  à toi,  éminente  Kâli  ! Adoration  te  soit  ren- 
due, grande  Kâli  I Adoration  à toi,  Tchandî  ! Déesse  fu- 
rieuse ! Libératrice  aux  nobles  couleurs  ! 797. 

» Vertueuse  Déesse  aux  longues  dents,  qui  prends  un 
nom  de  Katyâyana;  6 Djaya,  ô Vidjaya,  qui  portes  une 
queue  de  paon  pour  ton  drapeau  et  qui  es  parée  de  divers 
ornements  I 798. 

» Qui  as  pour  arme  une  grande  lance,  qui  portes  un  bou- 
clier et  un  cimeterre,  sœur  ainée  et  puînée  de  Gopéndra, 
toi,  qui  as  pris  naissance  dans  la  famille  du  berger  Nandu! 

» Kaâuçikl,  à qui  le  sang  des  builles  est  toujours 
agréable  : adoration  te  soit  rendue,  Déesse  vêtue  d’une 
robe  jaune,  au  rire  violent,  à la  face  de  loup,  amie  des 
batailles  1 799 — 800. 

» Oumâ,  Çàkambharl,  Blanche,  Noire,  meurtrière  du 
Démon  Kaltabha  ! Adoration  te  soit  rendue.  Déesse  aux 
yeux  d’or,  aux  yeux  impairs,  aux  yeux  bistrés!  801. 

» Toi,  en  qui  sont  couservés  très-purs  les  Védas  et  la 
tradition;  Brahmanî,  toi,  qui  lis  naître  les  Védas;  toi,  de 
qui  l’habitation  est  toujours  voisine  pour  qui  t’adore  dans 
les  tchallyas  des  villages  du  Djamboûdwlpa  ! 802. 

» Tu  es  la  science  Védique  parmi  les  sciences,  tu  es  la 
grande  activité  des  êtres  animés  ; tu  es,  Dourgà,  la  sainte 
mère  de  Skandha;  les  routes  périlleuses,  c’est  là  ton  ha- 
bitation! 803. 

n Tu  divinité  est  nommée  la  prononciation  delaSvàhà, 


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BHISHM  A-PAKVA. 


67 


la  Svadhà,  la  minute,  l’instant,  Sarasvati,  Sàvitrî,  la  mère 
des  Védas  et  des  Védântas.  80A. 

- ii  Tu  es  louée,  grande  Déesse,  par  une  âme  pure.  Que 
ta  bienveillance  m’assure  toujours  la  victoire  surlechamp 
de  bataille.  805. 

» Ta  demeure  habituelle  est  dans  les  lieux  d’un  accès 
difficile,  au  milieu  des  périls  des  forêts  et  dans  les  habita- 
tions (1)  de  tes  fidèles.  Tu  as  enfermé  dans  le  Pâlâla  les 
Démons,  que  tu  as  vaincus  dans  un  combat.  - 808. 

» Tu  es  la  lassitude,  le  sommeil,  l’illusion,  la  pudeur 
et  la  fortune  elle  même  ; tu  es  le  crépuscule,  le  point  du 
jour,  le  soleil  en  son  midi,  et  la  mère  de  toutes  choses, 

» La  satisfaction,  la  nourriture,  la  constance,  la  splen- 
deur, l'amplificatrice  du  soleil  et  de  la  lune.  Les  Siddhas 
et  les  Tchâranas  te  regardent  comme  le  salut  des  hommes 
sauvés  dans  le  combat,  u 807  — 808. 

Connaissant  alors  quelle  était  la  dévotion  du  Prithide( 
l'amie  des  hommes  dit,  placée  dans  l’atmosphère  et  se  te- 
nant vis-à-vis  de  Govinda  : 809. 

« Dans  bien  peu  de  temps,  fils  de  Pândou,  tu  dompte- 
ras les  ennemis  ; car  tu  es  Nara,  inaflrontable,  secondé 
par  Nàràyana.  810. 

» Tu  es  aussi  invincible  aux  ennemis  que  le  Dieu  de  la 
foudre  lui-même!  » A ces  mots,  lui  ayant  donné  une  grâce, 
la  Déesse  disparut  au  même  instant.  811 . 

Dès  qu’il  eut  obtenu  cette  faveur,  le  fils  de  Kountl  re- 
garda la  victoire  comme  à lui  ; il  remonta  sur  son  char, 
estimé  le  plus  grand  des  chars.  812. 

Placés  sur  un  même  véhicule,  Krishna  et  Arjouna  de 


(1)  Texte  du  commentaire. 


68 


LE  MAHA-BHARATA. 


souffler  dans  leurs  conques  célestes.  — L’homine,  qui,  à 
son  lever,  récitera  cet  éloge  de  Kâlt,  81 3. 

N’a  rien  à craindre,  ni  des  Yakshas,  ni  des  Rakshasa», 
ni  des  Piçâtchas  : il  n’a  pour  ses  ennemis,  ni  les  serpents 
et  les  autres  animaux  vinimeux,  ni  les  monstres  aux  dents 
saillantes.  81  A. 

Dès  ce  moment,  les  princes  de  la  famille  du  roi  ne  lui 
inspirent  aucune  terreur  ; il  gagne  la  victoire  dans  ses 
procès  ; est-il  prisonnier,  il  est  délivré  de  sa  prison.  815. 

Il  est  préservé  nécessairement  dans  les  p is  difficiles  ; il 
échappe  aux  voleurs;  il  obtient  toujours  la  victoire  dans  le 
combat,  et  ne  connaît  que  la  prospérité  seule.  816. 

Qu’il  vive  alors  cent  années,  doué  de  vigueur  et  de 
santé  ! Voilà  ce  que  mes  yeux  ont  vu,  grâce  au  sage  Vyâsa. 

Tes  fds  ont  l’âme  méchante  ; leur  démence  empêche 
aux  deux  rishis  Nara  et  Nàrâyana  de  les  connaître  ; tous, 
ils  suivent  le  pouvoir  de  la  colère.  817 — 818. 

Le  filet  de  la  mort  les  enveloppe  : cette  parole  est  de 
circonstance.  Dwaipâyana,  Nârada,  Kan  va,  Ràma  et  Nara 
ont  voulu  arrêter  tôn  fils  ; mais  il  n’a  pas  écouté  leur  lan- 
gage. Où  est  la  vertu,  la  splendeur  et  l’amour,  où  est  la 
pudeur,  la  prospérité,  le  jugement,  où  est  enfin  le  devoir, 
là  est  Krishna,  et  là  où  est  Krishna,  se  tient  aussi  la  vic- 
toire. 819—820—821. 

« A quelle  cause  appartenaient  les  guerriers,  qui  com- 
battirent là  pleins  d’ardeur?  s'enquit  Dhritarâshtra.  De 
qui  les  âmes,  Sandjaya,  imprimaient-elles  la  terreur?  Qui 
étaient  abattus,  abandonnés  de  leur  âme?  822. 

» Qui  décochèrent  les  premiers  traits,  ébranlement  du 
cœur?  Sont-ce  les  miens?  Sont-ce  les  Pàndouides?  Dis- 
moi  cela,  Sandjaya  1 823. 


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BH1SHMA-PARVA. 


60 


»<  A qui  de  ces  combattants,  répandus  en  menaces,  ap- 
partenaient, dans  l’engagement  de  ces  armées,  les  effluves 
des  bouquets  odorants,  les  discours  et  les  pradakshi- 
nas?  » 824. 

Les  combattants  de  ces  deux  armées  étaient  alors  pleins 
d’ardeur,  lui  répondit  Sandjava;  les  bouquets  étaient 
égaux;  égales  étaient  les  senteurs  de  ces  fleurs  bien  odo- 
rantes. 825. 

Les  immolés  en  grand  nombre  eussent  composé  des 
armées,  éminent  Bharatide  : le  carnage,  résultat  du  choc 
de  ces  guerriers  lancés  l’un  contre  C antre  , fut  im- 
mense. 826. 

(Tétait  un  bruit  confus  d’instruments  de  musique,  mêlé 
au  son  des  tambours  et  des  conques,  auxquels  se  joi- 
gnaient les  menaces  mutuelles  des  guerriers,  que  trans- 
portait l’héroïsme  des  batailles.  S27. 

Une  grande  infortune  pesa  à la  fois  sur  les  deux  ar- 
mées, quand  les  guerriers  eurent  fixé  leurs  regards,  les 
uns  sur  les  autres,  les  Kourouides,  qui  poussaient  des 
cris,  et  les  héros  Pàndouides,  qui  étaient  remplis  d'ar- 
deur. 828—829. 

« Que  firent  les  miens,  Sandjaya,  et  les  liis  de  Pàndou, 
quand  le  désir  du  combat  les  eut  rassemblés  dans  le 
Dharma  - Kshétra  ou  le  champ  des  enfants  de  Kou- 
rou  ? » 830. 

Dès  qu’il  vit  la  nombreuse  armée  des  Pàndouides,  ré- 
pondit Sandjaya,  le  roi  Douryodhana  de  s'approcher  de 
l’Atchârya  et  de  lui  dire  ces  paroles  : 831. 

« Regarde  , Atchârya  , cette  grande  et  nombreuse 
armée  des  fils  de  Pàndou,  qui  obéit  aux  ordres  de  tou 
disciple,  le  sage  fils  de  Droupada?  832. 


70 


LE  MABA-BHARATA. 


» Ici,  sont  des  héros  aux  grands  arcs,  les  égaux  de 
Bhîma  et  d'Atjouna  dans  la  guerre,  Youyoudhâna,  Viràia 
et  le  vaillant  Droupada,  833. 

» Dhrishtadyouinna,  Tchékitâna,  le  valeureux  souve- 
rain de  Kâçi,  Pouroudjit,  Kountibhodja  et  Çalvya,  le  roi 
dés  hommes,  834. 

» L’intrépide  Youdhàmanyou,  le  brave  Outtamaàudjas, 
le  fils  de  Soubhadrâ  et  les  enfants  de  Dra&upadl  : tous, 
assurément,  sont  des  héros.  835. 

» Écoute,  ô le  plus  grand  des  brahmes,  ceux  des 
nôtres,  qui  sont  entrés  en  bataille.  Je  te  dirai  nommément 
les  généraux  de  mon  armée  : 836. 

» Ta  sainteté  d’abord,  et  Bhtshma,  et  Karna,  et  Kripa, 
vainqueur  dans  les  batailles,  Açvatthâman,  Vikarna,  et 
Djayadratha,  le  fils  de  Somadatta,  837. 

» Et  d’autres  héros  nombreux,  qui  ont  fait  pour  moi  le 
sacrifice  de  leur  vie  : tous  combattent  avec  des  armes 
variées,  tous  sont  habiles  dans  les  combats.  838. 

» Notre  armée  est  - elle  insuffisante  , quand  c'est 
Bhlshma,  qui  la  soutient?  Leur  armée,  au  contraire, 
défendue  par  Bhîma,  suffit-elle  contre  nous?  839. 

» Fermes  dans  le  poste,  où  l’ordre  vous  a placés,  que 
vos  excellences,  de  concert,  gardent  Bhishma  dans  toutes 
les  routes  du  combat  ! » 840. 

Alors,  faisant  naître  leur  joie,  le  vieillard  des  Kou- 
rouides,  leur  auguste  aïeul,  exhala  son  cri  de  guerre  et 
remplit  de  vent  sa  conque.  841. 

• A ce  même  instant  retentirent  les  conques,  les  tam- 

bours, les  petits  panavas,  les  trompettes  : c'était  un  bruit 
tumultueux.  842. 

Montés  sur  un  grand  char,  attelé  de  chevaux  blancs, 


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BHISHMY-PARVA. 


71 


Mâdhava  et  le  Pàndouide  Arjouna  de  réveiller  leurs  cé- 
lestes conques.  843. 

Hrishlkéça  remplit  de  vent  son  Pàntchadjanya,  Dha- 
nandjaya  son  Dévadatta  , et  Vrikaudara  aux  terribles 
exploits  sa  grande  conque  Paâundra,  844. 

Le  roi  Youdhishthira,  fils  de  Kountl,  son  Anantavi- 
djaya,  ou  la  Victoire  infinie  : Nakoula  et  Sahadéva,  ce- 
lui-ci le  Manipoushpaka  et  celui-là  son  éclatant  Sou- 
ghosa.  845. 

Le  roi  de  Kàçi  à l’arc  supérieur,  le  héros  (jikhandi, 
Dhrishtadyoumna,  Viràta  et  Sàtyaki , à qui  ne  fut  jamais 
connue  la  défaite,  840. 

Droupada,  les  enfants  de  Draâupadi  entièrement,  sou- 
verain de  la  terre,  et  le  fils  aux  longs  bras  de  la  chaste 
Soubhadrâ  tirèrent,  chacun  en  particulier,  des  sons  de 
leur  conque.  847. 

Ce  bruit  confus  déchira  le  cœur  des  Dhritarâshtrides  et 
fit  résonner  les  échos  du  ciel  et  de  la  terre.  848. 

Dès  qu’il  vit,  rangés  de  pied  ferme,  'es  enfants  de  Dhri- 
tarâshtra,  le  Pàndouide  à l'enseigne  du  singe  éleva  son 
arc  et  dit  alors,  souverain  de  la  terre,  ces  paroles  à Hrishi- 
kéça  : 849 — 860. 

« Arrête,  Impérissable,  mon  char  entre  les  deux  ar- 
mées, jusqu’à  ce  que  j’aie  pu  voir  ceux,  qui  se  tiennent 
là  debout,  avec  le  désir  de  la  bataille.  851. 

» Avec  qui  devrai-je  combattre,  au  commencement  de 
cette  mêlée?  Je  désire  voir  ceux,  qui,  rassemblés  ici, 
doivent  croiser  le  fer,  et  que  brûle  l'envie  d'exécuter  dans 
la  bataille  un  exploit  agréable  à cet  insensé  fils  de  l)hri- 
tarâshtra.  » 852—853. 

A ces  mots  de  Goudâkéça,  Bharathide,  Hrishlkéça 


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72 


LE  MAHA-BH  \RATA. 


d’arrêter  le  superbe  char  entre  les  deux  armées,  85A. 

Sous  les  yeux  de  Bhîshma,  de  Drona  et  de  tous  les 
maîtres  de  la  terre  : « Vois,  (ils  de  Prithâ,  dit-il,  ce  ras- 
semblement des  enfants  de  Kourou  ! » 855. 

A la  vue  de  ses  beaux-pères,  de  ses  amis,  de  tous  ses 
parents,  le  pied  ferme  dans  les  deux  armées,  le  fils  de 
Kountî,  ému  par  la  douleur  et  saisi  d'une  profonde  com- 
passion, articula  ces  paroles  : 856 — 857. 

« A l’aspect  de  ces  guerriers,  mes  parents,  que  le  dé- 
sir des  batailles  conduit  ici,  mes  membres  fléchissent  sous 
moi,  Krishna,  et  mon  visage  se  flétrit.  858. 

» Le  tremblement  m’agite  ; sur  mon  corps  se  dresse 
l’horripilation,  le  Gandîva  échappe  à ma  main,  et  ma  peau 
se  dessèche.  859. 

» Je  n’ai  pas  la  force  de  rester  debout;  mon  âme 
tourne,  en  quelque  sorte  ; je  vois  des  présages  sinistres  , 
Kéçava.  860. 

» Je  ne  vois  pas  que  le  bien  puisse  venir  de  la  mort 
donnée  à mes  parents.  Je  ne  désire  pas  la  victoire,  Krishna, 
ni  le  royaume,  ni  les  plaisirs.  861 . 

» Qu’avons-nous  besoin  d'un  royaume,  Govinda?  Qu'a- 
vons-nous besoin  de  plaisirs  ou  même  de  la  vie?  Ges 
hommes,  pour  qui  nous  eussions  désiré  un  royaume,  des 
jouissances  ou  des  plaisirs,  ont  renoncé  aux  richesses,  au 
souille  de  l'existence,  et  nous  attendent,  le  pied  ferme, 
dans  ce  combat  ! Ge  sont  nos  instituteurs  spirituels,  nos 
pères,  nos  fils  et  même  nos  aveux,  862 — 863. 

» Nos  oncles,  nos  beaux-pères,  nos  petits-fils,  nos 
beaux-frères  et  nos  alliés  enfin.  Je  n’ai  pas  le  désir  de  leur 
donner  la  mort,  fussent-ils  occupés  même  à la  donner  aux 
autres!  S6â. 


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BHISHMA-PARVA. 


73 


» L’empire  des  trois  mondes  en  dût-il  Être  le  prix  ; 
combien  moins  pour  la  terre  ! Quand  nous  aurons  immolé, 
Djanàrddana,  les  enfants  de  Dhritarâshtra,  quelle  joie  en 
ressentirons-nous  ? 865. 

» Si  nous  tuons  ces  criminels,  le  péché  en  retombera 
sur  nous  ! Il  ne  nous  sied  donc  pas  de  porter  la  mort  aux 
Dhritaràshtrides,  nos  parents.  866. 

» En  effet,  Màdhava,  comment  pourrions-nous  éprou- 
ver du  plaisir,  couverts  du  sang  de  notre  famille?  Si  eux, 
l’àine  offusquée  par  la  cupidité,  ils  ne  voient  pas  la  faute, 
que  fait  naître  la  destruction  de  sa  famille,  et  le  péché  de 
nuire  à ses  amis,  ne  devons-nous  pas  savoir  nous  détour- 
ner de  cette  déchéance  morale,  quand  nous  voyons  de  nos 
yeux,  Djanàrddana,  quelle  faute  accompagne  ce  massacre 
de  la  famille  ? Cette  ruine  de  la  famille,  elle  entraîne  à 
leur  perte  les  devoirs  éternels  de  famille.  867 — 868 — 869. 

» La  vertu  n’étant  plus,  le  vice  surmonte  la  famille  : 
et  l'etnpire  du  vice,  Krishna,  infecte  les  plus  nobles 
femmes.  870. 

» Les  femmes  corrompues,  rejeton  de  Vrishni,  amè- 
nent la  confusion  des  castes;  et  cette  confusion  ouvre  le 
Naraka  aux  destructeurs  de  la  famille.  Les  pères  de  cette 
famille  y tombent;  car  les  offrandes  de  l’eau  et  des  gâ- 
teaux funèbres  sont  interrompues  par  ces  fautes  des  des- 
tructeurs de  la  famille,  qui  produisent  la  confusion  des 
castes.  871 — 872. 

» Us  poussent  à leur  perte  les  lois  de  la  parenté  et  les 
religions  éternelles  de  la  famille.  Le  Naraka  est  nécessai- 
rement, Djanàrddana,  l’habitation  des  hommes,  qui  ont 
laissé  perdre  les  vertus  de  la  famille  ; ainsi,  l'avons-nous 
appris  des  maîtres.  Hélas  1 sommes-nous  donc  résolus  à 


74 


LE  M4HA-BHARATA. 


commettre  un  grand  crime,  puisque  le  désir  des  plaisirs 
d'un  royaume  fait  que  nous  nous  hâtons  d'immoler  notre 
famille  ? Si  les  Dhritarâshtrides,  les  armes  à la  main, 
pouvaient  me  tuer  dans  la  bataille,  moi,  sans  armes, 
sans  résistance...  y aurait-il  un  sort  plus  heureux?  » 

873—874—876—876. 

Quand  il  eut  parlé  ainsi,  Arjouna  de  laisser  tomber  son 
arc  avec  sa  flèche  et,  l'àme  agitée  par  le  chagrin,  de  s’as- 
seoir sur  le  banc  du  char.  877. 

Le  meurtrier  de  Madhou  lui  adressa  ces  paroles,  à lui, 
pénétré  de  compassion,  accablé  de  douleur,  les  yeux  trou- 
blés et  remplis  de  larmes  : 878. 

« D’où  te  vient,  Arjouna,  cette  défaillance  de  l'esprit, 
qui  ne  conduit  point  au  Swarga,  qui  produit  la  honte, 
et  qui  ne  trouve  d'accès  que  dans  le3  gens  sans  no- 
blesse (1)  ? 879. 

» Ne  tombe  pas  dans  ce  découragement,  fils  de  Prithà, 
cela  ne  te  sied  pas  : abandonne  cette  vile  faiblesse  du 
cœur,  et  reste  ferme,  fléau  des  ennemis.  » 880. 

« Comment , reprit  l’autre , Màdbava , meurtrier  des 
ennemis , repousserai-je  avec  mes  flèches  Bhishma  et 
Drona,  qui,  tous  deux,  méritent  mes  hommages?  881. 

» Mieux  voudrait  se  nourrir  seulement  d'aumônes  en 
ce  monde-ci  que  d’envoyer  la  mort  à ses  gourous  d’une 
haute  autorité?  Meurtrier  de  gourous,  esclave  de  l'amour 
et  de  l’intérêt,  je  mangerais  donc  une  nourriture  souillée 
de  sang.  882 — 883. 

» Nous  ne  savons  pas  laquelle  de  ces  deux  choses  est 

(1)  Ce  distique  est  numéroté  880  dans  l’édiliou  de  Calcutta  par  suite  de 
l’erreur,  qui  a fait  comprendre  dans  les  chiffres  le  sous-titre  «le  la  vingt- 
cinquième  lecture. 


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BH1SH.YJ  Y-PARVA. 


75 


préférable  pour  nous  : ou  les  vaincre  ou  être  vaincus  par 
eux.  En  face  de  nous  sont  rangés  les  Dhritaràshtrides  : 
aucun  homme,  qui  les  aurait  tués,  n'aurait  plus  envie  de 
conserver  l’existence  ! 884. 

» L'ànie  frappée  de  la  crainte  du  péché,  l’esprit  ému 
de  compassion,  aveugle  sur  le  devoir,  je  t’interroge  ; dis- 
moi  de  quelle  résolution  viendra  notre  salut.  Je  suis  ton 
disciple  : instruis-moi,  puisque  j’ai  recours  à ta  sagesse. 

» Car  je  ne  vois  pas  ce  qui  pourrait  dissiper  la  tris- 
tesse, qui  dessèche  les  organes  de  mes  sens,  eussé-je  ob- 
tenu sur  la  terre  un  royaume  sans  ennemis,  où  règne  l’a- 
bondance, eussé-je  obtenu  même  l'empire  sur  les  Dieux  ! 

885—880. 

A ces  mots  adressés  à Hrishlkéça,  Goudâkéça , le  fléau 
des  ennemis,  dit  encore  à Govinda  : « Je  ne  combattrai 
pas  ! » et  resta  enseveli  dans  le  silence.  887. 

Hrishlkéça  répondit  en  riant,  Bharatide,  ces  paroles 
au  guerrier,  accablé  par  la  douleur,  au  milieu  do , deux 
années  : 888. 

« N’aie  pas  de  chagrin  sur  des  hommes,  qui  ne  sont 
point  il  regretter.  La  manière,  dont  tu  parles,  est-elle 
l’expression  de  la  sagesse  ? Les  pandits  ne  pleurent,  ni 
les  vivants  ni  les  morts.  889. 

» Car  jamais  je  n’ai  cessé  d’être,  ni  toi,  ni  ces  rois  des 
hommes,  et  jamais  nous  ne  cesserons  d’être,  nous  tous 
au-delà  de  cette  vie  présente.  890. 

» De  même  que,  dans  ce  corps  du  mortel,  on  voit  tour 
à tour  l’enfance,  l’âge  mûr  et  la  vieillesse,  de  même,  après 
cette  vie,  on  obtient  un  autre  corps,  et  le  sage  ne  se 
trouble  point  ici-bas.  891. 

» Le  contact  avec  la  matière  donne  du  plaisir  et  de  la 


76 


LE  MAHA-BHARATA. 


douleur,  fils  de  Kountl,  cause  le  froid  et  le  chaud  : sup- 
porte ces  choses,  Bharatide,  qui  ne  sont  pas  continuelles, 
qui  naissent  et  meurent  tour  à tour.  892. 

» L’homme,  qu’elles  ne  troublent  pas,  ô le  plus 
grand  des  hommes,  et  qui  tient  pour  igaux  le  plaisir  et  la 
douleur,  est  un  sage  qui  participe  à l'immortalité.  893. 

><  Ce  qui  n’est  pas  ne  peut  être  ; il  est  impossible 
que  ce  qui  est  ne  soit  pas;  la  différence  entre  les  deux 
est  saisie  par  ceux , qui  voient  la  vraie  nature  des 
choses.  89A. 

» L’être,  par  qui  cet  univers  fut  créé,  est  indestruc- 
tible, sache-le  : personne  ne  peut  causer  la  perte  de  cette 
essence  impérissable.  895. 

» On  dit  que  ces  corps  ont  une  fin,  mais  cette  âme 
est  éternelle,  impérissable  ; elle  échappe  à toute  mesure  ; 
combats  donc,  fils  de  Bharata.  S96. 

» Quiconque  voit  dans  l’âme  une  coupable  d'homicide 
ou  pense  que  l’âme  est  tuée,  ne  sait  pas  distinguer  entre 
ces  deux  choses,  le  corps  et  l'âme  : celle-ci  ne  tue  pas  et 
n’est  pas  tuée.  897. 

» Elle  ne  nait  pas,  elle  ne  meurt  point  ; elle  ne  sera 
pas  de  nouveau,  après  avoir  été  une  fois  : elle  est  antique, 
sans  naissance , impérissable , éternelle,  et  n'est  pas  tuée 
dans  un  corps  frappé  à mort.  898. 

» Dès  qu’un  homme  sait  qu’une  âme  est  sans  nais- 
sance, impérissable,  indestructible,  éternelle,  comment, 
ou  qui  ferait-il  tuer?  Et  qui  tuerait-il  ? 899. 

» Ayant  abandonné  ses  membres  vieillis,  l’àme  passe 
en  de  nouveaux  corps,  de  même  qu’un  homme  prend 
d'autres  vêtements  neufs  au  lieu  de  ses  habits  usés.  900. 

» Les  flèches  ne  peuvent  la  percer,  elle  n’est  pas  brû- 


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BHISHMA-PAKVA. 


77 


16e  par  le  feu,  les  eaux  ne  peuvent  la  mouiller,  ni  le  vent 
la  dessécher.  001 . 

» Impossible  à percer,  à brûler,  à mouiller,  à dessé- 
cher, durable,  éternelle,  allant  partout,  immobile,  im- 
muable, 002. 

v Invisible,  se  dérobant  à la  pensée , l’âme  est  dite 
n’ètre  point  exposée  au  changement  de  formes.  La  con- 
naissant pour  telle,  ne  veuille  donc  pas  lui  donner  des 
larmes.  003. 

» Penses-tu  quelle  est  toujours  soumise  à la  naissance, 
guerrier  aux  longs  bras,  et  toujours  soumise  à la  mort, 
dans  cette  condition-là  même,  ne  veuille  pas  lui  donner 
des  larmes.  004. 

» Car  la  mort  suit  immanquablement  la  naissance  et 
la  renaissance  suit  immanquablement  la  mort.  C’est  une 
chose,  qu’on  ne  peut  empêcher,  ne  veuille  donc  pas  lui 
donner  des  larmes..  005. 

» Les  commencements  des  êtres  sont  indistincts  ; dis- 
tincts sont  les  milieux  seulement  ; mais  les  morts  sont  in- 
distincts : y a-t-il  ici  lieu  de  gémir?  000. 

» L’un  voit  l’âme  comme  une  merveille,  l’autre  en 
parle  comme  d’une  merveille,  celui-là  écoute  en  parler 
comme  d’une  merveille;  mais,  après  qu’il  a entendu,  per- 
sonne ici  ne  la  connaît  encore.  007. 

» L'âme  est  perpétuellement  invulnérable  dans  le  corps 
de  chaque  individu  ; ne  veuille  donc  pas  donner  des 
larmes  à toutes  les  créatures.  008. 

k Ayant  même  considéré  ton  devoir,  ne  veuille  pas 
trembler,  car  il  n’est  ici  rien  de  meilleur  pour  un  kshatrya 
qu'une  juste  guerre.  000. 

>•  Grâce  à un  tel  combat,  qui  s’offre  de  lui-même,  fils 


78 


LE  MAHA-BBA1UTA. 


de  Prithâ,  les  heureux  kshatryas  obtiennent  que  la  porte 
du  Swarga  leur  soit  ouverte.  910. 

» Si  tu  ne  soutiens  pas  cette  bataille  légitime,  tu  aban- 
donnes te  devoir  de  ta  caste  et  la  gloire , tu  encours  le 
péché.  911. 

» Les  créatures  diront  à jamais  ta  honte,  et,  pour  un 
homme  réfléchi,  la  mort  vaut  mieux  que  le  déshonneur. 

» Les  héros  penseront  que  c’est  la  crainte,  qui  t'a  fait 
déposer  les  armes,  et,  après  que  tu  as  été  en  grande  es- 
time devant  eux,  tu  tomberas  dans  leur  mépris.  912-913. 

» Tes  ennemis  tiendront  sur  toi  mille  discours  inju- 
rieux; ils  blâmeront  ton  incapacité  : est-il  rien  de  plus 
douloureux  ? 914. 

» Ou  tué,  tu  obtiendras  le  Swarga  ; ou  vainqueur,  tu 
jouiras  de  la  terre  : relève-toi  donc,  fils  de  Kountl,  et  que 
ton  âme  soit  résolue  au  combat.  915. 

» Tiens  pour  égaux  le  plaisir  et  la  douleur,  le  gain  et 
la  perte,  la  victoire  ou  la  défaite  ; combats  vaillamment  : 
de  cette  manière,  tu  ne  succomberas  point  au  péché.  916. 

» La  philosophie,  que  je  viens  de  t’exposer  est  dans  le 
système  Sankhya;  écoute-la  avec  recueillement  : appuyé 
sur  elle,  fils  de  Prithâ,  tu  ne  seras  pas  lié  par  la  chaîne 
des  œuvres.  917. 

» Ici , il  n’est  pas  d" échec  dans  les  assauts,  et  l’on 
n’est  point  frustré  de  ses  espérances  : une  minime  partie 
de  cette  loi  suffit  pour  sauver  un  homme  d’un  grand  dan- 
ger. 918. 

» La  nature  de  la  détermination  repose  ici,  rejeton  de 
Kourou,  sur  une  seule  doctrine  ; mais  les  doctrines  des 
gens  irrésolus  sont  infinies  et  se  divisent  en  plusieurs 
branches.  919. 


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BH1SHMA-PARVA. 


79 


» Il  est  une  parole  fleurie,  que  débitent  les  hommes  mal 
instruits,  voués  aux  désirs  mondains,  qui  se  font  un  plai- 
sir des  disputes  sur  le  Véda,  et  du  Swarga  leur  but  prin- 
cipal : « 11  n’existe  pas  une  autre  récompense,  disent-ils; 
et,  distribuant  le  fruit  des  œuvres,  à partir  de  la  nais- 
sance, ils  sont  prodigues  en  distinctions  sur  les  cérémo- 
nies pour  arriver  aux  richesses  et  au  pouvoir.  920 — 92i . 

» Pour  ces  hommes,  attachés  à la  puissance  ou  aux  ri- 
chesses, et  de  qui  cette  parole  a séduit  l'aine,  la  doctrine, 
qui  est  la  détermination  elle-même,  ne  repose  pas  sur  une 
mûre  réflexion.  922. 

u Les  Védas  ont  pour  domaine  les  trois  qualités  ; sois 
exempt,  Arjouna,  de  ces  trois  qualités  : que  ton  âme 
ne  se  partage  pas  ; reste  dans  la  constance  de  ton  moi, 
ne  t’unis  point  à la  joie,  et  commande  en  maître  à ton 
âme.  923. 

» La  science  divine  distingue  en  tous  les  Védas  autant 
de  sens  qu’il  y a d'eau  dans  un  puits,  où  les  ondes  affluent 
de  tous  les  côtés.  92â. 

» Que  ce  soit  l’œuvre  seule,  non  jamais  son  fruit,  qui 
te  porte  à l’action  : mais,  si  tu  n’agis  point  à cause  du 
fruit  des  œuvres,  ton  désir  ne  doit  pas  être  aussi  de  rester 
dans  l’improduclion  de  toute  œuvre  quelconque.  925. 

» Tiens-toi  ferme  dans  l’yoga  et,  devenu  indifférent 
au  succès  et  au  revers,  accomplis  les  œuvres,  sans  atten- 
dre la  récompense,  des  actions  ; c’est  même  cette  indiffé- 
rence, que  l’on  appelle  yoga.  920. 

» L’œuvre,  Dhanandjaya,  est  de  beaucoup  inférieure  à 
l’yoga  de  la  sagesse.  Cherche  ton  refuge  dans  la  sagesse  : 
malheureux  sont  les  hommes,  qui  agissent  à cause  des 
œuvres.  927. 


80 


LE  MAHA-BHARATA. 


» Le  mortel,  qui  s’est  muni  de  sagesse,  se  débarrasse 
de  ces  deux  choses  : les  bonnes  et  les  mauvaises  œuvres. 
Livre  donc  un  combat  pour  arriver  à l’yoga.  L’yoga  est 
la  félicité  des  œuvres.  928. 

» Les  hommes  d’intelligence  unis  à la  sagesse,  ayant 
abandonné  le  fruit,  qui  liait  des  œuvres,  affranchis  des 
liens  de  la  naissance,  passent  dans  ce  monde,  où  règne  à 
jamais  la  santé.  929. 

» Quand  ta  raison  aura  traversé  les  régions  téné- 
breuses de  l’erreur,  tu  parviendras  alors  au  mépris  de 
toute  science  déjà  connue  ou  qui  doit  t'être  enseignée. 

■)  Alors  que,  détournée  de  la  science,  ton  âme  se  tien- 
dra, immobile  et  sans  bouger,  dans  la  contemplation,  tu 
arriveras  dans  l’absorption  en  l’Être  absolu.  » 

930-931. 

« Quel  est,  répondit  Arjouna,  le  langage  d’un  homme 
voué  à la  méditation  et  de  qui  la  science  est  immniuable, 
Kéçava  ? Que  dit  un  homme  à la  raison  ferme’’  Comment 
se  tient-il  assis?  Comment  marche-t-il  ? » 932. 

« Lorsqu’il  a banni  tous  les  désirs,  qui  peuvent  entrer 
dans  son  cœur,  repartit  le  bienheureux  Bhagavat,  et  qu'il 
trouve  de  lui-même,  fils  de  Prithâ,  son  plaisir  en  lui-même, 
il  est  appelé  alors  un  sage  à la  sciençe  immuable.  933. 

*>  Le  solitaire,  de  qui  l'esprit  n’est  pas  troublé  dans 
les  douleurs,  qui  a chassé  le  désir  des  plaisirs,  qui  est 
sans  colère,  sans  crainte,  sans  amour,  est  appelé  une  âme 
forte.  934. 

» Celui,  qui  n’a  pas  dispersé  de  tous  les  côtés  ses  affec- 
tions, qui,  ayant  obtenu  le  bonheur  et  le  malheur,  ne  s’est 
pas  réjoui  de  l’un,  ni  irrité  contre  l’autre,  la  sagesse  de 
cet  homme  est  solidement  affermie.  935. 


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BHISHMA-PARVA. 


81 


» Si,  tel  que  la  tortue  retire  ses  membres  dans  sa  cara- 
pace, il  a retiré  entièrement  ses  organes  des  choses,  qui 
affectent  les  sens,  la  sagesse  de  cet  homme  est  solidement 
affermie.  936. 

» Les  objets  des  sens  cessent  leur  influence  devant  le 
mortel  voué  au  jeûne  : ainsi  les  affections  de  l’âme  se  re- 
tirent â la  vue  d’un  homme  exempt  d'affections.  937. 

» 11  arrive  que  les  sens  impétueux,  fils  de  Kountl,  en- 
traînent de  force  l’âme  de  l’homme  instruit,  quelque 
dompté  qu’il  soit.  938. 

» Qu’après  les  avoir  tous  comprimés,  il  demeure  assis, 
la  pensée  attentivement  fixée  sur  moi  ; car  solidement  affer- 
mie est  la  sagesse  de  l'homme,  qui  a réduit  en  sa  puis- 
sance les  organes  des  sens.  939. 

» La  pensée  de  l'homme  sur  les  objets  des  sens  enfante 
le  penchant,  celui-ci  engendre  l’amour  et  de  l’amour  naît 
la  colère.  940. 

» La  folie  vient  de  la  colère,  de  la  folie  procède  le 
trouble  de  la  mémoire,  qui  donne  la  naissance  à la  perte 
de  l’intelligence,  et,  la  raison  perdue,  l’homme  périt. 

» Le  mortel  à l’esprit  docile,  qui  marche  aux  objets 
sensibles  avec  des  sens  obéissants  à son  âme  et  séparés  de 
l’amour  et  de  la  haine,  parvient  à la  sérénité.  941 — 942. 

» L’abandon  de  ses  douleurs  naît  au  sein  de  la  séré- 
nité, et,  quand  son  âme  est  sereine,  la  sagesse  bientôt  se 
présente  à lui  de  tous  les  côtés.  943. 

» 11  n’est  pas  de  science  pour  l’homme  sans  attention  ; 
il  n’est  pas  de  méditation  pour  quiconque  est  privé  d’at- 
tention ; il  n'est  pas  de  calme  pour  celui,  qui  ne  médite 
pas  : d’où  pourrait  venir  le  plaisir  au  mortel,  qui  ne  jouit 
pas  du  calme?  944. 
vu 


6 


82 


LE  MAHA-BHARATA. 


» L'égarement  du  cœur,  qui  obéit  à la  marche  des 
sens,  emporte  la  raison,  comme  un  navire  est  promené 
au  milieu  des  ondes  par  le  veut.  945. 

» Elle  est  donc  solidement  affermie,  guerrier  aux  longs 
bras,  la  sagesse  de  ce;  homme,  qui  a comprimé  de  tous  les 
côtés  ses  organes  pour  les  choses  sensibles.  9âd. 

» Ce  qui  est  la  nuit  pour  toutes  les  créatures  est,  pour 
l’homme  calmé,  un  jour  où  il  est  bien  éveillé  ; ce  qui  est 
le  jour  pour  tous  les  êtres  éveillés  est  pour  L’anachorète 
une  nuit,  où  il  voit  clair  maigri ■ les  ténèbres.  947. 

b I)e  même  que  les  eaux  entrent  dans  la  mer,  dont  elles 
remplissent  le  bassin  aux  montagnes  fameuses  ; de  même 
tous  les  désirs  entrent  dans  le  cœur  ; et  l’ homme  passionné 
n’obtient  pas  la  paix.  948. 

» Quiconque,  ayant  secoué  tous  les  désirs,  marche 
sans  affections,  indifférent  à tout,  sans  orgueil,  il  arrive  à 
trouver  la  paix.  949. 

b C’est  lit,  fils  de  Prithà,  la  halte  divine  : celui,  qui  ne 
l’atteint  pas,  est  livré  au  délire.  S'y  tient-il  attaché,  il  ob- 
tient 4 l’heure  de  la  mort  (1)  l'affranchissement  de  la  ma- 
tière et  l’union  en  l'être  absolu.  » 950. 

« Si  tu  penses,  Djatiàrddana,  que  la  pensée  vaille 
mieux  que  l’action,  interrompit  Arjouna,  pourquoi  tne 
pousses-tu,  Kéçava,  dans  une  action  épouvantable  ? 

» Pourquoi  égares-tu  ma  raison,  pour  ainsi  dire,  avec 
ce  langage  ambigu  Comment  puis-je  arriver  au  parti  le 
meilleur?  Décide  cela  seulement  et  dis-le-moi.  » 

(1)  S’il  y arrive,  ‘lit  Parraud,  qui  ajoute  en  note  : * Il  y a sans  doute 
ci  quelque  mystère,  qu'il  nous  est  impossible  de  pénétrer.  » Ces  trois  ou 
quatre  mots  n'existent  pas  dans  les  deux  textes  de  Bombay  et  de  Calcutta  : 
v<  iU  tout  le  mystère. 


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BHISHMA-PARVA. 


33 


« En  ce  monde,  lui  répondit  le  Vasoudévide,  il  y a 
deux  manières  de  vivre,  je  te  l’ai  déjà  dit,  prince  sans 
péché  : celle  des  Sankhyanistes,  voués  à l’yoga  de  la 
science,  et  celle  des  Yogis,  livrés  à l’yoga  des  œuvres. 

» L’homme,  parce  qu'il  n’accomplit  pas  un  commen- 
cement d’œuvres,  ne  jouit  pas  de  i’état  vide  d’action  : 
il  n’atteint  pas  môme  à la  perfection  en  renonçant  au 
monde.  951 — 952—953 — 95ü. 

» damais,  en  eiïct,  qui  que  ce  soit  ne  reste,  ne  fût-ce 
qu’un  seuT  instant,  sans  faire  d’action.  Tout  homme  est 
poussé  à l’œuvre  malgré  lui  par  les  qualités,  qui  naissent 
de  sa  nature.  955. 

» Quiconque,  ayant  interdit  l’action  à ses  sens,  de- 
meure inertement  assis,  et,  laissant  s’égarer  son  âme, 
nourrit  dans  son  esprit  le  souvenir  des  choses  sensibles, 
on  l’appelle  un  hypocrite.  956. 

» Mais  on  loue,  Arjouna,  l’homme,  qui,  ayant  enchaîné 
par  l’esprit  ses  organes  des  sens  et  n’étant  pas  attaché  à 
l’yoga  des  œuvres,  entreprend  une  action  par  ses  facultés 
actives.  957. 

» Accomplis  donc  une  action  nécessaire  : agir  vaut 
mieux  que  l’inaction.  Si  tu  n’agis  pas,  tu  ne  réussiras  pas 
môme  à trouver  ta  subsistance.  958. 

» A l’exception  de  cette  œuvre,  qui  a pour  objet  le  sa- 
crifice, ce  monde  nous  retient  avec  la  chaîne  des  œuvres. 
Accomplis  donc,  exempt  de  désirs,  cette  présente  action. 

» Jadis,  quand  Brahma  eut  formé  les  ôtres  avec  le  sa- 
crifice : « Croissez  avec  lui,  dit-il  ; qu’il  soit  pour  vous  la 
vache  Kàmadhouh  et  trayez  de  sa  mamelle  toutes  les 
choses  désirées.  959 — 960. 

a Nourrissez  les  Dieux  avec  le  sacrifice  etqueles  Dieux 


84 


LE  MAHA-BHARATA. 


vous  en  nourrissent.  Appuyés  l’un  sur  l'autre,  atteignez 
au  bien  suprême.  » 9(51. 

» En  effet,  les  Dieux,  nourris  par  les  sacrifices,  vous 
donneront  les  nourritures  désirées.  Quiconque  mange  les 
mets,  sans  qu’il  ait  commencé  par  donner  aux  Dieux  une 
pari  dans  les  aliments  donnés  par  eux,  n’est  pas  autre 
chose  qu’un  voleur.  962. 

u Les  gens  honnêtes,  qui  mangent  les  restes  du  sacri- 
fice, sont  lavés  par  eux  de  toutes  leurs  souillures  ; mais 
les  méchants,  qui  font  cuire  des  aliments  pour  eux  seuls, 
s’y  engraissent  de  leurs  péchés.  963. 

» Les  créatures  vivent  par  la  nourriture,  la  nourriture 
vient  des  pluies,  les  pluies  naissent  du  sacrifice,  et  le  sa- 
crifice a son  origine  dans  l’œuvre.  964. 

» Sache  que  de  Brahma  procède  l’œuvre,  et  que  l’Être 
incorruptible  est  la  source  de  Brahma.  Par  conséquent, 
Brahma  est  toujours  présent  en  toutes  choses  ; il  repose 
dans  le  sacrifice.  965. 

» Quiconque  livre  ses  organes  des  sens  aux  plaisirs 
d’une  vie  de  péchés,  et  ne  fait  pas  rouler  ainsi  dans  le 
bas-monde  ce  cercle,  qui  a reçu  le  mouvement  ency- 
clique, coule,  fils  de  Prithâ,  une  existence  inutile.  966. 

» Mais  a-t-on  mis  le  plaisir  en  son  âme,  est-on  rassasié 
de  soi-même,  est-on  satisfait  de  son  âme,  l’œuvre  n’existe 
pas  chez  un  tel  homme.  967. 

» Car  il  n’y  a pas  d’utilité  pour  lui  dans  une  chose  faite 
en  ce  monde  ou  non  faite;  tous  les  êtres  voient  se  retirer 
d’eux  également  son  intérêt.  968. 

» Sans  lui  être  attaché,  accomplis  donc  ton  œuvre  en 
tout  temps;  car  l'homme,  qui  accomplit  son  œuvre  avec 
détachement,  arrive  au  bien  suprême.  969. 


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BHISHMA-PAKVA. 


85 


» C’est  en  effet  par  l’œuvre  seulement  que  Djanaka  et 
les  autres  sont  parvenus  à la  perfection.  Considérant 
même  l’enchaînement  des  choses  du  monde,  il  te  faut 
agir.  970. 

» Ce  que  fait  un  supérieur,  un  autre  homme  l’imite  : le 
monde  suit  ce  qui  est  l’acte  d’une  autorité.  971. 

•)  Il  n’est  rien,  que  j’aie  à faire  dans  les  trois  mondes  : il 
n’est  rien,  que  je  n’aie  pas  acquis  et  qui  me  soit  encore  à 
obtenir,  et  cependant  je  reste  attaché  à mon  œuvre.  972. 

•>  Si  je  n’étais  pas  toujours  sans  paresse  dans  mon 
œuvre,  qu’ arriverait-il , fils  de  Prithâ?  Les  hommes  ne 
suivent-ils  pas  entièrement  ma  voie?  973. 

» Ces  mondes  périraient,  si  je  ne  faisais  pas  mon  œuvre, 
je  serais  auteur  de  la  confusion,  et  je  détruirais  ces  êtres 
existants.  974. 

» De  la  manière  qu’agissent  les  ignorants,  attachés  à 
leurs  œuvres,  Bhar&tide  ; ainsi  doit  agir  le  sage,  désirant 
embrasser  le  monde  entier  dans  son  âme  détachée.  975. 

» Qu’il  ne  fasse  pas  naître  la  division  dans  les  pensées 
des  ignorants;  qui  désirent  la  récompense  des  œuvres; 
que  le  sage  accomplisse  avec  attention  les  actes,  et  que 
son  exemple  excite  à faire  toutes  les  œuvres.  976. 

» Toutes  les  actions  sont  les  ouvrages  des  qualités 
inhérentes  à la  nature  : « C’est  moi,  qui  en  suis  l’au- 
teur! » pense  un  homme  à l’âme  aveuglée  par  l’or- 
gueil. 977. 

» Celui,  à qui  la  vérité  est  connue,  guerrier  aux  longs 
bras,  et  qui  sait  distinguer  entre  l’acte  et  la  qualité, 
pense  : « Les  qualités  de  l'iime  sont  dans  les  qualités  de 
la  matière;  » et  il  ne  s’attache  point  aux  cruvres.  978. 

» Troublé  par  les  attributs  de  la  nature,  on  s'attache 


86 


LE  MAHA-lUIAllATA. 

aux  œuvres,  qui  naissent  de  ces  qualités.  L'homme,  quia 
la  science  universelle,  ne  doit  pas  causer  la  chûte  des 
gens  à l’esprit  lourd,  qui  ne  possèdent  pas  cette  science. 

» Dépose  en  moi  toutes  tes  œuvres;  et,  sans  espérance, 
sans  orgueil,  la  pensée  mise  en  l’Ame  suprême,  combats, 
libre  de  soucis.  679 — 980. 

» Ces  hommes,  qui,  pleins  de  foi,  suivent  continuelle- 
ment, sans  murmurer,  les  opinions,  que  j'énonce  ici,  sont 
eux-mêmes  libérés  des  œuvres.  981. 

» Mais  ceux,  qui,  le  murmure  à la  bouche,  n’obéissent 
pas  à mes  sentiments,  sache  que  ces  hommes,  aveugles  en 
toute  science,  ont  la  raison  perdue.  982. 

» Le  sage  même  .agit  d’une  manière  conforme  à sa  pro- 
pre nature  ; les  êtres  obéissent  à leur  penchant  naturel. 
Que  sert  de  combattre  cette  loi  ? 983. 

« Dans  les  affections  de  chaque  organe  des  sens, 
résident  l’amour  et  la  haine.  Qu’il  ne  tombe  pas  sous 
leur  empire?  Ces  deux  passions,  en  clfet,  sont  ses  enne- 
mis. 98é. 

b Rester  fidèle  à sa  religion,  fût-elle  dépourvue  de 
qualités,  vaut  mieux  qu'embrasser  la  religion  d'autrui, 
quelque  excellemment  travaillée  soit-elle.  Sr.  convertir 
ù la  religion  des  autres,  entraîne  l'inquiétude  avec  soi  ; il 
est  préférable  de  mourir  dans  sa  religion,  b 985. 

« Maintenant,  de  quelle  manière  cet  homme  instigué, 
reprit  Arjouna,  commet-il  le  péché  sans  le  désirer,  Vrish- 
nide,  et  comme  poussé  malgré  lui  ? b 98(3. 

« C'est  par  l'amour,  répondit  Bhagavat,  c'est  par 
la  colère,  deux  passions,  qui  naissent  de  la  qualité  radjas. 
Celle-ci  est  d'un  avide  appétit,  remplie  de  péchés  : sache 
qu’elle  esL  dans  ce  monde  un  ennemi. . 987. 


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RHISHVJA-PVllW 


87 


» Comme  le  feu  est  caché  par  la  fumée,  et  le  miroir 
par  la  rouille,  comme  un  fœtus  est  enveloppé  par  le 
sein  de  sa  mère,  de  même  cette  qualité  embrasse  le 
moude.  988. 

» Changeant  de  forme  à volonté,  aussi  insatiable  que 
la  flamme,  éternelle  ennemie  de  l'homme  instruit,  enfant 
de  Kountt,  elle  offusque  la  science.  089. 

» Les  sens,  le  cœur  et  la  raison  : voilii  ce  qu’on  appelle 
son  habitation.  Après  qu’elle  a enveloppé  l’Âme  par  eux, 
elle  égare  la  science.  900. 

» Ainsi,  comprime  dès  le  principe  tes  organes  des  sens, 
excellent  liliaratide  : détruis  cette  cause  de  péchés,  où 
périssent  la  science  et  la  distinction.  991. 

» Les  sens,  dit-on,  sont  très-hauts,  le  cœur  est  au-des- 
sus des  sens,  la  raison  est  au-dessus  du  cœur,  et  lui,  ce 
radjas,  est  au-dessus  de  la  raison.  092. 

» Ayai.t  donc  appris  qu’il  est  ainsi  plus  fort  que  la  rai- 
son, tire  ta  force  de  toi-même,  guerrier  aux  longs  bras,  et 
détruis  cet  ennemi,  qui  change  de  forme  à volonté,  aux  ap- 
proches inaccessibles.  093. 

» 4’ai  donné  cet  éternel  yoga  à Vivaçv.d,  continua 
Bbagavat,  Vivaçvat  le  transmit  à Manou  et  M nou  le  ré- 
péta à lkshwàkou.  09û. 

» C’est  ainsi  que  les  rishis  des  rois  l’ont  c<  nnu,  arrivé 
dans  leurs  mains  par  la  succession  de  l’un  à l'autre.  Cet 
yoga,  fléau  des  ennemis,  s’est  perdu  ici-bas  par  la  longue 
révolution  du  temps.  005. 

» Je  viens  de  t'exposer  maintenant  çet  antique  yoga. 
Tu  es  mon  serviteur  et  mon  ami,  dit-on.  Voilà,  certes  ! le 
plus  profond  mystère.  » Oüti. 

« Le  temps,  où  ta  majesté  naquit,  est  autre  que  le 


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88 


LE  .UAHA-BHARATA. 


temps  où  Vivaçvat  est  né,  reprit  Arjouna.  Comment  dois- 
je  entendre  ces  mots  : « C’est  toi,  dis-tu,  qui  lui  as  com- 
muniqué cet  yoga  au  commencement  des  choses?  » 097. 

« Mes  naissances  écoulées  sont  nombreuses,  répondit 
Bhagavat;  il  en  est  ainsi  des  tiennes,  Arjouna.  Je  les  con- 
nais toutes  ; mais  toi,  fléau  des  ennemis,  tu  ne  les  connais 
pas.  998. 

» Quoique  je  n’aie  pasreçu  la  naissance  et  que  ma  vie 
soit  immortelle;  quoique  je  sois  le  souverain  de  tous  les 
êtres,  je  commande  «A  ma  propre  nature,  et  je  nais  par  la 
magie  de  moi-même.  999. 

» A chaque  fois  qu’il  y a défaillance  dans  la  vertu  et 
accroissement  du  vice,  «alors  je  me  produis  moi-même. 

» Je  nais  dans  chaque  youga  pour  la  conservation  des 
bons,  la  destruction  des  méchants  et  la  restauration  de  la 
vertu.  1,900 — 1,001. 

» Quiconque  sait  ainsi  dans  la  vérité  ma  naissance  et 
ma  fonction  divine,  ne  revient  plus.A  la  naissance,  Arjouna, 
une  fois  que  son  âme  a quitté  son  corps  et  qu’elle  s’est 
identifiée  «avec  moi.  1,002. 

» Renonçant  à la  colère,  à la  crainte,  à l’amour,  plu- 
sieurs de  mes  fidèles,  purifiés  par  le  feu  de  la  science 
et  réfugiés  d.ans  mon  sein,  sont  venus  à la  vie  en  moi. 

» «Autant  ils  s’inclinent  devant  moi,  autant  je  les  honore. 
Tous  les  hommes,  fils  de  Prithà,  suivent  ma  voie  (1). 

1,003—1,004. 

» Ceux,  qui  désirent  la  perfection  des  œuvres,  sacri- 
fient aux  Dieux  ici-bas  ; et  bientôt  ils  obtiennent  d.ans  ce 
monde  des  hommes  la  perfection,  qui  naît  des  œuvres. 


(lj  C'est  mol  pour  n.ot  le  vers  déjà  employé  ci-dessus,  distique  973. 


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BH1SHMA-PARVA. 


89 


» C’est  moi,  qui  ai  créé  les  quatre  classes  et  distribué 
à chacune  ses  travaux  et  ses  qualités.  Sache  que  j’en 
suis  le  créateur  dans  mon  éternelle  inactivité. 

1,005—1,006. 

» Je  ne  suis  pas  souillé  par  les  œuvres,  et  je  n’ai 
aucun  désir  pour  la  récompense  de  mes  œuvres.  L’homme, 
à qui  je  suis  connu  pour  tel,  est  libre  du  lien  des  œu- 
vres. 1,007. 

» Ainsi,  sachant  que  tes  devanciers  ont  fait  l’œuvre 
avec  le  désir  de  la  délivrance,  accomplis  donc  aussi,  toi, 
cette  œuvre,  qui  fut  faite  antérieurement  A ces  devan- 
ciers. 1,008. 

» Qu’est-ce  que  l’action  ? Qu’est-ce  que  l’inaction  ? me 
demanderas -lu.  Sur  cette  question,  les  poètes  eux-mèiues 
flottent  indécis.  Je  te  dirai  en  quoi  consiste  cette  œuvre, 
dont  la  connaissance  te  conduira  à la  délivrance  du 
mal.  1,009. 

» Il  faut  connaître  l’action  ; il  faut  connaître  l’acte  dé- 
fendu ; il  faut  connaître  l’inaction.  Il  est  diflicile  de  mar- 
cher dans  le  sentier  de  l’œuvre.  1,010. 

» Quiconque  verra  l’inaction  dans  l'œuvre,  et  l’œuvre 
dans  l’inaction,  sera  un  homme  sensé,  un  sage  au  milieu 
des  hommes,  tout  occupé  soit-il  de  toutes  les  œuvres. 

» Celui,  de  qui  toutes  les  entreprises  sont  exemptes 
d’une  pensée  d’amour,  les  sages  l’appellent  un  pandit, 
qui  a consumé  l’œuvre  dans  le  feu  de  la  science. 

1,011—1,012. 

» L’homme,  qui  a renoncé  au  désir  de  la  récompense 
des  œuvres,  qui,  sans  asile,  est  continuellement  rassasié, 
n’agit  pas,  fût-il  môme  engagé  dans  une  œuvre.  1,013. 

» Sans  désirs,  l’âme  gouvernant  ses  pensées,  toute  es- 


00 


LE  il  VU  A- B H AH  A i \. 

pèce  d'union  abandonnée,  faisant  l’œuvre  avec  son  corps 
seulement, 'il  ne  tombe  pas  dans  le  péché.  1,01  A. 

» Satisfait  d’obtenir  ce  qui  se  présente  de  soi-même, 
ne  désirant  pas  s’unir  avec  le  sexe,  libre  d’envie,  égal 
dans  le  succès  et  le  revers,  auteur  même  d’une  œuvre,  il 
n’est  pas  lié  par  elle.  1,015. 

» Pour  l’homme,  qui  est  libre  de  désirs,  aflranclii  des 
passions,  ferme  dans  la  science  et  qui  fréquente  les  sacri- 
fices, l’œuvre  entière  s'évanouit.  1 ,010. 

» L’enseignement  des  Védas  est  Dieu  ; l'offrande,  que 
le  brahme  verse  dans  le  feu  de  C autel,  est  Dieu  ; il  faut 
donc  qu’il  aille  vers  Dieu,  celui,  qui  a sa  pen-ée  dans  l’œu- 
vre attachée  Sur  Dieu.  1,017. 

» Parmi  les  yogis,  les  uns  honorent  le  sacrifice  des 
Dieux  mêmes  ; les  autres  célèbrent  le  sacrifice  par  le  sa- 
crifice dans  le  feu  de  Brahma.  1 ,018. 

» Ceux-là  sacrifient  dans  le  feu  de  la  répression  les  or- 
ganes des  sens,  l'ouïe  et  le  reste  ; ceux-ci  de  sacrifier 
dans  les  feux  des  sens,  le  son  et  les  autres  objets  sen- 
sibles. 1,019. 

» Quelques-uns  sacrifient  dans  le  feu  de  la  contempla- 
lion  et  dans  celui  de  la  compression  de  l’âme,  allumés  par 
la  science,  toutes  les  fonctions  des  sens  et  celles  de  la 
respiration  même.  1,020. 

» On  voit  des  yatis  aux  vœux  parfaits  olfrir  en  sacrifice 
leurs  richesses,  leur  piété  et  leur  pénitence,  ou  le  sacrifice 
de  l’unification,  ou  le  sacrifice  de  la  science  et  de  la  lec- 
ture. 1,021. 

» D’autres  sacrifient  la  respiration  dans  l’expiration, 
ou  l’expiration  dans  la  respiration.  11  en  est  qui,  fermant 
ces  doux  routes  à l’air,  que  l’o»  respire  ou  que  l’ou  exhale, 


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BHISHMA-PARVA. 


91 


i e livrent  à la  compression  entière  des  souffles  vitaux. 

» Beaucoup,  se  refusant  la  nourriture,  sacrifient  dans 
I a vie  les  choses,  qui  la  soutiennent.  Tous  ces  hommes, 
connaissant  le  sacrifice,  son  mérite  et  ses  différences,  se 
1 avent  de  leurs  péchés  dans  le  sacrifice.  1,022 — 1,023. 

» Ils  mangent  l'ambroisie  des  restes  du  sacrifice  et 
vont  à l’éternel  Brahma.  Ce  monde  ne  peut  être  le  do- 
maine de  l’homme,  qui  n’a  point  de  sacrifice.  l)’où  lui  en 
viendrait  un  autre,  0 le  plus  excellent  des  kourouides? 

» Ces  differentes  espèces  de  sacrifice  ont  été  créées 
dans  la  bouche  de  Brahma.  Sache  que  tous  sont  le  fruit 
des  œuvres  et  par  cette  connaissance,  quand  tu  la  possé- 
deras, tu  seras  délivré.  1 ,024  - 1 ,025. 

» Le  sacrifice  de  la  science,  fléau  des  ennemis,  vaut 
mieux  que  le  sacrifice  fait  avec  les  richesses.  L'œuvre 
toute  entière,  fils  de  Prithà,  est  achevée  dans  kl  science. 

» Sache  ceci  : les  sages,  qui  voient  la  vérité  des  cho- 
ses, gagnés  par  tes  prosternements,  tes  interrogations,  tes 
hommages,  t'enseigneront  la  science.  1,020 — 1,027. 

» Quand  tu  la  connaîtras,  fils  de  Pàtidou,  tu  ne  retom- 
beras plus  dans  cette  défaillance  d’esprit  ; grâce  à elle,  tu 
verras  tous  les  êtres  au  complet  dans  ton  àuie  et  en  moi. 

a Eusses-tu  commis  plus  de  fautes  que  tous  les 
pécheurs  ensemble,  tu  traverseras  tout  cet  océan  de 
péchés  sur  la  barque  même  de  la  science.  1 ,028  —1,029. 

b De  même  que  le  feu  allumé  réduit  en  cendres  le  bois; 
ainsi  le  feu  de  la  science,  Arjouna,  consume' jusqu’à  la 
cendre  toutes  les  œuvres.  1,030. 

« il  n’existe  pas  en  effet  une  eau  lustrale  ici-bas,  telle 
que  la  science:  ) homme,  que  ! < contemplation  a purifié, 
obtieut  avec  le  temps,  cette  science  même  dans  son  âme. 


92 


LE  MAHA-BHAK  \TA. 


» Le  mortel,  qui  a la  foi,  qui  a comprimé  .ses  organes 
des  sens  et  qui  lui  est  entièrement  dévoué,  acquiert  la 
science  ; une  fois  qu’il  en  est  maître,  il  arrive  bientôt  à 
la  paix  la  plus  profonde.  1,031 — 1,032. 

» L’homme  sans  science,  sans  foi,  à l'âme  bercée  par 
le  doute,  périt!  Ni  ce  monde,  ni  celui  à venir,  ni  le  bon- 
heur ne  sont  pourcelui,  dequi  l'âme  est  ballottée  par  l’in- 
certitude. 1,033. 

» Le  mortel,  Dhanandjaya,  qui  est  maître  de  soi-même, 
qui  a retranché  le  doute  par  la  science,  qui  a déposé  les 
œuvres  dans  la  contemplation,  n’est  pas  enchaîné  par  les 
œuvres.  1,034. 

» Ayant  donc  pourfendu  avec  l'épée  de  la  science  ce 
doute  de  toi-même,  qui  naît  de  l’ignorance  et  qui  siège 
dans  le  cœur,  embrasse  l'yoga,  fils  de  Bharata,  et  lève- 
toi!  » 1,035. 

« Tu  as  parlé,  reprit  Arjouna,  du  renoncement  aux 
œuvres  et  maintenant  tu  parles  de  l’yoga  : dis-ntoi  après 
une  attentive  réflexion,  Krishna,  lequel  de  ces  deux  moyens 
vaut  le  mieux.  » 1 ,036. 

« Le  renoncement  aux  œuvres  et  l'yoga  des  œuvres, 
lui  répondit  Bhagavat,  produisent  l’un  et  l’autre  la  béa- 
titude; cependant  l’voga  des  œuvres  vaut  mieux  que  le 
renoncement  aux  œuvres.  1,037. 

» Celu'r,  qui  a renoncé  aux  œuvres  pour  toujours,  on  le 
reconnaît  à ces  traits  : il  n’a  ni  honte  ni  désir.  Son  esprit, 
qui  ne  flotte  pas  entre  ces  deux  affections,  est  assurément, 
guerrier  aux  longs  bras,  aisément  délivré  du  lien  des 
œuvres.  1 ,038. 

» Les  stupides  font  une  distinction  entre  la  doctrine 
Sânkhya  et  l’yoga,  mais  non  les  sages.  En  effet,  qui  se 


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BHISHMA-PARVA. 


03 


livre  entièrement  à l’un  obtient  le  fruit  de  tons  les  deux. 

» Le  séjour,  où  l’on  arrive  par  les  déductions  du  Sàn- 
kbya,  on  y parvient  également  par  les  actes  de  l’yoga  ; 
et  celui,  aux  yeux  de  qui  le  Sânkhya  et  l'yoga  ne  sont 
qu’un,  voit  nettement  les  choses.  1,030. — 1,040. 

» Mais  il  est  difficile  d’arriver  sans  l’yoga  au  renonce- 
ment des  œuvres,  tandis  que  l’anachorète,  adonné  à 
l’yoga,  ne  tarde  pas  à s’identifier  avec  l’Etre  absolu. 

» L’homme,  qui  se  livre  à l’yoga  d’une  âme  purifiée, 
vainqueur  de  son  âme  et  victorieux  des  sens,  n’est  pas 
souillé  par  ses  œuvres,  quoiqu’il  agisse  avec  un  corps 
semblable  à celui  de  tous  les  êtres  vivants. 

1,041—1,042. 

» Que  le  sage  pense  de  cette  manière  : « Ce  n’est  pas 
moi,  qui  fais  cela!  » quand  il  voit,  entend,  touche,  flaire 
et  mange,  dort,  marche  et  respire.  1,043. 

» Soit  qu’il  parle,  prenne  ou  quitte  une  chose,  soit 
qu’il  ouvre  ou  ferme  les  yeux , il  doit  penser  ainsi  : « Les 
organes  des  sens  ont  sans  cesse  pour  objets  les  choses 
sensibles.  1,044. 

o Celui,  qui,  abandonnant  le  désir,  fait  les  œuvres, 
qu’il  a déposées  en  Dieu,  n’est  pas  plus  souillé  par  le 
péché  que  fonde  ne  peut  souiller  une  feuille  de  lotus.  » 

b Les  yogis,  fuyant  le  désir,  exécutent  les  œuvres  par 
le  corps,  l’esprit,  la  pensée  et  tous  les  sens  pour  la  puri- 
fication d’eux-mêmes.  l,04â — 1,046. 

b Le  sage,  qui  a renoncé  au  fruit  des  œuvres,  parvient 
au  comble  de  la  tranquillité;  mais  l’insensé,  qui  est 
attaché  à la  récompense,  est  enchaîné  par  la  force  du 
désir.  1,047. 

b Le  mortel,  Sànnyasi  d'esprit  en  tous  ses  actes,  habite 


LE  M.VH  \-HIlAHATA. 


9 h 

paisiblement,  sans  agir,  ni  sans  faire  agir,  maître  de  lui- 
même,  clans  la  cité  aux  neuf  portes  (1).  1 ,048. 

» L’auteur  du  monde  n’a  créé,  ni  l’activité,  ni  les 
œnvres,  ni  l’inclination  vers  le  fruit  des  œuvres  : c’est  le 
jeu  delà  nature  individuelle.  1,049. 

» Le  Tout  puissant  n’accepte  pour  lui,  ni  les  crimes, 
ni  les  bonnes  actions  de  personne.  La  science  est  couverte 
par  l’ignorance  ; c’est  elle,  qui  produit  l’erreur  dans  les 
jugements  des  hommes.  1 ,050. 

» Mais  pour  ceux,  dans  l’âme  de  qui  la  science  a tué 
l’ignorance,  cette  science,  telle  qu’un  soleil,  illumine  en 
eux  l’idée  de  l’Etre  suprême.  J, 051. 

» La  pensée  mise  en  Lui,  leur  âme  en  Lui,  leur  de- 
meure en  Lui,  livrés  entièrement  à Lui,  ils  entrent  dans 
une  route,  d’où  l'on  ne  revient  plus,  la  science  ayant 
efiàcé  leurs  péchés.  1,052. 

» Dans  le  brahme,  doué  de  modestie  et  de  science, 
dans  le  taureau,  dans  l’éléphant,  dans  le  chien  et  dans 
l’homme,  qui  mange  du  chien,  les  docteurs  ne  voient 
qu’un  seul  et  même  être.  1,053. 

» (leux,  de  qui  l'âme  se  tient  ferme  dans  l’identité,  ont 
triomphé  de  leur  nature  ici-bas  : car  Brahman  est  iden- 
tique, sans  défaut  : aussi  restent-ils  attachés  â Brahman. 

» L'homme,  de  qui  l’âme  est  unie  par  l'identification 
à Brahman,  ne  so  réjouit  pas  d’une  chose  .agréable  ; une 
chose  fâcheuse  ne  l’attriste  pas.  La  pensée  ferme,  sans 
trouble,  connaissant  Brahman,  ferme  dans  Brahman,  son 
esprit  n’est  pas  attaché  au  contact  des  objets  extérieurs;  il 


(1)  C'est-à-dire,  le  corps , qui  a neuf  voies  ou  issues  : les  deux  yeux, 
les  deux  oreilles,  les  deux  narines,  h bouche,  l’anus  et  l urètre. 


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BHISHMA-PARVA. 


05 


trouve  son  plaisir  en  lui-mônif',  il  parvient  à nne  éter- 
nelle félicité  : 1 ,054 — 1 ,055 — 1 ,050. 

» Les  voluptés,  qui  naissent  du  toucher  sont  les  causes 
de  la  douleur  elle- même  ; elles  commencent,  elles  doivent 
finir,  fils  de  Rounti,  et  le  sage  ne  leur  confie  pas  son  plaisir. 

» Quiconque  peut  ici-bas,  avant  d'ôlre  libéré  du  corps, 
soutenir  la  fougue,  qui  vient  de  l'amour  et  de  la  colère, 
est  un  sage  : il  est  heureux  ! 1,057 — 1,058. 

» L’homme,  qui  trouve  en  soi-même  sa  joie,  en  soi- 
même  ses  divertissements,  en  soi-même  sa  lumière,  est 
un  yogi,  qui  va  s’unir  à Brahman  et  qui  s’avance,  de- 
venu Brahman  lui-même.  1,059. 

» Les  rishis  aux  âmes  comprimées,  libres  du  doute, 
qui  se  complaisent  dans  le  bien  de  tous  les  êtres,  et  de  qui 
les  péchés  sont  effacés,  obtiennent  de  s’unir  à Brahman. 

n Les  yalis,  qui  ont  soumis  leurs  pensées,  qui  son 
exempts  de  colère  et  d’amour,  qui  ont  la  science  de  leur 
âme,  sont  bien  près  de  s’unir  à Brahman.  1,060—1,061. 

» L’anachorète,  qui  a mis  hors  de  soi  le  contact  avec 
les  objets  extérieurs,  qui  tient  ses  deux  sourcils  bien  entre 
ses  yeux  mômes,  qui  a rendu  égales  la  respiration  et  l’expi- 
ration, qui  fait  conv  enablement  passer  l’air  dans  les  deux 
orifices  de  ses  narines,  qui  a chassé  la  colère,  le  désir  et. 
la  crainte,  qui  a vaincu  sa  pensée,  son  cœur  et  ses  sens, 
qui  est  entièrement  livré  au  soin  de  sa  délivrance,  cet 
homme  est  toujours  un  sage,  assurément.  1,062 — 1,063. 

» Quand  il  a compris  que  je  perçois  les  pénitences  et 
les  sacrifices,  que  je  suis  le  souverain  maître  des  mondes 
et  l’ami  de  toutes  les  créatures,  il  arrive  à l’indifférence 
absolue.  1,064. 

» L'homme,  qui  fait  l’action  prescrite,  sans  être  at!a- 


96 


Lli  MAHA-BHARATA. 


ché  au  fruit  des  œuvres,  continua  Bhagavat,  est  un  sân- 
nyasi,  est  un  yogi;  mais  non  l’ homme,  qui  est  sans 
feux,  ni  celui,  qui  est  sans  acte.  1,065. 

» On  a dit  que  l’yoga  est  le  renoncement  : connais-le, 
(ils  de  Bharata  : personne  ne  peut-être  un  yogi,  s’il  n’a 
l’âme  parfaitement  détachée.  1 ,006. 

» L’œuvre  est  nommée  la  cause  pour  l’anachorète,  qui 
veut  s’élever  à l’yoga  ; la  tranquillité  est  nommée  l’effet, 
quand  ce  môme  homme  est  parvenu  à son  but.  1,067. 

» Alors  qu’il  n'est  plus  attaché  aux  organes  des  sens, 
qu’il  n’est  plus  attaché  aux  objets  sensibles,  l’homme, 
qui  s’est  élevé  à l’yoga,  on  l’appelle  un  sannyasi  de  toutes 
ses  pensées.  1,068. 

» Que  l’âme  ne  s’élève  pas  soi-même,  que  l'âme  ne 
s’abaisse  point  elle-même  : tantôt  l’âme  est  amie  de 
l'homme,  tantôt  elle  est  son  ennemie.  1,069. 

» L'âme  est  l'amie  du  mortel,  par  l’âme  de  qui  l’âme 
est  vaincue  : elle  se  comporte  en  ennemie  par  la  haine 
de  l’homme,  qui  n’est  pas  maître  de  son  âme.  1,070. 

» Mais  l’âme  de  l'homme  paisible  et  vainqueur  de  lui- 
même  est  parfaitement  recueillie  dans  le  froid  et  le  chaud, 
dans  le  plaisir  et  la  douleur,  dans  les  honneurs  et  la  dis- 
grâce. 1,071. 

» L’yogî  aux  sens  vaincus,  rassasié  de  la  distinction  et 
de  la  science,  qui  de  la  cîine,  où  il  est  placé,  voit  d’un 
œil  égal  la  glèbe  de  terre,  la  pierre  et  l’or,  est  appelé  un 
youkta,  un  sage.  1,072. 

» L’homme  à l’esprit  égal  pour  les  méchants  et  les 
bons,  les  parents,  les  haineux,  les  indifférents,  les  moyens, 
les  ennemis,  les  amis  et  les  bons  cœurs,  jouit  de  la  plus 
grande  estime.  1,073. 


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I1HISHM  V-l’AUV \. 


97 


:*  Que  l’Yogi,  sans  épouse,  sans  espérances,  se  retire 
clans  un  lieu  secret,  seul,  à part,  l’esprit  et  la  pensée  re- 
tenus, pour  adorer  l’Ame  éternelle.  1,074. 

» Qu’il  étende  dans  un  lieu  pur  la  jonchée  d’un  siège 
immobile  pour  lui-mérae,  ni  trop  haut,  ni  trop  bas, 
excellemment  couvert  de  toile,  de  fourrure  ou  d’herbes 
kouças.  1,075. 

» Qu’ayant  attaché  son  âme  fixée  sur  un  seul  point, 
les  fonctions  des  sens  et  de  la  pensée  comprimées,  il  s’as- 
seoie  là  sur  son  siège  et  qu’il  s’adonne  à la  contemplation 
pour  la  purification  de  lui-mème.  1,070. 

» Qu’immobile,  conservant  son  corps  dans  un  parfait 
équilibre,  tenant  son  cou  et  sa  tête  sans  bouger,  les  yeux 
fixés  sur  le  bout  de  sou  nez,  sans  regarder  aucun  point  de 
l’espace,  l'aine  paisible,  exempt  de  crainte,  ferme  dans  le 
vœu  du  bramatchâri  et  comprimant  son  cœur,  le  sage,  se 
tienne  assis,  entièrement  livré  à moi  et  sa  pensée  atta- 
chée sur  moi.  1,077 — 1,078. 

» L'Yogî  à l’esprit  dompté,  qui  médite  ainsi  conti- 
nuellement sur  l’âme,  arrive' à la  tranquillité,  qui  repose 
en  moi  et  qui  est  le  commencement  du  Nirvàna  ou  de  Ju 
béatitude  éternelle.  1,079. 

» L’unification  en  Dieu  n’est,  Arjouna,  ni  pour  celui 
qui  mange  trop,  ni  pour  celui  qui  mange,  ïans  contenter 
sa  faim,  ni  pour  celui,  qui  est  trop  adonné  au  sommeil,  ni 
pour  celui  qui  ne  dort  pas.  1,080. 

» ('.et  yoga , qui  détruit  la  peine , appartient  aux 
œuvres  de  l’homme,  qui  modère  ses  aliments,  qui  mo- 
dère ses  récréations,  qui  modère  ses  pensées,  qui  modère 
son  sommeil  et  son  état  de  veille.  1,081. 

» Lorsque  sa  pensée  reste  toute  soumise  en  lui-mème, 
vu  7 


98 


IÆ  M ULV-BHA1UTA. 


qu’il  est  sans  désirs  pour  tous  les  objets  capables  de 
l’exciter,  c’est  alors  qu’il  est  appelé  un  Youkta.  1,082, 

» Comme  une  lampe,  qui,  à l’abri  du  vent,  ne  vacille 
pas,  tel  est,  dit-on,  l’image  de  l’Yogi  aux  pensées  com- 
primées, qui  est  parvenu  à l’union  de  son  âme  avec  Dieu. 

» Quand  le  service  de  l’yoga  a fait  cesser  la  pensée, 
quand,  voyant  son  âme  dans  la  grande  Ame,  il  est  satis- 
fait de  soi-même  ; 1 ,083 — l,08â. 

» Lorsqu’il  est  parvenu  à connaître  cette  joie  infinie, 
perceptible  à l’esprit,  supérieure  aux  sens,  et  que,  ferme 
sur  l’essence  divine,  il  ne  vacille  pas;  1,085. 

# Lorsque,  après  l’avoir  obtenu,  il  pense  qu’il  n’existe 
nulle  autre  acquisition  supérieure  à celle-ci  et  que,  solide- 
ment appuyé  sur  elle,  il  n’en  peut  être  détourné  par  la 
douleur,  quelque  vive  soit-elle  ; 1 ,086. 

» 11  faut  qu’il  sache  que  cette  séparation  d’avec  l’union 
à la  douleur  est  nommée  l’yoga.  On  doit  le  pratiquer 
d’une  âme  résolue  et  qui  a le  mépris  de  soi-même. 

» Ayant  abandonné  entièrement  toutes  les  jouissances, 
qui  naissent  de  la  pensée,  ayant  réprimé  avec  son  âme 
toutes  les  distractions  des  sens,  qui  surgissent  de  tous  les 
côtés,  1,087—1,088. 

» Que  peu  à peu  sa  pensée  expire,  saisie  par  la  cons- 
tance, et  qu'ayant  établi  son  cœur  immobile  dans  son 
âme,  rien  ne  puisse  plus  même  l’émouvoir.  1,089. 

» Que  de  tous  les  côtés,  où  son  cœur  volage,  incons- 
tant, s’échappe  de  son  âme,  il  retienne  cet  organe  et  le 
ramène  sous  sa  puissance.  1,090. 

» Une  joie  pure  vient  alors  inonder  cet  Yog!  à l’âme 
paisible,  aux  passions  calmées,  qui  est  sans  péchés  et 
parfaitement  identifié  à l’Être  absolu.  1,091. 


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BHISH.M  \-P\HV  \. 


99 

» L’Yogi  aux  péchés  effacés,  qui  médite  continuelle- 
ment sur  l’àme,  jouit  en  paix  d’une  félicité  sans  terme  et 
qui  est  en  contact  avec  Dieu  même.  1,092. 

» Celui,  de  qui  l'àme  est  unie  à l’yoga,  voit  que  la 
grande  Ame  est  dans  toutes  les  créatures  et  que  toutes  les 
créatures  sont  dans  la  grande  Ame  ; il  voit  donc  en  toutes 
choses  l’identité.  1,093. 

# Quiconque  me  voit  partout,  voit  que  tout  existe  en 
moi  ; je  ne  péris  point  à ses  yeux,  et  lui,  il  ne  périt  pas  de- 
vant moi.  l,09â. 

» Celui , qui  m’honore  comme  résidant  en  tous  les 
êtres,  est  arrivé  à l’unité  ; et  l’Yogi,  dans  quelque  condi- 
tion qu’il  se  trouve,  est  toujours  en  moi.  1,095. 

a L’homme,  à qui  la  ressemblance  avec  lui-même,  fait 
voir  partout  l’unité,  soit  heureuse,  soit  malheureuse,  on 
l’estime,  Arjouna,  un  Yogi  du  premier  ordre.  » 1,096. 

« Cet  yoga,  que  tu  as  dit  s’accomplir , meurtrier  de 
Madhou,  par  l’égalité  de  l'esprit,  je  ne  lui  vois  pas,  répon- 
dit Arjouna,  un  état  bien  solide  à cause  de  sa  mobilité. 

» Le  cœur  est  violent,  mobile,  puissant,  Krishna  ; il 
est  étendu  : je  pense  qu’il  est  bien  difficile  de  le  compri- 
mer, comme  le  vent.  » 1,097 — 1,098. 

« Sans  doute,  guerrier  aux  longs  bras,  le  cœur  est  mo- 
bile, répartit  Krishna  ; il  est  difficile  à retenir  ; mais  on 
le  saisit,  fils  de  Kountl,  par  l’exercice  et  l’absence  des 
passions.  1,099. 

» L’homme,  qui  n’est  pas  dompté,  parvient  avec  peine 
à l’yoga;  mais  il  est  des  moyens  pour  y parvenir,  quand 
on  fait  des  efforts, servis  paruneâme  obéissante.  » 1,100. 

Arjouna  dit  : 

« L’homme,  qui  est  doué  de  la  foi,  mais  qui  n’est  pas 


100 


LE  MAHA-BHARATA. 


un  Yati,  el  de  qui  l'aine  s’est  écartée  de  l’yoga,  dans 
quelle  voie  entre-t-il,  Krishna,  lui,  qui  n’a  pu  atteindre  à 
la  perfection  de  l’unification  ? 1,101. 

» Tombé  entre  le  bien  et  le  mat,  l’insensé,  guerrier  aux 
longs  bras,  ne  périt-il  pas  sans  profit  dans  la  route  de. 
Brahman,  comme  un  nuage,  que  le  vent  a déchiré. 

» Veuille , Krishna,  nie  retrancher  ce  doute  entière- 
ment. Nul  autre  que  toi  ne  convient  ici  pour  me  tirer 
d’incertitude.  » 1,102 — 1,103. 

« Fils  de  Prithâ,  lui  répondit  Bhagavat,  la  perte  de 
cet  homme  n’existe,  ni  dans  ce  monde,  ni  dans  l’autre 
vie.  Personne,  mon  fils,  s’il  est  auteur  de  bonnes  œuvres, 
n’entre  dans  la  voie  malheureuse.  l,10â. 

» Devenu  citoyen  des  mondes  réservés  aux  bonnes  ac- 
tions, quand  il  en  a fait  son  séjour  une  infinité  d’années, 
tombé  de  l’yoga,  il  passe  dans  la  famille  des  gens  heu- 
reux et  purs;  1,105. 

» Ou  il  naît  dan3  la  race  des  sages  Yogis.  11  est 
certes,  bien  difficile  d’obtenir  en  ce  monde  une  naissance 
telle  que  celle-ci.  1,10(5. 

n Là,  il  acquiert  d’être  uni  à la  pensée,  qui  animait 
son  corps  précédent,  et  de  nouveau,  fils  de  Kourou,  il 
s’efforce  d’arriver  à la  perfection.  1,107. 

» En  effet,  ses  précédents  exercices  l’entraînent,  mal- 
gré sa  résistance,  et,  parce  qu'il  désire  connaître  l’yoga, 
il  excède  la  parole  de  Brahma.  1 ,108. 

» S'efforçant  avec  ardeur,  ayant  lavé  tous  ses  péchés, 
l’Yogi,  que  plusieurs  naissances  ont  purifié,  est  conduit 
par  elles  dans  la  voie  suprême.  1,109. 

» L’Yogî  est  alors  estimé  supérieur  aux  ascètes  ; il  est 
supérieur  aux  savants  ; il  est  supérieur  aux  hommes,  qui 


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BHlSHMA-PAltVA. 


101 


font  les  œuvres.  Sois  donc  un  Yogî,  Arjouna  ; 1,110. 

# Car  l'homme  de  foi,  qui  m’adresse  son  culte  d’une 
âme  venue  toute  à moi,  je  l’estime  le  plus  grand  sage 
parmi  tous  les  Yogis.  1,111. 

» Attachant  ton  cœur  à moi,  cultivant  l’yoga,  prenant 
un  refuge  en  moi,  continua  Ilhagavat,  écoute,  fils  de 
Prithâ,  comment  tu  peux  me  connaître  tout  entier,  sans 
donner  place  au  doute.  1,112. 

u Je  te  dirai  cette  science  avec  la  distinction  ; une  fois 
qu’on  l’a  connue,  on  n’entrevoit  plus  rien  autre  chose  ici 
bas,  qui  soit  encore  à savoir.  1,113. 

» Entre  des  milliers  d'hommes,  il  n’en  est  aucun  qui 
s’efforce  d’atteindre  à la  perfection:  et,  parmi-les  parfaits, 
qui  font  leurs  efforts,  il  n’en  est  pas  un,  qui  me  connaisse 
dans  la  vérité.  1,114. 

» La  terre,  l’eau,  le  feu,  le  vent,  l’air,  l’esprit,  la  rai- 
son et  la  conscience  : telle  est  ma  nature,  divisée  en  ses 
huit  branches.  1,115. 

» C’est  l’inférieure  ; mais  sache,  guerrier  aux  longs 
bras,  que  j'ai  une  nature  plus  excellente,  le  principe  des 
êtres  vivants,  et  par  laquelle  tout  cet  univers  est  soutenu. 

» C’est  la  cause  de  tous  ces  êtres,  que  ta  rue  tmbrasse; 
lixe  là-dessus  ta  pensée.  La  naissance  et  la  mort  de  ce 
monde  entier,  c'est  moi!  1,116—1,117. 

» 11  n’est  rien  autre  chose  au-dessus  de  moi,  Dha- 
nandjaya.  Tout  cet  univers  tient  suspendu  à moi  par  un 
fil,  comme  des  multitudes  de  perles.  1,118. 

» Je  suis  la  saveur  dans  les  eaux,  fils  de  Kountl,  la 
lueur  dans  le  soleil  et  la  lune,  la  syllabe  Aum  dans  tons 
les  Védas,  le  son  dans  l’air  et  la  virilité  dans  les  hommes. 

» Je  surs  l’odeur  sainte  dans  la  terre,  la  splendeur 


102 


LE  MAHA-BHARATA. 


dans  le  feu,  la  vie  dans  toutes  les  créatures  animées  et  la 
pénitence  dans  les  ascètes.  1,119 — 1,120. 

» Sache,  fils  de  Prithâ  que  je  suis  la  semence  éternelle 
de  tous  les  êtres,  la  sagesse  des  sages  et  la  vigueur  des 
vigoureux.  1,121. 

» Je  suis  dans  les  forts  la  force  libre  de  passion  et  d’a- 
mour, éminent  Bharatide  ; je  suis  dans  tous  les  êtres  l'a- 
mour, que  la  loi  ne  défend  pas.  1,122. 

» Sache  que  les  qualités  du  genre  sattwa  et  celles  de 
l’espèce  radjas  et  les  qualités  de  l’ordre  tâmas  viennent 
de  moi  seulement  ; je  ne  suis  pas  en  elles,  c’est  elles,  qui 
sont  en  moi.  1,123. 

» Tout  ce  monde , jouet  des  illusions  faites  de  ces  trois 
qualités,  ne  sait  pas  que  moi,  l’ Éternel,  je  suis  au-dessus 
d’elles.  1,124. 

» Voilà  comme  j'ai  composé  de  qualités  ma  divine, 
mon  insurmontable  magie,  mais  à ceux,  qui  viennent  à 
moi,  il  est  donné  de  la  traverser.  1,125. 

» Ils  ne  viennent  point  à moi,  les  hommes  vils,  les 
insensés,  les  malfaiteurs,  ni  ceux,  qui  ont  embrassé  les 
sentiments  des  Démons,  ni  ceux,  à qui  l’illusion  ravit  la 
science.  1,126. 

» Quatre  sortes  d’hommes  aux  bonnes  œuvres  m’a- 
dorent, Arjouna  : l'affligé,  celui,  qui  désire  la  science, 
le  sage,  qui  la  possède,  et  celui,  qui  aspire  à la  richesse. 

» Le  sage  sans  cesse  en  contemplation,  homme  d’un 
seul  culte,  l’emporte  sur  eux  : je  suis  toujours  l’ami  du 
sage,  et  lui,  il  m’aime  d’un  amour  égal  au  mien. 

1,127—1,128. 

» Tous,  ils  sont  de  généreux  fidèles;  mais  le  sage, 
c’est  moi-même;  embrassant  mon  sentiment,  son  âme 


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BHISHMA-P\RVA. 


403 


est  attachée  sur  moi,  comme  sur  la  voie  suprême.  1,129. 

» A la  fin  de  plusieurs  renaissances,  l’homme  de  savoir 
vient  à moi  : « Le  Vasoudévide  est  tout;  il  est  bien  diffi- 
cile d'atteindre  à cette  grande  âme!  # dit-il.  1,130. 

» Ceux,  à qui  les  désirs  ont  dérobé  la  science,  snivent 
d’autres  Dieux  ; et , enchaînés  qu’ils  sont  par  leur 
propre  nature,  ils  embrassent,  celui-ci  tel  vœu,  celui-là 
tel  autre.  1,131. 

» Quelle  que  soit  la  divine  personne,  qu’un  fidèle 
quelconque  désire  honorer  dans  sa  foi,  c’est  moi,  qui 
rends  inébranlable  sa  foi  en  cette  Divinité.  1,132. 

» Appuyé  sur  cette  croyance,  il  s'efforce  d’honorer  ce 
Dieu,  et  par-là  il  obtient  l’accomplissement  de  ses  bons 
désirs,  dont  je  suis  l’inspirateur.  1,133. 

» Le  fruit,  obtenu  par  ces  hommes  d’une  intelligence 
étroite,  a son  terme  : ceux,  qui  sacrifient  aux  Dieux,  vont 
aux  Dieux;  ceux,  qui  m’adorent,  vont  à moi  ! 1,1  SA. 

» Dans  l'ignorance,  où  les  tient  ma  nature  supérieure, 
éternelle,  qui  n’a  rien  de  plus  élevé,  les  insensés  pensent 
que  je  suis  invisible  , moi , qui  suis  doué  de  l’évi- 
dence. 1,135. 

» Car  je  ne  suis  pas  visible  à tout  homme,  moi,  qui 
suis  enveloppé  de  la  magie,  que  l’yoga  peut  seul  écarter  ! 
Ce  monde,  jouet  de  l'erreur,  ne  peut  me  distinguer,  moi, 
qui  suis  sans  être  né  et  qui  ne  dois  pas  finir!  1,136. 

» Je  connais,  Arjouna,  tous  les  êtres  passés,  présents 
et  futurs;  mais  je  ne  suis  connu  par  aucun  d’eux.  1,137. 

» P.ar  l'effet  de  la  folie  des  discussions,  qui  s’élèvent 
de  l’amour  et  de  la  haine,  toutes  les  créatures  de  ce 
monde,  vaillant  Bharatide,  s’avancent  vers  le  délire. 

» Mais  les  hommes,  de  qui  le  péché  a disparu  sous  les 


104 


LE  MAHA-BHARATA. 


œuvres  saintes,  m’adorent,  inébranlables  dans  leur  vœu, 
affranchis  de  cette  folie  des  controverses.  1,138 — 1,139. 

» Ceux,  qui  viennent  se  réfugier  en  moi  pour  la  déli- 
vrance de  la  vieillesse  et  de  la  mort,  connaissent  Brahman 
dans  sa  plénitude,  l’Ame  suprême  et  l’œuvre.  1,140. 

» Ceux,  qui  ont  appris  d'une  âme  identifiée  que  je  suis 
avant  tous  les  êtres,  avant  tous  les  Dieux,  avant  tous  les 
sacrifices,  me  connaissent,  l’heure  de  la  mort  une  fois 
arrivée!  » 1,141. 

«Qu’est-ce  que  ce  Brahman,  ê le  plus  grand  des  hommes? 
répondit  Arjouna.  Qu’est-ce  que  l’Ame  suprême?  Qu’est-ce 
que  l’œuvre?  Qu’appelle-t-on,  dis-tu,  ce  qui  fut  avant 
tous  les  êtres?  Et  ce  qui  fut  avant  tous  les  Dieux?  1,142. 

» Comment  es-tu  le  premier  sacrifice?  Qu'es-tu  ici 
dans  ce  corps?  Comment  faut-il  que  les  hommes  à l'Aine 
asservie  te  connaissent  à l'heure  de  la  mort?  » 1,143. 

« Brahman  est  la  cause  primordiale,  éternelle,  ré- 
pondit Bhagavat;  la  disposition  delà  nature,  c’est  l’ A— 
dyàttna;  on  appelle  œuvre  la  création,  qui  donne  la  nais- 
sance aux  principes  élémentaires.  1 ,1 44. 

» Ce  qui  fut  avant  les  êtres,  c’est  l’essence  de  la  chose 
périssable,  ce  qui  fut  avant  les  Dieux,  c’est  l’Homme- 
type.  Je  suis  dans  ce  corps  le  premier  des  sacrifices,  ô 
le  plus  excellent  de  tous  ceux,  qui  sont  revêtus  d’un 
corps.  1,145. 

» L'homme,  qui,  affranchi  de  son  corps,  s'avance,  se 
rappelant  mon  souvenir,  au  temps  de  la  mort,  s’avance, 
il  n’y  a pas  de  doute,  pour  s’unir  à ma  nature.  1,146. 

» A chaque  être,  qu’il  se  rappelle  à l’instant  de  la 
mort,  c’est  toujours  vers  cette  créature,  qu’il  va,  fils  de 
hounti,  changé  en  la  nature  de  cet  être.  1,147. 


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BH1SHMA-PARVA. 


105 


» Ainsi,  rappelle-toi  mon  souvenir  en  tous  les  temps, 
et  livre  ce  combat,  l’esprit  et  le  cœur  placés  en  moi  ; tu 
viendras,  n'en  doute  pas,  t’identifier  avec  moi.  1 ,148. 

» Si  mon  fidèle  se  rappelle  cet  antique  prophète,  le 
modérateur  de  toutes  choses,  moindre  qu’un  atôme,  et 
qui  cependant  soutient  l'univers,  de  qui  la  forme  ne 
tombe  pas  sous  les  S"ns,  qui  est  de  la  couleur  du  soleil  et 
qui  fut  avant  les  ténèbres,  il  s’avance,  pensant,  fils  de 
Prithà,  à l’Homme  primitif  et  céleste,  avec  une  âme,  que 
l'exercic  unit  à l’yoga  et  qui  ne  s’écarte  point  sur  d’autres 
objets.  1,149 — 1,150. 

» Uni  d’une  âme  inébranlable  à la  dévotion  et  à la 
force  de  l’yoga,  ayant  concentré  comme  il  convient  les 
souilles  de  la  vie  au  milieu  de  ses  sourcils,  il  s'avance  vers 
l’esprit  divin  et  suprême.  1,151. 

» Je  vais  t’enseigner  en  abrégé  cette  voie,  que  les  doc- 
teurs en  Védas  nomment  l’indestructible,  dans  laquelle 
entrent  les  Yatüi  aux  passions  éteintes,  et  que  désirent 
ceux,  qui  cultivent  le  brahmatcharya.  1,152. 

» Lorsqu’il  a barré  toutes  les  portes,  enfermé  l’esprit 
dans  son  cœur,  placé  les  souilles  de  vie  sur  sa  tête  et 
qu’il  est  entré  dans  la  dévotion  de  l’yoga,  1,153. 

» Quiconque,  abandonnant  son  corps,  s’avance,  pro- 
nonçant en  l’honneur  de  lirahman  le  monosyllabe  Aum 
et  se  souvenant  de  moi,  entre  dans  la  voie  la  plus  excel- 
lente. 1,154. 

» Je  suis  facile  à acquérir,  (ils  de  Prithà,  pour  l’yogi 
sans  cesse  en  extase,  de  qui  la  pensée  n’est  point  partagée 
et  qui  garde  un  continuel  souvenir  de  moi,  l’Eteruel. 

n Une  lois  parvenus  jusqu'à  moi,  ces  magnanimes, 
entrés  dans  la  perfection  suprême,  ne  sont  plus  con- 


106 


LE  MAHA-BHARATA. 


damnés  à renaître  dans  cette  périssable  vie,  le  séjour  des 
douleurs.  1,155 — 1,156. 

» Depuis  cette  terre  jusqu’au  monde  de  Brahma,  les 
hommes  décrivent  une  révolution  de  cercle,  Arjouna,  et 
reviennent  animer  d autres  corps;  mais  celui,  qui  est 
venu  habiter  en  moi,  ne  subit  point  ici-bas  de  nouvelles 
renaissances.  1,157. 

# Quiconque  sait  que  le  jour  de  Brahma  remplit  mille 
yougas,  et  que  sa  nuit  est  d’une  égale  durée,  possède  la 
connaissance  de  son  jour  et  de  sa  nuit.  1 ,158. 

» A l’arrivée  du  jour,  toutes  les  choses  visibles  naissent 
du  sein  de  l’invisible;  aux  approches  de  la  nuit,  elles  s’é- 
vanouissent ici  dans  l’invisible  Brahma.  1,159. 

' » Ainsi,  quand  vient  l’arrivée  de  la  nuit,  cet  assem- 
blage d’êtres  dépose  la  vie,  dont  ils  ont  vécu  ; et  tout, 
fils  de  Prithâ,  renaît  nécessairement,  aussitôt  que  le  jour 
éclot.  1,160. 

a Mais,  outre  cette  nature  invisible,  Î1  en  existe  une 
autre  éternelle,  également  invisible,  qui  ne  périt  pas  dans 
la  mort  de  tous  les  êtres.  1,161. 

a On  la  nomme  l’invisible  , l'impérissable.  On  dit 
que  c’est  la  voie  suprême.  Quand  on  y est  parvenu,  on 
ne  revient  plus  en  arrière.  C’est  ma  demeure  la  plus 
élevée.  1,162. 

a Une  dévotion  exclusive  peut  obtenir  cet  esprit  su- 
prême, au  sein  duquel  se  tiennent  tous  les  êtres  et  par  qui 
fut  déployé  tout  cet  univers.  1,163. 

a Je  vais  te  dire  le  temps,  éminent  Bharatide,  où  les 
Yogis  décédés  vont  à l’état,  d’où  ils  reviennent,  et  à la 
condition,  d'où  ils  ne  reviennent  pas.  1,1  OA. 

a Le  feu,  la  lumière,  le  jour  d’une  quinzaine  lumi- 


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BHISHMA-PARVA. 


107 


neuse,  les  six  mois,  où  le  soleil  voyage  dans  l'hémisphère 
septentrional  : ceux,  qui  meurent  en  de  telles  circons- 
tances, connaissent  Brahman  et  vont  à Brahman.  1,165. 

» La  fumée,  la  nuit,  un  jour  de  quinzaine  obscure,  les 
six  mois,  où  le  soleil  fait  sa  route  au  midi  : les  défunts 
sous  de  telles  conditions  reviennent , après  qu’ils  ont 
obtenu  la  lumière  de  la  lune.  1,166. 

» Ces  deux  routes  obscure  et  lumineuse  du  monde 
sont  jugées  éternelles  : on  ne  revient  pas  de  celle-ci,  mais 
de  l’autre  il  y a retour.  1,167. 

» Aucun  Yogi,  qui  a la  connaissance  de  ces  deux  voies, 
ne  peut  être  le  jouet  de  l’erreur.  Arjouna,  sois  donc  en 
tous  les  temps  uni  à l’yoga.  1,168. 

» L’Yogi,  à qui  toutes  ces  choses  sont  connues,  sur- 
passe le  fruit  saint,  que  l’on  enseigne  être  contenu  dans 
les  aumônes,  les  pénitences,  les  sacrifices  et  la  lecture  des 
Védas  ; il  s’élève  au  premier  et  au  plus  haut  des  cieux. 

» Je  vais  te  dire,  à toi,  qui  m’écoutes,  libre  d’envie, 
continua  Bhagavat,  cette  science,  accompagnée  de  la  dis- 
tinction et  qui  est  le  plus  grand  des  mystères,  line  fois 
que  tu  l’auras  sue,  tu  seras  affranchi  du  malheur. 

» C’est  une  science  de  roi,  un  mystère  de  roi,  la  plus 
haute  des  purifications,  équitable,  indestructible,  d’un  ac- 
complissement très-facile  et  qui  a la  certitude  devant 
elle.  1,169—1,170—1,171. 

» Les  hommes,  qui  ne  croient  pas  à cette  loi,  fléau  des 
ennemis,  ne  parviennent  pas  jusqn’A  moi  et  retournent 
dans  la  route  du  monde  de  la  mort.  1,172. 

» C’est  moi,  qui,  revêtu  d’une  forme  invisible,  ai  créé 
ce  monde  entier  : tous  les  êtres  reposent  en  moi  ; et  moi,  je 
ne  suis  pas  contenu  dans  eux.  1 ,173. 


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108 


LE  M A H Y-BHARATA. 

» Et,  sous  un  autre  aspect , les  êtres  ne  résident  pas 
en  moi.  Voilà  quel  est  mon  yoga  souverain.  Créatrice  des 
êtres,  mon  âme  les  soutient  tous,  et  n’est  pas  soutenue 
par  eux.  1,174. 

» De  même  qu’un  grand  vent,  qui  pénètre  tout,  ne 
cesse  pas  de  résider  en  l'atmosphère  : ainsi  résident  en 
moi  tous  les  êtres.  Réfléchis  bien  à cette  comparaison. 

» A la  fin  d’un  kalpa , toutes  les  créatures,  fils  de 
Rounti,  rentrent  dans  ma  nature,  et  de  nouveau  je  les 
crée  au  commencement  d’un  autre  kalpa.  1,175 — 1,176. 

» Appuyé  sur  ma  nature,  je  produis  mainte  et  mainte 
fois  cet  ensemble  tout  entier  des  êtres,  malgré  eux,  grâce 
au  pouvoir  de  ma  nature.  1,177. 

» Les  œuvres  ne  m’enchaînent  pas,  Dhanandjaya.  Non 
attaché  par  les  œuvres,  je  reste  assis,  comme  si  j’étais 
indifférent  aux  œuvres.  1,178. 

» La  nature  fut  enfantée  par  ma  providence,  et  c’est  la 
cause,  fils  de  Rounti,  qui  donne  l’impulsion  au  mouve- 
ment circulaire  du  monde  avec  ses  êtres  mobiles  et  immo- 
biles. 1,179. 

» Les  insensés  me  dédaignent  sous  le  corps  humain, 
dont  je  suis  revêtu,  ignorant  que  j’ai  une  nature  supé- 
rieure, qui  est  la  grande  souveraine  de  tous  les  êtres. 

» Vaines  sont  leurs  espérances,  vaines  sont  leurs  œuvres, 
vaine  est  leur  science,  vide  est  leur  pensée;  ils  ont  pris  la 
nature  des  Rakshasas  et  des  Asouras.  1,180 — 1,181. 

» Mais,  remontant  jusqu’à  ma  nature  divine,  les  ma- 
gnanimes m'honorent  d’une  âme  non  partagée,  sachant 
que  je  suis  le  premier  des  êtres  et  l’impérissable.  1 ,182. 

» Toujours  ces  homuiesaux  vœux  inébranlables  me  cé- 
lèbrent, toujours  ils  s’efforcent  tf  arriver  à moi , toujours 


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BHISHMA-I’AÜVA. 


109 


ils  m’adorent  avec  dévotion,  et,  continuellement  unis  à la 
contemplation,  ils  ne  ressent  de  m’honorer.  1,183. 

» Célébrant  le  sacrifice  de  la  science,  d’autres  m’ho- 
norent dans  mon  unité,  dans  ma  simplicité,  sous  diverses 
formes,  moi,  de  qui  le  visage  est  tourné  de  tous  les  côtés. 

» Je  suis  le  sacrifice,  je  suis  la  cérémonie,  je  suis  l’of- 
frande aux  .Mânes,  je  suis  le  simple  salutaire,  je  suis  la 
prière,  je  suis  le  beurre  clarifié  lui-même,  je  suis  le  feu, 
je  suis  la  chose  offerte  en  sacrifice  : 1,184—1,185. 

» Je  suis  l’ancêtre  du  monde,  sa  mère,  son  père,  son 
aïeul;  je  suis  ce  qu’il  faut  connaître,  la  sainte  syllabe 
Aum,  le  Rig,  le  Santa  et  le  Yadjour.  1,180. 

» Je  suis  la  voie,  le  soutien,  le  maître,  le  témoin,  la  de- 
meure, l'asile  et  l'ami,  la  naissance  et  la  destruction,  le 
lieu  pour  toute  chose,  le  trésor  et  la  semence  immortelle. 

b C’est  moi,  qui  échauffe;  c’est  moi,  qui  retiens  et  qui 
verse  la  pluiê;jc  suis  l’ immortalité  et  la  mort;  je  suis, 
Arjouna,  ce  qui  est  et  ce  qui  n’est  pas.  1,187 — 1 ,188. 

b Après  qu’ils  ont  purifié  leurs  péchés  et  célébré  des 
sacrifices,  les  brahmes,  habiles  dans  les  trois  Védas,  me 
recherchent  comme  la  voie  du  Swarga,  et,  parvenus,  à la 
sainte  demeure  du  roi  des  Dieux,  ils  mangent,  sire,  au 
sein  des  cieux,  les  aliments  célestes.  1,189. 

b Quand  ils  ont  goûté  le  Swarga,  la  récompense  de 
leurs  vertus  étant  épuisée , ils  rentrent  dans  le  grand 
monde  des  morts  ; et,  quoiqu’ils  aient  suivi  le  devoir,  en- 
seigné par  les  trois  Védas,  ces  hommes,  qui  ont  le  désir 
de  voir  leurs  désirs  accomplis,  obtiennent  ainsi  d’y  aller 
et  de  s’en  revenir.  1,190 — 1,191. 

» J’apporterai  les  joies  de  l’yoga  à ces  hommes  tou- 
jours en  contemplation  et  qui  m’honorent  avec  une  pen- 
sée, qu’un  autre  objet  ne  partage  pas.  1,192. 


110 


LE  MAHA-BHARATA. 


» Les  dévots,  qui,  doués  de  foi,  sacrifient  à d'autres 
Dieux,  m'honorent  moi-même,  fils  de  Kountl,  quoique 
d’une  manière  non  conforme  aux  règles.  1 ,193. 

» Je  participe  à tous  les  sacrifices  et  j’en  suis  l'auguste 
seigneur  ; mais  ils  ne  me  connaissent  pas  dans  la  vérité, 
et  c’est  la  cause  de  leur  chûte.  1,194. 

» Les  adorateurs  des  Dieux  se  rendent  au  ciel  des 
Dieux;  les  adorateurs  des  Mânes  passent  au  rang  des 
Mânes  ; le  monde  des  Bhoûtas  est  ouvert  pour  ceux,  qui 
sacrifient  aux  Bhoûtas  ; mais  ceux,  qui  m’adorent, 
viennent  s'unir  à moi-même.  1,195. 

» Une  personne  pieuse  m’offre-t-elle  avec  piété  de 
l’eau,  un  fruit,  une  Heur,  une  simple  feuille,  je  reçois  vo- 
lontiers ce  que  sa  dévotion  me  présente.  1,190. 

» Accomplis  en  vue  de  m’en  adresser  l’hommage,  fils 
de  Kountl,  les  œuvres,  tes  repas,  tes  sacrifices,  tes  au- 
mônes et  tes  pénitences.  1,197. 

» Ainsi,  tu  seras  dégagé  des  œuvres,  qui  ont  des  fruits 
bons  et  mauvais  ; puis,  libre  et  ton  âme  unie  à la  contem- 
plation et  au  renoncement  de  toutes  choses,  tu  viendras  à 
moi.  1,198. 

» Je  suis  égal  pour  toutes  les  créatures  ; il  n’en  est  au- 
cune, qui  mérite  ma  haine  et  mon  amour;  mais  ceux,  qui 
m’honorent  avec  dévotion,  ils  sont  en  moi,  et  je  suis  en 
eux.  1,199. 

» Si  un  homme  de  la  plus  mauvaise  conduite  m’adore 
sans  partage,  on  doit  l’estimer  déjà  comme- vertueux  ; car 
il  a pris  une  sage  résolution.  1,200. 

» Bientôt  il  aura  l'âme  fidèle  au  devoir,  il  marche  à la 
paix  éternelle.  Confesse  cette  vérité , fils  de  Kountl  ! 
l’homme  pieux  en  moi  ne  périt  pas.  1,201. 

Les  femmes,  les  valçyas,  les  çoûdras,  ceux-mêmes,  qui 


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BHISHMA-PAKVA.  111 

lurent  enfantés  dans  le  péché,  s’ils  cherchent  un  refuge 
en  moi,  ils  entrent  dans  la  voie  suprême  ; 1,202. 

» A plus  forte  raison,  les  saints  brahmes  et  les  dévots 
Râdjarshis  ! Placé  dans  ce  monde  périssable  et  sans  joie, 
adore-moi  donc,  Arjouna!  1,203. 

Attache  en  moi  ton  âme;  identifié  avec  moi,  n’adorant 
que  moi  seul,  adresse-moi  ton  pieux  hommage;  et  c’est 
ainsi  qu'uni  avec  moi,  livré  tout  à moi,  tu  parviendras  à 
moi-même.  1,204. 

» Écoute  encore,  guerrier  aux  longs  bras,  ma  parole 
sublime,  poursuivit  Bhagavat.  Je  vais  te  parler,  engagé 
par  l'amour  de  ton  bien,  à toi,  qui  m’écoutes  avec  plaisir. 

» Ni  les  chœurs  des  Dieux,  ni  les  grands  rishis  ne 
connaissent  ma  naissanee;  car  je  suis  le  premier-né,  avant 
les  Dieux,  avant  les  grands  rishis  entièrement. 

» Quiconque  sait  que  je  n’ai  pas  de  naissance,  que  je 
n’ai  pas  de  commencement  et  que  je  suis  le  suprême 
seigneur  du  monde,  est  exempt  d’erreur  parmi  les  mortels 
et  délivré  de  tous  les  péchés.  1,205 — 1,206 — 1,207. 

» La  raison,  la  science,  la  certitude,  la  patience,  la 
vérité,  la  répression  des  sens,  la  paix,  le  plaisir  et  la  dou- 
leur, l’être  et  le  non-être,  la  crainte  et  la  sécurité,  1,208. 

» L’innocuité,  l'égalité  d’âme,  le  contentement,  la  pé- 
nitence, l’aumône,  la  renommée  et  la  honte,  sont  les 
qualités  variées  des  êtres,  qui  émanent  de  moi.  1,209. 

» De  moi,  sont  nés  les  sept  grands  rishis  et  les  quatre 
premiers  Manou,  de  l’esprit  desquels  sont  venues  au  jour 
les  créatures,  qui  vivent  dans  ce  monde.  1,210. 

n Quiconque  sait  dans  la  vérité  mon  yoga  et  cette 
éminence  de  ma  personne  est  uni  à moi  d’un  yoga  iné- 
branlable ; il  n’y  a là-dessus  aucun  doute.  1,211. 


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11-2 


LE  MAH  V-ltH  Mi  VTA. 


« Je  suis  la  naissance  de  tout  ; tout  procède  de  moi  ! » 
Ayant  conçu  cette  pensée,  les  savants  m’adorent,  "doués 
par  la  sagesse  spirituelle.  1,212. 

•.  L’àme  fixée  en  moi,  quand  ils  ont  déposé  en  moi  les 
souilles  même  de  leur  vie,  ils  se  plaisent,  ils  se  divertissent 
à s’instruire  les  uns  et  les  autres,  à parler  de  moi  cons- 
tamment. 1,213. 

» Ils  m'adorent,  éternellement  unis  à la  contemplation, 
précédés  par  l’amour,  et  je  leur  donne  cet  yoga  de 
l’intelligence,  par  lequel  ils  arrivent  à moi.  1,214. 

» A cause  de  la  pitié,  qu’ils  m’inspirent,  je  dissipe 
■en  eux,  avec  le  flambeau  lumineux  de  la  science,  sans 
quitter  ma  nature , les  ténèbres , que  produit  l’igno- 
rance. » 1,215. 

« Ta  divinité  , répondit  Arjouna  , est  le  suprême 
Brahman,  la  demeure  suprême,  la  purification  première, 
l’Homme  éternel,  céleste,  le  premier  Dieu,  le  seigneur 
sans  naissance,  disent  tous  les  rishis,  le  Dévarshi  Nàrada, 
Asita,  Vyàsa.  C’est  encore  ce  que  tu  me  déclares  toi- 
même.  1,210 — 1,217. 

» Je  pense  véritable,  Kéçava,  tout  ce  que  tu  me 
dis.  En  effet,  ni  les  Dieux,  Bhagavat,  ni  les  Dâuavas  ne 
connaissent  la  manière  , dont  tu  te  manifestes  aux 
yeux.  1,218. 

» Toi  seul,  tu  te  connais  toi-même,  ô le  plus  grand  des 
hommes,  auteur  des  êtres,  souverain  des  créatures,  Dieu 
des  Dieux,  seigneur  du  monde.  1,219. 

» Veuille  me  dire,  sans  rien  omettre,  quelles  sont  tes 
célestes  supériorités,  desquelles  éminences  tu  as  rempli 
ces  inondes.  1,220. 

» Promenant  ma  pensée  autour  de  ta  personne,  com- 


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BH1SII  1A-PARV  \. 


113 


ment  te  connaîtrai-je,  divin  Yogi?  Sous  quelle  forme  de 
l’être,  Bhagavat,  seras-tu  accessible  à ma  pensée?  1,221. 

» Raconte  de  nouveau  avec  étendue,  Djanârddana,  ton 
yoga  et  ta  vertu  suprême.  Je  ne  puis  me  rassasier  de  t’é- 
couter; c’est  une  ambroisie  pour  moi.  » 1,222. 

« Eh  bien!  je  vais  te  raconter  mes  vertus  célestes, 
reprit  Bhagavat,  mais  sommairement,  ô le  plus  ver- 
tueux des  kourouides  ; car  ma  grandeur  n’a  pas  de 
lin.  1,223. 

» Je  suis  l'âme,  qui  a son  domicile  placé  dans  tous 
les  êtres;  je  suis  le  commencement,  le  milieu  et  même  la 
fin  de  toutes  les  créatures.  1 ,224. 

» Parmi  les  Adityas,  je  suis  Vishnou;  parmi  les  corps 
lumineux,  je  suis  le  radieux  soleil  ; parmi  les  Maroutes, 
je  suis  Maritchi;  je  suis  la  lune  parmi  les  constella- 
tions. 1,225. 

» Au  milieu  des  Védas,  je  suis  le  Sâma-Véda  ; je 
suis  Indra  entre  les  Dieux;  parmi  les  organes  des  sens, 
je  suis  l’esprit;  entre  les  créatures  intelligentes,  je  suis  la 
raison.  1,226. 

« Entre  les  Roudras,  je  suis  (jankara  ; parmi  les  Rak- 
shasas  et  les  Yakshas,  je  suis  le  Souverain  des  richesses  ; 
je  suis  le  feu  entre  les  Vaçous  ; entre  les  montagnes,  je  suis 
le  Mérou.  1,227. 

» Sache  que  je  suis,  fils  de  Prithâ,  Vrihaspati,  le  plus 
grand  des  archi-brahmes,  Skanda  entre  les  généraux,  l’o- 
céan parmi  les  lacs.  1,228. 

» Entre  les  maharshis,  je  suis  Bhrigou  ; entre  les  pa- 
roles articulées,  je  suis  le  saint  monosyllabe  Aum  ; dans 
les  sacrifices,  je  suis  le  murmure  de  la  prière;  dans  les 
choses  inébranlables,  je  suis  l’ Himalaya.  1,229. 
vu  8 


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il* 


LE  MAHA-Bil  \1!ATA. 


» Dans  les  arbres,  je  suis  le  figuier  religieux;  parmi 
Tes  Dévarshis,  je  suis  Nùrada;  je  suis  Tchitaratha  entre 
les  Gandharvas;  parmi  les  Siddhas,  je  suis  l’anachorète 
Kapila.  1,230. 

» Sache  que  je  suis  parmi  les  chevaux  Utchlchraîravas, 
né  avec  l’ambroisie;  parmi  les  éléphants,  Alràvata;  et, 
parmi  les  hommes,  leur  souverain  monarque.  1,231. 

» Entre  les  armes  de  guerre,  je  suis  la  foudre;  entre 
les  vaches,  Kàmadouk;  je  suis  l'amour,  père  de  tout  ce 
qui  vit;  je  suis  Vàsouki  entre  les  serpents.  1,232. 

u Je  suis  Ananla  parmi  les  Nàgas,  Varouna  entre 
les  animaux  aquatiques,  Aryaman  au  milieu  des  Pitris 
ou  des  Mânes,  Yama  parmi  ceux,  qui  se  domptent  eux- 
mèmes.  1,233. 

» Je  suis  Prahlàda  entre  les  Daityas;  je  suis  le  temps 
parmi  les  calculs  de  supputation  ; parmi  les  quadrupèdes, 
je  suis  le  lion,  monarque  des  forêts;  parmi  les  oiseaux,  je 
suis  Garouda.  1,234. 

» Je  suis  le  vent  entre  les  choses  purifiantes;  je  suis 
Râma  entre  ceux,  qui  portent  les  armes;  je  suis  le  ma- 
kara  parmi  les  poissons  et  le  Gange  parmi  les  fleuves. 

» Je  suis  de  toute  chose  créée,  Arjouna,  le  commence- 
ment, le  milieu  et  la  fin;  je  suis  parmi  les  sciences  celle 
de  l’Aine  universelle;  je  suis  la  parole  des  hommes,  qui 
parlent.  1, 233— 1,236. 

» Entre  les  caractères  d'écriture,  je  suis  la  lettre  A ; 
dans  les  mots  composés,  je  suis  la  conjonction  copulative 
sous-entendue;  je  suis  le  temps  éternel,  père  de  tout,  qui 
a son  visage  tourné  de  tous  les  côtés.  1,237. 

» Je  suis  la  mort,  qui  ravit  tout;  je  suis  la  naissance 
de  ce  qui  est  à naître;  je  suis,  parmi  les  mots  féminins,  la 


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BH1SHMA  PAIIY  \. 


115 


renommée,  la  fortune,  la  parole,  la  mémoire,  l’intelligence, 
la  fermeté,  la  patience.  1,238. 

» Je  suis  le  grand  hymne  entre  les  chants  du  Sâma;  je 
suis  la  Gàyatri  entre  ceux  des  Védas  ; je  suis  dans  les  mois 
le  Màrgaçîrsha  (1)  ; je  suis  dans  les  saisons  le  printemps, 
père  des  fleurs.  1,239. 

■)  Je  suis  la  chance  des  joueurs  (2) , la  splendeur  des 
splendides,  la  victoire,  le  conseil,  l’âme  des  êtres  ani- 
més. 1,240. 

» Entre  les  rejetons  de  Vrishni,  je  suis  le  Vasoudévide; 
entre  les  fils  de  Pàndou,  je  suis  Dhanandjaya;  entre  les 
anachorètes,  je  suis  Vyâsa;  entre  les  poètes,  je  suis  le 
chantre  Ouçanas.  1,241. 

»Je  suis  la  verge  de  ceux,  qui  châtient  ; je  suis  la  ligne  de 
conduite  de  ceux,  qui  désirentla  victoire  ; je  suis  .e  silence 
même  des  secrets  ; je  suis  le  savoir  de  ceux,  qui  possèdent 
la  science.  1,242. 

» Ce  qui  est  la  semence  de  tous  les  êtres,  Arjouna, 
c’est  encore  moi;  car  rien  de  ce  qui  est  immobile  ou  mo- 
bile ne  peut  exister  sans  moi.  1,243. 

» 11  n’est  pas  de  terme,  fléau  des  ennemis,  à mes  cé- 
lestes qualités  : et  l’ample  narration  de  mon  éminence, 
que  tu  viens  d’écouter,  est  pour  exemple  seulement. 

» Quelqu’être  qui  ait  de  la  vigueur,  de  la  fortune,  de 
l’excellence,  sache  que  cette  force  est  née  d’uue  partie  de 
moi-même.  1,244 — 1,245. 

u Mais  qu’ as-tu  besoin,  Arjouna,  de  cette  vaste 
science?  Je  me  liens,  soutenant  ce  monde  entier  sur  une 
seule  portion  de  moi-même  ! n 1,246. 

(1)  Novembres! écembre. 

(2)  Littéralement  : le  jeu  des  trompeurs. 


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110 


LE  MAHA-BHARATA. 


« Celte  parole  sublime,  pleine  de  mystère,  nommée  la 
science  de  l’Ame  suprême,  que  tu  m’as  dite  pour  me 
témoigner  ta  bienveillance,  reprit  Arjouna,  elle  a chassé 
de  moi  l'erreur,  1 ,24 7. 

» Car  tu  m’as  fait  entendre  a\ec  étendue,  non-seule- 
ment la  naissance  et  la  perte  des  êtres.  Dieu  aux  yeux  de 
lotus,  mais  encore  la  grandeur  éternelle  de  la  divi- 
nité. 1,248. 

» Cependant,  je  désirerais  te  voir,  ô le  plus  grand  des 
hommes,  dans  ta  forme  souveraine,  de  la  même  manière, 
que  tuas  dit,  majestueux  seigneur,  être  toi-même,  1,249. 

u Si  tu  penses  qu’il  m’est  possible  de  te  voir  ainsi,  au- 
guste maître  de  l’yoga.  Montre  donc  à mes  yeux  ta  per- 
sonne éternelle.  » 1,250. 

H Voici  par  centaines  et  par  milliers,  répondit  Bhaga- 
vat,  mes  célestes  formes  de  maintes  sortes,  mes  aspects 
sous  maintes  couleurs.  1,251. 

» Voici  les  Adityas,  les  Vasous,  les  Roudras,  les  Açwins 
et  les  vents  ! Voici,  fils  de  Bharata,  un  grand  nombre  de 
merveilles,  qui  n’ont  pas  encore  été  vues.  1252. 

» Voici  maintenant  tout  l’univers,  avec  les  choses  im- 
mobiles et  mobiles,  ici  placé  dans  un  seul  et  même  lieu, 
Goudàkéça,  en  mon  corps,  et  tout  autre  objet,  dont  tu  dé- 
sires la  vue.  1,253. 

i>  Mais  tu  ne  peux  me  voir  avec  cet  œil  humain 

Reçois  donc  ces  yeux  divins,  présents  de  ma  grâce 

Vois  mon  union  suprême  à lou  e » les  choses  1 » 1,254. 

Quand  il  eut  ainsi  parlé,  reprit  Sandjaya,  Hari,  le 
maître  de  l’yoga  suprême,  se  fit  voir  au  fils  de  Prithâ, 
sire,  dans  sa  forme  souveraine,  la  plus  haute.  1.255. 

Il  avait  beaucoup  d’yeux  et  de  visages,  beaucoup  d’as- 


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BHISHMA-l’AKVA. 


117 


pecLs  merveilleux , beaucoup  d'ornements  célestes  ; il 
tenait  levées  beaucoup  d'armes  divines.  1,256. 

» Il  portait  une  robe  et  des  guirlandes  célestes,  de 
célestes  onguents  et  de  célestes  parfums  ; il  était  resplen- 
dissant, infini,  fait  de  toutes  les  merveilles,  et  tournait  le 
visage  de  tous  les  côtés.  1,257. 

Si  la  splendeur  de  mille  soleils  s’élevait  à la  fois  au 
milieu  du  ciel,  cette  irradiation  ne  serait  qu’égale  à la  lu- 
mière, que  répandait  alors  ce  magnanime.  1,258. 

Le  fils  de  Pàudou  vit  là  dans  le  corps  du  Dieu  des 
Dieux  cet  univers  entier,  conservant  l'unité  dans  ses 
divisions  multiples.  1,259. 

Un  ce  moment,  saisi  d’étonnement  et  le  poil  hérissé, 
Dhanandjaya,  inclinant  sa  tête  et  réunissant  au  front  les 
deux  paumes  de  ses  mains  en  coupe,  adressa  au  Dieu 
ces  paroles  : 1,260. 

« Immortel,  je  vois  en  ton  corps  tous  les  Dieux,  et  les 
troupes  diverses  des  êtres,  et  Brahma,  le  seigneur,  assis 
sur  e siège  d’un  lotus,  et  les  rishis,  et  les  Ouragas 
divins.  1,261. 

» Je  te  vois  offrant  de  tous  les  côtés  une  forme  sans  fin, 
avec  beaucoup  d’yeux,  de  bouches,  de  ventres  et  de  bras; 
mais  je  ne  vois,  seigneur  de  l’univers,  ni  le  commence- 
ment, ni  le  milieu,  ni  la  lin  de  ta  forme  universelle. 

» Je  te  vois,  Dieu,  qu’on  ne  peut  regarder,  coiffé  de 
la  tiare,  portant  la  massue,  armé  du  tchakia;  montagne 
de  splendeurs,  enflammée  de  tous  les  côtés,  incommen- 
surable, offrant  partout  l’éclat  du  soleil  ou  du  feu  allumé. 

1,262—1,263. 

Tu  es  l’Être  impérissable,  suprême,  seul  digne  d’être 
connu  ; tu  es  le  plus  grand  trésor  de  cet  univers  ; tu  es 


118 


LE  MAHA-BHARATA. 


indestructible  ; tu  es  le  gardien  de  l'immuable  justice,  et 
j’estime  que  tu  es  l'Homme  éternel.  1,264. 

» Je  te  vois  sans  commmencement,  sans  milieu,  sans 
fin,  porter  pour  tes  deux  yeux  le  soleil  et  la  lune,  doué 
d’une  vigueur  sans  terme  et  de  bras  sans  borne,  ouvrir 
une  bouche  flamboyante  comme  le  feu  et  réchauiïer  tonte 
la  création  par  ta  propre  lumière.  1,265. 

» Toi  seul,  tu  occupes  le  ciel,  cet  intervalle  entier  de 
lui  jusqu’à  la  terre  et  tous  les  points  de  l’espace.  A la  vue 
de  ta  forme  merveilleuse  et  terrible,  l’épouvante  agite, 
magnanime,  les  trois  mondes.  1 ,266. 

» Voici  les  troupes  des  Dieux,  qui  pénètrent  dans  toi  ; 
les  uns,  effrayés  et  les  mains  jointes,  murmurent  la  prière; 
les  autres  de  répéter  Swasti,  et  les  chœurs  des  Siddhas  et 
des  grands  rishis  te  célèbrent  par  des  hymnes  magni- 
fiques. i,2()7. 

» Les  Roudras,  les  Adityas,  les  Vasous,  les  Sâdhyas, 
les  Viçwadévas,  les  deux  Acwins, les  Vents  et  les  Ouslnua- 
pas,  les  Gandharvas,  les  Yakshas,  les  troupes  des  Sid- 
dhas et  les  Asouras  te  contemplent,  tous  frappés  de  stu- 
peur. 1,268. 

» A la  vue  de  ta  forme  immense,  où  sont  tant  de  bou- 
ches et  d’yeux,  guerrier  aux  longs  bras,  où  sont  tant  de 
pieds,  de  bras  et  de  jambes,  tant  de  ventres,  tant  d’épou- 
vantables dents,  ce  monde  et  moi,  nous  sommes  émus  de 
terreur.  1,261). 

» Car  en  te  voyant,  Vishnou,  teint  de  nombreuses 
couleurs,  enflammé,  la  bouche  ouverte,  tes  grands  yeux 
flamboyants,  toucher  les  deux,  mon  àme  est  agitée  parla 
crainte  : je  ne  puis  retrouver,  ni  la  paix,  ni  ma  constance. 

» A la  vue  de  tes  bouches  et  de  tes  épouvantables 


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BHISHMA-PARVA. 


110 

dents,  semblables  au  feu  de  la  mort,  je  ne  distingue  plus 
les  points  de  l’espace  ; la  joie  est  sortie  de  mon  cœur. 
Sois-moi  propice,  Seigneur  des  Dieux , habitation  du 
monde.  1,270-1,271. 

» Voici  tous  les  fils  du  roi  Dhritarâshtra,  accompagnés 
des  troupes  mêmes  des  maîtres  de  la  terre,  Bhishma,  Drona 
et  cet  illustre  fils  du  cocher  avec  les  chefs  de  nos  sol- 
dats, 1,272. 

» Qui  courent  se  précipiter  dans  tes  bouches  aux 
longues  dents  formidables.  On  en  voit  plusieurs , qui 
sont,  la  tête  brisée,  suspendus  entre  les  intervalles  de  tes 
dents.  1,273. 

» Tels  que  des  rapides  nombreux,  dérivés  des  fleuves, 
se  précipitent,  le  front  tourné  vers  l'Océan  : tels  ces  hé- 
ros du  monde  des  hommes  courent  vers  tes  bouches 
flamboyantes.  l,27â. 

» Comme  des  sauterelles  volent  d'une  vitesse  crois- 
sante à leur  perte  vers  la  flamme  allumée,  de  même  les 
mondes  eux-mêmes  s’élancent  rapides  et  vont  chercher  la 
mort  dans  les  bouches  enflammées.  1,275. 

» Tes  bouches  embrasées  lèchent  de  toutes  parts  et 
dévorent  tous  les  mondes.  Après  que  tu  l’as  rempli, 
Vishnou,  de  tes  splendeurs,  tes  rayons  formidables  con- 
sument l'univers  entier.  1,270. 

» Dis-moi  qui  est  ta  divinité  avec  une  forme  si  terrible. 
Adoration  te  soit  rendue  ! Sois-moi  favorable,  ô le  plus 
excellent  des  Dieux,  je  désire  te  connaître,  cause  pre- 
mière ; car  je  ne  vois  pas  quelle  sera  ton  action  ?»  1 ,277. 

ci  Je  suis  le  temps , qui  opère  la  destruction  des 
hommes,  lui  répondit  Rhagavat.  Vieux,  je  suis  venu  ici 
alin  d’anéantir  les  hommes.  Les  guerriers,  qui  forment 


120 


LE  MAHA-B1IARATA. 


aujourd’hui  les  deux  armées  ennemies,  périront  tous,  toi 
seul  excepté.  1,278. 

» Lève-toi  donc  ! obtiens  la  gloire  ; triomphe  des  enne- 
mis et  jouis  d’un  royaume  opulent  ! C,es  hommes,  je  les 
ai  déjà  condamnés  à mort  : sois-en  seulement,  Savya- 
sâtchi,  l'instrument  ! 1,279. 

» Immole  Drona  , et  Bhtshma,  et  Djayadratha , et 
Rarna,  et  les  autres  guerriers,  que  j’ai  déjà  frappés  : ne 
te  laisse  pas  troubler  par  ta  douleur  ; combats,  et  tu  vain- 
cras les  ennemis  dans  cette  bataille  ! » 1,280. 

A peine  eut-il  entendu  ce  langage  de  Kéçava,  Kirlti, 
joignant  les  mains  et  tremblant,  lui  adressa  une  adora- 
tion; et.  saisi  d’un  mortel  effroi,  il  dit,  incliné  et  balbu- 
tiant, ces  nouvelles  paroles  à Krishna  : 1,281. 

« C’est  à juste  titre,  Rishikéça,  que  ton  glorieux  nom 
remplit  de  joie  l’univers,  qui  te  marque  son  dévouement. 
A peine  entendu , les  Rakshasas  de  s’enfuir  aux  dix 
points  de  l’espace  et  tous  les  chœurs  des  Siddhas  de  se 
mettre  en  prières.  1,282. 

» Et  pourquoi,  magnanime,  ne  s’inclineraient-ils  pas 
devant  toi,  plus  vénérable  que  Brahma,  toi,  le  premier 
créateur,  toi,  l’Infini,  le  souverain  des  Dieux,  l’habitation 
du  monde,  toi,  l’Éternel,  ce  qui  est  et  n'est  pas,  ce  qu’il 
y a de  plus  élevé?  1,283, 

» Tu  es  le  premier  Dieu,  l'homme  antique,  le  plus 
grand  trésor  de  cet  univers!  Tu  es  le  vettri  (1)  et  la 
science,  qu’il  faut  connaître  ; tu  es  la  demeure  suprême  : 
c'est  toi,  qui  as  étendu  cet  univers,  Dieu  à la  forme  in- 
finie. l,28i. 


fi)  Un  Rage,  qui  connaît  la  nalttre  de  I âme  et  de  Dieu. 


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BH1SHMA-PARVA. 


121 


» Tu  es  Vàyou,  Yatua,  Agni,  Varouna,  Lunus!  Tu  es 
le  Pradjâpati  et  l’ayeul  suprême  des  êtres!  Adoration, 
adoration  te  soit  rendue  ! Mille  fois,  et  encore,  et  de  nou- 
veau, adoration,  adoration  à toi  ! 1 ,285. 

» Adoration  à toi,  devant  et  derrière!  Adoration  à toi 
de  toute  part.  Dieu  universel!  Doué  d’une  énergie  sans 
borne  et  d’une  vigueur  sans  mesure,  tu  remplis  tout  ; de- 
là vient  ton  nom  d’Universel.  1,2S0. 

» Te  croyant  mon  ami,  je  t’ai  appelé  brusquement  : 
« Eh,  fils  d’Yadou!...  JEh,  Krishna!...  Eh,  mon  ami!  o 
Je  ne  connaissais  pas  cette  grandeur,  que  tu  possèdes,  et 
je  l’ai  fait  par  étourderie  ou  par  amitié.  1,287. 

» Si  je  ne  t’ai  pas  honoré,  soit  au  jeu  ou  à la  prome- 
nade, soit  couché  ou  assis,  soit  dans  les  festins,  ou  seul, 
ôu  en  présence  de  ces  guerriers,  je  te  prie  de  m’excuser, 
Atchyouta,  être  incommensurable.  1,288. 

» Tu  es  le  père  du  monde  avec  ses  êtres  immobiles  et 
mobiles;  il  doit  t'honorer  comme  le  plus  vénérable  des 
gourous.  Tu  n’as  point  de  supérieur,  tu  es  sans  égal  ; com- 
ment en  trouverait-on  un  autre  à la  puissance  incompa- 
rable? 1,289. 

b Incliné  et  prosternant  mon  corps  devant  toi,  je  te 
supplie  donc,  tel  qu'un  maitre  digne  d’éloges.  Veuille 
bien,  ô Dieu,  me  pardonner,  comme  un  père  à son  fils, 
un  ami  à son  ami,  un  amant  à sa  maîtresse.  1,290. 

b Je  suis  content  d’avoir  pu  voir  cette  merveille,  qui 
n'avait  pas  encore  été  vue;  mais  la  crainte  agite  mon 
cœur.  Montre-moi  la  forme,  que  tu  avais  avant  celle-ci. 
Sois-moi  favorable.  Dieu,  souverain  des  Dieux,  demeure 
du  monde.  1 ,291. 

b Je  désire  te  revoir,  le  disque  de  guerre  à la  main, 


122 


LE  MAHA-BHARATA. 


portant  la  tiare  et  la  massue.  Rêvions  à ta  forme  de  quatre 
bras,  Dieu  aux  mille  bras  et  de  qui  l’univers  est  le  corps.» 

u Arjouna,  tu  dois  à ma  faveur,  lui  répondit  Bhaga- 
vat,  qu’elle  t’a  fait  voir,  en  t’unissant  à mon  âme,  ma 
forme  supérieure,  primordiale,  universelle,  infinie,  com- 
posée de  splendeur , merveille,  que  n’avait  contemplée 
aucun  autre  avant  toi.  1,292 — 1,293. 

» Ni  par  les  Védas,  les  sacrifices  et  la  lecture  des 
livres  sainis,  ni  par  les  aumônes,  ni  par  les  œuvres,  ni 
par  les  plus  cruelles  des  pénitences,  personne  dans  ce 
monde  des  hommes,  si  ce  n’est  toi,  héros  des  kourouides, 
n’a  jamais  pu  obtenir  de  me  voir  sous  une  telle  forme. 

» Que  le  trouble  n'agite  pas  ton  âme,  qu’elle  ne  soit 
pas  frappée  de  folie,  parce  que  tu  m’as  vu  sous  une 
forme  telle  et  ni  épouvantable.  Exempt  de  crainte  et  le 
cœur  joyeux,  tu  vas  revoir  la  forme,  que  je  portais  avant.  » 

1,294—1,295, 

A ces  mois,  dit  Sandjaya,  le  Vasoudévide  rendit  au 
héros  Arjouna  la  vue  de  sa  précédente  ligure,  et  le  ma- 
gnanime, se  montrant  de  nouveau  avec  un  air  serein, 
rassura  son  esprit  effrayé.  1,290. 

« Maintenant  que  j’ai  vu,  Djanârddana,  ta  forme  hu- 
maine et  placide,  reprit  Arjouna,  mon  âme  est  revenue  et 
je  rentre  dans  ma  nature.  » 1,207. 

« Tu  as  vu  cette  forme  bien  dillicile  à voir,  qui  est  la 
mienne,  répondit  B agavat  : la  contempler  toujours  est  le 
désir  incessant  des  Immortels  eux-mêmes.  1,298. 

» Ni  par  les  Védas,  ni  par  la  pénitence,  ni  par  l’au- 
mône, ni  par  le  sacrifice,  on  ne  peut  obtenir  de  me  voir 
sous  une  forme  telle  que  tu  m’as  vu  tout  à l’heure,  f ,299. 

» C.’est  par  une  dévotion  sans  partage  que  l’on  peut, 


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BH1SHMA-PARVA. 


123 


Arjouna,  me  connaître  dans  une  forme  telle,  me  voir  en- 
vérité  et  même  entrer  dans  moi.  1,300. 

» Quiconque  accomplit  ses  œuvres  en  vue  de  moi,  est 
dévot  en  moi,  me  considère  comme  son  premier  objet,  est 
affranchi  de  désirs,  est  exempt  d’inimitié  à l’égard  de  tous 
les  êtres,  celui-là,  fils  de  Pàndon,  vient  à moi.  » 1,301. 

« Qui  sont  les  plus  versés  dans  l’yoga,  dit  Arjouna  : 
ou  tes  fidèles,  qui  t’honorent  continuellement,  livrés  de 
cette  manière  à la  contemplation,  ou  ceux,  qui  t’adorent 
comme  indestructible  et  indistinct?  » 1,302. 

« Ceux  qui  m’honorent,  adonnés  sans  cesse  à la  con- 
templation, ayant  déposé  leur  esprit  tout  en  moi,  répondit 
Bhagavat,  ces  hommes,  doués  d’une  foi  éminente,  je  les 
estime  les  plus  grands  des  contemplateurs.  1,303. 

» Néanmoins  ceux,  qui  servent  T Impérissable,  l'indis- 
tinct, l’Être,  qu’on  ne  peut  voir,  qui  est  présent  partout, 
qui  est  placé  sur  un  sommet  inaccessible,  l’immuable,  le 
Vrai  ; ces  hommes,  qui  se  complaisent  dans  le  bien  de 
toutes  les  créatures,  qui  ont  déposé  en  moi  tout  l’en- 
semble de  leurs  sens  et  de  qui  la  pensée  est  égale  de 
toutes  parts,  arrivent  également  à moi.  1 ,30/i — 1,305. 

» Ceux,  de  qui  les  pensées  sont  attachées  à l’indistinct, 
exécutent  une  plus  pénible  tâche;  car  il  est  difficile  aux 
créatures  incorporées  de  trouver  une  route  invisible. 

» Mais  ceux,  qui,  voués  à moi,  ayant  déposé  toutes 
leurs  œuvres  en  moi,  m’honorent,  méditant  sur  moi  avec 
un  yoga  sans  partage!  j’arrache  bientôt  à la  mer,  dont 
tes  / lots  couvrent  ce  inonde  de  la  mort,  fils  de  Prithà, 
ces  hommes,  qui  ont  placé  en  moi  leurs  pensées, 

1,306—1,307—1,308. 

» Dépose  en  moi  ton  cœur;  fais  résider  ta  raison  en 


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m 


LE  MAH  \-BHAllATA. 


moi-même,  tu  habiteras  en  moi,  et  désormais  tu  n’auras 
plus  aucun  doute.  1,809. 

» Si  tu  ne  peux  établir  solidement  en  moi  ta  pensée, 
Dhanandjaya,  désire  au  moins  arriver  jusqu'à  moi  par 
l’yoga  d’une  constante  pratique.  1,310. 

» Es-tu  incapable  de  persévérance , dirige  toujours 
vers  moi  tes  premières  œuvres;  car,  en  opérant  à mon 
intention  tes  actes,  tu  atteindras  à la  perfection.  1,311. 

■>  Ne  peux-tu  môme  accomplir  cette  chose,  comprime 
ton  âme  ; réfugie-toi  dans  la  méditation  sur  mes  qualités 
et  renonce  au  fruit  de  toutes  les  œuvres.  I,3l2. 

» En  effet,  la  science  vaut  mieux  que  la  pratique;  la 
méditation  est  préférable  à la  science  ; le  renoncement  au 
fruit  des  œuvres  est  au-dessus  de  la  méditation,  et  le 
bonheur  à venir  est  bien  près  du  renoncement  à la  récom- 
pense des  œuvres.  1,313. 

» L’homme  sans  haine,  ami  de  toutes  les  créatures, 
miséricordieux,  sans  orgueil,  sans  vanité,  patient,  content 
de  soi-mfme,  qui  tient  pour  égaux  le  plaisir  et  la  peine, 
qui  a comprimé  son  âme,  de  qui  les  résolutions  sont  fer- 
mement arrêtées,  qui  m’a  confié  son  cœur  et  sa  raison, 
qui  est  toujours  en  contemplation,  cet  homme,  mon  ser- 
viteur, est  chéri  de  moi.  1,314 — 1,315. 

» Celui,  que  le  monde  n’afllige  pas  et  qui  n’afllige  pas 
le  monde,  qui  est  libre  du  chagrin,  de  la  joie,  de  la  crainte 
et  de  la  colère,  cet  homme  est  chéri  de  moi.  1,316. 

» Celui,  qui  estdétaché  de  tous  les  soins,  pur,  honnête, 
indifférent  pour  tout,  exempt  des  passions,  qui  troublent 
l’âme,  renonçant  à toutes  les  entreprises,  cet  homme,  mon 
serviteur,  est  chéri  de  moi.  1,317. 

» Celui,  qui  n’a  point  de  joie,  pas  de  tristesse,  pas  de 


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BHISHMA-PARV  X. 


125 


haine,  pas  de  désirs,  qui  ne  s’inquiète  pas  de  la  bonne  ou 
de  la  mauvaise  fortune,  parce  qu’il  est  mon  serviteur,  cet 
homme  est  chéri  de  moi.  1,318. 

» Celui,  qui  est  égal  dans  la  haine  et  dans  l’amitié, 
dans  l’honneur  et  dans  l’opprobre,  qui  est  égal  dans  le 
froid  et  le  chaud,  dans  le  plaisir  et  dans  la  peine,  affranchi 
des  désirs,  indifférent  au  blâme  ou  â l’éloge,  silencieux, 
toujours  content,  quelque  chose  qui  arrive,  l’âme  ferme 
et  n’avant  aucun  domicile,  cet  homme,  mon  serviteur,  est 
chéri  de  moi.  1,319-1,320. 

» Mais  les  hommes,  pleins  de  foi,  qui  font  de  moi  leur 
principal  objetet  qui  s’asseoient,  comme  je  l’ai  dit,  autour 
de  cette  sainte  ambroisie  : voilà  ceux  de  mes  fidèles,  que 
j’aime  par-dessus  toute  chose.  » 1,321. 

« Je  désire  connaître,  Kéçava,  lui  dit  Arjouna,  ce  que 
c’est  que  Prakriti,  ce  qu’est  Pourousha  lui-même,  ce 
qu’on  appelle  kshétraet  kshétrajna,  la  science  et  ce  qu’il 
|aut  savoir.  » 1,322. 

« Ce  corps,  fils  de  Kountî,  répondit  Bhagavat,  est 
appelé  kshétra;  l’homme,  qui  possède  cette  connaissance, 
les  maîtres  en  cette  matière  le  nomment  un  kshétra- 
jna. 1,323. 

» Sache,  fils  de  Bharata,  que  je  suis  dans  toutes  les 
formes  mortelles  le  kshétrajna,  ou  C idée  de  la  matière  ; 
cette  science  de  la  matière  et  de  son  idée,  je  l’estime  la 
véritable  science.  1,324. 

» Ecoute-moi  raconter  brièvement  le  kshétra  dans  ses 
qualités,  ses  modifications  et  son  origine,  ce  qu’est  l’esprit 
et  les  facultés,  qu’il  possède.  1,325. 

» Nombre  de  fois  les  rishis  ont  chanté  séparément  ces 
matières  en  des  hymnes  divers;  elles  le  furent  dans  les  vers 


LE  M AUA-UH AHATA. 


126 

de  Soûtras  brahmiques,  qui  ont  raisonné  ,ur  les  causes. 

» Las  grands  éléments,  le  moi,  la  raison,  l’abstrait,  les 
onze  organes,  les  cinq  sens,  qui  sont  la  voie  de  relation 
avec  les  objets  extérieurs,  le  désir,  la  haine,  le  plaisir,  la 
peine,  l'imagination , le  raisonnement  et  la  suite  des 
idéas  : voilà,  en  somme,  l’énoncé  du  kshétra  ou  du  corps 
avec  les  affections,  qui  le  modifient.  1,326-1,327-1,328. 

» La  modestie,  la  sincérité,  la  patience,  l'innocuité,  la 
droiture,  le  respect  de  son  instituteur,  la  pureté,  la  cons- 
tance, l’empire  sur  soi-même,  1,329. 

» L’indifférence  à tous  les  objets  des  sens,  l’absence 
même  de  la  vanité,  une  attention  constante  à la  nais- 
sance, à la  vieillesse , aux  maladies , à la  douleur,  au 
péché,  à la  mort,  1,330. 

» Le  détachement  de  tout,  être  libre  d’affection  à l’é- 
gard de  ses  lils,  de  son  épouse,  de  sa  maison  et  des 
autres  choses,  une  constante  égalité  d’âme  dans  tous  les 
événements,  qu’on  les  désireou  ne  les  désire  pas,  1,331. 

» La  sainte  dévotion  par  l'union  perpétuelle  en  moi,  la 
prière  sans  témoin  dans  un  lieu  écarté,  se  tenir  éloigné 
des  plaisirs  dans  les  assemblées  des  hommes,  1,332. 

» La  continuité  dans  la  science  de  l’Ame  suprême  et  la 
vue  des  choses,  qui  appartiennent  à la  connaissance  de  la 
vérité  : voilà  ce  qu’on  appelle  la  science  ; la  contre-par- 
tie est  l’ignorance.  1,333. 

» Je  vais  dire  ce  qu’est  le  Jnéya  (1)  : dès  qu’on  l’a 
connu,  un  homme  savoure  l’ambroisie,  et,  Brahman  su- 
prême, sans  commencement,  n’est  appelé,  ni  un  être,  ni 
un  non-être.  1,33A. 


(1)  C’eat-à-diro  : il lud,  quod  cognoscendum  est . ou,  ce  qu'il  faut  savoir. 


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BH1SHMA-PAKVA. 


1*27 


» Doué  partout  de  mains  et  de  pieds,  partout  de  têtes 
et  de  visages,  partout  d’yeux  et  d'oreilles,  il  réside  dans 
le  monde,  embrassant  l'univers  de  toutes  parts.  1,335. 

» Dépourvu  de  tous  les  sens,  il  éclaire  lui-même 
toutes  les  facultés  sensitives;  détaché  de  tout,  il  supporte 
toute  chose,  et  jouit  de  toutes  les  qualités,  sans  qu’il  en 
possède  aucune.  1,336. 

», Au-dedans  de  tous  les  êtres,  et  à l’extérieur,  mobile 
et  immuable,  on  ne  peut  le  discerner,  soit  de  près,  soit  de 
loin,  à cause  de  sa  subtilité.  1,337. 

» Non  séparé  dans  tous  les  êtres,  on  dirait  qu’il  est  sé- 
paré d’eux.  Sachez  qu’il  est  le  nourricier  des  créatures, 
qu’il  dévore  ce  qui  existe,  et  le  renvoie  à la  vie.  1,338. 

» Lumière  des  lumières,  il  est  nommé  la  plus  profonde 
des  ténèbres  ; science , objet  de  la  science , but  de  la 
science,  il  habite  dans  lecteur  de  chaque  homme.  1,330. 

» Ainsi  je  viens  de  t’exposer  brièvement  le  kshétra,  la 
science  et  le  jnéya  : mon  serviteur,  quand  il  a su  les  dis- 
tinguer, parvient  à s'identifier  avec  moi.  1,340. 

» Sache  que  la  nature  et  le  principe  mâle  sont  l’un  et 
l'autre  sans  commencement  ; sache  aussi  que  les  qualités 
et  les  changements  de  condition  naissent  eux-mêmes  de 
la  nature.  1,341. 

» En  effet,  comme  il  réside  en  la  nature,  ce  principe  y 
perçoit  les  qualités,  qui  naissent  de  la  nature  ; et  son  in- 
clination vers  ces  qualités  est  la  cause  de  sa  naissance  en 
des  matrices  ou  bonnes  ou  mauvaises.  1,342. 

» Pourousha,  le  souverain  maître,  l’Ame  suprême, 
comme  on  l’appelle,  est  l’esprit  supérieur,  qui,  dans  ce 
corps  universel , observe,  dirige,  perçoit  et  soutient. 

«Quiconque  sur  ce ^ point  de  vue  connaitce  principe  mâle 


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1-28 


LE  M AH  A-BHAllATA. 


et  la  nature  avec  ses  qualités,  en  quelque  condition  qu’il 
se  trouve,  n’est  plus  forcé  de  renaître.  1,343 — 1,844. 

» Les  uns  contemplent  d'eux-mêmes  par  la  pensée 
l’àme  dans  leur  âme;  ceux-ci  voient  l’âme  par  l’union 
avec  la  philosophie  Sankhya,  ceux-là  par  l’yoga  des 
œuvres.  1,345. 

» Les  ignorants,  qui,  livrés  aux  leçons  de  l'oreille,  ho- 
norent cette  doctrine,  parce  qu’ils  l'ont  écoutée  de  cette 
manière  enseignée  dans  la  bouche  des  autres,  arriveront 
eux-mêmes  arec  leu  précédente  au  rivage  ultérieur  de  la 
mort.  1,346. 

» Quand  il  naît  un  être,  soit  mobile,  soit  immobile, 
sache,  éminent  Bharatide,  que  cette  naissance  provient 
de  l’union  de  la  matière  avec  l’esprit.  1,347. 

» Celui-là  possède  une  vue  nette  des  choses,  qui  voit 
ce  principe  souverain  résider  en  tous  les  êtres  d'une  ma- 
nière égale,  et  leur  survivre,  quand  ils  périssent.  1,348. 

» 11  ne  se  fait  aucun  tort  à soi-même  par  cette  vue  d' un 
principe,  qui  subsiste  également  partout;  puis,  après  cette 
vie,  il  entre  dans  la  voie  supérieure,  1,349. 

n Quiconque  voit  que,  de  tous  côtés,  la  nature  seule 
est  l’auteur  de  tous  les  actes,  il  voit  en  même  temps  que 
l’exécution  n’en  doit  pas  être  imputée  à lui-même.  1,350. 

» Dès  qu’il  voit  la  condition  individuelle  et  universelle 
des  êtres  se  fondre  dans  l'unité,  il  s'avance  alors  vers 
Brahman.  1,351. 

n Quoiqu'elle  réside  en  ce  corps,  l’âme  suprême,  inal- 
térable, n’y  agit  pas,  fils  de  Kountl  ; elle  n’y  contracte 
pas  de  souillure,  parce  quelle  est  sans  commencement  et 
quelle  est  vide  de  qualités.  1,352. 

» Comme  l'air,  qui  pénètre  partout,  ne  subit  aucune 


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BHISHMA-PARVA. 


129 


souillure  à cause  de  sa  subtilité,  ainsi  l'âme  reste  partout 
inaltérable  dans  son  union  avec  le  corps.  1,353. 

u Tel  que  le  soleil  à lui  seul  étlaire  ce  monde  entier, 
tel,  fils  de  Bharata,  l’esprit  illumine  tout  le  corps.  l,35i. 

» Ceux,  qui  voient,  avec  les  yeux  de  la  science,  la  dis- 
tinction du  corps  et  de  l'esprit,  avec  la  délivrance  de  la 
nature  animale,  iront  au  plus  haut  des  cieux.  1,335. 

» Je  dirai  encore,  poursuivit  Bhagavat,  la  première 
des  sciences,  la  science  sublime,  dont  la  connaissance 
élève  d’ici-bas  tous  les  anachorètes  à la  perfection  su- 
prême. 1,306. 

» Parvenus  à cette  science,  entrés  dans  ma  condition, 
ils  ne  renaissent  pas  à la  nouvelle  création  du  monde, 
ils  ne  sont  pas  émus  de  terreur  à sa  fin.  1,357. 

» J’ai  pour  matrice  le  grand  Brahman  : en  lui,  je  dé- 
pose un  germe,  et  de  là  procède,  fils  de  Bharata,  la  nais- 
sance de  tous  les  êtres.  1 ,358. 

» De  ces  corps,  qui  naissent  dans  toutes  les  matrices, 
la  grande  matrice,  enfant  de  Kounlî,  c’est  Brahman;  et  le 
père,  qui  en  fournit  la  semence,  c’est  moi!  1,359. 

» Vérité,  passion,  obscurité,  tels  sont  les  noms,  guer- 
rier aux  longs  bras,  que  l’on  donne  aux  trois  modes,  qui 
tirent  naissance  de  la  nature  et  qui  enchaînent  au  corps 
l’àme  impérissable.  1 ,360. 

» Là,  brillante  et  saine  à cause  de  sa  pureté,  la  vérité 
l’attache,  vertueux  ami,  par  son  penchant  au  bonheur, 
par  son  penchant  à la  science.  1,361. 

» Sache  que  le  radjas  est  la  passion  elle-même  ; elle 
naît  de  l’appétit  et  de  la  soif,  elle  retient  l’âme  par  sa 
tendance  à l’action.  1,362. 

» Sache  encore,  Bharatide,  que  l’obscurité,  c’est  l’i— 
vu  9 


130 


LK  MAHA-BHAKATA. 


gnorance,  cause  de  l’erreur  chez  tous  les  hommes  ; elle 
enchaîne  l’homme  par  la  négligence,  la  paresse  et  le  som- 
meil. 1,363. 

« La  vérité  fait  que  l'homme  s’attache  au  bonheur,  le 
radjas  à la  passion  ;mais  l’obscurité,  masquant  la  science, 
fait  qu’il  s’adonne  à l’incurie.  1,36A. 

» Il  y a vérité,  quand  on  a vaincu  la  passion  et  l’obscu- 
rité; passion,  quand  ou  a triomphé  de  la  vérité  et  de 
l’obscurité;  obscurité,  quand  on  a vaincu  la  vérité  et  la 
passion.  1,365. 

» Lorsque  la  science  montre  sa  lumière  à toutes  les 
portes  du  corps,  sachez  alors  que  la  vérité  est  dans  tout 
son  éclat.  1,366. 

» La  cupidité,  l’action,  le  commencement  des  entre- 
prises, l’inquiétude,  le  désir  : ces  choses,  éminent  Bha- 
ratide,  naissent  de  la  passion  dans  son  état  d’accroisse- 
ment. 1,367. 

» L’aveuglement,  l’inaction,  la  négligence  et  l’erreur 
elle-même,  fds  de  Rourou,  sont  le3  enfants  de  l'obscurité 
adulte.  1,368. 

» Lorsqu’un  mortel  arrive  à l’heure  de  sa  dissolution, 
au  temps  où  la  vérité  est  dans  toute  sa  croissance,  il  entre 
dans  las  mondes  purs  des  saints,  auxquels  fut  accordé  de 
voir  le  Très-Haut.  1,369. 

» Meurt-on  dans  la  passion,  on  renaît  parmi  des  gens 
enclins  à l’action  ; si  l’on  expire  dans  l’obscurité  de  l’âme, 
on  renaît  dans  les  matrices  de  mères  insensées.  1,370. 

» Le  frnit  sans  tache  d’une  action  vertueuse  appartient 
à la  qualité  sattwa  ; la  peine  est  le  fruit  de  la  passion,  et 
le  fruit  de  l’obscurité,  c’est  l’ignorance.  1,371. 

» De  la  vérité  vient  la  science,  de  la  passion  naît  l’avi- 


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BHISHMA-PARVA. 


131 


dité,  de  l’obscurité  dérivent  la  négligence,  l’erreur  et  l’i- 
gnorance. 1,372. 

» Les  personnes  de  vérité  vont  en  haut,  les  hommes  de 
passion  flottent  dans  un  espace  intermédiaire  ; les  gens 
d’obscurité,  livrés  à une  conduite  inspirée  par  les  der- 
nières qualités,  descendent  en  bas.  1,373. 

» Aussitôt  qu'un  sage  a vu  qu'il  n’est  pas  un  autre 
agent  que'ces  trois  qualités,  il  reconnaît  ce  qui  leur  est 
supérieur  et  tend  vers  ma  condition.  l,37â. 

» Délivré  de  la  naissance,  de  la  vieillesse,  de  la  dou- 
leur et  des  maladies,  l’àme,  qui  a franchi  ces  trois  qua- 
lités, lesquelles  naissent  du  corps,  savoure  l’ambroisie.  » 

« De  quels  caractères,  reprit  Arjouna,  est  revêtu 
l’homme,  qui  a franchi  ces  trois  qualités?  Quelle  est  sa 
manière  de  vivre  ? Comment  a-t-il  triomphé  de  ces  trois 
qualités?  » 1,375 — 1,37b. 

» Quiconque  voit  sans  haine  la  lumière,  l’action,  l’er- 
reur, iils  de  Pâudou,  et  n'a  pour  elles  aucun  désir,  soit 
présentes,  soit  absentes,  répondit  Bhagavat,  1,377. 

» -Qui  assiste  spectateur,  comme  un  indifférent,  au  jeu 
des  qualités  et  n’en  est  pas  troublé,  se  tient  ferme,  sans 
vaciller  et  se  parle  de  ce.te  manière  4 lui-même  : « Ceci 
est  l'action  des  qualités!  » 1,378. 

» Le  sage,  maître  de  soi-même,  qui  voit  des  mêmes 
yeux  le  plaisir  et  la  peine,  du  même  œil  la  motte  de  terre, 
la  pierrerie  et  l’or,  insoucieux  de  ce  qui  est  agréable  ou 
fâcheux,  égal  dans  le  blâme  et  dans  la  louange,  1,379. 

» Égal  dans  les  honneurs  ou  dans  l’opprobre,  égal  des 
deux  côtés,  soit  ami,  soit  ennemi,  et  qui  renonce  à toute 
entreprise,  celui-là  est  appelé  un  homme,  qui  a surmonté 
Y influence  des  qualités.  1,380. 


132 


LE  MAHA-BHARATA. 


» Quiconque  me  sert  avec  une  constante  union  de 
piété,  franchit  ces  qualités  et  participe  à l’essence  de 
Brahman.  1,381. 

» Car  je  suis  l’habitation  de  Brahman,  de  l’incorrup- 
tible ambroisie,  de  la  justice  éternelle  et  du  bonheur 
infini.  1,382. 

» Il  est,  dit-on,  un' figuier  religieux,  açwattha  (1)  im- 
périssable, qui  a ses  branches  sur  la  terre,  ses  racines  au 
ciel,  et  des  hymnes  pour  feuilles  : le  connaître,  c’est  con- 
naître le  Véda.  1,383. 

» Ses  branches  se  répandent  en  haut  et  en  bas  ; elles 
naissent  des  qualités;  elles  ont  pour  leurs  bourgeons  les 
objets  sensibles.  Ses  racines  s’étendent  en  bas,  et,  dans 
ce  monde  des  hommes,  elles  sont  retenues  par  les 
œuvres.  1,384. 

» On  ne  discerne  ici-bas,  ni  sa  forme,  ni  son  commen- 
cement, ni  sa  fin,  ni  sa  place.  Une  fois  qu’on  a sapé  avec 
la  forte  hache  de  l’indifférence  cet  açwattha  aux  racines 
bien  étendues,  1,385. 

» On  doit  ensuite  chercher  ce  lieu,  d’où  ne  reviennent 
plus  ceux,  qui  y sont  allés.  Que  l’homme  se  tourne  (2) 
alors  vers  ce  Pourousha  primordial,  d’où  est  sortie  l’an- 
tique origine  des  choses.  1,380. 

» Sans  orgueil,  sans  délire,  ayant  vaincu  le  péché  de 
la  concupiscence,  la  pensée  continuellement  fixée  sur 
l’Ame  suprême,  exempts  d'amour,  affranchis  de  l’incerti- 
tude, du  plaisir,  de  la  douleur  et  des  vains  désirs,  sages, 
ces  fidèles  s’avancent  vers  le  séjour  éternel.  1,387. 

(1)  C'est  le  nom  du  rtligiosa  ficus . 

(2)  Nous  lisons  prapadyet , au  lieu  de  prapadyé,  pour  obtenir  un  sens 
raisonnable. 


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BHISHMA-PARVA. 


133 


» Ni  le  soleil,  ni  la  lune,  ni  le  feu  ne  lui  prêtent  sa 
lumière.  Une  fois  qu’on  y est  allé,  on  ne  revient  plus  : 
c’est  là  qu’est  ma  demeure  suprême.  1,388. 

» Dans  le  monde  des  vivants,  une  portion  de  moi- 
même,  qui  est  la  vie  et  qui  est  éternelle,  attire  l’esprit  et 
les  six  organes  des  sens,  qui  reposent  dans  la  nature,  vers 
un  corps,  dont  elle  se  revêt  et  quelle  abandonne  elle- 
même  dans  la  suite  des  années.  Ce  maître  souverain  s’a- 
vance, prenant  sur  lui  ces  organes  des  sens,  comme  le 
vent  s’imprégne  des  senteurs  dans  Cair,  son  inconsistant 
séjour.  1,389 — 1,390. 

y>  Habitant  dans  l'esprit,  les  oreilles,  les  yeux,  le  tou- 
cher, le  goût  et  l’odorat,  il  se  met  en  rapport  avec  les  ob- 
jets des  sens.  1,391. 

» Soit  qu’on  l’exhale,  soit  qu’il  reste  uni  au  corps,  soit 
qu’il  savoure  les  jouissances,  les  insensés  ne  l’entrevoient 
pas  sous  les  qualités,  dont  il  est  enveloppé  ; mais  il  est  vu 
par  ceux,  qui  ont  l’œil  de  la  science.  1,392. 

» Les  yogîs,  qui  font  leurs  efforts,  le  contemplent  aussi 
en  eux- mêmes;  mais  les  méchants  ont  beau  s’efforcer,  ils 
ne  le  voient  pas  dans  leur  âme  vide  de  pensées.  1,393. 

» Les  rayons,  qui,  placés  dans  le  soleil,  éclairent 
l’univers  entier,  ceux,  qui  sont  dans  la  lune,  et  ceux,  dont 
brille  le  feu,  sache  que  c’est  ma  splendeur.  1 ,39â. 

» Entré  dans  la  terre,  c’est  ma  force,  qui  y soutient  les 
êtres  : je  nourris  toutes  les  plantes  et  je  suis  devenu  entre 
elles  le  savoureux  sôma.  1,395. 

» Sous  la  forme  du  soleil,  je  pénètre  le  corps  de  toutes 
les  créatures  animées,  et,  joint  au  double  mouvement  de 
la  respiration,  j’opère  la  digestion  des  aliments,  qui  sont 
de  quatre  espèces.  1,396. 


134 


LE  MAHA-BHARATA. 


» Je  me  tiens  dans  le  cœur  de  chaque  créature  ; je  suis 
la  mémoire,  le  raisonnement  et  la  science;  dans  tous  les 
Védas,  c’est  moi  qu’il  faut  connaître;  je  suis  l'auteur  et  le 
docteur  de  tous  les  oupanishads.  1,397. 

» 11  y a deux  sortes  de  pouroushas  dans  le  monde  ; le 
corruptible  et  l’incorruptible.  Le  corruptible  est  le  corps 
de  tous  les  êtres,  l'incorruptible  est  nommé  l’âme. 

» Mais  il  est  un  autre  pourousha  très-élevé,  souverain, 
indestructible,  qui,  mêlé  aux  trois  mondes,  les  soutient  : 
on  l’appelle  le  paramâtma  ou  l’Ame  su  prime. 

1,398—1,399. 

» Et,  comme  je  surpasse  le  corruptible  et  que  je  suis 
plus  grand  que  l’incorruptible  même,  c’est  pour  cela  que, 
dans  le  monde  et  dans  les  Védas,  je  suis  nommé  le  plus 
grand  des  pouroushas.  1,400. 

# Quiconque  me  connaît  ainsi  pour  le  suprême  pou- 
rousha, il  sait  tout  et  m’honore  de  toute  son  âme,  fils  de 
Bharata.  1,401. 

» Ici  j’ai  fini  de  t’exposer,  mortel  sans  péché,  ce  f.âstra, 
qui  est  le  plus  grand  des  mystères.  Quand  on  l’a  su,  on 
est  sage  et  parvenu  au  comble  de  son  affaire.  1,402. 

» L’intrépidité,  continua  Bhagavat,  la  qualité  sattwa, 
la  pureté,  une  constance  inaltérable  dans  l’yoga  de  la 
science,  l’aumône,  la  répression  des  sens,  le  sacrifice,  la 
lecture,  la  pénitence  et  la  droiture,  1,403. 

» L’innocuité,  la  vérité,  l’absence  de  colère,  le  renon- 
cement, la  placidité  et  la  fuite  des  paroles  dures,  la  com- 
passion à l’égard  de  tous  les  êtres,  le  manque  de  convoi- 
tise, la  douceur,  la  pudeur  et  la  constance,  1,404. 

» La  force,  la  patience,  la  fermeté,  la  candeur,  l’inno- 
cence, pas  d’orgueil  en  excès  : telles  sont,  Bharatide,  les 


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BHISHMA-PARVA. 


135 


qualités  d’un  être  né  dans  la  condition  divine.  1,405. 

» L’hypocrisie,  l’orgueil,  la  vanité,  la  colère,  la  dureté  . 
dans  les  paroles  et  l’ignorance  : ce  sont  là,  fils  de  Prithâ, 
les  défauts  d’un  individu  né  dans  la  classe  des  Asouras. 

» On  pense  que  la  naissance  divine  affranchit  de  la 
condition  de  renaître  et  que  l’asourique  y enchaîne.  Ne 
t'afflige  pas,  fils  de  Pàndou,  tu  es  né^lans  la  condition 
des  Dieux.  1,406 — 1,407. 

» 11  y a deux  espèces  de  création  dans  ce  monde  : celle 
des  Dieux  et  celle  des  Asouras.  Je  t’ai  longuement  parlé 
de  celle  des  Dieux  ; écoute-moi,  fils  de  Prithà,  te  raconter 
celle  des  Asouras.  1,408. 

» Les  gens,  qui  naissent  dans  la  race  des  Démons,  ne 
connaissent,  ni  lt  mystère  de  la  naissance,  ni  celui  de  la 
mort.  L’impureté  n’existe  pas  chez  eux  ; il  n’y  a ni  vertu, 
ni  vérité.  1,409. 

# Le  monde  est  un  mensonge,  disent-ils  ; il  est  transi- 
toire, il  n’a  point  de  Dieu  ; il  est  né  du  concours  mutuel 
des  forces  ; quelle  autre  cause  a-t-il  que  l’amour?  » 

» Appuyés  sur  une  telle  manière  de  voir,  ces  êtres  à 
l’intelligence  étroite,  à l'ânie  perdue,  les  ennemis  de  l’u- 
nivers, s’adonnent  à des  actions  violentes  pour  la  perte  du 
monde.  1,410—1,411. 

» Livrés  à’  un  amour  insatiable,  remplis  de  fraude, 
d’orgueil  et  de  folie,  l’aveuglement  leur  fait  embrasser  de 
mauvaises  opinions,  et  ils  s’avancent,  ayant  conçu  des 
vœux  impurs.  1,412. 

» Embrassant  une  opinion,  dans  laquelle  il  n’est  pas 
d’autre  fin  que  la  mort  : « La  première  chose  au  monde, 
pensent-ils,  c’est  la  satis  faction  de  ses  désirs.  » Tel  est 
cet  axiome,  qu’ils  proclament  dans  leur  insanité.  1,413. 


130 


LE  MAHA-BHARATA. 


» Enchaînés  par  les  cent  liens  des  espérances,  esclaves 
de  l’amour  et  de  la  colère,  ils  désirent  entasser  les 
richesses  par  des  moyens  injustes  pour  satisfaire  à leurs 
désirs  de  jouissances.  1 ,âl  A. 

« J'ai  gagné  cela  aujourd’hui  ; je  puis  me  donner  ce 
plaisir,  disent-ils.  J’ai  cela  maintenant,  un  jour  à venir 
j'aurai  cette  rich^se...  1,415. 

» J'ai  tué  cet  ennemi,  et  je  tuerai  aussi  les  autres!... 
Je  suis  un  prince,  j’ai  des  jouissances....  Je  suis  heureux, 
je  suis  fort,  j’ai  des  plaisirs...  1,416. 

» Je  suis  opulent,  je  suis  noble  : quel  autre  est  sem- 
blable à moi  ?...  Je  sacrifierai,  je  ferai  des  aumônes,  je 
me  réjouirai  ! » Ainsi  parlent  ces  hommes,  aveuglés  par 
l’ignorance.  » 1,417. 

» Troublés  par  diverses  pensées,  enveloppés  dans  les 
filets  de  l’erreur,  attachés  dans  les  satisfactions  de  leurs 
désirs,  ils  tombent  dans  l’impur  Naraka.  1,418. 

» Occupés  d’eux-mêmes,  insensibles,  pleins  de  ri- 
chesses, d’orgueil  et  de  folie,  ils  offrent  avec  hypocrisie 
des  sacrifices,  qui  n’ont  de  l’acte  saint  que  le  nom  et  qui 
ne  sont  pas  conformes  aux  règles.  1,419. 

» Voués  à la  vanité,  4 la  violence,  à l’amour,  à l’or- 
gueil, à la  colère,  calomniateurs  d’autrui,  ils  me  haïssent 
dans  la  personne  des  autres  et  en  eux-mêmes.  1,420. 

» Et  moi,  je  précipite  ces  gens  pleins  de  haine,  cruels, 
les  plus  vils  des  hommes,  dans  les  mondes,  pour  y renaître 
à jamais  infortunés  en  des  mères  d’Asouras.  1,421. 

n Arrivés  en  ces  matrices  de  Démons  et,  aveuglés  à 
chaque  naissance,  ils  tombent  enfin,  sans  qu’ils  m’aient 
encore  obtenu,  dans  la  dernière  des  voies.  1,422. 

» 11  y a trois  espèces  de  portes  au  Naraka  ; c'est  par 


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BHISHMV-PAUVA. 


137 


elles  que  l’âme  se  perd  : l’amour,  la  colère  et  l’avarice. 
Que  l’homme  évite  donc  cette  triple  ouverture.  1,423. 

» L’homme,  qui  échappe  à ces  trois  portes  de  ténèbres, 
fils  de  Kountl,  fait  son  salut  et  passe  dans  la  voie  de  la 
béatitude.  1,424. 

» Mais  quiconque,  rejetant  les  Çàstras  divers,  ne  suit 
dans  sa  vie  que  l’inspiration  de  ses  désirs,  ne  parvient,  ni 
à la  perfection,  ni  au  bonheur,  ni  à la  voie  suprême. 

» Que  le  Çâstra  soit  donc  ton  autorité  ! Que  ce  qui  est 
ou  n’est  pas  à faire  soit  devant  tes  yeux!  Quand  tu  sauras 
ce  qui  est  enjoint  par  les  préceptes  des  Çàstras,  veuille 
bien  exécuter  ici  ton  action.  » 1,425 — 1,426. 

« Quelle  est  la  condition  de  ceux,  qui,  mettant  de  côté 
les  règles  du  Çâstra,  offrent  cependant  le  sacrifice  avec 
foi  ? dit  Arjouna.  Est-ce  la  vérité,  la  passion  ou  l’obs- 
curité ? » 1,427. 

« II  y a trois  sortes  de  foi,  répondit  Bhagavat,  chacune 
dépend  du  caractère  des  hommes  ; il  y a la  foi  suivant  la 
passion  et  la  foi  suivant  l’obscurité.  Écoute  chacune 
d’elles.  1,428. 

» La  foi  est  conforme  à l’âme  de  chacun;  car  l’âme 
individuelle,  qui  est  faite  de  foi,  Bharatide,  est  telle  qu’est 
cette  foi.  1,429. 

» Les  hommes  de  vérité  sacrifient  aux  Dieux  ; les 
hommes  de  passion  aux  Yakshas  et  aux  troupes  des 
Rakshasas;  les  autres,  gens  de  ténèbres,  aux  esprits  des 
hommes  morts  et  à la  foule  des  Bhoûtas.  1,430. 

» Les  ascètes,  qui  endurent  de  cruelles  mortifications 
non  autorisées  par  les  Védas,  qui  sont  accompagnés  de  la 
fraude  et  de  l’orgueil,  esclaves  de  la  violence,  des  pas- 
sions et  de  l’amour,  1,431. 


138 


LE  MAHA-BHARATA. 


» Insensés,  qui  tourmentent  l’ensemble  des  principes 
vitaux,  d’où  leur  corps  est  formé,  et  moi-même,  qui  me 
tiens  dans  l'intérieur  du  corps,  ont  conçu,  sache-le,  des 
résolutions  d’Asouras.  1,432. 

» Il  ,y  a trois  espèces  de  nourriture  agréable  à tout 
homme;  il  est  aussi  trois  sortes  de  sacrifices,  de  péni- 
tences et  d'aumône.  Ecoute  quelle  en  est  la  différence. 

u Les  aliments,  qui  augmentent  la  joie,  le  bien-être,  la 
santé,  l’énergie,  la  force  et  la  vie,  savoureux,  doux,  per- 
manents, délicieux,  plaisent  à l’homme  de  vérité. 

1,433—1,434. 

i > Les  mets  piquants,  acides,  salés,  très-chauds,  amers, 
brûlants,  sont  aimés  de  l’homme  passionné  : ils  donnent 
la  maladie,  le  chagrin  et  la  douleur.  1,435. 

» Les  gens  de  ténèbres  se  plaisent  aux  aliments 
corrompus,  sans  saveur,  fétides,  vieux,  souillés  et  rejetés 
même.  1,430. 

» Offert  conformément  aux  règles  et  par  des  hommes,  qui 
n’en  désirent  pas  le  fruit,  après  qu’ils  s’v  sont  appliqués 
de  cœur,  en  disant  : « C’est  une  cérémonie,  qu’on  doit 
faire  ! » le  sacrifice  est  d’un  esprit  formé  sur  la  qualité 
sattwa.  1,437. 

» Mais  celui,  qui  est  célébré  par  hypocrisie,  en  vue  de 
la  récompense,  mise  avant  toutes  choses,  sache,  ô le  plus 
vertueux  des  Bharatides,  que  c’est  un  sacrifice  suivant 
l’ordre  radjas.  1,438. 

» Le  sacrifice,  dénué  de  foi,  sans  règles,  sans  nourri- 
ture distribuée,  sans  hymnes,  sans  honoraires  pour  le 
prêtre,  est  un  sacrifice,  qui  appartient  à l’espèce  la- 
mas. 1,439. 

» Le  respect  aux  Dieux,  aux  brahmes,  aux  gourous, 


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BHISHMA-PARVA. 


130 


aux  personnes  de  science,  la  pureté,  la  droiture,  la  con- 
tinence et  l’innocuité,  sont  nommés  zèle  corporel.  1,440. 

» Un  langage  modéré , vrai , attentif  à la  douceur, 
l’usage  des  lectures  à voix  basse,  sont  dites  zèle  ver- 
bal. 1,441. 

» La  sérénité  de  l’Ame,  la  douceur  de  caractère,  le  si- 
lence, la  coercition  de  soi-même,  la  pureté  de  son  être  : 
tel  est  ce  qu’on  appelle  le  zèle  mental.  1 ,442. 

» Ce  triple  zèle,  pratiqué  avec  une  foi  profonde  par  des 
hommes,  qui  n’en  désirent  pas  le  fruit,  c’est  ce  qu’on 
nomme  le  produit  de  la  qualité  sattwa.  1,443. 

'>  Un  zèle,  conduit  par  l’hypocrisie  et  dans  le  but  d’en 
tirer  des  honneurs,  du  respect,  des  hommages,  est  ap- 
pelé ici-bas  un  zèle  de  radjas  : il  est  instable  et  men- 
teur. 1,444. 

■)  Le  zèle  du  fou,  qui  se  livre  à des  tortures  sur  lui- 
même,  par  infatuation  ou  pour  détruire  un  ennemi,  est  dit 
un  zèle,  qui  provient  de  tamas  ou  de  ( obscurité.  1,445. 

» La  charité,  faite  en  temps  et  lieu  convenables,  à une 
personne  digne,  mais  qui  ne  peut  rendre,  parce  qu’on 
s’est  dit  : « On  ne  saurait  mieux  donner,  » est  inspirée, 
dit-on,  par  la  qualité  sattwa.  1,440. 

» Une  charité,  qu’on  exerce  en  vue  de  retour,  ou  dans 
l’espoir  d’une  récompense,  ou  même  à contre-cœur,  est 
dite  une  charité,  qui  vient  de  la  qualité  radjas.  1,447. 

» Une  aumône  donnée  à des  personnes  indignes,  hors 
du  temps  et  du  lieu,  avec  mépris  et  d'une  manière  bles- 
sante, est  appelée  une  aumône  de  ténèbres.  1,448. 

u Alm!  Lui!  Le  Bien!  c’est  la  triple  dénomination, 
sous  laquelle  on  désigne  Brahman.  \vec  le  premier  de  res 
mots , il  a créé  les  brahmes,  les  Védas  et  les  sacrilices. 


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LE  MAHA-BHARATA. 


140 

» On  vaque  aux  cérémonies  de  la  pénitence,  de  l’au- 
mône et  des  sacrifices,  après  qu’on  a prononcé  la  syllabe 
Aum.  C’est  après  elle  qu’ont  toujours  lieu  les  actes  des 
brahmes,  de  qui  la  voix  fait  entendre  la  sainte  écri- 
ture. 1,449 — 1,450. 

« Lui!  » disent  ceux,  qui  célèbrent  les  mystères  de  la 
pénitence  et  des  sacrifices,  les  diüérentes  cérémonies  de 
l’aumône,  et  qui  désirent  la  délivrance,  sans  mettre  avant 
toutes  choses  le  fruit  des  œuvres.  1,451. 

» Cette  expression  « le  Bien  1 » est  employée  dans 
toutes  les  choses,  dont  l'essence  est  le  grand,  dont  l’es- 
sence est  le  bon  ; ce  mot  « le  Bien,  » fils  de  Prithâ,  est 
encore  usité  en  toute  chose  digne  d’éloges.  1,452. 

» On  appelle  • le  Bien  » la  constance  dans  l’aumône, 
dans  la  pénitence,  dans  le  sacrifice  ; on  nomme  aussi  « le 
Bien  » toute  chose,  qui  dépend  de  ces  actions  pieuses. 

» Quand  la  foi  n’accompagne,  ni  le  sacrifice,  ni  l’au- 
mône, ni  la  pénitence,  l’œuvre  est  dite  alors  mauvaise  : 
elle  n’existe,  fils  de  Prithâ,  ni  pour  ce  monde,  ni  pour 
l’autre  vie.  » 1,453 — 1,454. 

« Je  désire  connaître  en  particulier,  Hrishlkéça,  meur- 
trier aux  longs  bras  de  Madhou,  lui  dit  Arjouna,  la  vérité 
sur  le  renoncement  et  l’abnégation.  » 1,455. 

« Les  poètes  savent  que  le  renoncement  est  la  cessa- 
tion de  tous  les  actes  de  désirs  ; et  les  savants,  répondit 
Bhagavat,  nomment  abnégation  l’abandon  du  fruit  de 
toutes  les  œuvres.  1,456. 

» Parmi  les  sages,  les  uns  pensent  qu'il  faut  éviter  les 
œuvres  comme  un  péché;  les  autres  sont  d’avis  qu'on  ne 
doit  pas  les  abandonner,  lorsqu’il  s'agit  de  pénitence , 
d’aumône  et  de  sacrifices.  1 ,457. 


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BHISH.U  A-P.UIVA.  • 


141 


» Écoute,  ô le  plus  vertueux  des  Bharatides,  quelle  est 
mon  opinion  sur  le  renoncement  ! On  dit  qu’il  est  de  trois 
espèces,  tigre  des  hommes.  1,458. 

» On  ne  doit  pas  renoncer  à l'œuvre  de  pénitence,  d’au- 
mône et  de  sacrifice,  qui  est  à faire  ; car  le  sacrifice,  l’au- 
mône et  la  pénitence  sont  des  purifications  pour  les  sages. 

» Ces  œuvres  doivent  être  faites,  une  fois  qu’on  a séparé 
d’elles  le  désir  et  renoncé  aux  fruits.  Telle  est,  fils  de 
Prithâ,  mon  opinion  suprême  bien  arrêtée.  1,459 — 1,400. 

» 11  ne  convient  pas  d’abandonner  une  œuvre  néces- 
saire ; renoncer  à un  acte  par  égarement  d’esprit  vient, 
dît-on,  de  l’obscurité  ou  de  la  qualité  tamas.  1,461. 

» Quiconque  renonce  à l’action  par  crainte  d’une  afflic- 
tion corporelle,  en  se  disant  : « C’est  trop  pénible  1 » après 
qu’il  a fait  cet  abandon,  inspiré  de  la  passion,  ne  recueille 
aucun  fruit  de  son  désistement.  1,462. 

» L’action  nécessaire,  que  l’homme  exécute,  Arjouna, 
parce  qu’il  faut  l’accomplir,  abstraction  faite  du  désir  et 
de  la  récompense,  est  réputée  une  abnégation  suivant  la 
vérité.  1,463. 

» Dirigé  par  la  qualité  sattwa,  le  sage,  qui  a renoncé 
au  fruit  des  œuvres  et  de  qui  les  doutes  sont  retranchés, 
ne  hait  pas  un  acte  malheureux  et  ne  s’attache  pas  à un 
acte  prospère.  1,464. 

» Il  est  impossible  que  l’homme,  revêtu  d’un  corps, 
abjure  toutes  les  actions  entièrement  ; mais,  s’il  a renoncé 
au  fruit  des  œuvres,  il  est  un  véritable  tyagî  (1).  1,465. 

» Le  fruit  des  œuvres  est  de  trois  sortes  après  la  mort 


(1)  Un  religieux,  voué  à la  vie  ascitique,  ou  l'homme,  qui  abandonne 
toutes  les  choses  terrestres. 


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142 


LE  MAHA-BHAKATA. 


pour  ceux,  qui  ne  sont  pas  des  tyagîs  : le  désiré,  le  non 
désiré,  et  celui,  qui  n’est  ni  l’un  ni  l’autre;  mais  nulle 
part  il  n’en  est  ainsi  pour  les  sannyâsîs  (1).  1,466. 

» Écoute  de  ma  bouche,  guerrier  aux  longs  bra3,  ces 
cinq  causes  dans  la  perfection  de  toutes  les  affaires  : elles 
sont  énoncées  dans  la  philosophie  Sànkhya  aux  conclu- 
sions démontrées.  1,467. 

» C'est  l’empire  divin,  l’agent  et  l'instrument  particu- 
lier, les  efforts  divers  des  individus  et  le  Destin,  qui  est 
ici  le  cinquième.  1,468. 

» L’horame,  qui  commence  une  entreprise,  juste  ou  in- 
juste, de  corps,  de  pensée  ou  de  parole,  est  soumis  à l'in- 
fluence de  ces  cinq  causes.  1,469. 

» Ce  plan  étant  ainsi  disposé,  l’homme,  qui  ne  voit  que 
lui  seul  comme  agent  de  toutes  ses  actions,  c’est  l’imper- 
fection de  sa  raison,  qui  met  un  voile  sur  les  yeux  de  cet 
insensé.  1,470. 

» Celui,  de  qui  le  caractère  est  sans  orgueil  et  de  qui  la 
raison  est  pure,  quoiqu’il  ait  tué  ces  guerriers,  ne  sera  donc 
pas  homicide  et  ne  sera  point  lié  par  le  pêché.  1,471. 

» La  science,  son  objet,  son  sujet,  poussent  triplement 
à l'action  : l’organe,  la  chose,  l’agent  sont  la  triple  com- 
préhension de  l’œuvre.  1,472. 

» La  science,  l’action  et  l’agent  sont  aussi  de  trois  es- 
pèces suivant  la  différence  des  qualités.  Maintenant  que 
le  nombre  des  qualités  est  exactement  exposé,  écoute  ce 
qu’ elles  goût.  1,473. 


(1)  Ce  mot  signifie  un  homme,  qui  renonce  entièrement  à toute  action 
mondai ue  ; mais  Krishna  borne  ici  le  wua  au  renoncement  à l'espoir  de 
récompense. 


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BHISHM  A-PARVA.  143 

» Quiconque  voit  une  seule  âme  impérissable  en  tous 
les  êtres,  voit  l’indivisible  en  toutes  les  créatures  distinc- 
tes. Sache  que  cette  connaissance  appartient  à la  qualité 
sattwa.  1,474. 

» Mais  la  science,  qui  voit  individuellement  dans  tous 
les  êtres  un  grand  nombre  d’âmes  individuelles,  sache 
quelle  provient  duradjas.  1475. 

» La  science  étroite,  sans  principe,  sans  avantage  de 
la  vérité,  attachée  à une  seule  chose,  comme  si  elle  était 
tout,  est  appelée  une  science  de  lamas.  1,476. 

» Une  action  nécessaire,  dénuée  de  désir,  faite  sans 
haine  et  sans  amour,  par  un  mortel,  qui  n’en  veut  pas 
obtenir  de  récompense,  est  nommée  un  acte  suivant  la 
vérité.  1,477.  • 

» Mais  une  œuvre  de  beaucoup  de  peine,  exécutée  par 
un  homme,  qui  souhaite  l’amour  ou  qui  est  accompagné 
d’orgueil,  est  dite  inspirée  de  la  passion.  1,478. 

» Une  action,  entreprise  avec  folie,  sans  considérer  les 
obstacles,  l'offense,  la  perte,  les  forces  de  Cnn  et  de  l’au- 
tre côté,  est  appelée  un  acte  de  ténèbres.  1,479. 

» Un  agent  libre  d’envie,  vide  d’égoïsme,  doué  de 
fermeté  et  de  courage,  que,  ni  les  succès,  ni  les  revers,  ne 
* peuvent  faire  changer,  est  appelé  un  homme  suivant  la 
qualité  sattwa.  1,480. 

» Quand  un  agent  est  passionné,  désirant  le  fruit  des 
œuvres,  cupide,  impur,  à l'àme  violente,  esclave  de  la 
joie  et  du  chagrin,  on  dit  qu’il  appartient  au  radjasa  1,481. 

» L’agent,  qui  est  incapable,  vil,  opiniâtre,  fourbe, 
méchant,  paresseux,  prompt  à se  décourager,  lent  à en- 
treprendre, on  l’appelle  un  sujet  du  lamas.  1482. 

» Écoute  la  différence  de  la  raison  et  de  la  constance  ; 


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LE  MAHA-BHAKATA. 


146 

elles  sont  de  trois  espèces,  Dhanandjaya,  suivant  les  qua- 
lités. Je  vais  te  les  expliquer  séparément  et  sans  réserve. 

» Une  raison,  qui  sait  déterminer  le  commencement  ou 
la  fin  dans  ce  qui  est  ou  n’est  point  4 faire,  dans  ce  qui  est 
à craindre  ou  ne  l’est  pas,  dans  ce  qui  est  liberté  ou  ce  qui 
est  esclavage,  fils  de  Prithà,  est  celle  du  sattwa. 

» La  raison  qui  entrevoit  confusément  le  juste  et  1 in- 
juste, ce  qui  est  ou  n’est  point  à faire,  fils  de  Prithâ,  est 
celle  du  radjas.  1,483 — 1,684 — 1,485. 

» Enveloppée  d’obscurité,  si  la  raison  pense  que  le  vice 
est  la  vertu,  et  que  toutes  les  choses  existent  dune  ma- 
nière opposée  à ce  qu’elles  sont,  fils  de  Pritha,  c est  un 
effet  du  tamas.  1,486. 

» Une  constance,  qui  retient  les  fonctions  des  sens,  de 
la  respiration  et  du  cœur  dans  une  contemplation  sans 
défaut,  provient  de  la  vérité,  fils  de  Prithâ.  1,487. 

» Si  elle  ne  délivre  pas  de  la  somnolence,  de  la  crainte, 
du  chagrin,  du  désespoir,  de  la  folie,  cette  constance  inin- 
telligente, fils  de  Prithà,  est  inspirée  des  ténèbres.  1,488. 

» Écoute  maintenant  de  ma  bouche,  ô le  plus  ver- 
tueux des  Bharatides,  le  plaisir,  qui  est  de  trois  espèces. 
Quand  un  homme  se  réjouit  de  l’étude  et  marche  vers  la 
fin  de  la  tristesse,  1 489. 

b Et  quand  ce  qui  était  comme  du  poison  au  commen- 
cement est  à la  fin  devenu  semblable  à l’ambroisie,  alors 
son  plaisir,  qui  naît  du  calme  de  sa  raison  et  de  son  âme, 
est  dit  U résultat  de  la  qualité  sattwa.  1,490. 

« Le  plaisir,  qui,  dérivé  de  l’union  des  sens  aux  objets 
sensibles,  est  au  commencement  semblable  à l'ambroisie 
et  tel  que  du  poison  à la  fin,  est  un  plaisir  donné  par  la 
qualité  radjas.  1,491. 


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BHISHM  A-PA  K VA. 


145 

h Mais  le  plaisir,  qui,  dans  son  commencement  et  dans 
la  suite,  est  un  égarement  de  l’âme,  qui  fait  croître  la  né- 
gligence, la  paresse  et  la  somnolence,  est  dit  un  plaisir  de 
l’ordre  lamas.  1.492. 

» Ni  sur  la  terre,  ni  dans  le  ciel,  parmi  les  Dieux , il 
n’existe  aucun  être,  qui  soit  exempt  de  ces  trois  qualités, 
dont  la  nature  est  la  mère.  1,493. 

» Les  qualités,  qui  naissent  de  leurs  dispositions  natu- 
relles, fléau  des  ennemis,  ont  réparti  les  fonctions  entre 
les  brahmes,  les  kshatryas,  les  valçyas  et  les  çoùdras. 

» La  paix,  la  répression  des  sens,  la  pénitence,  la  pu- 
reté, la  patience,  la  droiture,  la  science,  la  sagesse,  la  foi 
à la  providence  et  au  monde  à venir  : tels  sont  les  devoirs 
des  brahmes,  nés  de  leur  nature.  1,494 — 1,495. 

» L’héroïsme,  la  vigueur,  la  fermeté,  l’adresse,  ne  ja- 
mais fuir  dans  le  combat,  la  libéralité,  un  cœur  de  souve- 
rain : voilà  quels  devoirs  appartiennent  naturellement  au 
kshatrya.  1,497. 

» L’agriculture,  la  garde  des  troupeaux,  le  commerce  : 
ce  sont  les  devoirs  naturels  du  vatçya.  Servir  les  autres 
castes  est  le  devoir  né  de  la  nature  du  çoûdra.  1,498. 

» L’homme,  à qui  plaisent  ses  fonctions,  quelqu’ elles 
soient,  atteint  à la  perfection.  Écoute  de  quelle  manière 
un  homme,  content  de  son  état,  peut  y arriver.  1,499. 

» L’homme  parvient  à la  perfection,  quand  par  ses 
œuvres,  il  a honoré  l’Être,  auteur  des  créatures  et  par  qui 
fut  déployé  tout  cet  univers.  1,500. 

» Le  devoir  propre  à une  caste  vaut  mieux  que  le  de- 
voir bien  réglé  d’une  autre  : l’homme,  qui  remplit  l’acte 
nécessaire,  que  lui  impose  le  devoir  de  sa  classe,  ne  tombe 
pas  dans  le  péché.  1,501. 
vu 


10 


146 


LE  MAHA-BHARATA. 


» Qu’il  n’abandonne  pas,  fils  de  Kountt,  l’action,  fût- 
elle  coupable,  à laquelle  il  est  soumis  par  sa  naissance  : 
en  effet,  toutes  les  entreprises  sont  enveloppées  par  le 
péché,  comme  le  feu  est  environné  par  la  fumée.  1 ,502. 

» Par  cet  abandon  de  toutes  les  affections  mondaines, 
un  esprit  complètement  détaché,  qui  a vaincu  ses  passions 
et  banni  ses  désirs,  est  conduit  à la  plus  haute  perfection 
de  la  vacuité  des  œuvres.  1,503. 

» Quand  il  est  parvenu  à cette  perfection,  comment 
arrive-t-il  à Dieu  ? Apprends-le  de  ma  bouche  en  abrégé  : 
car  c'est  là,  fils  de  Kounti,  le  dernier  terme  de  la  science. 

» Doué  d’une  raison  pure,  ayant  comprimé  son  âme 
par  sa  fermeté, ayant  abandonné  les  objets  sensuels,  la  voix 
et  le  reste, ayant  chassé  lahaine  et  l’amour,  1,504 — 1,505. 

» Vaquant  à la  prière  dans  un  lieu  écarté,  ses  aliments 
réduits  à une  portion  minime,  son  esprit,  sou  corps,  sa 
voix  comprimés,  livré  à l’yoga  de  la  pensée,  arrivé  à l’ab- 
sence des  passions,  1 ,506. 

» Affranchi  de  la  vanité,  de  la  violence,  de  l’orgueil, 
de  l’amour,  de  la  colère  et  des  embarras  d’une  famille, 
sans  avarice,  entièrement  pacifié,  il  devient  participant  à 
l’essence  de  Brahman.  1 ,507. 

» Identifiée  à ce  Dieu,  son  àme  sereine  n’a  plus  ni  cha- 
grin, ni  désir:  égal  envers  tous  les  êtres;  il  est  parvenu  à 
mon  culte  le  plus  élevé  ! 1,508. 

» Grâce  à sa  dévotion,  il  me  distingue  avec  vérité  dans 
ma  grandeur  et  dans  mon  essence  : introduit  en  moi  par 
cette  pure  connaissance,  il  n’en  est  plus  séparé.  1,509. 

» Quand  il  m'a  choisi  pour  son  asile,  il  obtient  par  ma 
faveur,  quoiqu’il  ne  cesse  de  vaquer  à toutes  les  œuvres, 
une  patrie  incorruptible  et  impérissable.  1,510. 


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BHISHMA-PARVA. 


n~ 


a Me  choisissant  pour  ton  principal,  but,  dépose  menta- 
lement toutes  tes  œuvres  en  moi,  et,  t'unissant  à moi  par 
l’yoga  de  ta  raison,  garde  tes  pensées  toujours  fixées  en 
ma  personne  divine.  1,511. 

» Si  tu  retiens  sur  moi  ta  pensée,  tu  traverseras,  grâce 
à ma  faveur,  toutes  les  difficultés  insurmontables  ; mais 
si,  par  orgueil,  tu  fermes  ton  oreille  à ma  voix,  tu  périras. 

» Tu  penses,  appuyé  sur  l'orgueil  : « Je  ne  combattrai 
pas!»  mais  ta  résolution  est  vaine  ; le  naturel  t’y  pous- 
sera. 1,512 — 1,513. 

» Lié  par  les  fonctions,  qui  dérivent  de  tes  dispositions 
naturelles,  tu  feras,  malgré  toi-même,  fils  de  Kountl,  ce 
que  dans  ton  délire  tu  désires  ne  pas  faire.  1,51A. 

» Le  cœur  de  tous  les  êtres,  Arjouna,  est  la  place  où 
réside  Içwara,  qui,  par  sa  magie,  promène  toutes  les 
créatures,  montées  sur  la  roue  du  temps.  1,515. 

» Réfugie-toi  de  toute  ton  âme,  fils  de  Bharata,  en  cet 
unique  asile;  et  tu  obtiendras  de  sa  grâce  la  paix  su- 
prême et  l’éternel  Paradis.  1,516. 

» Ici,  j’ai  fini  de  t’exposer  une  science  plus  arcane 
même  que  le  mystère.  Considère-la  sans  rien  oublier,  et 
agis  de  la  manière  que  tu  le  désireras.  1,517. 

» Écoute  encore  ma  parole  sublime,  le  plus  grand  de 
tous  les  mystères;  tu  es  mon  bien-aimé  ; donc,  je  dois  te 
dire  ce  qui  est  ton  bien.  1,518. 

» Attache  en  moi  ton  âme,  sois  pieux  envers  moi,  offre- 
moi  des  sacrifices,  adresse-moi  ton  adoration;  car  tu 
viendras  à moi  : je  te  promets  la  vérité,  tu  es  mon  ami. 

» Renonce  à tous  les  devoirs,  et  viens  à moi,  comme  à 
ton  seul  refuge  ; je  te  délivrerai  de  tous  les  péchés  ; ne 
t’afflige  donc  pas  1 1,510 — 1,520. 


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US 


LE  MAHA-BHAUATA. 


» Ne  répète  jamais  ces  paroles  de  ma  bouche,  ni  à 
l’homme  sans  pénitence,  ni  à l’homme  sans  religion,  ni  à 
celui,  qui  ferme  son  oreille,  ni  à quiconque  me  déteste. 

» Mais  celui,  qui  révélera  ce  mystère  sublime  à mes 
serviteurs,  viendra  sans  doute  à moi,  quand  il  m’aura 
servi  d’un  culte  suprême.  1,521— 1,522. 

# Nul  autre  parmi  les  hommes  n’aura  fait  une  chose, 
qui  me  soit  plus  agréable;  et  il  n’y  aura  personne,  que  je 
préfère  à lui  sur  la  terre.  1 ,523. 

n Quiconque  lira  ce  pieux  entretien,  qui  vient  de  naître 
entre  nous  deux,  célébrera  en  mon  honneur  un  sacrifice 
de  science  : tel  est  mon  sentiment.  1 ,52 h. 

» Et  l'homme  de  foi,  sans  envie,  qui  l’aura  une  seule 
fois  écouté,  libéré  de  ses  péchés,  ira  dans  les  mondes 
heureux  des  âmes  aux  œuvres  saintes.  1,625. 

« As-tu,  fils  de  Prithâ,  écouté  ma  parole  d’une  pensée 
attentive?  Ce  trouble  de  l’esprit,  qui  avait  produit  ton 
ignorance,  a-t-il  cessé,  Dhanandjaya?  » 1,526. 

« Mon  trouble  a cessé,  répondit  Arjouna  ; grâce  à toi, 
Dieu  éternel,  j’ai  recouvré  la  mémoire  : tu  m’as  rendu 
ferme  ; mon  trouble  a disparu  ; j’accomplirai  ta  parole.  » 

C’est  ainsi,  poursuivit  Sandjaya,  que  j’entendi3  cette 
conversation  merveilleuse,  horripilante,  du  Vasoudévide 
et  du  magnanime  fils  de  Prithâ.  1,527 — 1,528. 

Depuis  que,  par  la  bienveillance  de  Vyâsa,  j’ai 
entendu  raconter  de  la  bouche  même  de  Krishna , le 
maître  de  l’yoga  en  personne,  cet  yoga  suprême,  le  plus 
grand  des  mystères,  1,529. 

Je  me  rappelle,  sire,  je  me  rappelle  cette  conversation 
sainte  et  merveilleuse  de  Kéçava  et  d’ Arjouna,  et  je  m’en 
rejouis  à tout  moment.  1,630. 


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BHISHMA-PARVA. 


1/19 


Quand  je  nie  rappelle , grand  roi , quand  je  me  rap- 
pelle cette  forme  plus  que  merveilleuse  de  Hari,  je 
demeure  stupéfait,  et  je  m’en  réjouis  mainte  et  mainte 
fois.  I,ô31. 

Où  est  Krishna,  le  maître  de  l’yoga,  où  est  l’archer  fils 
de  Prithà,  là  sont  la  fortune,  la  victoire,  la  prospérité, 
une  politique  certaine  : voilà  mon  sentiment.  1,532. 


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LA  MORT  DE  BHISHMA. 


Sandjaya  dit  : 

A la  vue  de  Dhanandjaya,  armé  du  Gândiva  et  de  ses 
flèches,  les  héros  poussèrent  de  nouveau  des  cris  im- 
menses d allégresse.  1,533. 

Pleins  de  joie,  les  Pândouides,  les  Srinjayas  et  les 
braves,  qui  marchaient  à leur  suite,  remplirent  de  vent 
leurs  conques,  filles  de  la  mer.  1,534. 

Tout  à coup  furent  battus  les  tambours  et  les  ton- 
nerres ( lj,  furent  sonnés  les  trompettes  et  les  krakatchas  : 
ce  fut  un  bruit  confus.  1,535. 

La  curiosité  attira  en  ce  lieu,  monarque  des  hommes, 
les  chœurs  des  Siddhas  et  des  Tchâranas,  les  Mânes,  les 
Gandharvas  et  les  Dieux.  1 ,536. 

Les  éminents  rishis,  ayant  mis  Indra  à leur  tète,  y 
affluèrent  de  compagnie  pour  contempler  ce  grand  car- 
uage.  1,537. 


(i)  Sans  doute,  le  nom  d’un  instrument  de  musique  pour  la  guerre. 


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BHISHMA-PARVA. 


151 


A l’aspect  des  deux  armées,  sire,  mainte  et  mainte  fois 
ondoyantes,  semblables  à la  mer  et  pleines  d’ardeur  pour 
la  bataille,  le  vaillant  Dharraarâdja-Youdhishthira,  dépo- 
sant la  cuirasse,  rejetant  la  plus  excellente  des  armes, 
descendit  précipitamment  de  son  char,  vit  son  grand 
oncle,  et  debout,  4 pied,  joignant  les  paumes  de  ses 
mains  réunies  au  front,  il  s’avança  en  silence  vers  l’armée 
des  ennemis,  face  à face  avec  elle. 

1,538— 1,539— 1,540, 

Quand  Dhanandjaya  , le  fils  de  Kountl , le  vit  en 
marche,  il  descendit  à la  hâte  de  son  char,  et  s’avança 
lui-même,  accompagné  de  ses  frères.  1,541. 

Le  Vasoudévide  suivit  ses  pas,  sire,  et  les  monarques, 
désirant  voir  ce  qui  allait  arriver , suivirent  celui-ci,  selon 
les  degrés  de  leur  prééminence.  1 ,542. 

« Qu'as-tu  résolu,  sire,  lui  dit  Arjouna,  pour  que  tu 
nous  abandonnes  et  que  tu  ailles  à pied  même  au-devant 
de  l'armée  ennemie?  » 1,543. 

« Où  comptes-tu  aller  au  milieu  de  ces  armées  encui- 
rassées  de  l’ennemi,  reprit  Bhîmaséna,  toi,  Prithide, 
Indra  des  rois,  qui  abandonnes  tes  frères,  toi,  qui  as  dé- 
posé ta  cuirasse  et  ton  arme?  » 1,544. 

« Quand  je  te  voi3,  Bharatide,  toi,  mon  frère  aîné, 
t’en  aller  ainsi,  dit  Nakoula,  mon  cœur  v;  iltent  est  ac- 
cablé de  douleur.  Dis  ! où  ta  majesté  va-t-elle?  » 1,545. 

« Dans  cette  multitude  des  plus  effroyables  combat- 
tants, que  voici  rangée  et  qu’il  te  faut  combattre,  dit  à 
son  tour  Sahadéva,  où  vas-tu,  sire,  la  face  tournée  vers  les 
ennemis?  » 1,546. 

A ces  paroles  de  ses  frères,  Youdhishthira  ne  répondit 
pas  un  seul  mot,  rejeton  de  Kourou,  et  même,  dans  sa 


152 


LE  MAHA-BHARATA. 


marche  silencieuse,  rien  n’arrêtait  ses  regards.  1,5A7. 

Le  magnanime  à la  grande  science,  Krishna,  leur  dit 
en  riant  : « Sun  dessein  m’est  connu.  1,5A8. 

» Quand  il  aura  fait  approuver  sa  conduite  à Bhishma, 
à Drona,  au  Gotamide,  à Çalya  et  à tous  les  gourous,  il 
combattra  avec  tous  les  ennemis.  1,549. 

» En  effet,  comme  nous  l’enseigne  la  tradition  dans  un 
précédent  kalpa,  la  victoire  d'une  bataille  est  certaine 
pour  l'homme,  qui  combattra  avec  de  plus  grands,  s’il 
fait  approuver  sa  guerre,  conformément  aux  Traités  de 
morale,  à ses  parents,  aux  vieillards  et  aux  gourous  ; c'est 
mon  sentiment!  » Tandis  que  Krishna  parlait  de  cette 
manière,  il  s’éleva  dans  l’armée  des  Dhritarâshtrides  un 
grand  brouhaha,  et  l’armée  contraire  demeura  dans  le  si- 
lence. A la  vue  d’Youdhishthira,  les  vaillants  guerriers 
du  Dhritarâshtride  se  dirent  l’un  à l’autre  : « Cet  homme 
est  l’opprobre  de  sa  famille;  car  il  est  évident  que  ce  roi 
Youdhishthira,  accompagné  de  ses  frères,  s’avance  men- 
diant un  secours,  avec  l’air  comme  effrayé  à l'aspect  de 
Bhishma!  Comment?  Quand  il  a pour  défenseurs  Dha- 
nandjaya  et  Vrikaudara,  le  fils  de  Kounti, 

1,550 — 1,551 — 1,552 — 1,655 — 1,554. 

» Et  Nakoula,  et  Sahadéva,  ce  Pàndouide  s’avance  ef- 
frayé! Ce  guerrier,  célèbre  dans  le  monde,  n’a-t-il  pas 
reçu  la  naissance  dans  une  famille  de  kshatryas,  comme 
parait  l’annoncer  son  cœur  timide  et  d’une  faible  énergie 
dans  la  guerre?  » Ensuite,  tous  les  guerriers  joyeux, 
l’âme  bien  disposée,  de  célébrer  les  Kourouides,  de  se- 
couer chacun  en  particulier  ses  vêtements,  et  de  blâmer 
unanimement,  roi  des  hommes,  Youdhishthira,  qui  mar- 
chait, avec  ses  frères,  accompagné  de  Kéçava.  Puis, 


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BHISHMA-PARVA. 


153 


quand  l'armée  Kouravienne  se  fut  épuisée  en  blâme  sur  le 
fils  d’Yama,  1,555—1,556—1,557—1,558. 

Elle  retomba  de  nouveau,  sire,  tout  à coup  dans  le  si- 
lence : « Qu’est-ce  que  va  dire  ce  roi?  s’entredisaient-ils. 
Qu’est-ce  que  Bhtshma  va  lui  répondre?  1,559. 

» Que  va  dire  Bhima,  fier  de  ses  batailles?  Que  diront 
Krishna  et  Arjouna?  Quelles  paroles  désire-t-il  lui-même 
nous  faire  entendre?  » Une  bien  grande  incertitude,  sire, 
dont  Youdhishthira  était  l’objet,  tenait  donc  alors  en  sus- 
pens les  deux  armées.  Il  se  plongea  dans  l'armée  des 
ennemis,  hérissée  de  lances  en  fer  et  de  flèches. 

1,560—1,561. 

Environné  de  ses  frères,  il  s’approcha  à la  hâte  de 
Bhishma,  et  lui  prit  les  pieds  de  ses  deux  mains  ; puis,  le 
roi  Pândouide  tint  ce  langage  au  fils  de  Çântanou,  à 
Bhishma,  préparé  au  combat  : 1,562 — 1,503. 

« Je  te  salue,  invincible  guerrier;  nous  allons  com- 
battre avec  toi.  Daigne  me  le  permettre  ici,  et  accorde- 
moi  ta  bénédiction.  » l,56â. 

« Si  tu  ne  t’étais  point  ainsi,  souverain  de  la  terre,  lui 
répondit  Bhtshma,  approché  de  moi  dans  la  guerre,  je 
t'aurais  maudit  pour  la  défaite , puissant  roi.  1,565. 

» Je  suis  content,  mon  fils;  obtiens  la  victoire;  obtiens 
dans  la  guerre  autre  chose,  fils  de  Pândou,  qui  est  l’objet 
de  tes  désirs.  1,566. 

# Que  désires-tu  de  nous,  Prithide,  le  plus  distingué 
entre  tous  les  hommes  de  choix?  Puisque  tu  as  agi  de 
cette  manière,  grand  roi,  tu  n’as  point  à craindre  la  dé- 
faite! 1,567. 

» L’homme  est  le  serviteur  de  l’affaire,  dit-on;  mais 
l'affaire  n’est  pas  la  servante  de  l'homme.  En  vérité,  grand 


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154  LE  MAHA-BHARATA. 

roi,  les  Kourouides  m’ont  enchaîné  à leur  affaire.  1,508. 

» En  conséquence,  rejeton  de  Kourou,  je  te  répète 
cette  parole,  comme  une  personne  impuissante  : les  Kou- 
rouides m’ont  enchaîné  à leur  affaire.  Que  désires-tu 
autre  chose  que  le  combat?  » 1,569. 

« Parle  sans  cesse  en  ma  faveur,  guerrier  à la  grande 
science,  qui  désires  mon  bien,  reprit  Youdhishthira. 
Combats  dans  l’intérêt  des  Kourouides  : ce  sera  toujours 
ce  qu’il  y a de  mieux  pour  moi  ! » 1,570. 

<i  Quelle  chose  possible  à soutenir  ferai-je  ici  pour  toi, 
sire?  lui  répondit  Bhlshma.  Je  combattrai,  puisque  tu  y 
consens,  fils  de  Kourou,  dans  l’intérêt  de  l’ennemi  : dis- 
moi  ce  que  tu  veux  dire  ! » 1,571. 

o Je  t’interroge  donc,  mon  père;  adoration  te  soit 
rendue,  mon  aïeul!  reprit  Youdhishthira.  Comment  pour- 
rai-je vaincre  dans  la  bataille  ton  altesse  invaincue?  Dis- 
moi  cette  bonne  chose,  si  le  meilleur  des  partis  est  exposé 
devant  tes  yeux.  » 1,572 — 1,573. 

« Je  ne  vois  pas  d’homme,  qui  puisse  me  vaincre,  fils 
de  Kountl,  quand  je  combats  en  bataille,  repartit  Bhish- 
ma.  Non!  il  n’est  personne,  pas  môme  Çatakratou,  fût— 
•'  il  visible  à nos  yeux!  » 1,574. 

« Eh  bien  ! c’est  la  question,  reprit  Youdhishthira,  que 
je  t’adresse,  mon  aïeul.  Dis-moi  quel  est  le  moyen,  que 
les  ennemis  auraient  de  te  donner  la  mort  dans  un  com- 
bat. » 1,575. 

« Je  ne  vois  pas  d’homme,  lui  répondit  Bhlshma,  qui 
puisse  triompher  de  moi  dans  une  bataille  : par  consé- 
quent, l’heure  de  la  mort  ne  peut  arriver  pour  moi.  Fais 
ton  retour  vers  les  tiens  ! » 1 ,576. 

Le  rejeton  de  Kourou,  Youdhishthira  reçut  la  parole 


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BH1SHMA-PARVA.  165 

de  Bhlsbma  sur  sa  tête,  et  il  s’inclina  de  nouveau  en  sa 
présence.  1,677. 

Le  guerrier  aux  longs  bras  s’avança  de  nouveau  auprès 
du  char  de  l’Atchârya,  au  milieu  de  tous  les  guerriers, 
attachant  leurs  yeux  sur  lui,  environné  de  ses  frères. 

11  s’inclina  devant  Drona,  décrivit  un  pradakshina  au- 
tour de  lui  et  fit  entendre  de  sa  voix  à l’invincible  guide 
spirituel  ces  paroles  dirigées  vers  l’utilité  : 1,578-1,579. 

h Je  te  salue,  inaffrontable  ; je  vais  combattre,  exempt 
de  péchés.  Comment  pourrai-je  vaincre  tous  les  ennemis, 
brahme,  avec  ta  permission  ? » 1,580. 

» Si  tu  n’étais  venu  auprès  de  moi  avec  une  résolution 
bien  arrêtée  pour  le  combat,  lui  répondit  Drona,  j’aurais 
fulminé  sur  ta  tête  une  malédiction,  qui  eût  entraîné 
entièrement  ta  défaite.  1,581. 

» Je  suis  honoré  par  toi,  prince  sans  péché,  et  cette 
déférence  me  satisfait,  Youdhishthira;  combats,  je  te  le 
permets,  et  remporte  la  victoire.  1,582. 

•>  11  faut  que  j’accomplisse  ton  désir;  dis-moi  ce  que 
tu  veux  me  dire.  Les  choses  étant  ainsi,  grand  roi,  que 
désires-tu  autre  chose  que  le  combat?  1,583. 

» L’homme  est  le  serviteur  de  l’affaire,  dit-on,  l’af- 
faire n’est  point  la  servante  de  l'homme.  En  vérité,  grand 
roi , les  Kourouides  m’ont  enchaîné  îf  leur  affaire. 

b Par  conséquent,  je  dois  le  parle&en  personne  impuis- 
sante. As-tu  un  autre  désir  que  le  combat?  Je  ferai  la 
guerre  dans  l’intérêt  des  Kourouides  : c’est  à toi  de  gou- 
verner ma  victoire.  » l,58â — 1 ,585. 

« Souhaite  pour  moi  la  victoire,  brahme,  et  dis  quel 
sera  mon  bien,  lui  répondit  Youdhishthira.  Combats  dans 
la  cause  des  Kourouides  : c’est  la  grâce,  dont  moi-même 
je  fais  élection.  » 1,586. 


150 


LE  MAHA-BHARATA. 


« La  victoire  est  certaine  pour  toi,  sire,  puisque  Hari 
est  ton  conseiller,  repartit  Drona.  Je  te  connais,  tu  vain- 
cras les  ennemis  dans  la  bataille.  1,587. 

» Krishna  est  pour  toi  la  victoire,  par  cela  même  que 
Krishna  est  ton  devoir.  Combats,  (ils  de  Kounti;  viens! 
interroge-moi  1 que  te  dirai-je  ? » 1,588. 

« Je  t’interroge,  ô le  meilleur  des  brahines!  reprit 
Youdhishthira.  Écoute  ce  que  j’ai  envie  de  te  dire.  Com- 
ment pourrai-je  triompher  dans  le  combat  de  ta  sainteté, 
qui  n’a  jamais  connu  la  défaite  ? » 1,589. 

« Tu  n’auras  pas  la  victoire  tant  que  je  combattrai 
sur  le  champ  de  bataille,  répondit  le  vieux  brahme. 
Efforce-toi  avec  tes  frères,  sire,  de  me  donner  prompte- 
ment la  mort.  » 1,590. 

« Eh  bien  ! dis-moi  donc,  guerrier  aux  longs  bras, 
quels  sont,  reprit  Youdhishthira,  les  moyens  de  te  donner 
la  mort.  Tombé  à tes  pieds,  je  t’interroge,  Atchàrya;  ado- 
ration te  soit  rendue  ! u 1,691. 

« Je  ne  vois  pas,  mon  fils,  repartit  Drona,  un  ennemi, 
qui  puisse  me  tuer  sur  le  champ  de  bataille,  combattant 
de  pied  ferme,  plein  d’une  bouillante  colère  et.  faisant 
pleuvoir  des  pluies  de  flèches  en  torrents.  1,592. 

» Je  ne  vois  pas  le  héros,  qui  me  tuerait  dans  un  com- 
bat, c’est  une  •vérité,  que  je  te  dis,  excepté  si  j’avais 
déposé  mes  armes,  que  mon  âme  fût  expirante  et  moi  ar- 
rivé près  de  la  mort.  1,593. 

» Je  mettrais  bas  les  armes  dans  une  bataille,  si  j’en- 
tendais  un  mot  blessant  d'une  grande  importance,  venu 
d’un  homme  à la  parole  croyable  : je  te  dis  cette  vérité.  » 

A ces  mots,  roi  puissant,  du  sage  fils  de  Bharadwâdja, 
Y oudhûhthira  s’avança  vers  le  Çaradvatide,  après  qu’il  eut 
obtenu  l’approbation  du  guide  spirituel.  1,594 — 1,595, 


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BHISHMA--PAHVA. 


157 


11  s’inclina  devant  Kripa,  il  décrivit  un  pradakshina 
autour  de  lui,  et,  habile  à manier  la  parole,  il  adressa  au 
plus  inaffrontable  des  héros  ces  paroles  : 1,590. 

« Quand  j'aurai  reçu  ton  approbation,  mon  gourou,  je 
combattrai,  libre  de  péchés;  puisse-je  vaincre  tous  les 
ennemis  avec  ta  permission,  mortel  sans  péché  I » 1,597. 

« Si  tu  ne  t’étais  pas  approché  de  moi  avec  une  réso- 
lution bien  arrêtée  pour  la  bataille,  répondit  Kripa,  j’au- 
rais fulminé  contre  toi  une  malédiction,  grand  roi,  qui 
eût  entraîné  entièrement  ta  ruine.  1,598. 

» L’homme  est  le  serviteur  de  l’affaire,  mais  l’afTaire, 
dit-on,  n’est  pas  la  servante  de  l’homme.  En  vérité,  les 
Kourouides,  grand  roi,  m’ont  enchaîné  à leur  affaire. 

» Il  me  faut  combattre  dans  l’intérêt  de  ces  princes; 
c'est  mon  opinion,  Mahàràdja.  Je  te  parle  donc  en  homme 
impuissant.  Que  désires-tu  en  dehors  de  la  bataille  ? » 

1,599—1,000. 

« Eh  bien  ! je  t’interroge  donc  : Atchârya,  écoute  mon 
langage,  » reprit  Youdhishthira.  A ces  mots,  il  ne  parla 
plus,  agité  par  la  douleur,  et  sembla  un  corps,  d'où  l’âme 
s’est  enfuie.  1,001. 

Le  Gotamide  répondit  au  prince,  qui  s’était  évanoui, 
ayant  le  désir  de  poursuivre  son  discours  : 

« On  ne  peut  me  donner  la  mort,  puissant  monarque  ; 
combats  et  gagne  la  victoire.  1,002. 

» Je  suis  content  de  ta  venue  en  ce  lieu,  roi  des  hommes; 
je  désire  toujours  ta  victoire  ; relève-toi  : c’est  une  vérité, 
que  je  te  dis  là.  1,003.  » 

A peine  eut-il  entendu  ces  paroles  du  Gotamide,  le  mo- 
narque, ayant  fait  approuver  son  dessein  à Kripa,  de  s’a- 
vancer où  était  le  souverain  de  Madra.  1,604. 


158 


LL  MAHA-BHAKATA. 


Il  s’inclina  devant  Çalya,  il  décrivit  un  pradakshina  au- 
tour du  prince  invincible,  et  le  roi  de  lui  adresser  ces  pa- 
roles fortunées:  1,605. 

« Je  demande  ton  approbation,  insurmontable  héros, 
grâce  à laquelle  je  combattrai  sans  péché.  Puissé-je  vaiu- 
cre  tous  les  ennemis,  sire,  avec  ta  permission.  » 1,606. 

« Si  tu  n’étais  pas  venu  me  trouver,  lui  répondit  Çalya, 
avec  une  résolution  bien  arrêtée  pour  le  combat,  j’eusse 
fulminé  contre  toi  une  malédiction,  puissant  roi,  qui  eût 
entraîné  ta  défaite  dans  le  combat.  1,607. 

« Je  suis  content,  je  suis  honoré  ; accompli  soit  donc 
tout  ce  que  tu  désires  ! Combats,  je  te  le  permets,  et  rem- 
porte la  victoire.  1 ,608. 

» Dis  une  parole,  héros  : ds  quelle  chose  as-tu  besoin  ? 
Que  te  donnerai-je  ? Dans  cette  conjoncture,  Mahârâdja, 
que  désires-tu  en  dehors  du  combat?  1,609. 

» L’homme  est  le  serviteur  de  l'affaire,  dit-on;  mais 
l’affaire  n’est  pas  la  servante  de  l’homme.  Ce  mot  est  vrai, 
sire, et  les  Kourouides  m'ont  enchaîné  à leur  affaire.  1,610. 

» J’accomplirai  ton  vœu,  fds  de  ma  sœur,  comme  tu  le 
désires.  Je  te  parlerai  donc  en  personne  impuissante.  Qu  > 
désires-tu,  mais  autre  chose  que  le  combat?  » 1,611. 

« Dis  toujours,  Mahârâdja,  répondit  Youdhishthira, 
ce  qui  est  mon  bien  le  plus  grand  : volontiers,  combats 
dans  la  cause  de  l’ennemi,  c’est  aussi  la  grâce,  dont  je  fais 
choix.»  1,612. 

« Qu’y  a t-il  ici  de  possible?  Dis,  0 le  plus  sage  des 
rois,  reprit  Çalya,  et  je  le  ferai  pour  toi  volontiers  ! je 
combattrai  dans  la  cause  de  l’ennemi  ; car  les  Kouroui- 
des m’ont  choisi  dans  leur  affaire.  » 1,613. 

« Un  effort  de  ta  vaillance , Çalya,  est  la  grâce,  que  je 


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BHISHMA-PARVA. 


159 


demande  moi-même,  dit  Youdhishthira.  11  te  faut  exécu- 
er  dans  la  guerre  la  mort  de  la  vigueur,  que  possède  le 
fils  du  cocher.  » 1,61A. 

« Ton  voeu  sera  accompli,  comme  tu  le  désires,  fils  de 
Kountl,  répondit  Çalya.  Va  ! combats  ; je  te  promets  la 
victoire.  » 1,615. 

Dès  qu’il  eut  reçu  l’approbation  de  son  oncle,  le  souve- 
rain de  Madra,  le  fils  de  Kountl,  environné  de  ses  frères, 
sortit  de  la  grande  armée.  1 ,616. 

Le  Vasoudévide  s’avança,  dans  le  champ  de  bataille, 
vers  le  fils  adoptif  de  Mdhâ,  et  ce  frère  aîné  de  Gada  lui 
parla  ainsi  dans  l’intérêt  des  Pândouides  : 1,617. 

« J’ai  ouï  dire,  Karna,  que  tu  ne  combattrais  pas,  à 
cause  de  ta  haine  pour  Bhîshma.  Fais  choix  de  notre 
parti,  avant  que  Bhîshma  ne  périsse.  1,618. 

n Mais,  Bhîshma  une  fois  mort,  tu  reviendras  à la 
guerre,  fils  de  Râdhà,  si  tu  vois  l’alliance  avec  le  Dhri- 
tarâshtride,  égale  à votre  omit  U'.  » 1,619. 

« Je  ne  ferai  pas  une  chose  désagréable  au  Dhrita- 
râshtride,  répondit  Karna.  Sache  que  je  désire,  Kéçava, 
le  bien  de  Douryodhana,  à qui  j’ai  sacrifié  ma  vie.  » 

Aussitôt  qu’il  eut  entendu  ces  paroles,  Krishna  s’en  re- 
vint, Bharatide,  se  réunir  aux  fils  de  Pàndou,  qui  avaient 
à leur  tête  Youdhishthira.  1,620  — 1,621. 

Le  premier-né  des  Pândouides  cria  au  milieu  de  cette 
armée:  « Quiconque  nous  choisit,  je  le  choisis  moi-même 
pour  mon  allié  ! # 1,622. 

Alors,  fixant  ses  regards  sur  eux,  Youvoutsou,  l’âme 
joyeuse,  répondit  à Dharmarâdja-Youdhishthira,  le  fils 
de  Kountl  : 1,623. 

« Majestés,  je  combattrai  pour  vous  les  fils  de  Dhrita- 


160 


LE  MAHA-BH  \ Il  ATA. 


râshtra,  si  c’est  moi,  que  tu  choisis,  irréprochable  mo- 
narque. » l,62â. 

« Viens  ! viens  ! répondit  Youdhishthira  ; noos.  You- 
you tsou  et  le  Vasoudévide,  nous  combattrons  tes  aveugles 
frères;  nous  parlons  en  général.  1,625. 

» Je  te  choisis,  combats  pour  ma  cause  ; en  toi,  guer- 
rier aux  longs  bras,  on  voit  la  postérité  et  les  offrandes 
funèbres  du  roi  Dhritarâshtra.  1 ,626. 

u Aime-nous,  qui  t’aimons,  fils  de  roi  à la  grande  splen- 
deur. L’insensé  fils  de  Dhritarâshtra  n’en  concevra  point 
décoléré.»  1,627. 

Ensuite,  Youyoutsou  de  faire  résonner  le  tambour  et, 
abandonnant  les  Kourouides,  tes  fils,  de  passer  à l’armée 
des  fils  dePândou.  1,628. 

Alors  tout  rempli  de  joie,  le  roi  Youdhishthira  aux 
longs  bras  revêtit  de  nouveau  sa  cuirasse  enflammée, 
flamboyante  d’or.  1,629. 

Tous  les  plus  vaillants  des  hommes  revinrent  chacun  à 
son  char,  et  ils  rangèrent  de  rechef  la  multitude  en  ba- 
taille, comme  elle  était  auparavant.  1,630. 

Les  héros  firent  résonner  les  tambours  par  centaines  et 
jetèrent  différents  nobles  cris  de  guerre.  1 ,631. 

A la  vue  des  Pàndouides,  ces  tigres  des  hommes,  de- 
bout sur  leurs  chars,  les  princes,  Dhrishtadyoumna  et  les 
autres,  tous  alors  de  s'en  féliciter.  1,632. 

A peine  eurent-ils  vu  la  gravité  des  fils  de  Pàn- 
dou,  guerriers  vénérables  et  qui  savaient  s'acquitter 
des  respects  dus  à autrui,  les  souverains  de  la  terre 
les  comblèrent  en  ce  moment  des  plus  grands  hom- 
mages. 1,633. 

Les  rois  de  se  raconter  l'amitié,  la  miséricorde  oppor- 


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BHISHMA-PAllVA. 


161 


tune,  l’éminente  compassion  de  ces  magnanimes  envers 
leurs  parents.  1,634. 

« Bien  ! bien  ! » acclamait-on  ; et  de  toutes  parts  ces 
hommes  remplis  de  gloire  envoyaient  des  paroles  saintes, 
accompagnées  d’éloges,  qui  ravissaient  le  cœur  et  l’esprit. 

Les  Mlétchhas  et  les  Aryas,  qui  virent  et  qui  enten- 
dirent ce  spectacle  et  ce  langage,  pleurèrent  alors,  en 
bégayant  cette  noble  conduite  des  fils  de  Pàndou. 

1,635—1,636. 

Charmés  de  joie,  ces  héros  impétueux  battirent  les 
grands  et  nobles  tambours  ; ils  emplirent  de  vent  par 
centaines  les  conques,  dont  la  blancheur  était  semblable 
à du  lait.  1,637. 

Ûhritaràshtra  dit  : 

« Tandis  que  les  armées  des  miens  et  celles  de  l’en- 
nemi étaient  ainsi  rangées  en  bataille,  qui  furent  ceux  des 
Kourouides  et  des  Pàudouides,  qui  portèrent  les  premiers 
coups?  » 1,638. 

Dès  qu’il  eut  entendu  la  parole  de  son  frère,  ton  fils 
Douççâsana,  répondit  Sandjaya,  mit  Bhishma  à la  tète  de 
l'année  et  marcha  avec  elle  avant.  1,639. 

Tous  les  Pândouides,  sous  la  conduite  de  Bhlmaséna, 
s’avancèrent,  faine  joyeuse,  désirant  combattre  Bhishma. 

Les  cris  de  guerre,  les  exclamations  de  plaisir,  le 
grincement  des  scies,  le  bruit  des  cornes  de  taureau,  les 
tambours,  les  tymbales,  les  tambourins,  le  hennissement 
des  chevaux  et  le  barrit  des  éléphants,  couraient  pêle- 
mêle  au  milieu  des  airs,  sire,  par-dessus  les  deux  armées. 
Nos  cris  se  confondaient  avec  les  cris  des  ennemis  : c’é- 
tait alors  un  vaste  tumulte.  1,640 — 1,641 — 1,642. 

Vil  11 


162 


LE  MAHA-BHA1UTA. 


Dans  ce  choc  d’une  grande  inimitié,  les  nombreuses 
armées  du  Pàndouide  et  du  fils  de  Dhritaiâshtra  ébran- 
lèrent par  le  son  des  tambours  et  des  conques  les  forêts, 
comme  si  elles  étaient  secouées  par  le  vent.  1,643. 

En  cet  instant  malheureux,  où  les  armées,  pleines  de 
coursiers , d’éléphants  et  de  rois  fondirent  l’une  sur 
l'autre,  un  bruit  s’éleva,  immense,  tel  que  celui  des  mers 
soulevées  par  l’orage.  1,644. 

Au  milieu  de  ce  tumulte,  qui  éclatait,  horripilant,  con- 
fus, Bhîmaséna  aux  longs  bras  de  pousser  des  cris  comme 
un  taureau.  1,646. 

Cette  clameur  du  héros,  elle  domina  par-dessus  le  bruit 
des  tambours  et  des  conques,  le  barrit  des  éléphants  et 
les  cris  de  guerre  des  deux  armées.  1,646. 

Bhîmaséna  fit  entendre  sa  voix  plus  forte  que  tous  les 
bruits  des  chevaux,  qui  hennissaient  par  milliers  dans  les 
armées.  1,647. 

Les  divisions  de  trembler  à ce  cri  entendu  : le  son  en 
ressemblait  à celui  de  la  foudre  d’Indra  ou  au  nuage  ton- 
nant. 1,648. 

A la  voix  de  ce  héros,  toutes  les  montures  de  lâcher 
sous  elles  l’urine  et  les  excréments  : le  reste  des  animaux 
en  fut  effrayé  comme  au  rugissement  d'un  lion.  1,649. 

Se  montrant  épouvantable  , mugissant  comme  une 
grande  nuée,  jetant  la  terreur  dans  l’âme  de  tes  fils  , il 
s’avança  là  vers  eux.  1,650. 

Les  frères  de  retenir  le  héros,  qui  se  portait  en  avant, 
et  de  le  couvrir  avec  une  multitude  de  flèches,  tels  que 
des  nuées  masquent  l’auteur  du  jour.  1,651. 

Douryodhana,  ton  fils,  sire,  Dourmoukha  et  Doussaha, 
Douççâsana  et  Dourmarshana,  qui  combat  sur  un  char, 


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BH1SHMA-PARVA. 


468 


Vivinçati,  Tchitraséna  et  le  héros  Vikarna,  Pouroumi- 
tra,  Djaya,  Bhodja  et  le  vigoureux  fils  de  Somadatta 

1,652—1,653. 

Laissèrent  échapper  de  leurs  mains  les  grands  arcs, 
de  même  que  des  nuées  vomissent  des  éclairs,  et  prirent 
des  flèches  de  fer,  semblables  à des  serpents  déchaînés. 

Les  fils  de  Draâupadl,  le  héros  né  de  Soubhadrà,  et 
Nakoula,  Sahadéva,  Dhrishtadyoumna  le  Prishatide 

S’avancèrent,  accablant  de  traits  aigus  les  enfants  de 
Dhritarâshtra,  comme  les  sommets  des  montagnes  sonten 
but  aux  coups  de  la  foudre  rapide.  1,654-1,655-1,656. 

Et  parmi  tant  d’ennemis,  il  n’y  eut  personne,  qui,  dans 
ce  premier  combat,  détourna  la  tête  au  bruit  épouvantable, 
que  faisait  éclater  la  surface  de  la  corde  de3  arcs.  1,657. 

Je  vis  combien  les  disciples  de  Drona,  sire,  avaient 
la  main  prompte  à décocher  une  multitude  de  flèches,  qui 
transperçaient  les  drapeaux.  1,658. 

Le  bruit  des  arcs,  qui  murmurent  en  décochant  la 
flèche,  ne  se  calme  pas;  ils  envoient  des  traits  enflammés 
comme  des  étoiles  filantes,  qui  glissent  sur  la  surface  du 
ciel.  1,659. 

Tous  les  autres  souverains  de  la  terre,  éminent  Bhara- 
tide,  ont  vu,  comme  s’ils  étaient  assis  au  spectacle,  cet 
admirable  Bhîma  s’avancer  vers  tes  ennemis,  ses  parents. 

Enflammés  de  colère,  se  portant  des  coups,  qui  attes- 
taient leur  cruauté,  ces  héros  déployaient  leur  force,  sire, 
avec  un  mutuel  désir  de  l’emporter  l’un  sur  l’autre. 

Remplies  de  chars,  de  coursiers  et  d’éléphans,  les  deux 
armées  de  Kourou  et  de  Pândou  brillaient  au  plus  haut  point 
sur  le  champ  de  bataille,  comme  des  couleurs  sur  une 
étoffe  peinte.  1,660 — 1,661 — 1,662. 


LE  MAHA-BHARATA. 


164 

Ensuite,  tous  les  princes,  ayant  empoigné  leurs  arcs, 
le  soleil  disparut,  voilé  par  la  poussière,  soulevée  sous  les 
pieds  des  guerriers.  1,663. 

D'après  l'ordre  de  ion  fds,  les  deux  armées  s’affron- 
tèrent. Tandis  quelles  couraient,  elles  formaient  là  une 
vaste  barrière  impénétrable  d'éléphants  et  de  chevaux, 
pleine  de  conques  et  de  tambours,  auxquels  se  mêlait  le 
son  des  cris  de  guerre  : c'était  une  bruyante  tortue  d’épées, 
de  pachydermes,  d'arcs  et  de  flèches  saisies.  1,664-1,665. 

Le  vent,  qui  bondissait  par-devant,  produisait  le  son 
comme  d’une  mer  agitée.  Les  princes,  qui,  par  milliers, 
suivaient  les  ordres  d’ Youdhishthira,  joignirent  avec  leurs 
gens  l’armée  de  ton  fils,  et  la  rencontre  des  guerriers  de 
ces  deux  armées  fut  marquée  de  la  plus  grande 
violence.  1,666 — 1,667. 

On  ne  vit  différence  aucune  entre  les  tiens  et  les  ennemis 
pour  combattre  et  revenir  à leurs  rangs  après  avoir  été 
rompus.  1,668. 

Tandis  que  se  déroulait  ce  combat  très-épouvantable, 
tout  rempli  de  tumulte,  ton  père  excellait  en  splendeur 
par-dessus  toutes  les  armées.  1,669. 

Le  matin  de  ce  cruel  jour  eut  lieu,  monarque  des 
hommes,  une  bataille  d’une  grande  terreur,  qui  déchira 
le  corps  des  rois  : 1,670. 

Combat,  où  les  Kourouides  désiraient  vaincre  les  Srin- 
djayas  et  qui  fit  résonner  les  échos  du  ciel  et  de  la  terre, 
comme  le  rugissement  des  lions.  1,671. 

Les  exclamations  de  joie  étaient  égales  au  bruit  des 
conques  : on  y apprit  à connaître  les  cris  de  guerre  des 
rois,  qui  répondaient  aux  cris  de  guerre.  1,672. 

Le  bruit  de  la  corde  de  l'arc  frappée  sur  la  manique. 


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BHISHMA-PARVA. 


165 


le  piétinement  des  pas  de  l’infanterie,  le  grand  tumulte 
des  cavaliers,  le  son  des  bâtons  ferrés  et  des  crocs  aigus, 
qui  s' abattaient  sur  le  cou  des  pachydermes,  le  cliquetis 
des  armes  et  le  branle  des  clochettes,  que  les  éléphants 
secouaient,  en  courant  l’un  sur  l’autre,  formaient  alors 
un  brouhaha  discordant,  épouvantable  : le  bruit  des  chars 
ressemblait  au  nuage  tonnant.  1,073 — 1,674 — 1,675. 

Tous,  embrassant  des  sentiments  cruels  et  faisant  le 
sacrifice  de  leur  vie,  ils  fondirent  sur  les  Pândouides,  avec 
leurs  enseignes  déployées.  1,676. 

Armé  d’un  arc  effrayant  et  semblable  au  bâton  de  la 
Mort,  le  fils  de  Çântanou  lui-même,  sire,  de  se  précipiter 
sur  Dhanandjaya.  1,677. 

Arjouna,  saisissant  l’arc  Gândtva , célèbre  dans  le 
monde,  courut,  impétueux,  sur  le  fils  de  la  Gangâ,  au 
front  de  la  bataille.  1,678. 

Ces  deux  tigres  de  Kourou  désiraient  la  mort  l’un  de 
l’autre;  mais  le  vigoureux  fils  de  la  Gangâ  ne  put 
même,  dans  ce  combat,  ébranler  de  son  coup  le  fils  de 
Prithâ.  1,679. 

Le  Pândouide,  sire,  n'ébranla  point  Bhîshma  sur  le 
champ  de  bataille.  Sàtyaki  au  grand  arc  s’élança  contre 
Kritavarman.  1,080. 

Le  combat  de  ces  deux  héros  fut  bien  grand,  épouvan- 
table. Sàtyaki  salua  Kritavarman,  et  celui-ci  de  saluer  Sà- 
tyaki ; puis,  ces  deux  hommes  à la  vaste  force  de  se  dé- 
chirer bruyamment  ; et  bientôt  ils  brillèrent,  tous  les 
membres  couverts  de  flèches,  1,681  — 1,682. 

Tels  qu’au  printemps  deux  kinçoukas  fleuris  (1)  aux 


(i)  Poushpaçabalaâu  poushpitdviva. 


106 


LE  MAHA-BHARATA. 


fleura  (1)  variées.  Le  héros  Abhimanyou  engagea  un  com- 
bat avec  Vrihadbala.  1,683. 

Le  roi  Koçalien  dans  ce  conflit,  souverain  des  hommes, 
trancha  le  drapeau  du  fils  de  Soubhadrà  et  abattit  son 
cocher.  1,684. 

Celui-ci,  irrité  à la  vue  de  son  guide  renversé  du  char, 
blessa  Vrihadbala  de  neuf  flèches.  1 ,085. 

Ensuite,  prenant  deux  autres  bhallas  acérés,  ce  broyeur 
des  ennemis  coupa  avec  l’un  son  drapeau,  tua  son  cocher 
avec  l'autre  et  fendit  sa  roue.  1 ,686. 

Ces  deux  vaillants  héros  de  se  déchirer  mutuellement 
avec  des  flèches  mordantes.  Bhlmaséna  combattit  sur  ce 
champ  de  carnage  le  héros  Douryodhana,  ton  fils,  orgueil- 
leux, enflammé,  aux  hostilités  déclarées.  Ces  deux  vail- 
lants héros,  les  principaux  des  Kourouides,  déchargèrent 
l’un  sur  l'autre  deux  averses  de  flèches  dans  la  plaine  du 
combat.  A l'aspect  de  ces  magnanimes,  adroits,  combat- 
tant avec  des  armes  diverses,  l'étonnement  naquit  dans 
l'esprit  de  toutes  les  créatures.  Une  bataille  engagea 
avec  le  héros  Nakoula  Douççâsana, 

Qui  le  blessa  de  ses  flèches  nombreuses,  aigiies,  tran- 
chant les  articulations;  et  le  lils  de  M&drl  lui  coupa  son 
drapeau,  son  arc  et  sa  flèche,  en  riant,  Bharatide,  avec 
ses  traits  acérés.  Ensuite,  ton  invincible  fils  darda  sur 
Nakoula  dans  cette  grande  bataille  vingt-cinq  petites 
flèches.  11  entama  ses  coursiers  et  lit  tomber  à terre  son 
drapeau.  ( De  la  stance  1,687  à la  stance  1,694). 

Dourinoukha  combattit  Sahadéva  à la  grande  force  ; 
puis,  le  héros  Sahadéva  abattit  dans  cette  grande  bataille 


(I)  PoushpaçabaUiâu  poushpit Aviva. 


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BH1SHMA-PARVA. 


167 


le  cocher  de  Dourmoukha  avec  une  flèche  au  tranchant  des 
plus  aigus,  et  le  blessa  dans  cette  terrible  rencontre  avec 
une  pluie  de  traits  en  dépit  de  ses  efforts.  1,694 — 1,695. 

Ces  deux  guerriers,  ivres  de  la  fureur  des  combats, 
désirant  voir  déjà  fini  le  duel  commencé,  de  s’inspirer  un 
mutuel  effroi,  avec  des  flèches  terribles.  1,696. 

Le  roi  Youdhishthira  fondit  lui-même  sur  le  souverain 
de  Madra  ; mais  celui-ci  de  lui  couper  son  arc  à ses  yeux 
mêmes  en  deux  morceaux.  1,697. 

Mais,  sans  plus  s’occuper  de  son  arc  coupé,  l’autre  de 
saisir  rapidement  un  second  arc  plus  solide.  Le  fils  de 
Kountî  irrité  couvrit  le  roi  de  Madra  sous  des  flèches  aux 
nœuds  inclinés,  en  lui  criant  : « Arrête  ! arrête-toi  ! » 

1,698-1,699. 

Dhrishtadyoumna  s’élança,  Bharatide,  sur  Drona;  mais 
celui-ci  dans  la  plus  ardente  colère  trancha  l’arc  solide, 
donnant  la  mort,  dans  les  mains  du  magnanime  Pàn- 
tchàlain  ; et  de  lui  envoyer  dans  ce  combat  une  flèche  de 
la  plus  grande  épouvante,  pareille  au  bâton  de  la  Mort. 
Le  trait  se  plongea  dans  son  corps.  Mais,  ayant  pris  un 
second  arc  et  quatorze  flèches,  le  fils  de  Droupada  blessa 
Drona  dans  cette  rencontre.  Ces  deux  héros  dans  la  plus 
vive  colère  se  livrèrent  le  plus  violent  combat. 

1,700—1 ,701—1 ,702—1,703. 

Çankha,  joyeux  dans  la  bataille,  s’avança  pour  com- 
battre le  fils  de  Somadatta,  plein  de  joie  dans  le  combat, 
puissant  monarque,  et  lui  cria  : « Arrête  ! arrête-toi  ! » 

Le  héros  lui  brisa  dans  cette  lutte  le  bras  droit;  mais 
le  fils  de  Somadatta  fit  une  blessure  à Çankha  dans  l’en- 
droit où  est  la  clavicule.  1,704 — 1,705. 

Le  combat  de  ces  deux  guerriers,  enflammés  de  fureur 


168 


LE  MAHA-BHARATA. 


dans  cette  bataille,  fut  rapide  avec  des  formes  effrayantes, 
comme  le  combat  d’un  Dânava  et  d’un  Dieu.  1,706. 

Le  héros  irrité  Dhrishtakétou  à l'âme  incommensu- 
rable fondit  en  plein  combat,  souverain  des  hommes,  sur 
Vâhllka  aux  formes  courroucées.  1,707. 

Celui-ci,  majesté,  étourdit  avec  ses  flèches  nombreuses 
Dhrishtakétou  irrité  et  proféra  son  cri  de  guerre.  1,708. 

Mais,  sans  retard,  le  roi  de  Tchédi,  ivre  de  colère, 
blessa  dans  ce  combat  avec  des  flèches  nouvelles  Vâhllka, 
tel  qu’un  éléphant  enivré.  1,709. 

Là,  irrités  dans  cette  lutte,  poussant  mainte  et  mainte 
fois  des  cris,  ils  se  joignirent,  comme  les  planètes  An- 
gâraka  et  Boudha,  dans  la  plus  ardente  colère.  1,710. 

Ghatotkatcha  aux  œuvres  terribles  combattit  avec  le 
Rakshasa  Alambousha  aux  actions  effrayantes,  de  même 
qu' Indra  engagea  une  bataille  avec  Bala.  1,711. 

Ghatotkatcha,  Bharatide,  fendit  ce  démon  irrité  aux 
vastes  forces  avec  quatre-vingt-dix  flèches  acérées. 

Mais  Alambousha  nombre  de  fois  déchira  le  vigoureux 
Bhatmaséni  dans  la  bataille  avec  ses  dards  aux  nœuds  in- 
clinés. 1,712 — 1,713. 

Ces  deux  guerriers,  blessés  par  les  flèches,  de  briller 
dans  la  guerre.  Le  robuste  Çikhandl  attaqua  danscecom- 
bat  le  fils  de  Drona.  1,71A. 

L’ayant  frappé  avec  un  trait  de  fer  bien  aiguisé, 
Açvatthâman  ébranla  fortement  Çikhandl,  ferme,  mais 
irrité.  1,715. 

Ce  héros  lui-tnème,  sire,  blessa  le  fils  de  Drona  avec 
une  flèche  aigüe,  mordante,  altérée  de  sang.  1,716. 

Ces  deux  guerriers  se  portèrent  des  coups  mutuels 
avec  mainte  espèce  de  traits.  Virâta,  le  général  d’armée, 


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BH1SHMA-PARVA. 


169 


s’avança  dans  le  combat  d’un  pied  rapide  vers  le  héros 
Bhagadatta.  Ensuite,  un  conflit  de  s’élever,  sire.  Virâta, 
plein  d’une  ardente  colère,  lit  tomber  une  pluie  de  flèches 
sur  Bhagadatta  : tel  un  nuage  bat  une  montagne  avec 
le  torrent  d’une  averse.  Puis  Bhagadatta,  le  souverain  de 
la  terre,  couvrit  de  ses  dards  impétueux  Virâta,  comme 
une  nuée  masque  le  soleil  élevé  sur  l’horizon.  Kripa  le 
Çaradvatide  s'avança  contre  le  Kaikéyain  Vrihaikshattra. 

1,717—1,718—1,719—1,720. 

Kripa  l’ensevelit,  Bharatide,  sous  une  pluie  de  flèches  ; 
et  l'autre  remplit  d’une  averse  de  traits  le  Gotamide,  brû- 
lant d’une  ardente  colère.  1,721. 

Après  qu'ils  eurent  immolé  mutuellement  leurs  chevaux 
et  tranché  les  arcs  l’un  de  l’autre,  privés  de  chars,  ils 
se  joignirent,  furieux,  pour  un  combat  à l'épée.  1,722. 

Cette  bataille  des  deux  guerriers  fut  sans  égale,  aux 
formes  effrayantes.  Ensuite,  le  roi  Droupada,  tout  rempli 
d’une  brûlante  colère,  ce  fléau  des  ennemis,  attaqua  le 
roi  du  Sindhou,  Djayadratha  aux  formes,  qui  respiraient 
la  joie.  Le  monarque  sindhien  blessa  avec  trois  flèches 
Droupada,  et  fut  à son  tour  blessé  par  lui  dans  le  combat. 
La  lutte  de  ces  deux  héros  fut  bien  épouvantable  avec  des 
formes  effrayantes,  1,723 — l,72i — 1,725. 

Mais  causant  le  plaisir  du  spectateur,  comme  celle  de 
Çoukra  et  d’Angàraka.  Voici  Vikarna,  ton  fils,  qui  s’ap- 
proche, avec  ses  chevaux  rapides,  du  vigoureux  Çrouta- 
soma.  Ensuite,  leur  combat  se  déroule.  Mais  Vikarna 
frappe  Çroutasoma  de  ses  flèches,  sans  l’ébranler; 

1,726—1,727. 

Et  celui-ci  n’ébranla  point  Vikarna  ; ce  fut  comme  un 
prodige.  Le  vaillant  héros  dans  la  cause  des  Pàndouides, 


170 


LE  MAHA-BHARATA. 


le  tigre  des  hommes,  Tchékilana  irrité  s'élança  contre 
Souçarman;  et  ce  prince  arrêta  le  belliqueux  Tchékitana 
dans  le  combat,  sire,  avec  une  grande  averse  de  flèches. 
Mais  Tchékilana  en  colère  fit  éclater  sur  lui,  dans  cette 
ardente  bataille,  un  orage  de  traits,  comme  une  grande 
nuée  inonde  une  montagne.  Le  valeureux  Çakouni  fondit, 
Indra  des  rois,  sur  le  vaillant  Prativindhya,  tel  qu'un  lion 
sur  un  éléphant  en  folie.  Le  fils  d'Youdhishthira,  dans 
une  violente  colère,  déchira  avec  ses  dards  aigus,  en  cette 
rencontre,  le  fils  de  Soubala,  comme  Indra  déchire  un 
Dànava.  Mais  Çakouni,  en  échange  (1)  de  ses  coups, 
blessa  Prativindhya  ( De  lu  statu  e 1,728  à la  stance 
l,73â.  ) 

Et  le  mit  en  pièces,  monarque  à la  grande  science,  avec 
ses  traits  aux  nœuds  inclinés.  Çroutakarman  courut  dans 
le  combat,  Indra  des  rois,  contre  le  vaillant  Soudakshina, 
le  héros  des  Kàmbudjains,  qui  avait  frappé  le  valeureux 
Sahadéva  et  n’avait  pas  réussi  à l’ébranler  plus  qu’il  n’eût 
fait  du  mont  Maînâka.  Mais  Çroutakarman  avec  colère 
étourdit  le  héros  des  Kâmbodjains  avec  ses  flèches  nom- 
breuses, le  déchiranlde  tous  les  côtés.  Le  terrible  Iràvat 
irrité  s’avança  dans  cette  bataille  contre  Çroutâyoush  en 
colère,  qui  répondait  à ses  efforts  par  d'autres  efforts.  Le 
héros,  fils  d’Arjouna,  tua  les  chevaux  de  son  rival  dans 
cette  rencontre,  sire,  et,  vigoureux,  il  poussa  un  cri,  qui 
remplit  toute  l’armée.  Çroutâyoush  furieux  immola  dans 
ce  premier  combat  les  coursiers  du  fils  de  Phâlgouna, 
sous  l’extrémité  de  sa  massue.  Ensuite  commença  la  ba- 
taille des  personnes.  Les  deux  princes  d’Avanti,  Vinda  et 


(i)  Pratï,  tlani*  le  vérité  composé  pratyavmdhyat. 


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BHIRHMA-PARVA. 


171 


Anouvinda,  s’attachèrent  dans  le  combat  au  héros  Koun- 
tibhodja  au  grand  char,  accompagné  de  son  fils,  environné 
de  son  armée.  Là,  nous  fûmes  témoins  du  carnage  épou- 
vantable, prodigieux,  qui  fut  déployé  par  ces  deux  guer- 
riers. {De  la  stance  1,734  à ta  stance  1,742.) 

Assurant  leur  pied  immobile,  ils  combattirent  avec  la 
nombreuse  armée.  Anouvinda,  de  sa  massue,  frappa 
Kountibhodja.  1,742. 

Aussitôt,  celui-ci  le  submergea  sous  des  pluies  de 
flèches;  et  son  fils  de  blesser  Vindaavec  ses  dards.  1,743. 

Mais  Vinda  répondit  à cette  blessure  par  une  autre  : 
ce  fut  une  chose  merveilleuse.  A la  tête  de  leurs  guerriers, 
les  cinq  frères  Katkéyains  engagèrent  le  combat  avec 
les  cinq  frères  G&ndâras,  suivis  de  leurs  guerriers.  Ton 
fils  Vlrabâhou  combattit  avec  Outtara,  le  fils  de  Viràta, 
le  plus  généreux  des  héros,  et  le  blessa  de  neuf  flèches. 
Mais  Outtara  lui-mème  frappa  ce  héros  de  traits  acérés. 

1,744—1,745—1,746. 

Le  roi  deTchédi,  sire,  fondit.lesarmesàlamain  (l),sur 
Ouloûka,  qu'il  atteignit  d'une  pluie  de  flèches  ; 1,747. 

Et  Ouloûka  le  couvrit  lui-même  de  traits  aigus,  horri- 
pilants : le  combat  de  ces  princes  fut,  souverain  des 
hommes,  revêtu  de  formes  effrayantes.  1,748. 

Laissons-les,  ces  guerriers  invaincus,  se  déchirer  l'un 
l’autre  dans  une  bouillante  colère!  Il  y avait  ainsi  des 
mill  ers  de  duels  sur  ce  champ  de  bataille,  plein  de  cour- 
siers, d’éléphants,  de  chars  et  de  fantassins,  que  fournis- 
saient tes  armées  et  celles  de  l’ennemi.  Un  instant,  ce 
combat  offrit,  pour  ainsi  dire,  un  spectacle  agréable. 

1 ,749 — 1,750. 


(t)  Samataï. 


172 


LE  MAHA-BHARATA. 


Ensuite,  comme  si  l’on  avait  eu  les  yeux  d’un  homme 
ivre,  on  ne  distinguait  plus  rien  sur  le  champ  de  carnage. 
Poussé  instinctivement  par  sa  vue,  l’éléphant  allait  vers 
l’éléphant,  le  maître  de  char  vers  le  maître  de  char,  le 
coursier  vers  le  coursier,  le  fantassin  vers  le  fantassin. 
Alors  se  déployait  un  combat  perplexe  et  des  plus  insur- 
montables, danscette  plaine  de  héros,  quis'y  étaient  réunis 
mutuellement  : là,  s'étaient  rassemblés  les  Tchâranas, 
les  Siddhas,  les  rishis  et  les  Dieux. 

1,751—1,752 — 1,753. 

Us  désiraient  contempler  cette  bataille  épouvantable, 
pareille  à la  guerre  des  Asouras  et  des  Immortels.  Là,  des 
milliers  d’éléphants  et  de  chars,  auguste  monarque,  des 
multitudes  de  coursiers  et  des  troupes  innombrables 
d’hommes  s’étaient  réunis  sous  <1ps  étendards  opposés. 
Ici  et  là,  tigre  des  hommes,  on  voit  des  rangées  d’élé- 
phants, de  chars  et  de  conducteurs,  qui  combattent  avec 
une  bouillante  ardeur.  1,754 — 1,755 — 1,756. 

11  y a ici  et  là,  sire,  des  centaines  de  mille  hommes  de 
pied,  qui  combattent  sans  fin  : je  vais  te  raconter  cela, 
fils  de  Bharata,  1,757. 

Là,  un  fils  ne  reconnaît  pas  son  père,  ni  le  père  son  fils, 
né  de  son  propre  sang,  ni  le  frère  son  frère,  ni  le  fils  de 
la  sœur  sou  oncle  maternel,  1,758. 

Ni  l’oncle  son  neveu,  ni  l’ami  son  ami.  Les  fils  de 
Pândou  combattent  avec  les  Kourouides  comme  s’ils 
étaient  possédés  par  un  Démon.  1,759. 

Parmi  les  premiers  des  hommes,  les  uns  accouraient 
sur  des  chars  à l'armée  des  chars,  et  séparaient  avec  leurs 
chars,  éminent  Bharatide,  les  couples  de  chaque  attelage. 

Les  timons  des  chars  étaient  divisés  par  les  timons  des 


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BHISHMA-PARVA. 


173 


chars,  les  jougs  par  les  jougs,  les  guerriers  assemblés  par 
ceux,  qui  s’assemblaient.  Les  autres  désiraient  se  donner 
mutuellement  la  mort.  1,760—1,761. 

Ils  ne  pouvaient  se  voir  à cause  du  voisinage  des  chars 
et  des  hommes  sans  chars  : les  grands  pachydermes  aux 
joues  fendues  par  le  mada  ne  le  pouvaient  eux-mémes, 
serrés  qu’ils  étaient  par  les  énormes  éléphants.  1 ,762. 

Souvent  les  proboscidiens,  irrités  par  les  éléphants  de 
guerre,  qui  ressemblaient  à des  arcades  surmontées  de 
drapeaux,  se  déchiraient  l'un  l’autre  à grands  coups  de 
leurs  défenses.  1,763. 

Blessés  par  les  .dents  des  énormes  et  impétueux  élé- 
phants, arrivés  au  milieu  d’eux,  ils  poussaient  alors,  puis- 
sant roi,  des  cris  de  profond  désespoir.  l,76à. 

Conduits  par  les  leçons  du  manège,  frappés  à coups 
d’aiguillons  et  de  bâtons  ferrés,  des  éléphants  aux  joues 
non  fendues  par  le  mada  s’avançaient,  tournant  la  face 
et  le  regard  du  côté  où  se  tenaient  les  éléphants  en  rut. 

D’autres  grands  pachydermes,  mêlés  aux  proboscidiens 
en  folie,  jetaient  des  cris  comme  une  ardée  et  couraient 
çà  et  là.  1,765—1,766. 

Amenés  convenablement , des  éléphants  de  guerre, 
dont  les  joues  fendues  arrosaient  le  faciès  de  mada,  en- 
fermés dans  un  cercle  de  flèche  < en  fer,  de  leviers  et  de 
cimeterres,  jetaient  un  gémissement,  les  membres  coupés, 
et  tombaient  privés  de  vie.  Ceux-là  couraient  à tous  les 
points  de  l’espace  et  poussaient  des  clameurs  épouvan- 
tables. 1,767—1,768. 

On  voyait,  prêts  à frapper,  les  fantassins  aux  vastes 
poitrines,  jetés  autour  des  éléphants,  courir  çà  et  là  irri- 
tés, armés  de  cimeterres,  d’arcs,  de  haches  luisantes,  de 


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174 


LE  MAHA-BHAKATA. 


niouçalas,  de  massues,  de  bhindipâlas,  de  leviers,  de 
flèches,  de  pilons,  de  sabres  acérés,  sans  tache,  désirant, 
puissantroi,  se  donner  la  mort.  1,709 — 1,770 — 1,771. 

On  voyait  dans  la  main  des  héros,  qui  fondaient  les 
uns  sur  les  autres,  étinceler  des  glaives  arrosés  du  sang 
des  hommes.  1,772. 

Un  bruit  confus  naquit  sous  les  bras  des  héros,  qui  dé- 
chargeaient leurs  épées  abattues  dans  les  membres  d'un 
ennemi  dédaigné.  1,773. 

C’était  une  rumeur  d’hommes  rompus  sous  les  pilons 
et  les  massues  , brisés  par  les  épées  des  guerriers , déchi- 
rés par  la  dent  des  éléphants,  broyés  sous  les  pieds  des 
pachydermes.  1,774. 

On  entendait  ici  et  là,  comme  venues  des  enfers,  Bha- 
ratide,  les  voix  épouvantables  des  troupes  d’hommes 
criant  les  uns  après  les  autres.  1 ,775. 

Les  cavaliers,  montés  sur  des  chevaux,  d'une  grande 
rapidité,  comme  les  cygnes,  et  portant  des  guirlandes  de 
fleurs  immortelles,  couraient  celui-ci  sur  celui-là.  1,776. 

Lancées  de  leurs  mains,  monarque  à la  vaste  science, 
des  flèches  incisives,  luisantes,  aux  ornements  d’or,  tom- 
baient, semblables  à des  serpents.  1,777. 

Montés  sur  des  coursiers  de  la  première  vitesse,  cer- 
tains héros  sautaient  sur  les  grands  chars  et  enlevaient  la 
tète  aux  maîtres  de  ces  véhicules.  1,778. 

Quand  il  les  avait  trouvés  à la  portée  de  ses  flèches,  un 
maître  de  char  immolait  une  foule  de  cavaliers  avec  ses 
bhallas  aux  nœuds  inclinés.  1,779. 

Semblables  aux  nuages  nouveaux,  les  éléphants  fu- 
rieux aux  ornements  d’or  broyaient  sous  leurs  pieds  les 
coursiers  vaincus.  1,780. 


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BH1SHMA-PARVA. 


175 


Quoique  bien  redoutables  par  les  côtés,  c’est-à-dire,  tes 
défenses,  les  bosses  frontales  déchirées,  d'autres  en  proie 
à d'horribles  souffrances,  poussaient  des  gémissements, 
torturés  par  les  traits  barbelés.  1 ,781. 

Ayant  inspiré  le  trouble,  ceux-ci  à des  chevaux,  mon- 
tés de  leurs  cavaliers,  ceux-là  à des  éléphants,  des  guer- 
riers les  renversaient  à l’iraproviste  dans  cette  épou- 
vantable (1)  mêlée.  1,782. 

Les  éléphants,  élevant  au  bout  de  leurs  trompes  les 
chevaux,  équités  par  leurs  cavaliers,  les  foulaient  aux 
pieds,  et  s’avançaient  vers  les  troupes  des  chars,  où  flot- 
taient les  drapeaux.  1,783. 

D’autres,  que  poussaient  la  virilité  et  l’ivresse  ,dont  ils 
étaient  remplis,  tuaient  les  coursiers  et  les  cavaliers  ren- 
versés avec  les  trompes  et  leurs  pieds.  l,78â. 

Des  flèches  acérées,  luisantes,  tombaient,  semblables  à 
des  serpents,  sur  les  éléphants,  dans  leurs  flancs,  dans 
leurs  membres,  entre  leurs  défenses.  1,785. 

Les  lances  de  1er  s’abattaient  reluisantes,  lancées  par 
le  bras  des  héros,  et  brisaient  les  cuirasses  de  fer,  les 
corps  et  les  hommes.  1,786. 

Elles  tombaient  çà  et  là  épouvantables,  pareilles  à de 
grands  météores,  monarque  des  hommes.  Ils  immolaient 
dans  le  combat  les  ennemis  avec  des  cimeterres  étince- 
lants, sortis  de  leurs  fourreaux  faits  en  peau  de  tigre  et 
suspendus  avec  un  cuir  d'éléphant.  Entre  tes  probosci- 
diem,  les  uns,  montrant  avec  colère  un  flanc  déchiré,  cou- 
verts de  poussière,  tombaient  sous  les  haches,  les  bou- 
cliers, les  cimeterres  ; les  autres,  renversant  les  chars  avec 


(1)  Bhairava , mot  de  l'édition  de  Bombay. 


176 


LE  M 4HA-BHA11ATA. 


leurs  trompes,  les  tiraient  à tous  les  pointsde  l'espace,  et 
s’avançaient,  remplissant  de  bruit  tous  les  lieux.  Ceux-ci 
étaient  déchirés  par  des  lances  de  fer  et  mis  en  pièces  par 
les  massues;  1,787 — 1,788 — 1,789 — 1,790. 

Ceux-là  étaient  broyés  aux  pieds  des  éléphants; 
d’autres  étaient  brisés  par  les  chevaux,  coupés  par  la 
roue  des  chars,  tranchés  par  l'acier  det  massues.  1,791. 

Ils  redemandaient  çà  et  là  avec  des  cris  leurs  parents  : 
ceux-ci  des  fils,  les  uns  des  pères,  ceux-là  des  frères  avec 
leurs  alliés;  1,792. 

Les  autres  des  oncles.  Plusieurs,  fils  de  liharata,  récla- 
maient des  neveux  et  même  des  ennemis  dans  ce  combat: 
tels  portaient  leurs  entrailles  répandues,  tels  avaient  les 
cuisses  fracassées.  1,793. 

On  en  voyait  beaucoup  avec  les  bras  mutilés  ou  les 
flancs  déchirés,  à qui  le  désir  de  la  vie  arrachait  les  cris 
les  plus  ardents.  l,79â. 

D’autres,  assiégés  par  la  soif,  sire,  et  conservant  à peine 
un  reste  de  vie,  se  traînaient  sur  la  terre,  où  le  combat  les 
avait  renversés,  cherchant  quelque  peu  d’eau.  1,795. 

En  proie  aux  douleurs,  arrosés  par  des  flots  de  sang, 
ils  jetaient  des  malédictions,  et  sur  cux-mèmes,  et  sur  tes 
fils  rassemblés  pour  la  guerre.  1,790, 

D’autres  héroïques  kshatryas,  à la  guerre  résolument 
embrassée,  ne  déposaient  pas  l’arme,  qu’ils  avaient  prise 
les  uns  et  les  autres,  et  ne  s’abandonnaient  pas  à des 
plaintes,  auguste  monarque.  1,797. 

Ils  menaçaient,  le  poil  hérissé,  et,  entr' ouvrant  leurs 
lèvres,  ils  montraient  leurs  dents  avec  colère.  1,708. 

Us  s’adressaient  l'un  à l’autre  les  regards  de  leurs 
visages  aux  sourcils  contractés.  Ceux-là  infortunés,  déchi- 


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BHISHMA-PARVA. 


177 


rés  par  les  flèches,  accablés  par  la  douleur  des  blessures, 

Mais  l’àme  intacte,  la  force  morale  entière,  restait  sans 
voix.  D’autres  héros,  qui  avaient  abandonné  leurs  chars, 
se  trouvaient  alors  sans  char  dans  le  combat. 

1,799—1,800. 

Renversés,  ils  en  désiraient  un  ; et,  brisés  par  les  élé- 
phants de  guerre,  ils  brillaient  alors,  puissant  roi,  comme 
des  kinçoukas  fleuris.  l,80i. 

Des  bruits  nombreux,  épouvantables,  éclataient  dans 
les  armées,  tandis  que  se  déroulait  ce  carnage  des  plus 
vaillants  héros.  1,802. 

Dans  ce  combat,  le  père  tuait  son  lils  et  le  fils  son  père, 
le  neveu  son  oncle  et  l’oncle  son  neveu,  l'ami  son  ami,  et 
le  parent  son  parent  : c’est  ainsi  que  fut  exécuté  ce  car- 
nage des  Kourouides  avec  les  (ils  de  Pândou. 

Tandis  que  s’agitaient  ces  terribles  scènes  épouvanta- 
bles et  sans  fin,  l’armée,  des  princes  Pàndouides  fut  émue, 
en  s’approchant  de  Bhîsinna.  1,803 — 1,804. 

Ce  guerrier  aux  longs  bras  resplendissait  alors  avec  son 
drapeau  cinq  fois  brillant,  qui  représentait  en  argent  un 
palmier,  arboré  sur  son  grand  char,  éminent  Bharatide, 
comme  le  Mérou  avec  la  lune.  1,805 — 1,806. 

Ce  jour  épouvantable  et  terrible,  où  périssaient  les  plus 
valeureux  des  hommes,  avait  vu  s’écouler,  sire,  la  plus 
grande  portion  de  son  avant-midi.  1,807. 

Quand  Dourmoukha,  Kritavarman,  Kripa,  Çalya  et 
Vivinçati,  exhortés  par  ton  fils,  s’approchèrent  de 
Bhîsbma  et  voulurent  couvrir  sa  personne,  1,808. 

Défendu  par  ces  maîtres  de  char  au  nombre  de  cinq, 
vaillant  Bharatide,  ce  héros  se  plongea  dans  les  armées 
des  fils  de  Pândou.  1,809. 


VII 


12 


178 


LE  MAHA-BHARATA. 


Souvent  on  vit  le  palmier,  drapeau  flottant  de  Bhlshma, 
au  milieu  des  guerriers  de  Tcliédi  et  de  Râçi,  des  Ka- 
TOushas  et  des  Pântchâlains.  1,810. 

Avec  ses  bhallas  aux  nœuds  inclinés,  à la  grande 
vitesse,  ce  héros  tranchait  les  tètes  des  ennemis  (1),  les 
chars,  les  drapeaux  et  l’attelage.  1,811. 

Blessés  dans  les  articulations,  certains  éléphants  pous- 
saient des  cris  de  détresse  dans  les  routes  du  char  de 
Bhlshma,  qui  semblait  s'y  jouer , éminent  Bharatide, 
comme  dansjune  salle  de  danse.  1,812. 

Abhimanyou,  étant  monté  dans  son  char  attelé  de  che- 
vaux bruns,  s’avança  vers  le  char  de  Bhlshma  dans  une 
ardente  colère.  1,813. 

11  s’approcha  du  Çântanouide  et  des  plus  grands  héros 
dans  ce  char,  où  flottait  pour  drapeau  un  karnikâra  peint 
en  or.  1,814. 

Ce  vaillant  guerrier  frappa  son  drapeau  avec  le  palmier 
flabelliforme,  son  enseigne,  et  combattit  avec  Bhlshma  et 
les  héros,  qui  suivaient  son  char.  1,815. 

11  blessa  Kritavarman  d'une  flèche,  Çalya  de  cinq 
traits,  et  jeta  la  stupeur  dans  son  bisaïeul  en  le  frappant 
de  neuf  dards  à la  pointe  acérée.  1,816. 

11  le  transperça  d’un  trait  lancé,  convenablement  dé- 
coché, et  trancha  d’une  flèche  son  drapeau  aux  décora- 
tions d’or.  1,817. 

11  enleva  d’un  bhalla,  aux  nœuds  inclinés  et  qui  brisait 
toutes  les  défenses,  la  tète  au  corps  du  cocher  de  Dour- 
moukha.  1,818. 

Il  coupa,  avec  un  autre  bhalla  à la  pointe  acérée,  l’arc 


(1)  Arlndm,  édition  de  Bornhny. 


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BH1SHMA-PAKVA. 


179 


ornementé  d’or  à Kripa  ; et,  bouillant  de  colère,  ce  guer- 
rier au  grand  arc  tua,  comme  s’il  exécutait  une  danse,  ses 
compagnons  avec  des  flèches  au  bout  aigu.  Les  Dieux  se 
réjouirent  alors  de  voir  sa  légèreté  ! 1,819 — 1,820. 

Les  héros,  de  qui  Bhlshtna  était  le  chef,  ayant  vu  les 
qualités,  qui  rendaient  admirable  ce  fils  de  Krishna,  pen- 
sèrent qu’il  y avait  en  lui- même  le  vigoureux  Dhanan- 
djaya  en  peVsonne,  que  sa  splendeur  égalait  celle  du  mé- 
téore, quelle  se  tenait  dans  la  route  de  la  légèreté  et  que 
le  son  de  son  arc,  bruyant  comme  le  Gândiva,  allait  tou- 
cher à tous  les  points  de  l’espace.  1,821 — 1,822. 

Bhishma,  le  meurtrier  des  héros  ennemis,  s’approcha 
de  lui  avec  vitesse,  et  perça  rapidement  de  neuf  flèches 
dans  le  combat  ce  fils  d’ Arjouna.  1,823. 

Le  vieillard  aux  vœux  comprimés  coupa  avec  trois  bhal- 
las  le  drapeau  du  jeune  guerrier  à la  force  proéminente  et 
frappa  son  cocher  de  trois  flèches.  1,824. 

Kritavarman,  Kripa  et  Çalya  blessèrent  le  fils  de  Krish- 
na; mais  ils  ne  lui  causèrent  pas,  vénérable  monarque, 
plus  d’émotion  qu’ils  n’en  eussent  produit  sur  le  mont 
Mainaka  lui-même.  1 ,825. 

Le  vaillant  Krishnide,  environné  de  ces  guerriers , par- 
tisans de  Douryodhana,  déchargea  sur  les  cinq  héros  une 
averse  de  flèches.  1,826. 

Quand  par  ses  pluies  de  traits  il  eut  empêché  leurs 
grands  astras,  il  poussa  un  cri  plein  de  vigueur,  et  lança 
contre  Bhishma  ses  dards.  1,827. 

On  le  vit  alors  déployer  en  ses  efforts  une  bien  émi- 
nente iorce  de  ses  bras:  il  harcela  dans  cette  bataille 
Bhishma  de  ses  flèches.  1 ,828. 

Bhishma  lui-même  décochait  ses  dards  à la  manière  de 


180 


LE  MABA-BHARATA. 


ce  valeureux  guerrier  ; et  celui-ci  trancha  dans  le  combat 
avec  ses  traits  les  flèches,  sorties  de  l’arc  du  rival.  1,829. 

Ensuite,  ce  héros  de  couper  avec  neuf  projectiles  aux 
coups  infaillibles  le  drapeau  de  Bhishma':  à cette  vue,  les 
soldats  poussent  des  cris.  1 ,830. 

Le  palmier  d’argent  au  vaste  tronc,  décoré  de  pierre- 
ries, tomba  sur  le  sol,  tranché  par  les  flèches  du  fils  de 
Soubhadrà.  1,831. 

A l’aspect  du  drapeau  abattu  sous  les  flèches  du  Sou- 
bhadride,  Bhima  joyeux  de  jeter  des  cris  alin  d’encoura- 
ger Abhimanyou.  1,832. 

Bhishma  aux  vas.es  forces  manifesta  dans  cette  bataille 
d’une  profonde  épouvante  des  astras  puissants,  nombreux 
et  célestes.  1 ,833. 

Puis,  le  bisaïeul  à l’âme  incommensurable  inonda  d’un 
millier  de  flèches  le  fils  de  Soubhadrà  : ce  fut  comme  un 
prodige.  l,83â. 

Alors  dix  héros  aux  grands  arcs  des  Pândouides  couru- 
rent à la  hâte,  montés  sur  leurs  chars,  pour  secourir  le  fils 
de  Soubhadrà.  1 ,835. 

C’étaient,  maître  des  hommes,  Virâta  avec  son  fils, 
Dhrishtadyoumna,  Bhlrna  avec  les  cinq  frères  Kaîkéyains 
et  Sâtyaki.  1,836. 

Entre  eux,  qui  se  précipitèrent  avec  rapidité  au  milieu 
de  la  bataille,  le  fils  de  Çàntanou,  Bhishma  étourdit  avec 
neuf  flèches  Sâtyaki,  le  Pàntchâlain.  1,837. 

Il  le  transperça  d’un  rasoir,  qu’il  envoya  avec  un  tran- 
chant acéré,  et  coupa  d’un  trait  le  drapeau  de  Bhîmaséna. 

Cet  étendard  fait  d’or,  qui  portait  l’emblème  d’un  lion, 
tomba,  tranché  par  Bhishma,  ô le  plus  excellent  des 
hommes,  du  char  de  Bhimaséna.  1,838 — 1,839. 


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BHISHMA-PARVA. 


181 


Bhîma  ensuite  dans  ce  combat  de  blesser  Bhtshma,  le 
fils  de  Çàntanou,  avec  trois  flèches,  Kripa  avec  une,  et 
Kritavarman  de  huit  traits.  1,840. 

Outtara,  le  fils  de  Virâta,  courut,  monté  sur  un  élé- 
phant, dont  le  bout  de  la  trompe  lui  formait  autour  du 
poing  un  bracelet  (1),  contre  le  roi,  souverain  du  Madra. 

Mais  Çalya  sur  son  char  arrêta  l’impétuosité  sans  égale 
de  ce  roi  des  éléphants,  qui  s'élafiçait  avec  légèreté  dans 
le  combat.  1,841 — 1,842. 

Irrité,  l’Indra  des  pachydermes  montade  son  pied  surle 
joug  et  tua  les  quatre  grands  chevaux,  excellent  attelage 
de  Çalya.  1,843. 

Debout  sur  son  char,  dont  les  chevaux  n’étaient  plus, 
le  souverain  du  Madra  envoya  une  lance  de  fer,  semblable 
à un  serpent  et  qui  devait  porter  la  mort  à Outtara. 

L’arme  ayant  fendu  la  cuirasse,  une  épaisse  obscurité 
s’empara  de  lui  ; son  manteau,  le  croc  aigu  lui  échappèrent, 
et  il  tomba  des  épaules  de  son  éléphant.  1,844 — 1,845. 

Puis,  Çalya,  ayant  pris  une  épée,  sauta  en  bas  de  son 
char  sublime  ; et,  marchant  avec  hardiesse  à l’énorme 
éléphant,  de  lui  trancher  sa  large  trompe.  1,846. 

Son  armure  brisée  par  les  multitudes  de  flèches,  sa 
trompe  coupée,  le  pachyderme  poussa  un  terrible  cri  de 
détresse,  tomba  et  mourut.  1,847. 

Après  un  tel  exploit,  le  roi  de  Madra  monta  rapidement, 
souverain  des  hommes,  sur  le  char  lumineux  de  Krita- 
varman. 1,848. 

A la  vue  d’Outtara,  son  frère,  étendu  mort,  Çwéta  le 
Viratide,  plein  de  colère  & l’aspect  des  sept  grands  héros, 
trancha  leurs  arcs  avec  des  flèches  aux  nœuds  inclinés. 


(1)  Élucidation  du  commentaire. 


182 


LE  MAHA-BH ARATA. 


On  les  vit  alors,  fils  de  Bharata,  entièrement  coupés. 

Mais,  dans  la  moitié  d’un  ciin-d’œil,  ayant  recouvré 
des  arcs  et  sept  flèches,  ils  abattirent  les  deux  chevaux  de 
Çwéta  ; 1,849—1,850—1,851. 

Et  de  nouveau,  avec  sept  bhallas  rapides,  le  guerrier 
aux  longs  bras,  à l'âme  incommensurable,  trancha  les 
arcs  dans  les  mains  de  ces  archers.  1,852. 

Tremblants  à la  vue  de  leurs  grands  arcs  coupés,  ces 
héros  lui  envoient  des  lances  de  fer  et  poussent  des  cris 
épouvantables.  1,853. 

Tous  les  sept,  ô le  plus  vertueux  des  Bharatides,  lan- 
cèrent à la  fois  des  flèches  sur  le  char  de  Çwéta.  Savant 
dans  les  plus  grands  astras,  le  guerrier  blessa,  avec  sept 
bhallas,  ces  héros  flamboyants  de  colère,  à la  voix  sem- 
blable au  tonnerre  du  grand  Indra  (1),  qui  n’avaient  pas 
touché  au  but.  Ensuite,  ayant  pris  un  dard  fait  pour  dé- 
chirer tous  les  corps,  1,854—1,855. 

Çwéta  décocha  le  trait  à Roukmaratha  (2).  La  grande 
flèche,  supérieure  au  diamant  (3),  se  plongea  dans  son 
corps.  1,856. 

Frappé  vigoureusement  par  ce  projectile,  Roukmaratha 
s'affaissa  sur  le  banc  de  son  char  : une  profonde  défaillance 
d’esprit  s’empara  de  lui.  1,857. 

Son  cocher  non  troublé  (4)  s’empressa  de  l’emmener 
évanoui,  sans  connaissance,  sous  les  regards  du  monde 
entier.  1,858. 

Çwéta  prit  d’autres  chevaux,  décorés  d’or,  et  ce  guer- 
rier aux  longs  bras  s’amusa  à faire  tomber  les  têtes  des 
drapeaux  ennemis.  1,859. 

(1)  Leçon  du  texte  de  Bombay. 

(2-3)  Leçon  du  même  texte. 

(4)  Voyez  l’édition  de  Bombay. 


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BH1SHMA-PARVA. 


183 


Il  transperça,  fléau  des  ennemis,  le  cocher  et  les  che- 
vaux, qui  restaient;  et,  quand  il  les  eut  couverts  de  ses 
traits  débordés,  il  s’avança  vers  le  char  de  Çalya.  1,860. 

Tout  à coup  éclata  dans  tes  armées,  Bharatide,  une 
explosion  de  cris  joyeux,  quand  on  vit  le  généralissime 
s’avancer  précipitamment  au  secours  du  char  de  Çalya. 

Se  couvrant  de  Bhishma,  ton  iils  à la  grande  force  le 
suivit  dans  ce  mouvement,  environné  de  son  armée  et  de 
ses  héros.  1,861 — 1,862. 

11  délivra  le  roi  du  Madra,  arrivé  près  de  la  gueule  de 
la  mort;  et,  de  ce  moment,  s’engagea  une  tumultueuse, 
une  horripilante  bataille.  1,863. 

Les  chars  et  les  éléphants  des  tiens  et  des  ennemis  se 
joignirent.  Sur  le  (ils  de  Soubhadrâ,  sur  Bhimaséna,  sur 
le  héros  Sàiyaki,  sur  le  Kalkéyain,  sur  Virâta  et  Dhrishta- 
dyoumna  le  Prishatide,  sur  ces  lions  des  hommes  et  sur 
les  guerriers  du  Tchédi,  le  vieil  aïeul  des  Kourouides  dé- 
chargea ses  averses  de  flèches.  l,86â — 1,865 — 1,866. 

« Quand  ce  fameux  héros  Çwéta  fut  ainsi  arrivé  près 
du  char  de  Çalya,  s’enquit  Dhritarâshtra,  que  firent  alors 
les  Kourouides  et  le  fils  de  Pàndou?  1 ,867. 

» Ou  que  fit  Bhishma,  le  fils  de  Çântanou?  Raconte- 
moi  cela  : réponds  à mes  questions.  » 1 ,868. 

Ces  énergiques  kshatryas,  sire,  étaient  au  nombre  de 
cent  mille,  répondit  Sandjaya;  ces  héros  aux  grands 
arcs  avaient  mis  à leur  tête  Çwéta,  le  généralissime. 

Les  vaillants  Pândouides  désiraient  sauver  du  roi  ton 
fils,  qui  étalait  son  armée,  Çikhandi,  qui  marchait  devant 
eux  et  qui  (1)  voulait  ravir  l'existence  à Bhishma,  le  plus 


(t)  Phrase  elliptique  du  texte,  embarrassé  et  confuse. 


184  LE  MAHA-BHARATA. 

brave  dans  le  combat.  Ils  s’étaient  approchés  de  son 
char,  ornementé  d’or,  et  une  bataille  s’engagea,  grande 
et  tumultueuse.  1,860—1,870 — 1,871. 

Je  vais  te  raconter  ce  carnage  vaste  et  merveilleux 
des  tiens  et  des  ennemis,  suivant  les  phases  de  cette  ba- 
taille. 1,872. 

Le  plus  grand  des  héros,  le  fils  de  Çântanou,  tranchait 
les  têtes  en  marchant  et  rendait  vides  un  grand  nombre 
de  bancs  sur  les  chars.  1,873. 

Égal  au  soleil,  l’auguste  masqua  l’auteur  du  jour.  11 
blessait  partout  de  ses  flèches,  tel  que  l’astre  radieux,  à 
son  lever,  dissipe  l’obscurité.  l,87â. 

Par  lui,  sire,  furent  envoyés  dans  le  champ  de  bataille, 
en  centaines  de  mille,  des  flèches  d'une  rare  légèreté 
et  d’une  grande  force,  causant  la  mort  des  kshatryas. 

Dans  ce  combat,  il  abattit  par  centaines  les  têtes  des 
héros  : de  vaillants  hommes  aux  cuirasses  d'épine,  sire, 
étaient  privés  de  leurs  têtes.  1,875 — 1,876. 

On  voyait  les  chars,  souverain  des  hommes,  retenus  au 
milieu  des  chars  : le  char  enfermait  le  char,  et  le  coursier 
était  empêché  par  le  coursier.  1,877. 

Les  chevaux  aiguillonnés  emportaient  çà  et  là,  sire,  le 
héros,  muni  de  son  arc  et  tué  (1)  dans  sa  vigueur,  1,878. 

Les  morts,  ceints  de  leurs  cimeterres  et  de  leurs  car- 
quois, avaient  leurs  cuirasses  tombées.  Des  cadavres,  éten- 
dus par  centaines  sur  la  terre,  gisaient  sur  la  couche  des 
héros.  1,879. 

A peine  tombés,  les  vivants  se  relevaient  et  couraient 
l’un  sur  l’autre  : quand  ils  s’étaient  remis  sur  pied,  ils  se 


(1  î Nihatun,  suivant  l'édition  de  Bombay. 


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BH1SHMA-PARVA. 


185 


précipitaient  et  rencontraient  un  combat  à deux.  1,880. 

Frappés,  ils  revenaient,  l'un  contre  l’autre,  au  front  de 
la  bataille  : l’éléphant  enivré  errait  autour  des  maîtres  de 
char,  immolés  par  centaines.  1,881. 

Les  maîtres  de  chars  écrasaient  de  tous  côtés,  sous  les 
roues  de  leur  char,  ceux,  qui  gisaient  à terre  : quiconque 
était  tombé  de  son  char  (1)  périssait  par  les  flèches  d’un 
ennemi.  1,882. 

L’héroïque  cocher,  frappé  de  mort,  tombait  de  son  haut 
siège  : une  poussière  épaisse  s'élevait  dans  le  combat  sous 
les  pieds  du  combattant.  1,883. 

On  reconnaissait,  au  seul  bruit  des  arcs,  les  guerriers, 
contre  qui  l’on  combattait;  c’était  au  seul  contact  de  ses 
membres  que  les  combattants  distinguaient  leur  adver- 
saire. l,88â. 

Quoiqu’elle  soutint  cette  lutte  avec  des  flèches,  l’armée 
en  surmontait  le  bruit  par  les  tinnitements  de  ses  parures  : 
grâce  à ce  cliquetis,  fait  par  l’un  et  l’autre  parti,  les  sol- 
dats n’entendaient  point  le  sifflement  des  traits.  1,885. 

Au  milieu  des  sons  du  pataha,  qui  déchirait  les  oreilles 
dans  cette  bataille,  où  l'homme  d’armes  déployait  sa 
prouesse,  il  n’était’pas  un  nom,  que  l’on  put  ouïr  en  cette 
guerre  horripilante  et  tumultueuse  ; aucun  père  n’y  pou- 
vait reconnaître  son  fils,  né  de  son  propre  sang. 

1,886-1,887. 

Avec  une  roue  brisée,  un  joug  rompu,  un  de  ses  che- 
\aux  tués,  réduit  à une  seule  bête  de  somme,  les  dards 
jetaient  à bas  de  son  char  le  héros  et  son  cocher.  1,888. 

C'est  ainsi  que,  dans  cette  bataille,  les  héros  étaient 


(1)  Syandanât,  édition  de  Bombay. 


186 


LE  MAHA-BHARATA. 


privés  de  chars  ; ils  apparaissaient  aux  yeux  de  tel  ou  tel 
blessé  de  tous  les  côtés  (1).  1,889. 

Son  éléphant  tué,  sa  tète  fendue,  ses  articulations  bri- 
sées, son  cheval  immolé,  qui  pouvait  alors  échapper  à la 
mort  (2),  quand  Bhishma  exerçait  le  carnage  sur  les  en- 
nemis? 1,890. 

Çwéta  fit,  dans  ce  combat,  l’extermination  des  Kou- 
rouides;  il  abattit  sous  ses  multitudes.de  flèches  les  fils  de 
rois  et  les  nobles  héros  (3).  1,891. 

De  ses  foules  de  traits,  il  coupa  les  têtes  des  maîtres  de 
chars  ; et,  de  tous  les  côtés,  il  trancha  les  arcs  et  les  bras 
ornés  de  leurs  bracelets,  1 ,892. 

Les  maîtres  de  chars,  les  roues  des  chars,  souverain  de 
la  terre,  les  guerriers,  montés  sur  les  chars,  les  étendards 
et  les  chars  eux-mêmes,  vils  ou  de  haut  prix.  1,893. 

Des  multitudes  de  chevaux,  des  multitudes  de  chars, 
des  multitudes  d'hommes,  fils  de  Bharata,  des  éléphants, 
Çwéta  en  immola  par  centaines.  1.89A. 

Nous,  elliayés  de  la  crainte,  qu’inspirait  Çwéta,  nous 
abandonnâmes  le  plus  grand  des  héros,  et,  reportant  nos 
pas  en  arrière,  nous  nous  enfuîmes  là  où  nous  voyions  ton 
char.  1,895. 

Sans  tenir  cas  du  vol  des  flèches,  les  enfants  de  Kou- 
rou  se  tinrent,  fils  de  Kourou,  leur  cuirasse  endossée  pour 
la  guerre,  derrière  Bhishma,  le  fils  de  Çàntanou.  1 ,896. 

Bhishma,  le  tigre  des  hommes,  sans  trouble  au  milieu 
de  ces  marques  de  notre  frayeur,  se  posa,  lui  seul,  iné- 
branlable comme  le  mont  Mérou.  1,897. 

(1)  Texte  de  Bombay. 

(2)  Kshayam , édition  de  Bombay. 

/3)  Même  livre. 


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BHISHMA-PARVA. 


187 


11  se  tint,  tel  que  le  soleil  aux  rayons  d’or,  enlevant  les 
souffles  de  la  vie  dans  le  combat,  de  même  que  l’astre  du 
jour  dissipe  les  froids  à la  fin  de  l’hiver  par  les  rayons  de 
sa  lumière.  1,898. 

11  lança  ses  multitudes  de  flèches  par  faisceaux,  détrui- 
sant les  ennemis,  comme  Vishnou , le  disque  k la  main, 
immole  les  Asouras.  1 ,899. 

Blessés  par  Bhlshma,  ils  abandonnent  la  grande  ar- 
mée : ils  s’en  retirent  comme  d’un  troupeau  : c’est  ainsi 
que  l’horreur  du  feu  déchaîné  sur  les  terres  fait  déserter 
les  troupeaux  au  berger  (1).  1,900. 

Ce  fléau  des  ennemis,  plein  d’ardeur,  florissant,  porté 
vers  ce  qui  était  agréable  à Douryodhana,  seul,  ayant  vu 
Çwéta  seul,  mit  presque  à sec  la  mer  des  (ils  de  Pândou. 

Faisant  le  sacrifice  de  sa  noble  vie  et  rejetant  la  crainte, 
il  abattit,  souverain  des  hommes,  les  armées  des  Pàn- 
douides.  1,901 — 1,902. 

Dès  que  Bhishma-Dévavrata , ton  père , vit  Çwéta 
répandre  la  mort  dans  les  armées,  il  suivit  rapidement  ce 
général.  1,903. 

Celui-ci  couvrit  Bhîshma  d’une  grande  multitude  de 
traits,  et  Bhîshma  déchargea  sur  lui  des  torrents  de  flèches. 

Semblables  à deux  taureaux  mugissants,  ou  comme 
deux  éléphants  en  fureur,  ou  tels  que  deux  tigres  irrités, 
ils  se  frappèrent  l’un  l’autre.  1,904 — 1,905. 

Ces  deux  éminents  hommes  arrêtaient  les  astras  au 
moyeu  des  astras;  Bhîshma  fit  la  guerre  à Çwéta,  et 
Çwéta  à Bhîshma  avec  une  mutuelle  envie  de  se  donner  la 
mort.  1,906. 

(1)  Texte  de  Bombay,  combiné  avec  celui  deCalcutta. 


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188 


LE  MAHA-BHARATA. 


Lu  seul  jour  suffirait  à Bhîshuia,  plein  d'une  colère 
bouillante,  pour  consumer  de  ses  flèches  l’armée  des  Pân- 
douides,  si  Çwéta  ne  la  défendait  pas!  1,907. 

Aussitôt  qu’ils  virent  Bhîshma  détourner  son  visage  de- 
vant Çwéta,  la  joie  inonda  les  enfants  de  Pàndou,  et  ton 
fils  tomba  dans  le  découragement.  1,908. 

Alors,  environné  des  princes,  Douryodhana  irrité  cou- 
rut avec  son  armée  dans  la  bataille  contre  l’armée  des 
Pândouides  ! 1,909. 

A cette  vue,  abandonnant  le  fils  de  la  Gangà,  Çwéta  se 
mit  à détruire  l’armée  de  ton  fils,  comme  la  force  du  vent 
brise  et  déracine  les  arbres.  1,910. 

Quand  il  eut  jeté  la  déroute  dans  ses  bataillons,  le  Vi- 
ratide,  plein  de  colère,  s’avança,  grand  roi,  là  où  Bhlsbma 
l’attendait  de  pied  ferme.  1,911. 

Là,  en  étant  venus  aux  mains,  ces  deux  magnanimes 
aux  vastes  forces,  sire , aux  traits  enflammés,  combat- 
tirent l’un  contre  l’autre,  comme  Indra  jadis  et  Vritra, 
animés  d’un  mutuel  désir  de  se  donner  la  mort.  Saisis- 
sant un  arc,  Çwéta  de  blesser  Bhîshma  avec  sept  flèches. 

1,912—1,913. 

Ensuite  ce  valeureux,  ayant  vaincu  la  valeur  du  héros , 
accomplit  rapidement  sou  œuvre,  tel  qu’un  éléphant  en 
rut  à l’égard  d’un  éléphant  en  folie.  1,91A. 

Çwéta  de  blesser  Bhîshma  en  vrai  fils  de  kshatrya,  et  le 
fils  de  Çântanou  lui  rendit  une  blessure  en  échange  de  la 
sienne  avec  dix  flèches.  1,915. 

Le  vigoureux,  blessé  par  lui,  n’en  fut  pas  ébranlé  plus 
qu’une  montagne.  Çwéta  de  frapper  une  seconde  fois  le 
fils  de  Çântanou  avec  vingt-cinq  dards  aux  nœuds  incli- 
nés : ce  fut  comme  une  chose  merveilleuse.  11  partit  d’un 


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BHISHMA-PARVA. 


18» 


éclat  de  rire  en  ce  combat;  et,  léchant  les  coins  de  sa 
bouche,  1,916 — 1,917. 

11  trancha  avec  dix  llèches  l’arc  de  Bhlshma  en  dix 
morceaux  ; puis,  encochant  un  trait  aigu  et  un  dard,  père 
de  l’horreur,  il  coupa  le  palmier  du  magnanime  et  la  tête 
de  son  drapeau.  Dès  qu’ils  virent  tomber  l’enseigne  de 
Bhlshma,  tes  fils  1,918 — 1,919. 

Pensèrent  que  Bhtshma  n’était  plus  ou  qu’il  était  sous 
le  pouvoir  de  Çwéta  ; et  joyeux  les  Pàndouides  sonnèrent 
de  tous  côtés  les  conques,  à la  vue  du  palmier,  enseigne 
du  magnanime,  qui  tombait.  Alors  Douryodhana  irrité 
d’exciter  ton  armée  : 1,920 — 1,921. 

« Efforcez-vous  de  sauver  Bhlshma  dans  celle  mer  agi- 
tée ; si  nous  fermons  les  yeux,  il  va  périr  sous  les  coups 
de  Çwéta  (1)  ! 1,922. 

Bhlshma,  le  fils  de  Çântanou,  est  un  héros,  je  vous  (2) 
dis  la  vérité!  » Le  roi  dit,  et  les  braves  se  hâtent.  1,923. 

Ils  sauvèrent  Bhlshma  avec  une  armée  en  quatre  corps. 
Vàhllka,  Kritavarman,  Kripaet  Çalya,  1,924. 

Le  fils  de  Djàrâsandha,  Vikarna,  Tchitraséna  et  Vivin- 
çati,  s’empressant  à propos,  opposèrent  de  tous  côtés  leur 
obstacle.  1,925. 

Ils  firent  tomber  sur  Çwéta  une  pluie  très-serrée  de 
flèches  ; mais  ce  brave  à la  grande  force,  à l’âme  incom- 
mensurable, se  hâta  d'arrêter  ces  héros  irrités  avec  ses 
traits  aigus  et  de  leur  faire  admirer  la  légèreté  de  sa  main, 
A peine  eut-il  arrêté  tous  ces  guerriers  comme  un  lion  ar- 
rête des  éléphants,  1,926 — 1,927. 


(t)  Édition  de  Bombay. 
(2)  Ibidem. 


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100 


LE  MAHA-BHARATA. 


11  trancha  l’arc  de  Bhtshma  avec  une  grande  pluie  de 
flèches.  Le  fils  de  Çântanou  prit  un  autre  arc  dans  ce 
combat,  1,928. 

Et,  blessa,  Indra  des  rois,  Çwéta  avec  des  flèches  aux 
plumes  de-héron.  Ce  général  en  colère  de  frapper  Bhlshma 
dans  cette  bataille  avec  des  traits  nombreux,  sous  les  re- 
gards du  monde  entier.  Quand  le  roi  üouryodhana  dans 
la  détresse  vit  Bhtshma  lui-même,  le  héros  du  monde  en- 
'tier,  arrêté  par  Çwéta  dans  le  combat,  un  bien  grand 
murmure  se  répandit  alors  dans  l’armée. 

1,920—1,930—1,931. 

Lorsqu’ils  virent  ce  héros  blessé  dans  son  élan  par  une 
flèche  de  Çwéta,  ils  crurent  que  Çwéta  l’avait  tué,  qu’il 
avait  succombé  sous  la  puissance  de  Çwéta.  1,932. 

Dévavrata,  ton  père,  tombé  sous  le  pouvoir  de  la  co- 
lère, — car  il  voyait  son  drapeau  coupé  et  son  armée  ar- 
rêtée, — 1,933. 

Envoya  contre  Çwéta , puissant  roi,  des  traits  nom- 
breux; mais  Çwéta,  le  plus  excellent  des  maîtres  de  char, 
enchaîna  dans  le  combat  ces  flèches  de  Bhtshma;  l,93â. 

Et  trancha  de  nouveau  avec  un  bhalla  l’arc  de  ton 
aïeul.  Le  fds  de  laGangâ  enflammé  décoléré,  sire,  aban- 
donna son  arc.  1,935. 

11  en  prit  un  autre  de  haute  taille,  plus  fort,  et  encocha 
sept  grands  bhallas,  aiguisés  sur  la  pierre.  1,936. 

Avec  quatre,  il  tua  les  quatre  chevaux  de  Çwéta,  le 
général  des  armées;  avec  deux,  il  coupa  son  drapeau  et, 
doué  d’une  force  légère,  avec  le  septième  grand  bhalla, 
il  enleva  dans  sa  colère  la  tête  du  cocher.  Le  héros  de 
sauter  à bas  du  char,  qui  avait  perdu  ses  chevaux  et  son 
guide.  1,937—1,938. 


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BH1SHMA-PARVA. 


191 


Tombé  sous  le  pouvoir  de  la  colère,  le  trouble  s’empara 
de  lui.  Quand  ton  aïeul  vit  réduit  à pied  Çwéta,  le  meil- 
leur des  maîtres  de  chars,  1,939. 

11  le  frappa  de  toutes  parts  avec  des  multitudes  de 
flèches  aiguisées;  et  lui,  blessé  des  traits,  lancés  dans  le 
combat  par  l’arc  de  Bhlshma,  1,940. 

11  abandonna  son  arc  dans  son  char;  il  prit  une  lance 
de  fer  damasquinée  d'or,  et,  tenant  à la  main  cette  arme 
formidable,  terrible,  redoutable,  d’une  grande  épouvante, 
semblable  au  bâton  de  la  mort  et  propre  à l'immolation 
pour  le  trépas,  il  cria  au  milieu  du  combat  à Bhlshma,  le 
fds  de  Çântanou  : 1,941 — 1,942. 

« Arrête-toi,  bien  irrité  que  tu  es,  et  regarde-moi,  ôle 
plus  grand  des  hommes  1 » C’est  ainsi  que  le  brave  au 
grand  arc  apostropha  le  vaillant  Bhlshma  dans  la  bataille. 

A ces  mots,  le  héros  à l'àme  incommensurable  envoie 
cette  lance  de  fer,  pareille  à un  serpent  : ce  brave  dans  la 
cause  des  Pândouides,  il  désirait  causer  ton  infortune. 

1,943- -1,944. 

Un  vaste  gémissement  éclata  parmi  tes  fils,  monarque 
des  hommes,  quand  ils  virent  la  main  de  Çwéta  lancer  cet 
épieu  de  fer,  si  épouvantable,  pareil  à un  serpent  déchaîné 
et  dont  l'éclat  ressemblait  à celui  du  bâton  de  la  mort.  Le 
projectile  tomba  rapidement,  sire,  tel  qu’un  grand  météore 
échappé  à la  voûte  des  deux.  1,945 — 1,946. 

Il  étincelait  dans  l’atmosphère,  comme  enveloppé  de 
flammes.  Alors  Bhlshma-Dévavrata,  ton  père,  sire,  dans  une 
grande  émotion,  coupa  en  neuf  morceaux  à l’aide  de  huit 
flèches  cette  lance,  dont  l'or  précieux  avait  changé  la  ma- 
tière et  qui  fut  tranchée  par  les  traits  aigus.  1,947-1,948. 

Les  tiens  de  pousser  des  cris  de  joie,  quand  ils  virent 


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192 


LE  MAHA-BHARATA. 


détruit  cet  épieu  de  fer.  Le  Virâtide,  plein  de  colère,  niais 
de  qui  l’âme  était  sous  l’étreinte  de  la  mort,  ne  savait 
plus  distinguer  ce  qui  était  à faire.  Le  fils  de  Yiràta, 
rempli  d’ardeur,  saisit  en  riant  une  massue  pour  la  mort 
de  Bhtshma.  Les  yeux  rouges  de  colère,  tel  qu’un  autre 
Dieu  de  la  mort,  son  bâton  à la  main, 

1,949—1,950—1,951—1,952. 

Il  courut  sur  Bhtshma,  comme  une  masse  d”eau  sur 
une  uiflntagne.  A peine  eut-il  vu  que  la  fougue  d’un  tel 
guerrier  était  irrésistible,  l’auguste  Bhishma  de  sauter 
promptement  à terre  afin  d'écbaper  àsoncoup  (1).  Çwéta, 
sire,  sous  le  pouvoir  de  la  colère,  fit  tournoyer  une  grande 
massue,  1,953 — 1,954. 

Et,  semblable  au  Dieu  Çiva,  la  darda  sur  le  char  de 
Bhishma.  Ce  léger  véhicule  (2)  fut  comme  réduiten  cendres 
par  la  chûte  de  cette  arme.  1,955. 

Son  char,  son  joug,  ses  chevaux,  son  cocher,  tout  te 
fut  du  même  coup.  Les  plus  grands  héros  virent  alors  à 
pied,  sans  char,  Bhishma,  le  plus  excellentdes  conducteurs 
de  chars  (3).  1,956. 

Les  braves,  Çalya  et  les  autres,  s’élancèrent  vite  à son 
secours.  Ayant  pris  un  autre  char  et  tendu  son  arc,  l’im- 
placable 1,957. 

Bhishma  de  s’approcher  lentement  à l’aspect  de  Çwéta, 
le  plus  grand  des  héros.  Dans  cette  conjoncture,  il  enten- 
dit tomber  du  ciel  une  grande  et  divine  voix,  source  de 
bien  pour  lui-même:  «Bhishma,  Bhtshma,  disait-elle, 


(1)  Prahâra , stiivaot  l’édition  de  Bombay. 

(2)  Texte  de  Bombay. 

(3)  Édition  de  Bombay. 


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BHISHMA-PAUV  \. 


103 


ne  tarde  point,  guerrier  aux  longs  bras,  à déployer  tes 
efforts.  1,958—1,959. 

» Car  voici  le  temps,  que  le  Dieu,  auteur  du  monde, 
assigna  pour  la  victoire  sur  ce  héros.  » Dès  qu’il  eut  oui 
CC3  paroles,  que  proférait  le  messager  des  Dieux,  1 ,960. 

Son  aine  devint  allègre,  et  il  tourna  son  esprit  à la  mort 
de  ce  vaillant  soldat.  A l’aspect  de  Çwéta,  le  plus  excel- 
lent des  maîtres  de  char,  à pied,  sans  char  (1),  1,961. 

Les  vaillants  gue  Tiers  se  portèrent  de  compagnie  à sa 
défense.  C’étaient  Sàtyaki,  Bhluiaséna,  Dhrishtadyoumna 
lePrishatide,  les  Katkéyains,  Dhrishtakétou  etlevigoureux 
Abhimanyou.  Dès  qu’il  vit  accourir  ces  guerriers,  le  héros 
à l'âme  incommensurable,  secondé  par  Drona , Çalya  et 
Kripa,  de  les  arrêter,  comme  une  montagne  écarte  les 
fureurs  du  vent.  Aussitôt  qu’il  eut  éloigné  tous  les  magna- 
nimes Pândouides,  Çwéta  dégaina  son  cimeterre  et  trancha 
Tare  de  Bhishma.  L’aïeul  des  Kourouide»  abandonna  bien 
vite  son  arc  coupé.  1,962—1,963 — 1,964—1,965. 

Lorsqu’il  eut  entendu  la  voix  du  messager  des  Dieux  , 
il  tourna  son  esprit  à la  mort  de  ce  guerrier  (2).  Déva- 
vrata,  ton  père,  les  arrêtant  (3),  1,966. 

Prit  à la  hâte  un  nouvel  arc.  Dans  un  instant,  le  héros 
eut  préparé  cette  arme,  qui  ressemblait  en  splendeur  à 
l’arc  de  Çakra.  1,967. 

Ton  père,  ô le  plus  vertueux  des  Bharatides , vit  alors 
ce  vaillant  Çwéta,  environné  de  ces  tigres  des  hommes, 
sous  la  conduite  de  Bhlmaséna.  1,968. 


(t)  C'est  une  répétition  du  vers  1,956;  mais  rien  ici  ne  l'a  préparée 
par  qui  et  comment  Çwéta  fut-il  priré  de  son  char  ? 

(2-3)  Inutile  et  désagréable  répétition  des  vers  précédents;  négligence 
du  copiste;  il  coupe  ici  mal  à propos  la  narration. 

VII 


13 


IDA 


Lli  MAHA-BHAHATA. 


Le  file  de  la  Gangà  courut  d’un  rapide  essor  contre  le 
général  Çvvéta.  A cette  vue,  l’auguste  héros  Bhiniaséna  le 
blessa  de  six  flèches  au  milieu  du  combat.  Quand  Déva- 
vrata,  ton  père,  excellent  Bharatide,  eut  arrêté  les  autres 
éminents  héros  avec  ses  traits  formidables,  il  blessa  dans 
ce  combat  Abhinianyou  de  trois  dards  aux  nœuds  in- 
clinés. 1,009 — 1,070 — 1,971. 

L’aïeul  des  Bharatides  frappa  sur  le  champ  de  bataille 
Sàtyaki  de  cent  flèches,  Dhrishtadyoumna  de  vingt,  et  le 
Kékéyide  de  cinq.  1 ,072. 

Une  fois  que  Dévavrata,  ton  père,  eut  arrêté  tous  ces 
guerriers  aux  grands  arcs  avec  ses  dards  redoutables  , il 
fondit  sur  Çvvéta.  1,073. 

Le  vigoureux  Bhîshma,  ayant  tendu  son  arc,  y encocha 
une  flèche  suprême,  insurmontable , égale  au  trépas,  et 
dont  la  pesanteur  devait  causer  la  mort.  1 ,07A. 

Les  Rakshasas,  les  Ouragas,  les  Picàtçhas , les  Gan- 
dharvas  et  les  Dieux  contemplèrent  cette  flèche,  dont  la 
vue  inspirait  l’horreur  et  qui  ressemblait  beaucoup  à la 
flèche  de  Brahma.  1,975. 

Le  trait,  flamboyant  comme  la  grande  foudre,  se  plongea 
dans  la  terre,  après  qu’il  eut  rompu  la  cuirasse  du  guer- 
rier, de  qui  la  splendeur  égalait  celle  du  feu  enflammé. 

11  perdit  promptement  son  éclat,  comme  le  soleil,  qui 
descend  à son  couchant  ; et,  quand  il  eut  enlevé  la  vie  du 
corps  de  Çvvéta,  le  vieux  héros  s’éloigna.  1 .O^O — 1 ,077. 

Nous  vîmes  tomber  dans  le  combat,  tel  que  la  cime 
détachée  d’une  montagne,  ce  tigre  des  hommes  immolé 
ainsi  par  Bhlshma.  1,978. 

Tous  les  Pàndouides  et  ceux,  qui  étaient  les  grands 
héros  des  kshatryas , de  pleurer  sa  perte  : tes  fils  et  les 
Kourouides  de  s’en  réjouir  entièrement.  1,979. 


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BHISHM  A-PARVA. 


195 


Quand  Douççàsana  eut  vu,  sire,  Çwéta  étendu  mort, 
il  fit  un  signe , et  les  instruments  de  musique  chantèrent 
de  tous  les  côtés  avec  des  notes  effroyables.  1,980. 

Après  que  Bhlshina  eut  immolé  ce  guerrier  au  grand 
arc,  qui  brillait  dans  les  combats,  on  vit  trembler  les 
braves  à l’arc  puissant,  sous  la  conduite  de  Çikhandl. 

Ensuite,  après  la  mort  du  général  des  armées,  Dhanan- 
djaya  et  le  Vrishnide  conclurent  avec  une  sage  lenteur  une 
suspension  d'armes  universelle.  1,981 — 1,982. 

Une  trêve  suspendit  tes  combats  entre  ton  armée  et 
celle  de  l’ennemi  : les  tiens  et  les  autres  poussèrent  main- 
tes et  maintes  fois  des  plaintes.  1,983. 

Les  héros,  fds  de  Prithâ,  navrés  de  douleur , entrèrent 
sous  leur  lente,  vaillant  roi , pensant  à la  mort  allreuse , 
qu’amène  un  duel  de  chars.  l,98â. 

« Après  que  Çwéta,  le  général  des  années,  eut  péri 
dans  la  bataille  sous  le  fer  des  ennemis,  s’enquit  Dhri- 
tarâshtra,  que  firent  alors,  mon  fils,  les  héros  Pântchà- 
lains  avec  les  fils  de  Pàndou ? 1,085. 

» Je  t’ai  ouï  dire  que  Çwéta,  le  général  des  armées,  fut 
couché  mort  dans  la  bataille  au  milieu  des  ennemis,  ré- 
duits à la  fuite,  malgré  leurs  efforts  pour  sa  défense. 

» Quand  je  t’entends  parler  de  victoire,  Sandjaya,  tu 
fais  la  joie  de  mon  esprit  ; il  ne  tombe  pas  dans  la  confu- 
sion, comme  si  ma  pensée  était  occupée  à chercher  un 
moyen  dans  les  oupàyas  (1).  1,986 — 1,987. 

« Toujours  dans  la  joie,  adonné  aux  affaires,  avancé  en 
âge,  chef  des  Kourouides,  c’est  ce  fils  intelligent  lui- 
même,  qui  engagea  son  père  dans  ces  inimitiés.  1,988. 


(1)  Mot  du  teito  de  Bombay. 


LE  M AH  A- BHARATA. 


190 

» Naguère  dans  la  crainte  de  le  voir  s’embarrasser 
daus  les  chagrins  (1),  je  déposai  ma  faveur  sur  les  Pàn- 
douides.  Aujourd'hui,  renonçant  à tout  ce  qu'il  possède, 
il  est  allé  se  mettre  dans  la  peine.  1 ,089. 

» La  brillante  fortune  des  Pàndouides  l'a  fait  entrer 
dans  cette  route  impraticable  : il  suit  une  conduite 
sans  noblesse,  il  lutte  sans  cesse  contre  les  obstacles,  que 
lui  suscite  son  ennemi.  1,990. 

» Ce  monarque  si  insensé,  il  est  allé  dans  leur  palais  ; 
comment,  dévoué  d'abord  à Youdhiâhtbira  (2),  a-t-ü  pu, 
Sandjaya,  s’irriter  contre  lui?  1,991. 

» J’estime  que  mon  fils  est  une  àme  vile  (3),  précipitée 
dans  les  enfers  par  les  derniers  des  hommes  : ni  Bhîshma, 
ni  l'Atchârya  n’approuveront  jamais  la  guerre.  1,992.  ^ 

» Ni  Kripa,  ni  Gâudhân,  ni  moi,  Sandjaya,  nous  ne  lui 
donnerons  jamais  notre  sanction  ; ni  le  Vasoudévide,  re- 
jeton de  Vrishni,  ni  Dharmarâdja,  fils  de  Pàndou  , 

» Ni  Bhima,  ni  Arjouna,  ni  les  jumeaux,  les  plus  émi- 
nents des  hommes.  Douryodhana  fut  toujours  arrêté  par 
moi,  par  Gândhâri,  par  Vidoura.  11  est  sans  cesse  en 
guerre,  Sandjaya,  avec  Ràma  le  Djamaiiagnide  et  le  ma- 
gnanime Vyâsa.  1,993 — 1,994 — 1,995. 

» Embrassant  les  opinions  de  Rama  et  du  fils  de  Sou- 
bala,  il  fait  ce  qui  est  criminel.  Par  la  bouche  de  Douççâ- 
sana,  il  a injurié  les  Pàndouides.  1,990. 

» Je  pense  qu’il  est  tombé,  Sandjaya,  dans  une  infor- 
tune épouvantable.  /\j>rès  la  mort  de  Çwéta  et  la  victoire 
de  Bhishma,  que  fit  dans  la  bataille  le  fils  de  Prithâ  irrité, 

(1)  Udvéyabhayât,  suivant  l'édition  de  Bombay. 

(2)  Texte  de  Bombay. 

(3)  Ibidem. 


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BH1SHMA-P  UIVA. 


197 


accompagné  de  Krishna;  car  la  peur,  mon  ami,  que 
m’inspire  Aijouna,  ne  se  calme  pas  encore.  1,997-1,998. 

» Dhanandjaya,  le  fds  de  Kountt,  est  un  héros  à la 
main  prompte  ; les  corps  seront  en  proie  h ses  flèches,  il 
détruira  ses  ennemis.  1 ,999. 

» Que  devinrent  vos  esprits  à la  vue  de  ce  fds  d'Indra, 
égal  à Vishnou,  semblable  .A  Mahéndra  (1)  dans  la  guerre, 
et  de  qui  les  pensées  de  colère  ne  sont  jamais  vaines? 

» Ce  héros  à l’âme  incommensurable,  qui  sait  les  Vé- 
das,  auquel  Indra  fit  connaître  ses  astras  et  de  qui  la 
splendeur  égale  celle  du  soleil  ou  de  la  flamme,  a mérité 
le  nom  de  vainqueur  dans  les  batailles.  2,000—2.001. 

» Ce  grand  héros,  fils  de  Kounti,  à la  main  agile  pour 
toucher  la  corde  de  son  arc , il  lance  au  milieu  des 
ennemis  ses  traits,  dont  l'attouchement  ressemble  à celui 
de  la  foudre.  2,002. 

» Que  fit,  Sandjaya,  après  la  mort  de  Çvvéta  dans  la 
bataille,  ce  vigoureux  à 1*  grande  science,  Dhrishta- 
dyoumna,  fils  du  roi  Droupada?  2,003. 

» Par  l’offense  commise  envers  eux  et  par  la  mort  du 
général  des  armées,  l’âme  des  magnanimes  Pândouides, 
à mon  avis,  dut  naguère  s’enflammer  de  fureur.  2,004. 

» Pensant  jour  et  nuit  à leur  colère,  je  ne  puis,  à cause 
de  Douryodhana,  obtenir  un  moment  de  tranquillité. 

» Comment  s’est  déroulé  ce  grand  combat  : dis-moi 
tout,  Sandjaya.  2005 — 2,000. 

Écoute,  sire,  et  recueille  ton  attention,  répondit  San- 
djaya; il  y a ici  de  toi  un  grand  écart;  tu  ne  dois  pas 
rejeter  entièrement  cette  faute  sur  Douryodhana.  2,007. 


(!)  (édition  île  Bombay. 


108 


LE  MAHA-BHARATA. 


Ton  intelligence  est  comme  un  pont  jeté  sur  un  lieu, 
d’où  les  eaux  sont  écoulées;  c’est  comme  un  puits,  que 
l'on  creuse  dans  ton  somptueux  palais.  2,008. 

Quand  l’avant-midi  de  ce  jour  se  fut  passé  au  milieu 
de  cette  vaste  horreur  et  que  Çwéta,  le  général  des  ar- 
mées, fut  tombé  sous  les  coups  de  Bhlshma,  2,009. 

Çankha,  l’oppresseur  des  héros  ennemis,  le  Viratide, 
superbe  de  ses  batailles,  vit  Çalya,  qui  se  tenait  de  pied 
ferme,  accompagné  de  Kritavarman.  2,010. 

Au  même  instant,  il  s’enflamma  de  colère,  comme  le 
feu  de  l’autel,  où  l’on  verse  le  beurre  clarifié,  et,  vigou- 
reux, il  fit  vibrer  un  grand  arc,  semblable  à l’arc  de  Ça- 
kra.  2,011. 

Environné  de  tous  les  côtés  par  une  nombreuse  multi- 
tude de  chars  et  poussé  par  le  désir  de  tuer,  Çankha 
fondit  sur  le  champ  de  bataille  contre  le  souverain  de 
Madra.  2,012. 

Lançant  une  pluie  de  flèches,  il  s’avança  vers  le  char 
de  Çalya.  L’ayant  vu  accourir  avec  la  hardiesse  d’un  élé- 
phant en  folie,  2,013. 

Sept  chars  des  tiens  couvrirent  de  tous  côtés,  pour  sa 
défense,  le  roi  de  Madra,  tombé  entre  les  dents  de  la 
mort.  2,01â. 

Ensuite,  Bhlshma  aux  longs  bras  poussa  un  cri  comme 
le  tonnerre  d’un  nuage,  saisit  un  arc,  qui  avait  la 
taille  d’un  palmier,  et  fondit  sur  Çankha  dans  le  champ  de 
bataille.  2,015. 

A peine  eut-elle  vu  se  hâter  le  vaillant  héros  au  grand 
arc,  toute  l’armée  des  Pàndouides  trembla,  telle  qu’un 
navire  battu  par  la  fougue  du  vent.  2,010. 

Arjouna,  alors,  s’empressa  de  se  jeter  devant  te  brnrc 


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BH1SHMA-PARVA. 


199 


Çankha  : « Il  faut  le  sauver  de  Bhîshma  ! c dit-il  ; et  le 
combat  entre  ces  deux  guerriers  commença.  2,017. 

Ce  fut  un  vaste  brouhaha  de  guerriers  combattant  sur 
la  plaine  : « Voilà,  disaient-ils,  la  force  aux  prises  avec 
la  force!  » et  ils  tombaient  dans  l’étonnement.  2,018. 

Çalya,  sa  massue  à la  main,  sauta  à bas  de  son  grand 
char  et  tua,  éminent  Bharatide,  les  quatre  coursiers  de 
Çankha.  2,019. 

Celui-ci  prit  à la  hâte  un  cimeterre,  et  courut  de  son 
char,  privé  de  chevaux,  se  réfugier  sur  le  char  de  Blbhat- 
sou,  où  il  trouva  la  paix.  2,020. 

Des  flèches  s’envolèrent , précipitées , du  char  de 
Bhishma  : le  ciel  et  la  terre  en  furent  couverts  de  tous  les 
côtés.  2,021. 

Bhishma,  le  plus  excellent  de  tous  les  guerriers,  abattit 
sous  ses  dards  les  Pântchâlains,  les  Matsyas  elles  illustres 
kaîkéyains.  2,022. 

11  abandonna  soudain  l’ambidextre  Pàndouide  clans  le 
combat  et  fondit  sur  le  roi  du  Pàntchâla,  Droupada,  en- 
vironné d'une  armée,  son  cher  parent.  11  décocha  de  nom- 
breuses flèches,  sire.  Telles  que  les  forêts  sont  dévastées 
par  le  feu  à la  fin  de  la  froide  saison,  2,023 — 2,02i. 

Telles  on  voyait  les  armées  de  Droupada  consumées 
par  les  flèches.  Bhishma  se  tenait  au  milieu  du  combat, 
comme  un  feu  sans  fumée.  2,025. 

Les  guerriers  du  Pàndouide  ne  pouvaient  tenir  les 
yeux  sur  Bhishma,  qui  semblait  les  consumer  de  son 
énergie,  comme  le  soleil  au  milieu  du  jour.  2,020. 

Les  soldats  de  Pàndou,  glacés  d’épouvante,  tournèrent 
les  yeux  de  tous  les  côtés  ; mais  nulle  part  ils  ne  trouvèrent 
un  défenseur,  connue  des  taureaux  affligés  par  le  froid. 


200 


LE  MAHA-BHARATA. 


Au  milieu  de  l'armée  en  déroute,  sans  courage,  tuée 
et  broyée,  les  guerriers  Pàndouides  jetèrent  de  vastes  cla- 
meurs. 2,027 — 2,028. 

Bhishma,  le  fils  de  Çântanou,  sans  quitter  un  instant 
son  arc  bandé,  décocha  des  traits  à la  pointe  enflammée, 
comme  des  serpents  à la  dent  venimeuse.  2,029. 

L’homme  aux  vœux  comprimés,  embrassant  de  son 
attention  tous  les  points  de  l’espace  et  visant  mainte 
fois  les  héros  Pàndouides,  ne  cessait  de  les  abattre  sous 
ses  flèches.  2,030. 

Ensuite  les  armées  se  trouvèrent  rompues,  broyées 
de  tous  les  côtés,  au  moment  où  le  soleil  était  parvenu 
à son  couchant.  11  n’y  eut  plus  rien  de  sensible  aux 
yeux.  2,031. 

F.es  lils  de  Prithâ,  qui  venaient  de  voir  Bhishma  envoyer 
ses  traits  dans  cette  grande  bataille,  conclurent,  éminent 
Bharatide,  une  suspension  d’armes  entre  les  deux  armées. 

Dans  le  premier  moment  de  cet  armistice,  tandis  que 
Bhishma  était  encore  irrité  du  combat  et  que  Dourvo- 
dhana  conservait  son  ardeur,  Dharmaràdja,  accompagné 
de  tous  ses  frères  et  de  tous  les  souverains  de  la  terre, 
s'empressa  de  se  rendre  chez  Djanârddana. 

2,032 — 2,033 — 2, 03A. 

Pénétré  d’une  profonde  douleur,  pensant  à la  victoire 
de  l’ennemi  et  témoin  de  la  valeur  de  Bhishma, il  dit  au 
rejeton  de  Vrishni  : 2,035. 

« Krishna,  vois  Bhishma  au  grand  arc,  au  courage  ef- 
froyable, qui  consume  mon  armée  de  ses  (lèches,  comme 
le  feu,  au  temps  chaud  (1),  dévore  une  forêt  de  bois  sec. 

(1)  Édition  de  Bombay. 


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BH1SHMA-PARVA. 


>01 


» Comment  pouvons- nous  d’un  œil  fixe  regarder  ce 
magnanime,  qui  semble  de  sa  langue  lécher  mes  armées, 
tel  que  le  feu  accru  par  l’oblation  ? ‘2,036 — ‘2,037. 

» A la  vue  de  ce  tigre  des  hommes  à la  grande  force, 
son  arc  à la  main,  mon  armée  en  déroute  s’enfuit,  pour- 
suivie par  la  mort  de  ses  flèches  ! 2,038. 

» Yama  irrité  ne  pourrait  le  vaincre  dans  un  combat, 
ni  Çnkrn,  sa  foudre  à la  main,  ni  Varouna,  qui  tient  son 
lacet,  ni  Konvéi  a,  armé  de  sa  massue  ! 2,030. 

» 11  est  impossible  de  vaincre  Bhlshma  à la  grande 
force,  à la  grande  énergie,  l.es  choses  étant  ainsi,  je  suis 
brisé  par  Bhlshma,  comme  un  navire  dans  une  eau  pro- 
fonde. 2,040. 

» La  débilité  de  mon  intelligence,  Kéçava,  m’ayant  mis 
aux  mains  avec  Bhlshma,  je  m'en  irai  dans  les  bois,  Go- 
vinda  : le  mieux  est  pour  moi  d’y  vivre;  2,041. 

» Non  de  livrer  pour  la  mort  ces  maîtres  de  la  terre  à 
Bhlshma!  Ce  héros,  Krishna,  à qui  les  grands  astras  sont 
bien  connus,  il  abattra  mon  armée.  2,042. 

» Les  gens  de  mes  bataillons  courent  à leur  perte  elle- 
même,  comme  les  sauterelles  volent  vers  un  feu  allumé. 

» Je  suis  poussé  à ma  chute,  rejeton  de  Vrisbni,  et  mon 
courage  en  a pour  cause  un  royaume  : c’est  lui,  qui  traîne 
dans  l’infortune  et  qui  livre  mes  frères  à l'oppression  des 
flèches.  2,043 — 2,044. 

n Mes  frères,  par  amitié  pour  moi,  furent  précipités  du 
trône,  renversés  du  bonheur.  La  vie,  pense-t-on,  est  d’un 
haut  prix  ; mais  aujourd’hui  la  vie  estdiflicile  àconserver. 

» Je  pratiquerai  le  reste  de  mes  jours  une  pénitence 
dure  : je  n’exposerai  pas  ces  hommes,  mes  amis,  Kéçava, 
à mourir  dans  un  combat.  2,045-  2,046. 


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202 


LE  MAHA-BHARATA. 


» Bhtshma  à la  grande  vigueur  fait  sans  cesse  périr, 
soqs  des  astras  divins,  mes  héros  et  de  nombreux  milliers 
des  guerriers  les  plus  excellents.  2,047. 

» I)e  quelle  action  faite  mon  bien  (1)  résultera-t-il? 
Dis-moi-le  sans  tarder,  Màghavat.  L’Ambidextre  est,  dans 
les  combats,  un  médiateur,  à mes  yeux.  2,048. 

» Se  rappelant  ses  devoirs  de  kshatrya,  Bhtshma,  sans 
aide,  avec  la  seule  vigueur  de  ses  bras,  a la  force  de  com- 
battre l’ennemi.  2,049. 

» Ce  guerrier  au  grand  cœur  fit,  autant  qu’il  pouvait, 
avec  sa  massue  exterminatrice  des  héros,  son  œuvre  de 
destruction  au  milieu  des  fantassins,  des  chars,  des  che- 
vaux et  des  éléphants.  2,050. 

» Ce  brave,  il  est  capable  de  causer  la  perte  des  ar- 
mées ennemies,  auguste  monarque,  soit  par  un  combat  de 
droiture,  soit  en  versant  par  centaines  ses  pluies  de  flèches. 

» Seul,  le  prince,  ton  ami,  connaît  les  astras;  il  doit 
nous  mépriser,  consumés  que  nous  sommes  par  Bhishma 
et  par  le  magnanime  Drona.  2,051  — 2,052. 

# Employés  mainte  et  mainte  fois  par  Bhishma  et  Drona 
au  grand  cœur,  ces  astras  célestes  consumeront  tous  les 
ksbatryas.  2,053. 

» Accompagné  de  tous  les  rois,  Bhishma  irrité,  Krishna, 
— car  tel  est  son  courage,  — nous  réduira,  certainement, 
tous  en  cendres.  2,054. 

» Vois  donc,  souverain  de  l’yoga,  qui  pourra  calmer 
ce  Bhishma  au  grand  char,  au  grand  arc,  comme  un  nuage 
éteint  l'incendie  d’une  forêt.  2,055. 

» Et,  grâces  à toi,  Govinda,  les  fils  de  Pàndou,  rétablis 


(1)  llitam , édition  de  Bombay. 


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BH1SHMA-PAIIVA. 


203 


dans  leur  royaume,  ayant  détruit  leurs  ennemis,  goûteront 
la  joie  avec  leur  famille.  » 2,056. 

Quand  il  eut  parlé  ainsi,  le  magnanime  fils  de  Pritliâ 
demeura  plongé  dans  ses  pensées  ; et,  l’âme  frappée  de 
chagrin,  il  resta  long-temps  recueilli  en  lui-même.  2,057. 

Dès  qu’il  eut  vu  ce  Pândouide  en  proie  à la  douleur  et 
l’âme  étreinte  par  la  peine,  Govinda  lui  dit  alors  ces  mots, 
qui  réjouirent  tous  les  enfants  de  Pândou  : 2,058. 

« Ne  gémis  pas,  ô le  plus  vertueux  des  Bharatides,  et 
ne  veuille  pas  te  désoler  ; car  tu  as  pour  toi  ces  héros,  tes 
frères,  qui  sont  tous  les  plus  habiles  archers  du  monde  ; 

» Et  moi,  qui  suis  porté  à te  faire  plaisir,  et  le  grand 
héros  Sâtyaki,  sire,  et  les  deux  vieillards  Droupada  et 
Virâta,  et  Dhrishtadyoumna  le  Prishatide;  2,051) — 2,060. 

b Et  tous  ces  héros  puissants,  qui  tous  ont  les  regards 
fixés  sur  ta  faveur,  û le  plus  excellent  des  rois,  et  te  sont 
entièrement  dévoués.  2,061. 

b Ce  Dhrishtadyoumna  le  Prishatide,  arrivé  au  com- 
mandement des  années,  est  toujours  animé  par  l’amour 
de  ton  bien  et  se  complaît  en  ce  qui  t’est  agréable.  2,062. 

b Et  Çikhandl  est  assurément  assigné  pour  la  mort  de 
Bhishma  aux  longs  bras,  a A peine  le  grand  roi  eut-il  en- 
tendu ces  paroles,  il  dit  au  héros  Dhrishtadyoumna  dans 
cette  assemblée,  où  le  Vasoudévide l'entendit: 

« Dhrishtadyoumna-Prishatide , écoute  ce  que  je  vais 
dire.  2,063 — 2,06A. 

n 11  ne  faut  pas  t’irriter  contre  cette  parole,  dite  par 
ma  bouche  : ta  majesté  est  un  général  d’armée  égal  à mol, 
suivant  le  Vasoudévide.  2,066. 

b Tu  es  le  général  des  Pàndouides,  éminent  fils  de 
Bharata,  comme  Kàrttikéya  fut  nommé  jadis  le  général 
perpétuel  des  Dieux.  2,066. 


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20à 


LE  MAHA-BHARATA. 


» Immole,  tigre  des  hommes,  les  Kouronides  sous  ton 
courage.  Bhlma,  Krishna  et  moi,  auguste  monarque,  nous 
te  suivrons.  2,067. 

» Il  en  sera  ainsi  des  deux  enfants  réunis  de  Vlâclri,  et 
des  Draâupadéyains  cuirassés, et  des  autres  chefs,  les  sou- 
verains de  la  terre.  » 2,068. 

Dhrishtadyoumna  dit  ces  mots,  qui  firent  la  joie  de  tous 
les  Pândouides:  « Jadis  Çambhou  m’a  assigné,  fils  de 
Prithà,  la  mort  de  Drona.  2,069. 

» Je  combattrai  dans  la  bataille  Rhlslmia  et  Drona , 
Kripa,  Çalya,  Djayadratha  et  tous  les  princes,  qui  brillent 
aujourd’hui  dans  les  combats.  » 2,070. 

Admirant  cette  fierté  de  l'Indra  des  princes,  du  Pri- 
shatide,  de  L’Iinmolateur  des  ennemis,  les  Pândouides  à 
la  grande  vigueur,  de  pousser  des  cris  pleins  de  la  cruelle 
ivresse  des  batailles.  2,071. 

Ensuite  Arjouna  dit  au  Prishatide,  général  des  ar- 
mées : « 11  est  une  disposition  des  troupes,  qu’on  appelle 
Kràauntchârouna  ou  le  héron  et  qui  détruit  tous  les  enne- 
mis. 2,072. 

» Que  les  rois  contemplait  avec  les  Kourouides,  con- 
formément à la  vérité,  cette  disposition  opposée  des  trou- 
pes inconnue  jusqu’à  ce  jour,  qui  peut  détruire  les  armées 
ennemies  et  que  Vrihaspati  jadis  fit  connaître  à Indra 
dans  la  guerre  des  Asouras  et  des  Dieux  ! » 

Le  roi  des  hommes,  tel  que  le  Dieu  armé  de  la  foudre, 
adressa  ces  paroles  à Djishnou  (1)  : 2,073 — 2,07à. 

Au  point  du  jour,  il  mit  Dhanandjaya  en  tète  de  toutes 
les  armées.  Le  drapeau  ravissant,  merveilleux,  qui  se  dé- 
roulait dans  les  routes  du  soleil  et  que  les  ordres  d’Indra 

(l;  Quelle*  paroles? 


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BH1SHMA-PAKVA. 


•205 


avait  commandé  à Viçvakarma,  orné  de  guidons  peints  de 
toutes  les  couleurs  de  l’arc-en-ciel,  semblable  A la  ville 
des  Gandbarvas  et  tel  qu’un  oiseau  dans  l’air,  resplendit, 
vénérable  monarque,  et  semblait  danser  dans  les  roues 
des  chars.  2,075—2,076—2,077. 

Le  fils  de  Prith'â  fut  illuminé  par  l’archer  du  Gandivâ 
et  parce  drapeau,  omé  de  pierreries,  comme  le  Soumé- 
rou  (1),  éclairé  d’une  lumière  supérieure.  2,078. 

Environné  (J’une  nombreuse  armée,  le  roi  Droupadafut 
la  tête  de  ces  troupes  : Kountibhodja  et  Çalya,  les  souve- 
rains des  hommes,  en  furent  comme  les  deux  yeux.  2,079. 

Le  monarque  du  Daçârna,  les  Pràyàgas  avec  les  trou- 
pes du  Dàçéraka  et  les  kiralas  aux  terres  humides  furent, 
taureau  des  Bharatides,  les  os  du  cou.  2,080. 

Accompagné  des  Nishâdas,  des  Patatchtcharas,  des 
Houndas  et  des  rejetons  de  Pourou,  Youdhishthira,  sire, 
en  était  comme  le  dos.  2,081. 

Lesdeux  ailes  étaient  composées  de  Bhluiasénaet  Dhrish- 
tadyoumna  le  Prishatide,  d’Abhimanyou,  issu  de  Drou- 
pada  et  du  grand  héros  Sâtyaki,  2,082. 

Des  Piçâtcha-*,  des  Dàradas,  des  Paâundras  avec  les 
kountivishas,  des  Madakas,  des  Ladakas,  des  Tanganas 
mêmes  et  des  autres  Tanganas,  2,083. 

Des  Vàhikas,  des  Tittiras,  des  Pàndyas,  des  Oudhras, 
des  (laravas,  des  Toumboumas,des  VatsasetdesNàkoulas. 

Nakoula  et  Sakadéva  étaient  placés  au  flanc  gauche. 
Dix  mille  chars  appuyaient  les  deux  ailes,  mais  un  mil- 
lion formait  la  tête.  2,084—2,085. 

Le  dos  était  composé  d’un  arbouda  (2)  même  et  de 

(1)  Édition  de  Bombay. 

(2)  Édition  de  Bombay.  — Un  arbouda  fait  cent  millions. 


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200 


I.fci  MAHA-BIIARATA. 


vingt  raille  : un  million  et  soixante-dix  raille  étaient  com- 
pris dans  le  cou.  2,086. 

Aux  extrémités  de  l’oiseau  guerrier , sur  les  ailes,  sur 
le  bord  des  ailes,  marchaient,  sire,  des  éléphants,  entou- 
rés de  fantassins-,  ils  resplendissaient  comme  des  monta- 
gnes. 2,087. 

Virâta  avec  les  Kaîkéyains,  le  roi  de  Kàçi  et  Çatvya 
avec  trois  myriades  de  chars  en  défendaient  la  croupe. 

Quand  ils  eurent  ainsi  disposé  en  ordrq  cette  grande 
armée,  les  (ils  de  Pândou,  revêtus  de  cuirasses  pour  le 
combat,  se  tinrent,  attendant  avec  impatience  le  lever  du 
soleil.  2,088—2,089. 

Leurs  blanches  ombrelles,  grandes,  sans  tache , aux 
couleurs  de  l’astre  radieux,  brillaient  au  milieu  des  élé- 
phants et  parmi  les  drapeaux.  2,090. 

A la  vue  du  kraàuntcha,  cette  grande  disposition  de 
troupes,  qu’on  ne  pouvait  rompre,  à la  vue  de  cet  ordre 
de  bataille,  plein  d’une  vaste  épouvante,  fait  par  le  Pàn- 
douide  à la  force  sans  mesure,  ton  (ils,  2,091. 

S’étant  approché,  roi  vénérable,  de  l’Atchàrya,  de 
Kripa,  de  Çalya,  du  rejeton  de  Somadatta,  de  Vikarna 
et  d’Açvatthâman  lui-même,  2,092. 

De  tous  ses  frères,  à la  tête  de  qui  se  trouvait  Douç- 
çâsana,  et  des  autres  héros,  en  bien  grand  nombre,  ras- 
semblés pour  le  combat  ; 2,093. 

Ton  fils  dit  ces  paroles,  qui  inspirèrent  à propos  la  joie 
à tous  ces  hommes,  qui  avaient  des  (lèches  et  des  traits 
divers,  qui  tous  étaient  habiles  dans  les  choses  de  la 
guerre  : 2,09i. 

« Vous  êtes  tous  de  grands  héros,  capables  de  vaincre, 
chacun  en  particulier,  les  fils  de  Pândou  dans  le  combat  : 


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BHISHMA-PAKVA. 


•207 


i\  plus  forte  raison,  quand  vous  êtes  réunis  à la  tête  de 
vos  armées!  2,095. 

» Défendue  par  Bhîshma,  votre  armée  est-elle  insuffi- 
sante? Et  leur  armée  suffit-elle,  par  cela  seul  qu’elle  est 
défendue  par  Bhlma  ? 2,096. 

» De  notre  côté  sont  les  Çourasénas,  les  Vénikas,  les 
Koukkouras,  les  Rétchakas,  les  Trigarttas,  les  Madranas 
et  les  Yavana3,  2,097. 

» Accompagnés  de  Çatrounjaya,  de  DouççAsana,  de 
Vikarna,  de  Souvira,  de  Nanda  et  d’Oupananda,  2,098. 

» Accompagnés  de  Tchitraséna,  accompagnés  des  Ma- 
nibhadrakas.  Que  les  chefs,  avec  leursguerriers,  défendent 
Bhlshma.  » 2,099. 

Alors  Bhîshma,  Drona  et  tes  fils,  auguste  roi,  dispo- 
sèrent l’armée  en  grand  ordre  de  bataille,  afin  de  repous- 
ser les  Pàndouides.  2,100. 

Bhlshma,  environné  de  tous  côtés  par  une  armée  nom- 
breuse, s’avança,  entraînant  sur  ses  pas,  comme  le  roi  des 
Dieux,  une  immense  armée.  2,101, 

L’auguste  Bharadwàdjide  le  suivit,  avec  son  grand  arc. 
Les  Gândhàras,  les  Saâuvlras  du  Sindhou,  les  Çivis  et  les 
Vasâtis,  accompagnés  des  Rountalas,  souverain  des 
hommes,  des  Daçârnas,  des  Màgadhains,  des  Vidarbhas, 
des  Mélakas  et  des  Karnaprâvaranas,  défendirent  avec 
toute  cette  armée  Bhîshma,  qui  brillait  dans  les  batailles  ; 
et  Lakouni  protégea  le  Bharadwàdjide  avec  une  autre  ar- 
mée. 2,102— 2,103— 2, 10S. 

Ensuite,  le  roi  Douryodhana,  réuni  à tous  ses  frères, 
aux  Açvâtakas,  aux  Vikarnas,  aux  Koçalas  inférieurs,  aux 
Daradas,  aux  Vrikas  et  aux  Kshoudrakamâlavas,  courut, 
bouillant  d’ardeur,  contre  l’armée  du  fils  de  Pândou. 


20b 


LE  MAHA-BHAÜATA. 


Bhoûriçravas , (J  al  a,  (jalya,  Bhagadatta,  Viuda,  cl 
Anouvinda,  les  deux  rois  d'Avanti,  protégèrent  l’aile 
gauche.  2,105—2,106—2,107. 

Somadatta,  Souçarman  et  le  roi  de  Kâuibodje,  renom- 
mé pour  son  humanité,  (jatàyoush  et  Çroutàyoush  allèrent 
se  ranger  à l’aile  droite.  2,108. 

Açvatthàman,  kripa  et  kritavarman  le  Sâtwata  défen- 
dirent avec  une  grande  armée  les  derrières  de  l'armée. 

Les  protecteurs  de  l’arrière-garde  étaient  les  souverains 
de  diverses  contrées  : kéloumat,  Vasoudàna  et  l’auguste 
lils  du  roi  de  kâçi.  2,109 — 2,110. 

Tous  les  tii-ns,  remplis  de  joie  et  d’ardeur  pour  les 
combats,  firent  résonner  les  conques  et  poussèrent  leurs 
cris  de  guerre.  2,111. 

Dès  qu’il  eut  entendu  leurs  clameurs  joyeuses,  l’au- 
guste et  vieux  ayeul  des  kourouides  exclama  son  cri  de 
lion  et  remplit  de  vent  sa  conque.  2,112. 

Puis,  les  tambourins,  toutes  les  sortes  de  péçis  (1)  et 
les  tambours  furent  battus  par  les  ennemis  ; on  sonna  les 
conques,  et  ce  fut  un  bruit  confus.  2,113. 

Et,  tenues  sur  un  grand  char,  attelé  de  chevaux  blancs, 
résonnèrent  les  deux  excellentes  conques,  parées  de  pier- 
reries et  d’or.  2,116. 

Hrishîkéça  fit  parler  son  Pàntchadjanya,  et  Dhanan- 
djaya  son  Dévadatia.  Ventre-de-loup  aux  exploits  formi- 
dables donna  un  son  à sa  grande  conque  Paâundra. 

Le  roi  Youdhishthira,  le  fils  de  Kountl,  enfla  sa  Vic- 
toire-éternelle ; Nakoula  et  Sahadéva  le  Soughosha  et  le 
Manipoushpaka.  2,115 — 2,116. 


(1)  Une  espèce  de  Umbouri. 


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BH1SHMA-PAUV  A. 


20» 


Le  roi  de  Kâçi,  et  Çaivya,  et  le  vaillant  Çikandl,  et 
Dhrishtadyoumna  le  Viratide,  elle  héros  Sâtyaki,  2,117. 

Et  les  l’àntchàlnins  aux  grands  arcs,  et  les  cinq  fils  de 
Draàupadi,  tous  remplirent  de  vent  leurs  vastes  conques; 
et  de  proclamer  leurs  cris  de  guerre.  2,118. 

Ce  bruit  tumultueux,  immense,  enfanté  par  ces  héros, 
fit  résonner  le  ciel  et  la  terre.  2,1 19. 

Ainsi,  grand  roi,  ces  enfants  de  Kourou  et  de  Pândou 
revinrent,  pleins  d'ardeur,  au  combat,  se  meurtrissant  les 
uns  les  autres.  2,120. 

« Tandis  que  les  miens  et  les  autres,  demanda  Dhrita- 
ràshtra,  étaient  ainsi  disposés  en  ordre  de  bataille  dans 
ces  innombrables  armées,  comment  ces  plus  éminents  des 
guerriers  se  livrèrent-ils  ce  combat?  » 2,121. 

C’est  ainsi  qu’au  milieu  de  ces  nombreux  bataillons,  ré- 
pondit Sandjava,  l'armée,  semblable  à une  mer,  étalait, 
admirable  comme  un  océan  sans  rivage,  ses  cuirasses  et 
ses  drapeaux  éclatants  (1).  2,122. 

* Debout  au  milieu  d'eux,  sire,  Douryodhana,  ton  fils, 

adressa  ce  langage  à tous  les  tiens  : « Combattez,  hommes 
cuirassés  ! » 2,123. 

Puis,  s’étant  revêtus  de  sentiments  cruels  et  renonçant 
à la  viç,  tous,  ils  s'approchèrent  des  Pàndouides,  leurs 
enseignes  déployées.  2,  I2é. 

Alors  s'éleva  entre  les  tiens  et  les  ennemis  un  combat 
tumultueux,  plein  d’horreur,  où  les  éléphants  et  les  chars 
étaient  joints  l’un  à l'autre.  2,125. 

Décochées  par  les  maîtres  de  chars,  les  flèches  à la 
belle  empennure,  au  fer  bien  luisant,  à la  pointe  ra- 
il Kditiim  de  Bombay. 

vu  • I h 


» 


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210 


LE  MAHA-BHARATA. 

y 

pide.  tombaient  sur  les  éléphants  et  les  chevaux.  2,120. 

Bhlshma  aux  longs  bras,  à la  valeur  épouvantable,  re- 
vêtu de  sa  cuirasse,  s'avança,  levant  son  arc,  dans  le  feu 
de  la  bataille.  2,127. 

Le  vieil  ayeul  des  Kourouides  déchargea  maintes  fois 
ses  pluies  de  flèches  sur  le  Soubhadride,  Blitmaséna,  le 
héros  Arjouna,  leKaîkéyain,  leViratide,  sur  Abhimanyou 
le  Prishatide,  sur  les  «autres  vaillants  hommes  du  Tchédi 
et  des  Matsyas.  2,128 — 2,129. 

Une  grande  multitude  s'émut  dans  cet  engagement  des 
armées,  et  il  y eut  une  vaste  infortune  de  tous  les  guer- 
riers. 2,130. 

Les  cavaliers , les  vexillaires,  les  plus  excellents  des 
chevaux  furent  immolés  ; et  les  Pàndouides  s’avancèrent 
dans  l'armée  des  chars,  qui  fuyaient  çà  et  là  (1).  2,131. 

A peine  le  vaillant  Arjouna  eut-il  aperçu  le  héros 
Bhlshma,  qu’il  dit  avec  colère  au  Vrishnide  : a Avance  là 
où  est  notre  ayeul.  2,132. 

» Ce  Bhlshma  dans  sa  bouillante  fureur  détruira  bien  m 

certainement  mon  armée  : il  se  complaît,  fils  de  Vrishni, 
dans  le  parti  de  Douryodhana.  2,133. 

» Voici  Drona,  Kripa,  Çalya  et  Vikarna,  accompagnés 
des  Dhritaràshtrides,  Douryodhana  à leur  tête.  2,134. 

u Bien  défendus  , archers  vigoureux  ils  tueront  les 
Pàntchàlains  ; et  moi,  Djanârddana,  je  tuerai  Bhlshma  à 
cause  de  son  armée.  » 2,135. 

a Sois  ferme,  Dhanandjaya,  lui  répondit  le  Vasoudé- 
vide  ; je  vais  te  conduire,  héros,  vers  le  char  de  ton 
ayeul.  » 2,136. 

(t)  Édition  do  Bombay. 


« 


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BHISHM  V-PAKVA. 


211 


Dès  qu’il  eut  (lit  ces  mots,  (’.nàuri  fit  arriver,  souverain 
des  hommes,  près  du  véhicule  de  Bhtshma  son  char,  cé- 
lèbre dans  le  monde,  orné  de  nombreux  guidons  flottants 
_ et  d’un  drapeau  à l’insigne  du  singe,  traîné  par  des  che- 
vaux, couleurs  de  grues,  et  mugissant  avec  un  bruit  im- 
mense, accompagné  d’une  grande  épouvante. 

2,137—2,138. 

Le  Pàndouide  s’avançait  sur  ce  char  vaste,  éclatant,  de 
la  couleur  du  soleil , résonnant  comme  le  tonnerre  du 
nuage  ; il  immolait  dans  sa  marche  l’armée  des  Kou- 
rouides  et  les  bataillons  des  héros.  2,139. 

Accroissant  la  joie  de  ses  amis,  il  accourut  avec  rapi- 
dité dans  le  combat  sur  l’ennemi,  qui  se  précipitait  non 
moins  rapidement,  tel  qu'un  éléphant  dans  la  fièvre  du 
rut,  2,1  A(*. 

Jetant  la  terreur  au  sein  des  héros,  les  abattant  sous 
ses  flèches.  Défendu  par  les  Kékayains,  les  Saâuvlras,  les 
guerriers  de  l’orient,  le  roi  de  Sindhou  à leur  tète,  ainsi  le 
fils  de  Çàntanou  s'avançait  légèrement  contre  Arjouna. 
Quel  maître  de  char,  si  ce  n’est  l’aïeul  des  kourouides, 
Drona  et  le  fils  du  Soleil,  peut  alfronter  l’arc  Gàndiva? 
Ensuite  le  grand-père  des  Kourouides,  Bhishma  au  grand 
arc,  lança  contre  Arjouna  soixante-dix  sept  flèches  de  fer  ; 
Drona  vingt-cinq,  et  Kripa  lui  envoya  cinq  traits  aigus. 

2,141-2,142—2,143-2,144. 

Douryodhana  lui  adressa  soixante-quatre  et  Çalya  neuf 
dards  aiguisés,  le  Dronide  soixante  et  le  vaillant  Vikarna 
trois  flèches.  2,145. 

Partis  xle  la  main  d'Artâyani,  sire,  trois  bhallas  vinrent 
frapper  le  fils  de  Pàndou.  Blessé  par  eux  de  tous  les 
cfttés  avec  ces  traits  acérés,  le  héros  au  grand  arc,  aux 


•21*2 


LE  MAH\-UHAIt  VT  A. 


longs  bras,  n’en  fut  pas  ébranlé  plus  qu'une  montagne 
entamée  par  ces  flèches.  Kirlti  à l'âme  incommensurable, 
éminent  Bharatide,  rendit  en  échange  à Bhishma  vingt- 
cinq,  à Kripa  neuf  dards,  à Drona  soixante,  au  vaillant  . 
Vikarna  trois  flèches.  11  blessa  Artâyani  de  trois  autres, 
et  le  roi  Douryodhana  lui -même  avec  cinq.  Sàtyaki,  Vi- 
râta,  Dhrishtadyoumna  le  Prishatide,  Abhiuianyou  le 
Draàupadide  avaient  environné  Dhanandjaya  ! Uéuui 
avec  les  Sotnakas,  le  roi  du  Pântchâla  s’avança  vers 
le  vaillant  Drona,  à qui  était  cher  le  salut  du  fils 
de  la  Gangà.  Le  plus  excellent  des  maîtres  de  chars, 
Bhishma  de  blesser  à la  hâte  le  fils  de  Pàndou  avec  qua- 
tre-vings  traits  acérés.  Les  tiens  alors  se  réjouirent.  A 
l’ouïe  de  leurs  cris  de  joie,  l’auguste  lion  des  héros  entra, 
plein  d’ardeur,  au  milieu  d’eux.  Quand  Dhanandjaya  fut 
arrivé  au  centre  de  ces  vaillants  guerriers,  il  se  mit  â jouer 
de  son  arc  et  prit  ces  grands  héros  pour  le  but  de  ses  flè- 
ches. Ensuite  le  roi  Douryodhana,  le  monarque  des 
hommes,  dit  à Bhishma:  [De  la  stance  2,lâ6  à la  stance 
2,155.) 

» Car  il  voyait  le  fils  de  Prithà accabler  son  armée  dans 
la  guerre:  « Ce  vigoureux  fils  de  Pàndou,  mon  père,  ac- 
compagné de  Krishna,  2,155. 

# Il  abat  toutes  nos  armées  et  coupe  à l’entour  nos  ra- 
cines, de  ton  vivant,  fils  de  la  Gangà,  et  quand  Drona,  le 
plus  excellent  des  maîtres  de  chars,  vit  encore  ! 2,156.  # 

» Voilàque  Karna  à cause  de  loi,  souverain  des  hommes, 
a déposé  les  armes,  et  que,  sans  cesser  d’aimer  ce  qui  est 
mon  bien,  il  ne  combat  plus  les  enfants  de  Prilhâ  dans  la 
bataille.  2,157. 

» Agis  donc  en  sorte,  fils  de  la  Gangà,  que  Phàlgouna 


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BH1SHMA-PARVA. 


213 


périsse!  » A ces  mots,  Dévavratra,  ton  père,  sire:  2,158. 

« Honte,  s’écria-t-il,  au  devoir  du  kshalrya!»  et  il 
marcha  contre  le  char  du  Prithide.  A la  vue  des  deux  che- 
vaux blancs  arrêtés,  les  princes,  sire,  2,159. 

Poussent  des  cris  de  guerre  à gorge  déployée,  vénérable 
monarque,  et  remplissent  de  vent  leurs  conques.  Le  Dro- 
nide,  Douryodhana  et  Vikarna,  ton  fils,  2,1(50. 

Fermes  pour  la  guerre,  environnent  llhishma  dans  le 
combat  ; et  de  la  même  manière  tous  les  Pàndouides,  ré- 
solus pour  une  grande  bataille,  se  jettent  autour  de  Dha- 
nandjaya.  Et  la  lutte  commença.  Le  lils  de  la  Gangà  ou- 
vrit l’attaque  avec  neuf  flèches  envoyées  au  Prithide. 

2,161—2,102. 

Arjouna  de  le  blesser  en  retour  avec  dix  traits,  qui  fen- 
daient les  articulations  ; et  le  guerrier,  qui  avait  l'orgueil 
de  ses  batailles,  le  Pàudouide  Arjouna  de  cacher  à llhis- 
hma les  points  de  l'espace  avec  un  millier  de  traits  bien 
décochés.  Ensuite,  Bhfshma,  le  lils  de  Çànlanou,  arrêta 
avec  une  multitude  de  flèches,  prince,  la  multitude  des 
flèches  du  Prithide.  Tous  deux  extrêmement  satisfaits  de 
celle  rencontre , tous  deux  se  réjouissant  de  ce  combat,' 

Tous  deux  désirant  exercer  une  vengeance,  ils  com- 
battaient, sans  faire  aucune  distinction  entre  les  personnes. 
Des  multitudes  de  traits  volaient  par  troupes  de  l'arc  du 
puissant  Bhlshma.  2,163 — 2,164 — 2,165 — 2,166. 

On  les  voyait  détruits,  fendus  parles  flèches d’ Arjouna: 
et  les  grands  nombres,  que  celui-ci  décochait  de  tous  les 
côtés,  2,167. 

• Tombaient,  abattus  sur  le  sol  de  la  terre'  par  les  traits 
du  lils  de  la  Gangà.  Arjouna  d'attaquer  Bhlshma  avec 
vingt-cinq  dards  aigus.  2,168. 


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*214 


LE  MAHY-BHAIWIA. 


Et  Bhishma  de  blesser  dans  le  combat  le  Prithidc  avec 
neuf  flèches.  Ils  s’étaient  tué  leurs  chevaux,  déchiré  l’un  à 
l'autre  leurs  drapeaux  d'une  bien  grande  puissance  et  brisé 
les  roues  de  leurs  chars.  Puis,  ces  dompteurs  des  ennemis 
semblèrent  se  jouer  du  combat.  Le  meilleur  des  guerriers, 
Bhishma  irrité,  grand  roi,  2,169 — 2,170. 

Frappa  le  Vasoudévide  entre  les  seins  avec  trois  flèches. 
Le  meurtrier  de  Madhou  blessé  de  ces  dards,  que  Bhishma 
avait  envoyés  de  son  arc,  2,1/1. 

Brilla  dans  cette  bataille,  sire,  comme  un  kinçouka  en 
fleurs.  Bouillant  de  colère  à la  vue  de  la  blessure,  faite  au 
vainqueur  de  Madhou,  Vrjouna  2,172. 

De  blesser  dans  le  combat  avec  trois  flèches  le  cocher 
du  fils  de  la  (iangà.  Déployant  leurs  efforts  contre  le  char 
l’un  de  l'autre,  ces  deux  héros  2,173. 

Ne  purent  alors  se  vaincre  dans  cette  lutte  mutuelle- 
ment; ils  décrivirent  des  cercles  divers,  sire,  des  «allées  et 
des  retours,  tant  légère  était  l’habileté  de  leurs  cochers! 
Ils  pensaient  à saisir  un  temps  dans  leurs  coups,  monar- 
que des  hommes.  2,174—2,176. 

Mainte  et  mainte  fois  ils  se  tinrent  de  pied  ferme, 
sire,  placés  dans  les  voies  du  temps  à saisir.  Tous  deux, 
ils  firent  résonner  leurs  conques,  mêlées  aux  rugissements 
de  guerre.  2,176. 

Les  deux  héros  firent  sonner  leurs  arcs  : soudain  la 
terre,  déchirée  par  le  fracas  des  roues  de  leurs  chars  et 
les  fanfares  de  leurs  conques,  trembla,  poussa  des  gé- 
missements, et  personne  ne  pouvait  distinguer,  éminent 
Bharaiide,  une  différence  entre  ces  guerriers. 

2,177—2,178. 

Ils  étaient  deux  héros  vigoureux,  l’un  à l’autre  sem- 


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BHISHMA-PARVA. 


v.15 


blables  dans  le  combat.  Les  Kourouides  s’approchèrent 
à une  mesure  du  drapeau  de  Bhishma;  2,179. 

Et  les  fils  de  Pàndou  s’avancèrent  également  vers  le 
Prithide,  à une  mesure  de  son  drapeau.  A peine  eurent- 
elles  vu,  sire,  que  tel  était  le  courage  de  ces  deux  vail- 
lants hommes,  2,180. 

Toutes  les  créatures,  dans  cette  lutte,  tombèrent  au 
sein  de  l’étonnement.  Aucun  homme  ne  voyait  dans  le 
combat  nulle  différence  entre  ces  deux  braves;  2,181. 

Comme  il  n’apercevait  pa3  un  seul  défaut  en  l’un 
d’eux,  fidèle  aux  règles  de  son  devoir.  Tous  les  deux 
se  rendirent  invisibles  par  la  multitude  de  leurs  flèches  ; 

Et  soudain  ils  reparurent  dans  le  combat.  Les  grands 
rishis,  les  Tchâranas,  les  Gandharvas  et  les  Dieux,  à la 
vue  du  courage  de  ces  deux  guerriers,  se  dirent  l’un  à 
l’autre  : « 11  est  impossible  de  vaincre  dans  une  bataille 
ces  deux  grands  héros  si  furieux!  2,182  — 2,183—2,184. 

» Ils  ne  peuvent  l’être  en  aucune  manière,  ni  par  les 
inondes,  ni  par  les  Gandharvas  ou  les  Asouras,  ni  par  les 
Dieux.  Ce  combatest  une  merveille,  une  grande  merveille, 
survenue  dans  les  mondes!  2,185. 

» Il  n’y  aura  jamais  un  tel  combat  sur  la  terre!  Le 
sage  Prithide  lui-même,  avec  ses  coursiers,  avec  son 
char,  avec  son  arc,  est  incapable  de  vaincre  Bhishma, 
semant  ses  traits  dans  une  bataille  : tel  aussi  Bhishma  ne 
saurait  vaincre  en  bataille  ce  fils  de  Pàndou,  armé  de  son 
arc  et  inaffrontable  aux  Dieux  mêmes  dans  un  combat. 
Certes!  le  bruit  de  ce  duel  ira  aussi  loin  que  s’étendra  le 
inonde.  » 2,186 — 2,187 — 2,188. 

Telles  étaient  les  paroles,  qui  furent  ouïes  dans  le  com- 
bat et  qui  se  répandirent,  portant  avec  elles,  maître  des 


•216 


LE  MAHA-BHARATA. 


hommes,  les  louanges  de  Bhishma  et  d’Arjouna.  2,180. 

Ensuite,  tes  guerriers  et  les  Pàndouides  se  frappèrent 
de  coups  mutuels  dans  cette  bataille  ; et  dans  le  moment 
que  ces  deux  héros  déployaient  ainsi  leur  courage:  2,190. 

Dans  cette  guerre  où  ils  employaient  des  cimeterres 
aux  tranchants  aigus  , des  haches  luisantes , d'antres 
flèches  en  grand  nombre  et  des  armes  sous  toutes  les 
formes  diverses,  2,191. 

Les  héros  des  deux  armées  se  déchirèrent  les  uns  les 
autres.  Tandis  que  se  déroulait  ce  combat  effrayant  et  de 
la  plus  horrible  épouvante,  avait  lieu,  sire,  cette  fameuse 
rencontre  de  Drona  et  du  guerrier  Pàntchàlain. 

2,192-2,193. 

« Comment  Drona  et  le  Prishatide  Pàntchàlain  vinrent- 
ils  à se  rencontrer,  déployant  leurs  efforts  dans  la  ba- 
taille ? s’enquit  Dhritaràshtra.  Conte-moi  cela , San- 
djaya.  2,19ü. 

» Le  destin  est  donc,  à mon  avis,  supérieur  à l'homme 
même,  puisque  le  fils  de  Ç&ntanou,  Bhishma,  ne  put  sur- 
monter le  Prithide  en  ce  combat!  2,195. 

» Bhishma,  dans  sa  colère,  détruirait  les  mondes  avec 
les  choses  immobiles  et  mobiles,  comment  sa  force,  San- 
djava,  n’a-t-elle  pu  surpasser  le  Prithide  en  cette  ba- 
taille? » 2,196. 

Écoute,  sire,  avec  attention,  lui  répondit  Sandjaya,  ce 
combat  de  la  plus  horrible  épouvante.  Les  Dieux  mômes, 
sous  la  conduite  d'Indra,  ne  pourraient  vaincre  le  fils  de 
Prithâ.  2,197. 

Drona  d'affronter,  malgré  sa  colère,  Dhrishtadyoumna 
avec  des  traits  divers;  et,  d’un  bhal la,  il  abattit  son  co- 
cher du  siège  du  char.  2,198. 


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BHISHMA-PARVA. 


217 


Bouillant  de  fureur,  il  perça  de  quatre  flèches  triom- 
phantes, auguste  roi,  les  quatre  coursiers  de  Dhrishta- 
dyoumna.  2,199. 

Celui-ci  de  blesser  Drona  dans  le  combat  avec  quatre- 
vingt-dix  flèches  acérées,  et  de  lui  crier  : « Arrête  ! arrête 
là.  » 2,200. 

• Et  le  majestueux  Bharadwàdjide  à l’âme  incommensu- 
rable couvrit  de  nouveau  le  guerrier  irrité  avec  un  nuage 
de  flèches.  2,201. 

Il  saisit,  pour  le  trépas  du  Prithide,  une  effrayante 
flèche  au  contact  semblable  à celui  de  la  foudre  d’Indra 
et  telle  qu’un  nouveau  bâton  de  la  mort.  2,202. 

Un  grand  tumulte  éclata  dans  toute  l'armée,  fils  de 
Bharata,  quand  ils  virent  le  Bharadwàdjide  encocher  ce 
trait  dans  le  combat.  2,203. 

Nous  vîmes  en  ce  moment  le  courage  merveilleux  de 
bhrishtadyoumna  ; car  ce  vaillant  homme  resta  seul 
dans  le  champ  de  bataille,  immobile  comme  une  mon- 
tagne. 2,204.  • 

Il  trancha  dans  son  vol  ce  trait  enflammé,  horrible- 
ment épouvantable , qui  lui  apportait  la  mort , et  fit 
pleuvoir,  sur  le  fils  de  Bharadwâdja,  une  averse  de 
flèches.  2,205. 

A la  vue  de  cet  exploit  difficile,  exécuté  par  Dhrishta- 
dyoumna,  les  Pântchâlains  avec  les  fils  de  Pâtidou  pous- 
sent à l’envi  des  cris  de  joie.  2,206. 

Bouillant  de  courage,  il  envoya  sur  Drona,  désirant  sa 
mort,  une  lance  de  fer  à la  grande  vitesse,  ornée  de  lapis- 
lazuli  et  d’or.  2,207. 

Soudain  le  Bharadwàdjide  de  couper  en  trois  morceaux, 
dans  son  vol,  sur  le  champ  de  bataille,  cette  lance  aux 


218 


LU  MAHA-UHARATA. 


ornements  d'or,  et  de  pousser  en  même  temps  un  éclat  de 
rire.  2,208. 

A peine  eut -il  vu  sa  pique  en  fragments,  sire,  l'auguste 
Dhrishtadyoumna  fit  éclater  sur  Drona  des  pluies  de  flèches. 

Après  qu’il  eut  arrêté,  dans  le  moment,  cette  tempête  de 
fer,  Drona,  le  grand  héros,  trancha  par  le  milieu  l’arc  du 
fils  de  Drotipada.  2,209 — 2,210. 

Voyant  son  arc  brisé  dans  cette  bataille,  le  vigoureux  à 
la  haute  renommée  envoya  sur  Drona  une  massue  pesante, 
faite  avec  la  force  d'une  montagne.  2,211. 

Lancée  de  sa  main,  la  massue  vola  avec  le  désir  de  por- 
ter la  mort  à Drona.  Là,  nous  vîmes  le  courage  merveil- 
leux du  Bharadvàdjide.  2,212. 

Celui-ci  brisa  avec  promptitude  la  massue  aux  orne- 
ments d’or;  et,  quand  il  eut  exécuté  cette  prouesse,  il  en- 
voya au  rejeton  de  Prishat  des  bhallas  ivres  de  sang,  à 
l’empennure  d’or,  bien  acérés,  aiguisés  sur  la  pierre.  Ces 
traits  brisent  la  cuirasse  de  l'enmmi,  et,  sur  le  champ  de 
bataille,  ils  s’abreuvent  de  sang.  2,213 — 2,214. 

Mais,  s’armant  d’un  nouvel  arc,  Dhrishtadyoumna  au 
grand  cœur  s'avance  hardiment  sur  Drona,  et  le  blesse  de 
cinq  flèches  dans  ce  combat.  2,210. 

Baignés  de  sang,  ces  deux  éminents  hommes  brillaient 
tels  que,  dans  la  saison  du  printemps,  sire  (1),  brillent 
deux  kinçoukas  en  fleurs.  2,216. 

S'étant  avancé  hardiment,  plein  d’impatience,  en  tête 
de  l’armée,  Drona  de  nouveau  trancha  l’arc  du  fils  de 
Droupada.  2,217. 

Le  héros  à l’âme  infinie  enveloppa  le  guerrier  à l'arc 

(1)  Édition  île  Bomba v 


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t 


BH1SHMA-PA1U  A.  219 

brisé  de  flèches  aux  nœuds  inclinés,  comme  un  nuage 
couvre  de  pluie  une  montagne.  2,218. 

Il  renversa  du  banc  de  son  char  le  cocher  avec  un 
bhalla;  il  abattit,  sous  quatre  flèches  aiguës,  ses  quatre 
coursiers,  et  poussa  dans  le  combat  son  cri  de  guerre. 
Enfin,  il  coupa  son  arc  avec  un  autre  bhalla,  décoché  de 
sa  main.  2,219 — 2,220. 

Le  guerrier  sans  char,  à l’arc  brisé,  aux  chevaux  tués, 
au  cocher  sans  vie,  sauta  vite  à bas  de  sa  voiture,  une 
massue  à la  main,  et  déploya  un  rare  courage.  2,221. 

Mais,  avant  même  qu’il  fût  descendu  de  son  char, 
l'autre  abattit  prestement  sa  massue:  ce  fut  comme  une 
chose  merveilleuse.  2,222. 

Le  guerrier  vigoureux  aux  bras  robustes  prit  aussitôt 
un  cimeterre  large,  céleste,  avec  un  bouclier  immense, 
lumineux  (1)  comme  cent  lunes  ; 2,223. 

Et,  poussé  |>ar  le  désir  de  la  mort  de  Drona,  il  fontlit 
rapidement  sur  lui,  comme  un  lion,  que  presse  la  faim, 
sur  un  éléphant  en  folie.  2,22â. 

Nous  vîmes  alors  pa  altre  le  courage  merveilleux  du 
Bharadwâdjide,  sa  légèreté,  fils  de  Bharata,  et  la  force  de 
ses  bras,  pour  lancer  des  flèches.  2,225. 

Car,  seul  de  sa  personne,  il  couvrit  le  Prishatide  avec 
une  pluie  de  projectiles  ; et  il  fut  ensuite  impossible  à son 
rival  de  faire  un  pas  en  avant  sur  le  cbamp  de  bataille. 

Mais,  tout  empêché  qu’il  fût  par  Drona,  le  héros  Abhi-  ^ 
manyou,  en  habile  archer,  arrêta  sur  son  bouclier  ces 
multitudes  de  flèches.  2,226—2,227.  . ^ 

En  ce  moment,  le  vigoureux  Bhima  accourut,  d'un 

;|)  ftiitioii  «I  iSniiikiy. 


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•220 


LK  MAllA-bHAJtATA. 


pied  rapide,  prêter  le  secours  de  ses  longs  bras  dans  la 
bataille  au  magnanime  rejeton  de  Prishat.  2,228. 

11  blessa  Drona  de  sept  Arches  aiguës  et  fit  monter  pré- 
cipitamment, sire,  le  Prishatide  dans  un  autre  char. 

Le  roi  Douryodhana  alors  excita  le  souverain  du  Ka- 
linga  à conduire  sa  nombreuse  armée  au  secours  du  Bha- 
radwâdjide.  2,229 — 2,230. 

Obéissant  à l’ordre  de  ton  fils,  monarque  des  hommes, 
cette  armée  épouvantable,  immense,  de  Kalingains,  s’a- 
vança vers  Bhtmaséna.  2,231. 

Drona,  le  meilleur  des  maîtres  de  chars,  abandonna  le 
Pàntchàlain  et  combattit  avec  les  deux  vieillards  réunis, 
Virâta  et  Droupada.  2,232. 

Dhrishtadyoumna  lui-même  s’avança  vers  Dharmarftdja. 
Alors  s'éleva  un  combat  tumultueux,  qui  fit  se  dresser  le 
poil  d’épouvante  ; 2,233. 

Lutte  du  magnanime  Bhima  et  des  Kalingains,  guerre 
épouvantable,  à la  forme  terrible,  entraînant  la  ruine  du 
monde.  2, 23 A. 

« Comment,  à la  voix  de  mon  fils,  s’enquit  Dhritarâsh- 
tra,  le  Kalingain,  général  de  nos  années,  livra-t-il  un  com- 
bat à Bhlmaséna  d'une  si  grande  force,  aux  prouesses 
merveilleuses?  2,235. 

» Comment  le  Kalingain,  à la  tête  de  sou  armée,  osa- 
t-il  combattre  ce  héros,  marchant  avec  sa  massue,  comme 
la  Mort,  son  bâton  à la  main  ? » 2,230. 

Aussitôt  que  ton  fils,  Indra  des  rois,  poursuivit  San- 
djaya,  eut  donné  cet  ordre  au  héros  d’une  grande  vigueur, 
le  Kalingain  s’avança,  accompagné  d'une  nombreuse 
armée,  contre  le  char  de  Bhlmaséna.  2,237. 

Celui-ci  de  marcher  contre  l’immense  armée  des  Ka- 


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BH1SHMA-PARVA. 


*221 


üngains,  accourant,  munies  de  grandes  armes  et  que  les 
chevaux,  les  éléphants  et  les  chars  environnaient  d’une 
enceinte  impénétrable.  2,238. 

Bhimaséna  d’attaquer  cette  armée  des  Kalingains  et 
Kétoumat  le  Nishadhain,  qui  arrivait  à la  tête  des  Tclfé- 
diens.  2,239. 

Revêtu  de  sa  cuirasse,  Çroutàyoush  irrité  s’avança  vers 
Bhlma  avec  le  roi  Kétoumat  et  une  nombreuse  armée. 

Le  monarque  des  Kalingains  commandait  à une  myriade 
d’éléphants  et  plusieurs  milliers  de  chars.  Kétoumat  avec 
les  Nishadhains  enferma,  puissant  roi,  Bhimaséna  de 
tous  les  côtés.  Sur  le  champ,  les  Tchédiens,  les  Matsyas 
et  les  Kàroushas,  soumis  aux  commandements  de  Bhlma, 
s’avancèrent  à la  hâte,  chaque  peuple  avec  son  roi,  vers 
les  Nishadhains.  Ensuite,  naquit  un  combat  épouvantable 
aux  formes  terribles,  2,240 — 2,241 — 2,242—2,243. 

Où  couraient  des  guerriers,  poussés  par  le  désir  de  se 
donner  la  mort  l'un  à l'autre.  Mais  le  combat  de  Bhlma 
devint  effrayant,  2,244. 

Tel  que  le  combat  D’Indra  contre  l'innombrable  armée 
desDaltvas.  De  grandes  voix,  semblables  aux  rugissements 
.de  la  mer,  s’élevaient  du  champ  de  bataille,  puissant  roi, 
où  combattait  cette  armée.  Les  guerriers,  se  déchirant 
l’un  l’autre,  firent,  souverain  des  hommes,  ressembler  à 
du  sang  toute  la  terre,  couverte  de  chair  meurtrie.  En- 
traînés par  le  désir  de  tuer,  on  ne  distinguait  pas  les 
combattants  de  son  parti  et  ceux  du  parti  opposé. 

2,245—2,240—2,247. 

Les  héros,  invincibles  dans  les  batailles,  soutenaient 
chacun  les  guerriers  de  sa  cause  : c'était  un  vaste  carnage 
d’un  petit  nombre  par  un  plus  grand,  2,248. 


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222 


LE  MAHA-BHARATA. 


Des  Tchédiens,  monarque  des  hommes,  avec  les  Ka- 
lingains  et  les  Nishadas  ! Quand  les  Tchédiens  à la  grande 
vigueur  curent  exécuté  leur  prouesse  autant  qu’ils  avaient 
de  force,  ils  abandonnèrent  Bhtmaséna  et  se  retirèrent  du 
champ  de  bataille.  Le  Pàndouide,  après  la  retraite  des 
Tchédiens,  tint  de  pied  ferme  avec  tous  les  Kalingains, 
et,  appuyé  sur  la  force  de  ses  bras , il  fit  demi-tour  en 
arrière  au  combat.  Le  vigoureux  guerrier  ne  bougea  pas 
du  banc  de  son  char  ; 2,249 — 2,250 — 2,251 — 2,252. 

11  répandit  ses  flèches  aiguës  sur  l’armée  des  Kalin- 
gains. Mais  leur  monarque  au  grand  arc  et  le  héros,  son 
fils,  nommé  Çakradéva,  frappèrent  de  leurs  dards  le  fils 
de  PAndou.  Alors  Bhimaséna  aux  longs  bras  agitait  son 
arc  éclatant;  et,  n’appelant  à son  aide  que  la  force  ale  ses 
bras,  il  combattit  avec  le  roi  Kalingain,  tandis  que  le  fils 
de  celui-ci  déchaînait  une  foule  de  traits  dans  le  combat. 

2,253—2,254—2,255.  * 

II  frappa  de  ses  flèches  les  chevaux  des  ennemis  ; et, 
dès  qu’il  vit  privé  de  son  char  ce  dompteur  des  ennemis, 

Çakradéva  fondit  sur  le  héros,  cjui  semait  çà  et  là  ses 
traits  aigus.  Ce  guerrier  vigoureux  déversa,  Indra  des  rois, 
une  pluie  de  flèches  sur  Bhimasésa,  comme  le  nuage  à la 
lin  d'un  été.  Bhimaséna  à la  grande  force  se  tint  de  pied 
ferme  dans  son  char,  dont  les  chevaux  étaient  sans  vie, 

2,256—2,257—2,258. 

Et  envoya  de  toute  sa  vigueur  une  lance  de  fer  à Çakra- 
déva. Frappé  par  elle,  le  fils  du  Kalingain  tomba  du  char 
sur  le  sol  de  la  terre  avec  son  drapeau,  avec  son  cocher. 
Dès  qu’il  vit  son  fils  tué,  le  grand  héros  des  Kalingains 

2,259—2,260. 

Ferma  avec  plusieurs  milliers  de  traits  les  plages  du 


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KH  1SHM  A-PAR V A . 


223 


ciel  à Bhîma.  Celui-ci  d'abandonner  sa  massue  immense, 
pesante,  à la  grande  vitesse  (1),  2,261. 

Et,  désireux  d'accomplir  un  exploit  terrible,  de  lever 
son  cimeterre,  portant  au  bras,  sire,  un  bouclier  incom- 
parable, fait  du  cuir  d’un  taureau  2,262. 

Et  tout  couvert  de  constellations  avec  des  demi-lunes 
exécutées  en  or.  Le  Kalingain  irrité  fixa  la  corde  à son 
arc.  2,263. 

11  prit  une  flèche  épouvantable,  pareille  au  venin  des 
serpents,  et  l’envoya  à Bhlmaséna,  duquel,  souverain  des 
hommes,  il  désirait  la  mort.  2,26â. 

Bhlmaséna  de  couper  en  deux  morceaux  dans  son  vol 
avec  sa  longue  épée,  sire,  ce  trait  aigu  lancé  avec  vitesse; 

Et  dejwusser  un  cri  de  joie,  qui  répandit  l'épouvante 
dans  ton  armée.  Le  Kalingain  en  colère  darda  prompte- 
ment sur  Bhlmaséna  dans  la  bataille  quatorze  leviers  de 
fer,  aiguisés  sur  la  pierre.  Mais,  avant  que  ces  projectiles 
aériens  ne  fussent  arrivés,  le  Pândouide  aux  longs  bras 

2,265—2,266. 

Les  trancha  soudain,  sans  être  ému,  sire,  avec  son 
excellente  épée.  Après  qu’il  eut  coupé  ces  quatorze 
leviers  de  fer,  Bhima  courut  sur  Bhânoumat,  qu’il  voyait 
en  face  de  lui;  et  Bhânoumat  ensevelit  Bhtma  sous  une 
averse  de  flèches.  2,267 — 2,268. 

11  poussa  un  cri  avec  vigueur  et  lit  résonner  les  voûtes 
du  ciel  ; Bhîma  n’en  put  supporter  les  cris  de  guerre  dans 
ce  grand  combat.  2,269. 

Doué  d’une  voix  de  tonnerre,  il  poussa  un  cri  d’un  son 
immense  : à ce  bruit  l'armée  des  Kalingains  trembla. 


(!)  Édition  de  Bombay. 


LE  MAHA-BHARATA. 


■m 

Elle  ne  crut  pas  dans  ce  combat,  éminent  Bharatide, 
que  Bhiuia  fût  seulement  un  homme.  Quand  il  eut  jeté 
sou  vaste  cri,  2,270 — 2,271. 

Comme  son  rirai  était  monté  sur  le  plus  excellent  des 
éléphants,  il  plongea  rapidement  son  épée,  augus e roi, 
entre  les  défenses  du  grand  pachyderme.  2,272. 

11  trancha  de  son  épée  Bhânoumat  au  milieu  de  l’ar- 
mée; et,  quand  ce  dompteur  des  ennemis  eut  tué  le  fils  du 
roi  entre  ses  guerriers  sur  le  champ  de  bataille,  2,273. 

11  abattit  sur  l'épaule  de  l’éléphant  son  épée,  capable 
de  supporter  un  lourd  fardeau  ; et,  son  épaule  brisée,  le 
géant  du  troupeau  jeta  un  cri  et  tomba,  2,274. 

De  même  que  la  cime  d'une  montagne  escaladée  par  la 
fougue  d’un  lion.  Le  descendant  de  Bharata  de  sauter 
vite  à bas  de  son  éléphant  renversé,  et,  l’âme  intrépide, 
de  se  tenir  sur  la  terre,  armé  de  sa  cuirasse  et  le  cime- 
terre à la  main.  Sans  crainte,  il  parcourut  de  nombreuses 
routes,  abattant  les  éléphants  autour  de  lui. 

2,275—2,270. 

L'auguste  parut  de  toutes  parts  comme  une  roue  de 
feu,  aujnilieu  des  troupes  de  chevaux,  des  éléphants  et 
de  l’armée  des  chars.  2,277. 

On  le  voyait  dans  le  combat  exercer  le  carnage  au  mi- 
lieu des  bataillons  de  fantassins.  Le  vigoureux  Bhima  se 
promenait  comme  un  faucon  dans  la  bataille.  2,278. 

11  coupait  avec  une  grande  rapidité,  sous  un  cimeterre 
au  tranchant  acéré,  les  corps  et  les  têtes  des  combattants 
sur  des  éléphants.  2,279. 

Fantassin  irrité,  effroyable  aux  ennemis,  semblable  au 
Dieu  de  la  mort,  Yama,  il  semait  la  stupéfaction  nu  mi- 
lieu des  héros.  2,280. 


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BHISHMA-PÀKVA. 


225 


Hors  d’eux-mêmes,  poussant  des  cris,  ils  fuyaient,  sur 
le  champ  de  carnage,  son  épée,  qui  se  promenait  avec  une 
rapidité  extrême  dans  cette  grande  bataille.  2,281. 

Quand  il  avait  tranché  les  roues  et  les  attelages  des 
chars,  ce  vigoureux  dompteur  des  ennemis,  il  abattait  les 
maîtres  de  chars  eux-mèmes.  2,282. 

On  vit  Bhlmaséna  parcourir  des  routes  nombreuses;  il 
fit  vcir,  Bharatide,  la  volte,  la  contre-volte,  le  percer, 
riuimersion,  le  glissement,  le  saut,  la  descente  et  l’as- 
cension (1).  Le  magnanime  Pàndouide  en  blessa  quel- 
ques-uns avec  l’extrémité  de  son  épée.  2,283 — 2,28â. 

Us  criaient,  les  organes  vitaux  déchirés,  et  tombaient 
sans  vie.  D’autres  éléphants,  privés  de  leurs  combattants, 
avec  les  trompes  coupées  et  le  bout  de  leurs  défenses 
brisé,  de  tourner  leur  colère , Bharatide . sur  leurs 
armées  elles-mêmes.  Ils  tombaient  alors  sur  la  terre, 
poussant  de  longs  mugissements.  2,285 — 2,286. 

Les  leviers  de  fer  rompus,  les  corps  gigantesques,  les 
bouses  aux  diverses  couleurs  et  les  ceintures  flamboyantes 
d’or,  2,287. 

Les  colliers,  les  épieux  en  fer,  les  étendards  des  élé- 
phants, les  carquois,  les  véhicules  divers  et  les  arcs, 

Les  bâtons  de  feu  resplendissants,  les  crocs  et  les 
aiguillons,  les  clochettes  aux  formes  différentes,  et  les 
épées  à la  poignée  d’or;  2,288  — 2,289. 

Nous  vîmes  toutes  ces  choses  tombant  et  renversées 
avec  les  cavaliers.  La  terre  était  couverte  dans  ce  com- 
bat d’éléphants  immolés  aux  membres  inférieurs  mutilés, 
semblables  à des  montagnes  écroulées.  Quand  il  eut  broyé 

{))  Terme?  de  gymnastique  et  d'escrime. 

vil  • 15 


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226 


LE  MAHA-BHAHATA. 


ainsi  les  grands  pachydermes,  l’éminent  guerrier  broya 
les  chevaux.  2,290 — 2,291,  • 

11  abattit  les  cavaliers  eux-mêmes  : ce  combat  de  lui  et 
d’eux,  vénérable  monarque,  fut  épouvantable.  2,292. 

On  voyait  disséminés  çà  et  là,  dans  cette  grande  ba- 
taille, les  mors,  les  attaches  de  joug,  les  ceintures  flam- 
boyantes d’or,  les  caparaçons,  les  traits  barbelés,  les 
glaives  d’une  grande  richesse,  les  cuirasses,  les  boucliers 
et  les  diverses  parures.  2,293 — 2,294. 

11  en  fit  la  terre  toute  remplie,  comme  bigarrée  de  lotus. 
Des  maîtres  de  chars,  le  vigoureux  Pâudouide,  s’étant 
élancé,  s’approcha  des  uns  et  les  renversa,  eux  et  leurs 
drapeaux,  avec  le  tranchant  de  son  cimeterre.  Fuyant 
mainte  fois  devant  lui,  courant  avec  légèreté  par  tout  l’es- 
pace, essayant  des  routes  différentes,  les  hommes  per- 
daient l’esprit  dans  le  combat.  11  frappait  les  autres  du 
pied,  il  écrasait  même  les  yeux  à ceux  là.  2,295 — 2,296. 

Il  pourfendait  ceux-ci  avec  le  cimeterre.  11  en  était 
qu’il  épouvantait  de  ses  cris  ; il  en  fit  tomber  d’autres  sur 
la  surface  de  la  terre  par  l'impétuosité  de  ses  cuisses. 

D'autres,  qui  osaient  jeter  un  coup-d'œil  sur  lui,  de 
s’enfuir,  chassés  par  ce  regard  seul.  Ainsi  l’armée  nom- 
breuse des  héroïques  Kalingains,  répandue  autour  de 
Bhishma,  fondait  sur  Bhîmaséna  dans  cette  bataille.  Ayant 
aperçu  Çroutàvoush  à la  tète  des  guerriers  Kalingains,  il 
s’approcha  de  lui.  2,297 — 2,298 — 2,299. 

Quand  le  Ralingain  à l’àme  sans  mesure  vit  le  héros1  s’a- 
vancer, il  frappa  de  neuf  flèches  Bhîmaséna  au  milieu  des 
seins.  Blessé  par  les  traits  du  Kaliugain,  comme  un 
pachyderme  en  but  aux  traits  aigus,  Bhîmaséna  flamboya 
de  colère,  tel  que  le  feu  par  le  bois.  En  ce  moment,  le 


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BH1SHMA-PARVA. 


227 


meilleur  des  maîtres  de  chars,  Viçoka,  ayant  pris  un  char 
orné  d’or,  le  mit  à sa  disposition.  L’immolateur  des 
ennemis,  le  Kountide,  d’y  monter  à la  hâte, 

2,300— 2,301— 2,302— 2,303— 2, 30â. 

De  fondre  sur  le  Kalingain  et  de  lui  crier  : « Arrête  ! 
arrête  ià  ! » Ensuite,  le  vigoureux  Çroutàyoush  irrité  dé- 
cocha ses  flèches  acérées  à Bhîma,  lui  faisant  voir  la 
légèreté  de  sa  main.  Le  vigoureux  Bhîma,  cruellement 
blessé  par  ces  neuf  traits  aigus,  que  lui  avait  envoyés  le 
plus  excellent  des  arcs,  entra  dans  une  bouillante  colère, 
comme  un  serpent  frappé  d'un  bâton. 

2,305—2,306—2,307. 

Le  plus  robuste  des  hommes  forts,  le  vigoureux  fils  de 
Prithâ,  levant  son  arc  avec  colère,  blessa  le  Kalingain  de 
sept  flèches  en  fer.  2,308. 

Avec  deux  traits,  il  envoya  dans  les  demeures  d'Yama 
les  deux  solides  gardiens  des  roues  de  son  char,  Satya  et 
Satyadéva;  2,309. 

Et,  redoublant  ces  coups,  le  guerrier  à l’âme  infinie, 
avec  ses  nârâtchas  (1)  et  ses  flèches  acérées,  fit  suivre  à 
Kétournnt  leurs  pas  dans  la  bataille.  2,310. 

Les  kshatryas  Kalingains  irrités  en  plusieurs  nom- 
breux milliers  combattirent  Bhimaséna  en  colère.  2,311. 

Ensuite,  par  centaines,  ces  héros,  sire,  d’arrêter  Bhî- 
maséna  avec  des  haches,  des  glaives,  des  leviers  de  fer, 
des  cimeterres,  des  massues  et  des  lances.  2,312. 

Mais,  dès  qu’il  eut  arrêté  la  pluie  de  flèches  déchaînée 
contre  lui,  ayant  saisi  sa  massue  et  circulant  autour  d’eux, 
le  robuste  2,313. 

(i)  Flèche  de  fer. 


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228 


LK  MAHA-BHARATA. 


Bhtma  fit  entrer  sept  cents  héros  dans  le  palais  d’ Yaraa, 
et  le  broyeur  d'ennemis  précipita  deux  mille  autres  Ka- 
lingains  au  royaume  de  la  mort  : ce  fut  une  chose  mer- 
veilleuse. Ce  héros  à la  valeur  épouvantable  rompit  ainsi 
mainte  et  mainte  fois  dans  la  bataille  ces  armées  de  Ka- 
lingains,  et  rendit  en  ce  combat  les  éléphants  veufs  de 
leurs  cavaliers.  2,314 — 2,315 — 2,31(5. 

Ils  couraient  épars  au  milieu  des  armées,  comme  des 
nuages  battus  par  le  vent  ; et,  tourmentés  par  les  flèches, 
ils  poussaient  des  cris  et  foulaient  aux  pieds  leurs  propres 
bataillons.  2,317. 

Le  vigoureux  Bliîma  aux  longs  bras,  ceint  du  cime- 
terre et  plein  d’ardeur,  fit  résonner  sa  conque  au  bruit 
très-épouvantable.  2,318. 

Il  agita  les  cœurs  de  tous  les  guerriers  Kalingains,  et  le 
délire,  fléau  des  ennemis,  y fit  invasion.  2,319. 

De  tous  côtés,  les  armées  et  les  coursiers  furent  ébran- 
lés entièrement  par  Bhimaséna  dans  le  combat,  comme 
par  un  Indra  des  éléphants.  2,320. 

Tandis  qu’il  tentait  différentes  routes,  courait  çà  et  là, 
s’élançait  à chaque  instant,  l’égarement  naquit  en  leur 
esprit.  2,321. 

Cette  armée  tremblante  d’hommes,  agités  par  la  crainte 
de  Bhimaséna,  s’ébranla  comme  un  grand  lac  ouvert  à 
l’incursion  d’un  alligator.  2,322. 

Dans  le  moment  où  tous  ces  héros  des  combattants  Ka- 
lingains tremblaient  devant  Bhimaséna  aux  œuvres  mer- 
veilleuses, tournaient  le  dos  et  fuyaient  de  tous  les  côtés, 
le  général  des  Pàndouides  cria,  fils  de  Bharata,  à ses  ar- 
mées : «Combattez!  » 2,323 — 2,324. 

A cette  parole  du  général,  les  troupes,  que  comman- 


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BHISHM  V-PARVA. 


220 

dait  Çikandl,  tournèrent  contre  Bhîshma  leurs  guerriers 
et  leurs  armées  de  chars.  *2,325. 

Le  Pândouide  Dharmarâdja  (1)  les  recueillit  tous  der- 
rière la  grande  armée  des  éléphants,  couleur  des  sombres 
nuages.  2,326. 

Quand  il  eut  ainsi  (2)  encouragé  toutes  ses  armées,  le 
Prishatide  reçut  l’arrière-garde  de  Bhlmaséna,  composée 
des  plus  vaillants  guerriers.  2,327. 

11  n’existe  dans  le  monde  du  roi  des  Pântchâlains  au- 
cun autre,  qui,  plus  que  Bhima  et  Sàtyaki,  fasse  des  ac- 
tions aussi  agréables  aux  êtres,  qui  jouissent  du  souille  de 
la  vie  (3)  ? 2,328. 

Le  Prishatide,  immolateur  des  héros  ennemis,  vit  Bhl- 
maséna aux  longs  bras,  le  sacrificateur  de  ses  rivaux,  s’a- 
vancer au  milieu  des  Kalingains.  2,329. 

11  jeta  des  cris  nombre  de  lois,  il  était  plein  d’ardeur  ; 
il  remplit  de  vent  sa  conque  dans  le  combat  ; il  poussa  un 
cri  de  guerre.  2,330. 

Dès  que  Bhlmaséna  aperçut  le  drapeau  del’ébénier  sur 
le  char  orné  d'or  aux  chevaux  couleur  de  la  colombe,  il 
commença  de  respirer.  2,331. 

Aussitôt  que  Dhrishtadyoutnna  à l’amc  infinie  vit  Bhl- 
maséna poursuivi  par  les  Kalingains,  il  s’avança  lui- 
même  sur  le  champ  de  bataille  pour  le  sauver.  2,332. 

Tandis  que  ces  deux  héros  habiles,  Dhrishtadyoumna 


(1)  Ceci  est  probablement  une  erreur  : il  faut  ici  une  appellation  de 
Dhrishtadyoumna  le  Prishatide.  Malheureusement,  l’édition  de  Bombay  a 
consacré  la  même  faute.  La  tète  des  armées  n'était  pas  le  poste  d’You- 
dhiathira. 

(2)  Où  est  le  discours,  qu’a  dû  précéder  ce  mot  rétrospectif. 

(3;  N'esl-ce  pas  un  morceau  décousu,  les  parties  en  lambeaux  d'une 
grande  lacune,  peut-être  un  passage  du  discoure,  dont  nous  avoua  plus 
haut  signalé  l’absence? 


230 


LE  MAHA-BHARATA. 


et  Vrikaudara,  soutenaient  la  bataille  contre  les  Kalin- 
gains,  ils  aperçurent  de  loin  Sàtyaki.  2,333. 

Le  plus  éminent  des  hommes,  Çainéya,  le  plus  excel- 
lent des  conquérants,  s’étant  porté  rapidement  sur  le  lie  i 
du  combat,  recueillit  l’arrière-garde  du  Prishatide  et  de 
Bhlmaséna.  2,334. 

Là,  saisissant  un  arc,  il  répandit  la  crainte,  et,  monté 
sur  une  âme  terrible , il  détruisit  les  ennemis  dans  le 
combat.  2,335. 

Là,  Bhtma  fit  couler  un  fleuve,  qui  roulait  du  sang,  qui 
avait  pour  limon  une  l'ange  détrempée  de  chair  et  de 
sang  et  pour  origine  même  les  Kalingains.  2,336. 

Dans  l’intervalle  jeté  entre  les  Kalingains  et  les  Pàn- 
douides,  Bhlmaséna  à la  grande  vigueur  de  traverser  l'in- 
franchissable largeur  de  l'armée.  2,337.  * 

A son  aspect,  les  tiens  de  crier,  sire:  « Voici  la  mort 
sous  la  figure  de  Bhîma,  qui  fait  la  guerre  avec  les  Kalin- 
gains I » 2,338. 

Le  lils  de  Çàntanou,  aussitôt  qu’il  eut  entendu  ce  cri, 
s’avança,  environné  de  tons  les  côtés  par  une  nombreuse 
armée,  vers  Bhlma  V entre-de-loup.  2,339. 

Sàtyaki,  Bliitnaséna  et  Dhrishtadyouuina  le  Prishatide 
de  courir  vers  le  char  orné  d’or,  où  Bhîshma  était  monté 

Tous  d’entourer  le  (ils  de  la  Gangâ  rapidement  et  de 
faire  tomber  avec  vitesse  trois  et  trois  flèches  sur  Bhlshma. 

Dévavrata,  ton  père,  les  blessa  tous  en  retour  et  déco- 
cha trois  et  trois  dards  sur  ces  héros,  malgré  leurs  vain» 
efforts.  2,340 — 2,341 — 2,342. 

Quand  il  euiarrèté  avec  une  pluie  de  flèches  ces  grands 
héros,  il  tua  de  ses  traits  les  chevaux  de  Bhlma  aux  ar- 
mures d'or.  2,343. 


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BHISHMA-PARVA. 


231 


L’auguste  Bhîma,  s'arrêtant  avec  son  char  aux  cour- 
siers immolés,  envoya  rapidement  une  lance  de  fer  sur  le 
char  du  filâ  de  la  Gangà.  2,3 44. 

Dévavrata,  ton  père,  de  couper  en  deux  morceaux  l’arme 
à l’instant  quelle  arrivait,  et  les  fragments  se  répandirent 
sur  la  terre  au  milieu  du  champ  de  bataille.  2,345. 

Saisissant  une  grande  et  pesante  massue  de  fer  avec 
des  attaches,  Bhimaséna,  le  plus  vaillant  des  hommes, 
sauta  précipitamment  à bas  de  son  véhicule.  2,346. 

Dhrishtadyoumna,  le  plus  excellent  des  maîtres  de 
chars,  lit  monter  le  héros  illustre  dans  sa  propre  voiture, 
sous  les  yeux  de  toutes  les  armées,  et  l’entraîna  loin  du 
péril.  2,347. 

Au  même  instant,  sollicité  par  le  désir  de  ce  qui  était 
agréable  à Bliîma,  Sàtyaki  lui-même  abattit  sous  ses 
ilèches  le  cocher  du  vieil  aïeul  des  kourouides.  2,348. 

Après  la  mort  de  son  cocher,  Bhîshma,  le  meilleur  des 
maîtres  de  char,  fut  emporté  hors  du  champ  de  bataille 
par  ses  chevaux  fuyant  avec  la  rapidité  du  vent.  2,349. 

Quand  la  course  des  sonipèdes  eut  entraîné  le  grand 
héros  loin  de  lui,  Bhimaséna,  sire,  flamboya  comme  un 
feu,  qui,  nourri  par  l’incendie  (t),  dévore  une  aride  forêt. 

Aucun  des  tiens,  éminent  Bharatide,  ne  put  résister  à 
ce  guerrier  inébranlable,-  lorsqu’il  immola  au  milieu  de 
l'armée  tous  les  Kalingains.  2,350 — 2,351. 

Honoré  par  les  Pântchàlains  et  les  Matsyus,  dès  qu’il 
eut  embrassé  Dhrishtadyoumna,  il  s’approcha  deSâtyaki; 

Et  celui-ci  au  courage  infaillible,  le  tigre  des  Yadouides, 
adressa  en  souriant  ces  paroles  à Bhimaséna,  sous  les  yeux 
de  Dhrishtadyoumna  : 2,352 — 2,353. 


(1)  IvaUthitu , édition  de  Bombay. 


LE  M AH  A-CHAR  ATA. 


•232 

« Oh  ! bonheur!  Le  roi  du  Kalinga,  et  Kétoumat,  le  fils 
du  roi,  et  le  Kalingain  Çakradéva,  et  tous  les  kalingains, 
puissants  en  chars,  en  chevaux,  en  éléphants,  ont  suc- 
combé dans  le  combat  sous  la  valeur  et  la  force  de  ton 
bras.  Ce  nombreux  ordre  de  bataille  des  Kalingains,  com- 
posé d'héroïques  combattants  et  considérable  par  ses 
hommes  illustres,  il  a donc  été  broyé  par  toi  seul  ! » A 
ces  mots,  le  dompteur  des  ennemis,  le  petit-iils  aux 
longs  bras  de  Çini,  2,354 — 2,355 — 2,356. 

Courut  embrasser  le  Pànclouide,  debout  sur  le  char. 
Puis,  revenant  au  sien,  le  grand  héros,  dans  sa  colère,  fit 
revivre  en  soi  la  vigueur  de  Bhtma  et  détruisit  les  tiens. 

Dès  que  le  temps  de  l’avant-midi  se  fut  écoulé  dans  ce 
jour,  qui  vit,  rejeton  de  Bharata,  une  si  vaste  destruction 
de  cavaliers,  de  fantassins,  de  chevaux,  d’éléphants  et  de 
chars,  2,357—2,358—2,359. 

Le  Pàntchàlain  s’attacha  à ces  fameux  héros:  le  fils  de 
Drona,  Çalva  et  le  magnanime  Kripa.  2,360. 

Le  fils  à la  grande  vigueur  du  roi  de  Pàntchala  immola 
avec  de  nombreuses  (lèches  aiguës,  au  char  d' Içvatlhà- 
man,  ses  chevaux  célèbres  dans  le  monde.  2,361. 

Voyant  ses  coursiers  tués,  le  Dronide  s'élança  rapide- 
ment sur  le  char  de  Çalva  et  s’approcha,  ses  traits  à la 
main,  de  Dhrishladyouuina.  2,362. 

Aussitôt  qu’il  eut  vu  Ührishtadyoumna  engagé  avec  le 
Dronide,  le  fils  de  Soubhadrà  fondit  rapidement  sur  Aç- 
vnlthâuwn,  dispersant  ses  (lèches  acérées.  2,363. 

11  blessa,  éminent  Bharatide,  ÇaJya  de  vingt-cinq  traits, 
Kripa  de  neuf,  le  fils  de  Drona  avec  huit  dards.  2,364. 

Mais  Açvatthâman  rendit  à l'Arjounide  la  blessure 
d’une  (lèche,  à Çalva  de  douze,  à Kripa  de  trois  dards 
acérés.  2,365. 


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BH1SHM  \- PARVA. 


233 

Lakshmana,  ton  petit-fils,  s'approcha  avec  colère  du 
fils  de  SoubhadrA,  le  pied  ferme;  et  un  combat  de  s’en- 
gager entre  eux.  2, 366. 

Le  Douryodhanidc  irrité  blessa  dans  cette  bataille, 
sire,  le  Soubhadride  avec  des  flèches  acérées  : ce  fut 
comme  un  prodige.  2,367. 

Abhimanyou  à la  main  prompte  frappa  rapidement, 
avec  colère,  son  cousin  avec  cinq  centaines  de  sagettes. 

Mais  Lakshmana  lui  trancha  d'une  flèche,  puissant  roi, 
son  arc  même  dans  son  poing;  exploit,  qui  fit  jeter  de 
hauts  cris  aux  guerriers.  2,368 — 2,369. 

Le  meurtrier  des  héros  ennemis,  le  Soubhadride  aban- 
donna aussitôt  son  arme  brisée,  ô le  plus  vertueux  des 
hommes  à la  voix  articulée,  et  il  en  prit  une  autre  aux  di- 
verses couleurs.  2,370. 

Ces  deux  vaillants  guerriers,  s’étant  joints  dans  le 
combat  et  désirant  exercer  l’un  sur  l’autre  une  vengeance, 
se  frappèrent  mutuellement  avec  des  flèches  aiguës  et 
mordantes.  2,371.. 

A peine  le  roi  Douryodhana  eut-il  vu  ton  robuste  petit- 
fils  (1)  accablé  par  le  fils  à' Arjonna,  ce  monarque  des 
hommes  se  porta  au  lieu  du  combat.  2,372. 

Quand  ton  fils  se  fut  approché,  tous  les  monarques 
ennemis  d’environner  de  tous  côtés  l’Arjounide  par  la 
multitude  de  leurs  chars.  2,373. 

Cerné  par  ces  héros  dans  le  combat,  ce  héros  invin- 
cible, sire,  et  d’une  valeur  égale  à celle  de  Krishna,  n’en 
fut  aucunement  ému.  2,374. 

(1)  Il  y a ici  ur.e  faute  énorme  dans  le  texte  de  Calcutta;  malheureu- 
sement, elle  se  trouve  aussi  dans  l’édition  de  Bombay  : nous  pensous 
l’avoir  corrigée  dans  cette  traduction. 


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r.K  MAHA-BHARATA. 


234 

Dès  qu’il  vit  le  Soubhadride  enfermé,  Dhanandjaya  y 
courut  avec  colère,  désireux  de  sauver  son  fils.  2,875. 

Les  rois  de  compagnie,  Drona  et  Bhishma  à leur  tête, 
se  tournèrent  contre  l’Ambidextre,  avec  leurs  chevaux, 
leurs  éléphants  et  leurs  chars.  2,876. 

Soudain  la  terre  fut  ébranlée  par  les  cavaliers,  les 
chars,  les  chevaux  et  les  guerriers  : on  vit  une  poussière 
épaisse  envahir  les  routes  du  soleil.  2,377. 

Arrivés  dans  la  route  de  ses  traits,  les  milliers  d’élé- 
phants et  les  centaines  de  monarques  ne  purent  s’appro- 
cher entièrement.  2,378. 

Tous  les  êtres  poussèrent  des  cris,  les  plages  du  ciel 
furent  enveloppées  par  l'obscurité  : il  s’éleva  une  grande, 
une  épouvantable  infortune  des  Kourouides.  2,379. 

On  ne  pouvait  distinguer,  à cause  des  flèches  associées 
de  Kiritt,  6 le  plus  vertueux  des  hommes,  ni  l’atmos- 
phère, ni  les  plages  du  ciel,  ni  la  terre,  ni  le  soleil 
même.  2,380. 

On  voit  sur  le  champ  de  bataille  des  éléphants  immolés, 
des  chars  renversés  (l),des  maîtres  de  chars,  dont  les 
chevaux  sont  tués,  quelques  généraux  de  chars,  dont  les 
voitures  sont  en  pleine  déroute;  2,381. 

D’autres  maîtres  de  chars  sont  privés  de  leurs  chars  et 
courent  çà  et  là.  On  voit  ici  et  là,  avec  leurs  armes,  avec 
leurs  bras  décorés  de  bracelets,  2,382. 

Des  cavaliers,  qui  ont  abandonné  leurs  chevaux,  des 
guerriers  combattant  sur  des  éléphants,  qui  ont  déserté 
leurs  proboscidiens.  Ils  fuyaient  de  tous  les  côtés,  sire, 
chassés  par  la  crainte  d’Arjouna.  2,383. 


J)  Te*. te  de  Bombay. 


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BHISHA1A-PARVA. 


235 


On  voyait  des  monarques  renversés  de  leurs  chars,  de 
leurs  éléphants,  de  leurs  coursiers,  tomber,  abattus  sous 
les  flèches  de  Phâlgouna.  2,88A. 

Ce  guerrier,  qui  portait  alors  un  corps  épouvantable, 
tranchait  çà  et  là  de  ses  dards  terribles  les  bras  des  rois, 
au  moment  qu’ils  se  levaient,  monarque  des  hommes,  ar- 
més d’une  massue,  d’un  cimeterre,  d’un  trait  barbelé, 
d’un  carquois,  d’une  flèche,  d’un  arc,  d’un  croc  aigu  ou 
d’un  drapeau.  2,385 — 2,388. 

On  voyait  répandus  çà  et  là,  sur  ce  champ  de  bataille, 
auguste  souverain,  des  morceaux  de  massues  brisées,  de 
maillets  d'armes,  de  traits  barbelés,  de  bbindipàlas,  de 
cimeterres,  de  haches  acérées,  de  leviers  en  fer,  de  cui- 
rasses d’or,  jetées  sur  le  sol  de  la  terre,  d’étendards,  de 
boucliers,  d’éventails  entièrement  et  d’ombrelles  aux 
manches  d’ivoire  (1),  de  crocs,  de  fouets  et  de  liens  pour 
les  jougs.  2,387—2,388—2,389—2,390. 

11  ne  serait  pas  un  homme  quelconque,  en  toute  ton  ar- 
mée, vénérable  souverain,  qui  osât  jamais  affronter  un 
combat  avec  l’héroïque  Arjouna.  2,391. 

Quiconque  aborde  la  bataille  avec  le  fils  de  Prithà,  mo- 
narque des  hommes,  est  bientôt  jeté  dans  l’autre  monde 
par  ses  flèches,  par  ses  traits  acérés.  2,392. 

Tandis  que  tes  guerriers  fuyaient  en  pleine  déroute, 
Arjouna  et  le  Vasoudévide,  ces  deux  héros  sublimes,  rem- 
plirent de  vent  leurs  conques.  2,393. 

Alors  voyant  l'armée  rompue,  Dévavrata,  ton  père,  dit 
en  souriant  au  vaillant  Bharadwàdjide  dans  ce  combat: 


(1)  H y a ici  dans  l'énumération  un  mot  double,  que  nous  prenons  la 
liberté  d'omettre,  c'est  tomaka,  levier  de  fer. 


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U.  MAHA-BHARATA. 


230 

« Ce  vigoureux  héros,  le  fils  de  Pândou,  accompagné 
de  Krishna,  fait  sur  nos  armées  autant  de  ravage  qu’en 
exercerait  le  Dieu  du  feu  lui-même.  2,304 — 2,305.* 

» Il  est  impossible  de  le  vaincre  jamais  dans  un  com- 
bat ; car  on  x oit  que  sa  forme  est  pareille  à celle  d’ Yama, 
le  Dieu  de  la  destruction  et  de  la  mort.  2,306. 

n Cette  grande  arm  e,  elle  n'est  point  capable  de  le 
conduire  4 sa  fin.  Vois  ! cette  armée  s’enfuit  (i),  chassée 
par  la  vue  des  blessures  les  uns  des  autres.  2,397. 

» Voici  que  le  soleil  est  arrivé  au  mont  Asla,  la  plus 
haute  des  montagnes,  dérobant  de  toutes  les  manières, 
pour  ainsi  dire,  les  regards  de  l'univers  entier.  2,398. 

» Je  pense  que  le  temps  est  venu,  ô le  plus  saint  des 
hommes,  de  suspendre  les  hostilités.  Épuisés  de  fatigue 
ou  frappés  de  crainte,  nos  guerriers  ne  peuvent  plus  com- 
battre. » 2,309. 

A ces  mots  adressés  au  plus  excellent  des  instituteurs, 
Bhishma,  le  grand  héros,  fil  sonner  la  retraite  pour  tous 
les  tiens.  2,400. 

Ensuite  eut  lieu  une  suspension  d’armes  entre  les  enne- 
mis et  tes  guerriers  : le  soleil  arrivant  au  mont  Asta,  le 
crépuscule  commença  et  s’étendit  sur  la  terre.  2,401. 

Mais  aussitôt  que  la  nuit  se  fut  éclaircie,  Bhishma,  le 
formidable  fils  de  Çàntanou,  commanda  la  marche  de 
l’armée.  2,402. 

L’ayeul  des  Kourouides,  le  vieux  Ç&ntanouide,  qui  dé- 
sirait la  victoire  de  tes  fils,  établit  alors  son  armée  sur  le 
grand  ordre  de  batadle,  appelé  Garouda.  2,403. 

Dévavrata,  ton  père,  forma  lui-même  le  bec  de  cet  oi- 


,i}Tt'Xle  et  explication  du  coin  tue  n taire. 


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BHISHMA-PAHVA. 


237 


seau.  Bharadwàdja  et  Rritavarnian  le  Sàttwata  en  furent 
les  deux  yeux.  2,40 4. 

Açvatthàman  et  Kripa,  deux  héros  illustres,  joints  aux 
Trigarltas,  aux  Matsyas,  aux  Kalltéyains  et  aux  Vâradha- 
nas,  furent  placés  dans  la  tête  du  volatile.  2,405. 

BhoAriçravas,  Cala,  Çalya  et  Bhagadatta,  auguste  roi, 
les  Madrakas,  les  Saàuviras  du  Sindhou  et  les  Pàntcha- 
nadas,  accompagnés  de  Djayadratha,  furent  mis  dans  le 
co  i de  l'oiseau  Dans  le  dos  fut  rangé  le  roi  Douryodhana, 
environné  de  ses  frères  germains,  plus  jeunes  que  lui. 

Les  deux  rois  d’Avanti,  Vinda  et  Anouvinda,  les  Râm- 
bodjes,  les  Çakas  et  les  Çoûrasénas,  auguste  et  grand 
roi,  en  furent  la  queue.  2,406 — 2,407— 2,408. 

Les  Mâgadhas,  les  Ralingains,  revêtus  de  cuirasses, 
avec  les  troupes  du  Dàséra,  se  tinrent,  composant  l’aile 
droite  de  cet  ordre  de  bataille.  2,409. 

Les  Râroùshas,  les  Vikoundjas,  les  Moundas  et  les 
Raàudlvrishas,  composant  une  grande  armée,  prirent  posi- 
tion à l'aile  gauche.  2,410. 

A la  vue  de  cette  nombreuse  armée,  le  terrible  Ambi- 
dextre, accompagné  par  Dhrishtadyoumna,  rangea lasienne 
dans  un  ordre  contraire  sur  le  champ  de  bataille.  2,411. 

Le  Pàndouide,  pour  résister  à cette  disposition  des  liens, 
adopta  l’ordre  en  demi-lune,  arrangement  des  plus  épou- 
vantables. 2,412. 

Environné  par  un  grand  nombre  de  rois  admirables, 
munis  d’une  foule  d’armes  en  tous  les  genres,  Bhimaséna 
brillait,  préposé  au  sommet  de  droite.  2,413. 

Après  lui-même  étaient  Viràta  et  Droupada,  le  grand 
héros;  après  eux  immédiatement,  venait  Nlla,  revêtu  d’ar- 
mes noires.  2,414. 


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238 


LE  MAHA-BHARATA. 


Le  plus  voisin  de  Nîla  était  ensuite  le  très-vaillant 
Ohrishlakétou,  entouré  des  Tchédiens,  du  peuple  de  Kàçi, 
des  Karoushas  et  des  Paâuravains.  2,415. 

Au  milieu  de  ces  divisions,  se  tenaient,  prêts  au  combat, 
accompagnés  d’une  armée,  Dhrishtadyouuma,  Çikhandt 
et  les  fortunés  Pàntchàlains,  2,A16. 

Là,  était  Dharmaràdja  lui-même,  environné  |>ar  une 
année  d'éléphants  ; puis  Sâtvaki,  sire,  et  les  cinq  fds  de 
Draâupadi,  enfants  des  Pdndouides.  2,  AI  7. 

Après,  venait  Abhiuianyou  ; ensuite,  l’héroïque  (1) 
lrâvat;  joignant  celtii-ci  était  le  fils  de  Bhlmaséna,  que 
suivaient,  sire,  les  grands  héros  Kaikéyains.  2,418. 

Enfin,  soutenant  l'aile  gauche,  était  le  plus  vertueux 
des  hommes  (2),  le  protecteur  du  monde  entier,  ce  héros, 
sur  qui  Djanârddana  étendait  lui -même  sa  protection. 

Tel  fut  ce  grand  ordre  de  bataille,  que  les  Pàndouides 
avaient  disposé  à l’encontre  de  Bhühma  pour  la  destruc- 
tion de  tes  fils  et  des  hommes,  qui  avaient  embrassé  leur 
cause.  2,419 — 2,420. 

Alors  commença  cette  bataille  des  tiens  et  des  ennemis, 
où  les  éléphans  et  les  chars  se  touchaient  l’un  à l'autre  (3), 
où  l'on  se  donnait  mutuellement  la  mort.  2,421. 

On  voyait  s’engager  çà  et  là,  monarque  des  hommes, 
les  troupes  d’éléphants  et  les  foules  de  chars,  qui  s’entre- 
gorgeaient les  uns  les  autres.  2,422. 

C'était,  mêlé  au  son  des  tambours,  le  bruit  confus  d’une 
multitude  de  chars  courants  et  d’hommes,  qui  se  livraient 
mutuellement  des  combats  singuliers.  2,423. 

(1)  Texte  de  Bombay. 

(2)  Littéralement,  des  bipèdes. 

(3)  Vyatishaktam , édition  de  Bombay. 


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BHISHMA-PARVA. 


■239 


Dans  cette  bataille  aux  flots  troublés  des  tiens,  fils  de 
Bharata,  et  des  ennemis,  le  tumulte  de  ces  héroïques 
guerriers,  qui  s’entretuaient,  s’en  allait  toucher  le  ciel. 

Au  milieu  de  ces  nombreuses  armées  des  tiens  et  des 
ennemis,  Dhanandjaya  détruisit  là  une  armée  de  chars. 

2,424—2,420. 

Monté  sur  son  chariot,  il  abattait  de  ses  flèches  dans  le 
combat  les  capitaines  des  compagnies  de  chars  : le 
Prithide  les  frappait,  comme  la  mort  à la  fin  d’un  youga. 

Redoublant  d’ellbrts  dans  la  bataille,  les  Dhritarâshtri- 
des  combattaient  à l'encontre  des  fils  de  Pàndou,  et, 
recherchant  une  gloire  éclatante,  ils  forçaient  la  mort  à 
retourner  en  arrière.  2,426 — 2,427. 

L'âme  fixée  sur  un  seul  point,  ils  rompirent  plusieurs 
fois  l’armée  des  Pàndouides,  et  furent  à leur  tour  divisés 
par  eux  dans  le  combat.  2,428. 

Courant,  rompus,  rejetant  l’ennemi  de  tous  les  côtés, 
rien  de  distinct  n'apparaissait  plus  aux  yeux  des  Kou- 
rouides  et  des  Pàndouides.  2,429. 

La  poussière  s’élevait,  cachant  la  terre,  éclipsant  l’astre 
du  jour;  ni  les  plages  du  ciel,  ni  les  plages  intermédiaires 
ne  tombaient  là  d’aucune  manière  sous  les  regards.  2,430. 

Alors  commença  le  combat  çàetlà,  maître  des  hommes, 
entre  ces  guerriers,  qui  n'avaient,  pour  se  faire  connaître 
dans  la  guerre  leurs  noms  et  leurs  races,  que  les  drapeaux 
et  les  autres  emblèmes  (1).  2,431. 

L'ordre  de  bataille  des  kourouides  ne  fut  pas  rompu  : 
avec  la  même  valeur  que  le  Bharadwâdjide  mit  à défendre 
l’ arrange  inen  t de  B/iis  hrna , ainsi,  auguste  roi,  l'Ambidextre 


(1)  Explication  du  commentaire. 


240 


LE  MAHA-BH.tR ATA. 


sut  protéger  la  disposition  des  Pândouidcs  ; et  la  belle 
défense  de  Bhima  ne  permit  pas  à l’ennemi  d’en  rompre 
la  vaste  ordonnance.  2,432 — 2,433. 

Sortis  des  premiers  rangs  de  chaque  armée,  les  hommes 
commencèrent  à combattre.  Dans  un  instant,  sire,  les 

* 

éléphants  et  les  chars  de  l’une  et  l’autre  armée  furent  ar- 
rosés par  des  /lots  de  sang.  2,434. 

Les  cavaliers  étaient  renversés  de  leurs  chevaux  dans 
ce  grand  combat  par  d’autres  cavaliers,  armés  de  traits 
barbelés  et  de  glaives  à la  pointe  étincelante.  2,435. 

Le  maître  de  char,  s’approchant  du  maître  de  char, 
l’abattait  avec  ses  flèches  aux  ornements  d’or  en  ce  com- 
bat, rempli  delà  plus  horrible  épouvante.  2,430. 

Dans  l’armée  des  ennemis  et  dans  la  tienne,  les  guer- 
riers, montés  sur  des  éléphants,  renversaient  par  troupes 
les  guerriers,  montés  sur  des  éléphants  et  armés  de  le- 
viers en  fer,  de  flèches  et  de  nârâtchas  (1).  2,437. 

Pleines  d’ardeur , exerçant  leur  ofl'ense  l’une  contre 
l’autre,  des  bandes  de  fantassins  couchaient  sur  le  champ 
de  bataille  des  bandes  de  fantassins  avec  des  haches  et 
des  bhindipàlas  (2).  2,438. 

Un  maître  de  char  s’approchait  d’un  guerrier,  monté 
sur  un  éléphant,  et  le  renversait  avec  sa  bête,  ou  l'homme 
au  proboscidien  abattait  l’homme  au  char.  2,439. 

lin  cavalier  faisait  tomber  dans  le  combat  un  maître  de 
char  sous  un  trait  barbelé,  ou  l’homme  au  chariot  de 
guerre  tuait  l’homme  au  chariot  d’armes.  2,440. 

Dans  les  deux  armées,  sous  des  flèches  acérées,  le  fan- 
tassin renversait  le  maître  de  char,  ou  celui-ci  abattait  le 
fantassin.  2,441. 

(1—2)  Flèche  de  fer  et  tube  pour  envoyer  de  petite  dards  avec  le  souille. 


% 


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BH1SHMA-PARVA. 


241 

Le  guerrier,  monté  sur  un  éléphant,  abattait  le  guer- 
rier, monté  sur  un  cheval,  et  le  cavalier  faisait  mordre  la 
poussière  au  combattant  sur  un  éléphant  : c’était  comme 
une  chose  merveilleuse.  2,442. 

On  voyait  çà  et  là  des.hommes  de  pied  abattus  par  des 
guerriers  aux  éléphants  , ou  ceux-ci  abattus  par  des 
hommes  de  pied.  2,443. 

On  voyait,  par  centaines  et  par  milliers,  des  troupes  de 
fantassins  renversées  par  des  cavaliers  ou  des  troupes  de 
cavaliers  renversées  par  des  fantassins.  2,444. 

Les  drapeaux  jetés  sur  le  sol,  les  cuirasses,  les  leviers 
de  fer,  les  housses,  les  caparaçons,  les  riches  couvertures 
aux  diverses  couleurs,  les  traits  barbelés,  les  pilons,  les 
massues,  qui  ébranlent  le  corps,  les  tridents,  les  cuirasses, 
les  cadavres,  les  crocs  aigus,  les  cimeterres  sans  tache  et 
les  flèches  à l’empennure  d’or,  faisaient  briller  la  terre,  ô 
le  plus  vertueux  des  Bharatides,  comme  sous  l’émail  varié 
des  bouquets  de  fleurs.  2,445 — 2,446—2,447. 

On  ne  pouvait  marcher  sur  la  terre , tant  c’était  un 
bourbier  de  chair  et  de  sang,  par  les  corps  des  chevaux  et 
des  hommes,  par  tant  d’éléphants  renversés  dans  cette 
grande  bataille.  2,448. 

Le  sang,  dont  la  terre  était  arrosée,  avait  calmé  la 
poussière,  et  toutes  les  plages  du  ciel  étaient  pures. 

De  tous  les  côtés  s’élevaient  des  monceaux  innom- 
brables de  troncs  mutilés  : c’étaient  des  cippes,  Bharatide, 
indiquant  la  ruine  du  monde.  2,449 — 2,450. 

Tandis  que  se  livrait  celte  bataille  très-horrible  et  de  la 
plus  grande  épouvante,  on  voyait  des  maîtres  de  char, 
qui  fuyaient  de  tous  les  côtés.  2,451. 

Ensuite  Bhishuta,  Drona,  le  Sindhien  et  Djayadratha, 

16* 


vu 


242 


LE  MAHA-BHARATA. 


Pouroumitra,  Vikarna  et  Çakouni  le  Soubalide;  2,452. 

Les  héros,  inaflrontables  dans  la  guerre  et  d'un  cou- 
rage semblable  à celui  des  lions,  fermes  dans  la  bataille, 
enfoncèrent  les  armées  des  Pândouides.  2,453. 

Alors  Bhîuiaséna,  le  Rakshasa  Ghatotkatcha,  Sâtvaki, 
Tchékitana  et  les  fils  de  Draàupadi  2,454. 

Mirent  en  déroute  les  tiens  et  tes  fils,  accompagnés  de 
tous  les  rois,  qui  restaient  sur  le  champ  de  bataille  : tels 
les  Tridaças  dispersent  devant  eux  les  Dànavas.  2,455.  ' 

C.es  kshatryas  éminents,  s’égorgeant  l’un  l’autre  dans 
le  combat,  souillés  de  sang,  les  formes  épouvantables, 
resplendissaient  comme  des  kinçoukas  en  fleurs.  2,45(5. 

Triomphant  des  ennemis  dans  l’une  et  dans  l’autre 
armée,  on  les  voyait , sire , tels  que  des  planètes  de 
grande  taille  sur  la  voûte  du  ciel.  2,457. 

Environné  d’un  millier  de  chars,  ton  fils  Dourvodhana 
s’avança  sur  le  champ  de  bataille  contre  les  Pândouides 
et  le  Rakshasa  Ghatotkatcha.  2,458. 

Tous  les  Pândouides  avec  une  nombreuse  armée  de 
combattre  Bhishma  et  Drona,  ces  deux  héros,  dompteurs 
des  ennemis  dans  la  guerre.  2,459. 

De  tous  les  côtés,  kirlti  irrité  s’avançait  contre  les  plus 
excellents  des  princes  ; l’Arjounide  et  Sàtyaki  marchaient 
contre  l’armée  du  Soubalide.  2,4(50. 

Alors  se  renouvela  une  bataille  épouvantable  des  tiens 
et  des  ennemis,  qui  désiraient  se  ravir  l’un  à l’autre  la 
victoire.  2,4*51. 

Les  princes  irrités,  qui  voyaient  Phâlgouna  si  terrible 
dans  la  guerre,  le  cernèrent  de  tous  les  côtés  avec  plu- 
sieurs milliers  de  chars.  2,462. 

Quand  ils  eurent  fait  un  cercle  autour  de  lui  avec  une 


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BtllSHM  V-PARVA. 


243 

multitude  de  chars,  ils  l’environnèrent  de  toutes  parts 
avec  plusieurs  milliers  de  (lèches.  2,403. 

Irrités,  ils  envoient  contre  le  char  de  Phàlgouna,  dans 
la  guerre,  des  lances  de  fer  luisantes,  acérées,  des  mas- 
sues, des  pilons,  des  traits  barbelés,  des  haches,  des 
maillets  d’armes  et  des  moushalas.  Le  (ils  de  l’rithà  ar- 
rêta de  tous  côtés  avec  ses  (lèches  aux  ornements  d’or 
cette  pluie  de  projectiles,  comme  une  nuée  de  sauterelles. 
A peine  eurent-ils  vu  cette  légèreté  plus  qu’humaine  de 
Phàlgouna,  2,404 — 2,405 — 2,400. 

Les  Rakshasas,  les  Ouragas,  les  Piçàtchas,  les  Gan- 
dharvas,  les  Dànavas  et  les  Dieux  jetèrent  en  l’honneur  de 
Phàlgouna,  Indra  des  rois,  ces  acclamations  : « Bien  ! 
c’est  bien  ! » 2,467. 

Les  héros  du  Gândhâra,  conduits  par  le  Soubalide, 
entourèrent  dans  ce  combat  Abhimanyou  et  Sâtvaki,  qui 
étaient  à la  tête  d’une  nombreuse  armée.  2,468. 

Les  guerriers  Saàubalains  coupèrent  de  colère  en  mi- 
nimes parcelles  le  sublime  char  du  Vrishnide  avec  des 
(lèches  aux  diverses  formes.  2,400. 

Mais,  tandis  que  régnait  cette  profonde  terreur,  le  for- 
midable (1)  Sàtyaki  abandonna  son  char  et  s'élança  rapi- 
dement sur  le  char  d’ Abhimanyou.  2,470. 

Réunis  sur  un  seul  char,  ces  deux  héros  immolèrent 
d’une  main  hâtée  l’armée  du  Soubalide  avec  des  flèches 
aiguës  aux  nœuds  inclinés.  2.471. 

Drona  et  Bhishma,  déployant  leurs  efforts  dans  la  ba- 
taille, détruisaient  l'armée  de  Dbarmaràdja  sous  leurs 
dards  acérés,  entourés  des  ailes  du  héron.  2,472. 

(1)  Parantapas , au  nomiiiatifdanH  l'édition  de  Bombay,  au  lieu  du  vocatif 
oiseux  dam  celle  de  Calcutta. 


LE  MAHA-BHARATA. 


244 

Mais  le  royal  fils  d'Yama,  accompagné  des  Pândouides, 
(ils  de  Màdrl,  fondit  sur  l’année  de  Drona,  tous  les  guer- 
riers luttant  à qui  mieux  mieux.  2,473. 

Alors  s’éleva  un  combat,  grand,  tumultueux,  qui  faisait 
se  hérisser  le  poil  d’épouvante  : telle  fut  jadis  cette  guerre 
bien  épouvantable  des  Asouras  et  des  Dieux.  2,474. 

Bhîmaséna  et  Ghatotatkcha  exécutaient  de  grandes 
prouesses.  Douryodhana  s’approcha  d’eux  pour  y mettre 
un  obstacle.  2,475. 

Là,  nous  fûmes  témoins  du  prodigieux  courage  de 
l’Hidimbide  ; car,  dans  ce  combat  où  il  était  engagé,  le 
fils  surpassait  le  père.  2,47(5. 

Le  Pàndouide  Bhimaséna  irrité  blessa  d’une  flèche  en 
riant  l’irascible  Douryodhana  au  cœur.  2,477. 

En  proie  à la  plus  excellente  des  flèches,  le  roi  vaincu 
s’aflaissa  sur  le  banc  de  son  char  et  tomba  dans  le  plus 
profond  abattement.  2,478. 

Dès  que  le  cocher  de  celui-ci  vit  son  maître  sans  con- 
naissance, il  se  hâta  de  l’emmener  hors  du  champ  de  ba- 
taille : ensuite,  son  armée  se  débanda.  2,479. 

Bhtma  suivit  par  derrière,  l’immolant  de  ses  traits 
acérés,  l'armée  Kouravienne,  qui  fuyait  çà  et  là.  2,480. 

Le  Prishatide,  le  plus  éminent  dans  les  combats,  et 
le  Pàndouide,  fils  d'Yama,  abattirent,  sous  les  yeux 
mêmes  de  Drona,  l’armée  du  fils  de  la  Gangâ  avec  leurs 
flèches  aiguës,  destructives  des  bataillons  ennemis.  Ni 
Bhlshma,  ni  Drona,  ces  deux  grands  héros,  ne  furent  point 
capables  d’arrêter  la  déroute  de  cette  armée  de  ton  fils 
dans  la  guerre.  En  vain,  Bhlshma  et  le  magnanime 
Drona  essayaient-ils  de  l’arrêter,  cette  armée  s’enfuyait 
sous  les  yeux  mêmes  de  Drona  et  de  Bhlshma  ! Tandis 


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BHISHM  A-PARVA. 


245 


que  des  milliers  de  chars  couraient  disséminés  çà  et  là, 
2,481— 2,482—2,483— 2,484. 

Debout  sur  un  môme  char,  le  Soubhadride  et  le  héros 
de  Çtni  immolaient,  lléau  des  ennemis,  l’armée  Souba- 
laine  dans  la  bataille.  2,48d. 

Les  deux  héros  de  Çini  et  de  Kourou  brillaient  alors 
tels  que,  sur  la  voûte  du  ciel,  le  soleil  et  la  lune,  placés 
dans  le  premier  jour  d'un  nouveau  mois.  2,486. 

Arjouna  irrité  inonda  ton  armée,  souverain  des  hommes, 
avec  une  pluie  de  flèches,  comme  le  nuage  avec  des 
gouttes  de  pluie.  2,487. 

Frappée  de  mort  par  les  flèches  du  Prithide  dans  la 
guerre,  l’armée  Kouravienne  courait,  ébranlée  par  le 
trouble  et  la  crainte.  2,488. 

Dès  qu’ils  out  vu  sa  course  éperdue , irrités  et  stimu- 
lés par  le  désir  du  bien  de  Dourvodhana.  Bhfshma  et 
Drona  à la  grande  force  d’arrêter  cette  déroute.  2,489. 

Aussitôt  qu’il  fut  revenu  à la  connaissance,  le  roi  Dou- 
ryodhana  ramena  au  combat,  sire,  son  armée  fuyant  de 
tous  les  côtés.  2,490. 

De  toutes  parts  où  il  voit  ton  fils,  chacun  des  grands 
héros  kshatrvas  fait  retourner  l’année  sur  ses  pas.  2,491. 

Lorsqu’ils  ont  vu  leurs  compagnies  revenir,  les  uns  et 
les  autres,  sire,  par  une  émulation  mutuelle  et  par  pudeur, 
tiennent  le  pied  ferme  au  combat.  2,492. 

Leur  retour  sur  le  champ  de  bataille  ressemblait,  sou- 
verain des  hommes,  au  reflux  impétueux  de  la  mer  pleine 
dans  un  lever  de  la  lune.  2,493. 

Dès  qu’il  vit  ses  troupes  revenues  au  combat,  le  roi . 
Souyodhana  de  s'avancer  vers  Bhishma,  le  fds  de  Çânta- 
nou,  et  de  lui  adresser  rapidement  ces  paroles  : 2,494. 


LK  MAHA-BHAKATA. 


2â« 

« Mon  aïeul,  écoute  ce  que  je  vais  dire.  4e  ne  crois  pas 
convenable  que  l'armée  courre,  fuyant  de  cette  manière, 
quand  vousêtes  vivants,  toi, rejeton  de  Kourou,  et  Drona, 
le  plus  excellent  des  hommes,  qui  savent  les  astras,  et 
son  (ils,  et  la  foule  de  ses  amis,  et  Kripa  au  grand  arc! 

2,A95—  2,496. 

» Je  ne  méprise  d’aucune  manière  les  Pândouides,  de 
qui  la  force  est  égale  à la  nêtre  ; mais  Drona,  et  son  (ils, 
et  Kripa,  et  toi  sans  doute,  mon  aïeul,  n'aidez-vous  pas  les 
(ils  de  Pàndou  dans  le  combat?  puisque  tu  souffres,  héros, 
de  voir  ainsi  la  mort  ravager  cette  mienne  armée. 

>.  Dès  le  temps  où  je  commençai  à rassembler  mes  trou- 
pes, tu  m’as  parlé  de  celte  manière,  sire  : « Je  ne  combat- 
trai pas  les  Pândouides,  ni  Sàtyaki  dans  le  combat,  ni  le 
fils  de  Prishat.  » 2,4 97 — 2,498 — 2,499. 

» Quand  j'eus  entendu  celte  parole  de  toi  à l’Atchàrya 
et  à Kripa  (1),  je  songeai  de  concert  avec  Karna  à ce  que 
je  devais  faire.  2,500. 

» Si  vous  n’ètes  pas  hommes  à m’abandonner  dans  la 
bataille,  combattez,  héros,  avec  un  courage  digne  de  vous.» 

A ces  mots,  redoublant  ses  rires,  lihlshma  répondit  à 
ton  (ils  ces  paroles,  lixant  sur  lui  ses  yeux  tout  grands  ou- 
verts: 2,501  — 2,502. 

« Je  t'ai  adressé  plus  d'une  fois  ce  langage  utile  et 
convenable,  sire  : « Les  Pândouides  sont  invincibles  dans 
la  guerre,  eussent-ils  à combattre  les  Dieux  mêmes, 
commandés  par  Indra.  » 2,503. 

« Ce  qu’il  ui'est  possible  de  faire  aujourd’hui  en  mon 
.grand  âge,  je  le  ferai  de  toutes  mes  forces  avec  mes  pa- 


(1)  Tcite  do  Bombay. 


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BHISHMA-PARVA. 


247 


rents  : sois-en  maintenant  le  témoin,  ô le  plus  grand  des 
rois  1 2,504. 

» Aujourd’hui,  en  dépit  de  leurs  efforts,  joints  à ceux 
de  leurs  familles,  je  mettrai  obstacle  à tous  les  Pân- 
douides,  secondés  de  leurs  guerrière  ! » *2,605. 

Aussitôt  que  ton  fils,  le  souverain  des  hommes,  eut 
reçu  de  Bhtshma  ces  paroles,  plein  de  joie,  il  remplit  de 
vent  sa  conque  et  fit  battre  les  tambours.  2,506. 

Ensuite,  ayant  entendu  ce  grand  bruit,  les  Pàndouides 
firent  résonner  les  conques,  sire,  parler  les  tambours  et 
les  tambourins.  2,507. 

« Quand  Bhîshma,  irrité  principalement  par  ces  paroles 
de  mon  fils,  s’enquit  Dhritaràshtra,  lui  eut  promis  ce  ter- 
rible combat  (1),  2,508. 

» Que  fit  Bhlshma  contre  les  fils  de  Pândou,  ou  que 
firent  les  Pàntchâlains  contre  mon  ayeul  ? Conte-moi  cela, 
Sandjaya.  « 2,509. 

Lorsque  ce  jour  vit  la  plus  grande  portion  de  sa  première 
partie  écoulée,  répondit  Sandjaya,  et  que  le  soleil,  entré 
dans  la  plage  du  couchant,  s’y  fut  avancé  quelque  peu. 

Les  magnanimes  fils  de  Pândou  ayant  obtenu  la  vic- 
toire, Dévavrata,  ton  père,  à qui  la  distinction  entre  tous 
les  devoirs  était  bien  connue,  2,510 — 2,511, 

Et  que  tes  fils  protégeaient  entièrement  avec  une  nom- 
breuse armée,  s’avança  vers  l’armée  des  Pàndouides  avec 
ses  rapides  chevaux.  2,512. 

Alors,  suscité  par  ton  infortune,  eut  lieu  un  combat  de 
nous  avec  les  Pàndouides,  bataille  confuse,  et  qui  fit  se 
hérisser  le  poil  d’épouvante.  2,513. 


(1)  Teste  de  Calcul!»  corrigé  par  celui  de  Bombay. 


I.E  MAHA-BHARATA. 


2A8 

11  y eut  là  un  bien  grand  bruit  d’arcs  retentissants,  dont 
la  corde  frappait  sur  la  maniqtie  : on  eût  dit  quedes  mon- 
tagnes s’écroulaient  en  morceaux.  2,51  h. 

« Arrête  ! je  suis  de  pied  ferme.  — Connais  celui-ci.  — 
Retourne!  — NC  bouge  pas  ! — Je  suis  immobile!  — 
Combats  ! » Telles  étaient  les  paroles,  qu’on  entendait  de 
tous  les  côtés.  2,515. 

Les  cuirasses  d’or,  les  tiares,  les  drapeaux  tombants 
imitaient  un  bruit  de  sommets,  qui  croulent  du  haut  des 
montagnes.  2,516. 

Les  têtes  abattues,  les  bras  ornés,  gisants  sur  la  terre, 
s’y  convulsaient  par  centaines  et  par  milliers.  2,517. 

Les  plus  vaillants  guerriers,  la  tête  enlevée,  se  tenaient 
encore,  levant  leurs  arcs  et  serrant  l’arme  saisie.  2,518. 

Un  fleuve  d’une  grande  rapidité,  qui  prenait  sa  source 
dans  les  corps  des  éléphants,  des  hommes  et  des  plus  gé- 
néreux coursiers,  commença  d'y  couler,  roulant  des  (lots 
de  sang,  où  la  fange  était  la  sanie  et  lachair,  épouvantable 
par  ses  rocs  de  membres  et  d’éléphants  : c’était  une  Mo- 
dini  (1)  sortie  de  la  mer  de  l’autre  monde,  rivière  de 
chacals  et  de  vautours.  2,5  H) — 2,520. 

Jamais  on  ne  vit,  on  n’entendit  jamais  raconter  un  com- 
bat tel  que  celui  de  tes  fils,  sire,  et  des  fils  de  Pàndou. 

11  n’y  avait  point  là  une  seule  route  pour  les  chars,  tanL 
la  terre  était  couverte  de  guerriers  abattus,  d’éléphants 
renversés,  pareils  aux  cimes  noires  d’une  montagne. 

2,521— «,522. 

Ce  champ  de  bataille  resplendissait,  auguste  monarque, 
de  cuirasses  disséminées,  de  casques  admirables,  comme 


(1)  Rivière  du  royaume  de*  ombres  infernales. 


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BH1SHMA-PARVA. 


249 


la  voûte  du  ciel,  dans  la  saison  de  l’automne.  2, 5*23. 

Fendus  par  li  s flèches  (1),  certains  guerriers,  traînant 
avec  eux  le  supplice  de  leurs  entrailles,  mais  non  conster- 
nés, pleins  d’orgueil,  s'élançaient  encore  sur  les  ennemis 
dans  le  combat.  2,524. 

c O mon  père!....  mon  frère!....  mon  ami  !....  mon 
parent  !....  mon  camarade  !....  ô mon  oncle!  ne  m’aban- 
donne pas  ! » Tels  étaient  les  cris,  que  jetaient  les  mal- 
heureux tombés  dans  le  combat.  *2,525. 

« Viens!....  Toi,  approche  I...  Pourquoi  as-tu  peur?... 

Où  iras-tu  ? Je  suis  de,  pied  ferme  dans  le  combat  !... 

Ne  crains  pas  ! » s’écriaient  d’autres.  2,520. 

Ensuite,  le  fils  de  (làntanou,  Bhishma,  tenant  son 
arc  toujours  arrondi  en  cercle,  de  lancer  ses  fléchi  s à la 
pointe  enflammée,  comme  des  serpents  à la  dent  veni- 
meuse. 2,527. 

L’homme,  fidèle  à son  vœu,  réunissant  toutes  les  plages 
du  ciel  dans  un  même  point  de  son  attention,  visant  et 
révisant  les  ennemis,  abattit  de  ses  flèches  les  chais  des 
Pàndouides.  2,528. 

11  montrait,  dans  toutes  les  choses,  comme  s’il  dansait, 
ia  légèreté  de  sa  main  ; on  le  voyait  çà  et  là,  telle  qu'une 
torche  ardente  fixée  à la  circonférence  de  la  roue  d'une 
voiture.  2,529. 

» Dans  cette  bataille,  les  Pàndouides  avec  les  Srindjayas 
ne  voyaient  que  lui,  tout  seul,  qu’il  fût,  — telle  était  sa 
légèreté,  — comme  s’il  eut  été  dans  son  individualité  plu- 
sieurs centaines  de  mille  hommes.  2. 530. 

Ils  pensaient  que  la  personne  de  Bhishma  était  un  coin- 


(I)  Texte  de  Bombay. 


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250 


LE  MAHA-BHARATA. 


posé  de  magie  ; car,  après  qu’ils  venaient  de  le  voir  au 
levant,  ils  le  voyaient  au  même  instant  reparaître  au  cou  - 
chant.  2,531. 

L’avaient-ils  admiré  ainsi  au  septentrion,  il  se  montrait 
soudain  au  midi  : c’est  ainsi  qu’on  voyait  le  üls  de  la 
Gangâ  contre  eux  dans  cette  bataille.  2,532. 

Aucun  des  Pàndouidesu'ala  force  de  regarder  ce  héros: 
ils  contemplaient  seulement  les  traits  nombreux,  que  dé- 
coche l’arc  de  Bhtshma.  2,533. 

Tandis  que  ton  père  marchait  dans  le  combat,  revêtu 
d’une  forme  plus  qu’humaiue,  exécutait  ses  prouesses  et 
détruisait  l’armée,  les  guerriers  de  jeter  sur  le  champ  de 
bataille  mainte  et  mainte  fois  contre  lui  des  cris  de  toutes 
les  sortes.  Les  monarques,  égarés  par  l’épouvante,  st  pré- 
cipitaient, connue  des  sauterelles  2,53à  2,535. 

Dans  un  feu  allumé , au  milieu  de  la  colère  de 
Bhishma,  pour  y trouver  la  mort,  par  milliers.  Aucune 
flèche  de  Bhishma  ne  tombe  en  vain,  au  milieu  de  ce 
combat,  dans  les  corps  des  chevaux,  des  éléphants  et 
des  gue.  tiers.  A cause  du  grand  nombre,  il  perce  d’un 
seul  trait,  aux  nœuds  inclinés,  beaucoup  de  combattants 
aux  armes  légères.  2,53li — 2,537. 

Il  perce  des  tînmes  «f  éléphants,  comme  une  montagne, 
garnie  d’épines,  est  frappée  de  la  foudre;  il  perce  deux  et 
même  trois  cavaliers  sur  des  éléphants,  tels  que  des  mon- 
tagnes réunies.  2,538. 

Qui  que  soit  le  guerrier,  qui  ose  aflronter  dans  la 
guerre  Bhtshma,  le  tigre  des  hommes,  ton  père  l’immole 
avec  une  flèche  des  plus  acérées.  2,539. 

Les  bataillons,  qui,  il  n’y  a qu'un  instant,  se  montraient 
en  bon  ordre  de  bataille,  on  les  voit  maintenant  couchés 


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BHISHMA-PARVA. 


251 


sur  la  terre,  (l'est  ainsi  que  la  nombreuse  armée  de  Dhar- 
inarâdja  était  frappée  de  mort.  2,540. 

Cette  grande  armée  fut  brisée  en  mille  pièces  par 
Bhtshma  à la  valeur  sans  égale  : en  but  à la  pluie  de  ses 
flèches,  elle  commença  par  s’ébranler.  2,541. 

Les  efforts  des  héros  ne  purent  arrêter  dans  leur  fuite, 
soua.les  regards  mêmes  du  Vasoudévide  et  du  magnanime 
lils  de  Prithà,  les  plus  braves,  sous  l’atteinte  cruelle  des 
flèches  de  Bhtshma.  Brisée  par  ce  guerrier  d’une  vigueur 
égale  à celle  de  Mahéndra,  cette  grande  armée 

Fut  divisée  à tel  point,  grand  roi.  que  deux  hommes  ne 
couraient  pas  même  ensemble.  L’année  des  fils  de  Pândou, 
éperdue,  poussant  des  cris  de  terreur,  voyait  ses  chars  ren- 
versés, ses  éléphants  et  ses  chevaux  tués,  ses  timons,  ses 
drapeaux  abattus.  Le  père  tuait  son  fils,  et  le  fils  son  père: 
2,542—2,543—2,544-2,545. 

L’ami  chéri,  sous  le  coup  de  ta  puissance  du  Destin, 
pleurait  son  ami.  Entre  les  guerriers  du  filsde  Pândou,  on 
voit  les  uns  rejeter  leurs  cuirasses,  les  autres  s’ .arracher 
les  cheveux  en  courant.  Cette  armfe,  dont  les  capitaines 
des  capitaines  de  char?  fuyaient,  elle  ressemblait  à un 
troupeau  de  bœufs  en  déroute.  2,540 — 2,547. 

Alors  que  le  rejeton  d'Vadou  vit  l'armée  des  fils  de 
Pândou  rompue  et  jetant  des  cris  de  détresse,  2,548. 

Krishna  d’arrêter  son  char  magnifique  et  d’adresser  à 
Phàlgouna  ces  mots  : » Le  voici  arrivé  ce  temps,  fils  de 
Prithà,  que  tu  désirais.  2,549. 

» Combats,  tigre  des  hommes,  si  ton  esprit  n’est  point 
encore  offusqué  par  l’égarement.  Rappelle- toi,  héros,  ce 
que  tu  as  dit  jadis  en  l’assemblée  des  rois  : 2,550. 

« J’immolerai  avec  leurs  adhérents  tous  les  guerriers 


262 


LE  MAHA-BHABATA. 


du  Dhritarâshtride,  commandés  par  Bhlshma  et  Drona, 
qui  oseront  combattre  contre  moi  dans  la  guerre.  >■  2,551. 

» Fais,  dompteur  des  ennemis,  que  cette  parole  soit 
une  vérité  1 Vois,  Bibhatsou,  ton  armée  rompue  çà  et  là. 

» Vois  les  maîtres'  de  la  terre  s'enfuir  dans  l’armée 
d’Youdhishthira  à l’aspect  de  Bhlshma  dans  le  combat, 
semblable  à la  mort,  la  bouche  ouverte.  2,552 — 2,553. 

» Ils  meurent,  tourmentés  par  la  crainte,  comme  de 
viles  gazelles  à la  vue  d'un  lion.  » A ces  mots,  Dhanan- 
djaya  répondit  au  Vasoudévide  : 2,55ü. 

« Pousse  les  chevaux  du  côté  où  Bhlshma  s'est  plongé 
dans  cet  océan  d’armées  ; j’abattrai  le  vieil  aïeul  inafTron- 
table  des  Rourouides.  » 2,555. 

Aussitôt  Màdhava  pressa  les  coursiers  pareils  à l’ar- 
gent du  côté  où  était  le  char  de  Bhlshma,  éblouissant  * 
comme  l’astre  lumineux.  2,556. 

Cette  grande  armée  d’Youdhishthira  revint  sur  ses  pas, 
quand  elle  vit  le  Prithide  aux  longs  bras  attaquer  Bhlshma 
dans  le  combat.  2,557. 

Ce  héros  de  pousser  ensuite  mainte  fois  son  cri,  tel 
qu’un  lion,  ô le  plus  vertueux  des  Rourouides,  et  d’inon 
der  précipitamment  le  char  de  Dhanandjaya,  comme  d’une 
pluie  de  flèches.  2,558. 

Celui-ci  dans  un  instant  disparut,  avec  son  char,  son 
drapeau,  son  cocher,  couverts  par  cette  grande  averse  de 
projectiles.  2,559. 

Mais,  le  courageux  Vasoudévide  n’en  fut  pas  troublé, 
et,  embrassant  des  sentiments  de  fermeté,  il  aiguillonna 
ses  chevaux  brisés  par  les  flèches  de  Bhlshma.  2,560. 

Le  fils  de  Prithâ,  saisissant  son  arc  céleste,  qui  imi- 
tait le  son  du  nuage,  trancha  de  ses  flèches  aiguës  l’arc 


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BHISHMA-PAKVA. 


253 


de  Bhîshma  et  le  lit  tomber  de  ses  mains.  2,561. 

Au  lieu  de  son  arme  coupée,  ton  père,  le  rejeton  de 
Kourou,  s’arma  d’un  nouvel  arc,  et,  dans  l’espace  d’un 
instant,  il  eut  préparé  cette  arme.  2,562. 

Il  tira  entre  ses  bras  cet  arc,  résonnant  comme  un 
nuage  ; mais  Arjouna  irrité  le  coupa  aussitôt.  2,563. 

Le  fils  de  Çàntanou  applaudit  à sa  légèreté  : « Bien, 
(ils  de  Prithâ  aux  longs  bras  ! s’écria-t-il.  Bien,  oh!  fils 
de  Pândou  ! 2,564. 

» Cette  qualité,  qui  est  unie  en  toi,  Dhanandjava,  est 
une  grande  chose;  je  suis  content,  mon  fils;  soutiens 
contre  moi  un  bien  terrible  combat.  » 2,565. 

Quand  il  eut  ainsi  loué  son  rival,  le  héros  saisit  un 
autre  grand  arc  et  décocha  dans  le  combat  ses  dards  sur 
le  char  du  fils  de  Prithà.  2,566. 

Le  Vasoudévide  fit  admirer  une  force  supérieure  dans 
la  course  des  chevaux  ; il  rendit  tous  ses  traits  inutiles  et 
décrivit  maints  et  maints  cercles  avec  légèreté.  2,567. 

Alors,  bouillant  de  la  plus  ardente  colère  contre  Dha- 
nandjaya  et  le  Vasoudévide,  Bhtshma  de  les  percer,  au- 
guste monarque,  en  tous  les  membres,  de  ses  traits 
acérés.  2,568. 

Blessés  par  les  flèches  de  Bhîshma,  ces  deux  éminents 
hommes  parurent  comme  des  taureaux,  mugissants  des 
blessures,  que  la  corne  imprima  sur  leurs  membres. 

En  retour,  leurs  traits  décochés,  par  centaines  et  par  mil- 
liers, allumèrent  sa  plus  vive  colère;  et,  furieux,  Bhîshma 
de  cacher  aux  deux  Krishna  la  vue  des  plages  dans  le 
combat.  2,569 — 2,570. 

Plein  de  colère,  ses  flèches  violentes  ébranlèrent  le 


254 


LE  MAHA-BHARATA. 


Vrishnide,  et,  riant  aux  éclats,  il  le  harcela  (1)  mainte  et 
mainte  fois.  2,571. 

Dès  qu'il  eut  vu  la  valeur  de  Bhishma  dans  la  bataille, 
dès  qu’il  eut  remarqué  la  douceur,  que  le  fils  de  Prithâ 
apportait  dans  ce  combat,  khrisna  aux  longs  bras. 

Voyant  Bhishma  lancer,  sans  interruption,  des  pluies 
de  flèches  dans  la  guerre,  brûler,  à l’instar  du  soleil,  au 
milieu  des  deux  armées,  où  il  s’était  avancé,  immoler  cha- 
cun des  meilleurs  guerriers  du  fils  de  Pàndou,  et  faire 
comme  la  lin  d’un  youga  dans  l'armée  d’Youdhishlhira, 

2,572-2,573—2,574. 

L’immolateur  des  héros  ennemis,  le  fortuné  Kéçava  à 
l'âme  incommensurable  de  penser  dans  sa  colère  : a L’ar- 
mée d’Youdhishthira  n’existe  plus  ! 2,575. 

# Certes  ! un  seul  jour  de  combat  suflirait  à Bhishma, 
pour  détruire  les  Démons  et  les  Dieux  ; combien  plus, 
quand  il  n'a  que  les  fils  de  Pàndou  à combattre  avec  leurs 
armées,  avec  ceux,  qui  suivent  leurs  pas  ! 2,576. 

» La  grande  armée  du  magnanime  Pàndouide  est  en 
déroute  1 A la  vue  des  Somakas  rompus  dans  un  instant, 
ces  Rourouides  2,577. 

» Accourent  dans  le  combat,  pleins  d’ardeur,  et  féli- 
citent leur  aïeul.  Uevètu  de  ma  cuirasse,  je  vais  tuer  dans 
b moment  Bhishma  pour  le  bien  des  Pàndouides  ! 2,578. 

» Je  détruirai  ce  fardeau  accablant  des  magnanimes 
fils  de  Pàndou  ; car,  blessé  par  ces  flèches  acérées,  Ar- 
jouna  ne  sait  plus  distinguer  ce  qu'il  faut  opposer  dans  la 
bataille  à cette  pesanteur  de  Bhishma  I » Tandis  qu’il 

(!)  Abhyardayat , teite  de  Bombay,  tu  lieu  d'un  mot  oiseux  de  l'édition 
de  Cadcutta. 


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BHISHMA-l’AltVA. 


255 


roulait  mainte  fois  ces  pensées  en  lui-tnéme,  le  vieil  aïeul 
irrité  lit  tomber  ses  flèches  sur  le  char  du  Prithide. 

2,579—2,580—2,581. 

Tous  les  points  du  ciel  furent  voilés  entièrement  par 
la  multitude  de  ses  flèches  : on  ne  distinguait  plus,  ni 
l’atmosphère,  ni  les  plages,  ni  la  terre  elle-même,  ni  le 
soleil  avec  sa  guirlande  de  rayons.  2,582. 

Les  vents  tumultueux  soufflèrent  et,  pleines  de  fumée, 
les  plages  de  l’espace  lurent  ébranlées.  Drona,  Vikarna, 
Djayadratha,  Bhoûriçravas,  Kritavarman  etKripa,  2,b83. 

Çroutâyoush  et  le  roi  Ambashthapati,  Vinda  et  Anou- 
vinda,  Soudakshina  et  les  Orientaux,  toutes  les  troupes 
du  Saâuvlra,  les  Vaçâtis,  les  Kshoudrakas  et  les  Mà- 
iavas,  2,58A. 

Marchant  sous  les  ordres  du  royal  fils  de  Çântanou, 
s’approchèrent  à la  hàtc  de  Kiriti.  Le  petit  fils  de  Çini  vit 
ce  héros,  environné  par  des  capitaines  d’éléphants,  des 
foules  de  chars,  de  fantassins  et  decavaliers,  en  plusieurs 
milliers  de  centaines.  Aussitôt  que  le  vaillant  rejeton  de 
Çini  vit  Arjouna  et  le  Vasoudévide,  les  plus  excellents  des 
guerriers,  qui  portent  la  flèche,  attaqués  de  tous  les  côtés 
par  des  fantassins,  des  éléphants,  des  cavaliers  et  des 
chars,  il  s’approcha  d'eux  précipitamment.  Dès  que  ce 
descendant  de  Çini,  le  plus  adroit  des  archers,  fut  arrivé 
légèrement  près  de  ces  armées,  2,585 — 2,586 — 2,587. 

Il  fit  une  alliance  avec  Arjouna  comme  Vishnou  avec  le 
meurtrier  de  Vritra  ; et,  son  poil  horripilé  par  ce  spec- 
tacle, le  Çinide  cria  à l'armée  d’Yondhisbthira  en  dé- 
route, au  milieu  de  laquelle  Bhishina  avait  jeté  l’épou- 
vante, et  qui  avait  ses  multitudes  de  drapeaux,  ses  chars, 
ses  éléphants,  ses  chevaux  renversés  : « Où  vas-tu,  Ksha- 


256 


LE  MAHA-BHARATA. 


trya?  Ce  n’est  point  là  cette  conduite,  que  les  Pourânas 
ont  jadis  recommandée  aux  gens  de  cœurl 

. 2,588—2,589. 

» N’abandonnez  pas  votre  promesse,  nobles  héros  ! 
Soyez  fidèles  à vos  devoirs  d'héroïsme!  » Le  frère,  immé- 
diatement le  puîné  de  Vàsava,  ayant  vu  les  principaux 
des  monarques  fuyants  de  tous  les  côtés,  2,590. 

Irrité  de  voir  le  fds  de  Prithà  combattre  avec  mollesse, 
et  Hhîshma  redoubler  d’efforts  dans  cette  bataille,  adressa 
ces  paroles  à l'illustre  Çiuide  avec  un  éloge,  à l’aspect  des 
Kourouides,  qui  accouraient  de  toutes  parts  : « Que  ceux, 
qui  viennent,  s’avancent,  noble  héros  de  Çini  ! Que  ceux, 
qui  les  attendent,  le  pied  ferme,  s’avancent  également, 
Saltwàtide!  2,591—2,592. 

» Vois  à cet  instant  môme  Bhîshma,  que  je  vais  ren- 
verser de  son  char,  avec  Drona  et  ses  troupes  ! Personne 
dans  l’armée  des  Kourouides  n’échappera  aujourd’hui  à 
ma  colère  dans  le  combat.  2,593. 

» Ayant  donc  pris  mon  terrible  disque , semblable  à la 
roue  d’un  char,  j’enlèverai  la  vieà  Mahàvrata  (!)  ! Quand 
j’aurai  couché  morts  sur  le  champ  de  bataille  Bhîshma  et 
Drona,  avec  leurs  gens,  ces  deux  éminents  héros,  Çinide, 

» J'apporterai  la  satisfaction  à Dhanandjaya,  au  roi,  à 
Bhima  et  aux  deux  fils  des  Açvvins.  Après  que  j’aurai  im- 
molé tous  les  (ils  de  Dhritaràshtra  et  les  principaux  de 
leurs  partisans,  2,59â — 2,595. 

» J'aurai  le  bonheur  de  rétablir  aujourd’hui  sur  son 
trône  le  roi  Adjatàçatrou.  » A ces  mots,  sautant  à bas 
de  son  char,  laissant  aller  ses  chevaux,  le  fils  de  Vasou- 


(i)  Un  des  surnoms  de  BbUhma,  tiré  de  son  vœu  sévère. 


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BHISHMA-PARVA. 


257 


déva,  faisant  tourner  au  bout  du  bras  son  disque  au  bel 
ombilic,  au  tranchant  de  rasoir,  à la  splendeur  du  soleil 
et  semblable  5 mille  foudres,  ébranlant  la  terre  de  ses 
pieds,  le  magnanime  Krishna  de  s’avancer  légèrement 
vers  Bhishma,  2,506 — 2,507. 

Comme  un  lion,  qui  veut  détruire  un  souverain  des 
éléphants,  l’orgueil  exalté,  aveuglé  par  le  mada.  Le  frère 
puîné  de  Mahéndra  irrité,  au  milieu  de  l’armée,  qu’il  écra- 
sait de  ses  coups,  fondit  sur  Bhishma.  2,508. 

Dégagée  de  son  fourreau  jaune,  l’arme  brilla  comme  si 
un  nuage  l'avait  tenue  long-temps  cachée  : le  disque  Sou- 
darçana  de  Krishna  resplendit  tel  qu'un  lotus,  qui  aurait 
pour  son  pédoncule  tubulaire  un  bras  long  et  char- 
mant. 2,509. 

il  brillait  de  l’éclat  du  soleil  adolescent,  comme  le  pre- 
mier des  lotus,  né  du  nombril  de  Nàrâyana.  Il  avait  pour 
ses  généreuses  feuilles  un  tranchant  de  rasoir.  C’était  un 
soleil,  qu’on  savait  se  lever  dans  la  colère  de  Krishna. 

Nymphéa  porté  sur  le  bras  de  .Nàrâyana,  comme  sur 
une  tige,  il  brillait,  tel  qu'une  fleur  poussée  dans  le  lac 
de  son  grand  corps.  Quand  elles  virent  le  frère  puîné  de 
Mahéndra,  ayant  saisi  le  disque,  jeter  de  hauts  cris  dans 
sa  colère,  2,600 — 2,601. 

Toutes  les  créatures  de  se  répandre  en  épouvantables 
clameurs  ; elles  pensaient  que  c’était  la  perte  des  Kou- 
rouides!  Le  Vasoudévide,  s’étant  armé  de  son  disque, 
comme  s’il  allait  détruire  le  monde  des  vivants,  2,602. 

Le  gourou  de  l’univers  entier  s’élança  dans  les  airs  et 
resplendit  tel  qu’une  comète,  sur  le  point  de  consumer 
les  êtres.  Aussitôt  qu’il  vit  ce  Dieu,  le  plus  excellent  des 
hommes,  accourir,  son  disque  à la  main,  2,603. 

Vil 


17 


LE  M\HA-BHAHATA. 


268 

Le  fils  de  Çântanou,  debout,  sans  terreur,  sur  son  char 
et  tenant  une  (lèche  sur  son  arc,  lui  dit  : « Viens,  viens, 
souverain  des  Dieux  1 habitation  du  inonde  I Adoration 
te  soit  rendue,  Dieu,  qui  tiens  à la  main  une  épée,  une 
massue  et  C arc  Çârnga  ! 2,604. 

» Renverse-moi  violemment  de  ce  char  magnifique, 
Déité  secourable  aux  êtres  dans  le  combat,  Divinité  pro- 
tectrice du  monde  1 Succomber  aujourd’hui  sous  tes  coups, 
c'est  pour  moi,  Krishna,  le  sort  le  plus  heureux  en  ce 
monde  et  dans  l'autre.  2,605. 

» Ce  combat  atec  toi  m’honore,  protecteur  des  Vrish- 
nides  et  des  Àndakas,  car  ta  puissance  est  célèbre  dans 
les  trois  mondes.  » A ces  paroles  entendues  du  fils  de 
Çântanou,  Krishna  répondit  en  courant  à pas  légers  : 

« C’est  toi,  qui  es  la  cause  de  ce  carnage , étendu  sur 
la  terre  ; tu  vas  détruire  maintenant  Douryodhana.  Un 
homme,  bien  inspiré  et  qui  reste  dans  la  route  de  la  vertu, 
doit  arrêter  un  souverain  joueur  criminel.  2,606 — 2,607. 

» Ou  il  faut  se  défaire  d’un  esprit,  environné  par  la 
mort,  ou  quiconque  viole  son  devoir,  sera  l’opprobre  de 
sa  famille.  » Quand  le  royal  Bhlshma  entendit  l’éminent 
héros  d’Yadou  parler  ainsi  : « Le  Destin  est  tout-puissant! 
répondit-il.  2,608. 

» Le  roi  Kansa,  averti  pour  le  bien  par  les  Yadouides, 
fut  abandonné  par  eux,  et  ne  reconnut  point  ta  vertu  : 
il  n’existe  personne,  de  qui  le  Destin  ait  offusqué  l’esprit 
pour  son  malheur,  qui  veuille  écouter  un  bon  conseil.  » 

Le  fils  de  Prilhâ  sauta  avec  empressement  à bas  de  son 
char  et  courut  à pied  vers  le  héros  d’Yadou.  Le  guerrier 
aux  bras  longs  et  potelés  saisit  entre  ses  bras  Hari  aux 
bras  potelés,  grands,  étendus . 2,609 — 2,610. 


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BHISHMA-PARVA. 


■2ôy 

Le  Dieu  premier,  Vishnou,  l’Yogi  par  excellence,  dans 
une  vivecolèro  de  se  voir  saisi,  appréhenda  Djishnou  à son 
tour  et  s'en  alla  rapidement  avec  lui,  comme  un  vent  im- 
pétueux entraîne  un  arbre  isolé  dans  un  lieu  désert. 

Le  magnanime  fils  de  Prithà  retint  ses  deux  pieds  avec 
force  et  l'arrêta  avec  peine,  en  quelque  sorte,  au  dixième 
pas,  sire,  dans  sa  course  précipitée  vers  Bhlshma. 

Arjouna,  aux  guirlandes  admirables  d'or,  s'inclina, 
joyeux,  devant  Krishna  debout,  et  lui  dit  : a Calme  ta 
colère  ; ta  majesté  est  la  voie  des  enfants  de  Pàndou. 

» La  chose  n'irait  point  de  cette  manière,  suivant  la  pro- 
messe, qui  en  a été  jurée,  Kéçava,  par  les  fils  de  Prithâ  et 
mes  frères,  quand  on  a dit,  frère  puîné  d’Indra,  que  j’irais, 
toi  m'accompagnant,  jeter  ces  Kourouides  dans  la  tombe  ! » 
2,611— 2,612— 2,613— 9,  BU. 

Djanârddana,  l’âme  jpyeuse,  dès  qu’il  eut  entendu  cette 
promesse  et  la  déclaratian  d’ Arjouna,  remonta,  ne  cessant 
point  d’être  agréable  au  plus  vertueux  des  Kourouides, 
sur  le  cbar,  avec  son  disque  de  guerre.  2,615. 

Çaâuri,  le  meurtrier  des  ennemis,  reprit  en  mains  les 
rênes  ; il  saisit  la  conque  et  fit  retentir  le  ciel  et  toutes  ses 
plages  des  sons  du  Pàntchadjanya.  2,616. 

Lorsqu’ils  virent  ce  héros,  avec  ses  boucles-d’ oreille, 
ses  bracelets,  son  nishka  d’or,  brisés  par  les  flèches,  les 
cils  de  ses  yeux  inondés  de  poussière,  saisir  la  conque  or- 
née d’un  ivoire  pur,  les  éminents  guerriers  de  Kourou  je- 
tèrent de3  cris.  2,617. 

Ce  fut  dans  toutes  les  années  des  Kourouides  ud  brait 
de  tambourins,  de  tymbales,  de  tympanons,  un  fracas  de 
roues  des  chars,  un  roulement  de  tambours,  une  vociféra- 
tion de  cris  de  guerre,  qui  glaçaient  d’épouvante.  2,648. 


•260 


LE  MAHA-BHARATA. 


Pareil  an  tonnerre,  le  son  du  Gândlva  se  répandait, 
sous  la  main  du  Prilhide,  dans  le  ciel  et  dans  ses 
plages;  les  flèches  polies, étincelantes,  envoyées  par  l’arc 
des  Pândouides,  glissaient  dans  tou3  les  points  de  l’ho- 
rizon. 2,619, 

Tel  qu’une  comète  sur  le  point  d’incendier  une  forêt  de 
bois  sec,  le  souverain  des  Eourouides,  accompngnô.du  vi- 
goureux Bhlshma  et  de  Bhoûriçravas,  alla  au-devant, 
tenant  à la  main  son  trait  levé.  2,620. 

Bhoûriçravas  prit  sept  bhallas,  empennés  d'or,  pour  lu 
mort  (C Arjouna,  Douryodhana  un  levier  de  fer  à l’impé- 
tuosité terrible,  Çalya  une  massue,  et  le  fils  de  Çàntanou 
un  trident.  2,621. 

Quand  Phâlgouna  eut  paralysé,  avec  sept  flèches,  la 
fougue  des  sept  projectiles  envoyés  par  Bhoûriçravas,  il 
trancha,  avec  un  rasoir  acéré,  ce  levier  de  fer  lancé  par  le 
bras  de  Douryodhana.  2,622. 

Le  héros  de  couper  avec  deux  flèches,  dans  son  vol,  le 
trident  éblouissant,  brillant  comme  un  éclair,  adressé  par 
le  fils  de  Çàntanou,  et  la  massue  décochée  par  h*  bras  du 
monarque  de  Madra.  2,623. 

Dès  qu’il  eut  bandé  fortement,  entre  ses  bras,  le  Gân- 
dlva, arc  admirable,  infini,  il  manifesta  dans  les  cieux, 
suivant  les  règles,  l'astra  de  Mahéndra,  merveilleux,  au 
bruit  terrible.  2,624. 

Grâce  à cet  astra  sublime,  le  magnanime  Kirîti,  au  bou- 
quet de  fleurs,  au  grand  arc,  arrêta  toutes  les  armées  avec 
desmultitudes  de  pluiesen  flèches  torrentielles,  semblables 
au  feu  le  plus  pur.  2,62&. 

Les  dards,  lancés  par  l’arc  du  Prithide,  ayant  coupé  les 
chars,  l’extrémité  des  drapeaux,  les  arcs  et  les  bras,  en- 


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BHISHMA-PARVA. 


261 

traient  dans  les  corps  des  rois  ennemis,  des  éléphants  et 
des  coursiers  les  plus  généreux.  2,026. 

Le  Prithide  étendit  ses  traits  acérés  au  fin  tranchant 
dans  tous  les  points  cardinaux  et  les  points  intermé- 
diaires; puis,  il  causa  l’ébranlement  du  cœur  à ses  rivaux 
par  le  son  du  Gândiva.  2,627. 

Dans  cette  bataille  aux  astras  les  plus  effrayans,  le 
bruit  des  conques,  les  roulements  des  tambours,  le  fracas 
terrible  des  chars,  tout  fut  couvert  par  le  son  du  Gândiva. 

A peine  eurent-ils  reconnu  le  bruit  du  Gândtva,  les 
héros,  qui  avaient  à leur  tête  le  roi  Virâta  et  le  vaillant 
Droupada,  le  souverain  du  Pàntchala,  accoururent  dans 
ce  lieu  d’une  âme  non  abattue.  2,028 — 2,029. 

De  quelque  côté  où  parvint  le  son  du  Gândiva,  toutes  tes 
armées  se  revêtirent  d’humilité  ; il  n’y  eut  personne,  qui 
ne  s'approchât  point  avec  effroi.  2,630. 

Dans  ce  bien  terrible  carnage  des  rois,  on  immola 
d’éminents  héros;  des  cochers  furent  abattus  avec  leurs 
chars,  des  éléphants  consumés  par  la  chùte  des  nârâ- 
tchas,  de  grands  étendards  aux  glands  d'or  éclatant  ren- 
versés. 2,031. 

Ils  tombaient  là  soudain,  le  corps  entrouvert,  l’âme 
chassée,  fortement  frappés  des  flèches  à l’impétuosité 
terrible,  des  bhallas  acérés,  au  tranchant  aigu,  que 
lançait  Kiriti,  le  (ils  de  Prilhâ.  2,032. 

Gombattnnt  à la  tête  des  années,  Dhanandjaya  tranchait 
les  machines,  abattait  les  drapeaux  des  rois  et  leurs  ruses 
de  guerre,  les  troupes  de  fantassins,  les  chars,  les 
chevaux  et  les  éléphants.  2,033. 

Ils  tombaient  rapidement,  sire,  percés  des  flèches,  le 
corps  et  la  cuirasse  fendus,  l’ànie  expirée,  leurs  membres 


262 


LE  MAHA-fiHARATA. 


étendus- sur  la  terre,  frappés  dans  ce  grand  combat  par 
l’astra  d'Indra,  le  plus  puissant  des  astras.  2,634. 

Sous  la  multitude  des  flèches  de  Kiriti,  un  fleuve  très- 
épouvantable,  qui  avait  pour  écume  la  moëlle  des  guerriers 
et  pour  eau  le  sang  des  blessures  imprimées  dans  le  corps 
des  hommes  par  ses  dards,  commença  à couler  sur  le 
champ  de  bataille.  2,635. 

Ses  flots  étaient  larges  et  d’une  extrême  vitesse  ; les 
cadavres  des  éléphants  et  des  chevaux  sans  vie  formaient 
ses  rivages;  il  avait  pour  vase  une  couche  épaisse  de 
chair  et  de  moëlle,  faite  par  les  traits  des  guerriers,  et 
comme  arbres,  le  long  de  ses  rives,  des  gardes  en  grand 
nombre.  2,636. 

Il  était  rempli  de  crânes  et  de  têtes;  il  avait  des  Cheve- 
lures au  lieu  de  frais  gazons  ; il  roulait  des  milliers  et  des 
multitudes  de  corps  ; ses  ondes  étaient  pleines  de  maintes 
cuirasses  disséminées  ; il  avait  pour  sable  des  fractures 
d'os  d’éléphants,  de  chevaux  et  d’hommes.  2,637. 

Les  guerriers  virent  ses  bords  cruels,  semblables  aux 
rives  dè  la  grande  Vattarani,  vers  lesquels  accouraient 
des  hyènes,  des  vautours,  des  anlées,  des  loups,  des 
chiens,  des  cbakals,  des  troupes  de  carnassiers.  2,638. 

Us  virent  l'armée  des  Konrouides,  dont  Phâlgouna  avait 
tué  les  héros,  armée  bien  épouvantable,  qui  roulait  du 
sang,  de  la  graisse  et  de  la  moëlle,  que  les  multitudes  des 
flèches  d'Arjouna  fit  couler.  2,639. 

Les  Matsyas,  les  Karoushas,  les  Pintchftlains,  les  Tché- 
diens  et  les  fils  de  Prithà,  ces  héros  parmi  les  hommes, 
courageux  pour  la  victoire,  poussèrent  tous  ensemble  des 
cris,  jetant  l'effroi  au  cœur  des  braves  combattants  de 
Kourou.  2,640. 


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BHISHMA-PARVA. 


263 


k 


Ils  virent  les  années  sans  héros,  tombés  sous  les  coups 
deKiriti,  l’effroi  des  ennemis,  après  qu’il  avait  répandu  la 
terreur  parmi  les  généraux  des  armées,  tel  qu’un  lion 
épouvante  les  troupeaux  rassemblés  des  gazelles.  2,661. 

Remplis  de  la  plus  vive  ardeur,  l’archer  du  Gàndlva 
et  Djanârddana  de  pousser  des  cris.  Ensuite  les  guerriers, 
blessés  cruellement  par  les  flèches,  virent  le  soleil  cacher 
son  filet  de  rayons  et  admirèrent  cet  horrible  astra  d’Indra, 
dont  la  puissance,  pareille  à la  fin  d’un  youya,  s’étendait 
au  haut  des  cieux.  Alors  l'armée  Kourouide,  accompagnée 
de  Bhlshma,  de  Drona,  de  Douryodhanaetde  Vàhlika  d’o- 
pérer sa  retraite,  quand  eUe  vit  arriver  la  nuit  obscure, 
jointe  au  soleil,  couleur  rouge  de  sang.  Lorsque  Dhanan- 
djaya  eut  obtenu  dans  le  monde  la  gloire  et  la  renommée, 
lorsqu’il  eut  écrasé  les  ennemis.  2,642 — 2,643—2,644. 

A la  nuit,  son  œuvre  terminée,  le  souverain  monarque 
se  retira  dans  son  camp  avec  ses  frères.  Les  Kourouides 
firent  éclater  un  bruit  tumultueux  et  des  plus  épouvanta- 
bles à l’entrée  de  la  nuit.  2,645. 

« Arjouna,  criaient-ils,  a renversé  dans  ce  combat  les 
Kshoudrakas,  les  Màlavas,  toutes  les  troupes  des  Saâu- 
vtras,  les  Orientaux,  sept  centaines  d’éléphants  et  une 
myriade  de  chars  ! 2,646. 

» Ce  Dhanandjaya,  il  a exécuté  un  grand  exploit,  tel 
que  nul  autre  n’en  pourrait  accomplir  un  semblable  ! 
Çroutâyoush  et  le  souverain  des  Ambashthas,  Dourmar- 
shana  et  Tchitraséna,  2,647. 

» Drona,  Kripa,  'le  Sindhien  et  Vàhlika,  sire  (1), 
Bhoûriçravas,  Cala  et  Çalya,  tous  les  autres  nobles 


(I)  Le  narrateur  oublie  qu’il  vient  de  céder  la  parole  aux  guerriers  des 
Kourouides. 


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204  LE  M4H4-BHARATA. 

guerriers,  rassemblés  par  centaines,  Kirîti,  irrité  au 
milieu  du  combat,  ce  fils  de  Prithâ,  le  grand  héros  du 
monde,  les  a vaincus  avec  Bhtshma  par  la  force  de  ses 
bras  ! » En  parlant  ainsi,  tous  ceux,  qui  étaient  les  tiens, 
fils  de  Bharata,  rentrèrent  chacun  de  la  bataille  dans  son 
camp.  2,648 — 2,64P. 

C’est  ainsi  qu'éclairés  par  des  milliers  de  torches  allu- 
mées et  des  lampes  resplendissantes,  tous  ces  guerriers, 
qui  portaient  au  cœur  la  terreur  de  Kirlti,  cette  armée 
des  Kourouides  fit  sa  rentrée  au  camp.  2,650. 

Quand  la  nuit  se  fut  écoulée,  le  magnanime  Bhishma, 
rallumant  sa  colère,  accompagné  d’une  armée  complète, 
se  présenta  devant  les  ennemis,  face  à face  des  armées 
Bharatides.  2,651. 

Drona,  Douryodhana,  Vàhüka,  Dourmashana,  Tchi- 
traséna,  Djayadratha  aux  forces  éminentes  et  les  autres 
monarques  arrivèrent  de  tous  les  côtés  avec  de  nombreuses 
armées.  2,652. 

Environné  de  ces  éminents  héros,  pleins  de  grandeur,  de 
légèreté  et  de  courage,  sire,  le  plus  excellent  des  princes 
resplendissait,  comme  le  roi  des  Dieux,  au  milieu  des 
Souras.  2,653. 

De  grands  étendards,  noirs,  blancs,  jaunes  et  d'un 
rouge  éclatant,  secoués  par  le  vent  et  disposés  eu  face  de 
cette  armée,  étaient  portés  sur  les  épaules  d'énormes 
éléphants.  2,654. 

Semblable  au  tonnerre,  accompagné  d’éclairs,  cette 
armée  brillait  par  le  fils  de  Çàntanou,  ses  coursiers,  ses 
éléphants  et  ses  grands  chars,  comme  un  ciel,  où  sont  nés 
des  nuages  à l'arrivée  des  pluies.  2,655. 

La  face  tournée  au  combat,  cette  armée,  défendue  par 
le  Çàntanouide,  s’avança  à l’encontre  d’Arjuuna  d’un 


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BHISHMA-PARVA. 


205 


pied  hâté,  comme  l’épouvantable  impétuosité  d’un  fleuve. 

Le  magnanime  guerrier,  qui  avait  pour  enseigne  le  roi 
des  singes,  vit  de  lojn,  semblable  à un  grand  nuage,  cette 
disposition  en  serpent  (l),qui  était  protégée  sur  ses  flancs 
par  des  troupes  de  chars,  des  hommes  de  pied,  des  cava- 
liers, des  éléphants,  et  qui  avait  une  vigueur  secrète  de 
plusieurs  sortes.  2,250 — 2,657. 

L’héroïque  et  le  magnanime  souverain,  monté  sur  son 
char,  ombragé  d’un  drapeau  et  traîné  par  des  chevaux 
blancs,  sortit,  en  face  des  armées,  vers  toutes  les  divisions 
ennemies.  2,058. 

Les  Kourouides  de  trembler  avec  tes  fils  en  voyant  sur 
le  champ  de  bataille  le  héros  des  Yadouides,  ce  vaillant 
général,  avec  le  drapeau  à l'image  du  singe,  son  disque 
superbe  de  guerre,  son  vêtement  extérieur  flottant  (2), 
défendu  par  les  flèches  de  Kiriti,  ses  armes  levées.  Les 
tiens  admirèrent  cette  disposition  par  excellence,  que 
protégeaient  seize  mille  éléphants.  2,659—2,600. 

L’ordre  de  bataille  fut  disposé,  ô le  plus  excellent  des 
Kourouides,  par  Dharmarâdja,  comme  dans  le  jour  pré- 
cédent : il  fut  tel,  que  les  hommes  n'en  avaient  pas  vu  un 
pareil,  ni  entendu  parler  d’aucun  autre  semblable.  2,061. 

Alors  des  milliers  de  tambours,  battus  avec  une  grande 
rapidité,  résonnèrent  sur  le  champ  de  bataille.  Le  bruit  des 
conques,  le  son  des  instruments  de  musique  et  les  cris  de 
guerre  coururent  au  milieu  de  toutes  les  armées.  2,602. 

Bientôt  les  arcs  au  grand  son,  que  les  héros  faisaient 
vibrer,  avec  les  traits  décochés,  couvrirent  dans  un  instant 

(1)  Texte  de  Bombay,  qui  porte  : vydia , et  eu  note  : « sorte  de  dispo- 
sition ou  d arrangement  de  guerre.  » 

(2)  Explication  du  commentaire. 


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LEMAHA-BHARATA. 


266 

les  roulements  des  tambours  et  des  tvmbales,  avec  les  ac- 
cents des  conques.  2,665. 

Le  ciel  était  rempli  du  bruit  des  conques,  une  poussière 
épaisse  courait , soulevée  sur  la  terre  : les  braves  s’affais- 
sèrent tont  à coup,  quand  ils  virent  ce  vaste  conopée  leur 
masquer  la  clarté  du  jour.  2,664. 

Sous  le  coup  du  maître  de  char,  on  voyait  tomber  un 
maître  de  char  avec  son  cocher,  ses  chevaux,  son  drapeau 
et  son  char  ; l’éléphant  tombait,  frappé  par  l’éléphant; 
l’homme  de  pied  tombait,  atteint  par  l’homme  de  pied. 

Les  traits  barbelés  et  les  cimeterres  des  choses,  qui 
s’approchaient,  couvertes  de  formes  épouvantables,  ren- 
versaient les  choses,  qui  s'approchaient,  enveloppées  de 
figures,  qui  tenaient  du  prodige  : les  troupes  de  coursiers 
généreux  abattaient  les  escadrons  des  chevaux  de  noble 
sang.  2,665 — 2,666. 

Les  cuirasses,  brillantes  de  l'éclat  du  soleil,  ornées 
d’une  année  d’étoiles  en  or,  tombaient  sur  la  terre,  bri- 
sées par  les  traits  barbelés,  les  sabres  et  les  haches. 

Certains  maîtres  de  chars  étaient  renversés  avec  leurs 
cochers,  et  mis  en  pièces  par  les  trompes,  les  excellentes 
défenses  et  les  pieds  des  éléphants.  Les  héros  les  plus 
éminents  étaient  couchés  sur  la  terre,  percés  de  flèches 
par  un  éminent  héros.  2,667 — 2,668. 

A peine  des  hommes  avaient-ils  entendu  les  cris  de  dé- 
tresse des  jeunes  fantassins  ou  des  cavaliers,  blessés  dans 
les  menfbres  inférieurs  parles  défenses  et  par  les  troupes 
d’éléphants,  ou  frappés  de  flèches  rapidement  lancées, 
qu’ils  s'affaissaient  sur  le  sol.  2,669. 

Dans  ce  moment  de  vaste  carnage  sua-  les  jeunes  hommes 
de  pied  et  de  cheval,  où  les  chars,  les  coursiers  et  les  élé- 


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BHISHMA-PARVA. 


*67 

phants  étaient  renversés  pêle-mêle,  Bhlshma  vit  le  guer- 
rier, qui  a pour  enseigne  le  roi  des  singes,  environné  de 
vaillants  héros.  2,670. 

Le  fils  de  Çàntanou,  qui  arbore  cinq  drapeaux  et  cinq 
palmiers,  fondit  sur  Kirhi,  qui  devait  la  vigueur  de  la 
foudre  à la  rapidité  de  ses  grands  astras,  et  de  qui  la  vi- 
tesse des  généreux  coursiers  surpassait  la  fougue  de  la 
flèche  elle-même.  2,671. 

Kripa,  Çalya,  Vivinçati,  Douryodhana  et  le  Somadat- 
tide  marchèrent,  sire,  Orona  à leur  tête,  contre  le  fils 
d’Indra,  qui  semblait  un  portrait  de  son  père.  2,672. 

Instruit  dans  tous  les  astras  et  portant  une  cuirasse  ad- 
mirable d’or,  le  fils  d’Aijouna  même,  le  héros  Abhima- 
nyou  s'élança  du  front  de  l'armée  des  chars,  et  se  porta 
sur  eux  tous  avec  rapidité.  2,673. 

Dès  qu’il  eut  neutralisé  les  puissants  astras  de  ces 
grandes  armées,  le  Krishnide  aux  exploits  insoutenables 
resplendit  comme  le  vénérable  Feu,  auquel  on  sacrifie 
dans  une  assemblée  avec  de  solennelles  prières.  2,67â. 

Bhlshma  eut  bientôt  fait  dans  le  combat  une  rivière, 
qui  av  it  pour  eau  le  sang  des  ennemis  ; et,  négligeant  le 
fils  de  SoubhadrA,  il  se  porta  d’une  âme  superbe  contre  le 
grand  héros,  fils  de  Prithâ.  2,675. 

Mais,  quand  il  eut  supporté  avec  un  prodigieux  courage 
la  multitude  de  ses  puissants  astras,  le  guerrier  aux  actes 
séparés  des  intérêts  du  monde,  de  qui  la  tiare  est  sur- 
montée d’un  bouquet  de  fleurs  et  qui  a pour  enseigne  le  roi 
des  singes,  éteignit  par  la  multitude  de  ses  dards,  aiguisés 
avec  la  pierre  et  lancés  par  l’arc  Gândlva,  la  force  de  cet 
arc  sublime,  dans  lequel  étaient  renfermés  tous  les  arcs. 
l.e  magnanime  fit  tomber  sur  Bhlshma  une  nouvelle  pluie 


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268 


LE  MAHA-BHARATA. 


de  traits  bien  acérés  et  de  bhallas  reluisants.  2,876-2,677. 

Le  héros  au  drapeau  du  grand  singe  put  admirer 
Bhtshma,  paralysant,  au  milieu  des  airs,  la  foule  de  ses 
terribles  flèches.  Les  tiens  virent  ce  nuage  dissipé  en  mor- 
ceaux, comme  l'obscurité  vaincue  par  le  soleil.  2,678. 

De  telle  sorte,  ces  deux  hommes  de  cœur,  sublimes,  sans 
crainte,  Bhlshma  et  Dhanandjaya,  firent  admirer  au 
monde,  aux  Kourouides  et  aux  Srindjayas,  ce  duel  en 
char  au  bruit  d’arcs  épouvantable.  2,679. 

Açvatthâman,  Bhoùriçravas,  Çalya,  Tchitraséna  et  le  fils 
de  Sânyamani  attaquèrent,  auguste  roi,  le  (ils  de  Sou- 
bhadrâ  lui-même.  2,680. 

Les  hommes  purent  contempler  ce  héros,  seul  aux  prises 
avec  ces  éminents  guerriers  d'une  extrême  vigueur,  comme 
un  jeune  lionceau  attaqué  par  cinq  éléphants.  2,681. 

11  n’y  eut  pas  son  égal  en  puissance  pour  son  adresse  à 
toucher  le  but  et  pour  sa  vaillance  ; le  Krishnide  n’avait 
pas  son  égal  en  vitesse  pour  lancer  une  flèche.  2,682. 

Dès  que  le  Priihide  vit  le  dompteur  des  ennemis,  son 
fils,  marcher  hardiment  sur  le  champ  de  bataille  et  dé- 
ployer ses  efforts  dans  le  combat,  il  jeta  son  cri  de  guerre. 

Aussitôt  que  les  tiens,  Indra  des  rois,  eurent  vu  ton 
petit-fils  opprimer  l’armée,  il  en  fut  empêché  par  eux  de 
tous  les  côtés.  2,683 — 2,684. 

Ennemi  en  but  à leurs  traits,  le  Soubhadride  s’avança 
intrépidement  avec  force  et  valeur  contre  i'aruiée  des 
Dhrilaràshtrides.  2,685. 

Ses  rivaux  dans  cette  bataille,  qu’il  soutenait,  virent 
son  arc,  brillant  d’un  éclat  égal  à celui  du  soleil  et  fixé 
dans  la  route  de  la  légèreté.  2,686. 

Quand  il  eut  percé  le  Dronide  avec  une  flèche,  et  Çalya 


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BHISHMA-PARVA. 


26» 


avec  cinq,  il  abattit  avec  huit  traits  le  drapeau  de  Sânya- 
mani.  2,687. 

Il  priva  le  Somadattide  avec  un  dard  aigu  d’une  grande 
lance  au  manche  d’or,  qu’il  envoyait,  semblable  à un  ser- 
pent ; 2,688. 

Et,  lorsqu’il  eut  arrêté  les  flèches  d’une  effroyable  vi- 
tesse, que  Çalya  décochait  (1)  par  centaines,  le  fils  d’Ar- 
jounti  lui  tua  ses  quatre  chevaux.  2,680. 

Ni  Bhoùriçravas,  ni  Çalya,  ni  le  Dronide,  ni  Sànyamani 
et  Çala  ne  purent,  en  dépit  de  leur  colère,  empêcher  cette 
levée  des  bras  du  Krishnide  dans  sa  force.  2,600. 

Exhortés  par  ton  fils,  Indra  des  rois,  vingt-cinq  raille 
Trigarttas  et  Madra3  avec  des  Kaikéyains,  2,  91. 

Tous  capitaines,  instruits  dans  la  scieuce  de  l’arc,  in- 
vincibles aux  ennemis  dans  la  guerre,  accompagnés  de  ton 
fils,  environnèrent  Kiriti  avec  le  désir  de  lui  ôter  la 
vie.  2,692. 

L'iramolateur  des  ennemis,  sire,  le  Pântchâlain  Séna- 
pati  vit  ces  deux  héros,  le  père  et  le  fils,  environnés; 

Entourés  par  des  troupes  de  chars  et  d’éléphants,  plu- 
sieurs milliers  de  chevaux  et  des  centaines  de  mille  fan- 
tassins. 2,693 — 2,694. 

11  banda  son  arc  avec  colère  ; il  exhorta  ses  troupes, 
redoutable  roi,  et  s’avança  vers  l’armée  des  Madras  et  des 
Kaikéyains.  2,695. 

L’armée,  qui  avait  ses  chevaux,  ses  chars,  ses  éléphants 
rassemblés,  resplendissait  au  moment  de  combattre  sous 
la  conduite  de  ce  général  illustre  à l’arc  solide.  2,696. 

Le  prince,  accroissement  de  la  race  Pàutchâlaine,  mar- 


(1)  Édition  do  Bombay. 


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•270 


LE  MAHA-BHARATA. 


cha  vers  Aijouna  et  blessa  de  trois  flèches  le  Çaradvatide 
à la  clavicule  du  cou.  2,667. 

11  rompit  les  Madras  avec  dix  traits  acérés  et  tua  leste- 
ment d’un  bhalla  le  guerrier,  qui  défendait  les  derrières 
de  Kritavarman.  2,608. 

Le  formidable  héros  immola  avec  une  flèche  de  fer  à la 
grande  pointe  Damana  lui-même,  le  lils  du  magnanime 
Paâurava.  2,699.  * 

Le  fils  de  Sànyamani  blessa  avec  trente  (1)  dards  le 
Pàntchâlain,  ivre  de  la  fureur  des  batailles,  et  son  cocher 
avec  dix  traits.  2,700. 

Extrêmement  blessé,  le  héros  au  grand  arc,  léchant  les 
angles  de  sa  bouche,  lui  coupa  son  arc  avec  un  bhalla  très- 
acéré.  2,701. 

11  perça  rapidement  le  guerrier  même  de  vingt-cinq 
traits,  et,  sire,  il  tua  ses  chevaux  et  ses  deux  cochers  de 
derrière.  2,702. 

Tandis  que  le  fils  de  Sànyamani  se  tenait  sur  son  char, 
qui  n’avait  plus  de  chevaux,  il  aperçut  le  fils  de  l’illustre 
Pàntchâlain.  2,703. 

11  saisit  un  excellent  cimeterre  bien  redoutable,  tout  de 
fer,  et  courut  à pied  légèrement  sur  le  fils  de  Droupada 
debout  sur  son  char.  2,70â. 

Semblable  à un  grand  fleuve,  qui  se  précipite,  pareil  à 
un  serpent,  qui  tombe  du  ciel,  égal  à un  bouclier,  qui 
tournoie,  tel  que  la  mort  envoyée  par  Yama,  ce  cimeterre. 

Les  fils  de  Pândou  et  Dhrishtadyoumna  le  Prishatide  le 
virent  comme  le  soleil  enflammé,  ayant  une  force  équipol- 
leote  à celle  d’ua  éléphant  dans  l’ivresse.  2,706 — 2,706. 

(t)  Édition  de  Bombay. 


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BH1SHMA-PARVA. 


271 


Le  fils  du  roi  Pântchâlain  fendit  d’un  coup  rapide  avec 
sa  massue,  an  momeDt  qu'il  voulait  s’approcher  du  char, 
la  tête  du  fils  de  Sânyamani,  qui  portait  un  bouclier  et 
des  flèches,  qui  tenait  à sa  main  un  cimeterre  aiguisé,  et 
qui  courait  sur  l’ennemi  d’une  vitesse  supérieure  à la  vé- 
locité des  traits.  2,707 — 2,708. 

Échappés  à la  main  de  l’homme  d’armes  renversé,  les 
flèches  et  le  bouclier  avec  le  cimeterre,  tous  d’une  grande 
splendeur,  tombèrent,  sire,  accompagnés  de  son  corps, 
sur  la  terre.  2,709. 

Le  magnanime  fils  à la  terrible  vaillance  du  roi  des 
PàtUchâlains  s’éleva  au  comble  de  la  renommée,  quand  il 
eut  abattu  ce  prince  sous  le  poids  de  sa  massue.  2,710. 

Au  moment  où  tomba  ce  guerrier  au  grand  char,  au 
grand  arc,  ton  armée,  respectable  monarque,  envoya  dans 
les  airs  de  grands  « hélas  ! hélas  ! » 2,711. 

Irrité  par  le  spectacle  de  la  mort  de  son  fils,  Sânya- 
mani courut  d’un  pied  léger  sur  le  Pântchâlain  dans  la 
cruelle  ivresse  des  batailles.  2,712. 

Tous  les  monarques  Kourouideset  les  héros  Pândouides 
virent  engagés  dans  un  combat  ces  deux  vaillants  hommes, 
les  plus  excellents  des  maîtres  de  chars.  2,713. 

Tel  qu’on  décharge  trois  crocs  aigus  sur  un  grand  élé- 
phant, tel  l’immolateur  des  héros  ennemis,  Sânyamani 
envoya  dans  sa  colère  trois  flèches  acérées  sur  le  Prisha- 
tide.  2,714. 

Brillant  dans  les  combats,  Çalya  irrité  de  frapper  dans 
la  poitrine  ce  rejeton  héroïque  de  Prishat,  et  le  combat  de 
commencer.  2,715. 

« Le  Destin  est  plus  fort  que  l’homme  lui-même,  San- 
djaya,  reprit  Dhritarâshtra,  puisque  l’armée  de  mon  fils 


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272 


LE  MAHA-BHAKATA. 


a été  battue  par  l'armée  des  fils  de  Pàndou.  2,716. 

» Tu  dis  sans  cesse  que  la  mort  a moissonné  les  miens, 
cocher,  et  tu  dis  sans  cesse  que  la  mort  a respecté  les 
Pândouides,  qui  sont  pleins  d’alacrité.  2,717. 

» Tu  dis  les  miens  tombés,  victimes  du  fait  des  hommes, 
Sandjaya,  renversés  et  dépouillés  de  la  vie,  en  combat- 
tant et  déployant  toutes  leurs  forces  pour  la  victoire.  Les 
Pândouides  triomphent  même  et  les  miens  sont  aban- 
donnés. 2,718. 

» J'ai  entendu  le  récit  non  interrompu,  mon  fils,  de 
peines  nombreuses,  intolérables,  extrêmement  cuisantes, 
causées  par  Dourvodhana.  2,719. 

« Je  ne  vois  pas  le  moyen  par  lequel,  Sandjaya,  les 
Pândouides  renonceraient  à leurs  desseins,  ni  comment 
les  miens  pourraient  obtenir  la  victoire  dans  le  combat.  » 

Écoute,  sire,  avec  attention,  cette  boucherie  des  enfants 
de  Manou,  lui  répondit  Sandjaya,  ce  carnage  d'éléphants 
et  de  coursiers,  cette  destruction  de  chars  ! Grand  fut  l’a- 
veuglement de  ta  politique  ! 2,720—2,721. 

Pressé  étroitement  par  Çalya,  Dhrishtadyoumna  irrité 
accabla  à son  tour  de  neuf  (lèches  de  fer  le  souverain  de 
Madra.  2,722. 

Là,  nous  vîmes  le  prodigieux  courage  du  Prishatide, 
car  il  arrêta  rapidement  Çalya,  qui  avait  la  beauté  des  ba- 
tailles. 2,723. 

Personne  ne  vit  aucune  différence  dans  le  combat  entre 
ces  deux  guerriers  irrités  : la  bataille  de  ces  héros 
fut  alors  comme  si  elle  n’avait  que  la  durée  d'un  ins- 
tant. 2,72A. 

Dans  ce  combat,  puissant  roi,  Çalya  trancha  l’arc  de 
Dhrishtadyoumna  avec  un  bhalla  aigu,  altéré  de  sang. 


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BH1SHMA-PARVA. 


273 


11  l'ensevelit,  Bharatide,  sous  une  averse  de  flèches; 
tels  des  nuages,  chargé-,  de  pluies,  inondent  une  montagne 
à l'arrivée  de  la  saison  pluvieuse.  2,726 — 2,727. 

Voyant  accabler  Dhrishtadyouuina,  Abhimanyou  irrité 
courut  lestement  vers  le  char  du  souverain  de  Madra. 

Arrivé  là,  le  Vrishnide,  à l’âme  incommensurable, 
blessa  Artâyani  de  trois  flèches  acérées  dans  sa  colère. 

2,728—2,729. 

Ensuite  les  tiens,  sire,  voulant  s’emparer  de  l’Arjou- 
nide,  dans  le  combat,  de  se  jeter  en  diligence  autour  du 
char,  monté  par  le  souverain  du  Madra.  2,730. 

Douryodhana,  Vikarna,  Douççâsana,  Vivinçati,  Dour- 
marshana,  Doussaha,  Tchitraséua  à la  bouche  injurieuse, 
Satyavrata,  Pouroumitra  et  le  grand  héros  Vikarna,  ces 
guerriers  se  tinrent,  gardant  le  char  du  roi  de  Madra 
pendant  la  bataille.  2,731 — 2,732. 

L'irascible  Bhlmaséna,  Dhrishtadyoumna  le  Prishatide, 
les  cinq  iils  de  Draàupadl,  Abhimanyou  et  les  deux  Pàn- 
douides,  fils  de  Mâdri,  ces  dix  d'environner  les  dix  héros 
Dhritaràshtrides.  Lançant  des  projectiles  de  formes  di- 
verses, souverain  des  hommes,  2,733— 2, 73â. 

Us  s’avancèrent  avec  colère,  désirant  la  mort  les  uns 
des  autres,  et  s’engagèrent  dans  le  combat  irréfléchi  des 
tiens  (1),  sire.  2,735. 

Tandis  que  se  déroulait  ce  duel  en  dix  chars  affreuse- 
ment épouvantable  des  tiens  et  des  ennemis,  les  maîtres 
de  chars  en  furent  les  spectateurs.  2,736. 

Se  décochant  mainte  et  mainte  forme  de  projectiles, 
ces  grands  héros,  poussant  les  uns  contre  les  autres  des 
rugissements,  se  livrèrent  cette  bataille.  2,737. 

(1)  Littéralement  : de  toi. 

vu  18 


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274 


Lh  MAHA-BHARATA. 


Alors  tous  ces  héros,  la  colère  allumée,  désirant  se 
donner  réciproquement  la  mort,  rugissant  l’un  contre 
l’autre  et  pleins  d’une  émulation  mutuelle,  2,738. 

Ces  parents,  qu’une  rivalité  adverse  mettait  aux 
prises,  ceux-ci  à l’encontre  de  ceux-là,  se  lançant  de  longues 
flèches,  fondirent  avec  colère  des  deux  côtés  opposés. 

Douryodhana  irrité  blessa  de  quatre  dards  acérés  Drish- 
tadyoumna,  qui  exécutait  des  merveilles  dans  ce  grand 
combat.  2,739 — 2,740. 

Dourmarshana  le  perça  de  vingt  traits,  Tchitraséna 
de  cinq,  Dourmoukha  de  neuf,  et  Doussaha  de  sept 
flèches,  2,741. 

Vivinçati  de  cinq  et  Douççâsana  de  trois  dards.  LePrisha- 
tide,  incendiaire  des  ennemis,  les  frappa  tous  de  vingt-cinq 
traits,  individuellement,  et  leur  fit  admirer  la  légèreté  de 
sa  main.  A son  tour,  Abbimanyou  blessa  de  chacun  dix 
flèches,  dans  la  bataille,  Satyavrata  et  Pouroumitra.  Les 
deux  fils  de  Mâdrl,  la  joie  de  leur  mère,  couvrirent  dans 
ce  combat  leur  oncle  maternel,  de  traits  acérés:  ce  fut 
comme  une  chose  merveilleuse  ! Çalya  répondit,  grand 
roi,  à cet  orage  de  ses  neveux,  les  plus  excellents  des 
maîtres  de  chars,  avec  une  grêle  de  flèches,  dont  ils  vou- 
laient tirer  vengeance.  Les  deux  fils  de  Mâdrl  ne  reculèrent 
point  d’un  seul  pas  sous  le  nuage,  qui  les  couvrait.  ( Delà 
stance  2,742  à la  stance  2,747.) 

A peine  le  robuste  Pândouide  Bhlinaséna  eut-il  vu  Dou- 
ryodbana,  qu’il  saisit  une  massue,  désirant  mettre  fin  au 
combat.  2,747. 

Dès  qu'ils  virent  Rhlmaséna  aux  longs  bras  élever  sa 
massue,  comme  un  sommet,  qui  se  dresse  sur  le  Kallâsa, 
tes  fils  aussitôt  s’enfuirent  d’épouvante.  2,748. 


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B H1SHM  A-PARV  A. 


•275 


Douryodhana  irrité  d’exciter  le  Màgadhain,  qui  com- 
mandait à une  armée  de  dix  mille  éléphants  impétueux. 

Accompagné  par  elle,  le  roi  Souyodhana,  ayant  mis  le 
prince  du  Magadha  en  avant,  s’approcha  de  Bhimaaéna. 

2,749—2,750. 

Aussitôt  qu’il  vit  accourir  l’armée  de  ces  éléphants, 
Vrikaudara  descendit  de  son  char,  sa  massue  à la  main, 
rugissant  comme  un  lion.  2,751. 

Lorsqu’il  eut  pris  cette  massue  grande,  pesante,  faite 
avec  la  force  d’une  montagne,  il  marcha  contre  cette 
troupe  des  éléphants,  tel  que  la  mort  de  cetie  armée  rom- 
pue en  morceaux.  2,752. 

Le  vigoureux  Bhîmaséna  aux  longs  bras  se  promena 
dans  le  combat,  écrasant  les  éléphants  sous  sa  massue, 
comme  le  divin  meurtrier  de  Vritra  au  milieu  des  Dânavas. 

Ce  grand  cri,  que  poussait  Bhîmaséna,  ébranla  toutes 
les  âmes  et  lit  palpiter  les  cœurs  des  guerriers,  dont  il 
frappa  les  oreilles.  2,753 — 2,754. 

Les  fils  de  Draâupadl,  le  Soubhadride  au  grand  char, 
Nakoula,  Sahadéva  et  Dhrishtadyoumna  le  Prishatide, 

Qui  protégeaient  les  derrières  de  Bhîma,  arrêtèrent 
l’ennemi  avec  une  pluie  de  flèches  et  fondirent  sur  lui, 
versant  leurs  traits,  comme  des  nuages  sur  une  montagne. 

2,755 — 2,750. 

Avec  des  rasoirs,  aveç  des  kshourapras  (1), altérés  de 
sang,  avec  des  andjalikas  (2)  acérés,  les  Pândouides  en- 
levaient les  têtes  des  guerriers,  montés  sur  des  élé- 
phants. 2,757. 

La  chûte  des  tètes  en  grand  nombre,  avec  leurs  pa- 

(1)  Sa  yü  la,  eu  jus  cuspis  soleœ  ferreœ  formam  habet.  Bopp. 

(2)  Ce  mot  est  absout  dans  tou*  tea  dictionnaires. 


276 


LE  MAHA-BHARATA. 


rures,  des  mains  encore  armées  du  croc  aigu,  ressemblait 
en  quelque  sorte  à une  pluie  de  pierres.  2,758. 

A voir  les  guerriers,  qui  se  tenaient  sans  tète  sur  leurs 
éléphants,  on  aurait  dit  des  arbres  à la  cime  rompue, 
élevés  sur  des  montagnes.  2,750. 

Nous  vîmes  d'autres  grands  éléphants  étendus  morts 
par  Dhrishtadyoumna,  ou  renversés  par  ce  magnanime 
rejeton  de  Prishat.  2,760. 

Le  Mâgadhain,  monarque  de  la  terre,  lança  dans  le 
combat  son  éléphant,  semblable  à Alrâvata,  sur  le  char 
du  Soubhadride.  2,761. 

Dès  qu’il  vit  accourir  le  grand  pachyderme  du  Mâga- 
dhain, l’héroïque  Abhimanyou,  meurtrier  des  héros  en- 
nemis, le  perça  d’une  flèche.  2,762. 

D’un  bhalla  â l'empennure  d’argent,  le  Kxishnide, 
vainqueur  des  cités  ennemies,  enleva  la  tête  à ce  roi,  qui 
n’avait  pas  abandonné  son  éléphant.  2,703. 

Le  Pândouide  Bhlmaséna  lui-même  se  plongea  dans 
cette  armée  d’éléphants  , où  il  se  promenait  dans  le 
combat,  rompant  les  éléphants,  comme  Pardjanya  brise 
les  montagnes.  2,76â. 

Nous  vîmes  dans  cette  bataille  les  éléphants  tués  d’un 
seul  coup  par  Bhlmaséna,  comme  des  montagnes  frappées 
de  la  foudre.  2,705. 

Semblables  à des  monts  , les  proboscidiens  avaient 
leurs  défenses  brisées,  leurs  trompes  brisées,  leurs  flancs 
brisés  , leurs  dos  brisés  , leurs  bosses  frontales  bri- 
sées. 2,706. 

Des  grands  éléphants,  on  voyait,  les  uns  tués,  sire, 
ceux-ci  crachant,  ceux-là  vomissant  leur  sang,  les  autres 
les  bosses  frontales  brisées,  2,767. 


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BHISHMA-PAHVA, 


277 


Vacillants,  tomber  sur  la  terre,  comme  des  montagnes 
sur  la  face  du  sol.  Bhlmaséna  se  promenait  sur  le  champ 
de  bataille,  tel  que  la  mort,  les  membres  souillés  de 
graisse  et  de  sang,  humides  de  moëlle  et  de  substances 
adipeuses.  Vrikaudara  portait  sa  massue  arrosée  du  sang 
des  éléphants.  2,768 — 2,769. 

11  était  effrayant,  épouvantable,  comme  Çiva,  armé  de 
son  arc  Pinâka.  Bhlmaséna,  dans  sa  colère,  de  broyer  les 
éléphants.  2,770. 

En  proie  à la  douleur,  ceux-ci  s’enfuyaient  à toute 
vitesse,  écrasant  leur  propre  armée.  Les  guerriers  aux 
grands  arcs  protégeaient  la  personne  de  ce  héros  dans 
son  combat,  de  môme  que  les  Immortels  défendent  le 
Dieu,  de  qui  l’arme  est  le  tonnerre.  On  vit,  tel  que  la 
mort,  Bhlmaséna  à l’âme  terrible,  portant  sa  massue 
tachée  de  sang,  toute  humide  du  sang  des  éléphants. 
Nous  admirâmes,  fils  de  Bharata,  comme  Çankara,  qui 
danse,  Bhlmaséna,  quand  il  s’étendait  avec  sa  massue  dans 
toutes  les  plages  de  l’espace  : nous  admirâmes  sa  massue 
pesante,  formidable,  destructive,  semblable  au  bâton 
d’Yama  et  d'un  son  pareil  à celui  de  la  foudre  d'Indra. 
Nous  la  vîmes  souillée  de  moëlle,  baignée  de  sang,  atta- 
chée aux  cheveux  de  ses  victimes,  telle  que  l’arc  Pinâka 
de  Roudra,  quand  il  immolait  dans  sa  fureur  les  animaux 
domestiques.  La  massue  de  Bhima  ôta  la  vie  à cette 
armée  d’éléphants,  comme  le  seigneur  du  monde  peut 
détruire  les  bestiaux  sous  les  coups  de  son  bâton.  Frappés 
de  tous  côtés  par  sa  massue  et  ses  flèches,  les  éléphants 
couraient  çà  et  là,  écrasant  eux-môme» leurs  chars  légers. 
Tel  qu’un  grand  vent  fait  courir  les  nuages,  il  chassa  du 
champ  de  bataille  les  proboscidiens  ; [De  ta  stance  2,771 
à ta  stance  2,779.) 


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278 


LEMAHA-BHAHATA. 


Et  Bhlma  se  tenait  dans  le  combat  comme  un  cimeterre, 
armé  d'un  pal  (1),  2,770. 

Quand  U Pândouide  eut  anéanti  cette  armée  d’ élé- 
phants, Douryodhana,  ton  fils  : « Tuez  Bhtmaséna  ! >, 
cria-t-il,  excitant  ainsi  toutes  ses  armées.  2,780. 

A cet  ordre  de  ton  fils,  toutes  les  troupes  fondirent  à 
la  fois  sur  Bhimaséna,  qui  poussait  des  cris  épouvan- 
tables. 2,781. 

Dans  cette  bataille,  Bhimaséna  arrêta,  comme  un  ri- 
vage, cet  inébranlable  océan  d'armées,  qui  semblait  une 
seconde  nier  immense,  pleine  de  chevaux,  d’éléphants  et 
de  chars,  remplie  de  fantassins  et  de  chariots  en  nombre 
infini,  retentissante  de  tambours  et  de  conques,  environnée 
de  tous  côtés  par  la  poussière,  cette  multitude  de  forces, 
qui  accourait,  insurmontable  aux  Dieux  mêmes,  comme 
une  mer  infranchissable  dans  une  pléoménie. 

2,782—2,783—2  784. 

Nous  vîmes  alors,  sire,  éclater  dans  ce  combat  le  pro- 
dige des  exploits  plus  qu'humains  de  Bhimaséna,  le  ma- 
gnanime fils  de  Pândou.  2,785. 

Vrikaudara,  sans  trembler,  contint  avec  sa  massue  tous 
les  princes,  soulevés  contre  lui,  avec  leurs  chevaux,  leurs 
chars  et  leurs  éléphants.  2,780. 

En  arrêtant  avec  sa  massue  ces  nombreuses  armées, 
Bbima,  le  plus  vigoureux  des  hommes  forts,  se  tenait  dans 
la  mêlée  comme  l'inébranlable  mont  Mérou.  2,787. 

Dans  ce  combat  effroyable,  tout  rempli  de  tumulte  et 
de  la  plus  grande  terreur,  ni  ses  frères,  ni  ses  fils  et 
Dhrisbtadyouuma  le  Prishatide,  2,7S8. 

Ni  les  cinq  fils  de  Draâupadi,  et  Abhimanyou,  et  Çi- 


(!)  Çoulabhrtf,  écrit  plu?  convenablement  le  leite  de  Bombay. 


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BH1SHMA-PARVA. 


279 


khandî,  qui  ne  fut  jamais  vaincu,  ces  guerriers  à la  grande 
vigueur  n’abandonnèrent  point  Bhima,  quand  ce  danger 
naquit  autour  de  lui.  2,789. 

A peine  eut-il  pris  une  massue  de  fer,  grande,  pesante, 
garnie  de  ses  attaches,  qu’il  fondit  sur  tes  combattants, 
comme  la  Mort,  son  bâton  à la  main.  2,790. 

L’auguste  Bhima,  écrasant  les  troupes  de  chars  ou  les 
foules  de  coursiers,  marchait  dans  le  combat,  tel  que  le 
feu  à la  fin  d’un  youga.  2,791. 

Le  sublime  Pàndouide,  exterminant  les  combattants 
dans  la  bataille,  de  même  que  la  mort,  quand  un  âge 
expire,  entraînait  par  la  rapidité  de  ses  cuisses  les  mul- 
titudes de  chars.  2,792. 

Tel  qu’un  éléphant  brise  ses  liens,  il  eut  bientôt  écrasé 
les  armées;  il  broyait  les  maîtres  de  chars  avec  les  chars, 
les  guerriers  montés  sur  les  pachydermes  avec  les  élé- 
phants. 2,793. 

Bhimaséna  aux  longs  bras,  dans  l'armée  de  ton  fils,  les 
frappait  tous,  les  cavaliers  sur  l’échine  des  chevaux,  les 
fantassins  à terre;  ainsi,  les  arbres  tombent  sous  la  force 
du  vent.  On  vit,  souillée  de  sang,  de  chair,  de  moôlle,  de 
graisse  et  de  chyle,  sa  massue  meurtrière  des  chevaux  et 
des  éléphants,  frappant  d’une  froide  épouvante.  Lechamp 
de  bataille,  comme  la  maison  de  la  mort,  était  jonché  çà  et 
là  de  guerriers  tués  et  de  cavaliers,  montant  des  éléphants. 
La  massue  cruelle,  destructive,  de  Bhimaséna  se  montrait 
avec  une  splendeur  égale  à celle  du  tonnerre  de  Çakra, 
effrayante,  ayant  la  ressemblance  du  bâton  d’Yama  et 
telle  que  l’arc  Piuâka  de  Roudra  irrité,  abattant  les 
bestiaux  de  ses  flèches. 

2,794—2,795—2,796—2,797—2,798. 


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280 


LE  MAHA-BH  \RATA. 


Les  formes  du  magnanime  fils  de  Kountt,  dardant  sa 
massue,  resplendissaient  non  moins  épouvantables  que 
la  figure  de  la  mort  dans  la  destruction  du  monde.  *2,709. 

Tous  étaient  sans  âme,  quand  ils  le  virent  s’avancer, 
comme  la  mort,  mettant  et  remettant  la  grande  armée  en 
déroute.  2,800. 

De  quelque  côté  que,  levant  sa  massue,  le  Pândouide 
jetât  ses  regards,  à chaque  fois,  Bharatide,  toutes  les  ar- 
mées étaient  enfoncées  par  lui.  2,801. 

Aussitôt  que  Bhlshma  vit  Ventre-de-loup  aux  terribles 
exploits,  sa  grande  massue  à la  main,  rompre  les  armées 
et,  jamais  vaincu  parles  multitudes  des  forces,  les  dévorer, 
tel  que  la  mort,  sa  bouche  ouverte,  il  courut  légèrement 
contre  lui,  2,802 — 2,803. 

Avec  son  char,  qui  avait  la  splendeur  du  soleil  et  le 
bruit  d’un  grand  nuage,  l'inondant  sous  une  averse  de 
flèches,  comme  Pardjanya,  l'auteur  de  la  pluie.  2,804. 

Dès  qu’il  le  vit  s’avancer  de  même  que  la  mort,  ouvrant 
la  bouche,  Bhîmaséna  aux  longs  bras  vint  à sa  rencontre, 
plein  de  colère.  2,805. 

Dans  ce  même  instant,  Sàtyaki,  ferme  dans  la  vérité  et 
le  plus  grand  héros  des  Çinides,  fondit  sur  BhUhma,  ton 
aïeul,  ébranlant  l’armée  de  ton  lils  et  détruisant  les  en- 
nemis avec  son  arc  solide.  2,80(3. 

Alors  tous  les  hommes,  qui  soutenaient  ta  cause,  Bha- 
ratide, ne  purent  arrêter  dans  sa  course  ce  héros,  porté 
sur  des  chevaux  à la  blancheur  de  l’argent  et  qui  semait 
des  llèches  acérées  à la  belle  empennure.  2,807. 

En  ce  moment,  le  Bakshasa  Alamhousha  parvint  à le 
percer  de  dix  flèches.  Le  rejeton  de  Çini  le  blessa  en  retour 
de  quatre  dards  et  précipita  son  char  contre  lui.  2,808. 


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BHISHMA-PARVA. 


281 


Lorsqu’ils  virent  le  héro9  de  Vrishni,  suivi  de  ses  guer- 
riers, se  promener  au  milieu  de  l’armée,  arrêter  les  plus 
braves  de  Kourou  et  pousser  des  cris  mainte  et  mainte 
fois  sur  le  champ  de  bataille,  2,809. 

Tes  combattants  l’inondèrentsous  desaverses  de  flèches, 
comme  les  nuages  déchargent  sur  des  montagnes  la  fou- 
gue de  leurs  eaux  ; mais  ils  ne  purent  arrêter  ce  valeureux, 
comme  on  ne  peut  empêcher  Le  soleil  de  brûler  au  milieu 
du  jour.  2,810. 

Aucun  homme  n’était  là  sans  trouble,  sire,  excepté  le 
fils  de  Somadatta.  Bhoûriçravas,  ce  fils,  voyant  ses  chars 
chassés  hors  du  champ  de  bataille,  saisit  donc  un  arc 
d’une  effroyable  vitesse  et  s’avança  à la  rencontre  de 
Sâtyaki,  désirant  engager  un  combat  avec  lui. 

2,811—2,812. 

Le  Somadattide,  dan3  une  bouillante  colère,  le  perça 
de  neuf  llèches,  sire,  comme  on  perce  un  grand  éléphant 
à coups  d’aiguillon.  2,813. 

Sâtyaki  lui-même  à l’àme  infinie  arrêta  le  Kouravien, 
aux  yeux  du  monde  entier,  avec  des  flèches  aux  nœuds 
inclinés.  2,8 1 â. 

Environné  de  se3  frères,  le  roi  Douryodhana  couvrit  de 
toutes  parts  Bhoûriçravas,  qui  déployait  ses  efforts  dans 
le  combat.  2,815. 

Tous  les  Pàndoukles  à la  bien  grande  force,  qui  étaient 
sur  le  champ  de  bataille,  se  jetèrent  avec  promptitude 
autour  de  Sâtyaki.  2,816. 

Bouillant  de  ressentiment  et  de  fureur,  Bhîmaséna  irrité, 
levant  sa  massue,  cerna  tes  fils  entièrement,  Bharatide, 
Douryodhana  à leur  tête,  avec  plusieurs  milliers  dechars. 
Mais  Nandaka,  ton  fils,  blessa  le  vigoureux  Bhîmaséna 


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282 


LE  MAHA-BHARATA. 


avec  des  flèches  acérées,  mordantes,  aiguisées  sur  la  pierre 
et  munies  des  ailes  du  héron.  Alors  Douryodhana  de  frap- 
per avec  colère  en  pleine  poitrine,  sire,  Blilmaséna  dans 
cette  grande  bataille  de  neuf  dards  aigus;  et  Bhtma  aux 
longs  bras,  à la  vigueur  immense,  do  remonter  dans  son 
char,  le  plus  excellent  des  véhicules,  et  d’adresser  ces 
paroles  à Viçoka  : « Ces  vaillants  Dhritaràshtrides  à la 
grande  force,  aux  grands  chars,  ( De  la  stance  2,817  à la 
stance  2,822.) 

» Remplis  d’une  violente  colère,  s’efforcent  de  m’ôter 
la  vie  dans  le  combat.  Je  les  tuerai  à l'instant  même  sous 
tes  yeux  ; il  n’y  a nul  doute  ! 2,822. 

» Retiens  donc  avec  force,  code  r,  mes  chevaux  dans 
ce  combat.  » A ces  mots,  le  fils  de  Prithâ,  sire,  blessa  ton 
fils  Douryodhana  avec  dix  flèches  mordantes,  ornementées 
d’or,  et  perça  de  trois  dards  Nandaka  au  milieu  des  seins. 

Ensuite  Douryodhana,  ayant  frappé  de  six  traits  le 
vigoureux  Bliima,  fit  sentir  à Viçoka  l'atteinte  de  trois 
autres  flèches  bien  acérées.  2,823—2,824 — 2,825. 

11  trancha  en  riant,  sire,  au  poing  de  Bhlma,  sur  le 
champ  de  bataille,  son  arc  lumineux  avec  trois  dards 
aigus.  2,820. 

Mais  à peine  Bhlma  eut-il  vu  son  conducteur  Viçoka 
accablé  de  flèches  aiguës  dans  le  combat  par  l'exceth  ni 
archer  ton  fils,  2,827. 

Irrité,  impuissant  à supporter  cet  outrage,  il  saisit, 
noble  rejeton  de  Pourou,  son  arc  divin  pour  la  mort  de 
ton  fils.  2,828. 

Il  prit  avec  colère  un  kshourapra,  qui  faisait  se  dresser 
le  poil  d’horreur,  et  trancha  avec  ce  trait  l’arc  sublime  du 
monarque.  2,829. 


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BH1SHMA-PARVA. 


283 


Ton  fils,  plein  de  fureur,  rejeta  son  arme  coupée,  et 
s’arma  vite  d'un  nouvel  arc  plus  rapide,  2,830. 

11  encocha  une  flèche  épouvantable  d’une  splendeur 
égale  à celle  de  la  mort,  envoyée  par  Yama,  et  frappa 
avec  elle  dans  sa  colère  Bhimaséna  entre  les  deux  seins. 

. Blessé  fortement,  troublé  par  la  douleur,  il  tomba  sur 
le  siège  du  char;  il  s’évanouit,  il  devint  le  jouet  du  délire. 

2,831—2,832, 

Dès  que  les  grands,  les  éminents  héros  des  Pàndouides, 
Abhimanyou  à la  tête,  virent  Bhtrna  agité  par  la  douleur, 
ils  s'en  irritèrent.  2,833. 

Sans  trouble,  ils  firent  éclater  sur  le  front  de  ton  fils 
une  bien  tumultueuse  pluie  de  flèches  à la  force  terrible. 

Aussitôt  que  Bhimaséna  à la  grande  vigueur  eut  recou- 
vré sa  connaissance,  il  blessa  Douryodhana  d’abord  avec 
trois  flèches,  ensuite  avec  cinq.  2,83/i — 2,835. 

Il  perça  Çalya  de  vingt-cinq  traits  empennés  d'or;  et 
ce  guerrier  au  grand  arc.sr  voyant  blessé,  sortit  du  champ 
de  bataille.  2,836. 

Quatorze  de  tes  fils  s'avançèrent  à la  rencontre  de 
Bhima  : c'étaient  Sénapati , Soushéna,  Djalasandha,  Sou- 
lotchana,  Ougra,  Bhlmaratha,  Bhima,  Virabàhou,  Lo- 
loupa,  Dourmoukha,  Doushpradharsha,  Vivitsou , Vivata 
etSoma.  2,837—2,838. 

Les  yeux  enflammés  de  fureur,  ils  se  portent  ati-devant 
de  Bhimaséna,  et,  dérochant  des  flèches  nombreuses,  le 
blessent  de  leurs  coups  réunis.  2,830. 

Lorsque  l'héroïque  Bhimaséna  5 la  grande  force  vit  tes 
enfants,  le  guerrier  aux  longs  bras  fondit  sur  eux  avec  la 
rapidité  de  Garouda,  en  léchant  les  angles  de  sa  bouche, 
comme,  nn  loup  au  milieu  des  bestiaux.  Le  Pàndouide  ^vec 


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284 


LE  MAHA-BHARATA. 


un  kshourapra  coupa  la  tête  à Sénapati.  2,840—2,841. 

Joyeux  de  ce  premier  succès,  l’àrae  allègre,  le  héros 
aux  longs  bras  fendit  avec  trois  dards  et  plongea  Djala- 
sandha  dans  les  demeures  d’Yama.  2,842. 

Après  qu'il  eut  tué  Soushéna,  il  décocha  un  bhalla 
pour  la  mort  d'Ougra  et  fit  tomber  sur  la  terre  sa  tête, 
semblable  à celle  d'Indra,  parée  de  boucles  d’oreilles  et 
coiffée  de  son  casque.  Sept  flèches  du  Pàndouide  Bliltna 
conduisirent  à l’autre  monde  dans  ce  combat  Virabàhou 
avec  son  drapeau  , ses  chevaux  et  son  cocher.  11  précipita 
en  riant,  sire,  dans  les  palais  d’Yama  !es  deux  rapides 
frères  Bhlma  et  Bhîmaratha.  Il  y conduisit  avec  un  kshou- 
rapra dans  cette  grande  bataille  Soulotchana,  malgré  les 
efforts  opposés  de  tous  les  guerriers.  A la  vue  de  ces 
prouesses  de  Bblmaséna,  ce  qui  restait  de  tes  antres  fils 
s' enfuit  du  champ  de  bataille,  chassé  par  la  crainte,  sous 
les  coups  du  magnanime.  {De  la  stance  2,843  à la  stance 
2,849.) 

Le  Çàntanouide  alors  dit  à tous  ses  vaillants  héros  : 
« Voilà  Bhlma  irrité  dans  la  bataille,  qui  fait  mordre  la 
poussière  à ces  Dhritarâshtrides  d’une  grande  vigueur, 
qui  en  sont  venus  aux  mains  avec  lui,  parce  qu’ils  ont  de 
la  science,  parce  qu’ils  ont  du  courage,  parce  qu’ils  sont 
des  héros.  C’est  un  archer  terrible  : emparez-vous  du 
Pàndouide  ! » 2,849 — 2,850. 

A ces  mots,  tous  les  guerriers  de  Souyodhana  se  pré- 
cipitèrent avec  fureur  contre  Bhimaséna  à la  grande 
force.  2,851. 

Bhagadatta,  monté  sur  un  proboscidien  ruisselant  de 
mada,  fondit  rapidement , souverain  des  hommes,  vers 
l’endroit  où  Bhlma  l’attendait  de  pied  ferme.  2,852. 


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BHISHMA-P  YRVA. 


285 


Il  fit  voler  sur  lui  des  flèches  acérées  dans  la  bataille; 
il  en  masqua  la  vue  dans  ce  combat,  comme  un  nuage 
couvre  l’astre  lumineux.  2,853. 

Réfugiés  sous  la  vigueur  de  son  bras,  les  vaillants  hé- 
ros, de  qui  Vbhimanyou  était  le  chef,  ne  purent  supporter 
cette  éclipse  de  Bhimaséna.  2,85/i. 

Ils  couvrirent  Bhagadatta  de  tous  les  côtés  avec  une 
pluie  de  flèches  épouvantable  ; ils  blessèrent  en  tous  les 
membres  son  éléphant  avec  une  grêle  de  traits.  2,855. 

Percé  par  cette  averse  de  dards  et  par  tons  ces  princes 
sous  des  flèches  marquées  de  signes  différents,  son  élé- 
phant du  Pràgdjyotisha  se  montrait  avec  des  blessures, 
d’où  le  sang  découlait,  comme  un  grand  nuage  cousu  avec 
les  rayons  lumineux  du  soleil.  2,85(5 — 2,857. 

Stimulé  par  Bhagadatta  et  ruisselant  de  mada,  l’élé- 
phant, ayant  redoublé  de  vitesse,  ébranlant  la  terre  sous 
ses  pieds,  courut  sur  tous  ces  guerriers,  tel  que  la  mort 
envoyée  par  Yama.  Quand  ils  virent  ses  formes  gigan- 
tesques, tous  ces  héros,  pensant  qu'elles  étaient  insoute- 
nables, perdirent  le  cœur  à cet  aspect.  Ensuite,  d’une 
flèche  aux  nœuds  inclinés,  ce  prince,  le  plus  vaillant  des 
hommes,  frappa  Bhimaséna  entre  les  deux  seins.  Infini- 
ment blessé  par  ce  roi,  je  grand  héros  au  grand  arc,  ses 
membres  enveloppés  de  stupeur,  s’appuya  sur  la  hampe 
de  son  drapeau.  Dès  qu’il  vit  ces  héros  effrayés  et  Bhl- 
maséna  défaillant , l’auguste  Bhagadatta  de  pousser  un 
cri  de  toute  sa  force.  Aussitôt  que  cet  état,  dans  lequel 
son  père  venait  de  tomber,  eut  frappé  les  yeux  de  Gha- 
totkatcha,  (De  lu  stance  2,858  à lu  stance  2,863.) 

Le  terrible  Rakshasa  irrité  disparut  à l’instant  même 
dans  l’invisibilité,  et,  quand  il  eut  produit  une  magie 


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286 


I.K  MAHA-BHARATA. 


épouvantable,  quiajouta  àlacraintedes  gens eflravés déjà. 

Il  reparut  dans  un  instant  égal  à la  moitié  d'un  clin 
d’œil.  Il  était  revêtu  d’une  forme  redoutable  ; il  était 
monté  sur  Alràvata  lui-même,  création  de  sa  magie. 

Il  était  escorté  par  les  autres  éléphants  de  l’espace 
éthérée:  Andjana,  Vâmanaet  le  très-brillant  Mahitpadma. 

Ces  trois  énormes  pachydermes  étaient  montés  par  des 
Rakshasas  : ces  corps  géants,  sire,  versaient  par  trois  issues 
le  mada  en  ruisseaux.  2, 863-2, 86â-2, 865-2, 866-2, 867. 

Doués  de  force,  de  courage  et  d'audace,  ils  possédaient 
une  insigne  valeur  et  une  grande  légèreté.  Ghatotkatcha, 
désireux  de  tuer  Bhagadatla  avec  son  éléphant,  terrible 
monarque,  de  précipiter  son  probo^cidien  au  milieu  de  la 
bataille  et  les  Rakshasas  de  pousser  ainsi  les  autres  pachy- 
dermes. 2,868 — 2,869. 

Les  éléphants  aux  quatre  défenses  environnèrent  ir- 
rités les  quatre  plages  du  ciel  ; ils  percèrent  de  leurs 
dents  celui  de  Bhagadatta.  2,870. 

Blessé  par  ces  éléphants,  en  proie  à la  douleur,  atteint 
par  les  llèches,  le  proboscidien  au  son  pareil  à celui  du 
tonnerre  de  Çakra,  jeta  une  immense  clameur.  2,871. 

Dès  qu’il  eut  entendu  le  cri  effrayant  et  très-épouvan- 
table, que  poussait  l 'animal,  Bhishma  dit  à Drona  et  au 
monarque  Souyodhana  : 2,872. 

« C'est  Bhagadatta  au  grand  arc,  qui  soutient  un  com- 
bat avec  le  cruel  fils  de  la  Hidiuibâ  ; il  est  tombé  dans  la 
détresse.  2,873. 

» Ce  prince  Rakshasa  à la  taille  gigantesque  est  d’un 
caractère  extrêmement  irascible  : pour  sûr  ! ils  sont  enga- 
gés dans  un  combat,  ces  deux  guerriers  égaux  à la  mort 
d'Aama!  2,87/i. 


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BH1SHMA-PARVA. 


287 


» (le  que  l’on  vient  d'entendre,  ce  sont  les  grands  cris 
d’allégresse  des  Pândouides  et  le  son  plaintif  de  son  élé- 
phant effrayé.  2,875. 

» Allons  donc,  s’il  vous  plaît,  sauver  là  ce  roi  : s’il 
reste  sans  défense,  il  aura  bientôt  perdu  la  vie  dans  ce 
combat!  2,87(J. 

» Hàtez-vou3,  guerriers  à la  grande  vigueur;  ne  diffé- 
rez pas,  héros  sans  reproche  1 Cette  bataille  vaste,  épou- 
vantable, horripilante,  elle  s’accroît  ! 2,877. 

» Ce  général  est  un  fils  de  famille,  un  héros  plein  de 
dévouement  ! Le  sauver,  Impérissables,  est  un  acte,  qui 
vous  sied  ! » 2,878. 

A ces  paroi  s de  Bhlshma,  tous  les  rois  de  compagnie, 
le  Bharadwâdjide  à leur  tête,  s’avancèrent,  déployant  une 
légèreté  suprême  , là  où  était  Rhagadatta,  poussés  par  le 
désir  de  le  dégager.  Mais,  à peine  les  eurent-ils  vus  mar- 
cher, les  Pàntchàlains  avec  les  Pândouides,  sous  les  ordres 
de  Youdhishthira,  suivirent  les  ennemis  par  derrière. 
Quand  l'auguste  Indra  des  Rakshasas  vit  ces  années,' 

Il  poussa  une  immense  clameur,  telle  que  le  bruit  de 
la  foudre.  Aussitôt  qu’il  entendit  son  cri  et  qu’il  vit  com- 
battre les  éléphants,  2,87»— 2,880-2,881— 2,882. 

Le  fils  de  Çântanou,  Bhlshma  reprit  la  parole  et  dit  au 
Bharadwâdjide  : « Je  n’aime  point,  ce  combat  avec  l’Hiin- 
dimbide  à l’âme  cruelle.  2,883. 

» II  est  pénétré  de  force  et  de  courage  ; il  a maintenant 
des  alliés  : il  est  impossible  de  le  vaincre  dans  un  combat, 
fût-ce  au  Dieu  môme,  qui  tient  le  tonnerre!  2,884. 

» Ce  combattant  est  parvenu  à son  but,  et  nos  chevaux 
sont  fatigués  ; nous  sommes  blessés  et  couverts  de  plaies 
par  les  Pàntchàlains  et  les  lils  de  Pàudou.  2,886. 


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•288 


LE  MAHA-BHA1VATA. 


» Je  n'aime  point  ce  combat  avec  les  Pândouides  vic- 
torieux : qu’une  suspension  d'armes  soit  conclue  aujour- 
d hui;  mais  demain  nous  combattrons  les  ennemis.  » 

Les  Kourouides  furent  heureux  d'exécuter  ainsi  la  pa- 
role de  leur  auguste  aïeul  : et  de  cette  manière  ils  purent 
sortir  du  champ  de  bataille,  harcelés  par  la  crainte  de 
Ghatotkatcha.  2,886-  -2,887. 

Après  leur  départ,  les  Pândouides  victorieux  de  pousser 
leurs  cris  de  guerre,  mêlés  aux  sons  des  flûtes  et  des 
conques.  2,888. 

Tel  fut,  ce  jour,  éminent  Bharatide,  le  combat 
des  Kourouides  et  des  Pândouides,  dont  la  gloire  appar- 
tint à Ghatotkatcha.  2,889. 

Vaincus  par  les  fils  de  Pândou  et  pleins  de  confusion, 
les  Kourouides,  à l’heure  de  la  nuit,  se  retirèrent  à la  hâte 
dans  leur  camp.  2,890. 

Les  grands  héros,  fils  de  Pândou,  les  membres  cou- 
verts de  blessures  par  les  flèches,  mais  l’âme  satisfaite 
de  ce  combat,  firent  également,  sire,  la  retraite  dans  leur 
camp.  2,891. 

Mettant  au-dessus  d’eux  Bhîmaséna  et  Ghatotkatcha, 
ils  les  honorèrent  ,f  Mahàrâdja , pleins  d'une  joie  su- 
prême. 2,892. 

Ils  jetaient  différents  cris,  que  les  instruments  de  mu- 
sique ornaient  de  leurs"sons  harmonieux  ; ils  poussaient 
des  cris  de  guerre  mê.'és  aux  accents  des  conques.  2,893. 

Ges  magnanimes  fléaux  des  ennemis  rentrèrent  dans 
leur  camp  à 1 heure  de  la  nuit,  proférant  des  clameurs, 
ébranlant  la  terre,  et  touchant  (1)  les  membres  de  ton 


(1}  Explication  du  commentaire. 


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BH1SHMA-PAUVA. 


281) 


fils,  vénérable  monarque.  Le  roi  Douryodhana,  contristé 
de  la  mort  de  ses  frères,  2,894  •.  2,895. 

Rêva  un  instant,  sous  le  poids  du  chagrin,  qui' lui  ar- 
rachait des  larmes.  Ensuite,  quand  il  eut  tout  ordonné 
dans  le  camp,  suivant  la  règle,  il  se  plongea  de  nouveau 
dans  ses  pensées,  consumé  de  tristesse  et  déchiré  par  le 
malheur  de  ses  frères.  2,890 — 2,897. 

Dhritarâshtra  dit  : 

» Une  vaste  crainte  et  un  immense  étonnement  est 
né  dans  mon  esprit,  Sandjaya,  depuis  que  j’entends  ra- 
conter les  exploits  des  fils  de  Pàndou,  actions  difliciles  aux 
Dieux  mêmes.  2,898. 

» Depuis  que  je  t’ai  entendu  raconter  la  défaite  de  mes 
fils  entièrement , il  m’est  venu  une  grande  pensée  : 
o Comment  sera  donc  l’avenir?  » me  dis-je.  2,891). 

» Pour  sur,  les  paroles  de  Vidoura  me  brûleront  le 
cœur  ; mais  tout  n'est  pas  vu  de  cette  manière,  Sandjaya, 
san-  l’intervention  du  Destin!  2,900. 

» Des  guerriers  combattent  dans  les  armées  Pândouides, 
les  plus  excellents  kshalryas,  des  héros,  à qui  les  astras 
sont  connus  et  qui  ont  Hliîskma  pour  chef.  2,901. 

» Par  qui  les  magnanimes  fils  de  Pàndou  à la  grande 
force  ne  peuvent-ils  être  mis  à mort  (1)?  Qui  leur  accorda 
cette  grâce  (2)?  Par  l’effet  de  quelle  science  obtenue  ne 
peuvent-ils  descendre  à leur  couchant,  comme  des  trou- 
peaux d’étoiles  au  milieu  du  ciel?  En  vain,  je  tente  sur 
moi  maints  efforts,  je  ne  puis  supporter  cette  défaite  de 
mon  armée  par  les  fils  de  Pàndou.  2,902 — 2,903. 

» Le  Destin  a fait  tomber  sur  moi  un  châtiment  de  la 

(!)  Texte  «le  Bombay. 

(2;  Ibidem. 


Vil 


IV 


200 


LE  M\H  1-KHAIUTA. 


plus  grande  épouvante,  en  assignant  le  salut  aux  Pân- 
douides  et  la  mort  à mes  fils!  2,004. 

» Raconte-moi  tout  cela  suivant  la  vérité;  car,  vaillant 
Sandjaya,  je  ne  vois  pas  en  cette  infortune  un  rivage  ul- 
térieur. 2,005. 

» 11  en  est  comme  d’un  homme,  qui  essaierait  de  tra- 
verser la  vaste  mer  à la  seule  force  de  ses  bras.  Je  pense 
que  le  malheur,  tombé  sur  mes  fils,  est,  pour  sûr,  infini- 
ment terrible.  2,906. 

» Bhlma  immolera  tous  mes  fils,  je  n’en  fais  aucun 
doute  : je  ne  vois  pas  un  héros,  qui  puisse  sauver  mes 
fils  dans  le  combat.  2,907. 

» La  perte  de  mes  enfants  est  assurée  dans  la  bataille, 
Sandjaya  : c’est  donc  à moi  surtout  que  touche  cette  af- 
faire. 2,908. 

» Veuille  narrer  tout  à mes  questions  suivant  la  vé- 
rité. Que  fit  Douryodhana,  quand  il  vit  les  siens  prendre 
la  fuite  dans  le  combat?  2,909. 

a Que  firent  Bhishma  et  Drona?  Que  fit  Kripa,  et 
Djayadratha,  et  le  fils  de  Soubala,  et  le  Dronide  au  grand 
arc,  et  Vikarna  à la  grande  vigueur?  2,910. 

u Ou  quelle  fut  la  résolution  de  ces  magnanimes, 
Sandjaya  à la  vaste  science,  alors  que  mes  fils  eurent 
tourné  le  dos?  » 2,911. 

Écoute  avec  attention,  répondit  Sandjaya,  et  comprends 
bien,  sire,  ce  que  tu  as  entendu.  Les  Pàndouides  ne  font 
aucune  action  consacrée  par  le  Mantra,  ni  aucune  illusion 
de  telle  sorte,  ni  rien,  qui  ait  pour  son  but,  sire,  de  jeter 
simplement  la  terreur.  Doués  de  vigm  ur,  ils  combattent 
sur  le  champ  de  bataille,  suivant  la  droite  raison. 

2,912—2,913. 


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HHISH.M  A-PARV  A. 


291 


Dans  toutes  leurs  actions,  la  vie  et  les  autres  choses, 
rejeton  de  Bharata,  le  grand  mobile  des  Prithides,  qui  as- 
pirent à une  vaste  renommée,  c'est  le  devoir.  2,91  à. 

Fidèles  à ce  devoir,  pleins  d’uue  grande  vigueur,  ils 
n’abandonnent  pas  le  champ  de  bataille  : environnés 
d’une  éminente  prospérité,  ils  pensent  que  là  où  est  le 
devoir,  là  est  aussi  la  victoire.  2,915. 

Ce  devoir,  sire,  ne  peut  ôter  la  vie  aux  Prithides  dans 
le  combat  : tes  fils  ont  des  âmes  cruelles,  qui  trouvent 
sans  cesse  leur  satisfaction  au  milieu  des  péchés.  2,916. 

Cruels,  aux  actions  viles,  ils  sont  abandonnés  par  lui 
dans  la  bataille.  Tes  lils,  monarque  des  peuples,  comme 
• des  hommes  méchants,  ont  fait  ici  plusieurs  actes  crimi- 
nels en  offense  aux  rejetons  de  Pàndou.  Mais,  sans  tenir 
nul  compte  de  tous  les  péchés  de  tes  fils,  les  enfants  de 
Pàndou  se  montrèrent  toujours,  frère  ainé  de  Pàndou, 
remplis  d’affectiôn  pour  eux;  et  tes  fils,  souverain  des 
hommes,  n'ont  pas  fait  voir  une  grande  estime  en  recon- 
naissance. 2,917 — 2,918 — 2,919. 

Qu’ils  reçoivent  donc  le  fruit  très-épouvantable,  pareil 
à un  fruit  verd,  de  la  conduite  coupable,  qu’ils  ont  tou- 
jours tenue  à leur  égard.  2,920. 

Mange-le  donc  avec  tes  fils,  sire,  avec  tes  amis,  ce 
fruit  de  n’avoir  pas  su  reconnaître  que  tes  amis  cherchaient 
à retenir  tes  pas.  2,021. 

Arrêté  plus  d’une  fois  par  Vidoura,  pr.r  Bhîshma,  par 
le  magnanime  Drona  et  par  moi-même,  lu  ne  t’en  es  pas 
aperçu.  2,022. 

Tu  n’as  pas  senti  leur  parole  utile  et  convenable,  comme 
un  simple  salutaire  ; et,  adoptant  le  sentiment  de  tes  fils, 
tu  as  vu  déjà  les  Pàndouides  vaincus.  2,923. 


292 


LE  MAHA-IWARATA. 


Écoule  «le  nouveau  ma  réponse,  suivant  la  vérité,  aux 
questions,  que  tu  nie  poses,  f>  le  plus  vertueux  des  Bhara- 
tides,  la  cause,  qui  donne  la  victoire  aux  fils  de  Pàndou. 

Je  vais  te  raconter,  dompteur  des  ennemis,  comme  je 
l'ai  entendue,  cette  chose,  sur  laquelle  Douryodhana  in- 
terrogea naguère  ton  ayeul.  2,92à  — 2,925. 

Quand  il  vit  tous  ses  frères  vaincus  dans  le  combat, 
malgré  leur  éclatant  héroïsme,  il  vint  à l’heure  de  la  nuit, 
le  cœur  délirant  de  chagrin,  trouver  avec  modestie  ton 
savant  ayeul.  Écoute  de  ma  bouche,  souverain  des  hom- 
mes, ce  que  lui  adressa  ton  fils.  2,926 — 2,927. 

« Drona  et  toi,  dit-il,  Çalya,  Kripa  et  le  Dronide,  Kri- 
tavaman,  Hârddikya  et  le  roi  de  Kambodje  d’une  grande 
urbanité,  Bhoûriçravas,  Vikarna  et  le  vigoureux  Bhaga- 
datta,  vous  êtes  tous  appelés  de  grands  héros,  des  fils  de 
famille,  qui  avez  fait  pour  moi  le  sacrifice  de  votre  vie. 

2,928—2,929. 

» Ils  sont  de  pair  avec  les  trois  mondes  : voilà  mon 
sentiment,  et  cependant  tous,  ils  ne  tiennent  pas  devant  la 
valeur  des  fils  de  Pàndou.  2,930. 

» I)e  là  il  me  vient  à l’esprit  un  grand  doute.  Réponds 
à mes  questions  : dis-moi,  sous  le  bras  de  qui  abrités,  les 
fils  de'Kountî  obtiennent  de  nous  vaincre  à chaque  pas.  » 

« Écoute,  sire,  lui  répondit  Bhishma,  la  parole,  que  je 
vais  te  dire.  Nombre  de  fois,  je  t’ai  parlé,  rejeton  de  Kou- 
rou,  et  jamais  tu  n’as  fait  ce  que  je  t’ai  conseillé. 

2,931—2,932. 

» Que  la  paix  soit  faite  avec  les  fils  de  Pàndou,  auguste 
et  très-excellent  rejeton  de  Bharata.  Elle  me  semble 
convenable,  et  pour  la  terre,  et  pour  toi.  2,933. 

» Savoure  cette  terre  dans  le  bonheur  et  dans  la  com- 


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BHJSHMA-PARVA. 


293 


pagnie  de  tes  frères;  rassasie  tes  amis  et  répands  la  joie 
parmi  tes  parents.  2,934. 

» Jadis  tu  n’as  point  voulu  entendre  mes  cris,  et  voici 
que  tu  recueilles  ce  fruit  de  tes  mépris  pour  les  Pàn- 
douides.  2,935. 

» Écoute  de  ma  bouche,  qui  le  raconte,  auguste  Mahâ- 
râdja,  pour  quelle  raison  ces  héros  aux  œuvres  infatigables 
ne  peuvent  être  frappés  de  mort.  2,936. 

» Il  n'a  jamais  existé  dans  les  inondes,  il  n’existe  pas 
et  il  n'existera  jamais  un  homme,  qui  puisse  vaincre  les 
Pàndouides,  que  défend  tous  l'archer  du  Çârnga.  2,937. 

» Mais  écoute  selon  la  vérité,  6 toi,  à qui  le  devoir  est 
connu,  un  chant  des  Pourânas,  qui  me  fut  raconté  par  des 
solitaires  à l’àme  méditative.  2,938. 

» Jadistousles  Dieux  et  les  rishis,  s’étant  réunis,  vinrent 
trouver  le  Pitâmaba  Vishnou  sur  le  mont  Gandhamàdana. 

» On  vit  le  Pradjâpati  doucement  assis  au  milieu 
d'eux  : son  char  éminent,  flamboyant  de  lumière,  était 
placé  dans  les  cieux.  2,939 — 2,940. 

» Brahma,  lui  ayant  fait  connaître  par  sa  pensée  ce 
qu’il  voulait,  lui  adressa  dévotement  l'andjali  et,  d’une 
âuie  joyeuse,  il  dirigea  son  adoration  vers  l’Homme,  ce 
maître  suprême.  2,941. 

» A l’aspect  de  l’Être  saint,  qui  se  tenait  dans  les  airs, 
tous  les  rishis  et  les  Dieux,  debout,  les  mains  réunies 
au  front,  contemplèrent  cette  grande  merveille.  2,942. 

» Après  qu'il  eut  régulièrement  accompli  son  hommage, 
Brahma,  à qui  le  devoir  est  bien  connu,  le  meilleur  des 
êtres,  qui  possèdent  une  voix  articulée , le  créateur  du 
monde,  lui  dit  ces  paroles  excellentes  : 2,943. 

« Tu  es  Viçvavasou , la  forme  de  toutes  choses,  le 


294 


LE  MARA-BHARATA. 


maître  de  tout,  Viçvakséna,  le  sage  Viçvakarma  et  le  Va- 
soudévide,  seigneur  de  l’univers  ! Je  me  réfugie  donc  vers 
toi,  qui  es  le  Dieu  par  excellence,  âme  de  l’yoga.  2,9 44. 

» Victoire  à toi , grand  Tout  ! Victoire  à toi , qui  te  complais 
dans  le  bien  du  monde!  Victoire  à toi,  auguste  souverain 
des  Yogis  ! Victoire  à toi,  le  passé  et  l’avenir  de  l’voga  ! 

» Victoire  à toi.  Dieu  au  nombril  de  lotus,  aux  grands 
yeux,  le  seigneur  des  seigneurs  du  monde!  Victoire  à toi, 
protecteur  de  ce  qui  est,  de  ce  qui  fut,  de  ce  qui  sera,  fils 
du  fils  de  Saâumya  ! 2,945 — 2,946. 

» Victoire  à toi,  support  de  qualités  innombrables  ! la 
voie  suprême  de  tout  ! Victoire  à toi,  Nârâyana,  rivage 
bien  difficile  à atteindre  ! héros  armé  de  l’arc  Çàrnga  ! 

» Victoire  à toi,  Dieu,  qui  es  doué  de  toutes  les  qua- 
lités, qui  as  toutes  les  formes,  qui  es  affranchi  de  mala- 
dies ! Victoire  à toi,  Dieu  aux  longs  bras,  seigneur  de 
tout  l’univers,  dévoué  aux  intérêts  du  monde  ! 

» Victoire  à toi,  auguste  Harikéça,  serpent  immense, 
le  premier  des  sangliers,  Harivâsa,  seigneur  des  plages, 
habitation  de  toutes  les  choses,  incommensurable,  infini  ! 

» Hommage  te  soit  rendu,  lieu  sans  mesure  de  toutes 
les  choses  distinctes  et  indistinctes,  Dieu  aux  sens  com  - 
primés!  Victoire  à toi,  Déité  profonde,  à qui  sont  connues 
les  qualités  innombrables  de  l'âme,  toi,  qui  accomplis  ce 
que  l’on  désire!  2,947 — 2,948—2,949 — 2,950. 

• Tu  sais  pour  l’éternité  l'infinie  science  sacrée,  ô toi, 
qui  as  le  discernement  de  tous  les  êtres,  qui  as  accompli 
tout  ce  que  tu  avais  à faire,  de  qui  la  science  est  consommée, 
qui  connais  la  vertu  et  qui  portes  avec  toi  le  bonheur! 

b Victoire  à toi , qui  as  la  science  de  toutes  les 
créatures,  seigneur  du  monde,  suivant  la  vérité,  âme  des 


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BHISHMA-PARVA. 


206 


êtres,  de  qui  l’âme  est  un  mystère,  qui  es  l'âine  de  tous 
les  yogas  et  sous  les  yeux  de  qui  se  manifeste  la  nais- 
sance de  tous  les  êtres.  2,951 — 2,952. 

» Victoire  «A  toi,  qui  regardes  avec  mépris  les  affections 
du  cœur,  ami  de  la  caste  des  brahmes,  être  éminemment 
saint,  cause  première  des  âmes , adonné  à l’abréviation 
du  Kalpal  2,953. 

n Toi , qui  mets  ton  plaisir  dans  la  création  de  la 
création,  seigneur  de  4’ amour,  souverain  maître , nais- 
sance de  l’ambroisie,  sainte  nature,  feu  de  T Youga,  dona- 
teur de  la  victoire!  2,956. 

» Seigneur  du  Pradjâpati,  Dieu  à la  grande  force,  au 
nombril  de  lotus , grand  Être,  le  produit  de  toi-même, 
Être  doué  des  principes  de  l'action  , victoire  soit  toujours 
à toi  ! 2,955. 

» Tes  pieds  sont  la  divine  terre,  les  plages  du  ciel  sont 
tes  bras,  les  deux  sont  ta  tête;  moi,  je  suis  ta  forme;  les 
Dieux  sont  ton  corps;  tu  as  pour  tes  yeux  le  soleil  et  la 
lune.  2,956. 

» La  force,  la  patience  et  la  vérité  sont  les  filles  des 
actes  de  ta  piété  ; le  feu  est  ta  splendeur,  le  vent  ta  res- 
piration, et  les  eaux  naissent  de  ta  sueur.  2,957. 

» Les  deux  Açwinssont  tes  oreilles  invariables,  ta  sainte 
langue  est  la  Sarasvati  ; les  Védas  sont  tes  parures,  et 
tout  cet  univers,  qui  s'appuie  sur  toi,  est  ton  habita- 
tion. 2,958. 

» Seigneur  de  l’yoga  et  des  Yogis,  nous  ne  connais- 
sons, ni  ton  nombre,  ni  ta  grandeur,  ni  ton  énergie,  ni  ta 
splendeur,  ni  ta  force,  ni  ta  naissance.  2,959. 

» Nous,  qui  trouvons  du  plaisir  dans  la  dévotion  en 
toi.  Dieu  Vishnou;  nous,  qui  allons  â toi  par  les  péui- 


298 


LE  MAHA-BHARATA. 


tences,  nous  honorons  sans  cesse  le  grand  souverain  , le 
suprême  seigneur;  2,980. 

» Rishis,  Dieux,  Gandharvas,  Yakshas,  Rakshasas,  grands 
reptiles,  Piçàtchas,  hommes  eux-mêmes,  quadrupèdes  , 
volât  i les  et  serpen  ts.  2,961. 

» Né  de  ta  grâce,  le  premier  en  chaque  espace  fut  ainsi 
créé  par  moi  sur  la  terre.  Dieu  aux  grands  yeux,  au  nom- 
bril de  lotus,  Krishna,  destructeur  de  la  peine.  2,962. 

» Tu  es  la  voie,  tu  es  le  guide  de  tous  les  êtres;  tu  es 
la  bouche  du  monde  ; les  Immortels,  grâce  â toi,  souve- 
rain des  Dieux,  goûtent  sans  cesse  le  bonheur.  2,963. 

» ("est  ta  faveur,  Dieu,  qui  toujours  tint  la  crainte 
éloignée  de  la  terre  : sois  donc.  Immortel  aux  grands 
yeux,  l'amplificateur  de  la  race  d'Yadou.  2,96â. 

» Verse  donc  en  moi  la  science  pour  la  conservation  du 
monde,  seigueur,  la  mort  des  Daityas  et  le  rétablisse- 
ment de  la  vertu.  2,965. 

» Ne  dois-je  pas  à ta  grâce  de  te  chanter,  suivant  la 
vérité,  auguste  Vasoudévide,  ce  premier  des  mystères? 

» Après  que  lu  eus  produit  de  toi-même,  Krishna,  le 
Dieu  Sankarshana  lui-même,  tu  as  tiré  de  ta  propre  sub- 
stance Pradyoumna,  ton  lils  (1).  2,966 — 2,967. 

» De  Pradyoumna  est  né  Anirouddha,  que  l’on  sait 
être  l'éternel  Vishnou,  et  moi  je  fus  amené  à la  vie  par 
Anirouddha,  moi  Brahma,  le  soutien  du  monde.  2,968. 

» Fait  du  Vasoudévide,  je  suis  créé  par  toi.  Après  que 
tu  m’as  tiré  d’une  partie  de  toi-même,  revêts-toi,  sei- 
gneur, d’un  corps  humain.  2,969. 

« Ayant  exécuté  ici  la  mort  des  Asouras  pour  le 

(1)  Texte  de  Bombay. 


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BH1SHM  V-P  \KVA. 


297 


bonheur  ihi  moiide  en  ier,  rétabli  la  vertu  et  acquis  d.-  la 
renommée , tu  obtiendras  entièrement  l’absorption  en 
l’Être  absolu.  2,970. 

» Pleins  de  foi  en  tels  ou  tels  de  tes  noms,  les  rishis  et 
les  Dieux  te  chantent  dans  le  monde,  comme  la  plus  su- 
blime des  merveilles,  ô toi,  de  qui  l’énergie  est  sans  me- 
sure. 2,971. 

» Toutes  les  multitudes  des  êtres  sont  placées  en  toi, 
qui  leur  as  fait  cet  asile.  Les  brahmes  disent,  Dieu  aux 
bras  charmants,  que  tu  es  le  donateur  des  grâces,  l’voga 
sans  rivage,  l’Être  sans  commencement,  ni  milieu,  ni 
fin.  » 2,972. 

» Ensuite  le  fortuné  Bhagavat,  qui  commande  aux  sei- 
gneur-; des  mondes,  répondit  à Brahma  ces  paroles  d’une 
voix  profonde  et  bienveillante  : 2,973. 

« Je  sais,  mon  fils,  par  mon  union  avec  toi , tout  ce 
que  tu  désires  ; il  en  sera  ainsi.  » A ces  mots,  il  disparut  à 
l’instant  même.  *2,974. 

» Alors  tous  les  Gandharvas,  les  rishis  et  les  Dieux, 
frappés  de  curiosité  et  saisis  du  plus  grand  étonnement, 
dirent  à l’ayeul  suprême  des  créatures  : 2,975. 

« Quel  est  donc  cet  Être,  qui  fut  loué  par  ta  révé- 
rence, seigneur,  avec  des  paroles  heureuses,  et  devant  qui 
elle  s’inclinait  avec  modestie  ; nous  désirons  l'apprendre.  » 

n A ces  mots,  le  bienheureux  aveul  des  mondes  répon- 
dit avec  une  voix  douce  à tous  les  Gandharvas,  les  brab- 
marshis  et  les  Dieux  : 2,97(5 — 2,977.  , 

a C'est  le  seigneur,  qui  est  l'âme  des  êtres;  c’est  la 
science  sacrée,  qui  est  le  paradis  : ce  qui  est  au-dessus  de 
celui-ci  doit  être  infailliblement,  et  ce  qui  est  plus  haut 
que  ce  dernier  ne  peut  manquer  d’être  lui-même.  2,978. 


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298 


LU  MAHA-BHARATA. 


d J’ai  tiré  mes  informations  de  ce  Dieu  à l'âme  placide; 
j'ai  supplié  le  seigneur  du  monde  qu'il  voulût  bien  envi- 
ronner ce  monde  de  sa  bienveillance.  2,979. 

n Descendu  dans  le  monde  des  hommes,  Vasoudévide, 
— ce  sont  les  paroles,  que  je  lui  fis  entendre,  — renais 
sur  la  surface  de  la  terre  pour  la  mort  des  Asouras. 

» Ces  Rakshasas,  ces  Dânavas,  ces  Daltyas,  qu’il  faut 
immoler  dans  le  combat,  sont  déjà  nés  parmi  les  hommes 
avec  une  grande  vigueur  et  des  formes  effrayantes. 

» Entré  dans  une  matière  humaine  pour  leur  mort,  ro- 
buste Dieu,  tu  te  promèneras  sur  la  face  de  la  terre,  ac- 
compagné de  Nara.  2,980 — 2,981 — 2,982. 

» Nara  et  Nâràyana,  ces  deux  antiques  et  éminents 
rishis,  sont  invincibles  dans  un  combat,  fût-ce  même  aux 
Immortels  réunis.  2,983. 

» Nés  de  compagnie  dans  le  monde  des  hommes  avec 
une  splendeur  infinie,  ces  esprits  délirants  ne  reconnaî- 
tront pas  en  eux  les  deux  rishis  Nara  et  Nâràyana.  2,984. 

» Il  faut  vous  rendre  propice  ce  Vasoudévide,  le  maître 
du  inonde  entier,  le  souverain  seigneur  de  tout  l’univers 
et  de  qui  moi,  Brahma,  je  suis  le  fils.  2,9Sâ. 

« Ainsi  il  est  un  homme  ! » diront  peut-être  les  plus 
grands  des  Dieux.  Vous  ne  devez  pas  le  mépriser , car  sa 
force  est  grande,  armé  de  la  massue,  du  disque  de  guerre 
et  de  la  conque.  2,986. 

» Voilà  le  plus  grand  des  mystères,  le  plus  grand  des 
rangs,  le  plus  grand  des  Védas,  la  plus  grande  des  re- 
nommées. 2,987. 

» C’est  là  ce  qui  est  indistinct,  -impérissable,  éternel  ; 
c’est  là  ce  qui  est  chanté  sous  le  titre  de  l’Homme  et  qui 
n’est  pas  connu.  2,688. 


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BH1SH  M A-P  A K V A. 


\ 

299 

\ 

» C’est  la  première  splendeur,  la  première  félicité,  la 
première  vérité,  racontée  par  Viçvakarma.  2,989. 

» Tous  les  Démons  et  tous  les  Dieux  avec  Indra  ne 
doivent  donc  pas  mépriser  le  Vasoudévide  à la  force  sans 
mesure,  parce  qu’ils  ont  dit  : « Seigneur,  c’est  un 
homme  ! » 2,990. 

» Quiconque  à l’intelligence  étroite  dirait  de  Hrishî- 
kéça  : « Ce  n’est  qu’un  homme  ! » on  pourrait  l’accuser 
d’être  le  dernier  des  hommes!  2,991. 

• » Quiconque  mépriserait  le  Vasoudévide,  ce  magna- 

nime Yogi,  incarné  en  des  membres  humains,  on  lui  re- 
procherait d'être  enveloppé  de  la  qualité  tamas.  2,992. 

» Si  l’on  ne  peut  distinguer  le  Dieu  au  nombril  de  lo- 
tus, l’âme  des  êtres  mobiles  et  immobiles,  d’une  éblouis- 
sante splendeur  et  qui  porte  la  marque  du  Çrivatsa,  les 
peuples  disent  qu’on  est  environné  de  l’obscurité.  2,993. 

« Qui  méprise  le  magnanime,  coiffé  d’une  tiare,  paré 
du  Kaàutstoubha  et  qui  répand  la  terreur  parmi  les  enne- 
mis, se  plonge  en  des  ténèbres  épouvantables.  2,99â. 

» Ceux,  qui  sont  parvenus  à ce  principe  de  vérité  : 

« Le  Vasoudévide  est  le  seigneur  des  seigneurs  de  tous 
les  mondes  : il  doit  recevoir  les  adorations  de  tous  les 
mondes  ! » deviennent  les  plus  grands  des  Dieux.  » 

» Quand  il  eut  jadis  parlé  de  cette  manière  aux  chœurs 
des  rishis  et  aux  Dieux,  quand  il  eut  créé  tous  les  êtres, 
le  vénérable  Dieu  retourna  dans  son  palais. 

2,995—2,990. 

» Les  Apsaras,  les  anachorètes,  les  Gandharvas  et  les 
Dieux  s’en  revinrent  joyeux  au  ciel,  après  qu’ils  eurent 
entendu  ce  récit,  que  Brahma  leur  avait  chanté.  2,997. 

» 11  fut  écouté  aussi  par  ,moi,  mon  (ils,  dans  l’assem- 


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300 


LE  MAHA-BHARATA. 


blée  des  rishis  à l’âme  méditative,  qui  s’entretenaient  de 
l’antique  Vasoudévide.  2,998. 

» Prince,  habile  dans  la  science  recueillie  par  l’oreille, 
j’ai  entendu  ce  récit  de  Râma  le  Djamadagnide  et  du  sage 
Màrkandéya,  de  Vyâsa  et  de  Nàrada  lui-même.  2,999. 

» Lorsque  j'eus  entendu  et  que  j’eus  appris  ce  mystère 
sublime,  éternel,  que  le  magnanime  Vasoudévide  était 
l’auguste  seigneur  des  mondes,  3,000. 

» De  qui  Brahma,  le  père  de  l'univers  entier,  serait 
le  fils,  comment  ce  Vasoudévide,  me  dis-je,  ne  mériterait-il  • 
pas  les  adorations  et  les  sacrifices  des  hommes  ? 3,001. 

» Je  fus  jadis  arrêté,  mon  fils,  par  les  rishis  à l’âme 
méditative  : « N’engage  pas  un  combat,  m'ont-ils  dit,  avec 
ce  Vasoudévide,  ineffable  archer.  >*  3,002. 

« Je  fais  la  guerre  avec  les  Pàndouides  ! » m’objecteras- 
tu.  A mon  avis,  tu  es  un  cruel  Rakshasa  et  ton  âme  est 
environnée  d’obscurité,  puisque  tu  ne  te  réveilles  pas  de 
ton  délire,  suivant  la  vérité.  3,003. 

» Tu  enveloppes  donc  en  ta  haine  Govinda  et  Dhanau- 
djaya,  le  fils  de  Pândou  : quel  autre  homme  pourrait  haïr 
ces  deux  divinités,  Nara  et  Nàrâyana  ? 3.004. 

» Aussi  te  dis-je  à toi,  sire  : c’est  lui,  qui  est  le  héros, 
le  père,  le  support  assuré,  impérissable,  éternel,  toujours 
fait  pour  l' univers  entier.  3,005. 

« (l’est  lui,  qui  soutient  les  trois  mondes,  avec  les 
choses  mobiles  et  .immobiles,  qui  est  l’auguste  instituteur, 
le  combattant,  et  la  victoire,  et  le  vainqueur,  et  le  souve- 
rain, qui  commande  5 toute  la  nature.  3,000. 

•>  11  est  composé  du  bien,  sire,  sans  mélange  de  passion 
et  d'ignorance.  Là  où  est  Krishna  est  le  devoir  ; où  est  le 
devoir  est  aussi  la  victoire.  3,007. 


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BHISÏIM  Y-PAKVA. 


301 


» Les  fils  de  Pàndou  sont  soutenus  par  l’alliance,  qu’ils 
ont  faite  avec  lui  et  par  son  union  avec  la  grandeur  : la  vic- 
toire, sire,  elle  sera  pour  eux.  3,008. 

» Quiconque  possède  l’intelligence  des  Pândouides, 
toujours  unie  an  parti  le  plus  sage,  celui-là  éloigne  toujours 
dans  un  combat  les  dangers,  qui  menacent  une  année. 

» Celui,  qui  est  nommé  le  Vasoudévide  et  sur  lequel  lu 
m’interroges,  c’est  le  Dieu  éternel,  formé  de  tous  les 
êtres  ; c’est  Çiva  lui  même.  3,009 — 3,010. 

u Distingués  par  de  bonnes  qualités,  les  brahmes,  les 
kshatryas,  les  vaiçyas  et  les  çoûdras  le  servent  et  l’ho- 
norent  par  les  travaux  toujours  convenables  de  leur 
caste.  3,011. 

» A la  fin  du  cycle  Dvvàpara,  au  commencement  de 
l’âge  Kali,  le  Vasoudévide  (1),  chanté  parSankarshana, 
revêtu  d’une  forme  Sâtwatide,  crée  mainte  et  mainte  fois, 
à chaque  youga.  son  habitation  dans  un  corps  humain, 
des  villes,  séparées  des  forêts  et  de  la  mer,  tout  le  monde 
entier  des  mortels  et  des  Dieux.  » 3,012 — 3,013. 

« Tu  viens  de  me  raconter,  reprit  Douryodhana,  le 
Vasoudévide,  cette  grande  merveille  du  monde  ; je  désire 
connaître  mon  ayeul,  sa  venue  en  ce  monde  et  son  habi- 
tation. » 3,01  A. 

« Le  Vasoudévide,  la  grande  merveille  du  monde,  lui 
répondit  Bblshma,  est  le  Dieu  de  tous  les  Dieux  : on  ne 
voit  rien  de  supérieur,  excellent  Bharatide,  à Pounda- 
rikaksha.  3,01 5. 

» Màrkandéya  raconte  qup  le  Vasoudévide  est  la  grande 
merveille,  qu’il  est  tous  les  êtres,  l’ânie  des  êtres,  magna- 
nime et  l’hommepar  excellence.  3,010. 


(1}  Texte  de  Bombay. 


302 


LE  MAHA-BHARATA. 


» Il  fit  ces  trois  choses,  la  lumière,  le  vent  et  l’eau  ; et, 
quand  il  eutcréé  la  terre,  l'august  Dieu,  souverain  de  tous 
les  mondes,  étendit  sa  couche  au  milieu  des  eaux  ; et  le 
magnanime  Dieu,  revêtu  de  toutes  les  splendeurs,  s’y  en- 
dormit dans  l'absorption  en  l'Être  absolu.  3,017 — 3,018. 

» L’impérissable  créa  le  feu  de  sa  bouche,  le  vent  de 
sa  respiration,  la  parole  et  les  Védasdesa  pensée.  3.010. 

» 11  créa  les  mondes,  les  Dieux  et  les  chœurs  des  saints, 
la  mort  des  choses  inanimées  et  le  trépas  des  êtres  doués 
de  la  vie,  la  naissance  pour  eux  et  même  la  bonne  for- 
tune. 3,020. 

» Il  est  le  donateur  des  grâces  ; il  accorde  tout  ce  que 
l’on  désire;  il  connaît  la  vertu,  il  est  la  vertu  même  ; il  est 
l’agent  et  la  chose  faite,  le  Dieu,  qui  a la  vie  par  lui- 
même  (1).  3,021. 

» Il  est  le  passé,  le  présent  et  l’avenir.  L’impérissable 
et  magnanime  seigneur  produisit  d’abord  le  créateur  de 
l’univers.  3,022. 

» 11  fit  ensuite  Sankarshana,  l'aîné  de  tous  les  êtres,  et 
le  Dieu  Çésha,  que  l’on  connait  encore  sous  le  nom  d’A- 
nanta,  C infini,  3,023. 

» Qui  supporte  les  êtres  la  terre  et  ses  montagnes.  11  a, 
dit-on,  une  grande  puissance,  parce  qu’il  a répandu  la 
richesse,  grâce  à la  force  de  sa  méditation.  3,024. 

» Ce  récit  coule  du  fleuve  de  l’oreille,  que  Pouroushot- 
tama  (2),  un  jour  qu’il  donnait  à Brahma  l’hospitalité, 
immola  le  grand  et  terrible  Asoura,  appelé  Madhou,  aux 
actions  effrayantes  et  qui  avait  conçu  d’horribles  desseins. 


(1)  Texte  de  Bombay. 

(2)  C'est-à-dire,  le  plus  grand  des  hommes  : un  dea  fturnoms  de  KrUlina 
ou  de  Vi*hnou. 


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BHISHMA-PAKVA. 


303 


C’est  de  la  mort,  donnée  à ce  Démon,  que  les  hommes, 
les  saints,  les  Dànavas  et  les  Dieux,  mon  fils,  ont  sur- 
nommé Djanârddana  le  Meurtrier  de  Madhou  ; on  l’ap- 
pelle aussi  le  Sanglier,  le  Lion,  le  Seigneur,  qui  mesura 
trois  pas  dans  sa  marche.  3,025 — 3,026 — 3,027. 

»Hari  est  le  père  et  la  mère  de  tous  les  êtres  animés;  car 
il  n’a  jamais  existé  et  il  n’existera  jamais  un  être  supé- 
rieur (1)  à Poundarîkaksha.  3,028. 

» 11  a créé  les  brahmes  de  sa  bouche,  sire,  les  ksha- 
tryas  de  ses  bras,  les  vaiçyas  de  ses  cuisses  et  les  çoû- 
dras  eux-mêmes  de  ses  pieds.  3,029. 

» — Que  l'homme,  comprimé  par  la  pénitence,  obtienne 
la  grandeur,  en  parcourant  dans  sa  pensée  le  Dieu 
chevelu  sous  ses  trois  formes,  la  sainte  règle  des  âmes 
revêtues  d’un  corps,  devenu  Brahma  à la  nouvelle  luneet 
devenu  l’yoga  même,  quand  elle  remplit  son  orbe  de  lu- 
mière. — Kéçava,  la  suprême  splendeur,  est  le  souverain 
ayeul  de  tous  les  mondes.  3,030 — 3,031. 

» Les  anachorètes  disent  qu’il  est  Hrishîkéça  : sa- 
che (2),  monarque  des  hommes,  que  c’est  un  maître,  un 
père,  un  instituteur  spirituel.  3,032. 

■ » Les  mondes,  exempts  de  la  mort,  sont  conquis  par 
l’homme,  à qui  Krishna  sourit  : est-on  dans  une  situation 
périlleuse,  qu’on  ait  recours  à la  protection  de  Kéçava. 

» Lajoie  accompagnera  l'enfant  de  Manou,  qui  aura 
le  bonheur  de  lire  ceci  : les  hommes,  qui  s’inclinent  devant 
Krishna,  ne  tombent  pas  dans  la  défaillance  de  l’esprit. 

3,033 — 3,034. 


(1)  Teite  de  Bombay,  qui  écrit  plus  convenablement  paran , au  lieu  de 
Hart,  pour  la  deuxième  foia,  qui  entrave  le  seas  daus  l'édition  de  Calcutta. 

(2)  Texte  de  Bombay. 


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304 


LE  MAHA-BHARATA. 


» Djanârddana  no  manque  jamais  d’étendre  sa  protec- 
tion sur  ceux,  qui  sont  précipités  dans  un  profond  p'ril. 
Convaincu  de  toutes  ces  choses,  Bharatide,  suivant  la 
vérité,  Youdhishthira  s’incline  de  toute  son  âme,  sire, 
devant  la  protection  du  grand  Dieu,  de  kéçata,  le  maître 
du  monde,  le  souverain  de  la  terre  (1)  et  le  seigneur  des 
Yogis.  3,035 — 3,030. 

» Écoute  de  ma  bouche,  grand  roi,  cet  éloge,  que 
Brahma  lit  entendre  et  qui  fut  jadis  rapporté  sur  la  terre 
par  les  brahmarshis  et  les  Dieux.  3,037. 

» L’auguste  souverain  du  roi  des  Dieux,  des  Immortels 
et  des  Sàdhyas,  t’a  dit  Nàrada,  connaît  la  nature  du  créa- 
teur de  l’univers.  3,038. 

» 11  est  le  passé,  le  présent  et  l’avenir,  ajoute  Mârkan- 
déya;  il  est  le  sacrifice  des  sacrificateurs  et  la  pénitence 
des  ascètes  (2) . 3,030. 

» Tu  es  parmi  les  Dieux,  a dit  sur  lui  Dwatpàyana,  le  roi 
des  Dieux  ; suivant  ce  que  rapportent  nos  devanciers,  tu 
étais,  dans  les  créations  des  êtres,  le  Pradjàpali  Daksha. 

» Angiras  déclare  ensuite  que  tu  es  le  créateur  de  tous 
les  êtres  ; que  l’indistinct  pour  toi  est  placé  au-dessus  des 
corps  et  que  le  distinct  se  tient  pour  toi  dans  les  âmes. 

3,040—3,041. 

» Dévala  reconnaît  que  lu  es  la  divine  parole  et  les 
causes  de  tout;  que  ta  tète  s’élève  jusqu’au  ciel  et  que  la 
terre  est  contenue  dans  tes  deux  bras.  3,04'2. 

» Les  trois  mondes  sont  renfermés  dans  ton  ventre  ; tu 
es  l'Homme  éternel  ; les  hommes  façonnés  par  la  péni- 
tence distinguent  en  toi  le  Destin.  3,043. 

(1 — 2;  édition  de  Bombay. 


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BH1SHMA-PA11VA. 


305 


» Tu  es  le  plus  excellent  des  rishis,  rassasiés  de  ta  vue, 
et  des  nobles  radjàrshis,  qui  ne  détournent  jamais  la  face 
dans  les  combats.  3,044. 

» Meurtrier  de  Madhou,  tu  es,  dit-on,  la  voie  des  pre- 
miers de  tous  les  de  voit  s;  tu  es  le  premier  des  hommes, 
et  tu  es  conçu  sans  cesse  dans  les  lyogas.  3,045. 

» Enfin,  Hari  fut  loué  et  fut  honoré  par  Sanatkoumàra 
et  ses  disciples.  Je  viens  de  te  raconter,  mon  (ils,  en  détail 
et  en  abrégé,  la  vérité  sur  kéçava.  Mets  en  lui  ta  joie  la 
plus  grande.  » 3,046 — 3,047. 

Ce  saint  récit,  reprit  Sandjaya,  remplit  ton  fils, 
grand  roi,  d’une  profonde  estime  pour  Kéçava  et  les  héros 
Pândouides.  3,048. 

Bhlshma,  le  fils  de  Çàntanou,  lui  dit  encore,  grand 
roi  : « Tu  as  entendu,  suivant  la  vérité,  la  grandeur  du 
magnanime  Kéçava  et  celle  de  Nara,  sur  lesquels  tu  m'in- 
terroges. C'est  à cause  de  cela  que  ces  deux  Déités,  Nara 
et  Nàràyana,  sont  descendues  naître  parmi  les  hommes. 

3,049—3,050. 

» Ces  deux  héros  invincibles  ne  peuvent  être  vaincus 
dans  les  combats,  comme  il  est  impossible  à qui  que  ce 
soit  de  porter  la  mort  aux  Pândouides  dans  la  guerre. 

• Krishna  ressent  une  vive  affection  pour  les  illustres 
Gis  de  Pândou  ; aussi  te  dis-je,  Indra  des  rois  : « Conclus 
la  paix  avec  ces  Pândouides.  3,051 — 3,052. 

» Sage,  savoure  la  terre  avec  tes  robustes  frères  ; au- 
trement, si  tu  méprises  Nara  et  Nàràyana,  ta  perte  est 
assurée.  » 3,053.  * 

Après  ces  mots,  ton  père,  souverain  des  hommes,  garda 
le  silence  ; il  congédia  le  prince  et  rentra  dans  son  camp. 

Douryodhana  lui-inême,  ayant  rendu  ses  hommages  au 
vu  20 


LE  M AHA-BHAH ATA. 


SOO 

magnanime,  se  dirigea  vers  son  camp  et  passa  toute  cette 
nuit  dans  le  sommeil,  taureau  des  Bharatides,  en  sa  couche 
éclatante.  3,054 — 3,055. 

Aussitôt  que  la  nuit  se  fut  éclaircie  aux  premières 
lueurs  de  C aube  et  que  le  soleil  se  fut  levé,  les  deux 
armées,  grand  roi,  de  s’avancer  pour  le  combat.  3,056. 

Ils  coururent,  bouillants  de  colère,  avec  le  mutuel  désir 
de  la  victoire.  Par  suite  de  tes  funestes  conseils,  sire,  les 
Pândouides  et  les  Dhritarâshtrides  arrêtèrent,  tous  de 
concert,  des  regards  irrités,  les  uns  sur  les  autres.  Les 
combattants,  revêtus  de  cuirasses  et  pleins  d'ardeur,  se 
disposèrent  en  ordre  de  bataille.  3,057 — 3,058. 

Bhlshuia  de  tous  les  côtés  observa  l’ordre  Makara,  et 
les  Pândouides,  sire,  arrêtèrent  également  une  disposition 
pour  eux-mêmes.  3,059. 

Dévravrata,  ton  père,  le  plus  excellent  des  maîtres  de 
chars,  sortit,  puissant  roi,  environné  d'une  grande  multi- 
tude de  chariots.  3,060. 

Tous  les  autres,  fantassins,  cavaliers,  propriétaires  de 
chars  ou  d'éléphants,  sortirent  réunis,  chacun  ferme  dans 
la  place,  qui  lui  était  assignée.  3,061. 

Quand  il  les  vit  marcher  tous  eu  avant,  eux  et  les  illus- 
tres fds  de  Pândou,  le  monarque  invincible  dans  les 
batailles  rangea  son  armée  suivant  l’ordre  du  vautour  ou 
de  Garouda.  3,062. 

Bhlmaséna  à la  grande  force  brillait  dans  son  bec; 
l’inaflrontable  Çikhandl  et  Dhrishtadyoumna  le  Prishatide 
formaient  ses  deux  yeux.  3,063. 

L’héroïque  Sâtyaki  au  courage  infaillible  fut  mis  dans 
sa  tête  : le  Prilhide,  faisant  vibrer  l'arc  Gàndlva.  entra 
dans  son  cou.  3,064. 


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BHISHMA-PAHVA. 


307 


Le  magnanime  Droup.tda,  accompagné  de  la  fortune 
dans  la  guerre,  était  avec  son  (ils  l'aile  gauche  de  ce 
puissant  oiseau.  3,005. 

Le  Kalkéyain,  général  d'armée,  en  fut  l’aile  droite  : la 
croupe  se  composait  du  vaillant  Soubhadride  et  des  cinq 
fils  de  Draâupadî.  3,000. 

Le  fortuné  roi  Youdhishthira,  héros  charmant  par  la 
vaillance,  prit,  avec  ses  deux  frères  et  les  jumeaux,  posi- 
tion au  dos  du  volatile.  3,007. 

Entré  dans  le  Makara  par  sa  gueule,  Bhlmaséna  de 
s’avancer  vers  Bhtshma  et  de  l’ensevelir  sous  ses  (lèches 
dans  le  combat.  3,068. 

L’énergique  Bhtshma  fit  tomber  sur  lui  ses  grands 
projectiles  et  répandit  le  trouble  dans  cette  cruelle  bataille 
au  milieu  de  l'ordre  guerrier  des  fils  de  Pândou.  3,069. 

Tandis  que  la  confusion  régnait  dans  l’armée,  Dha- 
nandjaya,  s'empressant  d’accourir,  blessa  avec  un  millier 
de  .lèches  Bhtshma  sur  le  front  de  la  bataille.  3,070. 

Puis,  quand  il  eut  paralysé  (1)  les  traits,  décochés 
par  Bhtshma  dans  la  guerre,  il  se  tint  de  pied  ferme  au 
combat  avec  son  armée,  dont  il  avait  ressuscité  l’ar- 
deur. 3,071. 

Le  plus  fort  des  vigoureux,  l’héroïque  roi  Douryodhana 
dit  avec  hâte  au  fds  de  Bharadwâdja,  la  première  fois 
qu’il  vit  dans  la  bataille  ce  carnage  épouvantable  de  son 
armée  et  la  mort  de  se3  frères  : « Atchàrya,  tu  as  toujours 
embrassé  mes  intérêts  avec  amour,  anachorète  sans  péché. 

3,072—3,073. 

* Appuyés  sur  toi  et  sur  Bhtshma,  notre  ayeul,  nous 


(!)  Texte  de  Bombay* 


308 


LE  M AHA-BHAR  ATA. 


prétendons  vaincre  dans  nn  combat  les  Dieux  eux-mèmes  : 
il  n’y  a là-dessus  aucun  doute.  3,07A. 

» A plus  forte  raison  vaincrions-nous  ces  fils  de  Pàndou, 
vils  par  le  courage  et  la  vigueur!  Déploie  donc  tes  efforts, 
s’il  te  plaît,  pour  que  les  Pândouides  trouvent  ici  la 
mort.  » 3,075. 

A ces  mots  de  ton  fils  dans  la  bataille,  Drona  de  ses 
flèches  enfonça  l'armée  des  Pândouides  sous  les  yeux 
mômes  de  ce  roi.  3,076. 

Mais  Sâtyaki  d’arrêter  aussitôt  Drona.  Alors  eut  lieu, 
Bharatide,  un  combat  causant  l’épouvante  et  semant 
la  plus  grande  terreur.  3,077. 

L’auguste  Baradwàdjide  irrité  frappa,  comme  en  riant, 
le  Çinide  à la  clavicule  du  cou  avec  dix  traits.  3,078. 

Sauvant  Sàtyaki  de  la  fureur  du  Baradwàdjide,  le  plus 
excellent  de  tous  ceux,  qui  portent  les  armes,  Bhlmaséna 
en  colère  de  blesser  Drona.  3,079. 

Ensuite  Drona,  Bhîshuia  et  Çalya courroucés,  vénérable 
monarque,  couvrirent  de  leurs  flèches  Bhlmaséna.  3,080. 

De  leurs  traits  acérés,  Abhimanyou  irrité  et  les  cinq 
fds  de  Draàupadî  les  blessèrent  tous,  les  armes  levées  à la 
main.  3,081. 

Dans  cette  terrible  bataille,  Çikhandi  au  grand  arc  se 
porta  à la  rencontre  de  Bhtshma  et  de  Drona,  ces  deux 
héros  à la  grande  force,  qui  accouraient  avec  colère. 

Ayant  saisi  un  arc  puissant,  qui  avait  le  son  du  ton- 
nerre, le  guerrier  fit  tomber  sur  eux  une  pluie  de  flèches, 
qui  éclipsa  le  soleil.  3,082 — 3,083. 

Tout  à coup  l’aïeul  des  Bharatides,  qui  s'était  approché 
de  Çityandt,  s’éloigna  de  lui  dans  ce  combat,  se  rappe- 
lant qu’il  fut  une  femme.  3, OSA. 


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BH1SHMA-P  USVA. 


309 


Excité  par  ton  fils  à défendre  Bhtshma,  Drona,  puissant 
roi,  s’élança  alors  au  combat  ; 3,085.  • 

Et  Çikhandl,  s'étant  approché  de  ce  héros  flamboyant 
comme  le  feu  à la  fin  d'un  youga,  se  retira  devant  ce  guer- 
rier, le  plus  excellent  de  tous  ceux,  qui  portent  les  armes. 

Puis,  ton  fils,  souverain  des  hommes,  s’étant  avancé 
vers  Bhlshma  et  désirant  une  gloire  éminente,  le  défendit 
avec  une  grande  vigueur.  3,086 — 3,087. 

Mais  les  Pàndouides,  mettant  Dhanandjaya  à leur  tête, 
sire,  marchèrent  contre  Bhlshma,  ayant  conçu  une  forte 
opinion  de  la  victoire.  3,088. 

Ce  fut,  comme  dans  le  combat  des  Dànavas  avec  les 
Dieux,  une  grande  chose,  qui  tenait  du  prodige,  où  les 
hommes  désiraient  dans  le  combat  la  victoire  et  la  renom- 
mée. 3,089. 

Désirant  sauver  tes  fils  et  par  la  crainte  de  Bhîmaséna, 
le  fils  de  Çântanou,  Bhlshma  de  livrer  une  bataille  confuse. 

Dans  la  matinée,  il  s’éleva,  sire,  un  combat  très-épou- 
vantable de  rois,  qui  détruisit  les  premiers  héros  des  Kou- 
rouides  et  des  fils  de  Pàndou.  3,090 — 3,091. 

Tandis  que  ce  conflit  troublé  d’une  grande  terreur  s’a- 
gitait, il  surgit  un  bruit  tumultueux,  qui  alla  toucher  au 
plus  haut  du  ciel.  3,092. 

Le  barrit  des  éléphants,  les  hennissements  des  chevaux, 
les  sons  des  tambours  et  des  conques  produisirent  en  se 
mêlant  un  affreux  brouhaha.  3,093. 

Doués  de  grandes  forces,  pleins  de  courage,  désirant  la 
victoire,  ils  l’appelaient  avec  des  menaces  les  uns  contre 
les  autres,  comme  des  taureaux  dans  l'enceinte  d’une 
étable.  3,09â. 

Les  tètes  abattues  dans  le  combat  sous  les  traits  acérés 


310 


LE  MAHA-BHARATA. 


semblaient,  éminent  Bharatide,  une  pluie  de  pierres,  qui 
tombe  du  ciel.  3,095. 

On  voyait  jetées  sur  le  sol  des  têtes  flamboyantes  d'or, 
qui  portaient  des  turbans  et  des  boucles  d’oreille.  3,096. 

La  terre  était  couverte  de  tètes  ornées  de  pendeloques, 
de  mains  avec  des  anneaux,  de  membres  mutilés  par  les 
flèches,  d’autres  corps , qui  étaient  revêtus  de  la  cuirasse, 
de  bras  avec  leurs  parures,  de  bouches  semblables  à des 
lunes  et  d’yeux  fermés  par  la  mort.  3,097—3,098. 

Dans  un  moment,  toute  la  terre  fut  remplie  de  toutes 
sortes  [de  membres,  seigneur,  détachés  des  hommes,  des 
chevaux  et  des  éléphants.  3,099. 

Le  son  des  armées  était  égal  an  bruit  du  tonnerre,  sous 
des  nuages  épais  de  poussière,  que  perçaient  les  éclairs 
des  flèches.  3,100. 

C’était  un  combat  tumultueux  : des  flots  de  sang  ruis- 
selaient impétueux  des  blessures,  que  se  portaient  les 
Kourouides  et  les  Pândouidcs.  3,101. 

Au  milieu  de  ce  fracas  épouvantable,  bien  horrible  et 
qui  faisait  se  hérisser  le  poil  d’épouvante,  les  kshatryas, 
pleins  de  la  cruelle  ivresse  des  batailles,  ouvrirent  des 
pluies  innombrables  de  traits.  3,102. 

Là,  criaient  les  éléphants,  qui,  tourmentés  par  l’averse 
cuisante  des  flèches,  couraient  à l’envi  çà  et  là.  3,103. 

11  était  impossible  de  rien  distinguer  par  la  colère  et 
l’énergie  des  vaillants  guerriers,  et  par  le  bruit  des  arcs 
sur  le  gantelet.  3,104. 

Ailleurs,  impatients  de  tuer  leurs  ennemis,  on  voyait 
des  guerriers  courir  au  milieu  des  ruisseaux  de  sang  et 
parmi  les  tronçons  de  corps  dressés  de  tous  côtés.  3,105. 

Les  héros  à la  vigueur  sans  mesure,  aux  bras  comme 


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BHISHM  \-PAR\  A. 


311 


des  massues,  se  frappaient  l’un  l’autre  dans  le  combat 
avec  des  cimeterres,  des  pilons,  des  tridents  et  des  flèches. 

Les  éléphants,  qui  n’étaient  plus  guidés  par  le  croc  aigu, 
erraient  en  proie  à la  douleur  des  flèches;  les  chevaux, 
dont  les  cavaliers  avaient  perdu  la  vie,  couraient  çà  et  là 
par  les  dix  points  de  l’espace.  3,10(5 — 3,107. 

D'autres  s’élancent  et  tombent,  accablés  par  le  coup 
d'une  flèche.  On  voyait  étendus  les  guerriers  de  ta  cause, 
ô le  plus  excellent  des  Bharatides,  et  ceux  du  parti  des 
ennemis  (1).  3,108. 

Dans  cette  rencontre  de  Bhishma  et  de  Bhimaséna,  on 
voyait  s’élever  partout  des  monceaux  de  bras,  de  têtes  et 
d’arcs,  de  pilons,  de  massues,  de  mains,  de  cuisses  et  de 
pieds,  de  parures  et  de  bracelets.  3,109 — 3,110. 

On  voyait  çà  et  là,  souverain  des  hommes,  des  troupes 
de  chevaux  courants  et  d'éléphants  en  déroute.  3,111. 

Poussés  par  la  mort,  les  kshatryas  s’entreluaient  l’un 
l’autre,  avec  des  massues,  des  épées,  des  traits  bar- 
belés et  des  flèches  aux  nœuds  inclinés.  3,112. 

D’autres  héros,  habiles  dans  les  luttes  à bras  le  corps, 
s’attachaient  nombre  de  fois  dans  le  combat  à leur  ennemi 
comme  avec  des  verroux  de  fer.  3,113. 

D’autres  guerriers  des  tiens,  souverain  des  hommes,  sc 
frappaient  mutuellement  avec  les  Pàndouides  à coups  de 
paumes  violacées,  de  poings  et  de  genoux.  3,114. 

Çà  et  là  tombés,  renversés,  se  convulsant  sur  la  face 
de  la  terre,  les  hommes,  sire,  y produisaient  un  épou- 
vantable combat.  3,115. 

Des  maîtres  de  chars,  réduits  à pied,  couraient  les  uns 


(I)  Texte  de  Bombay,  celui  de  Calcutta  étant  à peu  prés  inexplicable. 


312 


LE  MAHA-BHARATA. 


sur  les  autres,  armés  des  plus  excellents  cimeterres,  se  dé- 
sirant la  mort  mutuellement.  3,113. 

Environné  de  nombreux  Kàlingains,  le  roi  Douryo- 
dhana  mit  dans  ce  combat  les  troupes  sous  le  commande- 
ment de  Bhtshma,  et  s’avança  vers  les  Pàndouides.  3,117. 

Ensuite,  tous  les  fils  de  Pàndou,  ayant  entouré  Vrikau- 
dara  et  montés  sur  des  chars  légers,  fondirent  avec  colère 
sur  Bhtshma.  3,118. 

A peine  eut-il  vu  les  frères  et  les  autres  princes  rassem- 
blés sous  les  ordres  de  Bhlshma,  Dhanandjaya  courut,  sa 
flèche  levée,  sur  le  fils  de  la  Gangà.  3,119. 

Aussitôt  que  nous  entendîmes  le  son  du  hàntchadjanya 
et  le  bruit  de  son  arc  Gàndîva,  aussitôt  que  nous  vîmes  le 
drapeau  du  Prithide,  la  crainte  pénétra  dans  nos  cœurs. 

Nous  vîmes,  grand  roi,  le  drapeau  de  l’archer  du  Gân- 
diva,  admirable,  céleste,  aux  diverses  couleurs,  portant 
l’insigne  du  singe,  déployant  une  queue  de  lion  au  sein 
des  airs,  tel  qu’une  montagne  flamboyante,  et  non  arrêté 
par  les  arbres,  s'élevant  au  ciel  comme  une  comète. 

3,120—3,121—2,122. 

Les  combattants  virent  le  Gàndîva  au  dos  en  or,  qui 
brillait  dans  cette  grande  bataille,  comme  un  éclair  placé 
dans  les  cieux  au  milieu  d'un  nuage.  3,123. 

Nous  entendîmes  au  plus  haut  point  le  retentissement 
très-épouvantable  de  ses  mains,  tandis  qu’il  immolait  ton 
armée  : tel  le  fracas  de  la  foudre,  que  tient  Indra.  3,124. 

11  inonda  de  ses  pluies  de  flèches  les  plages  de  l'horizon 
de  toutes  parts,  comme  un  nuage,  accompagné  du  ton- 
nerre et  poussé  par  un  vent  furieux.  3,125. 

Dhanandjaya  courut,  tenant  levée  sa  terrible  flèche  sur 
le  fils  de  la  Gangà,  et,  l'esprit  jeté  par  cet  astra  dans  le 


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BH1SHMA-PARVA. 


815 


délire,  nous  ne  pûmes  distinguer,  ni  la  plage  de  l’orient, 
ni  celle  de  l’occident.  3,126. 

Tes  guerçiers,  éminent  Bharatide,  réduits  à la  fuite, 
l'âme  perdue,  les  chevaux  tués,  les  chars  fatigués,  cher- 
chaient à se  réunir  les  uns  et  les  autres.  3,127. 

Ils  s’appuient  avec  tes  fils  sur  Bhlshma  lui-même  : le 
fils  de  Çântanou  fut  l'homme,  qui  ranima  leur  courage 
dans  la  bataille.  3,128. 

Saisis  d’effroi,  les  maîtres  de  chars  sautent  à bas  de 
leurs  chars  ; les  cavaliers  quittent  soudain  l’échine  de 
leurs  chevahx,  et  deviennent  des  fantassins  sur  le  sol  de 
la  terre.  3,129. 

A peine  ont-elles  entendu  le  bruit  du  Gândlva,  sem- 
blable au  (racas  du  tonnerre,  toutes  les  armées  épouvan- 
tées sentent  que  la  force  les  abandonne.  3,130. 

Environné  de  grands  chevaux  nés  dans  le  Kâmbodje,  à 
la  course  légère,  de  généraux  et  d’armées,  où  se  trouvaient 
plusieurs  milliers  de  chefs,  3,131. 

Le  monarque  du  Kaliuga,  entouré  de  tous  les  princi- 
paux Kâlingains,  des  Madras,  des  Saâuvtras,  des  Gân- 
dhâras  et  des  Trigarttas,  3,132. 

Le  prince  Djayadratha,  accompagné  de  tous  les  rois  et 
d'une  foule  de  peuples  divers,  cédant  le  pas  à Douççâsana, 

Et  les  plus  excellents  cavaliers  au  nombre  de  quatorze 
mille,  excités  par  ton  fils,  couvrirent  le  fds  de  Soubala. 

3,133 — 3,134. 

Les  fils  de  Pândou,  les  plus  éminents  des  Bharatides, 
frappèrent,  tous  réunis,  les  tiens  dans  le  combat  avec  leurs 
chevaux  et  leurs  chars  divisés.  3,135. 

Une  bataille  effrayante  s'éleva  entre  les  chars,  les  élé- 
phants, les  coursiers  et  les  fantassins;  une  poussière, 
semblable  à un  grand  nuage,  s’étendit  sur  l’armée. 


314 


LE  MAHA-BH MUTA. 


Bhtshma  de  s’attacher  à Rirlti  avec  une  nombreuse  ar- 
mée de  combattants  sur  des  chevaux,  sur  des  éléphants, 
sur  des  chars,  avec  des  nàrâtchas,  des  traits  barbelés  et 
des  leviers  de  fer  ; 3,136 — 3,137. 

L’Avantien  au  roi  de  Kâçi,  le  Sindhien  à Bhlniaséna. 
Adjâtaçatrou  de  s’attacher  à l’illustre  souverain  des  Ma- 
dras, à (’.alya  avec  son  fils,  avec  ses  ministres  ; Vikarna  à 
Sahadéva,  Tchitraséna  à Çikhandi.  3,138—3,139. 

Les  Matsyas  de  s'avancer,  maîtres  de  la  terre,  vers 
Douryodhana  et  Çakouni.  Droupada,  Tchijkitàna  et  le 
grand  héros  Sàtyaki  de  s’attacher  à Drona  et  son  magna- 
nime (ils.  Kripa  et  Kritavarman  ondirent  sur  Dhrishta- 
dyoumna.  3,140 — 3,141. 

Des  combats  s’engagèrent  ainsi  çà  et  là  de  tous  les 
côtés  entre  des  chais  ou  des  éléphants  errants  et  des  che- 
vaux détachés.  3,142. 

De  violents  éclairs  sillonnaient  un  ciel  sans  nuages;  les 
plages  de  l’horizon  étaient  enveloppées  de  poussière  ; de 
grands  météores  enflammés  apparurent , maître  des 
hommes,  et  des  ouragans  impétueux  souillèrent.  3,143. 

Un  grand  vent  s'éleva,  il  plut  une  averse  de  poussière; 
le  soleil,  éclipsé  par  la  poussière  des  armées,  disparut 
dans  le  ciel.  3,144. 

Un  délire,  qui  aveuglait  au  plus  haut  point  tous  les 
êtres,  naquit,  avec  des  multitudes  d'astras,  au  milieu  des 
combattants,  surmontés  par  la  passion.  3,14â. 

Des  foules  de  traits,  envoyés  par  les  bras  des  héros  et 
qui  brisaient  toutes  les  cuirasses,  naquit  un  bruit  confus. 

Lancées  par  les  bras  les  plus  vigoureux  et  semblables  à 
des  constellations  sereines,  les  flèches  répandaient  la  lu- 
mière sous  la  voûte  des  deux.  3,146—3,147. 

Dans  tous  les  points  de  l'horizou,  éminent  Bharalide, 


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BHISHMA-PAllVA.  315 

tombèrent  des  boucliers  admirables,  faits  en  cuir  de  tau- 
reaux, parsemés  d'une  grande  quantité  d’or.  3,148. 

On  voyait  dans  tous  les  points  de  l’horizon  les  cime- 
terres, éb  ouïssants  comme  le  soleil,  couper  entièrement 
les  corps  et  les  tèies.  3,149. 

Les  grands  héros  avec  leurs  chevaux  tués,  leurs  vastes 
drapeaux  (1)  abattus,  les  bancs  de  leurs  chars  et  les 
roues  brisées,  tombaient  çà  et  là  sur  la  terre.  3,150. 

Ici,  des  chevaux  succombaient  sous  les  blessures,  que 
leur  avaient  imprimées  les  flèches  ; là,  partout  à l’ abandon 
erraient  des  chars , dont  les  maîtres  avaient  perdu  la 
vie.  3,151. 

Ailleurs,  percés  de  traits  et  le  corps  entrouvert,  les 
plus  grands  des  chevaux  entraînaient  à la  ronde  leurs 
couples  çà  et  là.  3,152. 

On  voyait  des  guerriers,  qu’un  dard  victorieux , sire, 
avait  frappés  dans  le  combat  avec  leurs  chars,  avec  leurs 
chevaux,  avec  leur  cocher.  3,153. 

Quand  ils  avaient  flairé  la  senteur  du  uiada,  qui  slille 
des  tempes  d’un  proboscidien,  un  grand  nombre  d’élé- 
phants dans  la  jonction  des  troupes  ennemies  prenaient 
pour  lui  un  éléphant  inexpérimenté  au  combat  (2). 

Le  champ  de  bataille  était  couvert  d’éléphants  frappés 
de  flèches  en  fer,  expirés,  et  dont  les  grands  corps  gisants 
ressemblaient  à des  portes  arcadées.  3,1 54 — 3,1 55. 

Les  éléphants  tombaient  partout,  brisés  dans  le  combat 
par  de  meilleurs  éléphants,  stimulés  dans  le  moment , où 
se  joignirent  les  troupes  des  armées.  3,15t>. 

(1)  Texte  île  Bombay. 

(2/  Texte  de  Bombay,  qui  écrit  vila  et  met  une  note  pour  expliquer  ce 
mot. 


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316 


LE  MAH1-BHARATA. 


On  voyait  des  timons  de  chars,  grand  roi,  que  les  élé- 
phants avaient  rompus  dans  la  bataille  et  rejetés  de  leurs 
trompes,  semblables  à celle  du  roi  des  éléphants.  3,157. 

Des  maîtres  de  chars,  que  les  éléphants  avaient  saisis 
par  les  cheveux  et  jetés  t)  côté  de  leurs  filets  et  de  leurs 
chars  brisés,  gisaient,  disséminés  dans  le  combat,  pareils 
à des  branches  d’arbres.  3,158. 

Les  plus  vigoureux  éléphants,  qui  venaient  à la  voix  de 
tous,  accouraient,  entraînant  par  tous  les  points  de  l’es- 
pace, au  milieu  du  combat,  les  chars  embarrassés  dans 
les  chars.  3,159. 

Ils  ressemblaient  dans  cet  entrainement  à des  pachy- 
dermes, qui,  dans  un  lac,  entraînent  un  monceau  de  lotus 
attaché  à leurs  défenses.  3,160. 

C’est  ainsi  que  ce  vaste  champ  de  bataille  était  couvert 
en  ce  moment  par  des  cavaliers,  des  fantassins,  de  grands 
chars  et  des  drapeaux.  3,161. 

Çikhandî,  accompagné  de  Virâta  le  Matsya,  monarque 
des  hommes,  s’approcha  de  l’invincible  Bhîshma  au  grand 
arc.  3,162. 

Dhanandjaya  s’est  avancé  pour  combattre  Drona,  Kripa 
et  Vikarna , tous  héros  à la  vaste  force , d’autres  mo- 
narques et  des  braves  en  grand  nombre.  3,163. 

Bhimaséna  de  marcher  pour  livrer  un  combat  à l’hé- 
roïque Sindhien,  accompagné  de  ses  ministres,  entouré 
de  ses  parents,  aux  souverains  de  l'orient  et  du  midi,  à 
Doussahaet  à ton  vaillant  fils,  l’irascible  Douryodhana. 

3,164—3,165. 

Sahadéva  s’approcha  de  Çakouni  et  d'Ouloùka  au 
grand  char,  le  père  et  le  fils,  héros  invincibles.  3,166. 

Le  valeureux  Youdhishthira,  puissant  roi,  offensé  par 


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BHISHMA-PARVA. 


317 


ton  fils,  tourna  ses  pas  dans  le  combat  vers  l’armée  des 
éléphants.  3,167. 

Le  fils  de  Pàndm  et  de  Mâdri,  le  héros  Nakoula,  pro- 
férant des  cris  sur  le  champ  de  bataille,  s’attacha  aux 
nobles  chars  des  Trigarttas.  3,168. 

Sàtvaki,  Tchékitâna,  le  Soubhadride  à la  grande  force, 
Dhrishtakétou  et  le  Rakshasa  Ghatotkatcha,  héros  inaf- 
frontable  dans  les  batailles,  se  présentèrent  au  combat  des 
Çâlvas  et  des  Kalkéyains.  Des  guerriers  très-invincibles 
de  tes  fils  s'élancèrent  au-devant  de  ces  combats  de  chars. 

3,169—3,170. 

Le  héros  Dhrishtadyoumna,  général  à l’âme  incom- 
mensurable, engagea  un  duel,  sire,  avec  Drona  aux  ac- 
tions formidables.  3,171. 

De  cette  manière,  ces  vaillants  héros  de  ta  cause,  ayant 
croisé  les  mains  avec  les  fils  de  Pândou,  se  livrèrent  un 
terrible  combat.  3,17*2. 

Aussitôt  que  le  soleil  fut  arrivé  au  milieu  du  jour  et 
parvenu  à n’avoir  plus  aucune  famille  dans  le  ciel,  les 
Kourouides  et  les  Pândouidcs  se  frappèrent  les  uns  les 
autres.  3,173. 

Couverts  en  peaux  île  tigres,  les  chars  brillaient  sur  le 
champ  de  bataille,  où  ils  se  promenaient,  ombragés  de 
drapeaux  et  de  bannières,  dont  ils  étalaient  les  membres 
admirables  d’or.  3,17à. 

Un  bruit  confus,  comme  de  lions  menaçants,  s’éleva  du 
milieu  de  ces  guerriers,  engagés  dans  un  combat  et  qui 
désiraient  l’un  sur  l'autre  la  victoire.  3,175. 

Là.  nous  vîmes  une  bataille  très-épouvantable,  mer- 
veilleuse même,  que  les  héros  Srindjayas  soutinrent 
contre  les  Kourouides.  3,176. 


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318 


LE  MAHA-BHARATA. 


Ni  le  ciel,  ni  les  plages  de  l’horizon,  ni  le  soleil,  ni  les 
plages  intermédiaires,  il  nous  fut  impossible  de  rien  voir, 
sire,  le  fléau  de  tes  ennemis,  à cause  des  flèc  es  envoyées 
de  tous  les  côtés,  3,177. 

Lançait-on  des  tridents  ou  des  leviers  en  fer  à la  pointe 
reluisante;  déchargeait-on  des  cimeterres,  abreuvés  de 
sang,  leur  éclat  était  semblable  à celui  des  lotus  azurés. 

La  splendeur  des  cuirasses  admirables  et  des  parures 
merveilleuses  eut  bientôt  illuminé  l'atmosphère,  les  points 
du  ciel  et  les  plages  intermédiaires.  3,178 — 3,179. 

Les  monarques  des  hommes,  dont  les  corps  avaient 
l’éclat  du  soleil  et  de  la  lune,  répandaient  çà  et  là,  sire,  leur 
lumière  sur  le  champ  de  bataille.  3,180. 

Les  lions  des  chars  et  les  tigres  des  hommes,  rassem- 
blés pour  la  guerre,  brillaient  dans  la  plaine  du  combat, 
sire,  comme  des  étoiles  sur  la  voûte  du  ciel.  3,181. 

Bhisluna,  le  plus  excellent  des  maîtres  de  chars,  arrêta 
avec  colère  Bhlmaséna  à la  grande  vigueur,  sous  les  yeux 
de  toute  l’armée.  3,182. 

Décochées  par  Bhlshma,  ses  flèches  d’une  grande  splen- 
deur à l'empennure  d’or,  aiguisées  sur  la  pierre  et  bai- 
gnées dans  l’huile  de  sésame,  allèrent  frapper  Bhlmaséna 
dans  le  combat.  3,183. 

Ce  vigoureux  héros  lui  envoya,  Bharatide,  une  lance  de 
fer  à la  rare  vitesse  et  semblable  à un  serpent  irrité. 

Mais  soudain,  au  milieu  du  combat,  Bhlshma  de  tran- 
cher dans  son  vol  avec  des  flèches  aux  nœuds  inclinés  sa 
hampe  d'or  sans  rivale.  3,18â — 3,185. 

Puis,  avec  un  autre  bhalla  acéré,  abreuvé  de  sang,  il 
mit  en  deux  morceaux  l’arc  de  Bhlmaséna.  3,180. 

Sâtyaki  s’empressa  d’attaquer  Bhlshma  sur  le  champ 


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BHISHMA-PARVA. 


319 


de  bataille  avec  des  flèches  brûlantes,  aiguës,  violentes  et 
tirées  jusqu'à  l’oreille.  3,187. 

Il  harcela  ton  père,  monarque  des  peuples,  avec  ses 
traits  nombreux  ; mais,  quand  il  eut  encoché  à son  arc  un 
dard  cruel  et  de  la  plus  grande  épouvante,  Bhlshma  lit 
tomber  du  char  le  cocher  du  Vrishnide.  A peine  le  guide 
du  char  eut-il  rendu  l'aine,  sire,  une  course  effrenie  em- 
porta ses  chevaux.  3,188—3,189. 

Grâce  à elle,  ils  coururent,  aussi  rapides  que  le  vent 
ou  la  pensée  : un  cri  tumultueux  surgit  aussitôt  dans 
toute  l’armée.  3,190. 

lin  immense  brouhaha  s'éleva  parmi  les  magnanimes 
Pândouides  : n Courez  ! arrêtez  les  chevaux  ! modérez 
leur  course  1 Hâtez-vous  ! » 3,19f. 

Disait-on  ; c’était  un  bruit  confus,  qui  s’élançait  à la 
suite  du  char  d’Youyoudhâna.  Pendant  ce  temps  même, 
Bhlshma  détruisait  l’armée  Pandouide,  comme  Indra , le 
meurtrier  de  Vritra,  immola  l'année  des  Asouras.  Vic- 
times de  ses  coups,  les  Pàntchâlains  avec  les  Somakas, 

3,192—3,193. 

Ayant  conçu  une  pensée  noble  dans  la  guerre,  fon- 
dirent sur  Bhlshma  lui-même.  Les  Prithides,  Dhrishta- 
dyoumna  à leur  tête,  s’élancèrent  sur  le  fils  de  Çàntanou, 
remplis  du  désir  de  tuer  l’armée  de  ton  fite  dans  la  ba- 
taille; et  les  tiens,  sire,  commandés  par  Bhlshma  et 
Drona,  coururent  à pas  rapides  sur  les  ennemis.  Alors 
eut  lieu  une  grande  bataille.  3,194 — 3,195—3,190. 

L’héroïque  Viràta  atteignit  détruis  flèches  Bhlshma  au 
grand  char  et  perça  de  trois  flèches  ses  chevaux  eux- 
mèmes.  3,197. 

Le  fils  de  Çàntanou  au  grand  arc,  adroit,  aux  vastes 


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320 


LE  MAHA-BHARATA. 


forces,  lui  rendit  en  retour  les  blessures  de  dix  flèches 

V 

empennées  d'or.  3,198. 

Le  Dronide,  archer  terrible  à la  main  ferme,  à l’ample 
char,  perça  de  six  dards  entre  les  deux  seins  l'archer  du 
Gândîva.  3,19». 

Phàlgouna,  l’immolateur  des  guerriers,  ses  rivaux,  lui 
trancha  son  arc;  et  ce  traîneur  des  cadavres  ennemis  le 
blessa  gravement  lui-même  de  cinq  flèches  aiguës. 

Celui-ci,  plein  de  colère  et  ne  pouvant  supporter  que  le 
Prithide  eut  coupé  son  arme  dans  le  combat,  prit  leste- 
ment un  nouvel  arc.  3,200 — 3,201. 

Il  blessa  Phàlgouna  de  neuf  traits  aigus,  sire,  et  perça 
le  Vasoudévide  avec  sept  dards  éminents.  3,202. 

Alors  Dhanandjaya  d’enflammer  avec  Krishna  ses  yeux 
de  colère;  il  poussa  de  longs  et  brûlants  soupirs;  il  songea 
mainte  et  mainte  fois.  3,203. 

L’archer  du  Gâudiva,  qui  traîne  les  cadavres  des 
ennemis,  frappa  sou  arc  de  sa  main  gauche  ; il  encocha 
sur  son  arc  avec  colère  des  flèches  aiguës,  épouvantables, 
aux  nœuds  inclinés,  donnant  la  mort  aux  ennemis  ; et  le 
plus  vigoureux  des  forts  en  blessa  rapidement  le  Dronide 
dans  le  combat.  3,204 — 3,205. 

Les  traits  fendent  sa  cuirasse  et  s’abreuvent  de  son 
sang;  mais,  blessé  par  l’archer  du  Gàndlva,  Açvailbàman 
n’en  fut  aucunement  troublé.  3,206. 

Et  décochant,  sans  être  ému,  ses  flèches  dans  le 
Prithide  , il  resta  ferme  dans  le  combat,  désirant  sauver 
le  héros  au  grand  vœu.  3,207. 

Les  plus  excellents  des  Kourouides  exaltèrent  son  im- 
mense courage  ; car  seul  il  avait  marché  dans  la  guerre 
contre  les  deux  Krishnas  réunis  ! 3,208. 


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BHISHMA-PAKVA. 


321 


» Il  déploie  toujours  son  intrépidité  (1),  disaient-ils, 
dans  les  années,  où  il  combat  : c’est  de  Drona  lui-même, 
qu’il  a reçu  le  don  très-excellent  de  détruire  la  multitude 
des  astras,  3,209. 

» Ce  fils  de  mon  instituteur  spirituel,  est  bien  cher  à 
Drona  : c’est  un  brahme,  qui  doit  être,  à mes  yeux 
surtout,  fort  respectable,  u 3,210. 

Le  héros  Btbhatsou,  le  fléau  das  ennemis,  mais  le  plus 
sensible  des  braves,  ayant  adopté  un  sentiment,  étendit 
sa  compassion  sur  le  fils  du  Bharadwàdjide.  3,211. 

Le  fils  de  Rounlî  aux  blancs  coursiers  abandonna  le 
Dronideen  ce  combat,  et, rempli  de  courage,  il  combattit, 
se  hâtant  d'exterminer  les  tiens.  3,212. 

Douryodhana  avec  dix  flèches  aiguisées  sur  la  pierre, 
empennées  d’or,  frappa  le  héros  Bhîmaséna.  3,213, 

Mais  celui-ci  prit  avec  colère  un  arc  admirable,  solide, 
causant  la  mort,  et  dix  traits  acérés.  3,21A. 

11  blessa  cruellement  en  sa  vaste  poitrine  le  roi  des  Kou- 
rouides  de  ces  dards  mordants,  impétueux,  d’unebrulante 
splendeur  et  tirés  jusqu’à  l’oreille.  3,215. 

Tel  qu’au  sein  des  cieux  le  soleil,  entouré  des  planètes, 
ces  flèches  firent  briller  sur  sa  poitrine  la  pierrerie,  envi- 
ronnée d’un  lacet  d'or.  3,216. 

Blessé  par  Bhîmaséna,  ton  vigoureux  fils  ne  put  le 
supporter,  connue  un  éléphant  ne  peut  endurer  le  bruit 
d’un  coup  de  la  main.  3,217. 

11  perça  dans  sa  colère,  puissant  roi,  Bhlma  de  flèches, 
aiguisées  sur  la  pierre,  empennées  d’or,  et  sauva  son  ar- 
mée du  péril.  3,218.  • 


322 


LE  MAHA-BHAHATA. 


Dans  cetle  lutte,  où  ils  combattaient,  se  couvrant  l’un 
l’autre  de  cruelles  blessures,  tes  deux  fils  aux  vastes  for- 
ces resplendissaient  comme  deux  Immortels.  3,219. 

Le  tigre  des  hommes,  immolateur  des  héros  ennemis, 
le  Soubhadride  frappa  de  ses  traits  acérés  Tchitraséna  et 
de  sept  dards  Pouroumitra.  3,220. 

Après  qu’il  eut  percé,  semblable  à (Jakra  dans  la  guerre, 
Satyavrata  de  sept  flèches,  le  héros,  comme  s’il  dansait 
dans  la  bataille,  engendra  nos  douleurs!  3,221. 

Tchitraséna  le  frappa  en  retour  avec  dix  traits,  Satya- 
vrata avec  neuf  et  Pouroumitra  avec  Sipt  dards.  3,222. 

Blessé,  ruisselant  de  sang,  l'Arjounide  trancha  l’arc 
admirable  de  Tchitraséna,  puissante  défense  de  l’ennemi  : 

Et,  sa  cuirasse  brisée,  le  blessa  d’une  flèche  dans  la 
poitrine.  Alors  les  héros  de  ta  cause,  les  fils  de  rois  aux 
grands  chars,  s’étant  rassemblés  dans  le  combat  avec  co- 
lère, le  percèrent  de  traits  acérés;  et  lui,  versé  dans  les 
plus  savants  astras,  il  les  frappa  tous  de  ses  dards  aigus. 

3,223—3,224—3,225. 

Dès  qu’ils  virent  de  lui  cet  exploit,  tes  fils  environ- 
nèrent ce  jeune  héros,  consumant  tes  guerriers  dans  la 
bataille  ; tel,  allumé  au  temps  où  les  froids  ont  cédé  la 
place  aux  chaleurs,  un  feu  brillant  dévore  une  forêt  de 
bois  sec.  Abhimanyou  resplendissait,  quand  il  donnait  la 
mort  <4  tes  armées.  3,226—3,227. 

Aussitôt  qu’il  le  vit  se  conduire  ainsi,  Lakshmana,  ton 
petit-fils,  souverain  des  hommes,  courut  dans  le  combat  à 
pas  rapides  sur  le  rejeton  de  Sàltwati.  3,228. 

Mais  le  grand  héros  Soubhadride  de  percer  dans  sa  co- 
lère Lakshmana  aux  signes  heureux  avec  six  flèches,  en 
partageant  le  coup  avec  son  cocher;  3,229. 


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BHISHMA-PAHVA. 


328 


Et  Lakshmana  de  son  côté  blessa  le  Soubhadride  avec 
des  traits  acérés,  puissant  roi  : ce  fut  comme  une  chose 
merveilleuse.  3,230. 

Lorsque  le  vaillant  fils  de  Soubhadrà  eut  tué  de  ses 
dards  aigus  les  quatre  chevaux  et  le  cocher  de  Lakshma- 
na,  il  courut  sur  le  héros  ennemi.  3,231. 

L'immolateur  des  guerriers,  ses  rivaux,  Lakslunana  de 
s’arrêter  sur  son  char  aux  coursiers  immolés  et  de  lancer, 
d’une  main  irritée,  un  trident  sur  le  char  du  Soubhadride. 

Mais  soudain  Abhiuianyou  trancha  dans  sou  vol  avec 
des  traits  aigus  ce  projectile  à la  forme  effrayante,  inaf- 
fron table  et  pareil  à un  serpent.  3,232 — 3,233. 

Le  Gotamide  fit  alors  mouler  Lakshmana  dans  son  chai' 
et  l'entraîna,  sous  les  yeux  de  toute  l’armée,  au  galop  de 
ses  coursiers,  dans  le  champ  de  bataille.  3,23 h. 

Tandis  que  ces  scènes  se  déroulaient,  accompagnées 
d’une  profonde  terreur,  animés  d’un  mutuel  désir  de 
s’arracher  la  vie,  tes  Kourouides  au  grand  arc  et  les 
Pândouides  au  grand  char  couraient  se  donner  la  mort . 
et,  sacrifiant  leur  vie  dans  le  combat,  ils  se  frappaient  les 
uns  les  autres.  3,235 — 3,236. 

Les  cheveux  épars,  sans  cuirasses,  sans  chars,  leurs 
arcs  brisés,  les  Srindjayas  combattaient  avec  les  nombreux 
Kourouides.  3,237. 

Bhlshma  aux  longs  bras , aux  vastes  forces , immolait 
avec  colère  sous  des  astras  célestes  l’armée  des  magna- 
nimes fils  de  Pândou.  3,238. 

La  terre  était  jonchée  de  cavaliers,  de  chars,  de  che- 
vaux (1)  et  d’hommes  gisants,  de  coursiers  (2)  et  d'élé- 
phants inanimés.  3,239. 


I—  2 J Pléonasme. 


3*24 


LE  MAHA-BHARATA. 


Alors,  sire,  Sàtyaki  aux  longs  bras,  plein  du  terrible 
orgueil  des  batailles,  banda  dans  le  combat  son  arc  su- 
prême et  capable  de  soutenir  un  fardeau.  3,240. 

11  décocha  des  traits  munis  de  leur  empennure  et  sem- 
blables à des  serpents  venimeux,  déployant  la  promptitude 
de  sa  main,  infiniment  admirable  de  légèreté.  3,241. 

On  vit  sa  forme  terrible,  comme  celle  d’un  nuage,  qui 
verse  la  pluie,  lorsqu’il  tendait  son  arc,  qu’il  envoyait  ses 
flèches  redoublées,  qu’il  en  prenait  d’antres  au  carquois, 
les  encochait  encore  et  les  tirait  de  nouveau  dans  la  ba- 
taille pour  la  perte  des  ennemis.  3,242 — 3,243. 

Le  roi  Douryodhana,  l’ayant  vu  occupé  de  lancer  des 
traits,  envoya  contre  lui,  fils  de  Bharata,  une  myriade  de 
chars.  3,244. 

Le  vigoureux  Sàtyaki,  armé  d’un  arc  supérieur  et  de 
qui  le  courage  était  une  vérité,  immola  tous  ces  héros 
sous  un  aslra  céleste.  3,245. 

Quand  il  eut  exécuté  cette  prouesse  épouvantable,  ce 
brave  saisit  un  arc,  et  s’avança  vers  Bhoûriçravaspour  le 
combattre.  3,246.  / 

Aussitôt  que  Douryodhana  vit  son  armée  étendue  sur 
le  champ  de  bataille  par  Youvoudliàna,  il  courut  avec 
colère,  accroissant  la  gloire  des  Kourouides.  3,247. 

11  fit  vibrer  un  grand  arc,  couleur  de  l’arme  d'Indra,  et 
lança  des  flèches,  pareilles  à des  serpents  et  semblables 
au  tonnerre.  3,248. 

Les  hommes  de  pied,  suivants  de  Sàtyaki,  ne  purent 
supporter,  grand  roi,  ces  traits,  qui  touchaient  comme  la 
mort  et  qu’il  envoyait  par  milliers,  montrant  la  légèreté 
de  sa  main;  et  ils  se  mirent  à courir  de  tous  les  côtés, 
sire,  abandonnant  au  milieu  du  combat  Sàtyaki,  plein  de 
la  cruelle  ivresse  des  batailles.  3.246 — 3,250. 


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BHISHMA-PARVA. 


5-'.5 

A peine  l’ont-ils  vu,  dix  vigoureux  filsd’Youyoudhàna, 
appelés  de  fameux  héros,  avec  des  cuirasses,  des  armes 
et  des  drapeaux  admirables,  3,251. 

S’étant  appr  i hi  s de  Bhoûriçravas  au  grand  arc,  adres- 
sèrent tous  ces  aroles  dans  celte  vaste  bataille  à Yoû- 
pakétou  : 3,252. 

« Oh  ! oh  ! robuste  fils  de  Kourou,  combats  avec  nous  ! 
Viens!  soutiens  uncombatavec  nous,  ou  réunis,  ou  séparés, 

» Ou  toi,  vainqueur  de  nous,  tu  obtiendras  de  la  re- 
nommée dans  la  guerre  ; ou  nous,  ayant  triomphé  de  toi, 
nous  donnerons  de  la  satisfaction  à notre  père  (1)  ! » 

A ces  mots,  le  héros  à la  grande  force,  orgueilleux  de 
son  courage  et  le  plus  hardi  des  hommes,  répondit  à ces 
braves,  qui  s’étaient  approchés  : 3,253—3,254 — 3,255. 

« Vous  parlez  avec  convenance,  héros,  si  telle  est  votre 
pensée  (2)  : combattez  réunis  ; je  vous  tuerai,  en  dépit  de 
vos  efforts.  » 3,256. 

A (reine  leur  avait-il  parlé,  ces  guerriers  au  grand  arc, 
à la  main  prompte,  inondèrent  le  dompteur  de  ses  enne- 
mis avec  une  forte  pluie  de  flèches.  3,257. 

Dans  la  seconde  partie  du  jour,  il  s’éleva  donc  un  com- 
bat confus  sur  ce  champ  de  bataille,  puissant  monarque, 
d’un  seul  contre  ces  nombreux  guerriers  unis.  3,258. 

Ils  firent  pleuvoir  une  averse  de  flèches  sur  ce  héros 
seul  le  plus  excellent  des  maîtres  de  chars:  tels,  dans  la 
saison  des  pluies,  il  arrive  que  des  nuages  inondent  une 
grande  montagne  de  leurs  torrents.  3,259. 

(1)  Texte  de  Bombay  : c’est  un  exemple  de  la  manière}  dont  est  sou- 
vent mal  écrit».'  cette  édition  de  Calcutta. 

(2)  Ibvlem. 


328 


LE  M AHA-BHARATA. 


Mais  ces  multitudes  de  flèches,  lancées  par  eux  avec  le 
fracas  du  tonnerre  ou  le  bruit  du  bâton  d’Yama,  ce  brave 
les  trancha  toutes  dans  leur  vol,  avant  qu’elles  ne  fussent 
arrivées.  3,260. 

S’étant  jetés  tous  à l’entour  du  guerrier  aux  longs  bras, 
ils  s’efî'orçaient  de  le  tuer:  et  le  fils  de  Somadatta  irrité 
coupa  tous  leurs  arcs  et  les  transperça  eux-mêmes,  sire, 
avec  des  traits  divers.  Ceux-ci,  frappés  des  flèches,  tom- 
bèrent sur  la  terre,  comme  des  arbres,  que  la  foudre  a 
brisés.  3,261—3,262. 

Dès  que  le  vaillant  Vrishnide  vit  les  héros,  ses  fils,  cou- 
chés sur  le  sol,  il  jeta  un  cri,  sire,  et  courut  sur  Bhoûri- 
çravas.  3,263. 

Chacun  d’eux  serra  avec  son  char  le  char  de  l’ennemi, 
et  tous  deux  ils  se  tuèrent  leurs  coursiers  l’un  à l’autre 
dans  le  combat.  3,26 4. 

Réduits  à pied,  ils  sautent  à bas  du  char  et,  saisissant 
de  grands  cimeterres,  portant  les  plus  excellents  des  bou- 
cliers (I),  ces  deux  vaillants  héros  de'croiser  le  fer. 

Ces  deux  éminents  hommes,  ils  brillaient,  le  pied  ferme 
au  combat;  mais  Bhtmaséna  s’approche  et  fait  monter  à la 
hâte  dans  son  char  Sàtyaki,  armé  du  meilleur  des  sabres. 
Ton  propre  (ils,  sire,  au  milieu  de  cette  grande  bataille, 
fit  monter  en  diligence  Bhoûriçravas  dans  son  char,  sous 
les  regards  de  tous  les  archers.  Tandis  que  se  déroulait  cet 
incident  particulier  du  combat,  les  Pândouides  irrités  fai- 
saient la  guerre  à Bhishma  au  grand  char.  Pendant  que  le 
soleil  devenait  rouge,  Dhanandjaya  se  dépêcha 

3 , 265 —3 , 206—  3 , 267—  3 ,268— 3 , 269. 


li)  Texle  de  Bombay. 


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BH1SHMA-PARVA. 


327 


D’immoler  vingt-cinq  milliers  de  héros,  à qui  Douryo- 
dhana  avait  commandé  de  porter  la  mort  au  fils  de  Prithà. 

Mais,  à peine  arrivés  auprès  de  lui,  ils  tombèrent  dans 
le  trépas,  comme  des  sauterelles  dans  le  feu.  Ensuite  les 
Matsyas  et  les  Kaikéyains,  versés  dans  la  science  de  l’arc, 

3,270—3,271. 

Environnèrentalorsle  tils  de  Prithàavec  le  héros,  son  fils. 
Dans  cet  instant  même,  le  soleil  descendait  à son  cou-  - 
chant,  et  la  torpeur  naquit  aux  membres  de  tous  les  guer- 
riers. Dévavrata,  ton  père,  conclut  donc  une  suspension 
d’armes.  3,272 — 3,273. 

Au  moment  du  crépuscule,  les  guerriers,  puissant  mo- 
narque, sentaient  leurs  chevaux  fatigués  dans  ce  long  en- 
gagement mutuel  des  Kourouides  et  des  fils  de  Pàndou. 

Les  deux  armées,  émues  par  la  crainte,  de  regagner 
leurs  retraites;  et,  rentrés  dans  leurs  camps,  les  Pàndoui- 
des  et  les  Srindjayas  d'un  côté,  les  Kourouides  de  l'autre 
part,  y prirent  des  logements  suivant  les  règles. 

3,274—3,275—3,276. 

Lorsque  les  fils  de  Kourou  et  de  Pàndou  eurent  passé  le 
temps  de  concert  et  que  la  nuit  se  fut  écoulée,  ils  sortirent 
de  nouveau  pour  le  combat.  3,277. 

Alors  des  tiens  et  des  ennemis  s’éleva  un  bruit  immense 
de  principaux  chars,  qui  se  rassemblaient,  d'éléphants, 
qu’on  préparait,  de  fantassins,  qui  s'armaient,  et  de  cour- 
siers, Bharatide  ; ce  n’était  de  toutes  parts  qu’un  tumulte 
confus  de  conques  et  de  tambours.  3,278—3,279. 

Leroi  Youdhishthira  dit  ensuite  à Dhrishtadyoumna: 

« Dispose  l’armée  en  makara,  ordre,  qui  fait  la  douleur 
des  ennemis.  » 3,280. 

A ces  mots  du  fils  de  Prithà,  le  héros  Dhrishtadyoumna, 


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828 


LE  MAHA-BHARATA. 


le  plus  excellent  des  maîtres  de  char,  donna  ses  ordres  en 
conséquence,  puissant  monarque,  aux  maîtres  de  chars. 

Droupada  et  Dhanandjayale  Pàndouideen  furent  la  tête: 
Sahadéva  et  le  héros  Nakoula  en  furent  les  deux  yeux, 

3,281—3,282. 

Le  muflle  en  était  formé,  puissant  roi,  par  Bhîmasénaà 
la  grande  force,  le  Soubhadride,  les  cinq  fils  de  Draâupadl 
et  le  Rakshasa  Ghatotkatcha.  3,283. 

Sàtyaki  et  Dharmaràdja  étaient  placés  dans  le  cou  de 
cet  ordre  de  bataille  ; le  dos,  grand  roi,  c’était  Virâta,  le 
général  d’armée,  accompagné  de  Dhrishtadyoumnaet  en- 
vironné d'une  armée  nombreuse:  les  cinq  frères  Kaiké- 
yains  en  composaient  le  flanc  gauche.  3,28â — 3,285. 

Le  tigre  des  hommes,  Dhristakétou  et  l’énergique 
Tchékitâna  se  rangèrent  au  flanc  droit,  où  ils  étaient  placés 
pour  la  conservation  de  cet  ordre  de  bataille.  3,280. 

Environné  d’une  grande  armée,  l'héroïque,  le  fortuné 
et  vieux  Kountihhodja  se  tenait,  formant  les  nageoires  du 
monstre  aquatique.  3,287. 

Le  vigoureux  Çikhandi  au  grand  arc,  entouré  des  So- 
makas,  était  avec  lràvat  sur  la  queue  du  makara.  3,288. 

Ayant  ainsi  disposé  leur  ordre  de  bataille,  les-Pândoui- 
des  avaient  revêtu  leur  cuirasse  pour  recommencer  le  com- 
bat, puissant  roi,  au  lever  du  soleil.  3,289. 

Us  s’approchèrent  à la  bâte  des  Kourouides  avec  leurs 
éléphants,  leurs  chevaux,  leurs  chars  et  leurs  hommes  de 
pied,  avec  leurs  drapeaux  et  les  ombrelles  arborées,  avec 
leurs  flèches  acérées  et  luisantes.  3,290. 

Dès  qu’il  vit  l’armée  ennemie  disposée  de  celte  manière, 
sire,  Dévavrata,  ton  père,  de  ranger  à l’encontre  son  ar- 
mée en  forme  de  grand  héron.  3,291. 


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BH1SHMA-PARVA. 


329 


L’ héroïque  Bharadwâdjide  se  dirigea  vers  le  bec  de 
l'oiseau  ; Açvatthâman  et  Kripa  en  furent,  souverain  des 
hommes,  les  deux  yeux.  3,202. 

Accompagné  des  Vàhlikas  et  des  plus  excellents  Kam- 
bodjes,  Kritavarman,  le  plus  adroit  de  tous  les  archers,  en 
forma  la  tête.  3,203. 

Douryodhana-Çoùraséna,  ton  fils,  environné  de  rois 
nombreux,  prit  position,  grand  roi,  dans  le  cou  de  l’oi- 
seau. 3,29A. 

Entouré  d’une  forte  armée,  Prâgdjyotisha  accompagné 
des  Kékayains,  des  Sâauvlras  et  des  Madras,  fut  mis  dans 
la  poitrine.  3,205. 

Le  souverain  des  Prasthalas,  escorté  de  son  armée, 
Souçarman,  revêtu  de  sa  cuirasse  et  le  pied  ferme,  se  ran- 
gea au  flanc  gauche.  3,206. 

Les  Toushàras,  les  Yavanas,  les  Çakas  avec  les  Tchofl- 
likas  se  tiennent,  composant  le  flanc  droit  de  cet  ordre  de 
bataille.  3,207. 

(iroutâyoush,  Çatâyoush  et  le  Somadattide  restèrent 
dans  le  croupion,  vénérable  monarque,  où  leur  défense 
s’étendit  les  uns  sur  les  autres.  3,208. 

Quand  le  soleil  se  fut  levé,  les  Pândouides  de  croiser  le 
fer  pour  la  guerre  avec  les  kourouides;  et  le  combat  de 
commencer.  3,209. 

Les  éléphants  marchèrent  contre  les  maîtres  de  chars 
et  ceux-ci  contre  les  éléphants;  les  chevaux  contre  les 
cavaliers,  et  ces  derniers  contre  les  maîtres  de  chars. 

Les  éléphants  fondaient  sur  les  maîtres  de  chai-s,  et  les 
maîtres  de  char  sur  les  éléphants;  les  chevaux  sur  les 
guerriers,  qui  montaient  des  chevaux,  et  les  éléphants  sur 
les  cavaliers.  3,300—3,301. 


sso 


LE  MAHA-BHARATA. 


Tous,  remplis  de  colère,  ils  soutenaient  ce  combat,  les 
uns  contre  les  antres,  les  maîtres  de  chars  contre  les  fan- 
tassins , et  les  hommes  de  cheval  contre  les  hommes  de 
pied.  3,302. 

L’armée  Pàndouide  brillait  par  Bhîmaséna,  Arjouna, 
les  deux  jumeaux  et  les  autres  grands  héros,  comme  un 
ciel  de  nuit,  émaillé  de  constellations.  3,303. 

Et  Bhtshma,  Drona,  kripa,  Çalya,  Douryodhana  et  les 
autres  jetaient  sur  ton  armée  comme  la  splendeur  d’une 
atmosphère  environnée  de  planètes.  3,30A. 

A la  vue  de  Drona,  le  courageux  Itls  de  kountl,  Bhhna- 
séna  de  s’élancer  avec  ses  chevaux  agiles  sur  l'armée  du 
Bbaradwâdjide.  3,305. 

Mais  le  vigoureux  Drona  irrité,  visant  aux  articulations, 
blessa  Bhlma  dans  ce  combat  avec  neuf  Qèches  de  fer. 

Et  celui-ci,  gravement  blessé  parle  Bharadwâdjide  dans 
la  guerre,  envoya  son  cocher  dans  les  demeures  d'Yama. 

3,306—3,307. 

Mais,  prenant  en  main  lui-mème  les  rênes  de  ses  che- 
vaux, l’auguste  fils  de  Bharadwftdja  dissipa  l’armée  Pàn- 
douide, comme  le  leu  détruit  un  monceau  de  coton. 

En  but  aux  coups  mortels  de  Drona  et  de  Bhtshma,  les 
Srindjayas  avec  les  kalkéyains,  ù le  plus  grand  des 
hommes,  n’eurent  plus  d’autres  pensées  que  pour  la  fuite; 

3,308—8,309. 

Et  ton  armée,  en  proie  aux  blessures  d’ Arjouna  et  de 
Bhîmaséna,  vacillait,  délirante  çà  et  là,  comme  de  nobles 
dames  en  jouet  à l’ivresse.  3,310. 

Ce  carnage  des  plus  vaillants  héros  décimait  les  deux 
armées,  et  une  infortuue  épouvantable  régnait  sur  les 
tiens,  liis  de  Bharata,  et  sur  leeennemis.  3,311. 


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BH1SHM  A-PARV  A. 


381 


Nous  vîmes  là  des  tiens  et  des  rivaux  une  chose  mer- 
veilleuse : c’est  que  tous  combattaient,  les  yeux  fixés  sur 
un  seul  point.  3,312. 

Ayant  préparé  leurs  arcs,  les  Kourouides  et  les  Pàn- 
douides  combattaient  donc,  souverain  des  hommes,  les 
uns  contre  les  autres,  dans  cette  grande  bataille.  3,313. 

Dhritarâshtra  dit  : 

« Ainsi  mon  armée  possédait  beaucoup  de  qualités; 
ainsi  l’armée  des  ennemis  était  multiple  dans  les  siennes  ; 
ainsi  cet  ordre  de  bataille  était  conforme  aux  règles  et  ne 
devait  pas  en  vain  porter  ses  coups,  Sandjaya.  3,314. 

» Maintenant  parle-moi  (1)  de  notre  audacieux  défen- 
seur, excessif  en  courage,  qui  nous  fut  continuellement 
cher,  incliné  au  bien,  doué  des  vertus,  et  dont  la  valeur 
solide  est  toujours  prête  à agir  ; 3,315. 

» Qui  n’est,  ni  trop  vieux,  ni  un  enfant,  ni  maigre,  ni 
gras,  qui  a une  foule  de  choses  longues,  rondes,  légères, 
de  qui  les  membres  sont  formés  de  vigueur  et  qui  est 
exempt  de  maladies  ; 3,316. 

» Qui  a revêtu  son  armure  et  pris  ses  traits,  qui  s'en- 
toure d’une  grande  suite  et  de  flèches  nombreuses,  qui  est 
instruit  au  combat  singulier,  dan3  le  combat  à l'épée,  au 
combat  avec  la  massue  ; 3,317. 

» Qui  a complété  ses  exercices  sur  le  champ  de  ba- 
taille, avec  les  traits  barbelés,  le  sabre,  les  leviers  de  fer 

(1)  Tout  ce  passage  est  à l'accusatif  comme  un  complément  direct,  s'ac- 
cordant avec  vyoûham  : cependant  il  existe  là  des  choses,  qui  ne  peuvent 
convenir  à un  ordre  de  bataille.  Il  y a dono  ici  une  lacune  ou  c’est  un 
passage  transposé.  Malheureusement,  la  faute  est  dans  les  deux  éditions. 
Nous  supposons  que  le  telle  a voulu  parler  de  quelque  guerrier,  de  Bhlshma 
peut-être,  quoiqu'il  y ail  des  traits,  qui  ne  conviennent  pas  exactement  à 
celui-ci  et  que  la  fin  de  ce  passage  siée  fort  bien  à un  ordre  de  bataille. 


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882 


LE  MAHA-BHARATA. 


et  l’arc,  les  massues  en  fer,  le  bhindipâla,  les  tridents  et 
les  mouçalas  ; 3,318. 

» Qui  est  très-versé  dans  toutes  les  sciences  de  la  prise 
d’armes,  à monter,  à descendre,  à marcher,  à sauter  les 
ravins  ; 3,319. 

» Qui  est  habile  à se  battre  convenablement,  à s’a- 
vancer, à fuir  ; qui  a fait  brillamment  nombre  de  fois  ses 
preuves  à conduire  un  char,  des  chevaux,  un  éléphant  j 

» Qui  a reçu  des  moyens  de  vivre  sur  des  examens  faits 
suivant  la  droite  raison,  non  par  société,  non  par  faveur, 
non  à cause  de  parenté,  ni  par  amitié  ou  même  de  force, 
ni  pour  des  épouses  de  noble  famille  ; qui  est  un  homme 
riche  et  d'illustre  naissance,  qui  a rassasié  et  honoré  tous 
ses  parents;  3,320—3,321 — 3,322. 

» Qui  a rendu  le  plus  de  services  aux  hommes  d'intel- 
ligence et  de  renommée,  souvent  par  des  gens  actifs,  les 
plus  distingués,  et  des  œuvres  patentes  (1)  ; 3,323. 

» Qui  est  protégé  par  des  héros  célèbres  dans  l’univers 
et  semblables  aux  gardiens  du  monde  ; qui  est  défendu 
par  de  nombreux  kshatryas  estimés  dans  le  monde  sur  la 
terre,  et  que  l’amour  a fait  venir  de  tous  les  côtés  auprès 
de  nous,  avec  leurs  armées,  avec  leurs  suivants,  comme 
des  lleuves,  qui  se  rassemblent  dans  le  grand  bassin  des 
eaux.  3,324 — 3,325. 

» Il  est  environné  de  chars  et  d’éléphants,  qui,  sans 
ailes,  ressemblent  à des  oiseaux  : lleuve  épouvantable,  qui 
a pour  eaux  des  guerriers,  venus  de  contrées  diverses  (2) , 
et  pour  flots  des  coursiers;  3,326. 

» Doué  de  traits  barbelés,  de  flèches,  de  lances,  de 


(1—2;  Texte  tle  Bombay. 


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BHISHMA-PAJRVA. 


333 


massues  et  de  filets,  encombré  d’ornements  et  de  dra- 
peaux, regorgeant  de  turbans  et  de  pierreries;  3,327. 

» Ébranlé  par  des  chevaux,  qui  courent  avecla  rapidité 
du  vent,  mugissant  avec  fracas  comme  un  second  océan  ; 

« Défendu  par  Drona  et  Bhtshma,  défendu  par  Krita- 
varman,  par  Kripa,  par  Douççàsana,  par  d’autres,  à la 
tète  de  qui  est  Douryodhana;  3,328—3,329. 

» Défendu  par  Bhagadatta,  Vikarna,  le  Dronide,  le  fils 
de  Sou!  a a et  Vàhlika,  par  des  magnanimes,  remplis  de 
vigueur,  et  les  plus  grands  héros  du  monde.  3,330. 

» Car  l'antique  Destin  fut  vaincu,  ici  dans  le  combat  : 
certes  ! les  hommes  n’eurent  jamais  un  effort  de  courage, 
pareil  à celui-ci,  ni  même  les  éminents  rishis,  qui  habi- 
tèrent, Sandjaya,  dans  les  âges  primitifs,  sur  la  terre.  Si 
une  telle  multitude  d’armées  fut  frappée  de  mort  ici  dans 
la  bataille,  quelle  en  fut  la  cause,  Sandjaya,  sinon  la  puis- 
sance du  Destin  ? Tout  ici  parait  nous  être  contraire. 

3,331—3,332—3,333. 

» Vidoura  ne  cesse  de  dire  ce  qui  est  bien  et  conve- 
nable ; mais  Douryodhana,  mon  insensé  fils,  ne  reçoit  pas 
sa  parole.  3,33A. 

» Le  premier  sentiment  de  ce  magnanime,  à qui  tout 
est  connu,  fut,  à mon  avis,  que  tout  cela  est  arrivé  na- 
guère, mon  fils,  par  la  force  du  Destin.  3,335. 

» Oui  ! Sandjaya,  les  choses  devaient  être  ainsi  de  toute 
manière  : cela  est  tel  que  ce  fut  jadis  créé  par  Brahma,  et 
non  autrement.  » 3,330. 

C’est  pour  toi,  c’est  pour  ta  faute,  sire,  qu'une  telle  in- 
fortune est  arrivée,  lui  répondit  Sandjaya  ; car  Douryo- 
dhana ne  voit  pas,  éminent  Bharatide,  celte  confusion  des 
devoirs,  que  voit  la  majesté  ; c'est  par  ta  faute,  souverain 


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LE  MAHA-BHARATA. 


SSA 

des  hommes,  que  ce  jeu  fut  jadis  célébré.  3,337 — 3,388. 

C’est  par  ta  faute  que  sévit  ce  combat  avec  les  Pân- 
douides.  Puisque  tu  as  fait  la  souillure  de  ton  Ame. 
mange-s-en  donc  le  fruit  maintenant.  3,339. 

Celui,  par  qui  l’œuvre  est  accomplie,  en  doit  manger  le 
fruit,  sire,  soit  ici,  soit  dans  l’autre  mondo  ; il  arrive  ce 
que  tu  as  préparé.  3,340. 

Sois  donc  tranquille,  auguste  roi  ; et,  après  que  tu  as 
obtenu  cette  grande  infortune,  écoute  de  ma  bouche  la 
manière,  dont  cette  bataille  fut  livrée.  3,341. 

L'héroïque  Bhtmaséna,  quand  il  eut  enfoncé  la  grande 
armée  de  ses  flèches  bien  acérées,  s'avança  alors  vers  les 
frères  puînés  de  Douryodhana,  8,342. 

Vers  Douççâsana,  Dourvishaha,  Doussaha,  Dourmada, 
Djaya,  Djayaséna,  Vikarna,  vers  Tchitraséna,  Soudarçana, 

Tchâroutchitra,  Souvarmâna,  Douskarna  et  Kama, 
Quand  le  guerrier  aux  vastes  forces  eut  jeté  ses  regards 
irrités  sur  ces  héros  et  sur  d’autres  Dhritarâshtrides  en 
bien  grand  nombre,  placés  dans  son  voisinage,  il  entra 
en  pleine  bataille  dans  la  forte  armée,  que  défendait 
Bhishma.  3,343—8,344—3,345. 

A peine  l'eurent-ils  vu  debout  devant  eux,  ils  se  dirent 
tous  : o 11  nous  faut  prendre,  souverain  des  hommes,  ce 
requin  vivant  ! s 3,346. 

Environné  de  ces  frères,  la  résolution  arrêtée,  comme  le 
soleil  est  entouré  des  puissantes  et  cruelles  planètes,  dans 
la  destruction  des  créatures,  la  crainte  ne  pénétra  pas 
même  au  cœur  du  Pàndouide,  lorsqu’il  fut  arrivé  au  mi- 
lieu de  cet  ordre  de  bataille:  tel,  dans  la  guerre  des 
Asouras  et  des  Dieux,  Mahéndra  entré  au  milieu  des  Dà- 
navas.  3,347 — 3,348. 


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BH1SHMA-PAKVA. 


335 


Alors,  cent  milliers  de  chars,  munis  de  tous  les  projec- 
tiles, s’élançant  avec  des  flèches  épouvantables,  entourent 
ce  guerrier  seul.  3,349. 

Et  le  héros  de  massacrer  dans  le  combat  avec  indiffé- 
rence les  meilleurs  guerriers  de  ces  Dhritar&shtrides,  ca- 
valiers, chars,  éléphants,  chevaux.  3,350. 

Connaissant  la  résolution,  qu’ils  avaient  conçue  de  le 
faire  prisonnier,  Bhlmaséna  à la  grande  vigueur  fit  sa 
pensée  de  leur  donner,  sire,  la  mort  à tous.  3,351, 

Alors,  quittant  son  char  et  prenant  sa  massue,  le  Pân- 
douide  se  mit  à tarir  (1)  cette  grande  mer  de  la  multi- 
tude des  forces,  mise  en  avant  par  les  Dhritarâshtrides. 

Tandis  que  Bhlmaséna  faisait  irruption  daus  l’armée, 
Dhrishtadyoumna  le  Prishatide,  abandonnant  Drona,  de 
s’approcher  à grands  pas  du  côté  où  était  le  Soubalide. 

3,352—3,353. 

Dès  qu’il  eut  arrêté  une  grande  armée  des  tiens,  le  mo- 
narque s’avança  dans  le  combat  vers  le  char  vide  de  Bhî- 
maséna.  3,354. 

A l’aspect  de  Viçoka,  son  cocher,  Dhrishtadyoumna, 
roulant  de  tristes  pensées,  l’âme  hors  de  lui-même,  grand 
roi,  l’interrogea  d’une  voix  arrêtée  par  ses  larmes  et  pro- 
féra ces  paroles  mêlées  à ses  profonds  soupirs  : « Où  est 
Bhlshma,  qui  m’est  plus  cher  que  la  vie?  » demanda-t-il 
avec  affliction.  3,565 — 3,35B. 

Viçoka,  portant  les  mains  réunies  à son  front,  de  ré- 
pondre ces  mots  à Dhrishtadyoumna  : « Le  robuste 
P&ndouide  à la  vigueur  immeuse  nt'a  placé  ici.  3,357. 

» 11  est  entré  seul  dans  la  grande  mer  de  l’armée  des 


(1)  Littéralement  : il  tua. 


LE  MAHA-BHARATA. 


330 

bhritarâshtrides,  et  m’a  dit  affectueusement  ces  paroles, 
tigre  des  hommes:  3,358. 

« Attends-moi,  cocher;  retiens  un  moment  tes  cour- 
siers, jusqu'à  ce  que  j’aie  immolé  à l’heure  môme  ces 
gens,  qui  aspirent  à ma  mort."  » 3,358. 

# On  vit  alors  ce  guerrier  à la  grande  force  courir,  sa 
massue  à la  main  ; et  le  carnage  de  tous  les  guerriers 
commença.  3,360. 

» Tandis  que  ce  combat  très-tumultueux  et  d’une 
grande  terreur  se  déroulait,  ton  ami,  sire,  enfonçant  ce 
grand  ordre  de  bataille,  y pénétra.  » 3,301. 

A ces  mots  de  Viçoka,  le  vigoureux  Dhrishtadyouinna 
le  Prishatide  répondit  au  cocher  au  milieu  du  com- 
bat : 3,362. 

« 11  n’y  a plus  d’utilité  pour  moi  dans  la  vie  mainte- 
nant que  j'ai  abandonné  Bhtmaséna  dans  la  bataille, 
maintenant  que  j’ai  déserté  mon  amitié  avec  les  Pâu- 
douides.  3,363. 

» Que  diront  les  kshatrvas,  s’ils  me  voient  marcher  sans 
Bhtma,  lorsque  Bhtma  sera  descendu  dans  la  tombe  et 
que  moi  j’aurai  échappé  au  combat.  3,364. 

» Les  Dieux,  auxquels  préside  Çakra,  versent  des  malé- 
dictions sur  l'homme,  qui , ayant  abandonné  ses  compa- 
gnons, retourne  heureux  dans  sa  maison.  3,365. 

» Bhimaséna  à la  grande  force  est  mon  ami  et  mon  pa- 
rent : il  m'est  dévoué  comme  je  suis  dévoué  moi-mème  à 
cet  immolateur  des  ennemis.  3,366. 

» J’irai  donc  jusqu’où  est  allé  Vrikaudara.  Regarde- 
moi,  tandis  que  je  vais  exterminer  les  ennemis,  tel  qu'ln- 
dra  lui-même  détruisit  les  Dânavas.  » 3,367. 

Eu  articulant  ces  paroles,  le  héros  de  s'avancer  par  le 


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BH1SHMA-PARVA. 


337 


milieu  de  cette  armée,  dans  les  routes  de  Bhtma,  à tra- 
vers les  éléphants  broyés  par  sa  massue.  3,3(58. 

11  vit  alors  Bhhna,  qui  consumait  l’armée  des  ennemis 
et  qui  brisait  comme  des  arbres  les  nombreux  monarques. 

Blessés  dans  le  combat,  les  maîtres  île  chars,  les  cava- 
liers, les  fantassins  et  les  éléphants  poussaient  de  grands 
cris  de  détresse.  3,365)  —3,370. 

Ton  armée  fit  éclater  à la  fois,  vénérable  monarque, 
des  milliers  de  hélas  ! hélas  ! sous  les  coups  de  l'adroit 
héros  Bhimaséna.  3,371. 

Ensuite,  tous  ces  guerriers,  qui  avaient  la  science  des 
armes,  cernent  Vrikaudara  et  déchargent  intrépidement 
sur  lui  une  averse  de  flèches  par  tous  les  côtés.  3,372. 

Le  vigoureux  Prishatide  vit  dans  ce  moment  le  Pàn- 
douide  Bhimaséna,  le  plus  excellent  de  ceux,  qui  portent 
la  flèche,  et  le  héros  du  monde,  qui  courait  partout  au 
milieu  de  cette  armée  épouvantable  et  bien  compacte. 

Le  Prishatide  s’approcha  du  héros  à pied,  couvert  de 
blessures  par  les  flèches,  vomissant  le  poison  de  sa  co- 
lère et  sa  massue  à la  main,  tel  que  la  mort  au  moment 
arrivé  du  trépas;  il  donna  à Bhimaséna  le  temps  de  res- 
pirer. 3,373 — 3,374. 

Le  magnanime  retira  les  flèches  de  son  corps  et  le  fit 
monter  à la  hâte  dans  son  char  : il  serra  étroitement  Bht- 
maséna  dans  ses  bras  et  lui  fit  reprendre  baleine  au  mi- 
lieu des  ennemis.  3,375. 

Ton  fils,  s’étant  avancé  vers  ses  frères  au  milieu  de  ce 
carnage,  leur  dit  rapidement  ces  paroles  : u Voilà  ce  (ils 
à l’âme  méchante  de  Droupada,  qui  a fait  sa  jonction  avec 
Bhimaséna.  3,376. 

» Allons  tous  réunis  pour  le  tuer  de  peur  que  l’en- 
vn  22 


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338 


LE  MAHA-BHARATA. 


nemi  ne  désire  soumettre  nos  armées  au  même  destin  ! >< 
Irrités  à ces  mots,  les  Dhritaràshtrides  excités  par  cet 
ordre  de  leur  frère  atné,  s’avancent,  les  armes  levées  pour 
la  mort  de  Bhima,  terribl  s comme  de  funestes  planètes 
à la  fin  d’un  youga.  Saisissant  des  arcs  admirables, 
ébranlant  les  cœurs  avec  le  fracas  de  leurs  roues  et  le 
bruit  de  leur  corde,  ces  héros  3,377 — 3,378. 

Firent  pleuvoir  sur  le  fils  de  Droupada  une  averse  de 
flèches  : telle  une  masse  d’eau , versée  par  les  nuages, 
inonde  une  montagne;  mais,  blessé  par  ces  traits  bien 
acérés,  le  héros  n’en  fut  pas  même  ébranlé  dans  le  com- 
bat. 3,379. 

Dès  qu’il  vit  te3  fils  soulevés,  qui  se  tenaient  près  de 
lui  dans  le  combat  , le  jeune  héros  issu  de  Droupada, 
bouillant  de  colère  contre  tes  enfants,  comme  Mahéndra 
dans  sa  bataille  avec  les  Daîtyas,  et  désirant  les  détruire, 
leur  décocha  l'astra  terrible  de  la  fascination  ; et  ces  hé- 
ros des  hommes,  l’àme  et  l’esprit  frappés  par  la  magie 
du  prestige,  portaient  çà  et  là  dans  ce  combat  le  délire  de 
leurs  sens.  3,380 — 3,381. 

A son  bruit  entendu,  tes  fils  se  mirent  à fuir  de  tous 
les  côtés  avec  leurs  chevaux  , leurs  éléphants  et  leurs 
chars,  l’esprit  perdu,  soumis  à cette  fascination  et  comme 
enveloppés  par  la  mort.  3,382. 

Dans  ce  même  temps  , Drona , le  plus  adroit  des 
hommes,  qui  sont  armés  de  flèches,  s’étant  approché, 
perça  Droupada  avec  trois  dards  épouvantables.  3,383. 

Ce  prince,  affreusement  blessé  par  Drooa,  se  retira  du 
combat,  se  souvenant,  sire,  de  son  ancienne  inimitié  arec 
l'anachorète.  3,38A. 

Vainqueur  de  Droupada,  l’auguste  brahme  fît  résonner 


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BH1SHMA-PA11VA. 


330 


sa  conque  : à ce  bruit , tous  les  Somakas  de  trembler. 

Ensuite,  ce  robuste  homme  et  le  plus  habile  de  tous  les 
guerriers  apprit  que  tes  fils  étaient  égarés,  sur  le  champ 
de  bataille,  par  l'astra  de  la  fascination.  3,3S3  — 3,386. 

L'auguste  et  héroïque  Bharadwàdjide  iu  grand  arc,  qui 
eut  les  désirs  d’un  roi,  s’avança  hors  du  lieu  où  il  avait 
combattu,  et  vit  là  Dhrishtadyoumna  et  Bhlmaséna,  qui  se 
promenaient  dans  cette  grande  bataille  ; il  vit  aussi  tes  (ils, 
qui  étaient  le  jouet  du  délire.  3,387 — 3,388. 

11  prit  l’astra  de  la  science,  avec  lequel  il  détruisit  l’astra 
de  l'erreur,  et  les  héros  tes  fils  alors  furent  rendus  à la 
vie.  3,380. 

Bidma  et  le  Prishatide  avaient  recommencé  le  combat. 
Youdhishthira,  ayant  disposé  ses  guerriers  en  ordre  de 
bataille,  leur  adressa  ces  paroles  : 3,300. 

« Que  douze  vaillants  héros,  revêtus  de  la  cuirasse, 
suivent  dans  le  combat  avec  vigueur,  sous  les  ordres  du 
Soubhadride,  la  route  de  Bhlmaséna  et  du  Prishatide  I 

» Qu'ils  aillent  en  chercher  des  nouvelles,  car  mon  es- 
prit est  dans  l’inquiétude.  » — a Oui  ! » répondent  à 
son  commandement  tous  ces  vaillants  héros,  combattants 
avec  un  orgueil  viril;  et  ils  partent  au  moment  où  le  soleil 
était  arrivé  au  milieu  de  sa  carrière. 

• 3,391—3,392—3,303. 

C’étaient  les  Kalkéyains,  les  cinq  fils  de  Draâupadt 
et  le  vigoureux  Dhrishtakétou,  sous  les  ordres  d’Abhp- 
manyou,  environnés  d’une  nombreuse  armée.  3,39 h. 

Ces  dompteurs  des  ennemis,  ayant  donné  à leur  ordre 
de  bataille  la  forme  d’une  aiguille,  enfoncèrent  dans  ce 
grand  cdmbat  l’armée  de  chars  des  Dhritaràsbtrides. 

Dès  quelle  vit  s’avancer  les  héros  sous  la  conduite 


340 


LE  MAHA-BHÀRATA. 


d’ Abhimanyou,  ton  armée,  déjà  saisie  d’effroi  par  Bhîma- 
séna  et  jetée  hors  de  sens  par  Dhrishtadyoumna,  ne  put 
soutenir  leur  attaque  : elle  eut  son  âme  pleine  d’égare- 
ment et  se  tint  dans  la  route  de  l’ivresse. 

3,395 — 3,386 — 3,397. 

Ces  héros  aux  drapeaux  faits  d’or  s’approchent  et 
courent  attaquer  Vrikaudara  et  Dhrishtadyoumna. 

A la  vue  des  guerriers,  que  commandait  Abhimanyou, 
ces  deux  braves  furent  remplis  de  joie,  en  exterminant  ton 
armée.  3,398 — 3,399. 

Aussitôt  que  le  Prishatide,  aussitôt  que  le  héros  Pàn- 
tchàlain  aperçut  son  gourou,  qui  s’avançait  à grands  pas, 
il  ne  craignit  plus  de  recevoir  la  mort  de  tes  fils.  3,400. 

Quand  celui-ci  eut  fait  monter  Vrikaudara  sur  le  char 
d’un  guerrier  Kaîkéyain,  il  courut  plein  de  colère  sur 
Drona,  qui  avait  porté  à sa  perfection  l’étude  de  l’arc  et 
de  la  flèche.  3,401. 

L’immolateur  des  ennemis,  l’auguste  Bharadtvàdjide 
irrité  trancha  d’un  bhalla  son  arc,  dans  le  moment  qu’il 
s’élançait  précipitamment  sur  lui.  3,402. 

11  envoya  d’autres  flèches  par  centaines  au  Prishatide 
pour  le  bien  de  Douryodhana,  en  souvenir  des  gâteaux  de 
riz,  qu’il  avait  reçus  de  son  maître.  3,403. 

Le  meurtrier  des  héros  ennemis,  le  Prishatide  de  pren- 
dre un  nouvel  arc  et  de  blesser  Drona  avec  sept  dards 
tÿguisés  sur  la  pierre,  à l'empennure  d’or.  3,404. 

Celui-ci,  qui  traîne  les  corps  de  ses  ennemis  tués,  de 
rechef  lui  coupa  son  arc.  11  envoya  rapidement  avec  quatre 
flèches  triomphantes  ses  quatre  coursiers  dans  les  de- 
meures épouvantables  d'Yama;  il  envoya  également  d’un 
bhalla  son  cocher  à la  mort.  3,406 — 3,400. 


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BH1SH.WA-PARVA. 


341 


Le  héros  aux  longs  bras  sauta  lestement  à bas  du 
chat-,  qui  avait  perdu  ses  chevaux,  et  monta  dans  le  grand 
char  d'Abhimanyou.  3,407. 

L’armée  était  ébranlée  avec  ses  chevaux,  ses  éléphants 
et  ses  chars,  sous  les  yeux  de  Bhîmaséna  et  du  sage  Pri- 
shatide.  3,408. 

Tous  les  grands  héros  ensemble  ne  pouvaient  empêcher 
Drona  à la  force  sans  mesure  d’enfoncer  leur  armée. 

Cette  armée,  que  Drona  perçait  de  ses  flèches  acérées, 
elle  flottait  çà  et  là,  comme  une  mer  agitée. 

Tes  bataillons  se  réjouissaient  de  voir  le  parti  contraire, 
plongé  en  de  telles  conditions;  et,àl'aspect  del' Atchârya, 
qui,  dans  sa  colère,  consumait  l'armée  des  ennemis,  tous 
les  guerriers  de  s’écrier,  Bharatide  ; « Bien  ! Fort  bien  ! » 
3,409—3,410—3,411—3,412. 

Le  roi  Douryodhana,  revenu  de  son  délire,  arrêta  de 
nouveau  avec  des  pluies  de  flèches  l’impérissable  Bhima- 
séna.  3,413. 

Réunis  de  nouveau  dans  un  même  esprit,  tes  héroïques 
fils,  rassemblés  dans  le  combat  et  luttant  d’efforts,  com- 
battirent Bhîmaséna.  3,414. 

Ce  guerrier  aux  longs  bras,  étant  parvenu  lui-même  à 
son  char,  y monta  et  s'avança  vers  l’endroit  où  se  tenait 
ton  fils.  3,415. 

Homme  d’une  grande  vitesse,  il  prit  un  arc  solide,  Ad- 
mirable, causant  la  mort,  et  envoya  ses  flèches  le  frap- 
per. 3,410. 

A son  tour,  le  roi  Douryodhana  blessa  Bhîmaséna  à la 
grande  vigueur  et  lança  profondément  un  trait  fort  aigu 
dans  ses  membres.  3,417. 

Horriblement  percé  par  l’archer,  ton  fils,  le  héros,  ses 


342 


LE  MAHA-BHARATA. 


yeux  rouges  de  colère,  encocha  rapidement  son  arc  ; 

Et  rendit  le  coup  à Douryodhana  avec,  trois  flèches, 
qu’il  darda  entre  ses  bras,  au  milieu  de  la  poitrine  ; mais, 
frappé  de  cette  manière,  il  n’en  fut  pas  ébranlé,  sire,  plus 
que  le  roi  des  monts.  3,418 — 3,410. 

Dès  qu’ils  virent  ces  deux  guerriers  irrités  se  charger 
de  coups  mutuels  dans  le  combat,  tous  les  héros,  frères 
puînés  de  Douryodhana,  qui  avaient  renoncé  à la  vie, 

Se  rappelant  ce  qu'on  avait  délibéré  jadis  pour  la  com- 
pression des  actes  de  Bhima,  prennent  une  résolution  su- 
prême et  tentent  de  le  faire  prisonnier.  3,420—3,4*21. 

Bhîmaséna  à la  grande  force  s’avança  sur  le  champ  de 
bataille  même  au-devant  de  ces  guerriers  accourants,  tel 
qu’un  éléphant  à la  rencontre  des  éléphants  ennemis. 

Bouillant  de  colère,  ce  vigoureux  à la  haute  renommée 
accabla  d'une  (lèche  eu  fer  Tchitraséna,  ton  fils,  auguste 
roi.  3,42*2-3,423. 

Le  Bharatide  blessa  tes  autres  fils  dans  la  bataille  avec 
ses  dards  nombreux,  empennés  d’or  et  doués  d’une  grande 
vélocité.  3,424. 

Quand  ils  eurent  entièrement  affermi  le  pied  de  leurs 
armées  dans  le  combat,  c s douze  éminents  héros,  qui 
avaient  pour  chef  Abhimanyou,  3,4*25. 

Et  que  Dharmarftdja  avait  envoyés,  grand  roi,  sur  les 
pas  île  Bhîmaséna,  fondirent  sur  les  vaillants  fils  de  sou- 
verain. 3,426. 

A peine  eurent-ils  vu  tous  ces  courageux  héros,  accom- 
pagnés de  la  fortune,  resplendissants,  debout  sur  leurs 
chars,  jetant  un  éclat  semblable  à celui  du  feu  ou  du 
soleil,  3,4*27. 

Enflammés  dans  cette  grande  bataille,  rayonnants  de 


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BHISHMA-PARVA. 


343 


la  flamme,  que  répandait  leur  tiare  (1)  d’or,  tes  fils  à la 
haute  vigueur  d’abandonner  Bhtmaséna  dans  le  combat. 

Le  fils  de  kounti  ne  souffrit  pas  qu'ils  s’éloignâssent  et 
se  dit  : « S’en  iront-ils,  la  vie  sauve?  » 3,428 — 3,429. 

Abhimanyou,  joint  à Bhtmaséna  et  au  Prishatide,  les 
suivit,  écrasant  de  nouveau  tous  les  fils  de  toi  dans  le 
combat.  Douryodhana  et  les  autres  vaillants  héros,  l’arc 
au  poing,  ayant  vu  ton  armée  ainsi  mal-menée,  s’avan- 
cèrent sur  leurs  chevaux,  lancés  d'une  extrême  vitesse, 
là  où  étaient  les  chars;  et,  dans  l’après-midi  de  ce  jour, 
sire,  naquit  une  grande  bataille  de  tes  vigoureux  combat- 
tants et  des  ennemis.  Dans  ce  vaste  combat,  Abhimanyou 
tua  les  coursiers  de  Vikarna, 

3,430  -3,431—3,432—3,433. 

Et  le  couvrit  lui-même  de  vingt-cinq  traits  fort  petits. 
Ce  grand  héros,  sire,  abandonna  le  char  privé  de  ses 
chevaux,  et  monta  sur  le  char  lumineux  de  Tchitraséna. 
L’Arjounide  couvrit  d'une  averse  de  flèches  ces  deux 
frères,  accroissement  des  Kourouides,  placés  sur  un  même 
char.  L’invincible  Vikarna  de  le  blesser  en  retour  avec 
cinq  traits  de  fer.  Mais  le  Krishnide  n'en  fut  pas  ébranlé 
et  resta  ferme  comme  le  Mérou.  Douççâsana  combattit, 
vénérable  Indra  des  rois,  les  cinq  Kaîkéyains;  et  ce 
combat  fut  comme  un  prodige.  Les  fils  irrités  de  Draàu- 
padt  arrêtèrent  Douryodhana  au  milieu  de  la  bataille. 

3,434-3,435-  3,430—3,437—3,438. 

Chacun  d'eux  attaqua  ton  fils  avec  trois  flèches,  et  ton 
inaffrontable  fils  riposta  dans  le  combat  aux  fils  de  Draâu- 
padl.  3,439. 


(!)  Teitt'  de  Bombay. 


344 


LE  MAHA-BHARATA. 


Ils  le  frappèrent  individuellement,  sire;  et,  blessé  de 
leurs  traits  acérés,  il  brillait,  arrosé  de  sang,  comme  les 
cataractes  d'une  montagne,  à l’eau  desquelles  sont  mêlés 
ses  métaux.  Le  vigoureux  Bhishma  lui-même  extermina 
l’armée  des  Pàndouides , comme  Çiva  détruisit  les 
troupeaux  de  bétail.  Ensuite,  le  Gàndlva,  souverain  des 
hommes,  fit  éclater  son  terrible  son,  3,440-3,441-3,44*2. 

Sous  la  main  du  Prithide,  qui  immolait  les  guerriers 
de  l'armée  ennemie  : et  les  cadavres  mutilés  se  dressèrent 
alors  par  milliers  dans  ce  combat.  3,443. 

Au  milieu  des  armées  Kourouide  et  Pàndouide,  c’étaient 
des  eaux  de  sang,  des  tourbillons  de  (lèches,  des  (les  d’é- 
iéphants  et  des  flots  de  coursiers.  3 ,444. 

Les  héros  éminents  traversèrent  cet  océan  d’armées  sur 
les  esquifs  de  leurs  chars.  On  voyait  tombés  là  par  cen- 
taines et  par  milliers  les  plus  excellents  des  guerriers, 
sans  cuirasses,  les  mains  coupées,  presque  sans  corps. 
Les  éléphants,  tués  dans  l’ivresse,  inondés  de  sang,  fai- 
saient paraître  la  terre  comme  hérissée  de  montagnes.  Nous 
vîmes  là,  Bharatide,  le  prodigieux  courage  des  tiens  et 
des  ennemis.  3,445 — 3,446 — 3,447. 

Il  n’y  avait  pns  là  un  homme  quelconque,  qui  ne  dé- 
sirât combattre  : ainsi  luttaient  avec  les  fils  de  Pàndou 
les  héros  de  ta  cause,  ambitionnant  une  vaste  renommée 
et  désirant  la  victoire.  3,448—3,449. 

A l’heure  où  le  soleil  a déjà  pris  sa  teinte  rouge,  le  roi 
Douryodhana,  rapide  en  ses  combats  et  qui  voulait  ravir 
l’existence  à Bhimaséna,  courut  sur  lui.  3.450. 

Aussitôt  qu'il  vit  s'avancer  le  héros  des  hommes, 
inébranlable  ennemi , Blduia  dit  avec  colère  ces  pa- 
roles : 3,451. 


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BBISHMA-PARVA. 


345 


« Le  voici  donc  arrivé,  ce  moment  désiré  depuis  un 
grand  nombre  d’années  : je  vais  te  tuer  aujourd’hui  même, 
si  tu  n’abandonnes  pas  le  champ  de  bataille.  3,452. 

» Aujourd’hui,  par  ta  mort,  je  vais  exstirper  entière- 
ment les  ennemis  de  Kountt,  notre  long  exil  dans  les 
forêts  et  toutes  les  vexations,  dont  fut  abreuvée  Draâu- 
padi.  3,453. 

» Vois  arrivée  aujourd’hui  même  l’infortune,  récom- 
pense de  ta  scélératesse;  car  tu  as  étendu  sur  nous  ton 
envie  et  tes  mépris.  3,454. 

» En  suivant  jadis  le  sentiment  de  Karna  et  du  Sou- 
balide,  tu  as  accompli,  sans  y penser,  la  volonté  et  les 
désirs  des  fils  de  Pàndou.  3,455. 

» Parce  que  tu  as  méprisé  dans  ta  démence  les  prières 
du  Dàçàrhain,  et  que  tu  as  donné  avec  orgueil  un  ordre 
si  outrageant  à Ouloùka  ; 3.450. 

» Puisque  toi,  jadis,  tu  as  commis  ces  crimes,  je  te 
tuerai,  accompagné  de  tes  parents,  et  je  rétablirai  la 
paix!  » 3,4)7. 

A ces  mots,  il  bande  un  arc  épouvantable,  le  fait  vibrer 
plusieurs  fois  (1),  et  encoche  des  flèches  effrayantes 
d’un  éclat  semblable  à celui  de  la  grande  foudre.  3,458. 

11  lança,  irrité,  d’une  main  hâtée,  dans  Souyodhana 
rapidement  trente-six  dards,  pareils  au  tonnerre  ou  tels 
que  la  flamme  et  le  feu  flamboyant.  3,459. 

Il  trancha  son  arc  avec  deux  traiis,  il  blessa  son  cocher 
avec  deux  autres  et  jeta  ses  coursiers  dans  les  demeures 
d’Yama  avec  quatre  flèches.  3,400. 

Le  broyeur  des  ennemis  abattit,  du  haut  de  son  char 


(1)  Texte  de  Bombay. 


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846 


LE  MAHA-BHARATA. 


sublime,  l’ombrelle  de  ce  monarque  avec  deux  traits  bien 
décochés  dans  le  combat.  3,461. 

11  coupa  de  trois  flèches  son  drapeau  magnifique,  flam- 
boyant; et,  cela  fait,  il  poussa  un  immense  cri,  sous  les 
yeux  de  ton  fils.  3,462. 

Le  drapeau  fortuné , orné  de  toutes  les  pierreries, 
tomba  tout  à coup  du  char  sur  la  terre,  comme  un  éclair 
jaillit  d’un  nuage.  3,463. 

Tous  les  princes  virent  tranché  l'étendard  du  roi  des 
Kourouides,  flamboyant,  magnifique,  semblable  au  soleil 
et  qui  représentait  un  éléphant  brodé  en  pierres  fines.  ’ 

L'héroïque  Bhîma  de  le  frapper  lui-même,  en  riant, 
avec  dix  flèches,  comme  on  frappe  un  grand  éléphant  d’un 
croc  aigu.  3,464 — 3,465. 

Ensuite,  le  roi  des  Sindhiens  aux  vastes  forces,  le  plus 
excellent  des  héros,  environné  de  guerriers  vaillants,  cou- 
vrit les  derrières  de  Douryodhana.  3,466. 

Le  plus  éminent  des  maîtres  de  chars,  Kripa,  fit  monter 
dans  sa  voiture  de  guerre,  sire,  le  Kourouide  en  colère, 
Douryodhana  à l’énergie  sans  mesure.  3,467. 

Gravement  blessé  par  Bhimaséna  dans  la  guerre,  ému 
dU  douteur,  le  roi  Douryodhana  de  s’affaisser  alors  sur  le 
banc  du  char.  3,408. 

Désireux  de  tuer  Ventre-de-loup,  Djayadratha  d’enve- 
lopper Bhimaséna  et  de  lui  fermer  les  plages  du  ciel  avec 
plusieurs  milliers  de  chars.  3,469. 

Dhrishtakétou , le  vigoureux  Abhimanvou,  les  Ra!- 
kéyains  et  les  fils  de  Rraâupadt  livrèrent  combat,  sire,  à 
tes  fils.  3,470. 

Abhimanyou  au  grand  cœur  les  frappa  tous  et  les  blessa 
individuellement  de  cinq  (lèches  aux  nœuds  inclinés,  en- 


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BH1SHMA-PARVA. 


347 


voyées  d’un  arc  admirable  et  dont  la  mort  ressemblait  à 
celle,  que  donne  la  foudre.  Tous  irrités,  ils  firent  éclater 
sur  le  Soubhadride,  le  plus  grand  des  héros,  une  averse 
de  flèches  acérées,  comme  des  nuages  sur  le  mont  Mérou. 
Consommé  dans  les  armes,  ivre  du  cruel  orgueil  des 
combats,  opprimé  dans  cette  guerre, 

3,471—3,472—3,473, 

Abhimanyou  jeta  la  fuite  au  milieu  des  tiens,  grand 
roi,  comme  jadis,  dans  la  guerre  des  Dieux  et  des  Dé- 
mons , l’Immortel  , qui  tient  la  foudre  , dispersa  les 
Asouras.  3,474. 

Le  plus  grand  des  héros  lança,  Bharatide,  à Vikarna 
quatorze  bhallas  effrayants,  semblables  à des  serpents. 

Le  vigoureux  fit  tomber  du  char  de  Vikarna  son  drapeau 
et  son  cocher  : il  abattit  ses  chevaux,  comme  s’il  dansait 
en  cette  bataille.  3,475 — 3,476. 

De  rechef,  le  héros  Soubhadride  envoya  à son  ennemi 
d'autres  flèches  non  paresseuses,  insignes,  allant  droit  au 
but,  altérées  de  sang.  3,477. 

Revêtues  de  la  plume  des  paons  et  des  hérons,  elles 
fondent  sur  Vikarna,  entrouvrent  son  corps  et  pénètrent 
dans  la  terre,  en  sifllant  comme  des  serpents.  3,478. 

On  vit  ces  traits,  à l’èxtrémité  empennée  d’or,  plongés 
dans  le  sol  de  la  terre,  humides  du  sang  de  Vikarna  et 
qui  semblaient  vomir  le  sang.  3,479. 

Dès  qu’ils  le  virent,  ayant  le  corps  fendu,  les  autres 
guerriers,  ses  frères  de  tout. sang,  s’élancèrent  dans  le  com- 
bat sur  les  héros,  que  commandait  Abhimanyou.  3,480. 

Debout  sur  leurs  chars  et  pleins  de  la  cruelle  ivresse 
des  batailles,  ils  s’approchent  rapidement  des  ennemis, 


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348 


LE  MAHA-BIIARATA. 


debout  sur  leurs  chars,  aussi  brillants  que  le  soleil,  et  se 
frappent  de  coups  mutuels  dans  le  combat.  3,481. 

Dourmoukha,  après  qu'il  eut  blessé  Çroutakarman 
de  cinq  dards,  abattit  d'une  flèche  son  drappau  et  frappa 
de  sept  traits  son  cocher.  3,482. 

S'étant  avancé,  il  perça  de  six  dards  ses  chevaux,  cou- 
verts de  fdets  d’or  et  rapides  comme  le  vent  ; il  fit  encore 
tomber  dans  ta  mort  son  cocher.  3,483. 

Restant  sur  son  char  sans  chevaux,  le  héros  Çrouta- 
karman  lui  jeta  avec  colère  une  lance  de  fer,  flamboyante 
à l’instar  d’un  grand  météore  igné.  3,484. 

Bien  resplendissante,  elle  fendit  la  vaste  cuirasse  de 
l’illustre  Dourmoukha,  elle  entrouvrit  la  terre  et  s’y  plon- 
gea, enflammée.  3,485. 

Dès  que  Soutasoma  à la  grande  vigueur  le  vit  là,  sans 
char,  il  le  fit  monter  sur  le  sien,  à la  vue  de  tous  les  guer- 
riers. 3,486. 

Le  vaillant  Çroutakirti  s’avança  contre  Djayatséna,  ton 
fils,  sire,  désirant  immoler  cet  homme  illustre  dans  le 
combat.  3,487. 

Çroutakirti  coupa  l’arc  de  ce  magnanime  à l’instant  où 
il  décochait;  et  ton  fils  trancha  également  l’arc  de  son  ad- 
versaire, 3,488. 

En  riant,  Bharatide,  avec  un  kshourapra  fort  acéré. 
Aussitôt  que  Çaiàuika  vit  son  frère  avec  uu  arc  en  mor- 
ceaux, 3,481). 

Le  splendide  héros  s'approcha,  poussant  des  cris  itéra- 
tivement, comme  un  lion.  11  brandit,  dans  le  combat,  un 
arc  solide.  3,490. 

11  blessa  rapidement  de  dix  flèches  Djayatséna  et  jeta 


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BH1SHMA-PARVA.  3A9 

un  cri  immense,  de  môme  qu'un  éléphant  dans  l’ivresse 
du  rut.  3,A91. 

Il  atteignit  profondément  au  coeur  son  ennemi  d’un 
autre  dard  bien  acéré,  qui  brisait  toutes  les  armes  défen- 
sives. 3,  A 92. 

Tandis  «pie  les  choses  se  déroulaient  ainsi , Doush- 
knrna,  délirant  de  colère,  trancha  d'une  flèche  , près  de 
son  frère,  l’arc  du  fils  de  Nakoula.  3.A93. 

Çatànika,  à la  grande  vigueur,  saisit  un  autre  arc,  su- 
blime, dont  la  substance  était  la  pesanteur,  et  il  encocha 
des  trai  ts  acérés.  3 , A 9 A . 

« Arrête  ! arrête!  » cria-t-il  à Doushkarna;  et  cet  aîné 
de  son  frère  se  mit  à décocher  des  flèches  aiguës,  flam- 
boyantes et  semblables  à des  serpents.  3,A95. 

Avec  un  dard,  il  trancha  son  arc  ; avec  deux  , il  perça 
le  cocher  j il  frappa  le  maître  lestement  de  ses  traits  dans 
le  combat  ; 3,A9t5. 

Et,  libre  de  souillure,  il  tua  rapidement  avec  douze 
flèches  acérées  tous  ses  chevaux  de  différentes  couleurs, 
aussi  légers  que  la  pensée  même.  3,A07. 

D’un  autre  bhalla,  bien  lancé,  au  vol  rapide,  Çatànika, 
violemment  irrité,  blessa  profondément  au  cœur  Doush- 
karna (1)  3,A98. 

Celui-ci  tomba  sur  la  terre,  comme  un  arbre,  que 
le  tonnerre  a brisé.  Dès  qu’ils  virent  l’infortuné  gi- 
sant sur  le  sol,  cinq  grands  héros,  sire,  enfermèrent 
Çatànika  de  tous  les  côtés,  avec  le  désir  de  l’immo- 
ler. Ils  s’approchent  avec  colère,  déchargeant  sur  l’il- 
lustre guerrier  des  multitudes  de  flèches.  A peine,  tes 


(!)  Texte  de  Bombay. 


350 


LE  MAHA-BHAHATA. 


héroïques  fils  les  ont-ils  vu  s’avancer,  3,409-3,500-3,501. 

Qu’ils  marchèrent  à leur  rencontre,  puissant  roi,  comme 
des  éléphants  marchent  au-devant  de  grands  éléphants. 
L'invincible  Dourmoukha  et  le  jeune  Doutnarshana,  3,502. 

Çatroundjaya,  Çatrousaha,  tous  les  illustres  guerriers 
de  s’avancer  ensemble  avec  colère  au-devant  des  frères 
Kaikéyains.  3,503. 

Ils  étaient  montés  sur  des  chars,  semblables  ;ï  des 
villes,  traînés  par  des  attelages  de  chevaux  couverts 
d'ornements,  ombragés  par  des  drapeaux  admirables,  de 
toutes  les  couleurs.  3,504. 

Armés  des  meilleurs  arcs,  avec  des  cuirasses  et  des 
étendards  merveilleux  , ils  pénétrèrent  dans  l’armée  en- 
nemie, comme  des  lions  entrent  d’une  forêt  dans  un  autre 
bois.  3,505. 

Un  combat  tumultueux,  très-épouvantable,  offense  des 
uns  contre  les  autres,  où  les  éléphants  et  les  chars  étaient 
mutuellement  engagés,  accroissement  du  royaume  d' Va- 
rna, s’éleva  entre  ces  hommes,  sire,  qui  se  chargeaient  de 
coups  réciproques.  Un  instant,  ils  se  livrèrent  une  bataille 
très-horrible,  après  que  le  soleil  fut  descendu  même  à.  son 
couchant.  3,500 — 3,507. 

Les  maîtres  de  chars  et  les  cavaliers  gisaient , étendus 
par  milliers.  Le  fils  de  Çântanou,  BhSslmia,  irrité,  détrui- 
sit l'armée  de  ces  magnanimes  sous  des  flèches  aux  nœuds 
inclinés;  et  ses  traits  conduisirent  les  armées  des  (ils  de 
Pândou  dans  les  demeures  d’Yama.  3,508 — 3,509. 

Quand  il  eut  de  cette  manière  brisé  les  armées  des 
Pândouides,  leur  aïeul  couronné  lit  une  suspension  d’armes 
entre  les  guerriers  et  se  retira  dans  sou  camp.  3,510. 

Après  que  Dharmarâdja  lui-mème  eut  reçu  Dlirislita- 


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BHISHMA-PARVA. 


351 


dyoumna,  accompagné  de  Vrikaudara,  et  les  eut  baisés 
sur  la  tête,  il  rentra  joyeux  dans  son  camp.  3,511. 

lies  héros  s’étaient  donc  retirés,  humides  de  sang,  cha- 
cun dans  son  logis,  après  s’être  livrés  à de  mutuelles  of- 
fenses. 3,512 

Aussitôt  qu’ils  se  furent  délassés  et  honorés  les  uns  les 
autres  suivant  la  convenance,  on  les  vit,  revêtus  de  leurs 
armes,  déjà  prêts  à recommencer  ce  combat.  3,513. 

Alors,  plongé  dans  ses  pensées,  ton  fils,  sire,  les  mem- 
bres souillés  de  sang,  interrogea  affectueusement  son 
ayeul  en  ces  termes  : 3,51à. 

« Tes  héros,  se  hâtant  avec  une  multitude  de  chars, 
ont  accablé,  rompu,  massacré  les  armées  des  (ils  de  Pàn- 
dou,  terribles,  étendues,  formidables,  ombragées  de  dra- 
peaux uniformément  grands.  3,515. 

Entré  dans  nos  rangs  , Bhima  répandit  le  délire  au  mi- 
lieu de  tous  mes  guerriers,  renommés  dans  la  guerre,  et 
de  cet  ordre  Makara,  semblable  à la  foudre  ; il  me  perça 
de  flèches  épouvantables,  pareilles  au  bâton  de  la  Mort 
elle-même.  3,516. 

» Plein  d'effroi,  sire,  depuis  que  je  l’ai  vu  s’abandon- 
ner à sa  colère,  je  n'ai  pu  recouvrer  un  instant  de  tran- 
quillité. Je  désire  donc  aujourd’hui,  vieillard,  qui  donnas 
ta  foi  â la  vérité,  obtenir  la  victoire,  grâce  à toi»,  et  faire 
mordre  la  poussière  à ce  fils  de  Pândou.  » 3,517. 

A ces  mots , le  plus  excellent  de  tous  ceux , qui 
portent  les  armes,  l’intelligent  et  magnanime  fils  de  la 
Gangâ  répondit  en  riant,  mais  avec  tristesse,  à Dou- 
ryodhana,  qu’il  voyait  pénétré  de  colère  : 3,518. 

« J’emploierai  les  plus  grands  efforts  à pénétrer  dans 
l’armée  ennemie,  car  je  désire  de  toute  mon  âme,  prince, 


352 


LE  MAHA-BHA11ATA. 


te  donner  la  victoire  et  procurer  ton  plaisir  ; jamais , 
quand  il  s’agit  de  ton  bien,  je  ne  cache  ma  personne. 

» Ces  héros  nombreux,  terribles,  renommés,  consom- 
més dans  les  armes,  les  plus  vaillants  des  hommes,  qui 
sont  les  compagnons  des  Pàndouides  dans  les  combats, 
ont  vaincu  la  fatigue  et  vomissent  le  poison  de  la  colère. 

3,519—3,520. 

<>  11  est  impossible  que  tu  vainques  ici  par  la  force  ces 
héros,  qui  sont  vêtus  de  vigueur  et  qui  ont  embrassé  cette 
guerre  avec  toi  : cependant  je  combattrai  contre  eux,  sire, 
de  toute  mon  âme,  au  prix  même  démon  existence.  3,5*21. 

» Je  ne  dois  pas,  quand  il  s'agit  de  toi,  songer  à con- 
server maintenant  la  vie  dans  le  combat  ; j’incendierais 
pour  toi  les  mondes  avec  les  Dénions  et  les  Dieux  ; à plus 
forte  raison  consumerai-je  ici  tes  ennemis.  3,522. 

» Je  combattrai  les  (ils  de  Pândou,  sire,  et  je  ferai  tout 
ce  qui  t’est  agréable.  » Dès  qu’il  eut  ouï  ces  paroles,  Dou- 
ryodhatia  à la  haute  renommée  eut  l’ànie  satisfaite. 

« Sortez!  » dit-il,  joyeux  à toutes  ses  armées  et  à tous 
les  souverains.  Alors,  à cet  ordre,  toutes  les  armées  de 
sortir  par  myriades  d'éléphants,  de  fantassins,  de  che- 
vaux et  de  chars.  3,523 — 3,525. 

Tes  grandes  armées,  pleines  de  joies,  sire,  fermes  sur 
le  champ  de  bataille,  y brillèrent,  munies  de  toutes  sortes 
de  flèches  et  d'armes,  remplies  d'éléphants,  dechevauxet 
d’hommes  de  pied.  3,525. 

De  tous  les  côtés,  brillaient  dans  la  plaine  des  compa- 
gnies d’éléphants,  bien  disposés  en  bataille,  rangés  par 
troupeaux,  et  les  divisions  de  tes  armées,  commandées 
par  des  guerriers,  qui  étaient  des  hommes-Dieux,  ins- 
truits à manier  l’arc  et  les  flèches.  3,520. 


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BHISHMA-PARVA. 


363 


Couleur  du  soleil  adolescent  et  cachant  les  rayons  de 
l’astre  lumineux,  brillait  une  poussière,  soulevée  par  les 
chars  et  les  troupes  de  fantassins,  de  chevaux  et  d’élé- 
phants, qui  marchaient  sur  le  champ  de  bataille,  poussés 
suivant  les  règles  de  la  guerre.  3,527. 

Des  hommes  de  pied,  des  guerriers,  équitant  sur  des 
éléphants  ou  montés  sur  des  chars,  brillaient  de  tous  les 
côtés,  se  promenant  dans  les  nuages  au  souffle  du  vent  ; 
le  mirage  faisait  briller  différentes  couleurs  dans  les 
nuées,  telles  que  l'on  voit  des  éclairs  jaillir  dans  l’atmos- 
phère. 3,528. 

C’était  alors  un  bruit  confus  et  plus  qu’épouvantable 
de  souverains,  qui  brandissaient  leurs  arcs  : telles,  dans 
le  premier  âge,  les  troupes  des  grands  Asouras  et  des 
Dieux  agitaient  la  mer.  3,529. 

Cette  armée,  destructive  des  armées  ennemies,  pous- 
sait alors  par  la  bouche  de  tes  fils  ce  bruit  horrible,  formé 
de  plusieurs  sortes  et  semblable  à celui  d’une  multitude 
de  nuages  à la  lin  d’un  youga.  3,530. 

Or,  le  fils  de  la  Gangà  adressa  de  nouveau  à ton  fils 
plongé  dans  ses  réflexions,  ô le  plus  vertueux  des  Bhara- 
tides,  ces  paroles,  qui  inspiraient  la  joie  : 3,531. 

u Drona  et  moi,  Çalya  et  Kritavarman  le  Sâttwata 
Açvatthâman,  Vikarna  et  Somadalta  avec  les  Sindhiens, 
n Vinda  et  Anouvinda,  les  rois  d’Avanti , Yàhlika  avec 
ses  Vâhlikains,  le  vigoureux  monarque  des  Trigarttas  et 
l’invincible  Mâgdhain,  3,532 — 3,533. 

» Vrihadvala , le  Koçalain,  Tchitraséna,  Vivinçati  et 
les  brillants  héros  en  nombreux  milliers,  ombragés  sous 
de  grands  drapeaux,  3,63A. 

» Et  les  chevaux  nés  en  des  régions  fameuses  et  mon- 
vu  23 


85A 


LE  MAHA-BHARATA. 


tés  par  d'excellents  cavaliers , et  les  plus  grands  des 
éléphants,  revêtus  d’ivresse  et  dont  les  joues  fendues 
arrosent  le  faciès,  3,535. 

» Et  ces  hommes  de  pied,  ces  vaillants  héros,  sortis  de 
pays  divers,  qui  portent  toutes  sortes  d’armes  et  de  pro- 
jectiles, et  qui  s’élancent  au  combat  pour  toi  ; 3,536. 

» Eux  et  d’autres  en  grand  nombre,  qui  font  pour  toi 
le  sacrifice  de  leur  vie,  sont  capables  de  vaincre  les  Dieux 
en  bataille  : c’est  mon  sentiment.  3,587. 

» Mais  je  dois  toujours,  sire,  malgré  moi , te  révéler 
ton  bien  : les  fils  de  Pàndou,  qui  ont  le  Vasoudévide  pour 
compagnon  et  une  valeur  égale  à celle  de  Mahéndra,  ne 
peuvent  être  vaincus  par  Indra  lui-même  avec  ses  Immor- 
tels. Cependant,  roi  des  rois,  j’accomplirai  entièrement 
ta  parole.  3,538 — 3,539. 

» Ou  je  triompherai  des  Pândouides,  ou  ils  seront  mes 
vainqueurs  dans  le  combat.  » A ces  mots,  Bhisluna  de  lui 
donner  un  simple  fortuné,  plein  d’énergie,  qui  débarras- 
sait des  (lèches.  Sou  corps  ne  porta  plus  dès-lors  aucun 
vestige  de  traits.  A l’aube  sereine,  le  vigoureux,  avec  son 
armée,  3,540 — 3,541. 

Disposa  lui-même  son  ordre  de  bataille.  Le  plus  grand 
des  enfants  de  Manou,  habile  dans  les  dispositions  de 
troupes,  fit  avec  les  siennes  un  cercle  rempli  de  toutes  les 
espèces  de  projectiles  ; 3,542. 

Plein  des  plus  braves  combattants,  couvert  de  tous  les 
côtés  par  des  hommes  de  pied,  des  éléphants  et  des  chars 
en  plusieurs  milliers;  3,543. 

Par  des  cohortes  de  cavaliers  et  par  des  guerriers  à la 
haute  taille,  armés  de  sabres  et  de  leviers  en  fer.  Chaque 
éléphant  était  défendu  par  sept  chars  et  chacun  des  chars 
l’était  par  sept  chevaux.  3,544 


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BHISHMA-PABVA. 


355 


Un  cheval  était  flanqué  de  dix  archers,  sept  piétons  ap- 
puyaient un  archer.  Tel  était,  composé  de  vaillants  héro9, 
puissant  roi,  l’ordre  de  bataille  adopté  pour  ton  armée, 
que  protégeait  Bhishrna  dans  ce  grand  combat.  Dix  mille 
chevaux,  un  égal  nombre  d’éléphants,  3,545 — 3,54<3 

Une  myriade  de  chars,  tes  fils,  revêtus  de  la  cuirasse, 
Tchitraséua  et  les  autres  héros  défendaient  ton  auguste 
ayeul.  3,547. 

Défendu  par  ces  héros,  il  étendait  sur.eux  sa  vigilance. 
Ou  voyait  des  monarques  à la  grande  vigueur,  qui  avaient 
endossé  la  cuirasse.  3,548. 

Douryodhana  tout  armé,  monté  sur  son  char,  brillait 
dans  le  combat,  environné  des  faveurs  de  la  Fortune, 
comme  s’il  était  dans  le  ciel  de  Çakra.  3,549. 

Ensuite,  éclata  un  vaste  bruit  de  tes  fils,  rejeton  de 
Bharata,  un  fracas  immense  de  chars  et  le  son  de3  instru- 
ments de  musique.  3,550. 

L’ordre  de  bataille  des  Dhritaràshtrides , formé  par 
Bhishrna,  cette  grande  disposition  en  cercle,  difficile  à 
briser  par  ceux,  qui  ont  pour  fonctions  d’immoler  les  en- 
nemis, s’avançait,  la  face  tournée  à l’occident.  3,551. 

Il  resplendissait  partout,  sire,  inaffrontable  aux  ennemis 
dans  le  combat.  A la  vue  de  cette  circonférence,  disposi- 
tion de  guerre,  qui  inspirait  la  plus  profonde  épouvante. 

Le  roi  Youdhishthira  lui-même  adopta  un  ordre  en 
forme  de  foudre.  Alors,  dans  se9  nombreuses  armées,  pla- 
cées suivant  leurs  rangs,  3,552 — 3,553. 

Les  maîtres  de  chars  et  les  cavaliers  de  jeter  leur  cri 
de  guerre.  Les  braves  combattants  de  l’un  et  de  l’autre 
parti  sortirent  avec  les  armées,  appelant  de  leurs  vœux  le 
combat  et  désirant  enfoncer  l'ordre  de  bataille.  Le  Bha- 


LE  MAHA-BHARATA. 


350 

radwâdjide  s’avança  contre  le  Matsya,  et  le  Dronide  à 
l’encontre  de  Çikhandt.  3,554 — 3,555. 

Le  roi  Douryodhana  lui-même  courut  sur  le  Prishatide  : 
Nakoula  et  Sahadéva  s’avancèrent  contre  le  souverain  du 
Madra.  3,550. 

Vinda  et  Anouvinda,  les  deux  rois  d'Avanti,  fondirent 
sur  Iràvat;  mais  tous  les  monarques  se  réservèrent  de 
combattre  avec  Dhanandjaya.  3,557. 

L’auguste  Bhîmaséna  employa  ses  efforts  pour  arrêter 
dans  le  combat  Hàrdikya,  Tchitraséna,  Vikarna  et  Dour- 
niarshana.  3,558. 

L’Arjounide  engagea  un  combat  avec  tes  fils.  L’Hidim- 
bide,  le  souverain  des  Rakshasas,  fondit  avec  rapidité  sur 
Prâgdjyotisha  au  grand  arc  comme  un  éléphant  en  rut  sur 
un  autre  pachyderme  en  folie.  Le  Rakshasa  Alambousha 
courut  avec  colère,  sire,  contre  Sâtyaki,  plein  de  la  cruelle 
ivresse  des  batailles,  à la  tête  de  son  armée.  Bhoûriçravas 
soutint  avec  effort  un  autre  combat  contre  Dhrishtakétou. 

Youdhislithira,  le  (ils  d'Yama,  arrêta  dans  la  bataille 
le  roi  Çroutàyoush,  et  Tchékitana  de  s’opposer  à Rripa 
lui-même.  3,553 — 3,500 — 3,501-  -3,502. 

Les  autres,  déployant  leurs  efforts,  combattirent  Bhima 
au  grand  char;  et  des  milliers  de  rois,  tenant  à la  main 
des  épieux,  des  massues,  des  nàrâtchas,  des  leviers  de  fer 
et  des  tridents,  environnèrent  Dhanandjaya.  Celui-ci, 
dans  une  ardente  colère,  dit  ces  mots  au  rejeton  de  Vrish- 
ni  : 3,503 — 3,504. 

« Regarde,  Màdhava,  ces  nombreuses  armées  du  Dlrri- 
larâshtride,  que  le  magnanime  (ils  de  la  Gangà,  qui  sait 
l’art  des  ordres  de  bataille,  a rangées  pour  le  combat. 

a Vois,  Màdhava,  ces  héros  incalculables,  ambitieux 


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BHISHMA-PARN  A. 


857 


de  combattre  : vois,  Kéçava,  ce  roi  du  Trigartta,  accompa- 
gné de  ses  frères.  3,565 — 8,566. 

» Aujourd'hui  même,  sous  tes  yeux,  Djanàrddana,  le 
plus  grand  des  Yadouides,  je  veux  les  détruire,  ces  hom- 
mes, qui  désirent  me  combattre  sur  le  champ  de  bataille!» 

Quand  il  eut  parlé  ainsi,  le  fils  de  Kountl  essaya  la 
corde  de  son  arc  et  lit  pleuvoir  des  averses  de  flèches  sur 
les  troupes  du  souverain  des  hommes.  3,567 — 3,568. 

Ces  héros  le  remplirent  des  grêles  de  leurs  traits  : tels, 
dans  la  saison  des  pluies,  les  nuages  remplissent  de  gouttes 
d’eau  un  lac  à sec.  3,566. 

Un  vaste  brouhaha,  monarque  des  hommes,  s’éleva 
dans  l’armée  à la  vue  des  deux  krishnas  entièrement  cou- 
verts de  flèches  dans  ce  grand  combat.  3,570. 

Les  Ouragas,  les  Gandliarvas,  les  Dévarshis  et  les  Dieux 
tombèrent  dans  le  plus  profond  étonnement,  dès  qu’ils 
virent  les  deux  Krishnas  réduits  «à  un  tel  état.  3,571. 

Arjouna  irrité,  sire,  de  lancer  lastra  d'Indra.  Nous 
vimes  alors  ce  qu’était  le  merveilleux  courage  de 
Vidjaya;  3,57*2. 

Car  il  empêcha  par  la  multitude  de  ses  traits  les  enne- 
mis d’envoyer  leur  pluie  de  flèches;  et  il  n’y  eut  personne 
dans  ce  moment,  souverain  des  hommes,  parmi  ces  mil- 
liers de  rois,  de  chevaux  et  d’éléphants,  qui  n’en  fut  blessé. 
Il  y en  eut  même,  respectable  monarque,  que  le  Prithide 
frappa  de  deux  et  de  trois  flèches.  3,573-3,574. 

Mal-menés  par  le  Prithide,  ils  recoururent  au  fils  de 
Çàntanou  ; alors  Bhlshma  fut  le  sauveur  de  ces  malheu- 
reux, submergés  dans  une  eau  très-profonde,  3,575. 

Brisée  par  ces  héros,  qui  se  précipitaient  là,  ton  armée, 
grand  roi,  était  alors  agitée,  comme  une  vaste  mer,  le 
jouet  des  vents.  3,576. 


368 


LE  MAHA-BHARATA. 


Tandis  que  le  combat  se  livrait,  que  Souçarman  s'en 
était  retiré,  que  le  magnanime  fils  de  Pàndou  brisait  les 
héros,  3,577, 

Que  les  flots  de  ton  armée  étaient  agités  impétueuse- 
ment à l'instar  de  la  mer  et  que  le  fils  de  la  Gangâ  se 
portait  d’un  pied  rapide  à la  rencontre  deVidjaya,  3,578. 

Le  roi  Douryodhana,  témoin  de  la  valeur  du  Prithide 
dans  le  combat,  s’avança  à la  hâte  vers  tous  les  rois  et  dit, 
au  milieu  de  toute  son  armée,  devant  eux,  ces  paroles  au 
héros  Souçarman  pour  l’exciter  : 3,570 — 3,580. 

« Voici  Bhlshma,  le  fils  de  Çântanou  et  le  plus  grand 
des  kourouides,  qui  a fait  de  grand  cœur  le  sacrifice  de 
sa  vie  et  qui  désire  combattre  Dhanandjaya.  3,581. 

» Tous,  déployez  vos  efforts  et  sauvez  dans  le  combat 
l’ayeul  des  Bharalides,  qui,  à la  tête  de  son  armée,  s’a- 
vance vers  l'armée  des  ennemis.  » 3,582. 

r Oui  ! » répondent-ils;  et,  sur  ce  mot,  les  armées  de 
ces  lndras  des  hommes  se  portent  entièrement,  puissant 
roi,  au  secours  de  ce  noble  vieillard.  3,583. 

Accouru  à toute  bride,  Bhlshma,  le  fils  de  Çântanou, 
s’approcha  du  vigoureux  Bharatide,  Arjoutia,  qui  s’avan- 
çait lui-mème  dans  le  combat,  avec  le  bruit  d’un  grand 
nuage,  sur  son  char,  infiniment  splendide,  où  flottait  l’en- 
seigne épouvantable  d'un  singe,  et  traîné  par  des  chevaux 
d’une  grande  blancheur.  3,586 — 3,585. 

Une  clameur  confuse  éclata  au  milieu  de  tous  les  guer- 
riers, aussitôt  qu’ils  virent  avec  terreur  Dhanandjaya, 
coiffé  de  sa  tiare,  arrivé  dans  le  combat.  3,580. 

Lorsqu’ils  virent  Krishna  tenant  à sa  main  les  rênes  du 
chai-  et  tel  qu’un  autre  soleil,  ils  ne  purent  supporter  la 
vue  de  cet  astre  lumineux,  parvenu  au  milieu  du  jour. 

Les  Pàndouides,  de  leur  côté,  ne  purent  soutenir  l’aspect 


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BHISHMA-PARVA. 


369 


de  Bhlshma,  le  fils  de  Ç&ntanou,  avec  ses  blancs  cour- 
siers, avec  son  arc  blanc,  comme  celui  de  la  blanche 
planèle  Swéla  (1),  levée  sur  l’horizon.  3,587 — 3,588. 

Environné  de  tous  côtés  par  les  Trigarttains  bien  ma- 
gnanimes, par  ses  frères,  par  ses  fils  et  par  d’autres 
vaillants  héros,  3,589. 

Le  Bharadwâdjide  blessa  d’un  trait  dans  le  combat  le 
roi  des  Matsyas,  et  trancha  d’une  flèche  sur  le  champ  de 
bataille  son  drapeau  et  son  arc.  3,500. 

Virata,  le  général  des  armées,  rejeta  les  fragments  de 
son  arc  brisé  ; il  prit  lestement  un  nouvel  arc  solide,  ca- 
pable de  soutenir  un  fardeau,  3,591. 

Et  des  flèches , semblables  à des  reptiles  venimeux  et 
telles  que  des  serpents  enflammés.  Il  blessa  de  trois  pro- 
jectiles Drona  et  de  quatre  ses  coursiers.  3,592. 

D'un  trait,  il  frappa  son  drapeau;  de  cinq,  il  atteignit 
son  cocher,  et  d’une  flèche,  il  coupa  son  arc.  Le  plus 
grand  des  brahmes  alors  de  s’irriter.  3,593. 

De  huit  dards  aux  nœuds  inclinés,  Drona,  ô le  plus 
grand  des  Bharatides,  lui  tua  ses  coursiers;  avec  un,  il 
immola  son  cocher.  3,596. 

Sautant  à bas  de  son  char  léger,  manquant  de  chevaux, 
privé  de  cocher,  le  plus  excellent  des  maîtres  de  chars 
monta  rapidement  sur  le  char  de  Çankha.  3,595. 

(’.es  deux  héros,  portés  sur  un  même.chariot,  le  père  et 
le  fils,  couvrirent,  malgré  qu’il  en  eut,  le  Bharadwâdjide 
avec  une  épaisse  averse  de  flèches.  3,596. 

Le  brahuie  aux  vastes  forces,  saisi  de  colère,  envoya 
légèrement  sur  Çankha,  dans  la  bataille,  une  flèche  pa- 
reille à un  serpent.  3,597. 

(1)  Jeu  de  mots,  Swéta  voulant  dire  blanc. 


800 


LE  MAHA-BHARATA. 


Ayant  percé  le  cœur  et  bu  le  sang  dans  le  combat,  le 
trait,  humide  de  sang  et  son  éclat  souillé,  se  plongea  dans 
la  terre.  8,598. 

Atteint  par  le  dard  du  Bharadwàdjide,  il  tomba  soudain 
à bas  du  char,  abandonnant  son  arc  et  ses  (lèches  aux 
côtés  mêmes  de  son  père.  3,599. 

Dès  qu'il  vit  son  fds  étendu  mort,  Virâta  s’enfuit  d'effroi, 
laissant  là  ce  Drona,  qui  lui  semblait  la  mort,  sa  gueule 
ouverte.  3,600, 

Le  Bharadwàdjide  couvrit  ensuite  de  flèches,  par  cen- 
taines et  par  milliers,  dans  ce  combat,  la  nombreuse  armée 
des  fils  de  Pàndou.  3,601. 

Çilchandl  lui-même,  grand  roi,  s’approcha  du  Dronide, 
son  arme  à la  main  (1),  et  le  frappa  entre  les  deux  sour- 
cils de  trois  flèches,  qui  étaient  des  nâràtchas.  3,002. 

Le  tigre  des  hommes  brilla  de  ces  trois  dards  implantés 
au  milieu  du  front,  tel  que  le  Mérou  luit  de  trois  pics 
dressés,  dont  l’or  est  la  matière.  3,603. 

Açwatthàman  irrité  visa  et  fit  tomber  dans  la  moitié 
d'un  clin- d’œil,  sur  le  champ  de  bataille,  l’arme,  les 
chevaux,  le  drapeau  et  le  cocher  de  (’.ikhandl  sous  des 
flèches  nombreuses.  L’excellent  maître  de  char  sauta  à 
bas  du  char,  qui  avait  perdu  ses  chevaux.  3,604 — 3,005. 

Çikhandi,  l'immolateur  des  ennemis,  s’arma  d’un  cime- 
terre bien  acéré,  saisit  un  bouclier  luisant  et  se  mit  à 
tourner  avec  colère,  à l'instar  d’un  faucon.  3,606. 

Tandis  qu’il  se  promenait  ainsi,  le  cimeterre  à la  main, 
grand  roi,  le  Dronide  ne  trouva  point  à surprendre  dans 
sa  garde  un  seul  défaut  : c'était  comme  une  chose  mer- 
veilleuse. 3,607. 

(1)  Sanyougai. 


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BH1SHMA-PARVA. 


361 


Ensuite  le  Dronide , plein  d’une  extrême  colère , de 
lui  envoyer  dans  ce  combat  de  nombreux  milliers  de 
flèches.  3,008. 

Mais  le  plus  robuste  des  forts  coupa,  dans  la  chûte 
même,  cette  averse  de  flèches  bien  épouvantable,  avec  son 
épée  au  tranchant  acéré.  3,609. 

Le  fils  de  Drona  lui  trancha  son  bouclier  splendide, 
ravissant,  à cent  lunes,  rompit  son  épée  dans  la  guerre, 
avec  des  flèches  en  bien  grand  nombre,  et  le  blessa  lui— 
même,  sire,  avec  ses  traits.  Çikhandl,  qui  avait  frappé 
son  ennemi,  rejeta  précipitamment,  comme  un  serpent  de 
feu,  les  tronçons  du  cimeterre,  que  l'autre  avait  rompu  de 
ses  flèches.  Tout  à coup,  montrant  la  légèreté  de  sa  main, 
Açwatlhàman  le  transperça,  bouillant  de  colère  dans  le 
combat  et  brillant  d’un  éclat  semblable  au  feu  de  la  mort  : 
et  Çikhandl  fut  blessé  de  ses  nombreuses  flèches  de  fer. 

3,610—3,611—3,612—3,013. 

Atteint  profondément  de  ces  dards  acérés,  sire,  le 
héros  s'empressa  de  monter  sur  le  char  du  magnanime 
Màdhavain.  3,0là. 

Sàtyaki  en  colère  inonda  partout,  dans  le  combat,  de 
ses  horribles  traits  le  cruel  Ilakshasa  Alambousha.  3,615. 

Mais  lTndra  des  mauvais  Génies  trancha  son  arc  avec 
une  flèche  en  demi-lune,  et  le  blessa  lui-même  de  ses 
dards  en  ce  combat.  3,616. 

11  produisit  une  . magie  de  Rakshnsa  et  couvrit  son  rival 
de  ses  averses  de  traits.  Nous  vîmes,  dans  cette  circons- 
tance, combien  était  prodigieux  le  courage  de  Sàtyaki; 

Car,  blessé  dans  ce  combat  par  ses  dards  aigus,  le 
Vrishnide  n'en  fut  nullement  ému,  et  riposta,  rejeton  de 
Bharata,  avec  l’astra  du  grand  Indra.  3,617 — 3,618. 


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362 


LE  MAHA-BHARATA. 


Cet  astra  de  l’illustre  Mâdhava  tint  le  premier  rang 
pour  la  victoire,  et  réduisit  en  cendres  la  magie  Raksha- 
saine.  3,619. 

11  inonda  entièrement  Alambousha  de  flèches  terribles  : 
tel,  dans  la  saison  des  pluies,  un  nuage  couvre  une  mon- 
tagne de  ses  gouttes  d’eau.  3,620. 

Accablé  de  cette  manière  par  le  magnanime  Mâdhava, 
le  Rakshasa  s’enfuit  d'effroi,  abandonnant  Sàtyaki  dans 
le  combat.  3,621. 

Après  que  Mâdhava  lui-même  eut  triomphé  de  l’invin- 
cible Indra  des  Rakshasas,  Sâtyaki  poussa  un  cri  en 
témoignage  de  sa  victoire,  sous  les  regards  de  tes  combat- 
tants. 3,622. 

Ce  héros,  de  qui  le  courage  était  une  vérité,  immola  les 
tiens  de  ses  nombreuses  flèches  acérées;  et  ceux-ci  de 
s’enfuir  sous  l’oppression  de  la  terreur.  3,623. 

Dans  ce  même  temps,  Dhrishtadyoumna,  le  vigoureux 
fils  de  Droupada,  ensevelit  dans  le  combat  sous  la  grêle 
de  ses  traits  aux  nœuds  inclinés  ton  fils,  puissant  monar- 
que, le  souverain  des  hommes.  Couvert  de  ces  flèches, 
lancées  par  Dhrishtadyoumna,  ton  royal  (ils,  Bharatide, 
n’en  fut,  ni  ébranlé,  ni  effrayé  : il  blessa  d’une  main  ra- 
pide avec  trente-six  dards  le  héros  dans  ce  combat  1 ce  fut 
comme  une  chose  merveilleuse.  Le  généralissime  de 
l’année  Pdndouide  irrité  lui  trancha  son  arc. 

3,62â— 3,625— 3,626— 3,627. 

Le  vaillant  héros  tua  ses  quatre  chevaux  dans  le  com- 
bat et  le  blessa  lui-même  rapidement  avec  sept  traits 
acérés.  3,628. 

Le  guerrier  aux  longs  bras,  à la  grande  force,  sauta  à 
bas  du  char , que  ne  traînaient  pins  ses  chevaux  tués,  et. 


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BH1SHMA-PARVA. 


865 

tirant  son  épée,  il  fondit  à pied  sur  le  Prishatide.  3,629. 

Çakouni  aux  vastes  forces,  qui  a les  désirs  d’un  roi, 
s'étant  approché,  fit  monter  dans  son  char  le  monarque 
du  monde  entier.  3,630. 

Dès  que  le  Prishatide,  immolateor  des  héros  ennemis, 
eut  triomphé  de  ce  roi,  il  tourna  sa  fureur  sur  ton  armée, 
comme  le  Dieu,  qui  porte  le  tonnerre,  détruisit  les  Asou- 
ras.  3,631. 

Kritavarman  dans  le  combat  marcha  contre  l’héroïque 
Bhîrnaséna  avec  des  flèches,  et  l’en  couvrit  de  même  qu’un 
grand  nuage  dérobe  le  soleil.  3,032. 

Ensuite,  le  formidable  guerrier  envoya  avec  un  rire  de 
colère  ses  dards  sur  Kritavarman,  3,633. 

Blessé  par  eux,  le  Sàttwata,  habile  à combattre  sur  des 
chars  et  puissant  en  courage,  n'en  fut  pas  ébranlé,  grand 
roi,  et  marcha  contre  Blilma  avec  des  traits  acérés.  3,034. 

Quand  celui-ci,  plein  de  vigueur,  eut  tué  ses  quatre 
chevaux,  il  abattit  son  cocher  et  son  drapeau  aux  splen- 
dides ornements.  3,635. 

Le  redoutable  combattant  le  couvrit  de  flèches  nom- 
breuses, variées,  et  le  blessé  parut,  ayant  tout  le  corps 
mis  en  lambeaux.  3,636. 

11  abandonna  son  attelage  sans  vie  et  monta  à la  hâte, 
sous  les  yeux  de  ton  fils,  grand  roi,  sur  le  char  de  Vrisha- 
ka,  le  frère  de  ton  épouse.  3,637. 

Bhîrnaséna  irrité  mettait  en  fuite  ton  armée  et  frappait 
sur  elle,  plein  d’une  ardente  colère,  comme  la  Mort,  son 
bâton  à la  main.  3,638. 

« J'ai  entendu  de  ta  bouche,  Sandjaya,  interrompit 
Dhritaràshtra,  ces  duels  en  chars,  nombreux  et  admi- 
rables, des  Pàndouides  avec  les  miens.  3,039. 


LE  MAHA-BHARATA. 


36A 

» Tu  ne  me  dis  pas  une  seule  chose  agréable  des  miens, 
Sandjaya  : les  fils  de  Pândou,  pleins  d’ardeur  et  qu’on  ne 
peut  rompre  même,  voilà  ce  dont  tu  parles  continuelle- 
ment. 3,040. 

# Tu  ipe  dis  (-1)  que  l'énergie  des  miens  est  perdue; 
qu’ils  n’ont  plus  d’âme,  qu’ils  sont  vaincus....  C’est  le 
Destin,  cocher,  qui  préside  à la  guerre  : il  n’y  a nul 
doute.  » 3,641. 

Les  tiens  s’évertuent  de  toute  leur  force,  de  toute  leur 
âme,  à la  guerre,  déployant  un  courage,  éminent  Bhara- 
tide,  supérieur  à leur  puissance,  répondit  Sanjaya.  3,642. 

De  même  que  l’eau  de  la  Gangâ,  la  rivière  des  Dieux, 
qui,  ayant  d’abord  coulé  douce,  arrive  à la  qualité  de 
l’eau  salée,  en  s’approchant  du  vaste  réservoir  de  toutes 
les  ondes  ; 3,643. 

Ainsi  la  haute  bravoure  de  tes  magnanimes  fds  devient 
inutile  dans  la  guerre,  sire,  maintenant  qu’ils  se  sont  ap- 
prochés des  héroïques  fds  de  Pândou,  qui  luttent  de  tous 
leurs  efforts  et  accomplissent  une  œuvre  difficile.  Ne  veuille 
donc  pas  arrêter  sur  les  guerriers,  ô le  plus  excellent  des 
Kourouides,  un  jugement  erroné.  3,644 — 3,645. 

Cette  ruine  immense,  épouvantable  de  la  terre,  accrois- 
sement du  nombre  empire  d’Yama,  elle  est  due  à ta  faute, 
monarque  des  hommes,  et  à celle  de  ton  fils.  3,646. 

Il  ne  te  sied  donc  pas,  sire,  de  déplorer  une  chose,  qui 
arrive  par  ta  faute.  Certes  ! les  rois  ne  conservent  point 
ici  par  tous  les  moyens  leur  auguste  vie.  3,647. 

Les  rois  de  la  terre  ambitionnent  les  mondes,  récom- 


(i)  Texte  de  Bombay,  qui  écrit  plu»  à propos  : vadnsai,  au  lieu  du  : 
vada  mai  dans  le  texte  de  Calcutta. 


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BHISBMA-PARVA. 


305 


pense  des  exploits  sur  la  terre,  et,  quand  ils  se  sont  plon- 
gés au  milieu  des  armées,  ils  combattent,  se  proposant 
toujours  le  Swarga  comme  leur  objet  principal.  3,048. 

Le  carnage  des  hommes  distingua  encore,  puissant  roi, 
la  première  partie  de  cette  journée.  Concentre  sur  ce  fait 
seul  ton  attention  et  écoute  de  ma  bouche  cette  bataille, 
semblable  à celle  des  Asouras  et  des  Dieux.  3,649. 

A la  vue  d’Iràvat,  les  deux  Avantins  à la  grande  force, 
au  grand  arc,  à la  grande  armée,  furieux  dans  le  combat, 
en  vinrent  aux  mains  avec  lui.  3,050. 

Un  combat  tumultueux,  horripilant,  s’éleva  entre  eux. 
Iràvat  irrité  blessa  rapidement  avec  ses  traits  aigus  aux 
nœuds  inclinés  ces  deux  frères,  de  qui  les  formes  ressem- 
blaient à celles  des  Dieux  ; et  ces  deux  héros  lui  rendirent 
ses  blessures  dans  le  combat.  3,651  —3,652. 

On  n’apercevait  aucune  différence,  sire,  dans  le  conflit 
de  ces  guerriers,  de  qui  le  désir  de  la  vengeance  (1)  tour- 
nait eles  fforts  à la  destruction  de  l’ennemi.  3,365. 

Mais  Iràvat  avec  quatre  (lèches  dans  ce  combat,  sire, 
fit  descendre  les  quatre  chevaux  d'Anouvinda  au  séjour 
d'Yarna.  3,654. 

De  ses  bhallas  très  aigus,  il  trancha  son  arc  et  son  dra- 
peau : ce  fut,  vénérable  monarque , comme  ,une  chose 
merveilleuse  dans  cette  bataille.  3,655. 

Ayant  abandonné  son  char,  Anouviuda  monta  sur  le 
char  de  Vinda  ; il  saisit  un  arc  sublime,  solide,  capable  de 
soutenir  un  fardeau.  3,050. 

Les  plus  excellents  des  maîtres  de  chars,  les  deux  vail- 
lants Avantins,  portés  sur  un  même  char,  de  lancer  rapi- 


(1)  Texte  de  Bombay. 


366 


LE  MAHA-BHARATA. 


dement  leurs  flèches  sur  le  magnanime  Iràvat.  3,657. 

Décochés  par  eux  et  parvenus  dans  la  route  de  l’astre, 
père  du  jour,  ces  dards  très-légers,  ornementés  d’or,  cou- 
vrirent le  ciel.  3,658. 

lrâvat  irrité  inonda  d’une  pluie  de  flèches  ces  deux  ma- 
gnanimes frères  et  renversa  leur  cocher.  3,059. 

Celui-ci  tombé  sans  vie  sur  la  terre,  le  char  et  les  che- 
vaux errants  de  courir  à tous  les  points  de  l’espace. 

Après  qu’il  eut  triomphé  de  ces  princes,  puissant  roi, 
le  fils  de  la  fille  du  roi  des  serpents,  faisant  exalter  sa 
vaillance,  dispersa  ton  armée  d'une  fuite  rapide. 

3,660—3,661. 

Mal-menée  dans  la  guerre , cette  grande  armée  du 
Dhritarâshtride  éprouvait  alors  différentes  convulsions , 
semblables  à celles  d’un  homme,  qui  a bu  du  poison. 

L’Hidimbide  aux  vastes  forces,  l’indra  des  Rakshasas, 
poussa  contre  Bhagadatta  son  char,  éblouissant  comme  le 
soleil  et  où  flottait  son  drapeau.  3,662 — 3,663. 

Le  roi  du  Pràgdjyotisha  était  monté  sur  un  énorme 
éléphant,  tel  que  jadis,  dans  le  Tàrakàmya,  le  Dieu,  qui 
porte  la  foudre.  3,6  h. 

Les  rishis,  les  Gandharvas  et  les  Dieux,  témoins  de  cette 
bataille , ne  purent  y saisir  ancune  différence  entre  l’Hi— 
dimbide  et  Bhagadatta.  3,665. 

Celui-ci  mit  en  pleine  déroute  les  Pândouides  dans  le 
combat,  comme  le  général  irrité  des  Dieux  répandit  la 
terreur  parmi  les  Dànavas.  3,666. 

Les  Pândouides,  qu’i!  réduisait  à fuir  de  tous  les  côtés 
dans  l’espace,  ne  trouvèrent  nulle  part,  Bharatide,  un 
sauveur  dans  toutes  leurs  armées.  3,667. 

Nous  voyions  là  ce  fils  de  Bhimaséna  monté  sur  son 


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BHISHMA-PARVA. 


367 


char,  tandis  que  tous  les  autres  éminents  héros  fuyaient, 
l’àme  hors  d’eux-mèmes.  3,668. 

Mais,  quand  les  guerriers  des  Pàndouides  revinrent  sur 
leurs  pas,  ce  fut  un  épouvantable  carnage  de  l'armée  des 
tiens  dans  la  guerre.  3,669. 

Ghatotkatcha  couvrit  dans  un  grand  combat , sire , 
Bhagadatta  de  ses  flèches  : tel  un  nuage  enveloppe  de  son 
eau  le  mont  Mérou.  3,670. 

Dès  qu'il  eut  fait  tomber  ces  traits  partis  de  l’arc  du 
Rakshasa,  le  roi  dans  une  lutte  rapide  blessa  le  fils  de 
Bhlmaséna  dans  tous  les  membres.  3,671 . 

Percé  de  ces  flèches  nombreuses  aux  nœuds  inclinés, 
f Indra  des  ltakshasas  n’en  fut  pas  ébranlé  plus  que  ne  le 
serait  le  mont  Mérou,  s'il  était  frappé  de  flèches.  3,672. 

Ensuite,  le  roi  du  Pràgdjvotisha  irrité  envoya  dans  le 
combat  quatorze  leviers  de  fer  ; mais  le  Rakshasa  les  tran- 
cha. 3,673. 

Après  qu’il  eut  coupé  ces  armes  avec  ses  dards  acérés, 
il  frappa  Bhagadatta  lui-môme  avec  sept  traits  pareils  à 
la  foudre.  3,674. 

.4  son  tour,  le  roi  du  Pràgdj y otisha  d’envoyer  en  riant, 
Bharatide,  ses  quatre  chevaux  de  bataille  à la  mort. 

Sans  quitter  son  char,  privé  d’attelage,  l'auguste  mo- 
narque des  llakshasas  darda  avec  un  mouvement  rapide 
un  trident  sur  l'éléphant  du  Prâgdjyotishain. 

3,675—3,676. 

Soudain  le  monarque  do  couper  dans  son  vol  l’arme 
poussée  avec  une  grande  impétuosité  ; il  fit  de  sa  hampe 
d’or  trois  morceaux,  et  le  projectile  s’étendit  sur  le  sol  de 
la  terre.  3,677. 

Quand  il  vit  son  trident  frappé  d’inutilité  , l'Hidimbide 


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308 


LE  MAHA-BHARATA. 


s'enfuit  d’épouvante , comme  jadis  le  plus  grand  des 
Daityas,  Nauioutchi  s’enfuit  du  combat  d’Indra.  3,078. 

Lorsqu'il  eut  vaincu  dans  le  conflit  ce  vaillant  héros, 
d’un  courage  renommé,  sire,  invincible  en  bataille  à 
Varna  lui-même  et  à Varouna,  3,079. 

11  broya  avec  son  éléphant  l’armée  Pàndouide,  comme 
un  proboscidien  sauvage  s'avance,  foulant  aux  pieds,  sire, 
une  moisson  de  lotus.  3,080. 

Le  roi  du  Madra  en  vint  aux  mains  avec  les  jumeaux, 
et  il  couvrit  d’une  multitude  de  flèches  ces  deux  fils  de 
Pândou,  les  enfants  de  sa  sœur.  3,081. 

Ayant  vu  son  oncle  engagé  dans  le  combat,  Sahadéva 
le  couvrit  d’une  grêle  de  traits,  comme  un  nuage  éclipse 
l’astre,  père  du  jour.  3,082. 

Enseveli  sous  la  multitude  de  ces  flèches,  il  en  reçut 
des  formes  plus  joyeuses  ; car  ces  deux  guerriers,  à cause 
de  leur  mère,  lui  procuraient  un  plaisir  sans  égal.  3,083. 

Et,  riant  dans  ce  combat,  le  héros  envoya,  sire,  avec 
quatre  dards  éminents,  les  quatre  chevaux  de  Nakoula 
dans  les  demeures  d’Yama.  Le  vaillant  guerrier  sauta 
précipitamment  à bas  de  son  char,  dont  l’attelage  était 
sans  vie,  3,084 — 3,085. 

Et  monta  sur  le  véhicule  de  son  illustre  frère.  Debout 
sur  le  même  char,  ces  deux  guerriers  décochent  çà  et  là 
avec  un  arc  solide.  3,080. 

Furieux  dans  la  bataille,  ils  couvrent  de  flèches  avec 
colère  la  voiture  du  roi  de  Madra.  Enseveli  sous  des 
traits  nombreux  aux  nœuds  inclinés,  lancés  par  ses  ne- 
veux, le  tigre  des  hommes  n’en  fut  pas  ébranlé  plus 
qu’une  montagne;  déteignit  en  riant  cet  orage  de  flèches. 

3,087—3,088. 


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BH1SHMA-PARVA. 


369 


Le  vigoureux  Sahadéva  fondit  avec  colère , son  dard 
levé,  sur  le  roi  du  Madra,  et  le  lui  décocha  en  courant. 

Le  projectile  fut  envoyé  avec  rapidité  comme  un  fau- 
con ; il  fendit  le  corps  du  roi  de  Madra  et  se  plongea  dans 
le  sein  de  la  terre.  3,689 — 3,690. 

Profondément  blessé,  puissant  roi,  troublé,  le  grand 
héros  s'affaissa  sur  le  banc  du  char,  et  tomba  en  syn- 
cope (1).  3,691. 

Quand  son  cocher  le  vit  dans  le  combat  gisant,  la  con- 
naissance perdue,  il  l’emmena  sur  son  char  hors  du 
champ  de  bataille,  où  les  jumeaux  l’avaient  accablé. 

Dès  qu’ils  virent  la  voiture  du  souverain  de  Madra,  qui 
tournait  le  dos  au  combat,  tous  les  Dhritaràshtrides,  hors 
d’eux-mêmes,  s’écrièrent  : « Cela  ne  peut  être  1 » 

Aussitôt  qu’ils  eurent  vaincu  leur  oncle  maternel  dans 
ce  combat,  les  deux  grands  héros,  fils  de  Mâdrl,  pleins  de 
joie,  emplirent  de  vent  leurs  conques  et  poussèrent  leurs 
cris  de  guerre.  3,692 — 3,693 — 3,694. 

Ils  fondirent,  remplis  d'ardeur,  monarque  des  hommes, 
sur  ton  armée,  de  même  que  les  Immortels  Indra  et  Ou- 
péndra  fondaient  sur  l'armée  des  Dattyas.  3,695. 

Ensuite,  quand  le  soleil  fut  arrivé  au  milieu  de  sa  car- 
rière, le  roi  Youdhishthira,  ayant  vu  Çroutâyoush,  poussa 
vers  lui  ses  coursiers.  3,696.  • 

Il  attaqua  ce  héros,  dompteur  des  ennemis,  et  le  frappa 
de  neuf  flèches  acérées,  aux  noeuds  inclinés.  3,697. 

Lorsqu’il  eut  arrêté  dans  le  combat  les  traits  lancés 
par  le  fils  de  Pàndou,  ce  roi  au  grand  arc  envoya  au  fils 
de  Kounti  sept  dards.  3,698. 


(1)  Kaçmalan,  écrit  le  texte  de  Bombay. 
VU 


24 


370 


LE  MAHA-BHARATA. 


Ceux-ci,  ayant  fendu  sa  cuirasse,  burent  le  sang  du 
héros  dans  le  combat,  comme  s’ils  cherchaient  les  souffles 
de  la  vie  dans  le  corps  de  ce  magnanime.  3.699. 

Gravement  blessé  par  ce  monarque  à la  grande  âme,  le 
fils  de  Pândou  le  blessa  au  cœur  avec  un  de  ce*  trait*, 
qu'on  appelle  une  oreille  de  sanglier.  3,700. 

Le  Prithide,  le  plus  excellent  des  héros,  abattit  préci- 
pitamment de  son  char  sur  la  terre,  avec  un  second 
bhalla,  le  drapeau  de  ce  magnanime.  3,701. 

Quand  le  prince  Çroutâyoush,  sire,  vit  son  étendard 
renversé,  il  blessa  de  sept  flèches  aiguës  le  lils  de  Pândou. 

Youdhishthira,  le  fils  d'Yama,  flamboya  de  colère, 
comme  le  feu,  qui,  à la  fin  d’un  youga,  va  consumer  les 
êtres.  3,702—3,703. 

A la  vue  d’ Youdhishthira  en  colère,  les  Rakshasas,  les 
Gandharvas  et  les  Dieux  furent  agités  par  la  crainte,  et  le 
monde  fut  troublé.  3,70â. 

La  pensée  de  toutes  les  créatures  fut  alors  celle-ci  : « Ce 
monarque  consumera  les  trois  mondes  aujourd’hui  même 
dans  sa  co  ère  ! » 3.705. 

Les  rishis  et  les  Dieux  célébrèrent  alors  de  grandes  con- 
jurations pour  détourner  cette  infortune,  et  conserver  la 
tranquillité  de3  mondes  dans  cette  colère  du  fils  de 
Pândou.  3,706. 

Celui-ci,  pénétré  de  ressentiment  et  léchant  mainte  et 
mainte  fois  les  angles  de  sa  bouche,  revêtit  uue  forme 
épouvantable  de  toute  sa  personne,  semblable  à celle  du 
soleil  à la  fin  d’un  youga.  3,707. 

Toutes  tes  armées,  souverain  des  hommes,  ne  conser- 
vèrent plus  alors  aucune  espérance  sur  leur  vie.  3,708. 

Ce  guerrier  à la  haute  renommée,  ayantarrêtéla  colère 


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BH1SHMA-PÀRVA. 


371 


de  Çrontàyoush  par  sa  fermeté,  coupa  son  grand  arc, 
qu’il  tenait  au  poing.  3,700. 

Le  roi,  dans  le  combat  et  sous  les  yeux  de  toute  l'ar- 
mée, perça  d'un  nâràtclia,  lancé  entre  les  deux  seins,  ce 
prince,  dont  il  avait  tranché  l’arc.  3,710. 

Ce  héros  à la  force  immense,  sire,  eut  bientôt  immolé, 
dans  le  combat,  rapidement,  sous  ses  flèches,  les  chevaux 
de  ce  magnanime  et  son  cocher.  3,711. 

Ayant  quitté  le  char,  privé  de  ses  coursiers  et  senti  la 
bravoure  du  roi,  Çroutâyoush  se  mit  à fuir  légèrement  an 
milieu  du  combat.  3,712. 

Dès  que  le  lils  d’Yaina  eut  vaincu  dans  la  guerre  ce  hé- 
ros ou  grand  arc,  toute  l’armée  de  Douryodhana,  sire,  fit 
volte-face  dans  le  combat.  3,713. 

Aussitôt  qu'il  eut  accompli  cet  exploit,  Youdhish- 
thira,  le  fils  de  Dharma,  se  mit  à immoler  ton  armée, 
puissant  roi,  comme  la  Mort,  sa  gueule  ouverte.  3,71  h. 

Tchékitâna,  le  Vrishnide,  couvrit  de  ses  flèches,  sous 
les  yeux  de  toutes  les  armées,  le  Gotamide,  le  plus  excel- 
lent des  maîtres  de  chars.  3,715. 

Mais  Kripa,  le  Çaradvatide,  ayant  arrêté  ses  traits  dans 
la  guerre,  blessa  de  ses  dards,  sire,  Tchékitâna,  en  dépit 
de  ses  efforts  dans  le  combat.  3,716. 

Il  trancha  son  arc  d'un  second  bhalla,  et  d’un  autre, 
Bharatide,  ce  guerrier  à la  main  légère  abattit  son  cocher. 

Il  tua  ses  chevaux  et  ses  deux  cochers  de  derrière  ; mais, 
sautant  à bas  du  char  à la  bâte,  le  Sâtwata,  son  rival,  sai- 
sit une  massue.  3,717—3,718. 

Quand  le  plus  excellent  des  guerriers,  qui  manient  une 
massue,  eut  immo!é  les  coursiers  du  Gotamide,  il  abattit 
également  son  cocher  sous  cette  massue,  homicide  des 
héros.  3,719. 


372 


LE  MAH4-KHAKATA. 


Se  tenant  de  pied  ferme  sur  la  terre  , le  Gotamide  lui 
décoche  soixante  traits,  qui  fendent  le  corps  du  Sâtwata 
et  pénètrent  ensuite  au  sein  de  la  terre.  3,7*20. 

Tchékithàna  irrité  lui  envoie  en  retour  sa  massue, 
désirant  la  mort  du  Gotamide,  comme  Pourandara  jadis 
désirait  celle  de  Vritra.  3,7*21. 

Avec  des  flèches  en  nombre  de  plusieurs  milliers,  le 
Gotamide  arrêta  dans  son  vol  cette  grande  et  large  massue, 
au  noyau  de  pierre.  3,7*22. 

Ensuite,  ayant  tiré  un  cimeterre  du  fourreau  et  s’armant 
d’une  admirable  vitesse,  Tchékitàna  fondit  sur  le  Gota- 
mide ; et  celui-ci,  ayant  abandonné  son  arc  et  saisi  une 
épée  bien  ornée,  fondit  lui-même,  sire,  sur  Tchékitàna 
avec  une  grande  légèreté.  3,723 — 3,724. 

Doués  de  force  tous  les  deux,  armés  des  plus  excel- 
lents cimeterres,  ils  se  déchirèrent  l’un  l’autre  sous  leurs 
sabres  aigus.  3,725. 

Frappés  de  la  fougue  des  cimeterres,  ces  deux  émi- 
nents hommes,  délirants  de  fatigue,  les  membres  enve- 
loppés d’insensibilité,  tombèrent  ensemble  sur  la  terre, 
séjour  de  toutes  les  créatures.  Plein  de  la  folle  ivresse  des 
combats,  Karakarsha,  dès  qu’il  vit  Tchékitàna  tombé 
dans  un  tel  état,  courut  avec  rapidité  vers  lui,  entraîné 
par  son  amitié  (1),  et  le  fit  monter  dans  son  char,  sous 
les  yeux  de  toute  l’armée.  3,726 — 3,727 — 3,728. 

Le  héros  Çakouni,  le  frère  de  ton  épouse,  souverain 
des  hommes,  lit  monter  à la  hâte  dans  son  char  le  Gota- 
mide, le  meilleur  des  maîtres  de  chars.  3,7*29. 

Dhrishtakétou  à la  grande  force  blessa  promptement 
avec  colère,  en  pleine  poitrine,  sire,  le  liis  de  Somadatia 
avec  neuf  flèches.  3,730. 

(I  ) Souhrittayâ,  édition  de  Bombay. 


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BHISHMA-PARVA. 


37S 


Le  héros  brillait  alors  de  ces  dards  profondément  im- 
plantés dans  son  sein,  puissant  roi,  comme  le  soleil  au 
milieu  du  jour  brille  de  ses  rayons.  3,734. 

Bboûriçravas,  ayant  tué  de  traits  supérieurs  ses  chevaux 
et  son  cocher,  réduisit  à pied,  dans  le  combat,  Dhrishta- 
kétou,  le  vaillant  guerrier.  3,732. 

Dès  qu’il  le  vit  sans  char,  privé  de  chevaux,  avec  son 
cocher  immolé,  il  l’ensevelit  dans  la  guerre  sous  une 
grande  averse  de  flèches.  3,733. 

Dhrishtakétou  au  grand  cœur  abandonna  sa  voiture, 
vénérable  roi,  et  monta  dans  le  char  de  Çatànika.  3,734. 

Tchitraséna,  Vikarna  et  Dourmarshana,  ces  maîtres  de 
chars  aux  armures  d’or,  fondirent  sur  le  fils  de  Sou- 
bhadrà.  3,735. 

Il  se  livra  un  efl'rayant  combat  d’ Ahhimanyou  avec  eux, 
tel  que  celui  du  corps  avec  les  trois  humeurs,  l’air,  le 
phlegme  et  la  bile.  3,736. 

Quoiqu'il  eût  privé  tes  fils  de  leurs  chars,  ce  tigre  des 
hommes  ne  voulut  pas  les  tuer  dans  cette  grande  bataille, 
sire,  car  il  se  souvint  des  paroles,  qu'avait  prononcées 
Bhimaséna.  3,737. 

Dans  cette  bataille  allumée  des  rois,  ayant  vu  Bhishma, 
inadrontable  aux  Dieux  mêmes,  s'avancer  d'un  pied  hâté, 
suivi  de  plusieurs  centaines  de  chevaux,  d'éléphants  et  de 
chars,  pour  sauver  tes  fils,  celui  de  Kounit  aux  blancs 
coursiers,  considérant  que  le  héros  Abhimanyou  était 
seul  et  n’était  encore  qu’un  enfant,  dit  ces  mots  au  Va- 
soudévide  : « Pousse  tes  chevaux,  Hrishîkéça,  du  côté  où 
tu  vois  ces  chars  nombreux  : 3,738—3,739 — 3,740. 

» Car  ce  sont  des  héros  en  grande  foule,  instruits  dans 
les  armes  et  possédés  par  la  cruelle  ivresse  des  batailles. 


874 


I.E  M4HA-BH.4R ATA. 


Presse  donc  tes  coursiers  de  manière,  Màdhava,  qu’ils  ne 
puissent  anéantir  noire  armée!  » 3,741. 

A ces  mots  du  fils  de  Kountl  à la  force  sans  mesure, 
le  Vasoudévide  lança  son  char  attelé  de  chevaux  blancs  au 
milieu  du  combat.  3,742. 

Alors  ce  fut  une  immense  infortune  de  ton  armée,  vé- 
nérable monafque,  quand  Arjouna  se  fut  avancé  dans  la 
bataille  contre  les  tiens,  plein  de  sa  colère.  3,743. 

Le  fils  de  Kountl  s'approcha  de  ces  rois,  les  gardiens 
de  Bhishma,  et,  sire,  dit  ces  paroles  à Sousharntan  : 

« Je  sais  — c'est  une  vérité  — que  tu  es  le  plus  brave 
dans  la  guerre  et  que  tu  étais  mon  ennemi  bien  avant  ce 
jour.  Vois  donc  aujourd’hui  quel  fruit  épouvantable  a fait 
éclore  la  révolution  des  temps.  3,744—3,745. 

» Je  te  ferai  voir  aujourd’hui  tes  aïeux,  qui  t’ont  pré- 
cédé dans  la  tombe!  » A Bibhatsou,  l’immolateur  des  en- 
nemis, qui  parlait  de  cette  manière,  3,746. 

Souçarman,  le  général  des  compagnies  de  chars,  qui 
avait  entendu  ces  paroles  amères,  ne  lui  répondit  pas  un 
seul  mot,  soit  bon,  soit  mauvais.  3,747. 

Environné  de.  nombreux  monarques,  par  devant,  par 
derrière,  sur  les  deux  côtés,  partout,  il  s’avança  vers  le 
héros  Arjouna.  3,748. 

Secondé  par  tes  fils,  monarque  sans  péché,  il  empêcha 
dans  ce  combat  et  couvrit  de  ses  flèches  le  Prithide, 
comme  un  nuage  éclipse  l’auteur  du  jour.  3,749. 

Un  combat  accompagné  d’un  immense  carnage,  où  l'on 
répandait  le  sang  comme  de  l'eau,  s’éleva  entre  les  tiens, 
Bharatide,  et  les  fils  de  Pàndou.  3,750. 

Frappé  par  les  flèches,  blessé  au  pied,  souillant  comme 
un  boa,  le  vigoureux  Uhanandjaya.  à chaque  trait,  qu'il 


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BHISHMA-PARVA. 


375 


envoyait  dans  le  combat,  tranchait  en  riant  les  arcs  des 
fameux  héros.  3,751. 

Dès  qu’il  eut  coupé,  dans  un  instant  de  combat,  sire, 
les  arcs  de  ces  valeureux,  le  magnanime,  attachant  sur 
eux  sa  pensée,  les  blessa  tous  complètement  de  ses  dards 
en\  oyés  à la  fois.  3,752. 

Blessés  par  le  lils  de  Çakra  et  souillés  de  sang,  ils  tom- 
baient sur  le  champ  de  bataille,  les  membres  en  lambeaux, 
les  têtes  enlevées,  les  armures  fendues  et  la  vie  exhalée. 

Vaincus  sous  les  flèches  du  fils  de  Prithâ  et  tombés 
dans  l'évanouissement,  ils  périssaient  à la  fois  avec  des 
formes  différentes.  Le  monarque  des  Trigarttains,  ayant  vu 
les  fils  du  roi  immolés  dans  la  bataille,  s'approcha  sur  son 
char.  3,753-3,754. 

Deux  fois  trente  autres  gardes,  jetés  sur  les  derrières 
des  chars,  s’avancent  vers  le  Prithide,  l’environnent  et 
le  harcèlent  à la  ronde,  avec  leurs  arcs  très-bruyants. 

Ils  font  tomber  sur  lui  une  averse  de  la  multitude  de 
leurs  traits,  comme  des  nuages,  qui  versent  les  torrents 
de  leurs  eaux  sur  une  montagne.  En  but  à cette  nuée  ruis- 
selante de  traits,  la  colère  s'allume  au  cœur  de  Dhanan- 
djaya,  3,755—3,756. 

Et,  dans  cette  bataille,  il  frappe  ces  gardiens  des  der- 
rières avec  soixante  dards  tout  luisants  d'huile  de  sésame. 
L’illustre  Dhanandjaya  eut  l’âme  satisfaite  d’avoir  pu 
triompher  de  soixante  héros  dans  ce  combat.  3,757. 

Djishnou  lut  content,  quand  il  eut  immolé  dans  cette 
lutte  les  forces  des  rois,  en  se  précipitant  vers  la  mort  de 
Bhishma.  Aussitôt  que  le  roi  des  Trigarttains  vit  étendus 
morts  ces  fameux  héros  et  cette  foule  de  ses  parents  et  de 
ses  amis,  3,758. 


376 


LE  MAHA-BHARATA. 


Ayant  mis  au  premier  rang  les  rois  dans  le  combat,  il 
s’avança  d'un  pied  lapide  pour  tuer  le  fils  de  Prithà.  A 
peine  les  chefs,  que  .commandait  Çilthandl  eurent-ils  vu 
attaquer  Dhanandjaya,  le  plus  excellent  des  hommes,  qui 
savent  les  astras,  3,750. 

Ils  se  portent,  le  trait  i la  main,  vers  le  cbar  d' Arjouna, 
désirant  le  sauver.  Ce  fils  de  Pritliâ  vit  accourir  les  vail- 
lants guerriers,  accompagnés  du  roi  des  Trigarttains.  3,760. 

Après  que  l’insigne  archer  les  eut  abattus  dans  le  com- 
bat, sous  les  flèches  lancées  par  l’arc  Gândiva,  comme  il 
voulait  aller  vers  Bhlshma,  il  aperçut  Douryodhana,  en- 
vironné des  rois,  celui  du  Sindhou  et  les  autres.  3,761. 

Le  héros  à la  grande  force,  à la  bravoure  infinie,  s’é- 
tant avancé  pour  le  couvrir  de  ses  flèches,  après  qu’il  eut 
combattu  un  instant  avec  vigueur,  abandonna  soudain  le 
monarque  et  les  souverains , Djayadratha  et  les  autres. 

Ensuite  le  magnanime,  le  sensible  Youdhishthira  à la 
vigueur  terrible,  à la  force  épouvantable,  au  sein  de  qui 
la  colère  était  née,  marcha,  pressant  le  pas  sur  le  champ 
de  bataille,  sa  lance  et  son  arc  à la  main , contre  le  fils  de 
laGangà.  3,762 — 3,763. 

Arjouna,  le  prince  à la  gloire  infinie,  ayant  abandonné 
le  souverain  du  Madra,  que  le  sort  lui  avait  assigné  pour 
son  lot  dans  ce  conflit,  s'avança,  accompagné  de  Bhlma- 
séna  et  des  fils  de  Mùdri,  pour  combattre  Bhishma,  le  fils 
de  Çântanou.  3,76A. 

Le  magnanime  héros,  né  de  Gâutauou  et  de  la  Gangâ, 
forcé  de  croiser  le  fer  dans  le  combat  avec  tous  les  fils  de 
Pàndou,  ces  vaillants  guerriers  réunis,  n’en  fut  aucune- 
ment ému.  3,765. 

Le  roi  Djayadratha  à la  formidable  vigueur,  passionné, 


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BHISHMA-PARVA. 


377 


fidèle  à la  vérité , s'étant  approché  dans  la  bataille, 
trancha  les  arcs  de  ces  magnanimes,  violemment,  avec  le 
plus  excellent  des  arcs.  3,760. 

Accompagné  de  Kripa,  de  Çalya,  de  Çala  et  de  Tchi- 
traséna  même,  le  généreux  Douryodhana,  la  colère  dans 
son  cœur,  auguste  sire,  et  vomissant  le  poison  de  la  fureur, 
blessa  de  ses  (lèches,  semblables  an  feu,  Youdhishthira, 
Bhîuiaséna,  les  jumeaux  et  le  Prithide.  Atteints  par  ces 
flèches,  ils  étaient  au  comble  de  la  colère,  tels  que  les  Dieux 
irrités  par  les  troupes  des  Daityas  réunis.  3,707—3,768. 

La  colère  allumée  à la  vue  de  ÇikhandI,  dont  le  royal 
(ils  de  Çântanon  avait  tranché  l’arc,  le  magnanime  Adja- 
tàçatrou  lui  adressa  dans  le  combat  ces  paroles,  que  la 
colère  inspirait  : 3,76!'. 

u Tu  m’as  dit  en  présence  de  ton  père  : « J’immolerai 
ce  Bhtshma  au  grand  vœu  sous  la  multitude  de  mes 
flèches,  couleur  du  soleil  pur  ! c’est  une  vérité  que  je  dis 
là!  » Tu  as  juré  cette  promesse,  et  tu  ne  lui  donnes  pas 
son  effet, ’en  exterminant  ce  Dévavrata  dans  la  guerre. 
N’aies  pas  fait  une  promesse  en  vain,  héros  des  hommes  ! 
Sois  fidèle  au  devoir,  à ta  race,  à la  renommée. 

3,770—3,771. 

» Contemple  ce  Bhtshma,  qui  est  devenu  la  mort  elle- 
même  dans  un  instant  et  de  qui  la  fougue  redoutable 
consume,  telle  que  le  trépas,  ;outes  les  compagnies  de 
mes  armées  dans  ce  combat,  sous  les  rets  de  ses  flèches 
en  multitudes,  à la  splendeur  plus  que  brûlante.  3,772. 

» Ton  arc  coupé,  n’ayant  plus  souci  du  combat,  vaincu 
par  le  roi  fils  de  Çàntanou,  désertant  tes  parents  et  tes 
frères  de  tout  sang,  où  veux-tu  fuir?  Cette  conduite  n’est 
pas  digne  île  toi.  3,773. 


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378 


LE  MAHA-BHARATA. 


» A i’aspect  de  ce  Bhlshma  au  courage  sans  mesure  et 
de  mon  armée  rompue,  dispersée  dans  une  telle  fuite,  tu 
crains  peut-être,  fils  de  Droupada!  En  effet,  la  couleur 
de  ton  visage  n’est  pas  celle  d’un  homme  en  joie!  3,77â. 

» N’es-tu  pas,  héros  des  hommes,  accompagné  dans 
ce  grand  combat  par  Dhanandjaya,  qui  distribue  ses 
ordres?  Comment,  célèbre  que  tu  es  sur  la  terre,  Bhlshma 
peut-il  aujourd'hui,  héros,  t'inspirer  de  la  crainte?  » 

A peine  eut-il  entendu  ces  mots  de  Dharmaràdja,  parole 
sévère,  éternelle,  éloignée  d’être  un  non  -sens,  le  magna- 
nime, pensant  à écarter  de  lui  ce  reproche,  de  se  hâter, 
sire,  à la  mort  de  Bhlshma.  3,775—3,776. 

Dès  qu’il  vit  Çikhandl  accourir  d’une  grande  vitesse  et 
fondre  sur  Bhlshma,  Cal  va  de  l’arrêter  avec  un  astra 
épouvantable,  invincible.  3,777. 

Lorsqu’il  vit  décoché  cet  astra,  d’une  puissance  égale 
à celle  du  feu  dans  la  fin  d'un  youga,  le  fils  de  Droupada, 
au  pouvoir  semblable  à celui  de  Mahéndra,  n’en  eut  pas 
l’esprit  égaré.  3,778. 

Çikhandl,  le  grand  archer,  se  tint  là  avec  ses  flèches, 
repoussant  son  asira;  il  en  prit  un  autre,  celui  de  Va- 
rouna,  terrible,  opposé  au  sien.  3,779. 

Les  Dieux  placés  dans  le  ciel  et  les  princes  virent 
l'astra  neutraliser  en  ce  moment  l' astra.  Bhlshma,  le  ma-  ' 
gnanime  héros,  jeta  un  cri,  sire,  quand  il  eut  tranché, 
dans  le  combat.  L’arc  et  le  drapeau  bien  admirable  du  roi 
\djamitha-Youdhishthira.  Aussitôt  qu’il  vit  son  frère,  le 
lils  de  Pàudou,  qui,  en  proie  à la  crainte,  avait  rejeté  son 
arc  et  sa  flèche,  3,780 — 3,781. 

Bhlmaséna,  saisissant  une  massue,  courut  à pied  dans 
la  bataille  sur  Djayadratha.  Celui-ci , dès  qu’il  eut  vu 


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bhishma-parva. 


370 


le  guerrier  armé  de  sa  massue  fondre  avec  sa  force  rapi- 
dement sur  lui,  3,782. 

Il  le  blessa  de  tous  les  côtés  avec  cinq  cents  traits  épou- 
vantables, acérés,  semblables  au  bâton  d’Yama.  Mais, 
sans  penser  à ces  dards,  l’impétueux  Vrikaudara,  l'âme 
enveloppée  de  colère,  3,783. 

Massacra  tous  les  chevaux,  (ils  de  l’ Aratta,  attelage  du 
roi  deSindhou  dans  la  guerre.  A ce  spectacle,  ton  fils  à 
la  puissance,  incomparable,  se  hâtant  sur  son  char,  3,784. 

S'avança,  le  trait  levé,  semblable  au  roi  des  Dieux,  à la 
rencontre  de  Bhlmaséna  pour  l'arrêter.  Ayant  poussé  un 
cri  de  toute  sa  force  et  le  menaçant  de  sa  massue,  le  héros 
marcha  contre  lui.  3,785. 

A l’aspect  de  cette- arme  levée,  pareille  au  bâton  de  la 
mort,  tous  les  Rourouides  de  tous  les  côtés  abandonnent 
ton  lils  , désirant  éviter  la  chûte  effroyable  de  cette 
massue.  3,780. 

(leux,  qui  se  retirèrent  dans  ce  carnage  tumultueux, 
stupéfiant,  très-épouvantable,  eurent  alors  un  esprit, 
Bharatide,  qui  ne  fut  pas  d’un  insensé.  Aussitôt  que 
Tchitraséna  vit  arriver  cette  grande  massue,  3,787. 

Saisissant  un  cimeterre  et  un  bouclier  resplendissant, 
sautant  à bas  de  son  char,  comme  un  lion  du  sommet 
d'une  montagne,  il  s’avança  à pied  sur  le  champ  de  ba- 
taille, vers  un  endroit  uni  de  la  terre.  3,788. 

La  massue,  arrivée  sur  le  char  admirable,  le  brisa  avec 
ses  chevaux,  avec  son  cocher,  et  pénétra  dans  le  >ol,  telle 
qu’un  grand  météore  flamboyant  se  précipite  dans  la  terre, 
après  qu’il  a fendu  le  ciel!  3,789. 

Les  frères,  tes  (ils.  virent  cette  chose,  qui  ressemblait 
à un  prodige;  ils  poussèrent  tous  d<‘  concert  des  cris  d’al- 


380 


LE  MAHA-BHARÀTA. 


légresse,  et,  réunis  aux  armées,  ils  exaltèrent  ton  fils  de 
tous  les  côtés.  3,790. 

Vikarna,  de  qui  tu  es  le  père,  s'étant  approché  de 
Tchitraséna,  l’homme  de  cœur,  qui  n’avait  plus  de  char, 
le  fit  monter  dans  le  sien.  3,791. 

Tandis  que  régnait  cette  épouvante  bien  remplie  de 
trouble,  Bhîshma,  le  fils  de  Çàntanou,  courut  préci- 
pitamment contre  Y'oudhishthira.  3,792. 

Alors  les  Srindjayas  s’ébranlèrent  avec  leurs  chevaux, 
leurs  éléphants,  leurs  chars;  ils  pensèrent  qu’Youdhish- 
thira  était  tombé  dans  la  gueule  de  la  mort.  3,793. 

Le  rejeton  de  Kourou,  l’auguste  Y'oudhishthira  lui- 
même,  accompagné  des  jumeaux,  marcha  contre  le  fils 
de  Çàntanou,  Bhlsbma,  le  tigre  des  hommes  au  grand  arc. 

Ensuite  le  fils  de  Pândou,  décochant  des  milliers  de 
flèches  dans  ce  combat,  en  couvrit  Bhlshma,  comme  un 
nuage  offusque  l 'astre  père  du  jour.  3,794- — 3,795. 

Le  fils  de  la  Gangâ  reçut  par  centaines  et  par  milliers 
ces  multitudes  de  traits,  lancés,  suivant  les  règles,  en 
faisceaux.  3,790. 

Les  foules  de  projectiles,  envoyés  par  Bhîshma,  véné- 
rable monarque,  parurent,  telles  que  des  essaims  d'oi- 
seaux, épars  dans  l'atmosphère.  3,797. 

Dans  la  moitié  d’un  clin -d’œil,  Bhîshma  le  Çântanouide 
rendit  le  fils  de  Kountî  invisible  dans  le  combat  par  la 
multitude  des  flèches,  qu’il  décochait  en  faisceaux.  3,798. 

Irrité,  le  roi  Youdhishthira  de  lancer  au  magnanime 
Kouravien  un  nàrâtcha,  semblable  à un  serpent.  3,799. 

Mais,  avant  qu'il  fût  arrivé,  sire,  Bliîshma,  le  grand 
héros,  coupa  d’un  kshourapra  dans  la  bataille  ce  dard, 
que  sou  arc  avait  décoché.  3,800. 


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BHISHMA-PARVA. 


381 


Après  qu’il  eut  tranché  ce  nâràtcha,  semblable  à la 
mort,  Bhishma  (le  tuer  au  plus  excellent  des  Kourouides 
ses  coursiers  aux  parures  d’or.  3,801. 

Laissant  là  son  char  privé  de  chevaux,  le  fils  d'Yama, 
Youdhishthira,  monta  précipitamment  sur  le  char  du  ma- 
gnanime Nakouln.  3,802. 

S'étant  approché  d’eux  alors  dans  le  combat,  le  con- 
quérant des  cités  ennemies,  Bhishma  ensevelit  dans  une 
ardente  colère  les  jumeaux  eux- mêmes  sous  ses  flèches. 

Dès  qu’il  les  vit  accablés  sous  les  traits  de  l’ennemi, 
puissant  roi,  le  désir  de  porter  la  mort  à Bhishma  fit  entrer 
Youdhishthira  dans  une  idée  suprême.  3,803 — 3,804. 

Il  stimula  les  monarques  de  son  parti,  et  dit  aux  troupes 
de  ses  amis  : « Vous  tous  réunis,  immolez  Bhishma,  le 
fils  de  Çântanou  ! » 3,805. 

A peine  eurent-ils  entendu  la  parole  du  fils  de  Prithâ, 
tous  les  princes  de  cerner  l’aïeul  des  Kourouides  avec  une 
grande  multitude  de  chars.  3,800. 

Environné  de  toutes  parts,  Dévavrata,  ton  père,  joua 
de  l’arc,  sire,  abattant  ces  grands  héros.  3,80/. 

Les  enfants  de  Prithâ  virent  le  Kourouide  marcher 
dans  le  combat,  au  milieu  des  bataillons,  comme  on  voit 
dans  une  forêt  un  jeune  lionceau,  qui  est  entré  au  milieu 
des  gazelles.  3,808. 

A la  vue  du  vieux  guerrier,  menaçant  les  héros  et 
jetant  parmi  eux  la  crainte  avec  ses  flèches,  ils  trem- 
blaient, grand  roi,  tels  que  des  troupeaux  de  gazelles  à 
l'aspect  d'un  lion.  3,809. 

Les  ksbatryas  virent  dans  ce  combat  la  route  de  ce 
lion  des  Bharatides,  comme  celle  du  feu,  le  compagnon 
du  vent,  qui  veut  incendier  une  forêt.  3,810. 


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382 


LE  MAHA-BHAHATA. 


L'adroit  Bhlshma  fit  tomber  les  têtes  des  maîtres  de 
chars  dans  la  guerre,  tel  qu'un  homme  abat  les  fruits 
mûrs  du  haut  des  palmiers.  3,811. 

Les  têtes,  en  tombant  sur  la  surface  de  la  terre,  puis- 
sant monarque,  produisaient  un  bruit  confus,  semblable  à 
la  chûte  des  pierres.  3,812. 

Tandis  que  s'agitait  ce  combat  tumultueux,  bien  épou- 
vantable, une  grande  infortune  régnait  parmi  tous  les 
guerriers.  3,813. 

Quand  il  eut  rompu  les  ordres  de  bataille,  les  kshatrvas, 
se  disposant  ind  viduellement,  se  rapprochèrent  l’un  de 
l’autre  pour  le  combat.  3,814. 

Affrontant  l'aïeul  des  Bharatides,  Çikhandl  courut  avec 
légèreté,  en  lui  criant  : « Arrête!  arrête!  » 3,815. 

Mais  Bhlshma,  sans  faire  nul  cas  de  Çikhandt  dans  le 
combat,  marcha  contre  les  Srindjayas,  peusant  à la  qua- 
lité de  femme,  que  ce  guerrier  avait  portée.  3,816. 

Dès  qu’ils  virent  Bhlshma  se  mêler  à celte  grande  ba- 
taille, les  Srindjayas  poussèrent  avec  allégresse  différents 
cris  de  guerre,  semés  dans  le  bruit  des  conques.  3,817. 

Ensuite,  à l’heure  où  le  soleil  est  passé  dans  la  plage 
occidentale  (1),  fut  livré  un  combat  où  les  éléphants  et 
ies  chars,  s igneur,  étaient  joints  l’un  à l’autre.  3,818. 

Dhrishtadyoumna  le  Pàntchàlain  et  Sàtyaki  au  grand 
char  accablèrent  fortement  l’armée  sous  des  pluies  de 
tridents  et  de  leviers  en  fer.  3,819. 

Ils  frappèrent  les  tiens,  sire,  de  flèches  nombreuses  ; 
et  ceux-ci,  mal-menés  dans  le  conflit,  ô le  plus  éminent 
des  hommes,  prirent  une  noble  résolution  dans  la  guerre 


(1)  Texte  de  Bombay. 


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BHISHMA-PARVA. 


S85 


et  n’abandonnèrent  pas  le  champ  de  bataille;  car  ces 
grands  héros  du  monde  rabattirent  le  courage  des  en- 
nemis dans  le  combat.  3,820 — 3,821. 

Tes  magnanimes  guerriers,  sire,  jetèrent  alors  de  longs 
gémissements,  quand  le  Prishatide  au  grand  cœur  les 
frappait  de  mort  dans  la  bataille.  3,822. 

A l'audition  de  ces  plaintes  effr  ivantes,  que  poussaient 
les  tiens,  Vinda  et  Anouvinda,  les  deux  grands  hérys 
d’Avanti,  fondèrent  sur  le  rejeton  de  Prishat.  3,823. 

Ces  deux  braves,  dans  leur  course  hâtée,  immolent 
ses  chevaux,  et  l’ensevelissent  lui-mème  dans  une  averse 
de  flèches.  3,82A. 

L’héroïque  P&atch&lain,  ayant  sauté  vite  à bas  de  son 
char,  monta  précipitamment  sur  le  char  du  bien  magna- 
nime Sâtyaki.  3,825. 

Le  roi  Youdhishthira , environné  d’une  nombreuse 
armée,  s’avança  alors  vers  les  terribles  Avantiens,  brûlants 
île  colère.  3,826. 

Ce  guerrier,  ton  fils,  vénérable  monarque,  s’étant  opposé 
de  tous  ses  efforts  à Vinda  et  Anouvinda  dans  le  combat, 
fondit  sur  eux.  3,827. 

Aijonna  irrité  livra  bataille  à ces  éminents  kshatryas, 
comme  jadis  le  Dieu,  qui  tient  la  foudre,  aux  Asouras. 

Enclin  à faire  des  choses  agréables  à ton  fils,  Drona 
dans  sa  colère  dissipa  tous  les  Pàntchâlains,  tel  qu’un 
amas  de  coton  disparait  à l’attouchement  du  feu. 

3,828—3,829. 

Tes  fils  , Douryodhana  à leur  tête  , souverain  des 
hommes,  formant  un  cercle  autour  de  Bhlshma,  soute- 
naient ce  combat  avec  les  Pàndouides.  3,830. 

Quand  le  soleil  eut  pris  sa  couleur  rouge,  le  roi  Dou- 


m 


LU  MAHA-BHARATA. 


ryodhana  (1)*  s’adressa  en  ces  termes  k tous  les  tiens, 
Bharatide  : « Hâtez-vous  ! que  l’on  combatte  ! et  que 
ces  hommes  accomplissent  une  œuvre  difficile!  car,  une 
fois  arrivé  au  mont  Asta,  le  soleil  ne  donne  plus  de  lu- 
mière.* » Des  ondes  de  sang  formaient  une  rivière  épou- 
vantable, tout  un  fleuve  entier,  3,831. 

Aux  rives  pleines  de  nombreux  chacals  dès  l'ouverture 
de  la  nuit  : c’était  un  bruit  épouvantable  de  sinistres 
hyènes  (2)  et  d’animaux  hurlants.  3,832. 

Un  horrible  combat  naquit  pêle-mêle  avec  les  troupes 
des  Bhoùlas.  On  y voyait  de  tous  les  côtés  par  centaines 
et  par  milliers  des  Rakshasas,  des  Piçàtchas  et  d’autres 
Génies  mangeurs  de  chair.  Après  qu'Arjouna  eut  vaincu 
Souçannan  et  les  autres  monarques,  ses  suivants,  il  mar- 
cha au  milieu  de  l’armée  vers  son  camp.  L’auguste  Kou- 
rouide , Youdbishthira  lui-même,  accompagné  de  ses 
frères,  3,833—3,834—3.835. 

S’avança  à l’heure  de  la  nuit,  environné  de  son  armée,  » 
vers  l’endroit  de  ses  logis.  Heureux  d'avoir  arraché  à la 
bouche  de  Douryodhana  dans  ce  combat  les  héroïques 
monarques,  Bhimaséna  de  regagner  également,  Indra  des 
rois,  son  paisible  camp.  Le  souverain  Douryodhana,  après 
* qu’il  eut  couvert  dans  ce  grand  combat  Bhishma,  le  fils  de 
Çàntanou,  retourna  d’un  pied  hâté  dans  ses  quartiers. 
Drona,  son  fils,  Kripa,  Çalya  et  Kritavarman  le  Sâlvata, 

. 3,830—3,837—3,838. 

(!)  Ce  nom  propre  au  nominatif  reste  isolé  dans  l'édition  de  Calcutta, 
sans  aucune  chose,  qui  le  détermine,  sans  verbe,  ni  régime,  soit  direct, 

.soit  indirect.  Tout  ce  qui  est  marqué  entre  deux  étoiles  est  omis  ; nous 
l’avons  emprunté  au  texte  de  Bombay;  nouvelle  preuve  du  peu  de  soin  et 
•l'attention,  qui  ont  présidé  à cette  édition  de  Calcutta. 

(2)  Chacals y dit  encore  la  lettre  du  texte. 


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HHISHMA-PAHV  \. 


885 


Ayant  protégé  la  grande  armée,  revinrent  dans  leur 
cauip.  De  même,  Sâtyaki  et  Dhrishtadyoumna  le  Prisha- 
tide  3,889. 

De  regagner  leur  logis,  satisfaits  d’avoir  couvert  leurs 
combattants  dans  cette  bataille,  ('.'est  ainsi  que  tes  formi- 
dables guerriers,  puissant  roi,  firent  de  concert  avec  les 
Pândouides  leur  retraite,  au  temps  arrivé  de  la  nuit.  Ren- 
trés dans  leurs  quartiers,  les  Pândouides  et  les  Kou- 
rouides  y habitèrent,  grand  monarque,  se  rendant  un  mu- 
tuel hommage.  Ensuite,  les  héros,  ayant  placé  leur  garde 
et  rompu  leurs  pelotons,  suivant  la  règle, 

3,840-3,841— 3,842. 

S’étant  retiré  du  corps  les  flèches  et  baigné  en  diffé- 
rentes eau.x,  ayant  vaqué  aux  prières  quotidiennes,  tous 
exaltés  par  les  bardes,  3,843. 

Ils  s’amusèrent,  ces  illustres  guerriers,  à écouter  les 
sons  mélodieux  des  instruments  de  musique  et  les  chants 
divers  : tout  ce  moment  fut  dans  son  entier  comme  sem- 
blable aux  plaisirs  du  Swarga.  3,844. 

Ces  émin  nts  guerriers  ne  firent  point  là  un  récit  quel- 
conque de  bataille;  et,  sire,  au  milieu  de  leurs  chevaux  et 
de  leurs  éléphants  nombreux,  des  armées  de  leurs  gens, 
qui  se  délassaient  dans  les  douceurs  du  sommeil,  ils  pré- 
sentaient alors  un  spectacle  admirable.  3,845 — 3,846. 

Les  monarques  des  peuples  coulèrent  cette  nuit  dans 
un  tranquille  sommeil  : au  matin,  les  Kourouides  et  les 
Pândouides  sortirent  de  nouveau  pour  le  combat.  3,847. 

L'n  bruit  vaste,  immense,  pareil  à celui  de  la  mer, 
signala  au  moment  de  la  bataille  la  sortie  de  l’une  et  de 
l’autre  armée.  3,848. 

Le  roi  Douryodhana,  Tchitraséna,  Vivinçati,  Bhtshma, 
vu  -25 


38e 


LF,  M AH  A-RHAJt  \TA. 


le  meilleur  des  maîtres  de  char,  et  le  vigoureux  Bhara- 
dwàdjide,  3,8âf>. 

Réunis  dans  un  même  sentiment  et  redoublant  d’ar- 
deur, ces  grands  héros  des  Kourouides,  revêtus  de  la 
cuirasse,  sire,  disposèrent  leur  ordre  de  bataille  à l’en- 
contre des  Pândouides.  3,850. 

Bhlshma,  ton  père,  souverain  des  hommes,  fit  une  dis- 
position pour  la  bataille,  grande,  épouvantable,  pareille  à 
la  mer,  ondoyante  par  des  flots  de  coursiers.  3,851. 

Le  fils  de  Çàntanou  marchait  en  avant  de  tous  les  guer- 
riers, suivi  des  Màlavas,  des  habitants  du  midi  et  des 
Avantiens.  3,852. 

Immédiatement,  après  lui,  s’avançait  l'auguste  Bha- 
radwâdjide  avec  les  Poulindas,  les  Pâradas  et  les  Màlavas 
inférieurs.  3,853. 

Sans  intervalle  après  Drona,  venait  le  majestueux  Bha- 
gadatta,  plein  de  résolution,  avec  les  Màgadhas,  monarque 
des  hommes,  les  Kalingas  et  les  Piçâtchas.  3,854. 

Derrière  celui-ci,  marchait  Vrihadhala,  roi  du  Koçala, 
accompagné  des  Mélakas,  des  habitants  du  Tripoura  et 
des  Tchichhilas.  3,855. 

Sur  les  pas  de  Vrihadbala,  s’avançait  le  héros  Trigart- 
tain,  enipere  r du  Prasthala,  avec  de  nombreux  Kâm- 
hodjes  et  des  Yavanas  par  milliers.  5,850. 

Le  valeureux  fils  de  Drona  suivait  d'un  pied  hâté  le 
Trigarttain  et  faisait  résonner  avec  des  cris  de  guerre 
tous  les  échos  du  globe.  3,857. 

Environné  de  ses  frères,  le  roi  Douryodhana  venait, 
accompagné  de  toute  l'armée,  sur  les  pas  du  fils  de 
Drona.  3,858. 

Immédiatement  après  Douryodhana,  marchait  Kripa  le 


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BHISHMA-PARVA. 


S87 


Çaradwatide.  C'est  ainsi  que  se  déroulait  ce  grand  ordre 
de  bataille,  semblable  à la  mer.  3,850. 

Là,  resplendissaient  les  étendards  et  les  ombrelles  blan- 
ches, seigneur,  les  bracelets  divers  et  les  arcs  de  haut 
prix.  3,800. 

A l’aspect  de  ce  grand  ordre  de  bataille  des  tiens,  l’hé- 
roïque Youdhishthira  dit  à la  hâte  ces  mots  au  Prishatide, 
le  généralissime  des  armées  : 3,861. 

« Vois,  rejeton  de  Prishat  au  grand  arc,  cette  disposi- 
tion militaire,  qu'on  vient  d’établir,  semblable  à la  mer. 
Forme  vite,  sans  tarder,  un  ordre  de  bataille  opposé.  » 

Ensuite,  le  héros  fils  de  Prishat  disposa  un  arrange- 
ment de  bataille  fort  épouvantable,  puissant  monarque, 
en  forme  de  croix  et  destructeur  de  la  disposition  des 
ennemis.  3,862 — 8,863. 

Bhlmaséna  et  le  vaillant  Sâtyaki  étaient  placés  aux 
deux  extrémités  avec  plusieurs  milliers  de  chars,  des  cava- 
liers et  des  fantassins.  3,804. 

A l'ombilic  se  tenait  le  plus  excellent  des  mortels  aux 
blancs  coursiers,  au  singe  pour  enseigne.  Youdhishthira 
avec  les  deux  fils  de  Madri  et  de  Pàndou  était  au  milieu. 

Habiles  dans  les  Traités  et  la  disposif  on  des  armées, 
les  autres  monarques  au  grand  arc  complétèrent  avec  leurs 
guerriers  cet  ordre  de  bataille.  3,805—3,860. 

Après  eux,  venaient  Abhimanvou  et  le  grand  héros  Vi- 
râta,  et  les  cinq  Drâaupadéyains  à l’instruction  achevée, 
et  le  Rakshasa  Ghatotkatcha.  3,867. 

Quand  ils  eurent  ainsi  disposé  leur  ordre  de  bataille, 
les  héros  Pàndouides  se  tinrent,  impatients  de  combattre 
et  désirant  la  victoire.  3,808. 

Alors  éclata  un  bruit  tumultueux  de  tambours,  mêlé 


388 


LE  M VH  A- BH  AR  VI  A. 


aux  fanfares  d^s  conques;  et  les  plages  du  ciel  résonnèrent 
partout  (1)  des  acclamations,  des  battements  de  mains 
et  des  cris  de  guerre.  3,869. 

Puis,  les  héros,  s’étant  approchés  les  uns  des  autres  sur 
le  champ  de  bataille,  se  regardèrent  mutuellement  avec 
des  yeux  immobiles  et  fixes.  3,870. 

Ces  combattants  d’abord  commençèrent  par  se  dire 
leurs  noms  (2)  l’un  à l'autre  : enfin,  ils  s’adressèrent  des 
provocations  mutuelles  au  combat.  3,871. 

Cela  fait,  eut  lieu  une  bataille  aux  formes  épouvan- 
tables, inspirant  la  terreur,  entre  les  tiens  et  les  ennemis, 
qui  s’égorgeaient  réciproquement.  3,872. 

Des  nârâtchas  acérés  tombaient  de  toutes  parts  sur  le 
chantp  de  bataille,  fils  de  Bharata,  comme  des  serpents 
redoutables,  la  gueule  ouverte.  3,873. 

Des  lances  de  fer,  brillantes,  d’une  grande  splendeur, 
ointes  d’huile  de  sézame,  tombaient,  sire,  telles  que  des 
éclairs  re  plendissants  jaillissent  des  nuages.  3,87 h. 

Là,  semblables  à de  brillantes  cimes  de  montagnes,  on 
vit  choir  des  massues,  ornées  d’or  et  couvertes  d’écla- 
tantes  étoffes.  3,875. 

Là,  reluisaient  des  cimeterres  pareils  à un  ciel  pur  ; et 
des  boucliers,  fils  de  Bharata,  faits  en  cuir  de  taureaux  et 
parsemés  de  cent  lunes,  3,876. 

Brillaient,  tombant  de  tous  les  cotés  dans  le  combat. 
Les  deux  armées,  qui  se  livraient  cette  bataille,  resplen- 
dissaient, souverain  des  hommes,  telles  que  jadis  les  deux 
armées  des  Daityas  et  des  Dieux  aux  prises  l’une  avec 


(1)  Texte  de  Bombay. 

(2/  Ibidem . 


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BHISHMA-PAKVA. 


389 


l’autre.  Ils  se  harcelaient  de  tous  les  côtés  par  des  incur- 
sions mutuelles  (1).  3,877 — 3,878. 

Lancés  d'une  course  rapide,  les  chars  se  mêlaient  aux 
chais  les  attelages  embrassaient  les  attelages  dans  cette 
immense  bataille,  où  combattaient  les  plus  éminents  des 
princes.  3,879, 

l>e  tous  les  côtés  de  l'espace,  la  lutte  des  éléphants,  qui 
combattaient  avec  les  éléphants,  ô le  plus  excellent  des 
Bharatides,  enfante  un  feu,  accompagné  de  fumée.  3,880. 

On  voit  partout  certains  guerriers  montés  sur  des  pro- 
boscidiens,  que  des  traits  barbelés  ont  frappés:  les  élé- 
phants tombés  ressemblent  à des  cimes  de  montagnes 
écroulées.  3,881. 

On  voit  les  hommes  de  pied  s’égorger  les  uns  les  autres; 
on  voit  les  héros,  revêtus  de  formes  diverses,  qui  combat- 
Leni  avec  des  javelots  harponnés  et  les  ongles.  3,882. 

S’étant  approchés  mutuellement,  les  guerriers  de  Kourou 
et  de  Pàndou  s’envoyaient  réciproquement  aux  demeures 
d’Yarna  par  des  flèches  de  formes  différentes.  3,883. 

Le  fils  de  Çàntanou,  Bhishma,  faisant  résonner  les 
échos  par  le  fracas  de  son  ch.ir  et  jetant  le  délire  avec  le 
bruit  de  sou  arc  dans  l’esprit  des  Pàndouides,  s’avança 
vers  eux  dans  la  bataille.  3,88à. 

Retentissant  d'un  bruit  épouvantable,  les  chars  des 
fils  de  Pàndou,  pleins  d'ardeur,  coururent  a sa  rencontre, 
sous  la  conduite  de  Dhrishladyoumna.  3,885. 

Ensuite,  il  s’éleva  entre  eux  et  tes  guerriers  un  combat, 
où  les  éléphants,  les  chevaux,  les  chars  et  les  hommes  se 
trouvaient  joints  l’un  à l'autre.  3,886. 


(1)  Édition  de  Bombay. 


390 


LL  MAHA-BHARATA. 


Les  Pàndouides  ne  purent  supporter  l'aspect  de 
Bblsbma,  dont  la  colère  jetait  des  flammes  de  tous  les 
côtés,  comme  on  ne  peut  soutenir  la  vue  du  soleil  brûlant. 

A l’ordre  du  fils  d’Yama,  toutes  les  armées  fondirent 
sur  le  fils  de  la  Gangà,  le  broyant  de  leurs  flèches  acérées. 

3,887—3,888. 

Mais  Bhlshma,  fjui  peut  s’enorgueillir  de  ses  combats, 
fit  tomber  sous  ses  traits  les  Somakas,  les  Srindjayas  et 
les  Pàntchàlains,  tous  guerriers  aux  grands  arcs.  3,889. 

Sous  les  coups  de  Bhlshma,  les  Pàntchàlains  et  les 
Somakas,  abandonnant  la  crainte,  que  la  mort  inspire,  de 
revenir  précipitamment  sur  lui  ; 3,890. 

Et  le  fils  de  Çântanou,  l’héroïque  Bhishma  de  trancher 
dans  le  combat,  sire,  les  bras  et  les  têtes  de  ces  maîtres  de 
chars.  3,891. 

Dévavrata,  ton  père,  les  réduisit  à pied,  et  abattit  les 
têtes  des  cavaliers  sous  lèurs  chevaux.  3,892. 

Nous  vîmes  alors,  grand  roi,  les  proboscidiens  sans 
hommes  dormir,  semblables  à des  montagnes,  fascinés 
par  l’astra  de  Bhishma.  3,893. 

Il  n’y  avait  point  là,  souverain  des  mortels,  aucun  homme 
quelconque  des  Pàndouides , excepté  Bhlinaséna  aux 
vastes  forces,  le  plus  excellent  des  maîtres  de  chars. 

11  s’approcha  de  Bhlshma  et  le  blessa  dans  la  guerre.  De 
cet  engagement  entre  ces  deux  héros,  naquit  une  calamité 
épouvantable,  aux  formes  horribles,  inspirant  la  terreur 
à tous  les  guerriers.  Alors,  pleins  d’ardeur,  les  Pàndouides 
jetèrent  à l'envi  leur  cri  de  guerre.  3,894-3,895-3,896. 

Tandis  que  ce  carnage  sévissait  parmi  les  hommes,  le 
roi  Dourvodliana , environné  de  ses  frères,  défendait 
Bhlshma.  3,897. 


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BHISHMA-PARVA. 


39 1 


Le  vaillant  Bhtmaséna,  ayant  tué  le  cocher  de  Bhlshma, 
son  char,  dont  les  chevaux  n’étaient  plus  gouvernés,  s’em- 
porta de  tous  les  côtés.  3,898. 

L’immolateur  des  ennemis  eut  bientôt  coupé  d'une 
flèche  la  tête  de  Sounâbba.  Frappé  du  kshourapra  bien 
acéré,  celui-ci  tomba  sur  la  terre.  3,899. 

Sept  héros,  ses  frères  vénérable  modfcrque,  ne  purent 
supporter  dans  le  combat  cette  mort  du  brave  au  grand 
arc,  ton  fils.  3,900. 

C’étaient  Adityakétou,  Bahwàçi,  Koundadhàra,  Mahau- 
d&ra,  Aparàdjita,  Panditaka  et  l’invincible  Viçùlàksha. 

Revêtus  d’armes  diverses,  portant  didéreutes cuirasses, 
ces  guerriei-s,  broyeurs  d’ennemis,  s’approchèrent  du 
Pândouide,  brûlants  de  soutenir  un  combat  avec  lui. 

3,901—3,902. 

■Mahaudara  dans  la  bataille  blessa  de  neuf  flèches,  sem- 
blables à la  foudre,  Bhimaséna  : de  même  le  meurtrier 
de  Vritra  sut  percer  Manioutdii.  3,903. 

Adityakétou  le  frappa  de  sept  dards,  Bahwàçi  de  cinq, 
Koundadhàra  de  neuf  et  Viçàlàksha  de  sept  traits.  3,904. 

Le  grand  héros  Aparàdjita,  victorieux  des  ennemis,  at- 
taqua, puissant  roi,  avec  des  flèches  nombreuses  Bhima- 
séna  aux  vastes  forces.  3,905. 

Et  Panditaka  de  lui  décocher  trois  dards  ; mais  Bhima- 
séna ne  put  supporter  que  les  ennemis  voulussent  lui 
donner  la  mort  dans  ce  combat.  3,906. 

Serrant  son  arc  de  la  main  gauche,  ce  héros,  qui 
traîne  les  cadavres  des  ennemis,  coupa  d’une  flèche  aux 
nœuds  inclinés  la  tête  charmante  d' Aparàdjita,  ton  fds, 
dans  le  combat,  et,  vaincu  par  Bhlsbma,  cette  tête  de  l'in- 
vaincu tomba  sur  la  terre.  3,907—3,908. 


392 


LE  MAHA-BHARATA. 


Avec  un  autre  bhalla,  il  envoya,  sous  les  yeux  de 
toute  l'armée,  le  vaillant  Koundadhàra  au  monde  de  la 
mort.  3,909. 

il  encocha  une  nouvelle  flèche  ; et  le  guerrier  à l’âme 
incommensurable,  la  jeta  dans  le  combat  sur  Pandi- 
taka.  3,910. 

Dès  que  le  trait'eut  immolé  ce  héros,  il  entra  dans  le 
sein  de  la  terre,  comme  un  serpent  s’y  précipite,  quand, 
poussé  par  la  colère,  il  a mordu  un  homme.  3,91 1. 

D’une  âme  non  troublée  et  se  rappelant  ses  anciennes 
infortunes,  il  coupa  de  trois  flèches,  monarque  de  la  terre, 
et  fit  tomber  la  tète  de  Viçàlàksha.  3,912, 

Il  perça  d’un  nâràtcha,  sire,  entre  les  deux  seins,  Ma- 
haudara  au  grand  arc,  et  le  guerrier  frappé  dans  la  ba- 
taille tomba  sur  la  terre.  3,913. 

Après  qu’il  eut  tranché  d’un  trait  dans  ce  combat  l’om- 
brelle d’Adityakétou,  il  lui  enleva  la  tête  à lui-même  d’un 
bhalla  très-acéré.  3,91  A. 

D’une  flèche  aux  nœuds  inclinés,  Bhtmaséna,  plein  de 
colère,  envoya  Bahwâçi  dans  les  demeures  d’Yama. 

Alors,  tes  autres  fis  de  s’enfuir,  monarque  des 
hommes,  regardant  comme  une  vérité  les  paroles,  qu’il 
avait  prononcées  dans  l’assemblée.  3,915 — 3,916. 

Le  roi  Douryodhana,  déchiré  par  l’infortune  de  ses 
frères,  parla  ainsi  à tous  les  tiens  : « Que  ce  Bhlma  soit 
mis  à mort.  » 3,917, 

A ces  mots,  tes  vaillants  fils,  souverain  des  hommes, 
considérant  que  leurs  frères  n’étaient  plus,  ne  mirent  pas 
cet  ordre  en  oubli.  3,918. 

La  voilà  qui  s’accomplit  cette  parole,  qu’avait  prédite 
Kshattri,  le  mortel  à la  vaste  science,  cette  parole  d’un 


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BB1SHMA-PARVA. 


393 


sage,  qui  possède  la  vue  des  choses  divines  (1).  3,919. 

Pénétré  du  délire  de  la  cupidité,  aveuglé  par  l'amour 
de  tes  fils,  monarque  des  peuples , tu  n'as  point  senti 
jadis  qu’il  disait  une  parole  utile  et  vraie,  bonne  et  salu- 
taire. 3,920. 

A voir  la  manière,  dont  il  immole  ici  les~Kourouides, 
ce  vigoureux  Pàndouide  aux  longs  bras  est  né  sans  doute 
pour  la  mort  de  tes  fils.  3,921. 

Alors,  pénétré  d'une  vive  douleur,  le  roi  Douryodhana 
de  s'avancer  vers  Bhlahma  et  de  lui  adresser  en  gémissant 
ces  paroles  : 3,922. 

« Mes  héroïques  frères  ne  sont  plus  ; ils  sont  tombés 
sous  les  coups  de  Bhtmaséna  ; les  autres  guerriers,  qui 
déployaient  leurs  efforts  dans  le  combat,  ont  succombé 
tous!  3,923. 

» Ton  altesse  nous  regarde  sans  cesse  avec  indiffé- 
rence ; je  suis  entré  dans  une  mauvaise  route  : vois  donc 
quel  est  mon  destin  malheureux,  n 8,92â. 

A peine  eut-il  entendu  ces  paroles,  Dévavrata,  ton  père, 
répondit  avec  colère  et  les  yeux  baignés  de  larmes  à 
Souyodhana  : 3,925. 

« Dès  avant  ce  jour,  mon  fils,  cette  vérité  te  fut  dite 
par  moi,  par  Drona,  par  Vidoura  et  par  l’illustre  Gân- 
dhàrl  ; mais  tu  ne  voulus  point  la  comprendre.  3,926. 

» Dès  avant  ce  jour,  j'ai  établi  cette  condition  pour 
vous  dans  la  guerre  : ni  l’  Atchàrya,  ni  moi,  ne  devons, 
sous  aucune  manière,  sortir  vivants  de  ces  combats. 

» Chaque  Dhritaràshtride,  qui  tombera  sous  les  yeux 
de  Bhtma  dans  la  bataille,  il  en  fera  sa  victime  : c’est  une 
vérité,  que  je  te  dis  là.  3,927—3,928. 

# Tiens-toi  ferme,  embrasse  dans  le  combat  une  opi- 

(1)  Texte  de  Bombay. 


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39â 


LE  MAHA-HHAIUTA. 


nioo  solide  ; ei,  attaché  à la  poursuite  de  ton  objet,  com- 
bats résolument  les  fils  de  Prithâ.  3,929. 

» Les  Dieux  mêmes,  Indra  à leur  tête,  ne  pourraient 
vaincre  les  Pândouides  ; fais-toi  donc  une  opinion  inébran- 
lable dans  les  batailles  et  combats,  rejeton  de  Bharata  ! » 

« Quand  vous  viles  tomber,  sous  le  bras  d’un  seul,  un 
si  grand  nombre  de  mes  fils,  interrompit  Dbritaràshtra, 
que  fîtes-vous  dans  la  guerre,  Sandjaya,  toi,  Bhishma, 
Drona  et  Kripa?  3,930—3,931. 

» Chaque  jour  mes  fils  vont  à leur  perte,  cocher,  et  je 
pense  que  le  Destin  les  y pousse  violemment  de  toutes  les 
manières;  3,932. 

• Puisque  tous  mes  enfants  sont  vaincus,  mon  ami , et 
qu’ils  n'obtiennent  pas  la  victoire.  Malgré  que  mes  fils 
marchent,  environnés  de  Bhishma,  de  Drona,  du  magna- 
nime Kripa,  de  l'héroïque  Somadattide,  de  Bhagndatta, 
d'Açwatthânian  , de  héros,  qui  ne  savent  pas  reculer,  et 
d’autres  vaillants  guerriers,  s’ils  périssent  dans  le  com- 
bat, est-ce  autre  chose  que  la  puissance  du  Destin  ? 

3,933 — 3,934 — 3,935. 

» L'insensé  Douryodhana,  il  n’a  pas  compris  les  pa- 
roles, qui  lui  furent  jadis  adressées.  Arrêté  par  moi,  par 
Gàndhàri,  par  Bhishma,  et  par  Vidoura,  inspirés  tou- 
jours par  l’amour  de  ce  qui  lui  est  agréable,  ce  prince  à 
l’intelligence  étroite  ne  nous  a point  compris  alors,  et 
voilà  que  ce  fruit  de  son  délire  est  arrivé.  3,930 — 3,937. 

» Car  Bhimaséna  irrité  précipite  chaque  jour  et  préci- 
pitera sous  ses  coups  mes  fils,  jusqu'au  dernier,  dans  les 
demeures  d' A ama.  » 3,938. 

La  voici  arrivée  cette  parole  sublime  de  Kshattri!  Tu 
n'as  point  senti  que  c’était  pour  le  bien,  qu'il  le  parlait, 
en  disant  : 3,939. 


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BHISHM  A-PARVA. 


305 


« Retiens  tes  fils  du  jeu  ! Ne  fais  pa3  de  inal  aux  en- 
fants de  Pàndou  !»  Tu  as  rejeté  chaque  parole  salutaire 
de  tes  amis,  dont  l’amourde  ton  bien  inspirait  le  langage  : 
tel  un  homme  qui  veut  mourir,  repousse  un  remède,  qui 
pourrait  lui  conserver  ta  vie  / La  voici  donc  arrivée  cette 
parole,  que  t’ont  dite  à propos  Vidoura,  Droha,  Bhlshma 
et  les  autres,  qui  désiraient  ton  bien.  C'est  parce  que  tu 
n’as  point  exécuté  cette  parole  convenable  que  les  Kou- 
rouides  vont  à leur  perte.  5,940—  3,94i  — 3,942. 

Voilà,  souverain  des  hommes,  ce  qui  est  arrivé  d’abord; 
écoute  donc,  racontées  par  ma  bouche  véridique,  les  évo- 
lutions de  ce  combat.  3,943. 

Au  mi  ieu  du  jour,  naquit  une  bataille  immensément 
épouvantable,  causant  la  destruction  du  monde  ; écoute, 
sire  ; je  vais  te  la  raconter.  3,944. 

Au  commandement  du  fils  de  Dharma,  toutes  les  ar- 
mées, la  colère  allumée,  coururent  sur  Bhlshma  avec  le 
désir  de  l'immoler.  3,945. 

Dhrishtadyoumna  , Çikhand!  et  ’ le  héros  Sàtyaki , 
réunissant  leurs  armées,  grand  roi,  fondirent  sur  Bhlshma 
lui-même.  3,940. 

Viràta  et  Droupada,  accompagnés  de  tous  les  Somakas, 
ces  grands  héros,  s’élancèrent  dans  le  combat  sur  le  fils 
de  Çàntanou.  3,947. 

Les  Kalkéyains , Dhrishtakétou  et  Kountibhodja , re- 
vêtus de  la  cuirasse,  puissant  roi,  et  joignant  leurs  ar- 
mées l’une  à l’autre,  en  vinrent  aux  ma  ns  eux-mêmes 
avec  Bhlshma.  3,948. 

Arjouna,  les  cinq  fils  de  Draàupadi  et  le  vigoureux 
Tchékitàna  croisèrent  le  fer  avec  tous  les  monarques  sous 
les  ordres  de  Douryodhana.  3,949. 


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396 


LK  MAHA-BHARATA. 


Le  héros  Abhiinanyou,  le  vaillant  Hidimbide  et  l’iras- 
cible Bhlmaséna  ondirent  sur  les  Kourouides.* 3,950. 

Ceux-ci  étaient  frappés  de  mort  par  les  fils  de  Pàndou, 
partagés  en  trois  (1)  divisions,  et  les  Pàndouides  péris- 
saient dans  le  combat  sous  les  coups  des  Kourouides. 

Drona,  le  meilleur  des  maîtres  de  chars,  s’élança  irrité 
sur  les  Srindjayas,  accompagnés  des  Somakas,  pour  les 
précipiter  dans  les  demeures  d’Yama.  3,951 — 3,952. 

Alors,  une  grande  lamentation  éclata  au  milieu  des 
magnanimes  Srindjayas , immolés  dans  le  combat,  ma- 
jesté, par  les  flèches  de  l’archer  fils  de  Bharadwàdja. 

Là,  dans  la  bataille,  Drona  ravit  l’existence  à de  nom- 
breux kshalryas  : on  les  voyait  se  convulser  sur  la  terre, 
semblables  à des  hommes  sous  les  tortures  de  la  maladie. 

3,953 — 3,955. 

On  entend  continuellement  au  milieu  de  ce  champ  de 
bataille  un  bruit  de  soupirs,  de  gémissements,  de  iamen- 
lations,  qui  ressemble  à celui  d'hommes  tourmentés  par 
la  faim.  3,955. 

Et,  tel  qu’une  autre  Mort  elle-même,  le  vigoureux  Bhl- 
maséna accomplit  dans  sa  colère  un  épouvantable  carnage 
des  Kourouides.  3,956. 

Là  (2),  une  rivière  effroyable,  roulant  des  flots  de  sang, 
naquit  dans  cette  grande  bataille  des  guerriers,  qui  s’é- 
gorgeaient les  uns  les  autres.  3,96". 

lin  combat  vaste,  aux  formes  terribles,  accroissement 
du  royaume  d’Yama,  surgit,  puissant  roi,  entre  les  Kou- 
rouides et  les  fils  de  Pàndou.  3,958. 

(1)  Édition  de  Bombay,  dont  le  texte  coïncide  mieux  avec  les  stances 
3,946-7-8. 

(2;  Texte  de  Bombay. 


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BH1SHAIA  PARVA. 


397 


Ensuite,  Bhlrria  irrité  et  prompt  surtout  dans  le  conflit, 
s’approcha  de  l’armée  des  éléphants  et  l’envoya  à la  mort. 

Là,  en  proie  aux  nàràtchas  de  Bhima,  ces  pachydermes 
couraient  à la  ronde  par  tous  les  points  de  l’espace , 
criaient,  s’affaissaient  et  tombaient.  3,959 — 3,960. 

La  trompe  coupée,  vénérable  souverain,  les  membres 
coupés,  les  grands  proboscidiens,  criant  comme  des  ar- 
dées,  se  couchaient  sur  la  terre.  3,961. 

Nakoula  et  Sahadéva  fondirent  sur  l’armée  des  che- 
vaux. On  vit  alors  ces  coursiers,  ponant  des  aigrettes  d’or 
avec  des  caparaçons  et  des  ornements  du  même  riche  mé- 
tal, frappés  à mort  par  centaines  et  par  milliers.  La  terre 
fut  couverte,  sire,  de  leurs  cadavres  abattus.  3,962-3,963. 

Le  sol  était  jonché  de  ces  chevaux,  qui,  sans  voix,  sou- 
pirant, criant  ou  la  vie  expirée,  présentaient,  ô le  meilleur 
des  hommes,  les  plus  différents  aspects.  3,96â. 

Et  la  terre  offrait  erttore  çà  et  là  une  vue  épouvantable 
des  monarques  tombés  sous  les  coups  d'Arjouna.  3,965. 

Toute  semée  de  chars  brisés,  de  drapeaux  tranchés, 
d’ombrelles  de  la  plus  grande  splendeur,  d éventails  et  de 
chasse-mouches  coupés,  de  nobles  combattants  mutilés, 
de  colliers,  de  nishkas,  de  bracelets,  de  têtes  parées  de 
leurs  boucles  d’oreille,  de  turbans  épais,  de  brillantes 
caisses  de  chars,  d’étendards  abandonnés  de  tous  les  cô- 
tés, de  liens  et  dç  rênes,  la  terre  brillait  alors,  sire, 
comme  de  fleurs  au  printemps.  3,966 — 3,907 — 3,908. 

Tel  était,  fils  de  Bharata,  ce  carnage  exécuté  par  les 
Pândouides,  pendant  la  colère  de  Bhlshma,  le  fils  de 
Çântanou,  et  de  Drona,  le  meilleur  des  maitres  de 
chars  ; 3,969. 

Carnage,  dont  furent  les  témoins,  en  dépit  de  leur  co- 


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3»» 


LE  M AH  A -BHARATA. 


1ère,  Açvatthâman,  Kripa,  Kritavarman  et  les  nôtres  des 
tiens.  3,970. 

Dans  le  temps  que  cette  affreuse  destruction  étendait 
sa  fureur  sur  les  plus  grands  des  héros,  le  fortuné  Ça- 
kouni,  le  fils  de  Souliala,  courut  sur  les  Pàndouides. 

Le  terrible  Hardikya,  le  Sàttwata,  fondit  en  plein  com- 
bat, sire,  sur  l’armée  des  fils  de  Pândou.  3,971 — 3,972. 

Il  les  environna  de  tous  les  côtés  dans  le  combat  de 
troupe s nombreuses  des  plus  généreux  coursiers  du 
Kambodje,  de  chevaux  nés  sur  les  bords  de  la  Nadî,  dans 
l’Aradda,  sur  les  rives  de  la  Mahl  ou  du  Siudhou,  de 
coursiers,  qui  avaient  reçu  la  vie  sur  les  berges  de  la 
Yânâyou  et  du  Gange,  ou  qui  habitaient  les  montagnes,' 

3,973—3,974. 

Et  d’autres  rapides  chevaux,  nés  chez  les  Tittiras , 
avec  la  vitesse  même  du  vent.  Le  vaillant  et  vigoureux 
fils  du  Pàndouide  Arjonna  s’avança,  terrible,  les  formes 
pleines  d’ardeur,  vers  cette  armée  avec  ses  nobles  cour- 
siers, légers  comme  le  vent,  si  couverts  de  parures  qu’ils 
ressemblaient  entièrement  à des  chevaux  cuirassés.  Il  se 
nommait  lrâvat.  Héros,  chéri  de  la  fortune,  il  fut  conçu 
du  sage  fils  de  Prithà  au  sein  de  la  fille  du  roi  des  ser- 
pents. 3,9/5— 3, 9/(5— —3,97/. 

Elle  fut  donnée  par  le  magnanime  Alrâvata,  qui 
n’avait  pas  d’enfant  ; mais  infortunée,  l’àiue  contristée, 
elle  perdit  son  époux,  qui  fut  tué  par  Garouda.  3,978. 

Le  ft’s  de  Prithà  la  reçut  pour  sa  femme,  donnée  par  la 
puissance  de  l’amour.  Ce  fils  d’Arjouna  fut  ainsi  conçu 
dans  le  sein  de  la  femme  d’un  autre  époux.  3,979. 

Il  grandit  dans  le  monde  des  serpents,  sous  la  surveil- 
lance attentive  de  sa  mère  ; mais  il  fut  abandonné  par 


loogle 


DiqitL 


BHISHM  V-PARV 


399 

son  cruel  oncle  paternel  en  haine  du  fils  de  Prithà.  S, 980. 

Beau,  d ué  de  qualités,  plein  de  force,  pourvu  d'un 
courage  infaillible,  il  s'éleva  rapidement  au  monde  d'In- 
dra, quand  il  eut  appris  qu’Arjouna  habitait  dans  son  pa- 
lais. 3,981. 

Le  guerrier  aux  longs  bras,  de  qui  la  valeur  était  une 
vérité,  s’approcha  de  son  père,  et,  joignant  les  mains 
entre  ses  tempes,  il  se  prosterna  pieusement  à ses 
pieds.  3,982. 

11  s'annonça  lui-même  au  magnanime  Aijouna  en  ces 
termes  : « Je  suis  Irâvat,  seigneur  ; la  lélicité  descende 
sur  toi  I je  suis  ton  (ils.  » 3,983. 

11  raconta  les  circonstances  de  cette  union,  qui  avait 
rendu  mère  la  fille  d i serpent,  et  le  Prithide  se  souvint 
parfaitement  de  toute  cette  histoire  ; 3,98A. 

Et,  quand  il  eut  embrassé  son  fils,  égal  à lui  par  les 
bonnes  qualités,  il  fut  rempli  de  joie  dans  l'habitation  du 
roi  des  Immortels.  3,985. 

Arjouna,  débutant  par  la  joie,  instruisit  dans  le  monde 
des  Dieux  ce  guerrier  aux  longs  bras  de  toute  sou  alîaire, 
sire,  et  de  la  cause , qui  l'avait  amené  lui-même  en  ces 
lieux.  3,986. 

« 11  faut  qu'au  temps  des  combats,  lui  dit-il,  tu  nous 
prêtes  ton  assistance.  » — «Oui  ! u avait  répondu  le  jeune 
guerrier-,  et,  la  guerre  venue,  il  était  arrivé,  3,987, 

Environné,  seigneur,  de  nombreux  coursiers,  géné- 
reux, rapides  et  de  toutes  les  couleurs  désirées.  Ces  che- 
vaux, qui  portaient  sur  la  tète  une  aigrette  d’or,  qui 
avaient  toutes  les  couleurs,  et  qui  étaient  d’une  grande 
vitesse,  eurent  bientôt  franchi  dans  leur  vol,  comme  des 
cygnes,  le  vaste  bassin  des  eaux.  Quand  ils  se  furent  ap- 


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400 


LC  MAHA-BHARATA. 


prochés  de  tes  escadrons  de  chevaux,  légers  connue  la 
pensée  (1),  3,988—3,989. 

Lorsqu’ils  se  furent  mutuellement  frappé  le  poitrail 
avec  leurs  poitrines  et  leurs  naseaux,  ils  abattirent  sou- 
dain leur  vol,  sur  la  terre,  poussés  par  leur  propre 
fougue.  3,990. 

Tandis  que  cette  armée  de  chevaux  descendait  ainsi  du 
ciel,  elle  fit  éclater  un  bruit  épouvantable,  comme  si 
Garouda  lui-même  eût  abaissé  le  vol  de  ses  ailes  sur  la 
terre.  3,991. 

Les  cavaliers,  en  étant  venus  aux  mains,  ceux-ci  avec 
ceux-là,  accomplirent  dans  ce  combat,  grand  roi,  l'hor- 
rible mort  les  uns  des  autres.  3,992. 

Dans  le  temps  que  cette  mêlée  extrêmement  tumul- 
tueuse s’agitait,  la  confusion  régnait  alors  de  tous  les 
côtés  dans  ces  escadrons  de  chevaux  de  l’une  et  l'autre 
armée.  3,993. 

Leurs  traits  brisés,  leurs  chevaux  tués,  malades  de  fa- 
tigue, les  braves  s'abandonnaient  mutuellement  et  bien- 
tôt ils  tombaient  dans  la  destruction.  3,994. 

Dès  que  l’armée  des  chevaux  fut  rompue  et  qu’il  en 
restait  peu,  fils  de  Bharata,  les  héros  à la  suite  du  Souba- 
lide  sortirent  à la  tête  de  la  bataille.  3,99ô. 

Ils  étaient  montés  sur  les  plus  généreux  des  coursiers 
doués  d’énergie,  se  tenant  au  milieu  des  airs,  égaux  en 
rapidité  à la  vitesse  de  la  foudre,  possédant  un  attouche- 
ment semblable  à la  fureur  du  tonnerre.  3,990. 

C’étaient  Gadja,  Gavâksha,  Vrishabha,  Tcliarmaval, 
Arjava  et  Çouka.  Ces  six  guerriers,  pleins  de  vigueur,  à la 


(1)  Texte  de  Bomba;. 


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BHISH.M  A-PARVA. 


401 

grande  force,  revêtus  d'armures,  couverts  de  formes  ter- 
ribles, habiles  dans  les  combats,  défendus  par  Çakouni 
et  leurs  soldats  particuliers,  sortirent  hors  de  la  grande 
armée.  3,997 — 3,093. 

Entourés  d’une  nombreuse  armée,  ivres  de  la  fureur 
des  combats,  désirant  la  victoire  en  vue  du  Swarga,  ces 
Gândhàris,  pleins  d’ardeur,  enfoncèrent  les  troupes  diffi- 
ciles à vaincre  et  pénétrèrent  au  milieu  de  l'armée  du 
héros  aux  longs  bras.  Le  vigoureux  Iràvat  les  vit  alors 
tout  remplis  d'alacrité.  3,999 — 4,000. 

11  dit  à ses  guerriers,  qui  portaient  une  grande  diver- 
sité d'armes  et  de  parures  : « Adoptons  un  plan  tel  que 
tous  ces  héros  du  Dhritarâshtride,  munis  de  ces  armes 
et  montés  sur  ces  chevaux,  trouvent  la  mort  dans  le 
combat I » — «Oui!  » répondent  tous  les  guerriers  d’irâ- 
vat;  4,001 — 4,002. 

Et  ils  brisent  leur  forte  armée,  difficile  à vaincre  en 
bataille  aux  ennemis.  Aussitôt  qu'ils  virent  cette  armée 
étendue  à terre  par  l’armée  ennemie,  4,003. 

Tous  les  lils  de  Soubala,  ne  pouvant  soutenir  ce  spec- 
tacle, coururent  de  tous  les  côtés  sur  Iràvat  et  l’enfer- 
mèrent dans  le  combat.  4,004. 

Blessant  avec  des  traits  barbelés  aigus,  s’excitant  les 
uns  les  autres,  ces  guerriers  combattaient,  jetant  partout 
une  grande  confusion.  4.005. 

Percé  des  flèches  acérées  de  ces  magnanimes,  lrâvat, 
tel  qu’un  éléphant  blessé  par  le  croc  aigu,  était  souillé 
par  des  ruisseaux  de  sang.  4,006. 

Frappé  dans  la  poitrine,  le  dos  et  les  flancs,  seul  contre 
un  grand  nombre,  sa  fermeté,  sire,  n'en  fut  pas  excessi- 
vement ébranlée.  4,007. 


VH 


26 


A02 


Lli  MAHA-BHARATA. 


Ce  conquérant  des  cités  ennemies,  Irâval  irrité  les 
blessa  tous  de  ses  traits  acérés  et  jeta  le  délire  dans  leurs 
esprits.  A,00S. 

11  retira  de  son  corps  tous  ces  dards  aigus,  et  le  vain- 
queur des  ennemis  en  perça  lui-mêiue  dans  ce  combat 
les  fils  de  Soubala.  A, 009. 

Il  tira  (1)  du  fourreau  uu  cimeterre  acéré,  et,  saisissant 
la  dernière  de  ses  flèches,  il  s'avança  à pied,  d’un  pas 
hâté,  et  courut  sur  les  Soubalides  avec  le  désir  de  les 
tuer.  A, 010. 

Ayant  recouvré  leurs  esprits,  tous  les  fils  de  Soubala, 
enflammés  par  la  colère,  fondirent  de  nouveau  sur  Iràvat. 

Mais  celui-ci,  le  cimeterre  au  poing,  leur  fit  v ir  la  lé- 
gèreté de  sa  main,  et,  fier  de  sa  force,  il  s’avança  à 
l’encontre  de  tous  les  Soubalides.  A, 011— A, 012. 

Quoiqu’ils  fussent  portés  sur  des  coursiers  rapides,  ils 
ne  trouvaient  pas  une  occasion  de  le  frapper  : tant  il 
marchait  avec  légèreté!  A. 013. 

Voyant  qu'il  conservait  encore  sa  prééminence  dans  le 
combat,  ils  l'enferment  étroitement  et  s’attachent  à le  faire 
prisonnier.  A, 01  A. 

Alors,  ce  héros,  qui  traîne  les  cadavres  de  ses  enne- 
mis, se  mit  à trancher  de  son  cimeterre  les  armes,  les 
membres,  les  bras  avec  leurs  parures,  les  mains,  qui 
tenaient  les  épées,  les  mains,  qui  portaient  les  arcs,  à tous 
ces  guerriers  venus  près  de  lui.  Ils  tombaient  morts  sur 
la  terre,  les  membres  coupés,  la  vie  exhalée. 

A, 015— A, 016. 

Nombre  de  fois,  puissant  roi,  Vrishabha,  percé  de 

1}  Vikrishya,  teite  de  Bombay. 


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BHISHM  Y-P.AR  VA. 


toutes  parts  (1),  fut  sauvé  de  cette  terrible  amputation 
des  héros.  4,017. 

Quand  il  vit  tous  ces  guerriers  couchés  sur  la  terre, 
Douryodhana,  ton  fils,  dit  avec  colère  à l'héroïque  Rak- 
shasa, le  magicien,  dompteur  des  ennemis,  à l’aspect 
épouvantable  , surnommé  l’ennemi  de  Bhtmaséna  par 
suite  de  la  mort  donnée  à Vaka  : 4,018 — à, 019. 

« Vois,  héros!  et  veille  à ce  que  le  vigoureux  (ils  de 
Phàlgouna,  ce  magicien,  ne  fasse  pas  de  mon  armée  une 
odieuse,  une  épouvantable  destruction.  4,020. 

» Tu  peux  aller  où  il  te  plaît,  tu  es  habile  dans  les 
astras  de  la  magie,  tu  es  l’ennemi  déclaré  du  (ils  de 
Prithà  : immole  donc  celui-ci  dans  la  guerre!  » 4,021. 

« Oui  ! » répondit  le  Rakshasa  effroyable  ù voir,  qui, 
poussant  un  cri  de  guerre,  s’avança  vers  l’endroit  où  était 
le  jeune  fils  d'Arjouna.  4,022. 

Environné  de  ses  armées,  auxquelles  étaient  joints  des 
héros,  des  guerriers,  combattant  avec  des  armes  lui- 
santes, habiles  dai  s les  combats,  montés  sur  de*  cour- 
tiers, 4,023. 

.Et  deux  mille  généreux  chevaux,  qui  survivaient,  grand 
roi,  à la  mon  des  autres  (2),  il  désirait  immoler  dans  la 
bataille  Irâvat  à la  grande  vigueur.  4,024. 

Mais  celui-ci,  plein  de  courage,  l'immolateur  de  ses 
ennemis,  s'empressa  dans  sa  colère  de  contrecarrer  le 
Rakshasa,  qui  avait  juré  sa  perte.  4.025. 

Aussitôt  que  le  Démon  à la  vigueur  immense  le  vit 
accourir,  il  se  bâta  de  mettre  en  œuvre  un  essai  de  sa 
magie.  4,020. 

(1)  Texte  de  Bombay. 

(2)  Hataçéshais,  écrit  ici  le  texte  de  Bombay. 


LE  M AHABHARATA. 


aoa 

11  évoqua  du  néant  autant  de  chevaux,  création  de  ses 
prestiges,  qu’en  renfermait  l’armée  de  son  rival.  Ces  cour- 
siers étaient  montés  de  liakshasas  terribles,  le  patliça  et 
le  trident  au  poing.  4,027. 

Ces  deux  mille  combattants  irrités  en  viennent  aux 
mains,  et  ne  tardent  point  à s’envoyer  mutuellement  au 
monde  des  morts.  4,028. 

Quand  ces  deux  armées  eurent  cessé  d’être,  ces  deux 
héros,  pleins  de  la  cruelle  ivresse  des  batailles,  se  pla- 
cèrent de  pied  ferme  dans  ce  combat,  l’un  en  face  de 
l'autre,  comme  Indra  et  Vritra.  4,029. 

Dès  qu’il  vit  s'approcher  avtc  fureur  ce  Rakshasa, 
Irâvat,  enflammé  de  colère,  essaya  de  l’arrêter  avec  sa 
force  immense  ; 4,030. 

Et,  lorsque  cet  in  ensé  se  fut  avancé  près  de  lui  sur  le 
champ  de  bataille,  Irâvat  de  lui  trancher  lestement  avec 
le  cimeterre  son  arc,  flamboyant  (1)  semeur  de  flèches. 

Aussitôt  qu'il  vit  son  arc  coupé,  il  s'élança  avec  rapi- 
dité au  sein  de  l'atmosphère,  fascinant  avec  sa  magie 
Irâvat  en  colère.  4,031 — 4,032. 

Mais  celui-ci  de  s'envoler  également  au  milieu  des  airs, 
enivrant  le  Rakshasa  de  ses  enchantements.  Beau,  diffi- 
cile à vaincre,  sachant  trouver  toutes  les  articulations  (2), 
il  lui  trancha  les  membres  dans  le  combat.  A mesure 
qu'il  était  coupé  en  morceaux,  le  Rakshasa  puissant, 

4,033-4,034. 

Recouvrait,  auguste  roi,  sa  jeunesse  ; car  la  magie  leur 
était  naturelle,  et,  pour  se  revêtir  d’une  forme  jeune,  il 
suflisait  qu’ils  la  désirassent.  4,035. 

(1)  Édition  de  Bomtay. 

(2)  Texte  de  Bombay. 


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BHISHMA-PARVA. 


405 


Ainsi,  plus  h corps  du  Rakshasa  était  mutilé,  et  plus  il 
brillait.  Iràvat  irrité  coupa  mainte  et  mainte  fois  avec  une 
hache  tranchante  ce  Démon  à la  grande  vigueur  ; et  ce 
vaillant  Génie  fut  par  ce  robuste  guerrier  découpé 
comme  on  coupe  un  arbre.  4,036 — 4,037. 

Le  Rakshasa  jetait  des  cris  épouvantables  : c'était  un 
bruit  tumultueux,  et,  sous  les  blessures  de  la  hache,  il 
répandait  le  sang  à ruisseaux.  4,038. 

Ensuite  le  vigoureux  fils  de  Rishyaçringa  d’allumer  sa 
colère  ; il  déploya  sa  fougue  dans  la  guerre  et,  quand  il  eut 
senti  la  puissance  de  son  ennemi  dans  le  combat,  4,039. 

Il  se  fit  une  forme  grande,  épouvantable,  pour  essayer 
de  prendre,  au  milieu  de  la  tête  du  combat  et  sous  les 
yeux  de  tous,  cet  illustre  Iràvat,  cet  héroïque  fils  d’Ar- 
jouna.  Quand  il  vit  une  telle  magie  dans  le  magnanime 
Rakshasa,  4,040—4,041. 

Iràvat  irrité  commença  lui-inôme  à créer  sa  magie. 
Surmonté  par  la  colère  et  ne  sachant  pas  reculer  dans  les 
combats,  4,04*2. 

Il  s'approcha  de  lui,  environné  de  tous  les  côtés  par  de 
nombreux  serpents,  desquels,  sire,  il  devait  l’alliance  à la 
race  de  sa  mère.  4,043. 

Impétueux,  il  se  revêtit,  comme  Ananta,  d’une  forme 
immense,  et  entoura  le  Rakshasa  de  reptiles  en  différentes 
sortes.  4,044. 

Environné  de  serpents , l’éminent  Rakshasa  de  rêver 
un  instant.  Soudain,  il  emprunta  la  forme  de  Garouda  et 
dévora  ces  reptiles.  4,045. 

Puis,  aussitôt  qu’il  eut  englouti  magiquement  au  fond 
de  ses  entrailles  cette  famille  de  la  mère  de  son  ennemi. 
le  monstre,  d une  épée,  frappa  Iràvat  délirant.  4,046. 


AOfl 


LE  MAHA-BHARATA. 


Le  Rakshasa  fit  tomber  sur  la  face  de  la  terre  la  tête 
d'Iràvat  avec  ses  boucles  d'oreille,  avec  sa  tiare,  avec  sa 
splendeur  égale  à celle  de  la  lune  ou  du  lotus.  A.0A7. 

Après  qu'il  eut  tué  ce  héros , fils  d' Arjouna,  le  chagrin 
s’enfuit  de  l'esprit  des  RhriurAshtrides  et  de  tous  les  rois. 

Au  milieu  d’un  combat  tel,  vaste,  épouvantable,  une 
grande,  une  effrayante  infortune  naquit  encore  au  milieu 
de  l'une  et  l’autre  armée.  A.0A8  — A, 049. 

Les  éléphants  tuaient  pêle-mêle  les  chevaux,  les  élé- 
phants elles  fantassins;  les  chars,  les  coursiers  et  les 
éléphants  étaient  immolés  par  les  hommes  de  pied. 

De  nombreux  chevaux,  des  foules  de  chars  et  de  pié- 
tons, sire,  furent  tués  dans  ce  combat  par  les  chars  des 
tiens  et  des  ennemis.  A, 050 — A, 051. 

Ignorant  la  mort  de  son  fils,  né  de  son  propre  sang, 
Arjouna  immolait  dans  la  bataille  les  héroïques  rois,  dé- 
fenseurs de  Bhlshma.  A, 052. 

Et  les  tien*  sacrifiaient  les  Srinjayas  par  milliers;  on 
égorgeait  mutuellement,  sire,  les  êtres  animés.  A, 053. 

Les  cheveux  épars,  sans  cuirasse  (1),  sans  char,  les 
arcs  brisés,  aux  prises  l'un  avec  l'autre,  ils  combattaient, 
n'ayant  que  leur  bras  pouf  arme.  A,05A. 

Bhlshma,  à la  grande  force,  abattait  sous  ses  flèches  les 
grands  héros  des  Pàndouides , ébranlant  l'armée  dans  le 
combat.  A, 055. 

11  immolait  un  grand  nombre  d’éléphants,  de  cavaliers, 
de  chars,  de  chevaux  et  d’hommes  dans  l’armée  d'You- 
dhishthira.  A, 056. 

A la  vue  du  courage  de  Bhlshma,  et  de  Bhîmaséna,  et 


(1)  Texle  de  Bombay. 


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BBISHMA-PARVA. 


407 


du  Prishatide,  et  de  l'archer  Sâtvaki  (1),  un  formidable 
combat  fut  livré  : la  crainte  entra  dans  le  cœur  des  Pàn- 
douides  à l’aspect  de  la  bravoure  de  Drona. 

4,057—4,058. 

« Fût-il  seul  dans  une  bataille , il  serait  capable  de 
nous  tuer  avec  nos  armées;  à plus  forte  raison,  quand  il 
est  environné  d'une  foule  de  combattants,  les  héros  de  la 
terre!  » 4,059. 

Ainsi  parlaient,  grand  roi,  les  Prilhides  accablés  par 
Drona  et  tandis  que  ce  combat  sanglant  exerçait  sa  fu- 
reur. 4,060. 

Les  héros  des  deux  armées  ne  pouvaient  se  supporter 
les  uns  les  autres  ; les  tiens  à la  grande  force  et  les  archers 
Pàndouides  combattaient  avec  colère,  comme  s’ils  étaient 
possédés  par  les  Bhoûtas  et  les  Rakshasas.  Nous  ne  vîmes 
personne,  qui  ménageât  sa  vie  dans  cette  bataille,  sem- 
blable 4 celle  des  Daityas,  et  dans  laquelle  on  faisait 
mordre  la  poussière  aux  plus  excellents  des  héros. 

4,061—4,002—4,063. 

« Quanti  les  Prithides  à la  grande  vigueur  eurent 
appris  la  mort  d'Irâvat,  s'enquit  Dhritarâshtra,  que  firent- 
ils  dans  le  combat?  Raconte-moi  cela,  Sandjaya  ! » 

Dès  que  le  Rakshasa  Ghatotkatcha,  fils  de  Bhîmaséna, 
vit  Iràvat  tombé  sur  le  champ  de  bataille , répondit 
Sandjaya,  il  poussa  une  immense  clameur. 

4,064-4,065. 

Au  cri  échappé  de  sa  bouche,  la  terre  avec  la  mer.  qui 
lui  sert  de  ceinture,  avec  les  forêts  et  les  montagnes,  fut 
ébranlée  jusqu'au  fond  de  ses  entrailles;  et  l’atmosphère, 


(1)  Texte  de  Bombay. 


408  LE  MAHA-BHARATA. 

et  les  points  du  ciel,  et  to  tes  les  plages  intermédiaires. 
A peine  eut  on  entendu  l’effroyable  exclamation  de  ce 
guerrier,  4 060 — 4,067. 

La  paralysie  enchaîna  les  membres  inférieurs,  le  trem- 
blement saisit  1rs  g terriers  et  la  sueur  inonda  tous  les 
tiens,  Indra  des  rois,  dont  l'âme  fut  consternée.  4.068. 

Tels  que  des  éléphants  effrayés  par  la  vue  d’un  lion, 
ils  se  convulsaient  (I),  comme  des  serpents.  Quand  le 
Rakshasa  eut  jeté  cette  clameur  épouvantable,  pareille  à 
l’ouragan  furieux,  4,069. 

S’étant  revêtu  d’une  forme  terrible,  tenant  levée  sa  lance 
flamboyante,  environné  d’éminents  Rakshasas  effrayants, 
muni  de  différentes  armes,  4,070. 

11  s’approcha  avec  colère,  semblable  à la  mort,  qui 
détruit  le  temps.  Dès  qu’il  le  vit  accourir  dans  sa  fureur 
avec  son  aspect  horrible,  4,071. 

Et  son  armée  s’enfuir  pour  la  plus  grande  partie  dans 
la  crainte  du  monstre,  le  roi  Douryodhana  fondit  sur  Gha- 
totkakcha.  4,072. 

Armé  d’un  arc  et  do  sa  flèche,  poussant  différents  cris, 
comme  un  lion,  le  souverain  des  Rangas  suivit  ses  pas 
lui-même  avec  dix  mille  éléphants,  aussi  hauts  que  des 
montagnes  et  sifflants  de  mada.  Aussitôt  qu’il  le  vit  ar- 
river, entouré  d’une  armée  d'éléphants,  ce  rôdeur  de  nuits, 
grand  roi,  s’irrita  contre  ton  lils.  Ensuite,  un  combat  tu- 
multueux et  qui  faisait  se  dresser  le  poil  d'épouvante 
s’éLva  entre  les  Rakshasas  et  l’armée  de  Douryodhana. 
Ayant  vu  cette  armée  d'éléphants  amassée  comme  un  trou- 
peau de  nuages,  4,073 — 4,074 — 4,075 — 4.076. 


(\  . T*xte  île  Boinl>a\. 


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BH1SHMA-PARVA. 


409 


Les  Rakshasas  eu  colère  fondirent  sur  elle,  poussant 
différents  cris  et  le  trait  luisant  à la  main,  comme  des 
nuages,  d’où  jaillissent  des  éclairs,  4,077. 

Immolant  les  guerriers  montés  sur  des  éléphants  avec 
des  flèches,  des  épieux  de  fer,  des  sabres,  des  nârâtchas, 
des  bhindipalas,  des  lances,  des  maillets  d’armes  et  des 
haches.  4,078. 

Nous  vîmes,  grand  roi,  abattus  par  les  noclivagues, 
avec  des  cimes  de  montagnes  et  des  arbres,  ces  énormes 
pachydermes,  les  bosses  frontales  brisées,  arrosés  de 
sang  et  les  membres  rompus.  Tandis  que  ces  combattants 
sur  des  éléphants  étaient  détruits  et  mis  en  lambeaux, 

Douryodhana,  tombé  sous  le  pouvoir  de  la  colère,  puis- 
sant roi,  et  renonçant  à conserver  sa  vie,  fondit  sur  les 
Rakshasas.  4,079 — 4,080 — 4,081. 

Il  décocha  des  flèches  acérées  sur  eux  et  ce  héros  à la 
grande  vigueur  tua  les  principaux  de  ces  mauvais  Génies. 

Irrité,  le  brave  aux  mains  adroites,  Douryodhana,  ton 
fils,  6 le  plus  excellent  des  Rharatides,  blessa  de  quatre 
dards  l’impétueux  Vidyoudjihva,  escorté  d’une  grande 
terreur  et  jetant  le  tremblemement  au  cœur  de  ses  enne- 
mis. Gela  fait,  le  guerrier  à l'Aine  incommensurable  déco- 
cha une  invincible  averse  de  flèches  sur  l’armée  des 
noctivagues.  A la  vue  de  celte  grande  prouesse  de  ton 
fils,  auguste  roi,  4,082 — 4,083 — 4,084 — 4,085. 

Le  vigoureux  (ils  de  Bhtmaséna  s'enflamma  de  colère, 
et. fit  vibrer  un  grand  arc  d’un  éclat  égal  4 la  foudre 
d’Indra.  4,080. 

Puis,  il  courut  avec  impétuosité  sur  l’irascible  Douryo- 
dhana. A peine  l’eut-il  vu  arriver,  semblable  à la  destruc- 
tion, créée  par  la  mort,  4,087. 


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MO 


LE  MAHA-BHARm. 


Douryodhana,  ton  fils,  n'en  fut  pas  ému,  grand  monar- 
que ; et  le  Itakshasa  irrité  lui  tint  ce  langage,  les  yeux 
enflammés  de  colère  : 4,088. 

« Aujourd'hui,  j'acquitterai  la  dette  envers  toi  de  mes 
pères  et  de  ma  mère  elle- même,  que  ton  impitoyable 
cruauté  condamna  à l’exil  un  long  espace  de  temps. 

» Je  te  paierai  la  défaite  des  Pândouides  au  jeu  des 
dés,  l'offense  à Draâupadl  la  Noire,  qui  fut  traînée  dans 
l'assemblée,  vêtue  d’un  seul  habit,  dans  les  jours  de  son 
mois,  et  les  vexations,  dont  tu  l'as  abreuvée  nombre  de 
fois,  insensé.  N'était-re  pas  encore  dans  ta  pensée  de 
faire  une  chose,  qui  te  serait  agréable,  quelle  fut  outragée 
au  temps,  où  elle  habitait  un  hermitage,  par  le  cruel 
Sindhien,  qui  méprisa  mes  pères?  Si  tu  ne  renonces  pas 
au  combat,  je  vais  précipiter  maintenant  à leur  fin  et  ces 
hommes  et  d’autres,  qui  nous  ont  méprisés?»  A ces  mots, 
le  Hidimbide  lit  vibrer  un  grand  arc  ; 

A, 089 — A, 090— 4,091 — 4,092—4,093. 

Mordit  ses  lèvres  de  ses  dents,  lécha  les  angles  de  sa 
bouche  et  inonda  Douryodhana  d'une  immense  averse  de 
flèches,  comme  un  nuage,  dans  la  saison  des  pluies,  cou- 
vre une  montagne  de  ses  gouttes  d'eau.  4,094 — 4,095. 

I.'lndra  des  rois  supporta  dans  la  bataille  cette  pluie 
de  traits,  insoutenable  aux  Dànavas  eux-mêines,  comme 
un  grand  éléphant  supporte  la  chûte  de  la  pluie.  4,096. 

Ensuite,  pénétré  de  colère,  soufflant  comme  un  serpent 
boa,  tombé  dans  le  plus  affreux  danger,  ton  fils,  émineut 
Bharatid  , 4,097. 

Décocha  vingt-cinq  n&ràtchas  mordants,  acérés,  qui 
tombèrent  soudain,  majesté,  sur  le  plus  excellent  des 
lîakshasas  comme  des  serpents  irrités  sur  le  mont  Ganda- 


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BH1SHMA-PARVA. 


Ail 


mâdam.  Blessé  de  ces  traits,  stillant  de  sang,  comme  un 
éléphant  de  inada.  A, 098 — A, 099. 

Le  mangeur-de- chair  tourna  sa  pensée  à la  mort  du  roi. 
11  saisit  une  grande  lance  de  fer,  capable  de  rompre  les 
montagnes  elles- mêmes,  flamboyante,  semblable  à un 
grand  météore  ou  telle  que  la  foudre  enflammée.  Le  héros 
au  long  bras  éleva  cette  arme  avec  le  désir  d'immoler  ton 
fils.  A, 100 — A, 101. 

A peine  eut-il  vu  cette  lance  levée,  le  souverain  des 
Bangas  se  hâta  de  pousser  contre  le  mauvais  Génie  son 
éléphant,  pareil  à une  montagne.  A,  102. 

Avec  le  plus  excellent  des  proboscidiens,  vigoureux,  au 
pas  rapide,  il  s’élança  sur  la  route  où  était  le  char  de 
Douryodhana,  A, 103. 

Et  arrêta  avec  son  éléphant  le  char  de  ton  fils.  Lorsqu'il 
vit  sa  route  fermée  par  le  sage  roi  des  Angas,  A,10A. 

' Ghstotkatcha,  les  veux  enflammés  de  colère,  envoya, 
puissant  roi,  sa  grande  lance  de  fer  levée  à cet  éléphant. 

Blessé  par  cette  arme,  que  son  bras  avait  lancée,  il  tomba, 
jetant  une  écume  de  sang,  et  mourut.  A, 105 — A, 10(5. 

Le  vigoureux  souverain  des  Angas  de  sauter  à bas  de 
son  éléphant;  et,  s’étant  remis  en  garde  avec  prompti- 
tude, il  courut  sur  la  face  de  la  terre.  A, 107. 

Quand  Douryodhana  vit  ce  magnifique  pachyderme 
étendu  mort,  quand  il  vit  son  armée  rompue,  il  tomba 
dans  le  trouble  d’esprit  le  plus  profond.  A, 108. 

Mettant  avant  tout  le  devoir  du  kshatrya  et  la  fierté  de 
sa  personne,  il  resta,  quoiqu’il  eut  conquis  sa  retraite, 
immobile  comme  une  montagne.  A, 109. 

11  encocha  une  flèche  acérée,  d’un  éclat  semblable  au 
feu  de  la  mort,  et,  dans  la  plus  grande  ardente  colère, 


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412 


LE  MAHA-BHARATA. 


il  l’envoya  à cet  épouvantable  rôdeur  de  nuit.  4,110. 

Dès  qu'il  vit  arriver  son  trait  avec  la  splendeur  de  la 
foudre  d'Indra,  le  magnanime  Ghatotkatcha donna  l’essor 
à sa  légèreté  de  main.  4,111. 

Ses  yeux  enflammés  de  colère,  il  poussa  de  nouveau  un 
terrible  cri,  effrayant  tous  les  guerriers,  comme  le  ton-  ■ 
ncrre  du  nuage  à la  fin  d’un  youga.  4,112. 

A l'effroyable  cri  de  ce  Rakshasa  épouvantable,  Bhlshma, 
le  fils  de  Çàntanou,  s’approcha  de  l’Atchàrya  et  lui  dit  : 

« Cette  horrible  clameur,  que  profère  le  Rakshasa, 
nous  annonce  sans  doute  le  combat  du  roi  Douryodhana 
avec  Hidimba.  4,113—4,114. 

» 11  est  impossible  à un  être  quelconque  de  vaincre 
celui-ci  dans  une  bataille;  allez  donc  là,  s'il  vous  plait,  et 
sauvez  le  roi!  4,115. 

n Ce  prince  éminent  est  attaqué  par  le  Rakshasa  au 
grand  cœur.  Cet  exploit  de  vous  est  ici  notre  principale 
affaire,  à nous  tous,  fléau  des  ennemis  I » 4,118. 

Aussitôt  qu’ils  eurent  ouï  cette  parole  de  l’ayeul  des 
Kourouides,  ces  grands  héros,  se  hâtant  et  déployant  la 
plus  grande  vitesse,  coururent  là  où  se  tenait  le  Dhrita- 
ràshtride.  4,117. 

C’étaient  Drona,  Somadalta,  Vàhlika  et  Djayadratha, 
Kripa,  Bhoûriçravas,  Çalya,  le  prince  d'Avanti  et  Vri- 
hadbala,  4,118. 

Açvatthâmao,  Vikarna,  Tchitraséna,  Vivinçati  ei  plu- 
sieurs milliers  de  héros,  qui  étaient  leurs  suivants  et  qui 
désiraient  sauver  de  cet  assaut  Douryodhana,  ton  lils.  A 
la  vue  de  l’inaffrontable  armée  de  ces  meurtriers,  qui 
avançait,  défendue  par  ces  grands  héros,  le  plus  excellent 
des  Rakshasas,  le  Démon  aux  longs  bras  n’en  fut  pas 


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BHISHMA-PARVA. 


aïs 

ébranlé  plus  que  le  mont  Maînaka.  4,119-4,120-4,121. 

Il  avait  saisi  un  arc  immense;  il  était  environné  de  ses 
parents,  tenant  à la  main  des  tridents,  des  maillets  de 
guerre  et  toutes  sortes  d’armes.  4,122. 

Ensuite,  un  combat  tumultueux,  horripilant,  s'éleva 
entre  l’armée  de  Douryodhana  et  le  monarque  des  Raksha- 
9. s.  4,123. 

De  tous  les  côtés,  on  entendait,  grand  roi,  dans  ce 
combat,  un  son  confus  d’arcs  résonnants,  semblable  à 
celui  de  roseaux,  qui  brûlent.  4,124. 

C’était  partout,  sire,  un  bruit  de  traits,  qui  tombent, 
de  corps  renversés  avec  leurs  cuirasses,  comme  de  mon- 
tagnes (1),  qui  s’écroulent.  4,125. 

Lancés  par  le  bras  des  héros,  les  leviers  de  fer  ressem- 
blaient, maître  des  hommes,  à des  serpents,  qui  glissent 
dans  les  airs.  4,120. 

Alors,  bouillant  de  colère,  faisant  vibrer  un  arc  im- 
mense, l’indra  aux  longs  bras  des  Rakshasas  poussa  un 
cri  épouvantable.  4,127. 

Irrité,  il  trancha  avec  une  demi-lune  l’arc  de  l’Atchâ- 
rya-,  il  abattit  avec  un  bhalla  le  drapeau  de  Somadatta  et 
jeta  un  cri  de  triomphe.  4,128. 

11  blessa  de  trois  flèches  Vàhlika  entre  les  deux  seins  ; 
il  frappa  d’une  seule  Kripa,  et  de  trois  dards  Tchitra- 
séna.  4,129. 

Il  9'approcha  et  perça  Vikarna  à la  clavicule  du  cou  avec 
un  trait  long,  plein,  lancé  convenablement.  4,130. 

Inondé  de  sang,  le  guerrier  frappé  s'affaissa  sur  le  banc 
du  char.  Après  cela,  le  héros  à l’àme  incommensurable 


(1)  Texte  de  Bombay.  L'édition  do  Calcutta  dit  : rivières,  qui  crèvent. 


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LE  MAHA-BH  VRATA. 


MA 

envoya  dans  sa  colère  quatorze  nâràtchas  à Bhoûriçravas. 
Les  projectiles  rompent  sa  cuirasse  et  pénètrent  daus  le 
sein  de  la  terre,  A , 1 3 i — 4 , 1 32. 

11  b'essa  Vivinçali  et  Drona,  deux  excellents  conduc- 
teurs de  chars,  qui  tombèrent  sur  le  banc  de  la  voiture, 
abandonnant  les  rênes  des  coursiers.  A,  133. 

Il  perça,  grand  roi,  avec  une  demi-lune  le  sanglier 
orné  d’or  du  roi  de  Siudhou,  et  trancha  son  drapeau  avec 
une  autre.  A,13A. 

Les  yeux  flamboyants  de  colère,  adroit,  il  blessa  de 
quatre  nâràtchas  les  chevaux  du  magnanime  Avantien. 

11  frappa  Vrihadbala,  le  fils  de  roi,  puissant  monarque, 
avec  une  flèche  bien  décochée,  aiguë,  altérée  de  sang. 

Grièvement  blessé  par  elle,  le  guerrier  s’assit,  plein 
de  trouble,  sur  le  banc  du  chariot.  Le  monarque  des 
Rakshasas,  debout  sur  le  char  et  bouillant  de  colère, 

Décocha  des  traits  mordants,  acérés,  pareils  aux 
serpents,  qui  entamèrent,  grand  roi,  Çalya,  habile  dans 
les  batailles.  A, 135-4,130— A, 137— A, 138. 

Dès  que  le  llakshasa  eut  fait  tourner  le  dos  à tous  les 
tiens,  vertueux  Bharatide,  il  courut  sur  Douryodhana  avec 
le  désir  de  l'immoler.  A, 139. 

Partageant  le  même  désir,  les  tiens,  ivres  de  la  fureur 
des  combats,  fondirent  sur  le  Rakshasa,  aussitôt  qu'ils  le 
virent  arriver  avec  impétuosité.  A,  1 AO. 

Encochant  des  arcs  de  la  taille  d’un  palmier,  ces  grands 
héros  coururent  tous  sur  lui  seul,  poussant-  des  cris, 
comme  des  troupes  de  lions.  A.1A1. 

De  tous  les  côtés,  ils  l’enveloppèrent  d’une  pluie  de 
flèches,  tels  qu’un  nuage  en  automne  couvre  une  mon- 
tagne de  ses  gouttes  d'eau.  4,142. 


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BHISHMA-PARVA. 


415 

Lui,  profondément  blessé,  l’esprit  dans  le  trouble, 
comme  un  éléphant  sous  les  coups  de  l'aiguillon,  prit 
alors  de  tous  les  côtés  son  vol  dans  les  airs,  de  même  que 
Garouda.  4,143. 

11  poussa  une  clameur  immense,  telle  que  le  bruit  d'uu 
nuage  dans  l'automne;  et  cette  voix  fit  résonneries  points 
du  ciel,  l’atmosphère  et  les  plages  intermédiaires.  4,144. 

A ce  cri  du  llakshasa  entendu,  le  roi  Youdhishth'ra  dit, 
excellent  Uharatide,  ces  mots  à Bhknaséna,  le  dompteur 
des  ennemis  ; 4,145. 

« Le  llakshasa  livre  combat  sans  doute  aux  fameux 
héros  Dhritaràsthrides,  puisqu’on  l’entend  jeter  ce  cri 
d’un  son  épouvantable.  4,146. 

» C’est  une  charge  d’une  pesanteur  extrême,  qu’a 
prise  là  sur  lui  cet  éminent  llakshasa;  et  voilà  notre  ayeul 
irrité,  qui  s’efforce  de  tuer  les  Pàntchàlains,  et  Phàlgouna 
combat  avec  l’ennemi  pour  les  sauver.  Cela  entendu, 
guerrier  aux  longs  bras,  approche-toi  de  ces  deux  héros. 

4,147—4,148. 

» Va  ! sauve  (1)  l'Hidimbide , tombé  dans  le  plus 
grand  danger.  » Dès  qu’il  eut  connu  l'ordre  de  sou  frère, 
Vrikaudara  d’un  pied  hâté,  4,149. 

Et  poussant  un  cri  de  guerre,  qui  épouvanta  tous  les 
rois,  s’avança  avec  une  grande  impétuosité,  comme  la  mer 
au  temps  de  la  nouvelle  ou  de  la  pleine  lune.  4,150. 

Il  fut  suivi  par  Satyadhrili,  ivre  de  la  fureur  des  ba- 
tailles et  fils  de  Soutchitti,  par  Çrénimat,  Vasoudàna  et 
Abhibhoû,  le  fils  du  roi  de  Kâçi,  4,151. 

Par  les  fameux  héros,  enfants  de  Draâupadl,  Abhi- 

(1)  Rakshaçteha,  dans  l'édition  do  Calcutta,  pour  rakshaswa , fort  bien 
écrit  dans  celle  de  Bombay. 


LE  MAHA-BHARATA. 


416 

manyou  à leur  tête,  le  brave  Kshattradéva  et  même 
Kshattradharnian,  4,152. 

Avec  le  souverain  des  pays  humides,  Nlla,  déployant  sa 
vigtieur.  Ils  enfermèrent  l'Hidimbide  au  milieu  de  la 
grande  multitude  de  leurs  chars  (1).  4,153. 

Accompagnés  de  six  mille  grands  éléphants  de  guerre, 
dans  l’ivresse,  ébranlant  la  terre  de  leurs  vastes  cris  de 
guerre,  sous  le  fracas  des  roues,  avec  le  déchaînement  de 
larges  voix,  ils  défendirent  Ghatotkatcha,  l' Indra  des 
Rakshasas.  4,154 — 4.155. 

Dès  qu'ils  entendirent  le  bruit  de  ces  héros,  qui  arri- 
vaient, la  pâleur  couvrit  le  visage  des  tiens,  tremblants 
de  peur  à la  pensée  de  Bhtmaséna;  et  ils  abandonnèrent, 
grand  roi,  Ghatotkatchs,  qu’ils  avaient  enfermé.  4,156. 

Alors  s’éleva  un  combat  entre  ces  magnanimes,  les 
tiens  et  les  ennemis,  qui  ne  sava'ent  pas  reculer  dans  une 
bataille.  Ces  fameux  héros,  se  lançant  des  traits  de  maintes 
sortes,  4,157—4,158. 

Courant  les  uns  sur  les  autres,  se  livrèrent  un  combat, 
où  l'on  était  étroitement  joint,  d'une  extrême  épouvante, 
et  causant  la  crainte  aux  moius  timides.  4,150. 

Les  hommes  de  pied  s'engagèrent  avec  les  chars,  les 
éléphants  et  les  chevaux  : ils  en  vinrent  aux  mains,  sire, 
se  désirant  les  uns  les  autres  dans  le  combat.  4,160. 

Résultat  de  la  mêlée,  une  grande,  une  épaisse  poussière 
s’éleva  sous  Jes  pieds  et  les  roues  des  chars,  des  éléphants, 
des  chevaux  et  des  fantassins.  4,l6l. 

line  poussière  brune,  couleur  de  fumée,  couvrit  tout 
le  champ  de  bataille  ; on  ne  se  distinguait  plus  mutuelle- 

(1)  Texte  de  Bombay.  I/édilion  de  Calcut  a est  tombée  ici  dans  une 
taute  complète. 


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BHISHV1A-PARVA. 


417 


ment,  ni  dans  ton  armée,  sire,  ni  dans  celle  des  ennemis. 

Le  père  ne  reconnaissait  pas  son  fils,  ni  le  fils  son  père. 
Au  milieu  de  ce  carnage,  horrible,  sans  borne 

4,162—4,103. 

Régnait,  vertueux  Bharatide,  un  bruit  immense  de 
flèches  et  d’hommes,  déjà , pour  ainsi  dire,  sans  vie,  pous- 
sant des  cris.  4,164. 

Là,  se  répandit  une  rivière,  ayant  pour  ondes  le  sang 
versé  par  les  éléphants,  les  coursiers,  les  hommes,  et  va- 
riée, comme  de  vallisnéries,  par  les  chevelures  des  corps 
immolés  des  guerriers  ou  des  têtes  abattues  dans  le  combat. 
Un  bruit  immense  se  faisait  entendre  de  corps  tombants, 
semblables  à des  rocs  écroulés.  4,165 — 4,166. 

La  terre  était  jonchée  d’hommes  décapités,  de  chevaux, 
le  ventre  crevé,  et  d’éléphants  avec  les  membres  mutilés. 

Les  grands  héros,  décochant  des  traits  de  toutes  les 
sortes,  couraient  les  uns  sur  les  autres,  pleins  d’ardeur 
pour  le  combat.  4,167 — 4,168. 

Poussés  par  les  cavaliers,  les  chevaux,  abordant  les 
chevaux  et  se  portant  des  coups  mutuels,  tombaient, 
abandonnant  la  vie.  4,169. 

Les  yeux  tout  rouges  de  colère,  les  hommes  affrontant 
les  hommes,  s’étreignant  poitrine  contre  poitrine,  s’im- 
molaient réciproquement.  4,170. 

Lancés  par  des  guerriers  à la  haute  taille,  aux  excel- 
lentes armures,  les  éléphants  sacrifiaient  les  éléphants 
eux-mêmes  dans  le  combat.  4,171. 

Attachés  l’un  à l'autre,  versant  une  écume  de  sang,  on 
les  voyait,  ornés  de  guidons,  comme  des  nuages  accom- 
pagnés d’éclairs.  4,172. 

Ceux-ci,  ou  blessés  par  les  pointes  de  leurs  défenses, 
vu  27 


AIR  LE  MAHA-BHARATA. 

ou  les  bosses  frontales  rompues  par  les  leviers  de  fer, 
couraient  çà  et  là,  poussant  des  cris  avec  l'éclat  d'un 
nuage  tonnant.  4,173. 

Ceux-là  avec  leurs  trompes  coupées  en  deux,  les  autres 
avec  leurs  membres  mutilés,  tombaient  dans  cette  mêlée, 
comme  les  montagnes,  quand  on  leur  eut  coupé  les  ailes. 

I)e  superbes  éléphants , les  flancs  transpercés  par 
d’autres  éléphants,  versaient  leur  sang  sur  la  terre,  de 
même  que  les  montagnes  y répandent  leurs  métaux. 

4,174-4,175. 

D'autres  succombent  sous  les  nàrâtchas  ou  sont  blessés 
par  des  leviers  de  fer.  On  voit  des  cavaliers  décollés,  tels 
que  des  montagnes,  qui  ont  perdu  leur  sommet.  4,176. 

Les  uns,  pénétrés  de  colère,  aveuglés  par  le  mada, 
broyaient  avec  indifférence  par  centaines  dans  le  combat 
les  hommes  de  pied,  les  coursiers  et  les  chars.  4,177. 

Blessés  par  les  cavaliers  qui  étaient  armés  de  traits 
barbelés  et  de  leviers  en  fer,  les  chevaux,  ne  distinguant 
plus  d’un  œil  troublé  les  plages  du  ciel,  s’approchaient  de 
celui-ci  ou  de  celui-là.  4,178. 

Prenant  une  force  supérieure,  les  maîtres  de  chars,  lils 
de  famille  et  qui  avaient  d’avance  fait  le  sacrifice  de  leur 
vie,  exécutaient  intrépidement  leurs  exploits  sur  les  maî- 
tres de  chars.  4 , 1 79. 

Accoutumés  aux  combats,  aspirant  à la  renommée,  sire, 
ou  au  Swarga,  ils  se  disputaient  les  uns  les  autres,  comme 
dans  les  contestations  d'un  Swayamvara.  4,180. 

Tandis  que  s’agitait  ainsi  cette  horrible  bataille,  la 
nombreuse  armée  des  Dhrilaràshtrides  fut  pour  la  plus 
grande  partie  mise  en  déroute.  4,151. 

Quand  le  roi  Dourvodhana  vit  son  armée  taillée  en 


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BHISHMA-PARVA. 


419 


pièces,  il  fondit  avec  colère  sur  Bhtmaséna,  le  dompteur 
des  ennemis.  4,182. 

Ayant  saisi  un  .-mjc  immense  d’une  splendeur  égale  à 
celle  de  la  foudre  d’Indra,  il  ensevelit  ce  Prithide  sous 
une  épaisse  averse  de  flèches.  4,183. 

11  encocha  une  demi-lune  épouvantable,  très-acérée,  et, 
plein  de  colère,  il  trancha  l’arc  de  Bhlmaséna.  4,184. 

A la  vue  de  ce  succès,  le  grand  héros  d'encocher  à la 
hâte  une  flèche  acérée,  capable  de  fendre  les  montagnes  ; 

Et  le  guerrier  aux  longs  bras  d'en  blesser  Bhlmaséna 
au  milieu  de  la  poitrine.  Ce  brave,  atteint  profondément, 
très-ému,  léchant  les  angles  de  sa  bouche,  s’appuya  sur 
son  drapeau,  ornementé  d'or.  A l'aspect  de  Bhlmaséna 
sans  connaissance,  Ghatolkatcha  4,183-4,180-4,187. 

S’enflamma  de  colère,  comme  un  feu,  qui  veut  incen- 
dier. Les  grands  héros  des  Pândouides,  Abhimanyou  à 
leur  tête.  4,188. 

Coururent  à toute  vitesse,  et  poussant  des  cris,  sur  le 
roi  Douryodhana.  Aussitôt  qu’il  les  vit  accourir  en  colère 
avec  une  telle  rapidité,  4,189. 

Le  Bharadwâdjide  parla  ainsi  aux  grands  héros,  les 
tiens  : « Hâtez-vous,  s’il  vous  plaît  ! Courez  défendre  le 
roi,  qui  est  tombé  dans  le  plus  profond  des  périls  et 
submergé  dans  une  mer  d’infortunes  ! Ces  fameux  héros 
des  Pândouides,  irrités,  au  grand  arc,  4,190 — 4,191. 

» Fermes  dans  la  victoire,  lançant  maintes  sortes  de 
traits,  jetant  des  cris  épouvantables,  effrayant  celte  terre 
et  suivant  les  pas  de  Bhlmaséna,  les  voilà  qui  fondent  tous 
sur  Douryodhana  : » A peine  ont-ils  entendu  ces  paroles 
de  l'Atcbârya  que,  sous  la  conduite  de  Somadatta, 

4,192—4,193. 


420 


LE  MAHA-BHAKATA. 


Les  tiens  de  leur  rôle  fondirent  sur  l'armée  des  fils  de 
Pândou.  C’étaient  Rripa,  Bhoûriçravas,  Çalya,  Açvat- 
l/iâmau,  le  fils  de  Drona,  Vi\inçaii,  4,194. 

Tchitraséna,  Vikarna,  le  Sindhien  Vrihadbala,  les  deux 
héros  d’Avanti,  qui  tous  environnèrent  le  Kouravien. 

Dès  qu’ils  se  furent  approchés  à la  distance  de  vingt 
pas,  les  Pàndouides  et  les  Dhritarâshtrides commencèrent 
le  combat,  animés  par  un  mutuel  désir  de  se  donner  la 
mort.  4,195 — 4,190. 

Lorsqu’il  eut  achevé  ces  paroles , le  Bharadwàdjide 
aux  longs  bras  fit  vibrer  un  grand  arc,  et  frappa  Bhima 
de  vingt-six  flèches.  4,197. 

En  outre,  le  puissant  guerrier  inonda  ce  héros  de  ses 
flèches,  comme  un  nuage,  dans  la  saison  des  pluies,  couvre 
une  montagne  de  ses  gouttes  d’eau.  4,198. 

L’héroïque  Bhlmaséna  à la  grande  force  le  blessa  en 
retour  d'une  main  hâtée  avec  dix  traits  lancés  dans  le 
flanc  gauche.  4,199. 

Gravement  blessé,  le  trouble  dans  l’esprit,  la  connais- 
sance perdue,  le  vieillard  d'âge  s'affaissa  tout  à coup  sur 
le  banc  du  char.  4,200. 

Aussitôt  que  le  roi  Douryodhana  et  le  fils  de  Drona 
lui-mème  irrité  eurent  vu  l'instituteur  spirituel  tombé 
dans  ce  trouble  de  ses  sens,  ils  fondirent  sur  Bhima- 
séna  4,201. 

V l’aspect  de  ces  deux  guerriers  accourant,  semblables 
à la  mort,  qui  met  fin  aux  choses  du  temps,  Bhlmaséna 
aux  longs  bras  saisit  rapidement  sa  massue.  4,202. 

Il  sauta  précipitamment  à bas  de  son  char,  et  se  tint 
dans  le  combat,  immobile  comme  une  montagne,  sa 
massue  levée,  telle  que  le  bâton  de  la  Mort.  4.203. 


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BH1SHMA-PARVA. 


m 

Dès  qu’ils  le  virent,  élevant  son  pilon  et  semblable  à 
une  cime  du  Kallâsa,  le  Kourouide  et  le  fils  de  Drona 
coururent  de  concert  contre  lui.  4,2 04. 

A la  vue  de  ces  plus  excellents  des  hommes  robustes 
accourant  de  pair,  le  pied  hâté,  Blilmaséna  à la  grande 
vigueur  fondit  rapidement  sur  eux.  4,205. 

A peine  l’eurent-ils  vu  tomber  sur  Us  deux  guerriers 
avec  colère,  l’aspect  épouvantable,  tous  les  grands  héros 
des  Kourouides,  animés  par  le  désir  de  tuer  Bhtmaséua, 
se  jetèrent  sur  lui  avec  impétuosité,  le  Bharadwàdjide  à 
leur  tète,  et  lancèrent  maintes  sortes  de  traits  dans  la 
poitrine  du  héros,  4,20(5—4,207. 

Tous  de  concert,  ils  accablaient  de  tous  côtés  le  Pàn- 
douide.  Les  grands  héros  de  son  parti,  Abhiinanyou  à 
leur. tête,  ayant  vu  ce  brave  tombé  en  péril,  opprimé  d la 
ronde,  coururent,  désirant  le  sauver  et  faisant  le  sacri- 
fice de  leur  vie,  à laquelle  il  est  si  difficile  de  renoncer. 

4,208 — A, 209. 

Le  héros,  cher  ami  de  Bhîmaséna,  le  souverain  des 
pays  marécageux,  Nila,  semblable  à un  sombre  nuage, 
fondit  avec  colère  sur  le  fils  de  Drona  : 4,210. 

Car  ce  héros  est  sans  cesse  en  rivalité  avec  Açwat- 
thàman  ! Il  lit  briller  un  grand  arc  et  blessa  d’une  flèche 
le  Dronide,  tel  que  Çakra  jadis,  grand  roi,  perça  l’inaf- 
frontable  Dânava  Vipratchitti,  qui  inspirait  la  terreur  aux 
Dieux,  et  de  qui  la  colère,  à cause  de  son  énergie  avait 
répandu  l'elfroi  dans  les  trois  mondes.  Ainsi,  blessé  par 
la  flèche  envoyée  par  Mla,  4,211 — 4,212 — 4,213. 

Versant  une  écume  de  sang,  le  Dronide,  enflammé  de 
colère,  fit  briller  un  arc  admirable,  dont  le  bruit  imitait 
le  son  de  la  foudre  d’Indra;  4,214. 


422 


LF.  M \HA-MUKAT  V. 

Et  le  plus  excellent  des  hommes  sensés,  tournant  sa 
pensée  à la  mort  de  Nlla,  encocha  des  bhallas  sans  tache, 
variés  par  le  génie  de  l’ouvrier.  4,215. 

11  immola  ses  quatre  chevaux,  abattit  son  drapeau  et 
envoya  un  septième  bhalla  frapper  Nlla  dans  la  poi- 
trine 4,216. 

Profondément  blessé,  le  trouble  dans  l’esprit,  il  se 
laissa  tomber  sur  le  banc  du  char.  Dès  qu’il  vit  ce  roi, 
l’âme  égarée,  semblable  à un  sombre  nuage,  4,217.  \ 

Ghatotkatcha  lui-même  courut  avec  fougue,  environné 
de  ses  parents,  sur  le  Üronide,  brillant  du  lustre  de  ses  ba- 
tailles. 4,218. 

Les  autres  Dakshasas,  ivres  de  la  fureur  des  combats, 
le  suivirent  dans  sa  course.  Dès  qu’il  vit  accourir  le  Génie 
à l'aspect  épouvantable,  4,219. 

Le  resplendissant  (ils  de  liharadwàdja  fondit  sur  lui 
d’un  élan  accéléré;  il  tua  dans  sa  colère  ces  Rakshasas 
effrayants  à voir,  4,220. 

Et  les  chefs  irrités,  qui  marchaient  en  avant  d'eux. 
Aussitôt  qu’il  les  vit  tourner  le  dos  sous  les  (lèches  en- 
voyées par  l’arc  du  Dronide,  4,221. 

Ghatotkatcha  à la  taille  gigantesque,  le  lils  de  Bhîma- 
séna,  s’en  irrita,  et  il  manifesta  tint  magie  grande,  aux 
formes  effrayantes,  glaçant  d'épouvante.  4,222. 

Le  magicien,  souverain  des  Kakshasas,  jeta  le  délire 
dans  l'âme  d’Açwatthàman,  et  sa  magie  mit  en  déronte 
tous  les  tiens.  4,223. 

Ils  se  voyaient,  les  uns  les  autres,  étendus  sur  le  sol  de 
la  terre,  malheureux,  inondés  de  sang,  les  membres  mu- 
tilés, se  tordant  par  des  convulsions.  4,224. 

Drnna,  Douryodhana,  Açwatthâman  et  les  héros,  qui 


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BHISHMA-PARVA. 


423 


étaient  les  chefs,  s’avancèrent  avec  le  reste  des  Kou- 
rouides.  4,225. 

Tous  les  maîtres  de  chars  étaient  renversés,  tous  les 
monarques  abattus,  les  chevaux  et  leurs  cavaliers  blessés 
par  milliers.  4,226. 

On  voyait  ton  armée  mise  en  fuite  vers  son  camp, 
malgré  mes  cris,  sire,  et  ceux  de  Dévavrata  : 4,227. 

« Combattez!  Ne  fuyez  pas!  Ce  n’est  qu’une  magie  de 
Rakshasa,  que  Ghatolkatcha  emploie  comme  arme  de 
combat  ! » Mais , l’esprit  en  délire , ils  ne  s’arrêtaient 
pas;  4,228. 

El,  dans  leur  crainte,  ils  n’ajoutaient  pas  foi  aux  pa- 
roles sorties  de  notre  bouche.  Dès  qu’ils  virent  leur 
armée  dispersée,  en  déroute,  et  les  Pândouides  obtenant 
la  victoire,  4,220. 

Ceux-ci,  unis  à Ghatolkatcha,  firent  entendre  leurs 
cris  de  guerre,  et,  les  mêlant  au  bruit  des  tambours  et  des 
conques,  ils  produisirent  de  tous  les.  côtés  un  immense 
fracas.  4,230. 

C'est  ainsi  que  toute  ton  armée  rompue  fut.  mise  en 
déroute  par  le  cruel  Hidimbide  à tous  les  points  de  l’es- 
pace, au  temps  où  le  soleil  arrive  au  mont  Asta.  4,231. 

Dans  cette  conjoncture  si  lamentable,  le  roi  Douryo- 
dhana  s’avança  vers  le  fils  de  la  Gangà  et  s’inclina  devant 
lui  respectueusement.  4,232. 

Il  se  mit  à lui  narrer  toute  son  histoire,  la  victoire  de 
Ghatolkatcha  et  la  défaite  de  lui-iuême.  4,233. 

L’inaflYontable  de  les  raconter,  accompagnées  de  maint 
et  maint  soupirs.  11  dit  alors,  sire,  à llhîshma,  l’aïeul  des 
Rourouides  : 4,234, 

« Appuyé  sur  ton  altesse,  comme  nos  ennemis  sur  le 


LE  MAHA-BHARATA. 


454 

Vasoudévide,,  j’ai  entrepris,  seigneur,  cette  guerre  épou- 
vantable avec  les  fils  de  Pândou.  4,235. 

» Les  onze  grandes  armées,  que  je  compte,  s'inclinent 
sous  tes  ordres  avec  moi,  fléau  des  ennemis.  4,236. 

» Appuyés  sur  Gbatotkatcba,  les  Pàndouides,  à la  tête 
de  qui  marche  Bhimaséna,  m’ont  vaincu  aujourd'hui  dans 
le  combat,  tigre  des  Bharatides.  4,237. 

» Cette  pensée  me  consume  les  membres  comme  le  feu 
brûle  un  arbre  sec.  Voici,  prince  vertueux,  ce  que  je  dé- 
sire de  ta  grâce  : 4,238. 

» C’est  de  tuer  moi-même,  appuyé  sur  toi,  mon  aïeul, 
cet  ignoble  Rakshasa  : daigne  exécuter  pour  moi,  inaf- 
frontabie  guerrier,  cette  grande  chose.  » 4,239. 

Dès  qu’il  eut  ouï  ce  langage  du  roi,  ô le  plus  vertueux 
des  Bharatides,  le  fils  de  Çântanou,  Bhishma,  rendit  cette  • 
réponse  à Douryodhana  : 4,240. 

« Écoute,  sire,  cette  parole,  que  je  vais  te  dire,  grand 
roi  ; écoute-la,  redoutable  Kourouide,  de  manière  à l’ac- 
complir. 4,241. 

» Tu  dois  me  défendre,  mon  fils,  dans  toutes  les  con- 
ditions du  combat  ; et  il  te  faut  toujours,  dompteur  sans 
reproche  des  ennemis,  combattre  avec  Dharmarâdja,  Ar- 
jouna,  les  jumeaux,  ou  même  Bhimaséna.  Un  roi,  qui 
met  avant  toute  chose  son  royal  devoir,  s'avance  à la  ren- 
contre d’un  roi.  4,242 — 4,243. 

» Drona,  Kripa,  Açvalthàman,  Krilavarman,  le  Sât- 
twata,  Çalya,  le  Somadattide,  le  grand  héros  Vikarna  et 
moi,  4,244. 

» Sans  oublier  tes  héroïques  frères,  à la  tète  desquels 
est  Douççàsana,  nous  combattrons  dans  l’intérêt  de  ta 
cause  ce  Rakshasa  à la  grande  force.  4,245. 


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BHISHMA-PARVA. 


A25 

» Si  tu  ressens  une  trop  vive  crainte  de  ce  cruel  Indra 
des  Rakshasas,  que  ce  mattre  de  la  terre,  Bhagadatta,  égal 
dans  les  batailles  à Pourandara,  marche  au  combat  contre 
cet  insensé.  » Quand  il  eut  parlé  ainsi,  habile  à manier 
la  parole,  il  dit  ces  mots  au  monarque  Bhagadatta.  en 
présence  du  roi  des  rois  : « Marche  promptement,  grand 
souverain,  contre  l’Hidimbide,  ivre  de  la-  fureur  des  ba- 
tailles. A, *246 — 2,247 — A, 248. 

» Déployant  tes  efforts  en  dépit  de  tous  les  archers, 
arrête  dans  le  combat  ce  Raksbasa  aux  exploits  cruels, 
comme  Indra  jadis  refréna  la  fureur  de  Tàraka.  4,249. 

» Célestes  sont  tes  flèches  et  ton  courage,  fléau  des 
ennemis  ; jadis  tu  t’es  affronté  avec  de  nombreux  Asou- 
ras.  4,250. 

» Sois  dans  ce  grand  combat,  tigre  des  rois,  le  champion 
opposé  à ce  monstre,  et,  fier  de  ta  vigueur,  sire,  immole 
cet  éminent  Raksbasa.  » 4,251. 

A ces  mots  de  Bhlshma,  le  général  des  armées,  l’autre 
s’avança  d’un  pied  rapide,  poussant  un  cri  de  guerre,  la 
face  tournée  vers  les  ennemis.  4,252. 

Dès  qu’ils  le  voient  accourir,  tel  qu'un  nuage  mena- 
çant, les  fameux  héros  des  Pàndouides,  Bhtmaséna,  Abhi- 
manyou,  le  Rakshasa  Ghatokatcha,  les  fils  de  Draâu- 
padl,  Satyadhriti,  Kshattradéva,  Vasoudâna,  enfant  du 
Tchédi,  et  le  souverain  du  Daçàrna,  s'approchent  avec 
colère,  auguste  roi.  Bhagadatta  lui-même  fond  sur  eux, 
monté  sur  Soupratika.  4,253 — 4,254—4,255. 

Ensuite  eut  lieu,  entre  les  Pàndouides  et  Bhagadatta, 
un  combat  aux  formes  effrayantes,  inspirant  l’épouvante, 
accroissant  l'empire  d'Yama  ! 4,256. 

Lancées  par  les  maîtres  de  chars,  des  flèches  très-ai- 


A26  LE  MAHA-BHARUA. 

guës,  d'une  terrible  vitesse,  tombèrent,  puissant  mo- 
narque, au  milieu  des  élépbants  et  des  chars.  A, 257. 

S'étant  approchés,  les  grands  éléphants,  ivres,  domp- 
tés, couraient  intrépidement  l’un  sur  l'autre  avec  les 
guerriers  montes  sur  l’échine  des  pachydermes.  A.258. 

Les  deux  partis  aux  prises  dans  ce  grand  couibat, 
aveuglés  par  le  mada,  bouillants  décoléré,  ils  se  fendaient 
mutuellement  avec  les  pointes  de  leurs  défenses  et  les  pi- 
lons de  leurs  dents.  A, 250. 

Montés  par  des  guerriers,  les  traits  barbelés  à la  main, 
les  coursiers  avec  des  chasses-mouches  pour  aigrettes, 
stimulés  par  leurs  cavaliers,  couraient  sans  crainte  à pas 
rapides  les  uns  sur  les  autres.  A, 260. 

Les  fantassins,  que  les  troupes  de  fantassins  blessaient 
à coups  de  lances  et  de  leviers  en  fer,  tombaient  alors 
sur  la  terre  par  centaines  et  par  milliers.  A, 261. 

Victorieux  des  héros  abattus  sous  leurs  chars,  leurs 
flèches,  leurs  dards,  leurs  traits  barbelés,  les  maîtres  de 
chars  poussaient  dans  le  combat  de  longs  cris  de  vic- 
toire. A,  262. 

Tandis  que  cette  bataille  épouvantable  se  déroulait 
ainsi,  le  héros  Bhagadatta  fondit  sur  Bhlmaséna.  A, 203. 

11  était  monté  sur  un  éléphant  en  rut,  stillant  le  mada 
par  sept  canaux,  tel  que  sur  une  montagne,  versant  l’eau 
de  tous  les  côtés.  A,26A. 

Arrivé  sur  Soupratlka  eu  tête  du  combat,  il  répandit 
ses  milliers  de  flèches  : tel,  porté  sur  Ahàvata,  Maghadat 
verse,  irréprochable  roi  (1),  les  gouttes  de  son  eau. 

Le  prince  frappa  Bhimaséna  avec  la  pointe  de  ses 


(t)  Texte  de  Bombay. 


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BHISHM  V-PAHVA. 


427 

flèches,  comme  un  nuage,  à la  fin  de  l’été,  couvre  une 
montagne  de  ses  gouttes  de  pluies,  à, 265—  4, 266. 

L'héroïque  Bhlmaséna  irrité  fit  tomber  dans  sa  colère 
sous  l’averse  de  ses  dards  les  hommes  de  pied,  chargés  de 
veiller  autour  du  monarque  et  dont  le  nombre  dépassait 
une  centaine  de  gardiens.  4,207. 

Courroucé  A la  vue  de  ses  gens  étendus  morts,  l'au- 
guste Bhagadatta  de  pousser  son  magnifique  éléphant 
contre  le  char  de  Bhlmaséna.  4,268. 

Lancé  par  lui  avec  la  rapidité  d'un  trait  décoché  par  la 
corde  d’un  arc,  le  pachyderme  fondit  avec  impétuosité 
sur  Bhlmaséna,  le  dompteur  des  ennemis.  4,269. 

A peine  l’eurent-ils  vu  accourir,  les  héros  des  Pàn- 
douides,  les  Kalkéyains,  Abhinvwyou,  et  tous  les  fils  de 
Draàupadl,  et  l’héroïque  souverain  du  Daçàrna,  et  Kshat- 
tradéva,  et  Tchitrakélou,  le  monarque  de  Tchédi,  tous 
irrités,  à la  grande  vigueur,  et  devancés  par  Bhlmaséna, 
fondirent  sur  lui  avec  rapidité,  étalant  aux  yeux  leurs  as- 
tras  supérieurs  et  célestes.  4,270 — 4,271  -4,272. 

Ils  cernèrent  de  tous  les  côtés  cet  éléphant  seul,  et 
bientôt  le  grand  proboscidien  brilla,  sous  les  blessures  des 
flèches  nombreuses,  coloré  par  une  écume  de  sang, 
comme  le  roi  des  monts,  bigarré  de  ses  métaux.  Monté 
sur  un  éléphant,  semblable  à une  montagne,  le  souverain 
du  Daçàrna  courut  sur  l’éléphant  de  Bhagadatta.  Le 
monstrueux  pachyderme  Soupraltka  soutint  son  choc, 
comme  un  rivage  celui  de  la  ruer,  séjour  des  makaras. 
Aussitôt  qu’ils  virent  arrêté  l’éléphant  du  magnanime 
Daçàrnain,  4,273 — 4,274  —4,275 — 4,276. 

I^es  guerriers  et  les  Pàndouides  applaudirent  ! « Bien  ! 
bien!  » s’écriaient-ils.  Le  Prâdjyotishain  irrité  d’envoyer, 


I.K  MAHA-BH4RATA. 


428 

6 le  plus  vertueux  des  rois,  quatorze  leviers  d’or  sur  la 
tête  du  pachyderme  ennemi.  Ces  projectiles  fendent  sa 
principale  armure,  sa  cuirasse  ornementée  d'or,  et  pé- 
nètrent au  sein  de  la  terre,  comme  des  serpents  dans  une 
fourmillière.  Profondément  blessé,  troublé  même , émi- 
nent Bharatide,  cet  éléphant  4,277 — 4,2"8 — 4,279. 

Supprima  tout  A coup  son  raada  ; il  se  détourna  preste- 
ment, et  courut  avec  rapidité,  jetant  des  cris  épouvan- 
tables, foulant  aux  pieds  violemment  ses  propres  armées, 
comme  le  vent  fait  des  arbres.  Après  la  défaite  de  cet  élé- 
phant, les  grands  héros  des  Pândouides,  4,280 — 4,281. 

Envoyant  au  plus  haut  des  airs  leurs  cris  de  guerre, 
s'approchèrent  pour  le  combat  et,  mettant  Bhluia  à leur 
tête,  ils  fondirent  sur  Bhagadatta,  en  semant  différentes 
flèches  et  lançant  divers  projectiles.  Dès  qu’il  eut  entendu 
les  cris  affreux  , arrachés  par  la  colère  à ces  hommes,  qui 
accouraient  irrités,  pleins  de  fureur,  le  héros  Bhagadatta, 
chassant  la  crainte,  poussa  contre  eux  son  éléphant. 

4,282—4,283—4,284. 

Convenablement  excité  par  le  croc  et  le  pouce,  dans 
l’instant  même,  le  roi  des  pachydermes  s’engagea,  comme 
le  feu  en  tourbillons  de  flammes.  4,285  (1). 

Courant  irrité  çà  et  là,  il  écrasait  dans  le  combat,  sire, 
les  compagnies  de  chars,  les  éléphants,  les  chevaux  et  les 
cavaliers  avec  les  fantassins  par  centaines  et  par  milliers. 
11  semait  le  trouble  dans  la  grande  armée  des  Pândouides. 

4,291—4,292. 

Elle  se  courbait  toute  entière,  puissant  roi,  comme  un 


(1)  Cette  stance  est  par  erreur  numérotée  4,290  : nous  adoptons  cette  faute, 
afin  de  nous  retrouver  ensemble,  nous  et  notre  édition. 


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BH1SHMA-PARVA. 


429 


cuir  placé  dans  le  feu.  Quand  il  vit  son  armée  enfoncée 
par  le  sage  Bhagadatta,  à, 293. 

Ghaiotkatcha  fondit  sur  lui  avec  colère.  Homme  épou- 
vantable, la  bouche  flamboyante,  sire,  les  yeux  enflam- 
més, 4,294. 

11  se  revêtit  d’une  forme  terrible,  et,  embràsé,  pour 
ainsi  dire,  de  fureur,  il  saisit  une  lance  resplendissante, 
capable  de  fendre  les  montagnes  elles-mêmes.  4,295. 

Il  l’envoya  soudain  avec  une  grande  vigueur  et  le  désir 
de  tuer  l’éléphant.  Des  guirlandes  d’étincelles  l’environ- 
naient de  tous  les  côtés.  4, 29ô. 

Aussitôt  qu’il  la  vit  arriver , tout  à coup  le  roi  du 
Prâgdjyotisha  darda  sur  elle  une  demi-lune  bien  épou- 
vantable, acérée,  éblouissante.  4,297. 

11  trancha  rapidement  avec  ce  trait  l’énorme  lance,  or- 
nementée d’or , qui  tomba  coupée  en  deux  morceaux  : 
telle  une  grande  foudre,  lancée  par  Indra,  tombe  du  ciel. 
Dès  que  le  prince  vit  sa  lance  étendue  à terre,  en  deux 
fragments  coupée,  4,298 — 4,299. 

il  saisit  un  grand  javelot  au  manche  d’or,  semblable  à 
la  flamme  du  feu,  et  l’envoya  au  Rakshasa,  en  lui  criant  : 
« Arrête-là  !.»  4,300. 

A peine  l’ eut-il  vu  arriver,  comme  un  tonnerre,  qui 
vole  au  sein  des  airs,  le  Rakshasa  prit  son  essor,  s’envola 
à grande  hâte  et  poussant  des  cris.  4.301. 

Il  mit  soudain  le  javelot  sur  son  genou  et  le  rompit 
sous  les  yeux  de  l’ Indra  des  rois  : ce  fut  une  chose  mer- 
veilleuse. 4,302. 

Quand  ils  virent  cet  exploit  du  vigoureux  Rakshasa,  les 
anachorètes,  les  Gaudharvas  et  les  Dieux  au  sein  du  ciel 
en  furent  dans  l'étonnement.  4,303. 


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ASO 


LE  MAHA-BHARATA. 


Et  les  Pândouides,  grand  roi,  qui  avaient  Bhimaséna 
pour  chef,  firent  résonner  la  terre  des  cris  : « Bien  ! 
bien!  » 4, 304. 

Dès  qu’il  entendit  les  vastes  acclamations  de  ces  ma- 
gnanimes dans  l’allégresse,  l'auguste  et  l’héroïque  Bha- 
gadatta  ne  put  les  supporter.  4,305. 

Ayant  fait  vibrer  un  grand  arc  d’un  éclat  semblable  à 
celui  delà  foudre  d’Indra,  il  menaça  de  sa  rapidité  les 
fameux  héros  des  Pândouides.  4,300. 

Décochant  des  nàrâtchas  acérés,  luisants,  pareils  à la 
flamme,  il  blessa  avec  un  trait  Bhimaséna,  avec  neuf  le 
Kakshasa;  4,307. 

Avec  trois  Abhimanyou,  avec  cinq  les  kalkéyains,  et, 
d’une  flèche  aux  nœuds  inclinés,  lancée  d’un  arc  complè- 
tement tendu,  4,308. 

Il  perça  dans  ce  combat  le  bras  droit  de  Kshattradéva, 
qui  laissa  échapper  soudain  son  arc  sublime  et  sa 
flèche.  4,309. 

Il  perça  de  cinq  dards  les  cinq  fils  de  Draâupadt,  et 
tua  dans  sa  colère  les  chevaux  de  Bhimaséna.  4,310. 

Avec  trois  flèches,  il  trancha  son  drapeau  à l’image  du 
lion,  et  perfora  son  cocher  de  trois  autres  sa^ettes.  4,311. 

Profondément  blessé  par  Bhagadatta  en  ce  combat , 
éminent  Bharatide,  Viçoka,  le  trouble  dans  l'esprit,  se 
laissa  tomber  sur  le  banc  du  char.  4,312. 

Privé  de  son  chariot,  puissant  roi,  Bhimaséna,  le  plus 
excellent  des  maîtres  de  chars,  saisit  une  massue  et  sauta 
lestement  à bas  de  sa  voiture.  4,313. 

Aussitôt  qu’ils  le  virent,  sa  massue  levée,  de  môme 
qu'une  montagne  surmontée  de  sa  cime,  les  tiens,  reje- 
ton de  Bhàrata,  conçurent  une  horrible  crainte.  4,314. 


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BH1SRMA-PARVA. 


à 31 


Dans  ce  temps  même,  le  Pàndouide,  qui  avait  Krishna 
pour  son  cocher,  arriva,  immolant  de  tous  les  côtés  les 
ennemis,  dans  le  lieu  où  se  tenaient  ces  deux  tigres  des 
hommes,  ces  grands  héros,  le  père  et  le  fils,  Bhimaséna  . 
et  Ghatotkatcha,  accompagné  du  Prâgdjyotishain. 

Quand  le  fils  de  Pàndou  vit  ses  vaillants  frère3  com- 
battants, il  s’empressa  de  combattre  aussi  IA,  disséminant 
ses  flèches,  à, 315 — A, 316 — A, 317. 

Sur  le  champ,  l’héroïque  monarque  Douryodhana  se 
hâta  de  lancer  promptement  son  armée  remplie  de  chars 
et  d’éléphants.  4,318. 

Mais  soudain  le  Pàndouide  aux  blancs  coursiers  fondit 
rapidement  sur  la  grande  armée  des  Kourouides,  qui  ac- 
courait, pleine  de  vigueur.  A, 319. 

Bhagadatta  lui-ntême,  écrasant  sous  les  pieds  de  son 
éléphant  l’armée  des  Pândouides,  courut  dans  le  combat 
sur  Youdhishthira.  A, 320. 

Alors  eut  lieu,  vénérable  monarque,  un  combat  tumul- 
tueux de  Bhagadatta  avec  les  Pântchâlains,  les  Srin- 
djayas  et  les  Kékayairis,  les  armes  levées  à la  main. 

Bhimaséna  lui-même  raconta  en  détail  à Kérava  et  à 
Arjouna  les  circonstances  de  la  noble  mort  d’Iràvat. 

Lorsque  Dhanandjaya  eut  appris  que  son  fils  Iràvat 
était  parmi  les  morts,  pénétré  d’une  grande  douleur  et 
soupirant  comme  un  serpent  boa.  A, 321 — A, 322 — A, 323. 

11  dit  ces  mots,  sire,  au  Vasoudévide  dans  le  combat  : 

« Sans  doute,  Vidoura  à la  grande  sagesse,  à la  grande 
science,  a prévu  jadis  ce  péril  effroyable  des  Kourouides 
et  des  Pândouides.  Aussi  engageait-il  sans  cesse  (1), 

(1)  Texte  de  Bombay. 


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432 


LE  MAHA-BHAKATA. 


meurtrier  de  Madou,  à ne  pas  entrer  dans  cette  guerre  le 
roi  Dhritaràshtra  et  les  autres  nombreux  héros.  Nous 
avons  succombé  dans  la  guerre  sous  les  coups  des  Kou- 
rouides,  et  les  Kourouides  ont  péri  sous  nos  armes. 

4,324-4,325-4,326. 

u On  fait  ici  par  intérêt,  0 le  meilleur  des  hommes, 
une  œuvre  maudite  : honnis  soient  donc  ces  intérêts,  pour 
lesquels  on  fait  ainsi  le  carnage  de  ses  parents.  4,327. 

» 11  vaut  mieux  mourir  pauvre  que  s’enrichir  par  la 
mort  de  sa  famille!  Que  gagnerons-nous,  Krishna,  à tuer 
nos  parents  engagés  dans  une  guerre  avec  nous?  4,328. 

» Les  kshatryas  vont  k la  mort,  où  les  pousse  l’ofiense 
de  Douryodhana,  de  Çakouni  le  Soubalide,  et  les  funestes 
conseils  de  Karna  ! 4,329. 

» Je  reconnais  maintenant,  meurtrier  aux  longé  bras 
de  Madhou,  que  le  roi  faisait  une  bonne  action,  quand  il 
demandait  à Sou yodhana  (1),  ou  la  moitié  du  royaume, 
ou  cinq  villages.  Mais  l’insensé  n’accéda  point  à sa  de- 
mande. Quand  je  vois  les  héros  kâhatryas  couchés  morts 
sur  le  sol  de  la  terre,  4,330 — 4,331. 

» Je  jette  sur  moi-même  un  violent  reproche  : honnie 
soit  doncla  vie  du  kshatrya  ! Ces  guerriers,  ils  connaîtront 
dans  le  combat  si  je  manque,  comme  ils  pensent,  de  puis- 
sance, 4,332. 

» Quoiqu’il  me  déplaise  de  combattre  avec  mes  pa- 
rents ! Pousse  rapidement  tes  chevaux , meurtrier  de 
Madhou,  vers  l’armée  des  Dhritar&shtrides.  4,333. 

» Je  traverserai  à la  force  de  mes  bras  cette  mer  du 
combat  aux  berges  élevées  : ce  n’est  nullement  le  temps. 


(1)  Teite  de  Bombay. 


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BH1SHMA-PAKVA. 


435 

Màdhava,  d’être  sans  vigueur  en  ce  moment.  » 4,334. 

A ces  mots,  que  lui  adressait  le  Pàndouide,  Kéçava 
l’immolateur  des  héros  ennemis,  stimula  ses  chevaux 
blancs,  aussi  rapides  que  la  pensée.  4,333. 

Alors  surgit  un  vaste  bruit  de  ton  armée,  Bharatide, 
semblable  au  fracas  de  la  mer,  quand  le  vent  soulève  sa 
fougue  dans  un  parvan.  4,330. 

Dans  l'après-midi  de  ce  jour,  puissant  roi,  naquit, 
entre  Bbîshma  et  les  Pànduuides,  un  combat,  dont  le 
tumulte  ressemblait  au  tonnerre  du  nuage.  4,337. 

Ensuite,  ton  armée,  sire,  fondit  sur  Bbîmaséna,  qui 
avait  arrêté  Drona  dans  le  combat,  comme  les  Vasous 
jadis  ont  empêché  Indra.  4,338. 

Le  fils  de  Çântanou,  Bhîshma,  Ri  ipa,  qui  surpasse  les 
maîtres  de  chars,  Bhagadatta  et  Souçarman  de  courir  sur 
Dhanandjaya.  4.339. 

Hàrdikva  et  Vàhlika  se  jetèrent  ensemble  sur  Sâtyaki  ; 
le  souverain  d’Ambashtha  résista  de  pied  ferme  à Abhi- 
manvou.  4,340. 

Et  les  autres  héros  firent  tète,  grand  roi,  au  reste  des 
fameux  héros.  Alors  s’éleva  un  combat  aux  formes  ef- 
frayantes, inspirant  la  terreur.  4,341. 

Bliimaséua,  dès  qu’il  vit  tes  (ils,  monarque  des  hommes, 
s’enflamma  de  colère  dans  le  combat,  comme  le  feu, 
quand  on  y verse  le  beurre  clarifié.  4,342. 

Tes  enfants  couvrirent  de  leurs  flèches  le  fils  de  Kountî, 
comme  les  nuages,  dans  la  saison  des  pluies,  inondent  une 
montagne.  4,343. 

Enseveli  mainte  fois  sous  les  projectiles  de  tes  fi  s,  mo- 
narque des  hommes,  le  héros,  tel  qu’un  tigre  impétueux, 
lèch.mt  les  angles  de  sa  bouche,  4,344. 

vu  28 


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434 


LE  W AHA-BH  ARATA. 


Bhlmaséna  abattit  Vyoüthoraska,  qui  exhala  sa  vie  sous 
un  kshourapra  bien  acéré.  4,345. 

Avec  un  second  bhaila  bien  aiguisé,  altéré  de  sang,  il 
renversa  Koudalt,  comme  un  lion  terrasse  une  faible  ga- 
zelle. 4, 346. 

11  prit  des  (lèches  bien  aiguës,  avides  de  sang,  et,  re- 
doublant de  vitesse,  quand  il  fut  arrivé  à portée , véné- 
rable monarque,  les  décocha  sur  tes  fils.  4,347. 

Envoyés  par  Bhlmaséna,  le  vigoureux  archer,  ses  traits 
renversèrent  de  leurs  chars  tes  fils,  les  éminents  héros, 
Anâdhrishti,  Koundabhéla,  Valràta,  Dirghalotchana,  Dîr- 
ghabàhou,  Soubâhou  et  Kanakadhwadja.  4,348—4,349. 

Ces  héros  tombés  brillèrent  sur  le  sol,  excellent  Bhara- 
tide,  tris  que  des  manguiers  aux  fleurs  variées,  étçndus 
sur  la  terre.  4,350. 

Tes  autres  fils  prirent  la  fuite,  monarque  des  hommes, 
regardant  ce  Bhlmaséna  à la  grande  force  comme  la  mort 
elle-même.  4,351. 

Mais,  tel  qu’un  nuage  inonde  une  montagne  de  ses 
gouttes  d’eau,  tel  Drona  couvrit  partout  de  ses  flèches  le 
héros,  qui,  dans  le  combat,  consumait  tes  fils.  4,352. 

Là,  nous  vîmes  le  courage  admirable  du  fils  de  Kountt; 
car,  bien  qu'il  fût  arrêté  par  Drona,  il  n’en  continuait  pas 
moins  à immoler  tes  fils.  4,353. 

Bhiuia,  sans  terreur,  soutint  cette  averse  de  traits 
lancée  par  Drona,  comme  un  taureau  supporte  une  pluie, 
qui  tombe  du  ciel.  4,354. 

Là,  Ventre-de-loup  exécuta  une  prouesse  merveilleuse; 
car,  dans  le  même  temps  qu’il  immolait  tes  fils,  il  arrêtait 
Drona  dans  le  combat.  4,355. 

Le  robuste  frère  aîné  d'Arjouna,  marchant  au  sein  de 


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BHISHMA-PARVA.  435 

la  bataille,  s’y  jouait  avec  les  héros  tes  fils,  comme  un 
tigre  avec  les  gazelles.  4,356. 

Vrikaudara  dispersait  tes  fils  dans  le  combat  de  môme 
qu'un  loup,  au  milieu  d’un  troupeau,  met  en  déroute  les 
bestiaux.  4,357. 

Le  lils  de  la  Gangà,  Bhagadatta  et  l’héroïque  Gota- 
mide  arrêtèrent  avec  rapidité  dans  le  combat  le  Pàudouide 
Arjouna.  4,358. 

Quand  il  eut  paralysé  leurs  astras  par  des  astras,  ce 
guerrier,  monté  sur  un  char,  envoya  à la  mort  dans  le 
combat  les  plus  fameux  héros  parmi  tes  combattants. 

Abhimaiiyou  couvrit  (1)  de  . ses  flèches  le  monarque 
d’Ambashtha,  célèbre  dans  le  monde,  sans  char,  quoiqu’il 
fût  le  premier  des  maîtres  de  char.  4,359 — 4,360. 

Sans  char,  frappé  par  l'illustre  Soubhadride,  le  mo- 
narque d'Ambashtha  (2)  sauta  rapidement,  plein  de  con- 
fusion, à b;is  de  son  char,  privé  d’attelage.  4,361. 

Il  abattit  l'épée  du  magnanime  fils  de  Soubhadrâ,  et 
le  guerrier  à la  grande  force  monta  sur  le  char  de  Hàr- 
dikya.  4,362. 

L’immolateur  des  héios  ennemis,  habile  dans  les 
feintes  du  combat,  le  Soubhadride  rompit  lestement  son 
cimeterre,  au  moment  qu'il  en  déchargeait  lu  fougue. 

Quand  on  vit  son  glaive  brisé  en  morceaux  par  Abhi- 
manyoudans  le  combat,  ce  fut  une  clameur  de  toutes  les 
armées,  auguste  monarque,  s’écriant  : « Bien  ! bien  ! » 

4,363-4,364. 

Cependant  les  autres,  Dhrishtadyoumna  à leur  tête, 

(1)  Texte  de  Bombay,  qui  porte  vâraydmiha , au  lieu  du  kâ  ray  a ma  s a 
du  lex  e de  Calcutta,  qui  ne  aignilie  ibsolument  rien  ici. 

(2)  Texte  de  Bombay,  combiné  avec  celui  de  Calcutta. 


LE  MAHA-BHARATA. 


430 

combattaient  l’armée  rivale  : ainsi,  tous  les  tiens  étaient 
engagés  avec  l’armée  des  Pàndouides.  4,365. 

Alors  ce  fut  un  combat  furieux  entre  eux  et  les  tiens, 
qui  s’égorgeaient  les  uns  les  autres  avec  rage,  accomplis- 
sant une  œuvre  bien  difficile.  4,360. 

En  effet,  les  braves,  s'étant  pris  mutuellement  aux 
cheveux  dans  la  bataille,  guerroyaient,  vénérable  roi, 
avec  les  ongles  et  les  dents,  à coups  de  poings  et  de 
genoux.  4,307. 

Et,  quand  ils  avaient  trouvé  un  passage,  ilss’envoyaient 
les  uns  les  autres  aux  demeures  d Yauia  par  les  mains  et 
les  pieds,  les  bras  et  les  cimeterres  engagés  avec  art. 

Le  père  tuait  son  fils  et  le  fils  son  père  : les  hommes 
combattaient  alors,  tous  les  membres  agités  parlacruinte 
et  la  fureur.  4,308 — 4,369. 

Le  champ  de  bataille  était  jonché  de  beaux  arcs,  au  dos 
en  or,  fils  de  Bharata,  et  de  très-riches  ornements  des 
guerriers  tués  ou  renversés  dans  leur  sang.  4,370. 

Des  flèches  aiguës,  baignées  d'huile  de  sésame,  faites 
d’or,  empennées  d’argent,  brillaient  çà  et  là,  semblables 
à des  serpents  lâchés.  4,371. 

On  voit  des  hommes  gisants,  ayant  abandonné  leurs 
diflérentes  armes,  des  cimeterres,  ornés  d’or,  à la  poignée 
d'ivoire,  des  boucliers  embellis  d'or,  que  les  archers 
avaient  rejetés,  des  traits  barbelés,  dont  le  riche  métal 
avait  changé  la  matière,  des  pattiças,  que  l’or  décorait, 
des  tridents  aux  hampes  dorées  et  flamboyants  d'or,  de 
brillantes  armures  tombées,  de  lourds  pilons,  des  mas- 
sues, des  (1)  bhindipàlas,  des  arcs  divers  rejetés,  parés 


(4;  lin  mot  doublé,  que  noua  omettons  : c’est  fattiça,  Mi  genus  (Boppj. 


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BHISHMA-PAHVA. 


437 

d’un  or  admirable,  des  caparaçons  aux  formes  différentes, 
des  chasses-mouches  et  des  éventails.  Les  grands  héros, 
la  vie  exhalée,  paraissent  aux  yeux  comme  s'ils  étaient  vi- 
vants. (De  tu  stnnre  4,372  à lu  stanre  4,377.) 

Les  hommes  sont  gisants  sur  la  terre  avec  la  tète  broyée 
par  les  pilons,  les  membres  écrasés  par  les  massues,  les 
chevaux,  les  éléphants  et  les  chars  en  pièces.  4,377. 

Couverte  de  tous  les  côtés,  comme  par  des  montagnes, 
sire,  la  terre  brillait  sous  les  corps  sans  vie  des  hommes, 
des  chevaux  et  des  éiéphants.  4,378. 

La  terre  était  jonchée  de  lances,  de  sabres,  de  flèches  et 
de  leviers  en  fer  tombés  dans  la  bataille,  de  cimeterres, 
de  pattiças,  de  traits  barbelés,  de  kountas  (1)  en  fer,  de 
haches,  de  massues,  de  bhindipâlas,  deçataghnis,  d'armes 
brisées  et  de  cadavres.  4,379 — 4,380. 

Le  sol  brillait,  couvert,  victorieux  monarque,  de  corps 
sans  vie,  ou  sans  voix,  ou  presque  sans  parole,  inondés 
par  des  ruisseaux  de  sang_,  revêtus  de  leurs  cuirasses,  ou 
des  longs  bras  coupés  de  héros  impétueux,  ornés  encore 
de  bracelets,  arrosés  de  sandal  et  semblables  à des  trompes 
d’éléphants.  4,381 — 4,382. 

La  terre  resplendissait,  rejeton  de  Bharata,  des  têtes 
abattues  de  guerriers  aux  yeux  de  taureaux,  parées  de 
leurs  boucles-d’ oreille,  portant  leurs  pierreries  et  leurs 
aigrettes  encore  attachées.  4,383. 

La  terre,  comme  de  feux  aux  flammes  éteintes,  luisait 
au  plus  haut  point  de  cuirasses  d'or,  répandues  çà  et  là, 
souillées  de  sang,  4,384. 


v (1/  Joculum  uncvuUum.  Amara-k<.>lia  : t — |>rà*a}.  le  mol  précédemment 
traduit. 


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A38 


U'.  MAHA-BHARATA. 


De  décorations  brisées,  d’arcs  tombés,  de  flèches  mêmes 
de  tous  les  côtés  disséminées  avec  leurs  empennures  d’or, 

De  nombreux  chars  brisés,  ornés  d’une  multitude  de 
clochettes,  de  coursiers  tués,  gisants,  la  langue  pendante, 
baignés  de  sang,  A, 385 — A, 380. 

De  caisses  de  chars,  de  guidons,  de  carquois,  de  dra- 
peaux éclatants  de  blancheur,  que  lesgrands  héros  avaient 
rejetés  dans  ce  grand  combat.  A, 387. 

La  terre,  parée  comme  une  femme,  brillait  d’éléphants 
étendus  avec  leur  trompe  abattue,  d’ornements  de  diffé- 
rentes formes.  A, 388. 

Elle  était  jonchée  d’autres  éléphants,  atteints  de  traits 
barbelés,  en  proie  à une  violente  douleur,  semblables  à des 
montagnes  ruisselantes.  Le  champ  de  bataille  était  rempli 
de  pachydermes,  versant  mainte  et  mainte  fois,  par  les 
(rompes,  des  sons  plaintif '<  et  de  l’eau  (1).  Il  était  p'ein 
de  couvertures  diversement  colorées,  de  caparaçons  d’é- 
léphants, A, 380 — A, 390. 

De  bâtons  de  commandement,  laits  de  lapis- lazuli  et  de 
pierres  précieuses,  de  crocs  resplendissants,  épars  çà  et  là, 
de  clochettes  des  principaux  éléphants,  tombées  de  tous  les 
côtés,  A, 391. 

De  flèches  variées,  de  housses  et  de  cuirasses  formi- 
dables, de  chaînes  pour  le  cou  et  de  ceintures  en  or  pour 
les  éléphants,  A, 392. 

De  machines  de  guerre  brisées  en  morceaux,  de  leviers 
en  or  massif,  de  cottes  de  mail  pour  les  chevaux  et  de 
blanches  ombrelles,  devenues  brunes  de  poussière, 

(1)  Texte  fie  Bombay,  qui  porte  çikaram  : l'édition  de  Calcutta  écrit 
ritkàran,  murmure  de  plttair;  ce  qui  ne  convient,  ni  à la  circonstance,  ni 
à ta  comparaison. 


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BHISHMA-PA1WA. 


439 


De  bras  coupés  des  cavaliers , tombé-;  avec  leurs  brace- 
lets, de  traits  barbelés  , luisants,  acérés,  de  fils  de  perles 
sans  tache,  A. 393— 4,39 4. 

De  turbans  divers,  envoyés  çà  et  là  par  les  coups,  de 
maintes  demi-lunes,  ornées  d'or,  4,395. 

De  tapis,  de  couvertures  bigarrées  pour  les  chevaux, 
faites  eu  poil  de  rankou  et  mises  en  lambeaux , d’ai- 
grettes royales  admirables  et  de  la  plus  grande  richesse. 

De  parasols  disséminés,  d’éventails  et  de  chasse- 
mouches,  de  pendeloques  magnifiques,  grand  roi,  de  faces 
bien  décorées  des  héros,  où  s'étalait  la  pâleur  de  la  lune 
ou  du  lotus  blanc  et  s'étaient  pétrifiés  les  larmes,  de  col- 
liers flamboyants  d'or  éparpillés.  4,3915—4,397 — 4,398. 

La  terre  enlin  était  comme  un  ciel  semé  de  constella- 
tions et  de  planètes.  C'est  ainsi  que  ces  deux  grandes  ar- 
mées d’eux  et  des  tiens,  fils  de  Bharata,  étaient  écrasées 
dans  ce  combat,  où  ils  s'étaient  engagés  les  uns  avec  les 
autres.  Tandis  qu'ils  étaient  ainsi  fatigués,  rompus  et 
brisés,  4,399—4,400. 

Une  nuit  épouvantable  s’étendit,  et  l’on  ne  distinguait 
plus  le  champ  du  combat  : alors,  une  trêve  fut  conclue 
entre  les  armées  par  les  enfants  de  Kourou  et  de  Pàndou. 

A l’entrée  de  cette  nuit  horrible,  effrayante,  bien  épou- 
vantable, les  Rourouides  et  les  Pàndouides,  ayant  donc 
fait  une  trêve  de  concert,  se  séparèrent  suivant  les  néces- 
sités du  temps  et  rentrèrent  chacuns  dans  leurs  camps. 

4,401—4,402 — 4,403. 

Ensuite,  le  roi  Douryodhana,  Çakouni  le  Soubalide, 
Douççâsana,  ton  fils  et  l’invinâble  fils  du  cocher,  4,404. 

S’étant  rassemblés,  puissant  roi,  firent  une  délibéra- 
tion désirée  : « Comment  pourrait-on  vaincre  en  ba- 


LF  MAHA-BHAIi  ATA. 


440 

taille,  se  dirent-ils,  les  iilsdePàndoti  et  leurs  armées?-  » 

Le  roi  Dourvodhana  dit  alors  à tous  ses  conseillers, 
adressant  particulièrement  sa  parole  au  fils  du  cocher  et 
au  Soubalide  à la  grande  force  : 4,405 — 4,406. 

o Drona,  Bhlshma  , Kripa,  Çalya  et  le  Souiadattide  ne 
courent  pas  dan3  la  bataille  contre  les  fils  de  Prithâ;  et 
je  n’en  connais  pas  la  cause.  4,407. 

» A l'abri  même  de  la  mort,  ceux-ci  détruisent  mon 
armée  : j'ai  perdu  mes  forces,  Karna  ; mes  armes  sont 
brisées  dans  la  guerre.  4.4CS. 

» Maltraité  parles  Pàndouides,  ces  héros,  qui  ne 
peuvent  être  rais  à mort  par  les  Dieux  eux-mêmes,  je  suis 
tombé  dans  le  péril  : comment  donc  résisterai-je  dans  le 
combat!  » 4,409. 

Le  fils  dq  cocher  parla  en  ces  termes,  grand  roi,  au 
monarque  des  hommes  : 4,410. 

« Ne  te  désole  pas,  ô le  plus  excellent  des  Bharatides, 
lui  répondit  Karna;  je  ferai  ce  qui  l’est  agréable.  Que 
Bhlshma,  le  fils  de  Çàntanou,  se  hâte  de  renoncer  à ce 
grand  combat!  4,411. 

» Une  fois  que  Bhishma  aura  dit  adieu  aux  batailles  et 
déposé  les  armes,  j'immolerai,  moi  ! les  Prithides  réunis 
à tous  les  Somakas,  4.412. 

» Sous  les  yeux  de  Bhishma  lui-même  dans  le  combat. 
C’est  une  vérité  , que  je  te  jure,  sire.  Ce  Bhishma,  il  fait 
preuve  toujours  d’une  trop  grande  compassion  à l’égard 
des  Pàndouides.  4,413. 

Bhishma  est  incapable  de  vaincre  dans  uu  combat  : 
Bhishma  a l’orgueil  des  batailles;  un  combat  lui  est  tou- 
jours agréable.  4,414. 

» Comment  pourra-t-il  vaincre,  mon  père,  les  Pàn- 


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BHISDMA-PARVA. 


441 

douides  engagés  dans  une  bataille  avec  lui  ? Va  donc  vite 
d’ici  au  camp  de  Bhîshma  ; 4,41  5. 

» Fais  approuver  à ce  vénérable  vieillard  de  renoncer 
aux  armes.  Ensuite,  une  fois  que  Bhisltma  aura  déposé  la 
flèche,  regarde-moi  immoler  dans  un  combat  ces  Pân- 
douides  sous  mon  bras  seul,  sire,  accompagné  de  mes  pa- 
rents, accompagné  de  mes  amis  ! » A ces  paroles  de 
Karna,  üouryodhana,  ton  fils,  4,4ltt — 4.4f”. 

Dit  alors  ces  mots  à Douçjàsana,  son  frère  : « Veille 
au  soin,  maître  des  hommes,  que  mon  char  et  ma  suite 
soient  tous  bientôt  entièrement  prêts  ! » Quand  il  eut 
parlé  ainsi,  le  monarque  d s peuples  , sire,  adressa  ce 
langage  à Karna  : 4,418  — 4,419. 

a Dès  que  j'aurai  obtenu  le  consentement  du  Çànta- 
nouide,  le  plus  excellent  des  hommes , à s'abstenir  du 
combat,  je  me  hâterai,  dompteur  des  ennemis,  de  revenir 
en  ta  présence.  Ensuite,  Bhîshma  refusant  d'y  prendre  sa 
part,  tu  combattras  à ton  aite  dans  cette  bataille.  » Ton 
fi's,  souverain  des  hommes,  sortit  alors  d’un  pied  em- 
pressé, 4,420 — 4,421. 

Accompagné  de  ses  frères,  comme  (jatakratou  l'est  par 
les  Dieux  mêmes.  Douççàsana,  son  frère,  fit  monter  rapi- 
dement sur  un  char  attelé  (l)  ce  tigre  des  rois,  de  qui 
le  courage  était  semblable  ii  ce  ui  d'un  tigre.  Il  portait 
des  bracelets,  il  avait  sa  tiare  attachée , il  tenait  un  orne- 
ment à sa  main  : 4,422 — 4,423. 

Tel  le  Dhritaràshtride  brillait,  poursuivant  sa  marche. 
Les  membres  semés  d'un  sandal  de  haut  prix  et  d’une 
exquise  odeur,  pareil  à l’or,  égal  à la  fleur  de  bhandl  (2), 

(1)  Explication  du  commentaire. 

(2)  Ru  Lia  mandjiih. 


LE  MAHA-BHARATA. 


442 

le  monarque,  revêtu  d'une  robe  sans  poussière,  s’avançait 
avec  le  dandinement  du  lion.  4,424 — 4,425. 

11  resplendissait  comme  le  soleil  dans  le  ciel  avec  de 
purs  rayons.  A l’aspect  de  ce  tigre  des  hommes,  qui  fai- 
sait route  vers  le  camp  de  Rhlshma,  4,426. 

Il  fut  suivi  par  les  archers,  héros  du  monde  entier,  et 
pâr  ses  frères  au  grand  arc,  comme  Indra  est  suivi  des 
Immortels.  4,427. 

Ces  plus  vaillants  des  hommes  montés,  les  uns  sur  des 
chevaux,  les  autres  sur  des  éléphants,  ceux-là  sur  des 
chars,  l’environnèrent  de  tous  les  côtés.  4,428. 

S'armant  de  (lèches  pour  le  défendre,  ses  amis  de  se 
présenter  réunis  devant  le  maitre  de  la  terre,  comme  les 
Immortels  au  milieu  du  ciel  devant  Çakra.  4,429. 

Honoré  par  les  Kourouides,  le  monarque  à la  grande 
force  des  Kouraviens,  s’avança  vers  la  demeure  de  l’il- 
lustre (ils  de  la  Gangâ.  4,430. 

Toujours  suivi,  entouré  de  ses  frères,  il  présentait  (1)  - 
alors  son  bras  droit  à propos  avec  politesse,  4,431. 

Ce  bras  potelé,  semblable  à la  trompe  des  éléphants  et 
destructeur  des  ennemis.  11  recueillit  sur  la  route  dans 
tous  les  points  de  l’espace  les  andjalis,  que  les  hommes 
élevaient  à leurs  tempes.  4,432. 

Il  entendit  les  douces  paroles  des  peuples,  qui  habi- 
taient diverses  contrées.  Loué  par  les  bardes  et  les  poètes, 
ce  prince  à la  haute  renommée,  le  souverain  seigneur  du 
monde  entier,  il  les  honora  tous.  Des  magnanimes  l’en- 
tourèrent de  tous  les  côtés  avec  des  lampes  d’or  allumées. 


(1)  Snmbhritya , ouddhrilya , dit  le  teste  de  Bombay,  qui  explique  ret 
usage. 


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BHISHMA-PARVA. 


443 

où  l’on  avait  répandu  l'huile  de  sésame.  Environné  de 
ces  lampes,  le  monarque  flamboyant 

4,433— 4,434— 4,43ô. 

Resplendissait  comme  la  lune,  jointe  aux  grandes  pla- 
nètes enflammées.  Des  gens  avec  des  turbans  d'or,  qui 
tenaient  à la  main  des  bambous  et  des  jharjharas  (1), 

Écartaient  lentement  le  peuple  à tous  les  points  de 
l’espace.  Quand  le  monarque  fut  arrivé  à l’éclatante  habi- 
tation de  llhlshma,  4.436 — 4,437. 

Il  mit  pied  à terre  de  son  cheval,  s'approcha,  s’inclina 
devant  lui,  et  le  souverain  des  hommes  s'assit  sur  un 
siège  des  plus  nobles,  4,438. 

Fortuné  de  tous  les  côtés,  exécuté  en  or  et  couvert  de 
tapis  faits  pourexciter  l’envie.  Élevant  ses  mains  au  front, 
les  yeux  baignés  de  larmes  et  les  pleurs  mouillant  son 
cou,  il  dit  ces  paroles  à Bhishrna  : 4,439. 

« Appuyés  sur  toi  dans  la  guerre,  meurtrier  des  en- 
nemis, nous  pourrions  vaincre  dans  un  combat  les  Dé- 
mons et  les  Dieux,  commandés  par  Indra;  4.440. 

» Combien  plus  les  héros  Pàndouides,  secondés  de 
leurs  parents  et  de  la  foule  de  leurs  amis!  Veuille  donc, 
auguste  fils  de  la  Gangà,  étendre  sur  moi  ta  compassion  ! 

» Immole  les  héroïques  fils  de  Pândou,  comme  Indra 
jadis  extermina  les  Dânavas;  et  moi,  puissant  roi,  je  ferai 
mordre  la  poussière  à tous  les  Somakas,  4,441 — 4,442. 

» Aux  Pântchàlains  et  aux  Karoushas  avec  les  Kai- 
kéyains  ! Que  cette  parole  soit  une  vérité,  fils  de  Bharata  ! 
immole  les  fils  de  Prilhà  réunis  4,443. 


(i)  Canne,  accompagnée  de  clochettes  à l'extrémité  pour  éloigner  te*  ser- 
pent**. 


LE  MAHA-BHARATA. 


m 


» Et  les  Somakas  aux  grands  arcs!  Sois  véridique,  si 
ton  cœur  est  sensible  à mes  peines!  ou,  s'il  est  mon  en- 
nemi, auguste  roi,  4,444. 

« Si,  par  pusillanimité,  tu  sauves  les  Pàndouides, 
permets  que  Karna  brille  en  ce  combat  de  la  beauté  des 
batailles;  4,445. 

El  ce  ne  sera  pas  à ton  bras  qu’on  devra  la  défaite  des 
Pàndouides  avec  leurs  parents  et  la  foule  de  leurs  amis.  » 
Quand  il  eut  parié  ainsi,  l'auguste  Douryodhana,  ton  fils, 
cessa  d’adresser  la  parole  à Bhlshma,  au  courage  épou- 
vantable. 4,46  6 — 6,447. 

Profondément  blessé  par  ton  fils,  sous  les  pointes  de  sa 
parole,  soupirant  comme  un  serpent,  ce  prince  au  grand 
cœur,  agité  sous  les  flèches  de  sa  voix,  4,64 8. 

Pénétré  d une  grande  douleur,  ne  répondit  pas  même 
le  moindre  mot  désagréable  (1),  et,  plein  de  colère  et 
de  chagrin,  il  resta  bien  long-temps  plongé  dans  ses  ré- 
flexions. 4,449. 

Soulevant  ses  yeux  de  colère,  le  meilleur  des  hommes, 
qui  connaissent  le  monde,  consumant,  pour  ainsi  dire, 
le  monde  avec  les  Gandharvas,  les  Asouras  et  les  Dieux, 

Adressa  à ton  fils  ces  paroles,  que  précédait  un  mot  de 
bienveillance  : « Pourquoi,  Douryodhana,  me  déchires-tu 
ainsi  par  les  flèches  de  tes  paroles,  à, 450 — 4,451. 

» Moi,  qui  lutte  de  toutes  mes  forces,  qui  accomplis  ce 
qui  t’est  agréable,  et  qui  sacrifie  les  souffles  de  ma  vie 
dans  le  combat  par  bienveillance  pour  toi-mème?  4,452. 

» Quand  le  héros  Pàndouide  rassasiait  le  feu  dans  le 
khàndava,  quand  il  triomphait  des  ennemis  dans  le  com- 

(1)  Ouvàtchdpriyam , Uxtc  de  Bombay. 


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BHISHMA-PARVA. 


445 

bat,  n’était-ce  pas  une  preuve  suffisante  pour  toi?  4-453. 

» Quand,  tombé  entre  les  vigoureuses  mains  des  Gan- 
dharvas,  le  fils  de  Pàndou  te  délivra,  guerrier  aux  lungs 
bras,  n’était-ce  pas  une  preuve  suffisante  pour  toi? 

» Quand  tes  héroïques  frères,  seigneur,  et  le  (ils  du 
cocher  lui-même,  enfant  adoptif  de  Râdhâ,  étaient  mis 
en  déroute,  n’était-ce  pas  une  preuve  sufiisante  pour  toi  ? 

4,454—4,455. 

» Quand  il  s’élevait,  lui  seul  contre  nous  tous  réunis, 
dans  la  cité  de  Viràta,  n’était-ce  pas  encore  une  preuve 
suffisante  pour  toi?  4,456. 

s Après  que,  victorieux,  malgré  notre  colère,  de  Drona 
et  de  moi,  il  eut  emporté  mes  habits  dans  le  combat, 
n’élait-ce  pas  une  preuve  suffisante  pour  toi?  4,457. 

i Auparavant,  lorsque,  dans  l’enlèvement  des  trou- 
peaux, il  a vaincu  Açwatthâman  au  grand  arc  et  le  Çarad- 
vatide.  n’était-ce  point  déjà  une  preuve  suffisante  pour 
toi?  4,458. 

» Après  qu’il  eut  triomphé  de  Karna,  toujours  arro- 
gant au  milieu  des  hommes,  quand  il  donna  son  habit  à 
Outtarà,  n’éiait-ce  point  déjà  une  preuve  sufiisante? 

» Quand  le  Prithide  vainquit  eu  bataille  les  Nivàtaka- 
vatchas,  invincibles  dans  un  combat  à Indra  lui-uième, 
n'était-ce  pas  une  preuve  suffisante  pour  toi  ? 

4,459—4,460. 

» Qui  est  capable  de  vaincre  dans  un  combat  ce  Pàn- 
douide,  que  sa  fougue  n’abandonne  jamais,  qui  a pour 
son  défenseur  le  protecteur  du  monde  lui-même,  le  Dieu, 
qui  porte  la  massue,  le  tchakra  et  la  conque?  4,461. 

» Le  Vasoudévide,  la  puissance  infinie,  la  cause  de  la 
destruction  et  de  la  création,  le  seigneur  de  tontes  choses, 


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LE  MAHA-BH  ARATA. 


m 

le  Dieu  des  Dieux,  l’Ame  suprême,  l’Éternel!  4,462. 

a 11  est  dit  nombre  de  fois,  sire,  par  Nârada  et  les 
autres  grands  maliarshis;  mais  toi,  Souyodhana,  dans 
ton  délire,  tu  ne  sais  pas  ce  qu’il  en  faut  dire  ou  taire. 

» L’homme,  qui  va  mourir,  voit  tous  les  arbres  d’or  : 
ainsi  toi,  fils  de  Gândhârî,  tu  vois  toutes  les  choses  à l’en- 
vers. 4,463— 4,404. 

» Puisque  tu  as  engagé  une  grande  inimitié,  avec  les 
Pândouides  et  les  Srindjayas,  combats-les  aujourd’hui  en 
bataille  : voyons!  sois  un  homme  de  cœur.  4,465. 

» Et  moi,  j’immolerai,  tigre  des  hommes,  tous  les 
Soinakas  et  les  Pintchàlains  réunis,  excepté  Çikhandl. 

» Succombant  sous  leurs  coups,  je  descendrai  aux  de- 
meures d'Yama,  ou,  victorieux  de  ces  hommes  dans  le 
combat,  je  pourrai  te  causer  de  la  satisfaction. 

» En  effet,  jadis  née  femme  dans  le  paiais  d’un  roi, 
Çikhandî  est  devenu  un  homme  par  l’effet  d’une  grâce 
particulière  ; mais  ce  Çikhandl  n’eu  est  pas  moins  une 
femme!  4,466—4,407 — 4,468. 

» Je  ne  le  tuerui  pas,  fils  de  Bharata,  au  prix  même  de 
ma  vie;  car  le  créateur  a d’abord  créé  lui-même  Çikhan- 
dini  avec  le  sexe  de  la  femme.  4,469. 

« Dors  en  paix,  fils  de  Gàndharî  ; demain,  je  livrerai 
un  grand  combat,  que  les  hommes  raconteront  tant  que  la 
terre  subsistera.  » 4,470. 

A ces  mots,  ton  fils  sortit,  monarque  des  hommes  ; et, 
quand  il  eut  incliné  sa  tête  devant  le  vieillard,  il  retourna 
vers  son  quartier.  4,471. 

Dès  qu’il  fut  arrivé  et  qu’il  eut  congédié  sa  nombreuse 
escorte,  le  royal  destructeur  des  ennemis  entra  précipi- 
tamment dans  sa  demeure.  4,472. 


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BHISHMA-PARV\. 


447 


Là,  il  passa  la  nuit  ; et  le  matin,  s’étant  levé  aux  pre- 
mières lueurs  du  jour,  le  monarque  donna  ses  ordres  aux 
rois:  * Rassemblez  l’armée,  dit-il  : aujourd'hui,  Bhishma 
irrité  fera  mordre  la  poussière  aux  Soniakas  dans  le 
combat!  » 4.473 — 4.474. 

Aussitôt  qu’on  eut  entendu  ces  paroles  de  Douryodhana, 
la  nuit  fut  remplie  d’un  vaste  gémissement  (1).  Lui,  pen- 
sant que  c’était,  sire,  comme  un  refus  de  sa  personne, 

Il  tomba  dans  un  profond  découragement  ; il  blâma  la 
lâcheté  des  autres  (*2)  ; il  réfléchit  long-temps  : « Le  fils  de 
Çàntanou  a le  désir  d’engager  un  combat  avec  Arjouna  ! « 

4,475—  4,476. 

Douryodhana,  ayant  connu  par  ses  gestes  que  c’était, 
grand  roi,  la  pensée  du  fils  de  la  Gangà  (3),  stimula  en  ces 
ternies  Douççàsana  : 4,477. 

« Que  les  chars,  gardiens  de  Bhishma,  se  rassemblent 
au  plus  vite,  Douççàsana  ! Donne  l’ordre  aux  vingt  ar- 
mées, à toutes  les  armées  elles-mêmes.  4,478. 

» Il  est  venu,  le  temps  de  ce  qu’on  pensait  depuis  un 
grand  nombre  d’années  : la  mort  des  Pàndouides  avec 
leurs  guerriers,  et  Tari  ivée  du  royaume  dans  nos  mains. 

a Ce  qu’il  y a de  plus  important  à faire,  c'est,  à mon 
avis,  de  sauver  Bhishma , en  effet,  sauvé  par  nous,  il  sera 
notre  compagnon  et  tuera  les  fils  de  Pândou,  dans  la 
guerre.  4,479 — 4,480. 

» 11  a dit,  cet  homme  à l’âme  pure  : « Je  n’immolerai 
pas  Çikhandi  ; car,  avant  d’ètre  un  homme,  sire,  il  était 
une  femme  : ainsi,  je  dois  l’épargner  dans  la  bataille. 

(1—2—3)  Tout  ceci  parait  fort  décousu  et  n'a  pas  un  grand  lien  avec  ce 
qui  précédé. 


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44  8 


LE  MAHA-BHARATA. 


» Le  monde  sait  que  jadis,  par  le  désir  de  faire  une 
chose  agréable  à mon  père,  j’ai  renoncé,  guerrier  aux 
longs  bras,  à son  opulent  royaume  et  à C amour  des 
femmes.  4,481 — 4,48*2. 

» Je  ne  tuerai  d'aucune  manière  une  femme,  dans  la 
guerre,  ni  jamais  l’homme,  qui,  avant  de  l’être,  fut  une 
femme  ; je  te  dis  la  vérité,  ô le  meilleur  des  hommes. 

» Tu  sais  que  ce  Çikhandî  fut  jadis  une  femme,  sire  ; 
je  t’ai  raconté  ce  qu'était  Çikhandî  au  temps  de  mon  au- 
dacieuse entreprise.  4,483 — 4,484. 

« Il  est  devenu  un  homme,  après  qu’il  eut  été  unejeune 
fille:  il  me  combattra,  mais  je  ne  décocherai  nullement 
des  flèches  en  sa  présence.  4,485. 

» II  est  des  kshatryas  parmi  les  Pândouides,  mon  fils, 
qui  désirent  la  victoire  dans  le  combat  ; j’immolerai  tous 
ceux,  qui  se  présenteront  à moi,  sur  le  front  de  la  ba- 
taille. » 4,486. 

v C’est  ainsi  que  m’a  parlé  le  plus  excellent  des  Bha- 
ratides,  ce  fils  de  la  Gangâ,  qui  sait  les  Traités  ; je  pense 
donc  ici  qu'il  faut  mettre  tout  son  cœur  à sauver  le  fils  de 
la  Gangà  lui-même.  4,487. 

» Le  loup  tuera,  dans  un  grand  combat,  le  lion,  s’il 
n’est  pas  gardé  : ne  laissons  pas  tuer  notre  lion,  le  fils  de 
la  Gangâ,  par  ce  loup  de  Çikhandî  ! 4,488. 

» Que  Çakouni,  mon  oncle,  Çalya,  Rripa,  Drona  et 
Vivinçati  défendent,  de  tous  leurs  efforts,  le  fils  de  la 
Gangà  ; cette  défense  nous  assure  la  victoire.  » 4,489. 

Aussitôt  qu’ils  eurent  tous  entendu  ces  paroles  de  I)ou- 
ryodhana,  ils  entourèrent  de  tous  côtés  le  fils  de  la  Gangâ 
avec  une  multitude  de  chars.  4,490. 

Quand  tes  fils  eurent  environné  le  Çàntanouide,  ils  s’a- 


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BBISHMA-PARVA. 


449 

vancèrent  alors,  ébranlant  le  ciel  et  la  terre,  jetant  le 
trouble  au  cœur  des  Pàndouides.  4,491. 

Les  grands  héros,  cuirassés,  le  pied  ferme,  avaient 
formé  autour  de  Bhishma  dans  le  combat  un  cercle  de 
chars  et  d’éléphants  bien  rangés.  4,492. 

Tous,  ils  se  tenaient,  veillant  à la  défense  de  ce  héros  : 
tels,  dans  la  guerre  des  Asouraset  des  Dieux,  lesTridaças 
protégeaient  le  Dieu,  qui  tient  la  foudre.  4,493. 

Le  roi  Douryodhana  adressa  de  nouveau  la  parole  à son 
frère  : « Youdhâmanyou  occupe  l'aile  gauche,  Outta- 
„ inàaudjas  tient  l'aile  droite.  4,494. 

» Ces  deux  guerriers  défendent  Arjouna,  qui  défend 
lui-même  Çikhandl.  Protégé  par  ce  fils  de  Prithà,  Çikhandl 
est  donc  à l'abri  de  nos  coups.  4,495. 

» Agis  de  manière,  Douççàsana,  qu'il  ne  poisse  immoler 
Bhishma.  » Dès  qu’il  eut  entendu  la  parole  de  son  frère, 
Douççàsana.  ton  fils,  4,496. 

Ayant  placé  Bhishma  devant  lui,  se  mit  en  marche  avec 
l'armée.  Lorsqu’il  vit  Bhishma  environné  d’une  multitude 
de  chars,  4.497. 

Arjouna,  le  plus  excellent  des  maîtres  de  chars,  dit  cçs 
mots  à Dhrishtadyoumna  : « Mets  devant  Bhishma,  sire, 
Çikhandl,  le  tigre  des  hommes  : c’est  moi,  qui  aujour- 
d'hui, Pàntchàlain,  me  charge  de  sa  défense  ! ■> 

4,498—4,499. 

Alors  Bhishma,  le  fils  de  Çàntanou,  sortit  avec  l’armée: 
il  fit  une  vaste  disposition,  heureuse  de  tous  les  côtés, 
pour  lui-même.  4,500. 

K. ripa,  Kritavarman,  Çatvya  au  grand  char,  Çakouni, 
le  Sindhien  et  le  roi  de  Rambodje,  distingué  par  son  hu- 
manité ; 4,501. 

vu  29 


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LE  MAHA-BHARATA. 


4M) 

Tous,  accompagnés  de  Bhtshina  et  de  tes  fils,  rejeton 
de  Bharata,  se  tenaient  à la  tête  de  cet  ordre  de  bataille, 
en  avant  de  tous  les  guerriers.  4, .'>02. 

Drona,  Bhoûriçravas,  Çalya  et  Bhagadatta,  revêtus  de 
la  cuirasse,  vénérable  monarque,  étaient  placés  à l'aile 
droite  de  cet  arrangement  mil. taire.  4,503. 

AçvatthAman,  Somadatta  et  les  deux  grands  héros 
d'Avanti,  suivis  d'une  nombreuse  armée,  défendaient 
l’aile  gauche.  4,504. 

Dourvodhana,  environné  de  touscôtéspar  lesTrigarttas, 
était  placé,  grand  roi,  au  milieu  de  cet  ordre  de  bataille, 
contre  les  fils  de  Pàndou.  4,505. 

Revêtus  de  la  cuirasse,  Alambousha,  le  plus  excellent 
des  maîtres  de  chars,  et  le  grand  héros  Qroutâyoush,  sui- 
vaient par-derrière  toutes  les  armées  de  cet  ordre  de  ba- 
taille. 4,500. 

Quand  ils  eurent  ainsi  disposé  alors  cet  arrangement  de 
guerre,  on  voyait  les  tiens  sous  leurs  armures  incendier 
comme  le  feu.  4,507. 

Ensuite,  le  roi  Youdhishthira,  le  Pândouide  Bhtmaséna, 
JSakoula  et  Sahadéva,  les  deux  fils  jumeaux  de  Mâdrl, 

Se  placèrent,  la  cu  rasse  endossée,  en  avant  de  toutes 
les  armées,  dans  leur  ordre  de  bataille.  Dhrishtadyounma, 
Viràta  et  le  grand  héros  Sàtyaki%  4,508—4,500. 

Tous  destructeurs  des  armées  ennemies,  se  tinrent,  en- 
vironnés d'une  nombreuse  armée.  Çikhandt,  Vidjaya,  le 
Raksbasa  Ghatotkasha,  4,510. 

Tchékilàna  aux  longs  hras  et  le  vigoureux  Kountibhodja 
parurent  dans  ce  combat,  grand  roi,  entourés  d'une 
grande  armée.  4,511. 

Ahhimanvou  au  grand  arc,  et  le  héros  Viràta.  et  les  cinq 


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BH1SHMA-PAKVA. 


451 


frênes  Kaikéyains  avaient  endossé  leur  armure  pour  le 
sombat.  4,512. 

C’est  ainsi  que  les  héroïques  fils  de  Pândou,  s'étant  re- 
vêtus delà  cuirasse  pour  la  bataille,  opposèrent  un  grand 
ordre  invincible  de  bataille  à l’arrangement  de  guerre  des 
ennemis.  4,513. 

Les  monarques  de  ton  parti,  déployant  leurs  efforts 
dans  le  combat,  chacun  avec  son  armée,  s'avancèrent, 
sire,  ayant  mis  Bhlshma  à leur  tête,  contre  les  fils  de 
Prithà.  4,514. 

Désireux  de  combattre  Bhlshma  et  de  remporter  sur  lui 
une  victoire  dans  la  bataille,  les  Pàndouides,  seigneur, 
marchaient  sous  la  conduite  de  Bhhnaséna.  4,515. 

Les  bourdonnements,  les  murmures  de  plaisir,  le  bruit 
des  scies,  le  son  des  cornes  de  taureaux,  les  tambours,  les 
tambourins  et  les  panavas  taisaient  résonner  les  contrées 
d'alentour.  4.51b. 

Les  Pàndouides  s'approchèrent,  poussant  descris  épou- 
vantables, au  retentissement  des  tambours,  des  conques, 
des  tambourins  et  des  tympanons.  4,517. 

Vigoureux,  ils  jetèrent  des  clameurs  avec  différents  cris 
de  guerre  ; nous  répondîmes  à leurs  voix,  et  nous  mar- 
châmes vers  eux  d'un  pied  hâté.  4,518. 

• Tout  à coup,  dans  leur  muturlh  colère,  s’éleva  un  grand 
tumulte,  et  courant  les  uns  sur  les  autres,  ils  commen- 
cèrent le  combat.  4,519. 

Toute  la  terre  fut  ébranlée  par  ce  bruit  immense  ; les 
oiseaux  voltigeaient  en  rond,  annonçantun  vaste  désastre. 

Sorti  éclatant  de  l’horizon,  le  soleil  devint  sans  lumière; 
les  vents  souillaient  confus,  prédisant  un  énorme  danger. 

4,520—4,5.21. 


m 


LK  MAHA-BHARATA. 


Sans  voix  e (Trayante  jusque-là,  soudain  les  chacals 
hurlent  d’une  façon,  qui  épouvante,  annonçant,  puissant 
roi,  que  l'heure  de  ce  grand  carnage  est  arrivée.  4.522. 

Les  plagrs  du  ciel  s’illuminent  d’éclairs  ; il  tombe  une 
averse  de  poussière  et  une  pluie  d'os,  mêlée  avec  du  sang. 

L'eau  coule  des  yeux  du  coursier,  qui  pleure,  et,  l’air 
pensif,  monarque  des  hommes,  ils  laissent  échapper  l’u- 
rine à chaque  instant.  4,523—4,524. 

On  entend  de  grandes  voix,  dont  la  cause  est  invisible: 
ce  sont  des  Rakshasas,  mangeurs  d’hommes,  qui  poussent 
des  cris  épouvantables.  4,525. 

On  voit  se  rassembler  des  chacals  et  de  robustes  (1) 
corneilles  ; on  entend  des  chiens,  qui  aboient  avec  divers 
hurlements.  4,520. 

Il  tombe  tout  à coup  du  ciel  sur  la  terre  de  grands 
météores  ignés,  dont  l’éclat  eflace  le  soleil  et  qui  annoncent 
un  immense  danger.  4,527. 

Ensuite,  les  deux  nombreuses  armées  des  Dhritarâsh- 
trides  et  des  fils  de  Pândou  s’ébranlèrent  au  milieu  de 
cette  vaste  inimitié,  comme  de3  forêts  agitées  par  le  vent. 

Dans  cet  instant  malheureux,  ce  fut,  sortant  de  ces  ar- 
mées, l’une  avec  l’autre  engagées  et  remplies  de  coursiers, 
d’éléphants  et  de  monarques,  une  horreur  tumultueuse, 
de  même  que  des  mers  soulevées  par  l’ouragan. 

4,528-4,529. 

Le  généreux  Abhitflanyou,  semant  ses  pluies  de  flèches, 
comme  un  nuage  les  gouttes  d’eau,  fondit  impétueusement, 
avec  ses  chevaux  bruns  et  très-excellents,  sur  la  grande 
armée  de  Doui  yodhana.  Les  tiens,  lils  de  Kourou,  ne 

(lj  •Explication  du  commentaire. 


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BHISHMA-PARV4. 


A63 


purent  arrêter,  dans  le  champ  du  combat,  ce  Soubhadride 
irrité,  l'immolateur  impérissable  des  ennemis,  qui  se 
plongeait  dans  cet  océau  d'armées  aux  ondes  de  flèches. 

4,530—4,531—4,532. 

Décochés  de  sa  main,  dans  la  bataille,  sire,  les  traits 
destructeurs  des  ennemis  précipitaient,  dans  l’habitation 
du  roi  des  morts,  les  héros  kshatryas.  4,533. 

Le  Soubhadride  envoyait  avec  colère  au  milieu  du  com- 
bat ses  dards  épouvantables,  pareils  à des  serpents  en- 
flammés et  s mblables  au  bâton  de  la  Mort.  4,534. 

Le  Phàlgounide  brisait  tout  à coup  les  chars  avec  leurs 
maîtres,  les  chevaux  avec  les  cavaliers,  les  éléphants  avec 
ceux,  qui  les  montaient.  4,535. 

Les  monarques  applaudirent  à ces  grands  exploits  dans 
la  bataille,  et  vantèrent  avec  admiration  l’Arjounide,  qui 
les  accomplissait.  4,530. 

Le  Soubhadride  mit  en  fuite  ces  armées  à tous  les  points 
de  l'espace,  tel  que  le  vent,  fils  de  Bharata,  emporte  un 
monceau  de  coton  au  milieu  des  airs.  4,537. 

Les  armées,  qu’il  avait  dispersées  en  déroute,  ne  trou- 
vèrent pas  un  sauveur,  comme  des  éléphants  plongés  dans 
un  bourbier.  4,538. 

Quand  il  eut  fait  tourner  le  dos  à toutes  tes  armées, 
Abhimanyou  se  tint,  ô le  plus  grand  des  hommes,  flam- 
boyant comme  un  feu  sans  fumée.  4,530. 

Les  tiens  ne  purent  résister  à ce  destructeur  des  enne- 
mis, comme  des  sauterelles,  que  pousse  la  mort,  ne  le 
peuvent  à un  feu  embrâsé.  4,540. 

Le  grand  héros  au  grand  arc  des  Pàndouides  se  montra, 
décochant  ses  traits  à tous  les  ennemis,  comme  Indra, 
armé  de  sa  foudre.  4,541. 


LE  MAHA-BHARATA. 


464 

On  vit  son  arc  au  dos  en  or  parcourir  les  points  de  l'es- 
pace, tels  que.  de  brûlants  éclairs  dans  les  nuages.  4,542. 

Ses  flèches  aiguës,  ivrps  de  sang,  sortaient  de  son  arme 
dans  ce  combat  , de  même  que  des  essaims  d'abeilles  sortent 
d'une  forêt  aux  arbres  fleuri1».  6,543. 

On  ne  vit  pas  un  temps  d’arrêt  en  ce  magnanime  Sou- 
bhadride,  qui  s'avançait  avec  son  char  aux  membres  d’or. 

Le  héros,  quand  il  eut  jeté  le  délire  en  Kripa,  Drona, 
le  Dronide  à l’immense  vigueur  et  le  Sindhien,  se  promena 
avec  courage  et  légèreté.  6,544  — A, 545. 

Je  vois  encore  son  arc,  dont  il  a fait  un  cercle,  semblable 
au  disque  du  soleil,  fils  de  Bharata,  tandis  qu'il  consume 
ton  armée.  4,54< }. 

Quand  les  vaillants  kshatryas  eurent  vu  l'impétueux 
guerrier  dévorer  les  soldats,  ses  prouesses  leur  donnèrent 
à penser  que  ce  monde  avait  deux  Phàigounas.  4,547. 

Maltraité  par  lui,  cette  grande  armée  Bharatienne  va- 
cillait çà  et  là,  comme  une  femme  sous  le  pouvoir  de  l'i- 
vresse. 4,548. 

Lorsqu’il  eut  mis  en  fuite  la  nombreuse  armée,  jeté  l’é- 
branlement au  coeur  des  fameux  héros,  il  réjouit  ses  amis, 
tel  qu’lndra  lui-même,  victorieux  de  Maya.  4,569. 

Mises  en  déroute  par  lui,  tes  armées  poussèrent  des  cris 
épouvantables  de  détresse,  pareils  au  bruit  du  nuage. 

Aussitôt  qu’il  eut  ouï  ton  armée  , Bharatide , jeter  ces 
effrayantes  clameurs,  de  même  qu'une  mer,  dont  la  fougue 
est  soulevée  par  le  veut,  4,550—4,551. 

Douryodhana,  sire,  dit  alors  à Alumbousha , le  lils  de 
Rishyaçriuga  : « C.e  fils  de  Krishna,  guerrier  aux  longs 
bras,  tel  qu’un  second  l’hàlgouna,  met  en  fuite  dans  sa 
colère  mon  armée  devant  lui  seul,  comme  Vritra  disper- 


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BHISHMA-PARVA. 


*155 


sait  l'armée  des  Dieux.  Je  ne  vois  pas  de  remède  salutaire 
contre  lui,  si  ce  n’est  toi,  ô le  plus  excellent  des  Raksha- 
sas,  qui  es  parvenu  dans  toutes  les  sciences  à la  rive  ul- 
térieure. Précipite  ta  marche,  et,  dans  le  combat,  immole 
cet  héroïque  Soubhadride.  4,552 — 4,553 — 4,554. 

» Nous,  en  même  temps,  Bhishma  et  Drona  à notre 
tête,  nous  ferons  mordre  la  poussière  au  fils  de  Prilhâ.  » 
A ces  mots,  l’auguste  et  vigoureux  Indra  des  Raksha- 
sas,  4,555. 

Jetant  -,n  vaste  cri  comme  un  nuage  dans  la  saison  des 
pluies,  s'avança  d'une  marche  précipitée  dans  le  combat, 
suivant  l'ordre  de  ton  (ils.  4,556. 

A cette  immense  clameur  , la  grande  armée  des  Pàu- 
douides  vacilla  de  tous  les  côtés,  sire,  comme  une  me 
bouleversée  par  le  vent.  A, 557. 

Épouvantés  par  son  cri , puissant  roi,  de  nombreux 
guerriers,  abandonnant  leur  existence  chérie,  tombèrent 
sur  le  sol  de  la  terre.  4,558. 

Mais  l’Arjounide,  rempli  de  joie,  saisissant  un  arc  avec 
des  flèches,  marcha  à la  rencontre  de  ce  Rakshasa,  comme 
s’il  eut  dansé  sur  la  surface  de  son  char.  4,559. 

Quoiqu’il  fût  arrivé  près  du  fils  d'Arjouna  dans  le  com- 
bat, le  Rakshasa  irrité  fondit  sur  son  armée,  qui  se  tenait 
non  très-loin  de  là.  4,56(». 

Tel  que  Bala  courut  sur  l’armée  des  Dieux , tel  ce  Rak- 
shasa s'élança  combattre  la  nombreuse  armée  des  Pàn- 
douides,  battue  d’une  égale  manière.  4,561. 

Le  DérnoD  aux  formes  épouvantables  accomplit,  véné- 
rable monarque,  une  bien  grande  destruction  de  cette  ar- 
mée, qu'il  défit  dans  le  combat.  4.562. 

Le  Rakshasa,  étalant  aux  yeux  sou  courage,  fondit  pour 


LE  MAHA-BHARATA. 


456 

combattre  sur  la  grande  armée  des  Pândouides  avec  des 
milliers  de  flèches.  4,563. 

Maltraitée  ainsi  par  le  terrible  Rakshasa,  l'armée  des 
fils  de  P'indou  s’enfuit,  chassée  par  une  froide  épouvante. 

Dès  qu’il  eut  broyé  ces  troupes,  de  même  qu’un  élé- 
phant foule  aux  pieds  un  champ  de  lotus,  le  guerrier  à la 
grande  vigueur  fondit  sur  les  cinq  fils  de  Draâupadl. 

4,564  — 4,565. 

Ces  combattants  au  grand  arc,  irrités  de  son  attaque, 
s'élancèrent,  les  armes  à la  main  (1),  sur  le  Démon, 
comme  cinq  Ràlioûs  se  précipiteraient  sur  le  soleil.  4,566. 

L'excellent  Rakshasa  fut  accablé  par  ces  héros  vigou- 
reux, telle  qu'à  la  destruction  formidable  d’un  youga  , la 
lune  opprimée  par  cinq  Génies  de  l’éclipse.  4,567. 

Prativindhya  à l'éminente  vigueur  frappa  tout  à coup 
le  Démon  av<  c ses  flèches  acérées,  avec  des  armes  toutes 
de  fer  à la  pointe  non  paresseuse.  4,568. 

Lacuir-sse  fendue  par  elle,  le  plus  grand  desRakshasas 
br'lla,  tel  qu’un  vaste  nuage  cousu  avec  les  rayons  du  so- 
leil. 4,569. 

Le  fils  de  Rishyaçringa  resplendit  a’ors,  sire,  de  ces 
flèches  associées  et  revêtues  d’or,  à l'instar  d'une  montagne 
à la  cime  enflammée.  4,570. 

Puis,  les  cinq  frères  de  blesser  dans  ce  grand  combat 
l’Indra  des  Rakshasas  avec  des  traits  aigus,  ornés 
d’or.  4,571. 

Percé  de  ces  dards  effrayants,  semblables  à des  ser- 
pents irrités,  sire,  Alambousha  se  livra  à la  plus  ardente 
colère,  comme  un  roi  des  serpents  bons.  4,572. 


i;  Sankhyai. 


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BHISHM  A-PARVA. 


467 


Profondément  blessé,  accablé  par  ces,  fameux  héros,  il 
tomba  environ  une  heure,  auguste  roi,  dans  une  grande 
obscuiité  de  l’esprit  4,573. 

Enfin,  ayant  recouvré  la  connaissance  et  la  colère  dou- 
blant ses  forces,  il  trancha  leurs  flèches,  leurs  drapeaux 
et  leurs  arcs.  4,574. 

L'héroïque  Alambousha  , meurtrier  des  rois,  blessa 
chacun  d’eux  avec  cinq  flèches,  en  riant  et  comme  s’il 
dansait  sur  la  surface  de  son  char.  4,575. 

Le  vigoureux  Rakshasa  irrité,  d’une  main  hâtée  et  pleine 
de  fureur, tua  les  chevaux  et  les  cochers  de  ces  magna- 
nimes. 4,576. 

De  plus,  il  les  blessa  eux-mêmes  avec  des  traits  aigus 
aux  nombreuses  formes  variées,  qu’il  décocha  par  cen- 
taines et  par  milliers.  4,577. 

C.ela  fait,  ce  rôdeur  de  nuit,  désireux  de  leur  donner  la 
mort,  courut  avec  impétuosité  sur  ces  héros  , qu’il  avait 
réduits  sans  char.  4,578. 

Aussitôt  que  le'fils  d’Arjouna  les  vit  maltraités  dans  le 
combat  par  ce  Démon  à l’âme  cruelle,  il  fondit  lui-même 
sur  le  Raksasha.  4,579. 

La  bataille  entre  ces  deux  guerriers  ut  alors  semblable 
à celle  de  Çakra  et  de  Vritra.  Tous  les  tiens  et  les  fameux 
héros  Pàndouides  virent  ces  deux  braves  à la  grande  vi- 
gueur, enflammés  de  colère,  engagés  dans  un  violent  com- 
bat l’un  avec  l’autre.  Ils  se  jetèrent  mutuellement  des  re- 
gards rouges  de  fureur,  pareils  dans  cette  bataille,  puis- 
sant roi,  au  feu  de  la  mort.  La  rencontre  de  ces  deux 
héros  fut  épouvantable,  au  lever  terrible  ettelle  que  jadis, 
dans  la  guerre  des  Asouras  et  des  Dieux,  celle  d’Indra  et 
de  Çambara.  4,580 — 4,581—4,582 — 4,583. 


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A58 


LE  MAHA-BHARATA. 


« Comment,  Sandjaya  (i),  s’enquit  übritarâahtra , 
comment  Alambousha  a-t-il  combattu  l’héroïque  Arjou- 
nide,  qui  immolait  les  grands  héros  dans  le  combat? 

«Comment  le  Soubhadride,  immolateur  des  ennemis, a- 
t-il  soutenu  un  combat  à l’encontre  du  fils  de  Rishya- 
çringa?  Raconte-moi  cela,  suivant  la  vérité,  dans  toutes 
les  circonstances  ! A.58A — A, 585. 

» Ou  Bhtma,  le  plus  excellent  des  maîtres  de  chars?  ou 
le  Rakshasa  Ghatotkatcha?  ou  Nakoula  et  Sahadéva?  ou 
le  héros  Satyaki?  A, 580. 

» .Narre-moi  cela  dans  la  vérité  ; tu  es  habile,  San- 
djaya! Que  fit.Dhanandjaya  à monarméedanslecombat?» 

Eh  bien  ! je  vais  te  raconter,  auguste  roi.  lui  répondit 
Sandjaya,  comment  s’est  déroulée  cette  horripilante  ba- 
taille de  l'indra  des  Rakshasas  et  du  fils  du  Soubhadrâ; 

A, 587 — A, 588. 

Quels  exploits  accomplirent  dans  le  combat  Arjouna  et 
le  Pàndouide  Bhlmaséna,  Nakoula  et  Sahadéva.  A, 589. 

De  même  tous  les  tiens,  sous  la  conduite  de  Bhishmaet 
de  Drona,  ont  exécuté  sans  terreur  différentes  prouesses 
admirables.  A, 590. 

Quand  Alambousha  eut  proféré  un  immense  cri  et  me- 
nacé à plusieurs  fois  l'héroïque  Arjouna  dans  la  bataille, 

11  courut  avec  impétuosité  et  lui  cria  : n Arrête  ! arrête 
là  ! » Abhimanyou  avec  la  même  fougue  poussa  mainte 
fois  un  rugissement  de  lion,  A, 591— A, 592. 

Et  fondit  sur  le  héros  fils  de  llishyaçringa,  entre  qui 
et  son  père  subsistait  une  excessive  inimitié.  Ensuite,  ces 
deux  meilleurs  des  maîtres  de  char,  le  Démon  et  l’homme 

(1)  Texte  de  Bombay,  corrigeant  celui  de  Calcutta,  qui  écrit  mal  à pro* 
po>  : Bhârata. 


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BHISHM  A-PARV  A. 


46» 

se  hâtèrent  d’-eng-ger  leurs  chars,  corame  un  Dieu  et  un 
Dànava,  le  magicien,  le  plus  grand  des  Rakshasas,  et  le 
Pbàlgounide,  qui  savait  les  astras  divins.  4,593—4,594. 

Celui-ci,  ayant  blessé  de  trois  flèches  acérées  le  (ils  de 
llishyaçringa  dans  le  combat,  puissant  roi,  le  perça  de 
rechef  avec  cinq.  4,685. 

Alambousha  lui-même  irrité  frappa  d’un  coup  rapide  le 
Krishnide  au  cœur  avec  neuf  flèches,  comme  on  frappe 
un  grand  éléphant  avec  l’aiguillon.  4,590. 

Puis,  le  rôdeur  de  nuit  à la  main  prompte  accabla  d’un 
millier  de  traits,  fihar«tide,  le  (ils  d'Arjouna  dans  ce 
combat.  4,597. 

Abhiumnyou  en  colère  blessa  l’Indra  des  Rakshasas 
dans  sa  large  poitrine  avec  neuf  dards  aigus  aux  nœuds 
inclinés.  4,590. 

Ces  flèches  transpercèrent  les  articulations  et  péné- 
trèrent dans  son  corps.  Alors,  tous  ses  membres  fendus,  le 
géant  Rakshasa  brillait,  sire,  tel  qu’une  montagne  cou- 
verts de  kinçoukas  en  fleurs  ; et,  portant  ces  traits  em- 
pennés d’or,  le  plus  excellent  des  Rakshasas  à la  grande 
force  resplendissait  à l’instar  d’une  montagne,  qui  jette 
des  flammes.  Ensuite,  plein  de  ressentiment  et  de  colère, 
le  (ils  de  Rishyaçringa,  puissant  roi,  4,599-4,000-4,601. 

Couvrit  de  flèches  le  Krishnide,  semblable  ^Mahéndra. 
Lancés  de  sa  main,  ces  dards  aigus,  pareils  au  bâton 
d’Yama,  4,602. 

Entrèrent  dans  le  sein  de  la  terre,  après  qu’ils  eurent 
percé  Abhimanyou  ; et  les  traits  décorés  d’or,  que  déco- 
chait celui-ci,  4,003. 

Ayant  blessé  Alambousha,  s’enfoncèrent  également  dans 
le  sol  de  la  terre.  Attaquant  le  Rakshasa  avec  des  flèches 


460 


LE  MAHA-BHARATA. 


aux  nœuds  inclinés,  le  Soubhadride  força  l'ennemi  à dé- 
tourner la  tête  dans  le  combat,  comme  Indra  fit  pour 
Maya.  Puis,  contraint  de  fuir  et  blessé  par  son  rival  dans 
la  bataille,  le  Démon,  4,604— 4,605. 

Qui  tourmentait  ses  ennemis  , donna  l'essor  à une 
grande  magie,  pleine  de  ténèbres.  Tous  furent  donc  en- 
veloppés d'obscurité,  souverain  de  la  terre.  4,606. 

Ils  ne  voyaient  dans  le  combat,  ni  Abhimanyou,  ni  les 
gens  de  leur  cause,  ni  les  ennemis.  A peine  le  rejeton  de 
Kourou,  Abhimanvou  eut-il  vu  cet  astra  bien  grand,  à la 
forme  épouvantable,  qu'il  déploya  soudain  l’astra  du  soleil, 
environné  de  lumière.  Alors,  monarque  de  la  terre,  le 
monde  entier  fut  illuminé  ; A ,007 — à, 608. 

Et  la  magie  du  Rakshasa  à l'âme  cruelle  fut  frappée 
d’impuissance.  Dans  sa  colère,  le  plus  grand  des  hommes 
à la  vaste  force  couvrit  de  flèches  aux  nœuds  inclinés 
l'indra  des  Rakshasas  dans  le  combat;  et  celui-ci  mit  en 
œuvre  une  foule  d'autres  magies,  4, 609— 4, 610. 

Mais  elles  furent  toutes  arrêtées  par  le  Phà'gounide  à 
l’âme  infinie,  qui  savait  tous  les  astras.  Sa  magie  détruite 
et  lui  blessé  par  les  flèches,  le  Rakshasa,  ayant  abandonné 
là  son  char,  se  mit  à fuir,  au  comble  de  la  crainte.  Quand 
il  eut  promptement  vaincu  ce  Démon,  qui  faisait  la  guerre 
avec  des  artifices,  4,611 — 4,612. 

L’Arjounide  broya  ton  armée  dans  ce  combat,  tel  qu’un 
roi  des  éléphants  sauvages,  aveuglé  par  le  mada,  foule 
aux  pieds  une  terre  humide,  revêtue  de  ses  lotus.  4,613. 

Aussitôt  que  Bhlshma,  le  fils  de  (’.ântanou,  vit  son  ar- 
mée en  déroute,  il  arrêta  le  Soubhadride  avec  une  forte 
averse  de  flèches;  4,614. 

Et  les  héros  Dkritaràshtrides,  ayant  pris  ce  brave  pour 


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KHISHVI  \-P\ll\A. 


461 

leur  unique  but,  tous  réunis  contre  lui  seul,  le  brisèrent 
fortement  de  leurs  traits  dans  la  bataille,  à, 615. 

Mais  le  plus  vaillant  des  maîtres  de  chars,  qui  avait  un 
courage  égal  à celui  de  son  père  et  qui  était  semblable  au 
Vasoudévide  pour  la  valeur  et  la  force,  4,616. 

Le  meilleur  de  tous  ceux,  qui  portent  les  armes,  accom- 
plit dans  ce  combat  des  exploits  variés,  pareils  à ceux  de 
son  père  et  de  son  oncle.  4,617. 

Alors  le  valeureux  Dhanaudjaya,  désireux  de  sauver 
son  fils,  s’approcha  de  lui  avec  colère,  en  immolant  tes 
guerriers  dans  le  combat.  4,618. 

Dévavrata,  ton  père,  sire,’  de  s’avancer,  prêt  à combat- 
tre, vers  le  Prithide,  tel  que  ftàhoû  vers  le  soleil.  4,619. 

Au  même  instant,  monarque  des  homtn  s,  tes  fils 
d’environner  Bliishma  avec  leurs  chevaux,  leurs  éléphants, 
leurs  chars,  et  de  le  protéger  de  tous  les  côtés.  4,620. 

Les  Pàndouides,  ayant  formé  un  cercle  autour  de  Dha- 
nandjava,  se  tinrent  aussi,  revêtus  de  leurs  cuiiasses, 
prêts  à un  grand  combat.  4,621. 

Ensuite,  le  Çaradvatide  couvrit  de  vingt-cinq  flèches, 
sire,  Arjouna,  qui  faisait  tète  à Bliishma.  4,622. 

Sàtyaki  marche  au  devant , pour  faire  une  chose 
agréable  au  Pàndo  iide,  et  le  blesse  «le  traits  aigus,  comme 
un  tigre,  qui  dévore  un  éléphant.  4,623. 

A son  tour,  doué  de  promptitude,  le  Gotamide  irrité 
perça  le  cœur  de  Màdhava  avec  neuf  flèches,  parées  des 
ailes  du  héron.  4.624. 

Çalnéya  en  colère  de  bander  rapidement  son  arc  et 
d'en  ocher  un  dard  léger,  qui  devait  porter  la  mort  au 
Gotamide.  4,625. 

Mais  soudain  le  Dronide  irrité,  au  comble  de  la  fureur, 


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462 


LE  MAHA-BHARATA. 


trancha  dans  son  vol,  en  deux  morceaux,  le  trait,  qui  avait 
une  splendeur  égale  à la  foudre  d'  ndra.  4,626. 

Çalnéva,  le  meilleur  des  maîtres  de  chars,  abandonne 
aussitôt  le  Gotamide,  et  fond  dans  le  combat  sur  Açvat- 
thâman,  comme  Râhoû  dans  le  ciel  sur  l’astre  des  nuits. 

Le  lils  de  Drona  coupa  en  deux  fragments  son  arc,  fils 
de  Bharata,  et  blessa  de  ses  flèches  le  guerrier  lui-même 
à l’arc  tranché.  4,627 — 4,628. 

Celui-ci  prit  un  nouvel  arc,  meurtrier  des  ennemis, 
capable  de  soutenir  un  fardeau,  puissant  roi,  et  lança  sur 
le  Dronide  soixante  traits  au  milieu  de  la  poitrine,  entre 
les  deux  bras.  4,629. 

Troublé  même  un  instant,  le  blessé  tomba  en  syncope, 
s’alTaissa  sur  le  banc  du  char  et  s'appuya  sur  la  hampe  de 
son  drapeau.  4,630. 

Dès  qu’il  eut  recouvré  la  connaissance,  l’auguste  fils  de 
Drona  irrité  frappa  dans  le  combat  le  Vrishnide,  avec  un 
n&r&tcha.  4,631. 

Quand  il  eut  percé  de  part  en  part  Çalnéva,  le  trait 
vigoureux  entra  dans  le  sein  de  la  terre  : tel  on  voit,  dans 
la  saison  du  printemps,  entrer  dans  un  trou  le  nourrisson 
d’un  serpent.  4,632. 

Armé  d’un  autre  bhalla,  le  Dronide  coupa  dans  le 
combat  le  superbe  drapeau  de  Mâdhava,  et  poussa  son 
cri  de  guerre.  4,633. 

Il  le  couvrit  encore,  Bharatide,  de  flèches  épouvan- 
tables, de  même  qu’à  la  (in  de  l'été  le  soleil  est  caché  par 
un  nuage.  4,634. 

Lorsque  Sâtyaki  eut  détruit  cette  grêle  de  traits,  ij 
inonda  rapidement  plusieurs  fois,  Mahàrâdja,  le  Orouide 
d'une  averse  de  flèches.  4,635. 


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BHJSHWA-PARVA. 


463 


L'immolateur  des  héros  ennemis,  Çatnéya  consuma  de 
sa  fureur  le  Dronide,  comme  le  soleil,  débarrassé  d'une 
masse  de  nuages.  4,636. 

Déployant  ses  efforts,  Sâtyaki  l’ensevelit  encore  sous 
un  millier  de  flèches,  et,  vigoureux,  il  poussa  un  cri  de 
victoire.  4,637. 

Aussitôt  qu’il  vit  son  fils  opprimé  comme  l’astre  des 
nuits,  que  dévore  le  Génie  de  l'éclipse,  l'auguste  Bhara- 
dwàdjide  fondit  sur  Çatnéva;  4,638. 

Et,  désirant  sauver  son  fils,  accablé  par  le  Vrishnide, 
sire,  il  frappa  celui-ci  dans  un  grand  combat  avec  un 
trait  des  plus  acérés.  4,636. 

Mais  Sàtvaki,  abandonnant  sa  lutte  avec  l’héroïque  fils 
de  l’instituteur  spirituel,  perça  1’  Ytchàryade  vingt  flèches 
toutes  de  fer.  4,640. 

Immédiatement  après  cela,  le  fléau  des  ennemis,  ce 
fameux  héros,  fils  de  Kounti,  à l'àme  incommensurable, 
fondit  avec  colère  sur  le  fils  de  Bharadwàdja.  4,641. 

Arjouna  et  Drona  en  vinrent  donc  aux  mains  dans  un 
grand  combat  : telles,  au  sein  des  cieux,  puissant  roi,  les 
planètes  de  Boudha  et  de  Çoukra.  4.642. 

u Comment  l’héroïque  Drona  et  le  Pândouide  Arjouna, 
ces  deux  éminents  hommes,  s'enquit  Dhritarâshlra,  en 
sont-ils  venus  à déployer  leurs  efforts  dans  le  combat? 

» Car  le  Pândouide  est  toujours  l’ami  du  sage  Bhara- 
dwâdjide,  et  l’Atchàrya  ne  cesse  pas,  malgré  le  combat, 
Sandjava,  d’ètre  l'ami  du  fils  de  Prithà.  4,643 — 4,644. 

» Comment  le  Bharadwàdjideet  Dhanandjaya,  ccs  deux 
maîtres  de  chars,  pleins  d’ardeur  en  la  guerre  et  pareils  à 
deux  lions  furieux,  en  sont-ils  venus  résolument  aux 
mains?  » 4.645. 


Lfc  A1AHA-BHARATA. 


464  ' 

Drona,  lui  répondit  Sandjaya,  ne  sait  plus  dans  le 
combat  que  le  Prithide  est  son  ami  ; et  celui-ci,  mettant 
le  devoir  du  kshatrya  avant  l'amitié,  ne  connaît  plus 
dans  la  bataille  l'instituteur  spirituel.  4,646. 

Les  kshatryas  ne  s’exceptent  pas  mutuellement  dans  la 
guerre;  en  effet,  ils  combattent  sans  réserve  avec  leurs 
frères,  avec  leurs  pères.  4,647. 

Drona  fut  blessé  de  trois  flèches  dans  le  combat  par  le 
Prithide,  et  il  ne  pensa  point  que  ces  dards  étaient  partis 
de  l’arc  du  fils  de.Prilhà.  4,648. 

Celui-ci  le  couvrit  encore  d’une  pluie  de  traits  dans  le 
combat,  et  il  flamboya  de  colère,  comme  un  feu  allumé 
danS  une  forêt.  4,648. 

Drona  lui- même  ne  tarda  guère,  Indra  des  rois,  à 
ensevelir  Arjouna  sous  des  flèches  aux  nœuds  inclinés. 

Le  roi  Douryodhana,  sire,  excita  Souçaruian  à prendre 
dans  ce  combat  l'arrière-garde  de  Drona. 

4,650-4,651. 

Fortement  irrité,  le  monarque  des  Trigarttains  leva  son 
arc,  et  couvrit  Pbàlgouna  de  traits  au  bec  de  fer.  4,652. 

Décochées  par  ces  deux  héros,  leurs  flèches  bridèrent 
au  sein  de  l’atmosphère,  puissant  roi,  telles  que,  dans  la 
saison  automnale,  des  cygnes  sur  le  fond  du  ciel.  4,653. 

Arrivés  au  corps  du  fils  de  Kouutl,  ces  dards  y en- 
trèrent de  tous  les  côtés,  seigneur,  comme  des  oisraux 
dans  un  arbre  délicieux,  courbé  sous  la  charge  des  fruits. 

Dès  qu'il  eut  proféré  son  cri  de  guerre,  le  meilleur  des 
maîtres  de  chars,  Arjouna  de  blesser  à coups  de  flèches 
dans  ce  combat  le  roi  des  Trigarttains  avec  son  fils. 

4,654 — 4,655. 

Frappés  par  le  fils  de  Kountî,  comme  par  Yama  à la 


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BHISHM  V-I’A  U VA. 


485 


destruction  d’un  youga,  ces  guerriers  s’avancèrent  vers 
lui,  résolus  à lui  donner  la  mort,  4, 650. 

Ils  firent  tomber  une  pluie  de  flèches  sur  le  char  du 
Prithide  ; mais  il  arrêta  de  tous  les  côtés  ce'.te  grêle  de 
trait>  par  ses  averses  de  projectiles.  A, 657. 

Il  la  reçut  de  même  qu’une  montagne  reçoit  une  pluie 
d’eau.  Nous  vîmes  en  ce  moment  la  merveilleuse  légèreté 
de  sa  main.  A.65S. 

Car,  seul,  il  arrêta,  comme  le  vent  arrête  une  masse 
de  nuages,  cette  insoutenable  averse  de  traits,  que  lui  en- 
voyait une  foule  de  combattants.  4,659. 

Cette  prouesse  du  (ils  de  Prithà  réjouit  les  Dieux  et 
les  Dànavas.  Sa  colère  allumée  contre  les  Trigarttains, 
Bharatide,  4,660. 

11  donna  l’essor  à l’astra  du  vent  en  tète  de  l’armée, 
grand  roi;  et  le  vent  de  s’élever  soudain,  I ouleversant  la 
plaine  des  deux,  4,661. 

Renversant  les  massifs  d’arbres  et  tuant  les  guerriers. 
Aussitôt  qu’il  eut  vu  cet  insoutenable  astra  du  vent,  Drona, 

Grand  roi,  se  hâta  de  lui  en  opposer  une  autre  épou- 
vantable, celui  des  montagnes.  Quand  le  Bharadwadjide 
souverain  des  hommes,  eut  produit  cette  illusion  dans  la 
bataille.  4,662 — 4,663. 

Le  vent  se  calma  et,  dans  les  dix  points  de  l’espace, 
régna  la  sérénité.  L’héroïque  fils  de  Pàndou  fit  tourner  le 
dos  à la  multitude  des  chars  du  Trigarltain,  qu’il  rendit 
sansefTorts,  sans  courage.  Ensuite  Douryodhana  et  Kripa, 
le  plus  excellent  des  maîtres  de  chars,  4,664 — 4,665. 

Açvatthâman,  Çalya  et  le  roi  de  kàmbodje,  distingué 
par  sa  politesse , Vinda  et  Anouvinda,  les  deux  rois 
d’Avanti,  et  Vâhlika  avec  les  Vàhlikàins  4,666. 

Vit 


30 


m 


LE  MAHA-BHARATA. 


Fermèrent  le8  plages  du  ciel  au  Prithide  avec  une 
grande  multitude  de  chars.  Ainsi  Bhagadatta  et  Çrou- 
tâyoush  à la  grande  vigueur  4,667. 

Obstruèrent  à Bhlmaséna  ces  mêmes  plages  avec  une 
armée  d’éléphants.  Bhoûriçravas,  Çalya  et  le  Soubalide 
même,  roi  des  hommes,  4,668. 

Arrêtèrent  les  deux  (ils  de  Màdrl  avec  des  multitudes 
de  flèches  luisantes,  acérées.  Bhishma,  s'étant  approché 
dans  ce  combat,  accompagné  des  Dhritaràshtrides  avec 
leurs  guerriers,  enferma  de  tous  les  côtés  Youdhishthira. 
Le  héros  fils  de  Prithâ,  le  plus  excellent  des  maîtres  de 
chars,  Bhima-Vrikaudara,  voyant  accourir  cette  armée 
d’éléphants,  se  mit  à lécher  les  angles  de  sa  bouche, 
comme  un  lion,  roi  des  animaux , dans  une  forêt,  et  saisit 
une  massue  dans  celte  grande  bataille. 

4,669—4,670—4,671. 

Il  sauta  précipitamment  à bas  de  son  char  et  courut 
au-devant  de  ton  irmée.  Dès  qu’ils  le  virent,  sa  massue  à 
la  main,  les  guerriers,  montés  sur  les  éléphants,  cer- 
nèrent de  toutes  parts  énergiquement  Bhlmaséna;  et  le 
Pândouide  resplendit,  arrivé  au  milieu  de  ces  éléphants, 

4,672—4,673. 

Comme  le  soleil  entré  dans  une  grande  masse  de 
nuages.  Le  vigoureux  Pândouide  avec  sa  massue  dissipa 
cette  armée  de  proboscidiens,  tel  que  le  vent  chasse  de- 
vant lui  une  multitude  de  nuées,  étendue,  sans  égale. 
Maltraités  par  le  robuste  Bhlmaséna,  les  éléphants  pous- 
saient des  cris  de  détresse  dans  le  combat,  de  même  que 
les  nuages  tonnants.  A plusieurs  fois,  dans  cette  ren- 
contre, entamé  par  les  défenses  des  pachydermes, 

4,675—4,676. 


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BH1SHMA-PARVA. 


A6  7 


Le  Prithide  au  front  de  la  bataille  brillait,  semblable  à 
des  açokas  en  fleurs.  11  saisit  un  éléphant  par  sa  défense 
et  lui  arracha  cette  dent  proéminente.  A, 677. 

Puis,  armé  de  cette  défense,  il  eu  frappa  l’animal  sur  le 
champ  de  bataille,  tel  que  la  Mort,  son  bâton  à la  main. 

Il  portait,  souillée  de  sang,  sa  massue,  embellie  par 
la  graisse  et  la  moelle  ; on  le  voyait,  semblable  à Routlra, 
teint  de  sang  en  guise  de  liniments.  A, 678— A, 679. 

Ainsi  battus  par  lui,  sire,  ces  grands  éléphants,  qui 
survivaient  à leurs  compagnons  immolés,  couraient  par 
tous  les  points  de  l’espace  et  foulaient  aux  pieds  leur 
propre  armée  ; A, 680. 

Et  les  divisions  entières  de  Douryodhana  étaient  mises 
dans  une  nouvelle  déroute,  éminent  Bharatide,  par  ces 
énormes  pachydermes,  qui  fuyaient  de  tous  les  côtés. 

Quand  le  joui-  fut  arrivé  au  milieu  de  sa  carrière  , s’é- 
leva entre  Bhlshma  et  les  Somakas  un  combat  épouvan- 
table, causant  la  destruction  du  monde.  A, 681 — A, 68*2. 

Le  meilleur  des  maîtres  de  chars,  le  fils  de  la  Gangâ 
dispersait  l’armée  des  Fàndouides  avec  ses  traits  acérés, 
décochés  par  centaines  et  par  milliers.  A, 683. 

Cette  armée  fut  broyée  par  Dévavrata,  ton  père,  comme 
une  troupe  de  bœufs  écrase  un  monceau  d’orge  coupé. 

Dhrishtadyoumna , Çikhandi , Viràta  et  Drotipada, 
s’étant  approchés  de  cet  héroïque  Bhishuia  dans  le  com- 
bat, le  frappèrent  de  leurs  flèches.  A, 08A — A, 085. 

Quand  il  eut  blessé  de  trois  dards  Dhrishtadyoumna  et 
Viràta,  il  envoya,  Bharatide , un  nâràtcha  à Droupada. 

A ces  coups  de  Bhlshma,  qui  i rainait  sur  un  champ  de 
bataille  les  cadavres  de  ses  ennemis, 'ces  héros  de  s’irriter 
dans  le  combat,  comme  des  serpents,  qu’on  a touchés  du 
pied.  A, 686 — A, 687. 


468 


LK  MAHÀ-BHARATA. 


Çikhandî  blessa  lui- même  l’ayeul  des  Bharatides;  mai3 
l’impé  issable,  considérant  dans  sa  pensée  que  c’était  une 
femme,  ne  lui  riposta  point.  4,688. 

Flamboyant  décoléré,  comme  le  feu,  Dhrishtadyoumna 
dans  la  bataille  frappa  ton  ayeul  de  trois  flèches  dans  la 
poitrine,  entre  les  deux  bras.  4,689. 

Droupada  le  blessa  avec  vingt-cinq  traits  , Virâta  avec 
dix,  et  Çikhandî,  perça  de  nouveau  Bhishma  avec  vingt- 
cinq  dards.  4,690. 

Profondément  blessé,  grand  roi,  baigné  par  des  ruis- 
seaux de  sang,  il  brillait,  tel  qu’un  açoka  rouge,  varié  de 
fleurs  au  printemps.  4,691. 

Le  fils  de  la  Gangâ  les  perça  en  retour  de  trois  et  trois 
flèches;  il  trancha  d’un  bhalla,  respectable  roi,  l’arc  de 
Droupada.  4,692. 

Saisissant  un  nouvel  arc,  celui-ci  de  blesser  avec  cinq 
traits  Bhishma,  sur  le  front  de  la  bataille,  et  son  cocher 
avec  trois  dards  acérés.  4,693. 

Eusuite  Bhiuia,  grand  roi,  et  les  cinq  (ils  de  Draâu- 
padi,  ses  enfants  à lui-même,  les  cinq  frères  Katkéyains 
et  Sâtyaki  le  Sâttwaia  fondirent  sur  le  (ils  de  la  Gangâ, 
Youdhishlhira  à leur  tête , désirant  sauver  les  Pàn- 
tchàlains,  qui  marchaient  à la  suite  de  Dhrishtadyoumna. 

Alors,  s’élançant  pour  sauver  Bhishma,  tous  Ips  tiens, 
souverain  des  hommes,  s’avancèrent,  environnés  de 
leurs  guerriers,  à la  rencontre  de  l’armée  de  Pândou  (1). 

Puis,  eut  lieu  un  combat  immense,  accroissant  l’em- 
pire d’Yama,  et  rempli  de  chars,  d’éléphants,  de  che- 
vaux et  d’hommes,  entre  les  tiens  et  les  ennemis. 

• 4,694—4,695—4,696—4.697. 

Le  maître  de  char  s’avançait  contre  le  maître  de  char, 

(3)  Texte  de  Bomba;. 


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BHISHMA-PARVA. 


469 


et  l’envoyait  dans  les  demeures  d’Yama  ; les  cavaliers, 
montés  sur  des  chevaux,  des  éléphants  ou  des  hommes, 
expédiaient  les  autres  çà  et  là,  souverain  des  mortels,  pour 
l’autre  monde,  avec  des  flèches  variées,  épouvantables, 
aux  nœuds  inclinés.  4,698—4,699. 

Les  chars  sans  maîtres,  avec  leurs  cochers  immolés, 
couraient  alors  dans  le  combat,  fuyant  par  tous  les  points 
de  l’espace.  4,700. 

On  les  voit,  comme  emportés  par  le  vent  et  tels  que  la 
cité  des  Gandharvas,  écraser  dans  le  champ  de  bataille  les 
hommes  et  les  chevaux  en  bien  grand  nombre.  4,701. 

Des  maîtres  de  chars,  réduits  à pied,  tous  ornés  de  bra- 
celets, des  nishkas,  de  pendeloques,  et  coiffés  de  turban, 
couverts  de  leurs  armures  et  revêtus  de  splendeur,  4,702. 

Tous  semblables  à des  fils  de  Dieux,  égaux  à Çakra  en 
courage  dans  la  guerre,  en  richesse  à Kouvéra,  à Vrihas- 
patien  sagesse,  4,703. 

Héros,  souverains  du  monde  entier,  fuyant  çà  et  là, 
maître  des  hommes,  périssaient,  tels  que  des  hommes 
vulgaires.  4,704. 

Des  éléphants,  privés  des  éminents  guerriers,  qui  les 
montaient,  écrasant  leurs  armées  elles-mêmes,  6 le  plus 
vertueux  des  mortels,  tombaient,  après  qu'ils  avaient  pro- 
féré tous  les  sons.  4,705. 

On  voit  des  hommes,  qui  fuient  par  les  dix  points  de 
l’espace,  semblables  à des  nuages  nouveaux,  jetant  des 
voix  pareilles  au  bruit  des  nuées,  avec  leurs  boucliers, 
leurs  chasse-mouches,  leurs  drapeaux  variés,  vénérable 
monarque,  leurs  blancs  parasols  et  leurs  éventails  (1) 


(1)  Littéralement  : chasses -mouches,  mot  doublé. 


470 


LE  VJAHA-BBARATA. 


rompus,  abandonnés  de  tous  les  côtés.  4,706 — 4,707. 

On  voit  des  cavaliers  d’éléphants,  souverain  des 
hommes,  qui,  dans  cette  mêlée  des  tiens  et  des  enuemis, 
s'enfuient,  privés  de  leurs  pachydermes.  4,708. 

J’ai  vu,  par  centaines  et  par  milliers,  des  chevaux  nés 
en  différentes  régions  et  parés  d'or,  courant,  disséminés, 
comme  par  le  vent.  4,709. 

Nous  vîmes,  courants  ou  réduits  à fuir  de  tous  les  côtés 
dans  ce  combat,  des  cavaliers,  à qui  l'on  avait  enlevé  les 
épées  sur  leurs  chevaux  immolés.  4,710. 

De  l’éléphant,  qui  courait  dans  cette  grande  bataille, 
l’éléphant  s'approchait,  ayant  broyé  dans  sa  marche  rapide 
les  fantassins  et  les  coursiers.  4,711. 

Le  pachyderme  écrasait  de  cette  manière,  sire,  les  chars 
dans  le  combat  ; et  les  chars  eux-mêmes,  s’avançant  vers 
les  chevaux  tombés  sur  la  terre,  4,712. 

Foulaient  sous  leurs  roues  et  sous  les  pieds  des  chevaux, 
sire,  les  coursiers  et  les  hommes.  C'est  ainsi  qu’ils  se  meur- 
trirent à plusieurs  fois  mutuellement.  4,713. 

Tandis  que  régnait  ce  combat  si  terrible,  et  d'uné 
froide  épouvante,  un  fleuve  horrible  coulait  avec  des  ondes 
de  sang;  4,714. 

Rivière  sans  pareille,  rétrécie  par  des  multitudes  d’os, 
qui  avait  des  cheveux  pour  ses  gazons  nouveaux  et  ses 
vallisnéries , des  chars  pour  ses  marécages,  des  flèches 
pour  ses  tourbillons,  et  des  chevaux  comme  pois- 
sons; 4,71 5. 

Remplie  de  têtes  en  guise  de  rocs,  pleine  d’éléphants 
àl'instarde  crocodiles,  ayant  des  cuirasses  et  des  turbans 
pour  masse  d’écumes,  des  arcs  pour  vitesse  et  des  épées 
comme  tortues  ; 4,716. 


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B ISHH  MA-PARV  A. 


471 

Qui  avait  des  étendards  et  des  drapeaux  comme  arbres 
et  buissons  (1),  des  hommes  voués  à la  mort  pour  les  ban- 
dits de  ses  rives,  hantée  de  carnassiers  en  guise  de  cygnes, 
accroissement  du  royaume  d’Yama.  4,717. 

De  nombreux  héros,  vaillants  kshatryas,  ayant  aban- 
donné la  crainte,  sire,  traversèrent  cette  rivière  sur  les 
barques  de  leurs  chars,  de  leurs  éléphants  et  de  leurs 
chevaux.  3,718. 

Elle  entraînait  (2)  les  gens  timides  environnés,  dans  le 
combat  d’un  grand  abattement  d'esprit,  comme  la  Vaîta- 
ranl  emporte  les  défunts  vers  la  ville  du  roi  des  morts. 

A la  vue  de  cet  immense  carnage,  les  kshatryas  s’é- 
criaient : « C’est  l’offense  de  Douryodhana,  qui  précipite 
les  kshatryas  à leur  perte.  4,7lt) — 4,720. 

» Comment,  aveuglé  par  la  cupidité,  le  criminel  Dhri- 
tarâshtra  a-t-il  pu  concevoir  de  la  haine  contre  les  ver- 
tueux fils  de  Pândou?  » 4,721. 

Ainsi  l'on  entend  différentes  paroles,  qu’ils  s’adressent 
l’un  à l’autre,  toutes  mariées  aux  éloges  des  Pândouides, 
mais  affreuses  pour  tes  (ils.  4,722. 

A peine  eut-il  entendu  ces  mots,  prononcés  par  tous  les 
guerriers,  Douryodhana,  ton  fils,  l’offenseur  du  monde 
entier,  4,723. 

Parla  en  ces  termes  à Bhlshma,  Drona,  Kripa  etÇalva: 
« Combattez  ! Pourquoi  manquez-vous  de  fierté  si  long- 
temps? » 4,724. 

Alors  se  ranima  le  combat  des  Kourouides  avec  les  Pân- 

(1)  Littéralement  : adya,  et  cœteri. 

(2)  Texte  de  Bombay.  L'omission  du  verbe  dans  l’édition  de  Calcutta  et 
son  remplacement  par  un  mot  insignifiant  rendent  la  stance  impossible  à 
traduire. 


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douides,  et  naquit  un  carnage  immense,  sire,  bien  épou- 
vantable, résultat  du  jeu  des  dés.  4, 725. 

Tu  vois  maintenant  cet  horrible  fruit  de  la  faute,  que  tu 
in  commise,  homme  d’ une  énergie,  dont  ta  faiblesse  étonne, 
quand,  arrêté  par  des  magnanimes,  tu  n'as  pas  mis  un 
frein  à celte  fureur  du  jeu.  A, 726. 

Car,  ni  les  fils  de  Pândou  avec  leurs  suivants  et  leurs 
guerriers,  ni  les  Kourouid.  s,  ne  conservent  point  dans  ces 
combats  les  souffles  de  leur  vie.  4,727. 

De  cette  cause  dérive  la  destruction  épouvantable  de  ta 
famille,  tigre  des  hommes,  soit  par  la  force  du  destin,  soit 
par  ta  mauvaise  politique.  4,728. 

L’éminent  Arjouna,  abattant  les  monarques,  suivants  de 
ton  (ils,  les  plongea,  sousses  traitsacérés,  dans  la  demeure 
du  roi  des  morts.  4,729. 

Souçarman  blessa  de  ses  (lèches  dans  la  guerre  le  fils 
de  Prithà  ; il  perça  de  sept  le  Vasoudévide,  et  une  seconde 
fois,  le  Prithide  avec  neuf.  4,730. 

Mais  le  fauieux  héros,  (ils  d'Indra,  ayant  arrêté  avec  un 
torrent  de  flèches  dans  ce  combat  les  guerriers  de  Sou- 
çarman,  les  précipita  dans  l'empire  d’Yama,  4,731. 

Frappés  par  le  fils  de  Prithà  comme  par  la  mort  elle- 
même  à la  fin  d’un  youga,  ces  vaillants  héros,  sire, 
fuyaient  dans  le  combat  sous  la  naissance  de  la  crainte. 

Abandonnant,  les  uns  leurs  chevaux,  ceux-ci  leurs 
chars,  les  autres  leurs  éléphants,  ils  fuyaient  par  les  dix 
poiuts  de  l’espace.  4,732—4,733. 

Ceux-là,  ayant  repris  alors  un  coursier,  un  éléphant, 
un  char,  souverain  des  hommes,  couraient,  déployant  la 
plus  grande  vitesse.  4,734. 

Rejetant  leurs  armes  dans  ce  vaste  combat,  les  fantas- 


BHISHMA-PARV  V. 


473 


sins  de  fuir  çà  et  là,  ne  prenant  souci  d’aucune  chose. 

Arrêté-!  avec  les  plus  grands  efforts  par  Souçartnan,  par 
le  Trigarttain,  et  par  d’autres,  les  plus  éminents  des  sou- 
verains, ils  ne  tinrent  pas  le  pied  ferme  dans  la  guerre. 

4,  735— 4,  736. 

Quandil  vit  son  armée  en  fuite,  Douryodhana,  ton  fils, 
mettant  Bhlshma  avant  tous  et  le  préposant  à la  tête  de 
toutes  les  armées,  4,73". 

Courut  de  toute  sa  plus  grande  vitesse,  souverain  des 
hommes,  sur  Dhanandjaya  pour  sauver  la  vie  du  monar- 
que des  Trigarttains.  à, 738. 

Seul,  accompagné  de  tous  ses  frères,  car  les  autres 
hommes  étaient  en  fuite,  il  resta  ferme  sur  le  champ  de 
bataille,  disséminant  ses  flèches  de  formes  diverses. 

De  leur  côté,  les  (ils  de  P&ndou,  revêtus  de  la  cuirasse, 
s’avancèrent  à toute  hâte  pour  défendre  Phàlgouna,  sire, 
vers  le  lieu,  où  se  tenait  Bhlshma.  4,739 — 4,740. 

Connaissant  la  force  épouvantable  de  l’arc  Gândtva,  les 
Dhritarûshtrides  se  rassembl  rent  de  toutes  parts  autour 
de  Bhlshma  avec  une  terreur,  qu’ils  témoignaient  par  des: 
« Hélas  ! hélas!  » 4,741. 

Le  héros,  qui  a pour  enseigne  un  palmier,  ensevelit  dans 
le  combat  l'armée  des  Pàndouides  sous  une  averse  de 
flèches  aux  nœuds  inclinés:  4,742. 

Et,  quand  le  soleil  fut  parvenu  au  milieu  de  sa  carrière, 
tous  les  Rourouides  individuellement,  grand  roi,  se  trou- 
vèrent engagés  dans  un  combat  avec  les  fils  de  Pàndou. 

Après  que  le  héros  Sàtyaki  eut  blessé  Kritavarman  de 
cinq  flèches,  il  resta  dans  la  bataille,  dispensant  ses  traits 
par  milliers.  4,743—4,744. 

Le  roi  Droupada,  ayant  percé  Prôna  de  ses  dards  acé- 


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A74 


LE  MAHA-BHARATA. 


rés,  le  frappa  de  nouveau  avec  ses  traits  et  le  cocher  du 
gourou  avec  cinq.  4,7A5. 

Dès  que  Bhlmaséna  eut  blessé  Vâhlika,  son  royal  aïeul, 
il  poussa  une  immense  clameur,  comme  un  tigre  dans  une 
forêt.  A, 74(5. 

L’Arjounide,  que  Tchitraséna  avait  percé  de  plusieurs 
traits,  frappa  à son  tour  profondément  au  cœur  Tchitra- 
séna de  trois  flèches.  4,747. 

Engagés  dans  ce  combat,  les  deux  héros  à la  haute 
taille  y brillaient,  tels  qu’au  sein  des  cieux,  grand  roi,  se 
tiennent  Boudha  et  Çanaltchara  (1).  4,748. 

Quand  le  vainqueur  des  héros  ennemis,  le  Soubha- 
dride  eut  tué  de  neuf  flèches  ses  quatre  chevaux  et  son 
cocher,  il  jeta  un  vigoureux  cri.  4,749. 

Le  fameux  héros  sauta  précipitamment  à bas  de  son 
char,  dont  les  chevaux  n’étaient  plus,  monarque  des  hom- 
mes, et  monta  rapidement  sur  le  char  de  Dourmoukha. 

Lorsque  Drona  eut  percé  Droupada  avec  ses  flèches  aux 
nœuds  inclinés,  le  brave  d’une  main  hâtée  blessa  égale- 
ment son  cocher.  4,750 — 4,751. 

Accablé  en  face  de  son  armée,  sire,  Droupada,  se  rap- 
pelant son  ancienne  inimitié,  se  retira  du  combat  avec 
ses  rapides  chevaux.  4,752. 

Dans  un  instant,  sous  les  yeux  de  l’armée  entière,  Bht- 
maséna  eut  réduit  le  monarque  Vâhlika  sans  chevaux, 
sans  cocher  et  sans  char.  4,753. 

Vâhlika,  le  plus  grand  des  hommes,  tombé  dans  un 
profond  danger,  puissant  roi,  descendit  à la  hâte  de  sa 
voiture,  et  moq.ta  précipitamment  dans  le  char  de  Laksh- 


(!)  Les  planètes  de  Mercure  et  de  Saturne. 


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BHISHM  A-PARVA. 


475 

marna.  Après  que  Sâtyaki  eut  arrêté  Kritavarman  dans  ce 
grand  combat,  4,754 — à, 755. 

II  attaqua  l’aïeul,  sire,  avec  de  nombreuses  flèches. 
Dansant,  pour  ainsi  dire,  sur  la  surface  de  3011  vaste  char 
et  faisant  vibrer  son  grand  arc,  il  blessa  le  Bharatide  (1) 
de  soixante  traits  acérés  et  dont  la  vue  donnait  i'horripi- 
lation.  1,’ aïeul  d’envoyer  sur  lui  une  grande  lance  de  fer, 

4,756 — 4,757. 

Émaillée  d’or,  à l’admirable  vitesse,  resplendissante  et 
semblable  à un  jeune  serpent.  Soudain,  l’illustre  Vrish- 
nide  trancha  avec  légèreté  dans  son  vol  cette  arme  insou- 
tenable et  telle  que  la  mort;  et  cette  lance  extrêmement 
épouvantable  n’atteignit  point  Sâtyaki.  4,758  — 4,759. 

Bile  tomb  sur  le  dos  de  la  terre,  comme  un  grand 
météore  à la  vaste  lumière.  I.e  Vrishnide,  ayant  saisi  rapi- 
dement sa  lance  de  fer,  éclatante  d’or,  la  jeta  sur  le  char 
de  l’aïeul.  Lancée  de  toute  la  vitesse  de  son  bras,  elle  vola 
impétueusement  sur  le  guerrier,  comme  lanuitde  la  mort. 
Mais  soudain  celui-ci,  fils  de  Bharata,  la  coupa  en  deux 
dans  son  vol.  4,760—4,761  — 4,702. 

Tranchée  par  deux  kshourapras  très-acérés,  elle  tomba 
sur  la  terre.  Quand  il  eut  fait  de  cette  arme  quatre  mor- 
ceaux, le  fléau  de  ses  ennemis,  le  (ils  irrité  de  la  Gangà 
frappa  en  riant  Sâtyaki  dans  la  poitrine  avec  neuf  flèches. 
Alors,  afin  de  protéger  Màdhava,  les  Pândouidos  environ- 
nent de  leurs  chevaux,  de  leurs  éléphants  et  de  leurs  chars 
Bhlshma,  l’alné  de  Pàndou;  et  une  bataille  tumultueuse, 
horripilante,  s’élève  entre  les  Kourouides  e*  les  Pândoni- 
des,  qui  désirent  les  uns  et  les  autres  obtenir  la  victoire 
dans  le  combat.  4.768 — 4,764 — 4,765—4,766. 

(I  i Texte  He  Bomlm. 


476 


LE  M4HA-BHAIUTA. 


Dès  qu'il  vit  Bhlshma  irrité  environné  des  Pândouides 
dans  le  combat,  grand  roi,  comme  le  soleil,  au  terme  de 
l’été,  est  entouré  des  nuages  au  milieu  du  ciel,  4,767. 

Douryodhana  dit  à Douççâsana  : « Cet  héroïque  Bhishma 
au  grand  arc,  le  meurtrier  des  héros  ennemis,  4,768. 

» Est  de  tous  les  côtés,  éminent  Bharatide,  couvert 
de  flèches  par  les  fils  de  Pàndou  : c’est  à toi,  héros,  de 
protéger  cet  homme  bien  magnanime.  4,769. 

» Car,  s’il  est  défendu  dans  le  combat,  Bhlshma,  notre 
ayeul,  immolera  tous  les  Pântchàlains  avec  les  Pândouides. 

» Le  salut  de  Bhlshma  est,  à mon  avis,  la  chose  la  plus 
importante  ; car  ce  grand  héros  au  voeu  difficile  à garder 
est  notre  défenseur.  4,770 — 4,771. 

» Que  ton  altesse,  l’ayant  environné  de  toute  notre  ar- 
mée, défende  dans  cette  bataille  notre  ayeul,  qui  accom- 
plit un  exploit  incomparable.  » 4,772. 

A ces  mots,  entouré  d’une  nombreuse  armée,  Douççâ- 
sana, ton  fils,  se  tint,  jetant  cette  force  dans  le  combat 
autour  de  Bhlshma.  4,7"3. 

Ensuite  le  fils  de  Soubala,  avec  une  armée  de  cent  mille 
chevaux,  dont  les  cavaliers  portaient  à la  main  des  traits 
barbelés,  des  glaives,  des  leviers  de  fer;  4,774. 

Et  de  vexillaires  enorgueillis,  bien  vêtus,  autour  de  qui 
se  tenaient  réunies  les  armées,  accompagnés  des  plus 
grands  guerrieis  parfaitement  disciplinés,  habiles  dans  les 
combats;  4,775. 

Ayant  environné  de  tous  les  côtés  Nakoula,  Sahadéva 
et  Dharmaràdja,  le  fils  de  Pàndou,  ces  trois  éminents 
hommes,  forma  un  cercle  ennemi  autour  d'eux.  4,776. 

Le  roi  Douryodhana  d'envoyer  une  myriade  de  héros, 
montés  sur  des  chevaux,  pour  arrêter  les  Pândouides. 


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bhishm  a-parva. 


477 


Frappée  du  sabot  des  chevaux  par  ces  cavaliers  engagés, 
à la  rapide  vitesse  et  semblables  dans  la  guerre  à des 
Garoudas,  la  terre  fut  ébranlée  et  rendit  un  vaste  son. 

4,777 — à, 778. 

L’immense  bruit  de  l’ongle  des  chevaux  se  fit  entendre 
alors,  comme  celui  d’une  forêt  de  grands  roseaux,  qui 
brûlent  sur  une  montagne.  4,779. 

Soulevée  sous  le  galop  de  ces  coursiers,  une  poussière 
épaisse,  arrivée  dans  la  route  de  l’astre  du  jour,  en  masqua 
la  lumière.  4,780. 

L’armée  Pândouide  fut  émue  par  ces  agiles  chevaux, 
de  même  qu’un  grand  lac,  sur  les  eaux  duquel  s’abattent 
de  rapides  cygnes.  4,781. 

Les  hennissements  des  coursiers  empêchaient  de  recon- 
naître nul  autre  son.  Mais  le  roi  Youdhishthira  etlesdeux 
Pàndouides,  fils  de  Màdri,  4,782. 

Repoussèrent  soudain  la  fougue  de  ces  cavaliers  dans 
le  combat  : telle,  grand  roi,  dans  un  jour  de  pleine  lune 
et  dans  la  saison  des  pluies,  la  fougue  de  l’océan,  soulevé 
à pleins  bords,  est  repoussée  par  son  rivage.  Les-  maîtres 
de  chars,  sire,  coupaient  avec  des  flèches  aux  nœuds  in- 
clinés, les  têtes  des  cavaliers.  Immolés  par  des  arcs  so- 
lides, les  grands  éléphants  tombaient  exactement  comme 
sous  l’étreinte  des  serpents  boas  dans  une  caverne  de  la 
montagne.  Les  guerriers,  se  promenant  par  les  dix  points 
de  l’espace,  abattaient  les  têtes  sous  des  traits  barbelés 
très-aigus  et  des  flèches  aux  nœuds  inclinés;  et  les  cava- 
liers, sous  les  coups  des  glaives,  abandonnaient  leurs  têtes, 
comme  des  arbres  leurs  fruits.  On  voyait  de  tous  les  côtés, 
sire,  tombés  déjà  ou  qui  tombaient,  des  chevaux  avec 
leurs  cavaliers,  massacrés' çà  et  là.  Les  chevaux  blessés 


478 


LE  MAHA-BHARATA. 


couraient,  en  proie  à la  terreur,  comme  des  gazelles,  atta- 
chées 4 la  vie,  qui  ont  rencontré  un  lion.  Dès  que  les 
Pândouides  eurent  vaincu  les  ennemis  dans  ce  grand  com- 
bat, puissant  roi,  (De  la  stance  4,783  d lastance  4,791.) 

Us  souillèrent  dans  leurs  conques,  ils  battirent  les 
tambours  ; et  Douryodhana  consterné,  voyant  son  armée 
vaincue,  4,791. 

Dit  ces  paroles  au  roi  du  Madra  : « Ce  Fils  aîné  de 
Pândou,  accompagné  des  jumeaux  dans  la  bataille,  4,792. 

« Met  en  fuite  l’armée,  seigneur,  sous  nos  yeux  mêmes. 
Arrête-le,  guerrier  aux  longs  bras  comme  un  rivage 
arrête  la  mer  séjour  des  makaras  ! 4,793. 

» La  renommée  loue  ton  courage  et  ta  force  comme  in- 
finiment intolérables.  » A peine  l’auguste  Çalya  eut-il 
entendu  ces  mots  de  ton  fils,  4,794. 

Qu’  il  se  rendit  avec  une  foule  de  chars  là  où  était  le  roi 
Youdhishthira.  Mais  le  Pàndouide  combattant  arrêta  sou- 
dain dans  sa  marche  cette  innombrable  armée,  qui  avait 
la  rapidité  d’un  grand  fleuve.  L’héroïque  Dharmarâdja 
avec  dix  flèches  atteignit  précipitamment  le  roi  du  Madra 
au  milieu  de  la  poitrine;  Nakoula  et  Sahadéva  le  frap- 
pèrent avec  sept  dards.  4,795—4,790 — 4,797. 

Le  souverain  du  Madra  les  perça  tous  de  trois  flèches 
individuellement,  et  blessa  de  nouveau  Youdhishthira  de 
soixante  traits  acérés.  4,798.  ' 

Agité  par  la  colère,  il  frappa  les  deux  fils  de  Màdrt, 
chacun  avec  deux  traits.  Alors  le  vainqueur  des  ennemis, 
Bhlma  aux  longs  bras,  ayant  vu  l’héroïque  souverain  du 
Madra  tombé,  pour  ainsi,  entre  les  bras  de  la  mort,  cou- 
rut aux  cêtés  d' Youdhishthira.  4,799 — 4,800. 

Dans  ce  moment  s'éleva  un  combat  épouvantable,  d’une 


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BH1SHMA-PAKVA. 


A79 

profonde  terreur,  quand  le  soleil,  parcourant  le  second 
hémisphère,  commençait  déjà  à descendre,  à, 801. 

Ton  père  courroucé  blessa  de  ses  flèches  acérées  , sans 
égales,  les  fils  de  Prithâ  avec  leurs  gens  de  tous  les  côtés 
dans  le  combat.  A, 802. 

Quand  il  eut  frappé  Bhîina  de  douze  traits,  Sâtyaki  de 
neuf,  Nakoula  de  trois  et  Sahadéva  de  sept  ; A, 803. 

Après  qu’il  eut  percé  Youdhishthira  de  douze  projec- 
tiles envoyés  dans  la  poitrine , -entre  les  deux  bras,  et 
Dhrishtadyoumna  de  sept,  le  héros  à la  force  immense 
poussa  un  vaste  cri.  A, 80 A. 

Il  fut  blessé  en  retour  par  Nakoula  de  douze  flèches(l), 
par  Mâdhava  de  trois,  par  Dhrishtadyoumna  de  sept  et 
par  Bhimaséna  d’un  égal  nombre.  A, 805. 

Youdhishtbira  frappa  l'aïeul  avec  douze  traits;  et  Drona, 
de  cinq  traits  acérés,  semblables  au  bâton  de  la  Mort , 
blessa  individuellement  Sâtyaki  et  Bhimaséna  ; mais  ces 
deux  héros  de  percer  l’éminent  brahrne  avec  trois  dards 
chacun,  comme  on  perce  un  grand  éléphant  à coups  d’ai- 
guillons. Les  Saàuviras,  les  Kitavas,  les  peuples  du  midi, 
de  l'orient,  du  couchant,  les  Màlavas, 

A, 806— A, 807 — A, 808. 

Les  Abhishâlas,  les  Çoûrasénas,  lesCiviens  et  les  habi- 
tants du  Vasàti  ne  purent  même  frapper  dans  ce  combat 
Bhimaséna,  qui  les  perçait  de  ses  dards  acérés.  A, 809. 

D’autres  monarques  de  la  terre,  rassemblés  de  contrées 


(1)  Dwâdoçâkhyals , disent  les  deui  éditions.  Que  signifie  âkhya  ou 
nkhya?  Est-ce  une  fièche,  sur  laquelle  est  écrit  le  uom  de  la  personne,  à 
qui  appartient  ou  qui  envoie  ce  projectile?  Est-ce  une  flèche  sans  nom? 
Les  dictionnaires  ne  donnent  pas  ce  mot,  compris  même  celui  de  Bohllingk 
et  Roth.  Mais  il  est  évident  qu'il  s'agit  d'une  espèce  de  traits. 


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480 


LU  MAHA-BHARATA. 


diverses,  s’approchèrent  des  Pândouides  avec  différentes 
armes  à la  main.  4,810. 

Les  fils  de  Pàndou,  sire,  cernèrent  l'auguste  ayeul.  Ce 
héros  invaincu,  environné  de  tous  les  côtés  par  des  multi- 
tudes de  chars,  4,811. 

Tel  qu'un  feu  allumé  dans  une  forêt,  flamboyait,  con- 
sumant les  ennemis,  ayant  des  chars  pour  chapelle  du 
feu,  des  lances  de  fer  et  des  glaives  pour  flammes,  des 
massues  pour  bois.  4,812. 

Ce  feu  de  Bhlshma,  qui  jetait  des  flèches  pour  étin- 
celles, de  brûler  ces  éminents  kshatryas  avec  scs  traits  à 
l’empennure  d’or,  avec  ses  dards  bien  reluisants.  4,813. 

L’héroïque  maître  de  char,  ensevelit  cette  armée  sous 
des  nàràtchas  (1),  des  nâlikas  (2)  et  des  karnis  (3)  ; il 
abattit  les  drapeaux  de  ses  flèches  acérées,  4,814. 

Il  rendit  les  multitudes  de  chars,  semblables  à des  fo- 
rêts de  palmier  sans  chevelure;  il  rendit  les  chars,  les 
éléphants  et  les  chevaux  mêmes  veufs  des  guerriers,  qui 
les  montaient  dans  la  guerre.  4,813. 

Le  héros  aux  longs  bras,  le  meilleur  de  tous  ceux  , qui 
portent  les  armes,  donna  au  bruit  de  la  surface  de  sa  corde 
une  ressemblance  avec  le  fracas  du  tonnerre.  4,816. 

A ce  bruit,  toutes  les  créatures  de  trembler  ; aucun  de 
ses  traits  n’était  vain  ; ils  tombaient  tous,  éminent  Bhara- 
tide,  en  portant  coup.  4,817. 

Les  dards  sortis  de  l'arc  de  Bhtshina,  ne  restaient  pas 
attachés  aux  cuirasses.  Nous  vîmes,  grand  roi,  des  héros 
tués  et  des  chars,  attelés  à des  chevaux  rapides,  emportés 
sur  le  champ  de  bataille.  Quatorze  mille  Kâroushains, 
habitants  du  Tchédi  et  naturels  du  Kâçi,  4,818 — 4,819. 

(1—2—3)  Espèces  de  flèches. 


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BHISHMA-PARVA. 


481 

Tous,  fils  de  famille,  ayant  fait  le  sacrifice  de  leur  vie, 
ne  sachant  pas  reculer  devant  l’ennemi,  portant  des  dra- 
peaux, dont  l’or  avait  changé  la  matière  et  qualifiés  de 
grands  héros,  4,820. 

S'étant  avancés  dans  ce  combat  vers  Bhlshma,  sem- 
blable 41a  mort,  la  bouche  ouverte,  furent  plongés  par  lui 
dans  l’autre  monde,  avec  leurs  chevaux,  leurs  éléphants 
et  leurs  chars.  4,821. 

Nous  vîmes  là,  grand  roi,  par  centaines  et  par  milliers, 
ceux-ci  avec  leurs  chars  et  leur  appareil  de  guerre  rompu, 
ceux-là  avec  leurs  roues  brisées.  4,822. 

La  terre  était  couverte  de  chariots  et  de  cuirasses  en 
morceaux,  de  maîtres  de  chars  renversés,  de  flèches,  de 
pattiças,  de  brillantes  cottes  de  maille  rompues,  de  mas- 
sues, de  bhindipâlas,  de  traits  acérés,  de  caisses  de  voi- 
tures, de  carquois,  de  tchakras  en  pièces,  vénérable  roi, 
de  nombreux  arcs,  de  cimeterres,  de  tôles  ornées  de  pen- 
deloques, de  cuir  à protéger  la  main,  de  cuir  à protéger 
1 ?s  doigts,  de  drapeaux  épars,  d'arcs  brisés  en  plusieurs 
fragments.  Des  éléphants  montés  de  leurs  combattants, 
des  cavaliers,  frappés  sur  leurs  chevaux, 

4,823— 4,824— 4,825— 4, 82«. 

Tombaient,  la  vie  exhalée,  par  centaines  et  par  milliers. 
Les  efforts  des  plus  braves  ne  pouvaient  empêcher  les 
grands  héros  de  fuir,  sous  l'atteinte  des  flèches  de 
Bhlshma.  La  grande  année,  battue  par  ce  guerrier  d’une 
force  égale  à Mahéndra,  4,827 — 4,828. 

Fut  vaincue  à tel  point,  grand  roi,  que  deux  hommes 
ne  fuyaient  point  ensemble.  Hors  de  soi-même,  s’écriant  : 
n Hélas  ! hélas  ! » l’armée  des  fils  de  Pàndou  avait  ses 
drapeaux  et  ses  hommes  dans  la  confusion,  ses  chevaux, 
vu  31 


482 


LK  MAHA-BHARATA. 


ses  éléphants  et  ses  chars  rompus  ou  blessés.  Le  père 
frappait  là  son  (ils  et  le  fils  son  père.  4,826 — 4,830. 

Poussé  par  la  puissance  du  Destin,  l’ami  versait  des  la- 
mentations sur  son  cher  ami.  On  voyait  de  tous  les  cétés 
d’autres  guerriers  du  fils  de  Pàndou,  qui  fuyaient,  les 
cheveux  épars,  la  cuirasse  abandonnée.  L’aruiée  du  fils 
de  Pàndou,  jetant  des  cris  de  détresse,  apparut  alors, 
les  timons  de  ses  chars  dans  le  trouble,  comme  un  trou- 
peau de  bœufs  en  désordre.  Voyant  l’armée  rompue,  le 
fils  d’Yadou,  4,831—4,832—4,833. 

Arrêtant  son  char  sublime,  dit  à Bîbhatsou,  le  fils  de 
Prithâ  : « Le  voici  arrivé  ce  temps,  que  tu  as  désiré,  fils 
de  Prithâ.  4,834. 

» Combats,  tigre  des  hommes,  si  ton  esprit  n’est  plus 
offusqué  par  le  délire,  puisque  tu  as  dt  jadis,  héros,  dans 
l’assemblée  des  rois,  en  présence  de  Sandjaya,  dans  la 
cité  de  Viràta  : « Je  tuerai  tous  les  guerr  ers  du  Dhrita- 
r&shtride  avec  leurs  parents,  Btilshma  et  Drona  à leur 
tête,  qui  oseront  m'affronter  dans  le  combat.  » Fais  que 
cette  parole,  dompteur  des  ennemis,  devienne  une  vérité. 

4,835—4,836—4,837. 

» Rappelle-toi  le  devoir  du  kshatrya,  et  combats  sans 
également  d'esprit.  « A ces  mots  du  Vasoudôvide,  Blbhat- 
sou,  courbant  la  tête  et  le  regard  de  travers,  prononça 
comme  à contre-cœur  ces  paroles  : « Si  je  donne  la  mortà 
des  personnes,  dont  il  me  faut  respecter  la  vie,  je  mt  pré- 
pare ou  le  sombre  Naraka  pour  mon  royaume,  ou  des  peines 
dans  l’habitation  des  forêts.  Que  seradonc  ma  vertu  (t}?.... 
Pousse  tes  chevaux,  Hrishikéça;  j'accomplirai  ta  parole. 

4,838—4,839—4,840. 

(1)  Texte  de  Butnbay. 


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BHISflMA-PARVA. 


m 

» Je  ferai  mordre lapoussière  à l’inaffrontable  Bhtshma, 
l'aïeul  des  Kourouides.  » Et  Màdhava  d’aiguillonner  ses 
chevaux,  qui  avaient  la  blancheur  de  l’argent,  4,841. 

Et  de  les  pousser  vers  Bhlshma,  de  qui  la  vue,  sire, 
était  aussi  difficile  à soutenir  que  celle  du  soleil  même. 
Youdhishthira  vit  donc  alors  sa  grande  ai  mée,  qui  reve- 
nait au  combat,  et  le  fils  de  Kountî,  qui  luttait'  avec 
le  Çântanouide.  Ensuite,  le  plus  vaillant  des  Kourouides, 
Bhlshma  de  jeter  à plusieurs  fois  un  cri  comme  un  lion. 

4,842—4,843. 

Il  inonda  promptement  le  char  de  Dhanandjaya  avec  . 
une  grande  averse  de  flèches  et  cette  grêle  de  traits  em- 
pêcha le  héros  de  rien  distinguer,  ni  ses  chevaux,  ni  son 
char,  ni  même  son  cocher.  Mais  le  Vasoudévide  n’en  fut 
pas  troublé;  il  se  revêtit  promptement  de  fermeté. 

4,844—4,845. 

U hâta  ses  coursiers  chassés  par  les  flèches  de  Bhtshma. 
Ensuite,  ayant  pris  un  arc  céleste,  bruyant  comme  un 
nuage,  le  (ils  de  Prithâ  4,846. 

Coupa  l'arc  de  Bhishma  et  l’abattit  sous  des  traits 
acérés.  Dans  l’intervalle  d’un  clin-d’œil,  le  Kourouide, 
ton  père,  de  qui  l’arme  était  brisée,  eut  préparé  un  autre 
grand  arc;  mais  Arjouna,  irrité,  lui  trancha  de  nouveau 
cette  arme.  4,847 — 4,848. 

Le  fils  de  Çântanou  applaudit  à la  légèreté  de  sa  main  : 

« Bien!  bien,  guerrier  aux  longs  bras!  Bien,  fils  de 
Kountî  I » s’écria-t-il.  4,849. 

A peine  lui  eut-il  parlé  ainsi,  Bhishma  saisit  un  nouvel 
arc  resplendissant,  et  décocha  bravement  (IV  des  traits 
sur  le  char  du  Prithide.  4,850. 

(!)  Samarai. 


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LE  M AHA-BHARATA. 


686 

Le  Vasoudévide  déploya  une  vigueur  extrême  dans  la 
conduite  des  chevaux,  rendant  vaines  ses  flèches  et  dé- 
crivant des  cercles.  6,851 . 

Blessés  par  les  flèches  de  Bhtshma,  ces  deux  tigres  des 
hommes  resplendirent  alors  comme  deux  taureaux  fu- 
rieux, marqués,  tatoués  par  les  cornes  l'un  de  l’autre. 

Le  Vasoudévide,  voyant  la  douceur,  que  le  fils  de  Prithâ 
mettait  dans  ce  combat,  tandis  que  Bhishma  envoyait 
continuellement  des  pluies  de  flèches  dans  la  bataille, 

Comme  le  soleil  darde  ses  rayons  brûlants,  et,  plongé 
au  milieu  des  deux  armées,  immolait  tous  les  plus  braves 
guerriers  du  fils  de  Pândou,  â ,S5 -î — 6,853 — 6,856. 

Le  meurtrier  des  héros  ennemis,  Màdhava  aux  longs 
bras,  vit  donc  avec  colère  Bhishma  exercer  comme  la  fin 
d’un  youga  sur  l’armée  d' Youdhishthira.  6,855. 

Ayant  abandonné  les  chevaux , semblables  à l’argent, 
du  fils  de  Prithà,  ce  grand  Yogi  sauta  avec  fureur  à bas 
de  son  grand  char.  6,850. 

Plein  de  force  et  de  rapidité,  n’ayant  pour  armes  que 
ses  bras  et  tenant  5 la  main  son  aiguillon,  il  courut  sur 
Bhishma  et  jeta  à plusieurs  fois  son  cri  comme  un  lion. 

Krishna,  le  maître  de  la  terre,  à la  splendeur  sans  me- 
sure, courant  avec  le  désir  de  tuer,  les  yeux  enflammés 
de  colère,  fendait,  pour  ainsi  dire,  la  terre  sous  les  pas  de 
ses  pieds.  6,857—6,858. 

Les  âmes  des  tiens  furent  comme  frappées  de  terreur 
dans  ce  grand  combat,  et,  à la  vue  de  Màdhava,  qui  s’é- 
iauçait  pour  atteindre  Bhishma,  une  lamentation  éclata.  : 

« Bhishma  est  mort!  Bhi  lima  est  mort  ! » On  entendit 
alors  ces  vastes  cris,  Mahàràdja,  par  la  terreur,  qu’ins- 
pirait le  Vasoudévide.  6,851; — 6.8t>0. 


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BH1SHM  A-PAIl  V A . 


485 


Revêtu  d’une  robe  de  soie  jaune,  bleu  comme  une  pierre 
de  lapis-lazuli,  Djanârddana  brillait,  courant  surBhlshma, 
comme  nn  nuage  enguirlandé  d'éclairs.  4,801. 

Tel  qu’un  lion  sur  un  éléphant,  tel  qu’un  taureau  chef 
d’un  troupeau  sur  un  simple  taureau,  le  plus  grand  des 
Màdhavas  courait  avec  rapidité  sur  lui,  poussant  des 
cris.  4,802. 

Quand  il  vit  accourir  le  Dieu  aux  yeux  de  lotus  bleu, 
Bhishma  avec  émotion,  dans  cette  bataille,  de  bander  son 
grand  arc,  4,863. 

Et  d’adresser  à Govinda  ces  mots,  d'une  «âme  non 
troublée  : « Viens!  viens.  Immortel  aux  yeux  de  lotus 
bleu!  Adoration  te  soit  rendue,  Dieu  des  Dieux!  4,8  4. 

« Fais,  ô le  plus  grand  des  Sâttvvaiides,  que  je  morde 
• la  poussière  à l’instant  même,  dans  ce  combat  acharné  ! 
Car  succomber  sous  les  coups  dans  cette  bataille,  Krishna, 
vertueuse  Divinité,  c’est  là  ce  qu’il  peut  y avoir  de  plus 
heureux  pour  moi,  de  toute  manière  en  ce  inonde!  Je 
suis  estimé  dans  les  trois  mondes,  Govinda.  et  ce  combat 
maintenant  va  répandre  un  nouvel  honneur  sur  moi. 

4,865—4,866. 

» Livre-moi,  Dieu  sans  reproche,  un  combat  selon  ton 
désir.  Le  fils  de  Prithâ  n’osa-t-il  point  s’élancer  à la  suite 
de  Kéçava?  4,867. 

» Le  guerrier  aux  longs  bras  le  saisit  et  l’appréhenda 
entre  se3  bras;  mais,  arrêté  ainsi  par  le  fils  de  Prithâ, 
Krishna  aux  yeux  de  lotus  bleu,  4,868. 

Le  plus  grand  des  hommes,  de  l’embrasser  à son  tour 
et  de  s’en  aller  twic  lui.  L’immolateur  des  héros  ennemis, 
le  Prithide,  appuyant  avec  vigueur  ses  deux  pieds  sur  la 
terre,  4,869. 


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LE  MAHA-BBARATA. 


486 


» Arrêta,  quoique  avec  peine,  Hrisblkéça  au  dixième 
pas.  Ensuite  Arjouna,  son  ami,  dit  affectueusement  ces 
mots  de  plainte  à ce  Dieu,  qui,  les  yeux  troublés  par  la 
colère,  soufflait  comme  un  serpent  : « Cesse,  héros  aux 
longs  bras!  Ne  veuille  pas  rendre  ici  ta  parole  un  men- 
songe. 4,870—4,871. 

» Car  n’as-tu  pas  dit  jadis,  Kéçava  : n Je  ne  combattrai 
pas!  » Or,  les  hommes  diraient  de  toi  désormais,  Mâ- 
dhava  : « Ses  paroles  sont  un  mensonge  I » 4,872. 

» C'est  à moi  que  cette  lourde  charge  incombe  : j’im- 
molerai l'aïeul  des  Kourouides.  Je  te  jure  sur  les  armes, 
sur  la  vérité,  sur  mes  bonnes  œuvres,  4,873. 

» Meurtrier  des  ennemis,  que  j’arriverai  aujourd’hui 
même  à l'extrême  fin  de  nos  ennemis.  Vois  déjà  cet  inaf- 
frontable  grand  héros  couché  à ma  volonté  dans  la  mort,  • 
comme  l’astre  des  nuits,  qui  n’a  pas  rempli  son  disque  de 
lumière.  » Quand  il  eut  entendu  ces  paroles  du  magna- 
nime Phâlgouna,  le  Vasoudévide,  sans  répondre  un  seul 
mot,  remonta  dans  son  char  avec  colère.  Bblshma,  le  fils 
de  Çàntanou,  fit  pleuvoir  de  nouveau  sur  les  deux  émi- 
nents héros,  placés  dans  le  char,  une  averse  de  traits, 
comme  un  nuage  verse  la  pluie  sur  une  montagne.  Déva- 
vrata,  ton  père,  enlevait  aux  combattants  les  souffles  de 
l’existence,  4,87 4 —4 ,875 — 4,87*1 — 4,877. 

Comme  les  rayons  du  soleil  ravissent  toutes  les  splen- 
deurs à la  fin  de  la  saison  froide.  De  même  que  les  fils  de 
Pàndou  brisaient  dans  le  combat  les  armées  des  Kou- 
rouides, ainsi  ton  père  dans  la  bataille  rompait  les 
armées  des  fils  de  Pàndou.  Sans  âme,  sans  puissance, 
battus,  mis  en  déroute,  immolés  à centaines  et  à milliers 
par  Bhishma,  les  ennemis  ne  pouvaient  fixer  les  yeux  sur 


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BH1SHMA-PARVA. 


487 


ce  héros  d’une  bravoure  plus  qu'humaine,  qni  accom- 
plissait dans  le  combat  des  exploits  incomparables,  comme 
on  ne  peut  regarder  le  soleil,  qui,  arrivé  au  milieu  de  sa 
carrière,  brûle  par  sa  splendeur  (1). 

4,S78— 4,870— 4,8S0— 4,881. 

Tel,  grand  roi,  il  apparaissait  aux  regards  des  Pàn- 
douides,  accablés  par  1»  crainte.  Leurs  guerriers,  en  dé- 
route, ne  trouvaient  pas  un  sauveur,  comme  des  bœufs 
embarrassés  dans  un  bourbier.  Dans  cette  bataille  des 
forts,  les  faibles  étaient  broyés  de  même  que  des  fourmis. 

4,88-2—4,885. 

Ils  ne  purent  contempler  Bhîshma,  qui  avait  la  splen- 
deur des  fléchés,  consumait  comme  le  soleil,  incendiait 
les  monarques,  ce  grand  héros,  de  qui  les  ondes  de  traits, 
Bharalide,  n’étaient  pas  faciles  à ébranler.  4,884. 

Tandis  qu’il  broyait  l'armée  des  Pàndouides,  l'astre 
aux  mille  rayons  descendit  à son  couchant  et  l’âme  de  ces 
troupes,  accablées  de  fatigue,  s’inclina  vers  une  suspen- 
sion d'armes.  4,885. 

Elles  combattaient  encore,  que  l’astre  de  la  lumière 
était  déjà  tombé  à son  couchant  ; un  crépuscule  épouvan- 
table naquit,  et  la  bataille  cessa  d'être  perceptible  à nos 
yeux.  4,886. 

Alors  le  roi  Youdhishthira,  ayant  vu  celte  obscurité 
naissante,  que  son  armée,  battue  par  Bhlsbma,  rejetait 
les  armes,  et,  troublée  par  la  crainte,  tournait  le  dos,  son- 
geant à fuir,  que  l’héroïque  fds  de  Çàntanou  courroucé 
l’accablait  dans  le  combat,  que  la  puissance  était  ravie 
aux  fameux  héros  Somakas  vaincus,  considérant  toutes 


(1)  Ordre  en  partie  emprunté  au  texte  de  Bombay. 


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LE  MAHA-BHARATA. 


488 

ces  choses,  le  monarque  ordonna  de  faire  une  armistice. 

4,887  — 4,888 — 4.889. 

Le  roi  Youdhishthira  conclut  donc  une  trêve  pour  ses 
troupes,  et  une  suspension  d'armes  donna  du  repos  à ses 
armées.  4,890. 

Cette  armistice  étant  réglée  pour  tous  les  guerriers,  ces 
grands  héros  entrèrent  dans  leurs  quartiers,  couverts  de 
blessures  nçues  dans  le  combat.  4,891. 

Pensant  aux  exploits  de  Bhisbma  dans  la  guerre,  les 
Pàndouides,  accablés  de  traits  par  ce  taillant  capitaine , 
ne  pouvaient  goûter  un  moment  de  tranquillité.  4,892. 

Mais  on  applaudissait  à Bhishma,  victorieux  dans  ce 
combat  des  Pàndouides,  accompagnés  des  Srindjayas,  et 
ses  bardes  le  célébraient,  fils  de  Bhàrata.  4,893. 

Il  habitait  avec  les  Kourouides  et  ne  voyait  chez  eux 
que  des  formes  joyeuses  de  tous  les  côtés.  Ensuite  la  nuit 
en  s'épaississant  plongea  tous  les  êtres  dans  l’insensibi- 
lité. 4,894. 

* 

Dans  cet  horrible  commencement  de  la  nuit,  les  Pàn- 
douides et  les  superbes  Srindjayas  avec  les  Vrishnides 
s’assirent  pour  délibérer.  4,895. 

Tous  les  guerriers  à la  grande  puissance,  habiles  dans 
les  résolutions  et  les  conseils,  délibérèrent  sans  trouble 
surce  qu’ils  avaient  de  mieux  à faire  dans  la  circonstance. 

Quand  le  roi  Youdhishthira  eut  consulté  long-temps, 
sire,  il  dit  enlin  ces  paroles,  les  yeux  tournés  vers  le  Va- 
soudévide  : 4,896 — 4,897. 

« Vois,  Krishna,  ce  magnanime  Bhishma  au  courage 
terrible,  qui  broie  mon  armée  comme  un  éléphant  foule 
aux  pieds  une  forêt  de  roseaux.  4,898. 

» Nous  ne  pouvons  fixer  nos  yeux  sur  ce  magnanime, 


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BHISHMA-PARVA. 


489 

qui  nous  dévore,  comme  un  feu,  qui  s’est  accru  au  milieu 
de  nos  armées.  4,899. 

» Irrité  dans  ie  combat,  l'auguste  Bhlshma  aux  flèches 
acérées  lorsqu’il  a pris  son  arc  et  qu’il  décôcheses  traits 
aigus,  ressemble  à ce  monstrueux  serpent,  l’horrible  Tak- 
shaka  au  subtil  venin.  Il  est  capable  de  vaincre  dans  sa  co- 
lère Yama  lui-même,  ou  le  roi  des  Dieux,  sa  foudre  à la 
main,  ou  Varouna,  tenant  son  lacet,  ou  le  souverain  des 
richesses,  armé  de  sa  massue.  11  est  impossible  de  sur- 
monter dans  un  grand  combat  Bhishina,  enflammé  d’une 
ardente  colère  ! A, 900 — A, 901 — 4,902. 

» Puisque  les  choses  sont  ainsi,  Krishna,  je  suis  plongé 
dans  un  océan  de  chagrins.  Je  me  suis  risqué  A combattre 
Bhlshma  par  la  faiblesse  de  mon  intelligence.  4,903. 

» J’irai  dans  une  forêt  inaccessible  ; il  n’y  a rien  de 
mieux  pour  moi  que  de  m > renfermer  là  ! Je  ne  suis  plus 
d’avis  de  combattre  ; en  effet,  nous  sommes  toujours  im- 
molés par  Bhlshma.  4,904. 

>.  De  même  qu’une  sauterelle,  courant  vers  un  feu  al- 
lumé, se  précipite  dans  la  mort  par  ce  côté  seul;  ainsi 
moi,  je  suis  allé  vers  Bhlshma.  4,905. 

» C’est  pour  un  royaume,  Vrishnide,  que  je  suis  con- 
duit à ma  perte  , que  mes  frères  eux-mêmes,  en  dépit  de 
leur  héroïsme,  sont  blessés  profondément  de  flèches  ; 

» Que,  déchus  du  trône,  ils  furent  condamnés  à l’exil 
dans  les  bois,  par  amitié  pour  moi,  et  que  Krishna,  meur- 
trier de  Madhou,  fut  enveloppée  de  vexations  à cause 
de  moi.  4.906 — 4,907. 

» J’estime  d’un  haut  prix  la  vie,  car  aujourd’hui  elle 
m’est  difficile  à conserver;  mais  je  cultiverai  le  plus  saint 
devoir  dans  le  temps,  qui  me  reste  à vivre.  4,908. 


\ 

*90  LE  MAHA-BHVRATA. 

» Si  ta  faveur  doit  s’étendre  sur  moi  et  sur  mes  frères, 
Kéçava,  daigne  me  dire  avec  amitié  ce  qui  sied  à mon  de- 
voir de  kshau  ya.  » à ,009. 

Dès  qu’il  eut  entendu  ces  paroles  d’Youdhishthira, 
Krishna  lui  répondit  avec  commisération  et  dans  une 
large  étendue,  en  consolant  ce  héros  : 4,010. 

« Ne  veuille  pas  concevoir  de  crainte,  fils  de  Dharma, 
homme  fidèle  à la  vérité  ; tes  frères  sont  des  braves,  dif- 
ficiles à vaincre,  immolateurs  des  ennemis.  4,911. 

» Arjouna  et  Bhlmaséna  ont  une  force  égale  à celle  du 
feu  ou  du  vent;  les  deux  héroïques  fils  de  Mâdrl  res- 
semblent à deux  souverains  des  Immortels.  4,912. 

» Donne-m’en  l'ordre,  fils  de  Pândou , et,  par  amitié 
pour  toi,  je  combattrai  avec  Bhtshma.  Commandé  par  toi, 
Mahàràdja , que  ne  ferai-je  pas  dans  une  grande  bataille  ? 

# Je  défierai  Bhfshma,  cet  homme  éminent , et  je  l’im- 
molerai dans  le  combat,  sous  les  yeux  mêmes  des  fils  de 
Dhritarâshtra,  si  Phàlgouna  se  dérobe  à cette  tâche. 

4,913—4,914. 

» Si,  pour  que  tu  voies  aujourd’hui  la  victoire,  fils  de 
Pândou,  il  faut  que  l’héroïque  Bhtshma  périsse,  je  tuerai, 
saris  autre  aide  que  mon  char,  le  vieux  ayeul  des  Kou- 
rouides.  4,915. 

» Regarde  ma  bravoure  dans  le  combat,  sire,  comme 
celle  de  Mahéndra  ; je  l’abattrai  de  son  char,  nonobstant 
les  grands  astras,  qu’il  pourra  décocher.  4,916. 

» Qui  est  l’ennemi  des  fils  de  Pândou  est  aussi  mon 
ennemi  ; ceux,  qui  sont  pour  moi,  sont  également  pour 
vos  majestés , et  ceux,  qui  sont  à vous,  sont  pareillement 
à moi.  4,917. 

» Ton  frère  est  mon  ami,  mon  parent,  mon  disciple  ; 


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BH1SHM  A-PARVA. 


491 

je  déchirerai  les  chairs  de  Bhishma,  maître  de  la  terre, 
et  je  le  mettrai  en  pièces  au  nom  de  Phâlgouna.  S, 918. 

* » A l’envi  l’un  et  l’autre,  nous  sauverons,  mon  fils,  l'é- 

minente personne,  qui  me  fera  le  sacrifice  de  sa  vie  : telle 
est  notre  loi.  4,919. 

» Donne-moi  tes  ordres,  Indra  des  rois,  car  je  suis  ton 
soldat.  Il  faut  remplir  maintenant  cette  parole,  qui  fut  dite 
jadis  par  le  sage  Prithide,  quand  il  fit  cette  promesse  à la 
face  du  monde  entier  : « Je  tuerai  le  fils  de  la  Gangà.  » 

4,920— 4,921. 

» C’est  à moi  sans  doute  d’exécuter  ce  que  le  Prithide 
a promis  ; mais  ce  n'est  pas  une  charge  considérable,  que 
Phâlgouna  a prise  là  dans  la  guerre.  A, 922. 

» Il  immolera  dans  le  combat  Bhishma,  ce  conqué- 
rant des  cités  ennemies;  car  le  fils  de  Prithâ  dans  une  ba- 
taille soumettrait  l’impossible  même  à ses  efforts.  4,923. 

r.  Arjouna  pourrait  tuer  dans  un  combat,  souverain 
des  hommes,  les  Immortels  soulevés , joints  aux  Dànavas 
et  aux  Daltyas  ; à plus  forte  raison  Bhishma.  4,924. 

» Ce  guerrier  à la  grande  vigueur,  le  fils  de  Çânta- 
nou,  notre  ennemi,  à qui  reste  peu  de  temps  à vivre  (1) 
et  de  qui  l’âme  est  déjà  presque  exhalée,  ne  se  doute  sûre- 
ment pas  de  ce  qui  doit  arriver  ! # 4,926. 

a C’est  ainsi  que  tu  dis,  Mâdh&va  aux  longs  bras,  lui 
répondit  Youdhishthira;  tous  ces  guerriers  en  effet  ne 
sont  point  capables  de  soutenir  ta  fougue.  4,926. 

» J’obtiendrai  nécessairement  tout, suivant  mes  désirs, 
moi,  dans  le  parti  duquel,  tigre  des  hommes,  est  placée 
ta  majesté.  4,927. 

(ij  Texte  de  R îmbey. 


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A92 


LE  MAHA-BHARATA. 


» Grâce  à ta  protection,  Govinda,  le  plus  grand  des 
conquérants,  je  pourrais  vaincre,  les  armes  à la  main  (1), 
les  Dieux,  Indra  même  à leur  tète;  combien  plus  le  grand 
héros  Bhishuia.  A, 928. 

» Ton  honorabilité  s’oppose  à ce  que  tu  rendes  ta  parole 
sans  vérité  ; fais  donc,  sans  combattre,  Màdhava,  so- 
ciété avec  nous,  comme  tu  as  dit.  A, 929. 

» Une  certaine  condition  me  fut  imposée  dans  ma  guerre 
avec  Bhishuia  : <>  Je  te  donnerai  mes  conseils,  as-tu  dit, 
seigneur,  mais  d’aucune  manière,  je  ne  combattrai.  » Et 
lui  : <■  Je  combattrai  pour  Douryodhana  ; c'est  la  vérité.  » 
Qui  me  donnera  ses  conseils,  Màdhava,  me  donnera  un 
royaume.  A, 930 — A, 931. 

» Tous,  accompagnés  de  ta  majesté,  meurtrier  de  Ma- 
dhou,  allons  trouver  de  nouveau  Dévavrata,  et  constil- 
lons-ie  sur  les  moyens  de  lui  donner  la  mort.  A, 932. 

» Tous,  de  concert,  il  faut  nous  rendre  promptement 
auprès  de  Bhlshma,  et  lui  demander,  sans  tarder,  qu’il 
nous  donne  ce  conseil,  digne  d un  Kourouide.  A, 933. 

» 11  nous  fera  entendre,  Djanârddana,  une  parole  bonne 
et  vraie;  et  moi,  Krishna,  je  ferai  dans  la  guerre  suivant  ce 
qu’il  prescrira.  A, 93 A. 

» Cet  homme  aux  vœux  persévérants  nous  donnera 
donc  un  conseil  et  la  victoire.  Enfants,  privés  de  notre 
père,  ce  fut  lui,  qui  nous  éleva.  A, 935. 

» Si  j’ai  le  désir  de  tuer,  Màdhava,  notre  vieil  aïeul,  le 
père  et  le  bien-aimé  de  mon  père,  honte  soit  à la  profes- 
sion du  kshatrya!  » A, 930. 

Ensuite  le  Vrishnide  répondit,  grand  roi,  ces  mots  au 

(1)  Ranai. 


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BHISHMA-PAIIV  \. 


493 


rejeton  de  Kourou  : « Ta  parole  me  plaît,  Indra  des  rois 
à la  grande  science.  4,937. 

» Bhlshma-Dévavrata  est  un  homme  vertueux  ; son  as- 
pect seul  réduirait  en  cendres;  allez  vers  le  fils  du  fleuve 
l’interroger  sur  les  moyens  de  lui  donner  la  mort  à lui- 
même  (1).  4,938. 

» 11  peut  répondre  la  vérité  à ces  questions  surtout. 
Rendons-nous  donc  chez  lui  pour  interroger  ce  vieil  aïeul 
des  Kourouides.  4,939. 

» Arrivés  auprès  du  vieillard,  fils  de  Çântanou,  de- 
mandous-lui  un  conseil,  Bharatide  ; il  nous  fera  entendre 
cet  avis,  avec  lequel  nous  combattrons  les  ennemis.  » 

Après  qu'ils  eurent  délibéré  ainsi,  tous  les  héros  Pân- 
douides  s’en  allèrent,  avec  le  vigoureux  Vasoudévide, 
trouver  ce  guerrier,  de  qui  la  naissance  avait  précédé  la 
naissance  de  Pândou.  4,940 — 4,941. 

Entrés  sans  armes,  sans  cuirasses  dans  l’habitation  de 
Bhlshma,  ils  s'inclinèrent  alors,  baissant  la  tête  devant  ce 
vieillard.  4,942. 

Les  fils  de  Pândou,  honorant  cet  éminent  Bharatide  et 
courbant  lefront,  puissant  roi,  s'approchèrent  de  iihishma, 
comme  de  leur  salut.  4,943. 

Bhlshma  aux  longs  bras,  l’aïeul  des  Kourouides,  leur 
dit  : « La  bien-venue  te  soit  donnée,  Vrishnidel  la  bien- 
venue soit  à Dhanandjayal  4,944. 

» La  bien-venue  soit  à Dhannarâdja,  à Bhtm&séna  et 
aux  deux  jumeaux  ! Quelle  chose  faisable,  accroissant  le 
plaisir,  ne  ferai-je  point  ici  pour  vous?  4,945. 

» Je  ferai  de  toute  mon  âme  ce  qui  ne  sera  point  im- 


(t)  Teite  de  Bombay. 


LE  MAHA-BH4RATA. 


464 

possible.  « Au  fils  de  la  Gangâ,  qui  répétait  mainte  et 
mainte  fois  ces  mots  associésau  plaisir,  le  monarque  You- 
dhùhthira  d’une  àme  affligée  répondit  en  ces  termes, 
également  joints  au  plaisir  : « Comment  pourrons-nous 
vaincre,  ô toi,  à qui  rien  n'est  caché?  Comment  pour- 
rons-nous obtenir  le  royaume?  4,940 — 4,947. 

# Comment  n’y  aura-t-il  pas  destruction  des  créatures 
animées  ! Dis-moi,  cela,  seigneur  I Que  ta  majesté  veuille 
bien  nous  dire  par  quels  moyens  nous  pouvons  lui  donner 
la  mort  à elle-même.  4,948. 

» Comment  pourrons-Dous,  héros,  soutenir  ta  majesté 
dans  les  combats?  Car  il  n’existe  pas  en  tes  armes,  aïeul 
des  Kourouides,  le  plus  minime  défaut?  4,949. 

» Nous  te  voyons  toujours  dans  les  batailles,  portant 
un  arc  arrondi  en  cercle,  prendre  ta  flèche  au  carquois, 
l’encocher  sur  l’arme  et  tirer,  sans  que  nous  voyions  ton 
arc.  4,950. 

» Immolateur  aux  longs  bras  des  héros  ennemis,  nous 
te  voyons  sur  ton  char,  tel  qu’un  second  soleil,  détruire 
les  éléphants,  les  hommes,  les  chevaux  et  les  chars. 

« Quel  mortel  peut  aujourd’hui  vaincre,  éminent  Bha- 
ratide  ? Un  immense  carnage  s'étend  sous  ta  main,  qui 
verse  des  pluies  de  flèches  ; 4,951—4,952. 

« Et  ma  grande  armée  est  conduite  à sa  perte  dans  le 
combat!  Dis-moi  de  quelle  manière  nous  pouvons  te  vain- 
cre, mon  aïeul,  et  reconquérir  puissamment  le  royaume, 
sans  qu’il  y ait  destruction  de  mon  armée.  » Ensuite  le 
fils  de  Qàntanou,  qui  était  né  avant  Pândou,  répondit  en 
ces  termes  aux  Pàndouides  : 4,953  — 4,954, 

« D’aucune  manière,  fils  de  Kountt,  moi  vivant,  jamais 
tu  n’obtiendras  la  victoire  sur  le  champ  de  bataille  : je  te 


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\ 


BH1SHMA-PARVA.  406 

dis  cette  vérité,  ô toi,  qui  n’ignores  aucune  chose.  4,966. 

» La  victoire  viendra  à vous  dans  les  combats,  Pàn- 
douides,  quand  vous1  m’y  aurez  vaincu.  Hàtez-vous  donc, 
si  vous  désirez  recueillir  la  victoire  dans  les  batailles,  de 
combattre  avec  moi  ! 4,956. 

» La  lutte  vous  est  permise  : combattez  avec  moi,  Pàn- 
douides,  comme  il  vous  sera  agréable.  Vous  méconnaissez, 
et  je  pense  qu’ ainsi  la  chose  sera  bien  faite.  4,957. 

» Moi  une  fois  mort,  tout  est  mort  ! agissez  donc 
ainsi  ! a 4,968. 

« Dis-nous  donc  le  moyen,  reprit  Youdhishthira  : com- 
ment, les  armes  à la  main  (1),  vaincrons-nous  ta  majesté 
en  courroux  dans  le  combat,  comme  la  Mort,  son  bâton  à 
la  main  ? 4,959. 

» Il  est  possible  de  vaincre  l’Immortel,  qui  tient  la 
foudre,  et  Varouna,  et  Yama  ; mais  il  est  impossible  aux 
Asouras  et  aux  Dieux,  Indra  même  à leur  tête,  de  vaincre 
ta  majesté  ! a 4,960. 

« Ce  que  tu  dis  est  vrai,  Pândouide  aux  longs  bras,  lui 
répondit  Bhishma  : je  suis  invincible  en  bataille  aux  Asou- 
ras et  aux  Dieux,  Indra  même  à leur  tête,  lorsque  j’ai 
pris  mes  flèches  et  que  je  déploie  mes  efforts,  le  meilleur 
des  arcs  à la  main.  Néanmoins,  une  fois  que  j’ai  déposé 
mes  traits,  ces  grands  héros  pourraient  bien  m’immoler  ! 

4,961 —4. 962. 

» Je  n’aime  pas  le  combat  avec  un  homme,  qui  a rejeté 
ses  flèches,  ou  qui  est  tombé,  ou  de  qui  la  cuirasse  est 
détachée  et  le  drapeau  à bas,  ou  qui  s’enfuit,  ou  qui  a 
peur,  ou  qui  dit  : « Je  t'appartiens  I » ni  avec  un  homme 

(1)  Youddhai. 


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496 


LE  MAHA-BHARATA. 


mutilé,  ou  diffamé,  ni  avec  le  père  d'un  fils  unique,  ni 
avec  une  femme,  ou  celui,  qui  porte  un  nom  de  femme. 

4,96.1—4,904. 

» Écoute  de  mabouche,  Indra  des  rois,  un  dessein,  que 
je  roule  dans  ma  pensée  depuis  long-temps.  Quand  j'aurai 
vu  son  drapeau  sinistre,  il  ne  m’arrivera  jamais  de  com-  * 
battre  ce  fils  de  Droupada  (1) , sire,  qui  est  dans  ton 
armée,  Çikhandl,  ce  héros  au  grand  char,  impétueux  dans 
les  combats  et  victorieux  dans  les  batailles.  4,905-4,906. 

» Car  il  fut  d’abord  une  femme  ; depuis,  il  est  passé 
dans  la  condition  virile  : vos  majestés  connaissent  bien  toute 
cette  histoire.  4,967. 

» Qu’Arjouna,  le  héros  cuirassé,  ayant  mis  devant  ses 
pas  Çikhandl  dans  la  bataille,  fonde  sur  moi  avec  ses 
traits  acérés.  4,968. 

» Je  ne  désire  en  aucune  manière,  saisissant  mes  flèches, 
combattre  avec  ce  guerrier  au  drapeau  sinistre,  sachant 
surtout  que  jadis  il  fut  une  femme.  4,969. 

» Que  le  Pândouide  Arjouna,  s’étant  approché  de  moi, 
grâce  à lui,  me  frappe,  sans  retard,  de  ses  flèches  par 
tous  les  côtés,  éminent  Bharatide.  4,970. 

» Je  ne  vois  personne  dans  les  mondes,  qui  puisse  me 
tuer,  mes  armes  levées,  si  ce  n’est  le  vertueux  Krishna  et 
le  Pândouide  Dhanandjaya  ! 4,971. 

» Que  Bihhatsou  inelfê  donc  un  certain  autre  devant 
moi  et  que,  tenant  ses  flèches,  déployant  ses  efforts,  ser- 
rant le  meilleur  des  arcs,  il  m'abatte  sur  le  champ  de 
bataille  ! La  victoire  est  ainsi  assurée  pour  toi  1 Fais  cela, 
vertueux  Indra  des  rois,  comme  il  me  fut  dit,  et  tu  feras 

^ (1)  Texte  de  Bombay. 


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BHISIIMA-PARVA. 


497 


mordre  la  poussière  dans  le  combat  à tous  les  Dhrita- 
ràshtrides  rassemblés.  » 4,972 — 4,973 — 4,974. 

Quand  ils  eurent  reçu  ce  conseil,  les  fils  de  Prithâ, 
s'étant  inclinés  devant  le  magnanime  Bhlshtua,  l’ayeul  des 
Kourouides,  s'en  retournèrent  dans  leur  quartier.  4,976. 

Dès  que  le  lils  de  la  Gàngâ,  initié  déjà  pour  l'autre 
monde,  eut  ainsi  parlé,  Arjouna,  consumé  par  la  douleur, 
dit  ces  paroles  pleines  de  confusion  : 4,976. 

« Comment  pourrai-je  livrer  ce  combat,  Màdhava,  à 
mon  sage  ayeul,  le  vieillard  des  Kourouides,  un  bomme, 
que  je  dois  respecter  et  qui  est  consommé  dans  la 
science?  4,977. 

« Ce  magnanime  au  grand  cœur,  de  qui  j’ai  taché  les 
habits  dans  les  jeux  de  mon  enfance  avec  mes  membres 
souillés  de  poussière  1 4,978. 

» Cet  homme  à l'àme  noble,  le  père  de  Pândou  , mon 
père,  ne  lui  ai-je  pas  dit , monté  sur  son  sein,  de  ma  voix 
enfantine  : « Papa?  » 4,979. 

» Comment  pourrai-je  lui  donner  la  mort  à cet  homme, 
qui  me  répondait  au  temps  de  mon  enfance  : « Je  ne  suis 
pas  ton  père,  fils  de  Bharata;  je  suis  le  père  de  ton 
père?  » 4,980. 

» Qu’il  immole,  j’y  consens,  mon  armée,  je  ne  com- 
battrai pas  avec  ce  magnanime.  La  victoire  ou  la  mort  ! 
Ou  que  oenses-tu,  Krishna,  qui  soit  préférable?  » 

Le  Vasoudévide  répondit  : 

u Après  que  tu  as  promis  jadis  que  tu  donnerais, 
Djishnou,  la  mort  à Bhlshuia  dans  la  bataille,  comment 
pourrais-tu,  Prithide  , ne  pas  le  tuer,  si  tu  restes  dans  le 
devoir  du  kshalrya?  4,981  — 4,982. 

» Renverse  de  son  char  ce  kshatrya , ivre  de  la  cruelle 
ni  32 


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LE  WAHA-BHARATA. 


m 

ivresse  des  batailles  ! Si  tu  immoles  ce  fils  de  la  Gangft 
dans  la  guerre,  tu  obtiendras  la  victoire.  4,983. 

» Cela  jadis  a été  vu  par  les  Dieux  : il  descendra  au 
séjour  d'Yama.  La  chose  ne  peut  arriver  d’une  autre  ma- 
nière que  celle,  fils  de  Pritbâ,  sous  laquelle  on  l'a  vue 
autrefois.  4,984. 

» Nul  autre  que  toi,  fût-ce  le  Dieu  même,  qui  tient  la 
foudre,  ne  pourrait  combattre  cet  inaffrontable  BliÎ3hma, 
qui  ressemble  à la  Mort,  la  bouche  ouverte.  4,985. 

» Immole  Bhtshtna  ! Écoute  avec  attention  cette  parole 
de  ma  bouche  ; comme  a parlé  jadis  Vrihaspati  d’une 
haute  intelligence  à Çakra  : 4,98b. 

« 11  est  permis  de  tuer  un  vieillard,  fût-il  chargé  d’an- 
nées, fût  -il  doué  même  des  vertus,  s'il  s'avance  en  homi- 
cide pour  vous  donner  la  mort.  » 4,987. 

» Voilà,  Dhanandjaya,  le  devoir,  qui  reste  éternel  aux 
kshatryas.  Le  guerrier  vertueux  doit  sans  cesse  inter- 
roger, défendre  et  combattre.  » 4,988. 

« Çikhandt,  reprit  Arjouna,  doit  être  certainement  la 
mort  de  Bhîshma  ; en  effet,  sitôt  qu'il  a vu  ce  Pântchâ- 
lain,  Bhlshma  se  retire  toujours  du  combat.  4,989. 

» Nous  donc,  ayant  jeté  Çikhandt  devant  lui,  nous 
abattrons  le  fils  de  Gangà  par  ce  moyen,  qu’il  nous  a 
donné.  Voilà  mon  sentiment.  4,990. 

» Tandis  que  j’arrêterai  avec  mes  flèches  les  autres 
grands  héros,  Çikhandt  engagera  un  combat  avec  Bhlshma, 
le  plus  brave  des  combattants.  4,991. 

» N’avons-nous  pas  entendu  ce  premier  des  Kou- 
rouides  partit  ainsi  : « Je  ne  combattrai  pas  Çikhandt  ; 
en  effet,  après  qu’il  eut  été  une  jeune  fille,  il  e3t  devenu 
un  homme?  » 4,992. 


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BH1SHM  Y-PAR  VA. 


499 


Dès  qu’ils  eurent  ainsi  arrêté  une  résolution,  les  Pân- 
douides  arec  Màdhava,  ayant  honoré  ce  magnanime,  se 
séparèrent,  leurs  âmes  satisfaites.  4,993. 

« Comment  Çikhand!  s’est-il  approché  de  Bhlshma 
dans  la  bataille , s’enquit  Dhritaràshtra  ? Comment 
Bhlshma  s’est -il  avancé  vers  les  Pàndouides?  Raconte- 
moi  cela,  Sandjaya.  » 4,994. 

Ensuite,  tous  les  Pàndouides,  au  lever  du  soleil,  frap- 
pèrent sur  les  tambours,  les  tymbaleset  les  tambourins. 

Ils  enflèrent  de  tous  côtés  les  conques,  couleur  du  lait, 
et,  suivant  les  pas  de  Çikhandi,  les  fils  de  Pàndou  sortirent 
sur  le  champ  de  bataille.  4,995 — 4,900. 

Us  disposèrent  un  ordre  de  bataille,  destructeurs  de 
tous  les  ennemis  : Çikhandî,  grand  roi , marchait  en 
avant  de  toutes  les  armées.  4,997. 

Arjonna  et  Uhîmaséna  défendaient  les  roues  de  son 
char  ; les  cinq  fils  de  Draâupadi,  le  vigoureux  Soubha- 
dride,  Sâiyaki  et  Tchékiiâna  venaient  sur  les  derrières. 
Après  eux,  gardé  par  les  Pàntchàlains,  Dhrishtadyoumna, 
le  grand  héros,  protégeait  lui-même  ces  guerriers. 

4,998-4,999. 

Sur  leurs  pas,  accompagné  des  jumeaux  , l'auguste  roi 
Youdhishthira  s’avançait,  éminent  Bbaratide,  faisant  ré- 
sonner les  échos  de  ses  cris  de  guerre.  5,000. 

Viràta  marchait  ensuite,  environné  de  son  armée  : après 
lui,  mornarque  aux  longs  bras,  Droupada  courait  sur 
l’enuemi.  5,001. 

Les  cinq  frères  Kalkéyains  et  le  vigoureux  Dhrishtaké- 
tou  protégeaient  les  derrières  de  l’armée  Pàndouide. 

Quand  ils  eurent  ainsi  disposé  leur  vaste  armée,  les 
fils  de  Pàndou  fondirent  sur  tes  divisions  pour  les  com- 


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600 


LF,  MAHA-BHARATA. 


battre  en  hommes,  qui  ont  fait  le  sacrifice  de  leur  vie. 

Et  l'in  llrontable  Kourouide,  sire,  défendu  par  tes  fils 
à l'immense  vigueur,  ayant  mis  le  grand  héros  Bhlshma 
en  avant  de  toutes  les  armées,  s’avança  contre  les  Pàn- 
douides.  Puis,  venaient  Dronaau  grand  arc  et  son  fils  à la 
grande  force.  5,002—5,003—5,004 — 5,005. 

Ils  étaient  suivis  de  Bhngadatta,  entouré  d'une  armée 
d éléphants,  de  Kripa  et  de  Kritavarman,  dévoués  à Bha- 
gadatta.  5,000. 

» Après  eux , s'avançaient  le  vigoureux  souverain  du 
Kambodje  à la  grande  urbanité,  et  le  Màgadhain  Djayat- 
séna  et  Vrihadbala  le  Soubalide,  5,007. 

Et  les  autres  héroïques  monarques,  de  qui  Souçarman 
était  le  chef.  Ils  protégeaient  les  derrières  de  ton  armée, 
fils  de  Bharata,  5,008. 

Chaque  jour  à peine  arrivé,  le  fils  de  Çântanou,  Bhishuia 
disposait  dans  le  combat  des  ordres  de  bataille  Asou- 
rique.  Piçàtchain  ou  Rakshasique.  5,009. 

Alors  s’éleva  entre  eux  et  les  tiens  une  bataille,  accrois- 
sement du  royaume  d'Yama,  où  les  deux  partis  s’entré- 
gorgeaient  l'un  l'autre.  5,010. 

Les  Pritbides,  qui  avaient  Arjouna  à leur  tête,  ayant 
mis  Çikhandi  en  avant,  s’approchèrent  de  Bhlshma  dans 
le  combat,  en  dispersant  dill'érenls  projectiles.  5,011. 

Là,  transpercés  par  les  (lèches  de  Bhtma,  les  tiens, 
baignés  par  des  ruisseaux  de  sang,  descendirent  alors 
da  s l'autre  monde.  5,012. 

Nakoula,  Sahadéva  et  Sàtyaki,  le  grand  héros,  ayant  at- 
taqué ton  armée,  l’accablèrent  sous  leur  puissance.  5,013. 

Battus  dans  le  combat,  les  tiens,  éminent  Bharatide,  ne 
purent  arrêter  la  grande  artuée  des  fils  de  l’ândou.  5,014. 


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BHISHMA-PARVA. 


501 


Frappée  de  tous  les  côtés,  ton  armée,  richement  pour- 
vue de  fameux  héros,  fut  emportée  aux  dix  points  de 
l’espace.  5,015 

Sous  l’atteinte  des  flèches  aiguës,  lancées  par  les  Pàn- 
douides  et  les  Srindjayas,  les  tiens,  ô le  plus  grand  des 
Bharatides,  ne  trouvèrent  pas  un  sauveur.  5,016. 

« Quand  il  vit  l’armée  accablée  par  le  fils  de  Prithà, 
dis-moi,  Sandjaya,  lui  demanda  Dhritarâshtra,  ce  que  lit 
alors  Bhlshma,  irrité  dans  le  combat.  5,017. 

» Dis-moi,  homme  vertueux,  comment  ce  héros  ter- 
rible s’est  élevé  dans  la  guerre  contre  les  Pàndouides,  en 
détruisant  les  Somakas.  » 5.018. 

Je  vais  te  raconter,  grand  roi,  ce  que  fit  ton  père,  lui 
répondit  Sandjaya,  quand  l’armée  de  ton  fils  était  écrasée 
par  les  Pàndouides  et  les  Srindjayas.  5,010. 

Les  héroïques  Pàndouides  s’avancèrent,  l'àme  joyeuse, 
vers  le  guerrier,  de  qui  la  naissance  précéda  celle  de 
Pândou,  en  immolant  l’armée  de  ton  fils.  5, 020. 

Bhlshma  alors  s’irrita  de  voir  les  ennemis  exercer  , 
dans  le  combat,  sur  ton  armée,  un  ratage  qui  détruisait, 
Indra  des  hommes,  les  coursiers,  les  éléphants  et  les 
guerriers.  5,021. 

L’inaffrontable  héros,  renonçant  à la  \ie,  fit  tomber 
sur  les  Pàndouides , les  Pàntchàlains  et  les  Srindjayas 
une  pluie  de  nârâtchas(l),  de  vatsadantas  (2)  et  d’andja- 
likas  (3)  acérés.  Ses  traits  à la  main,  il  couvrit  les  plus 
excellents  des  Pàndouides,  les  cinq  grands  héros  eux- 
mèrnes,  qui  déployaient  leurs  efforts  dans  ce  combat,  de 


(1—2—3)  Sortes  de  dards.  Bohtlingk  et  Rotb  gardent  le  silence  -u 
cette  signification  du  mot  cmdjalika. 


502 


LE  MAHA-BHARATA. 


flèches  et  d'une  pluie  d’astras  et  de  projectiles  divers, 
lancés  avec  ressentiment  et  vigueur. 

5,02*2—5,023—5,024. 

11  tua  avec  colère  en  ce  combat  les  éléphants  et  les 
chevaux,  par  quantités  innombrables.  11  inspira  la  terreur 
aux  ennemi?,  sire,  en  immolant  les  maîtres  de  chars  sur* 
les  chars,  les  cavaliers  sur  l’échine  de  leurs  coursiers, 
les  guerriers  d’éléphants  sur  lesproboscidiens,  qu'il  smon- 
taient,  et  les  phalanges  de  fantassins.  5.025 — 5,026. 

Tels  que  les  Asouras  se  hasardent  vers  le  Dieu,  qui 
tient  sa  foudre  à la  main , tels  les  Pàndouides  s’appro 
chèrent  de  l’héroïque  Bhtshma  seul,'  qui  précipitait  ses 
pas  dans  la  bataille.  5,027. 

On  le  voyait,  dans  tous  les  points  de  l’horizon,  porter 
un  aspect  effrayant  et  décocher  ses  traits  acérés,  au  con- 
tact semblable  A celui  du  tonnerre  de  Çakra.  6,0*28. 

On  voyait,  dans  ses  combats  sur  le  champ  de  bataille, 
son  grand  arc,  pareil  à l’arc  d’Indra,  continuellement  ar- 
rondi en  cercle.  5,020. 

A la  vue  de  ses  exploits  dans  ce  conflict,  tes  fils,  mo- 
narque des  hommes,  s'élevèrent  au  comble  de  l’étonne- 
ment et  applaudirent  à leur  aïeul.  5,030. 

Les  Prithides,  l’âme  égarée,  de  contempler  ton  père 
dans  ses  combats,  comme  les  Immortels  virent  le  grand 
Asoura  Vipratchitti;  5,031. 

Et  ils  ne  purent  l’arrêter  de  même  que  la  mort,  sa 
gueule  ouverte.  Arrivé  (1)  le  dixième  jour,  l’armée  des 
chars  de  Çikhand!  5,032. 

Consuma  de  ses  traits  acérés,  comme  le  Dieu  à la  route 


il;  Texte  de  Bombay. 


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BH1SHMA-PARVA. 


50» 

noire  (1)  dévore  une  forêt.  Çikhandi  perça  entre  les  seins 
ce  héros  courroucé,  tel  qu'un  serpent  et  semblable  à la 
mort,  fille  du  temps.  A la  vue  de  Çikhnndl  et  profondé- 
' ment  blessé  par  lui,  Bblshma  5,033—5,034. 

Irrité,  mais  comme  une  personne  indifférente  à ses 
coups,  lui  dit  ces  mots  en  riant  : « A ta  volonté!  lance 
sur  moi  tes  flèches!  Je  ne  te  combattrai  d’aucune  ma- 
nière; 5,035. 

» Car  Brahma  fit  de  toi  une  Çikhandini?  » A peine 
eut-il  entendu  ces  mots,  Çikhandi  plein  de  colère,  5,030. 

Léchant  les  angles  de  sa  bouche,  répondit  à Bhlshma 
dans  ce  combat  : « Je  te  conoais,  guerrier  aux  longs  bras, 
destructeur  des  kshatryas.  5,037. 

» On  m’a  raconté  la  bataille,  que  tu  as  soutenue  avec  le 
Djamadagnide  ; j'ai  ouï  dire  nombre  de  fois  ta  puissance 
supérieure  et  céleste.  5.038. 

» Et.  quoique  je  connaisse  bien  la  prééminence  de  ta 
force,  je  n'en  combattrai  pas  moios  à l’instant  même  avec 
toi.  Oui!  pour  faire  une  chose  agréable  aux  Pàndouides 
et  à moi-même,  fléau  des  ennemis,  5,039. 

» Je  te  livrerai  maintenant  un  combat,  ô le  plus  ver- 
tueux des  hommes  ; je  te  coucherai  certainement  sur  la 
poussière  : je  le  jure  sur  la  vérité  en  face  de  toi.  5,040.  „ 

» A présent  que  tu  as  eutendu  cette  grande  parole, 
fais  ce  que  tu  veux  faire.  A ta  volonté,  lance  ou  non  tes 
flèches;  mais  tu  n’ échapperas  point  vivant  à nies  mains. 

» Regarde  bien  ce  monde,  Bhlshma,  vainqueur  dans 
les  combats,  car  tu  ne  le  reverrai  plus  (2).  » 

5,041—5,042, 

(1)  Le  feu. 

(2)  Explication  du  ooiuinenUire. 


604 


LE  MAH A-BIÏ  \RATA. 


Quand  il  eut  parlé  ainsi,  il  blessa  de  cinq  flèches  aux 
nœuds  inclinés  Bhishma,  déjà  blessé  par  les  flèches  de 
ses  paroles.  5,043. 

Dès  qu'il  eut  entendu  sa  voix,  l’héroïque  Ambidextre 
pensa  que  le  moment  était  arrivé  et  stimula  Çikhandi  : 

« Je  te  suivrai  dans  les  combats,  dispersant  de  mes 
traits  les  ennemis.  Cours,  bouillant  de  colère,  sur  Bhishma 
au  courage  épouvantable!  5,044—5,046. 

» 11  est,  certes!  impossible  qu’il  te  fasse  une  blessure 
dans  la  guerre  ; déploie  donc  tes  efforts,  héros  aux  longs 
bras,  et  cours  maintenant  sur  Bhishma.  6,046. 

» Si  tu  reviens  de  la  bataille,  sans  y avoir  tué  Bhishma, 
auguste  sire,  tu  seras  avec  moi  l’objet  des  risées  du  monde. 

» Ne  soyons  point  bafoués  dans  ce  grand  combat, 
héros;  déploie  tes  efforts  dans  la  bataille  et  triomphe  de 
Bhishma!  5,047 — 5,048. 

» J’étendrai  sur  toi  ma  vigilance  dans  ce  conflict, 
guerrier  à la  grande  force.  Tandis  que  tu  vaincras  l’aïeul, 
moi,  j’arrêterai  les  maîtres  de  chars,  5,040. 

b Drona  et  son  fils,  Kripa  et  Souyodhana,  Tchitraséna, 
Vikarna  et  Djayadratha  le  Sindhien,  5,050. 

b Vinda  et  Anouvinda,  les  deux  rois  d’Avanti,  le  Kam- 
bodje  à la  grande  urbanité , le  héros  Bhagadatta  et  le 
Màgadhain  aux  vastes  forces,  6,051. 

■>  Et  l’ héroïque  fils  de  Somadatta,  et  le  Rakshasa  Alam- 
bousba,  et  le  roi  des  Trigarttains  avec  tous  les  grands  héros 
dans  le  combat.  5,052. 

» Je  les  contiendrai,  comme  le  rivage  arrête  la  mer, 
séjour  des  makaras.  Triomphe  de  notre  ayeul;  moi,  je 
retiendrai  toute  la  grande  vigueur  des  Kourouides  réunis, 
déchaînée  dans  le  combat.  » 6,053 — 5,054. 


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BHISH.V1A-PARVA. 


505 


« Comment  le  Pântchàlain  Çikhandl,  irrité  dans  la  ba- 
taille, s’enquit  Dhritaràshtra,  a-t-il  fondu  sur  le  vertueux 
ayeul,  ce  fils  de  la  Gangà  aux  vœux  comprimés?  5,055. 

n Qui  sont,  dans  l’année  des  Pàndouides,  les  grands 
héros,  qui,  les  armes  levées,  se  hâtant  à propos  et  dési- 
rant la  victoire,  ont  défendu  Çikhandl?  5,050. 

» Comment,  dans  ce  dixième  jour,  le  fils  de  Çântanou, 
Bhlshma  à la  grande  vigueur  a-t-il  combattu  avec  les  Pàn- 
douides réunis  aux  Srindjayas  ? 5.057. 

» Je  m'indigne  que  Çikhandt  ait  pu  s’élever  contre 
Bhlshma  dans  la  guerre;  mais  n’y  aurait-il  pas  eu  un  bri- 
sement de  son  char  ? Ou  son  arc  n’aurait-il  pas  été  rompu 
à l’instant  qu’il  décochait?  » 5,058. 

L’arc  de  Bhlshma  ne  fut  pas  brisé,  lui  répondit  San- 
djaya,  tandis  qu’il  combattait  sur  le  champ  de  bataille;  et 
son  char  n’éprouva  pas  de  fracture,  au  moment  qu'il  dé- 
truisait les  ennemis  sous  ses  flèches  aux  nœuds  inclinés. 
Les  fameux  héros  des  tiens  en  plusieurs  centaines  et  plu- 
sieurs milliers,  avec  des  troupes  d’éléphants,  sire,  et  des 
chevaux  bien  dressés,  ayant  mis  votre  ayeul  à leur  tête, 
s’avancèrent  pour  le  combat.  5,059 — 5,000—5,061. 

Le  Kourouide  Bhlshma,  victorieux  dans  les  batailles, 
accomplit  suivant  sa  promesse  un  carnage  infini  de  l’armée 
Pândouide  au  milieu  du  combat.  5,002. 

Tous  les  Pântchâlains  avec  les  Pàndouides  ne  soutinrent 
pas  la  fougue  de  ce  héros  dans  l'instant  qu’il  exterminait 
les  ennemis  de  ses  flèches.  5,003. 

Enfin,  le  dixième  jour  arrivé,  les  Pàndouides  n’avaient 
pas  encore  pu  vaincre  dans  le  combat  cet  héroïque  .aîné 
de  Pàndou , Bhlshma,  semblable  à la  mort,  son  lacet  à la 
main,  ni  l’armée  des  ennemis,  qui  semait  par  centaines  et 
par  milliers  ses  traits  aigus.  6,004 — 5,065. 


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506 


LE  MAHA-BHARATA. 


Alors  Dhanandjava-Blbhatsoii,  l’Ambidextre  invaincu, 
s’approcha,  puissant  roi,  inspirant  la  terreur  à tous  les 
mal  1 1 es  de  cha  rs.  5 , 066 

Poussant  de  tout  l’effort  de  sa  voix  un  cri  comme  un 
lion,  tirant  mainte  fois  la  corde  de  son  arc,  et  disséminant 
des  multitudes  de  flèches,  le  Prilhide  agissait  dans  ce 
combat  comme  la  mort.  5,067. 

A sa  va» le  clameur,  les  tiens,  éminent  Bharatide,  ainsi 
que  des  gazelles  au  rugissement  d'un  lion,  s’enfuyaient, 
remplis  d’une  grande  terreur.  5,068. 

Dès,  qu'il  vit  le  Pândouide  victorieux  accabler  son 
année,  Dourvodhana,  sous  le  poids  de  la  crainte,  sire, 
adressa  ces  mots  à Bhtshma  : 5,069. 

« Ce  (ils  de  Pàndou  aux  chevaux  blancs  avec  le  Vasou- 
dévide  pour  cocher,  mon  père,  consume  tous  les  miens 
dans  la  bataille  comme  le  feu  à la  route  noire  dévore  une 
forêt.  5,070. 

» Vois,  fils  de  la  Gangà,  mes  armées  entièrement  mises 
eu  déroute,  ô le  plus  grand  des  combattants,  agitées  dans 
la  bataille  par  ce  fils  de  Prithà.  5,071. 

» De  môme  qu’un  chef  de  ravisseurs  enlève  des  trou- 
peaux de  bestiaux  dans  uue  forêt,  de  même  ce  guerrier 
enlève,  fléau  des  ennemis,  cette  mienne  armée.  5,072, 

» Ce  Bhlma  inaffrontable  achève  la  déroute  de  mon 
armée,  qui  fuit  de  tous  les  côtés,  rompue  déjà  par  les 
flèches  de  Dhanandjaya.  6,073. 

» Sàtyaki,  Tchékitâna  et  les  deux  Pândouides,  tils  de 
Màdri,  accompagnés  du  courageux  Abhimanyou,  ont  dis- 
persé devant  eux  mon  armée.  5,074. 

n Le  héros  Dhrishtakétou  et  le  Rakshasa  Ghatotkatcha 
ont  mis  soudain  en  fuite  mon  année  dans  ce  grand 
combat.  5,075, 


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BHISHMA-PARf'  A. 


507 


» Quand  la  bataille  est  en  de  telles  conditions,  je  n’en 
vois  pas  un  autre  que  toi,  de  qui  le  courage  est  égal  à 
celui  des  Dieux,  tigre  des  hommes,  qui  me  soit  désigné 
pour  rétablir  le*  affaires  de  mon  armée,  battue  par  c?s 
fameux  héros.  Que  ta  majesté  se  montre  bientôt  suffisante; 
et  sois  notre  asile  dans  nos  malheurs.»  6,070—6,077. 

Après  qu'il  eut  parlé  ainsi,  Dévavrata,  ton  père,  grand 
roi,  ayant  songé  un  instant  et  pris  une  résolution,  5,078. 

Ce  fils  de  Çàntanou  répondit  à ton  fils,  dont  il  embrassa 
les  opinions  : « Douryodhana,  sois  attentif,  maître  des 
hommes,  et  rappelle-toi  5,079. 

Ce  que  je  t’ai  promis  au  temps  passé,  héros  à la 
grande  force  : « Je  tuerai  dix  mille  kshatryas  magna- 
nimes et  je  reviendrai  chaque  jour  du  combat,  ayant  ac- 
compli ce  grand  ouvrage?  » C’est  ainsi  que  je  t’ai  parlé, 
éminent  Bharatide,  et  j’ai  fait  comme  je  l’ai  dit. 

5,080—5,081. 

» Aujourd'hui,  j’exécuterai  un  plus  grand  exploit,  ro- 
buste guerrier  : ou  je  resterai  mort  sur  le  champ  de 
bataille,  ou  je  ferai  mordre  aujourd’hui  la  poussière  aux 
fils  de  Pândou?  5,082. 

• En  ce  jour  même,  immolé  en  face  de  l’armée  et 
devenu , seigneur,  ton  gâteau  funèbre,  j’acquitterai  ma 
dette  envers  toi.  » 6,083. 

A ces  mots,  il  dissémina  ses  flèches  sur  les  kshatryas, 
et  le  héros  inabordable  attaqua  l’armée  des  Pândouides. 

Ceux-ci  arrêtèrent,  ô le  plus  grand  des  Bharatides,  le 
fils  de  la  Gangà,  placé  au  milieu  d’une  armée  et  courroucé 
comme  un  serpent  5,084 — 5,085. 

Mais,  le  dixième  jour,  Bhlshma,  étalant  toute  sa  force, 
immola,  sire,  fils  de  Rourou,  cent  mille  guerriers.  5,086. 


508 


LE  MAHA-BBARATA. 


Il  enleva  les  existences  des  grands  héros,  des  fils  de 
rois,  de  ceux,  qui  étaient  les  meilleurs  des  Pàndouides, 
comme  les  rayons  du  soleil  ravissent  l’eau.  5,087. 

Quand  il  eut  tué  dix  mille  éléphants  impétueux,  grand 
roi,  et  une  myriade  de  chevaux  avec  les  cavaliers,  5,088. 

Après  qu’il  eut  complété  une  centaine  de  milliers  de 
fantassins,  Bhishma,  le  plus  grand  des  hommes,  resplendit 
an  milieu  du  combat,  comme  un  l'eu  sans  fumée.  5,080. 

Et  qui  que  ce  soit  des  Pàndouides  ne  pouvait  fixer  les 
yeux  surJui,  comme  il  est  impossible  de  regarder  le  soleil, 
qui  brûle,  une  fois  qu’il  est  entré  dans  sa  route  du  sep- 
tentrion. 5,000, 

Les  fils  de  Pàndou  et  les  héroïques  Srindjayas,  accablés 
par  ce  brave  dans  le  combat,  fondirent  sur  Bhishma  pour 
lui  donner  la  mort.  5,091. 

Attaqué  par  de  nombreux  guerriers  et  plongé  au  milieu 
d’eux,  le  Çântanouide  ressemblait  au  grand  mont  Mérou, 
environné  de  nuages.  5,002. 

Ton  fils  enferma  de  tous  les  côtés  le  | fils  de  la  Gangâ 
avec  une  nombreuse  armée  ; et  la  bataille  recommença. 

Dès  qu’Arjouna  eut  vu,  sire,  la  valeur  de  Bhishma  dans 
le  combat,  il  dit  à Çikhand!  : « Approche-toi  de  notre 
ayeul.  6,093 — 5,09A. 

» Tu  ne  dois  craindre  maintenant  Bhishma  eu  aucune 
manière  : je  vais  l’abattre  de  son  char  sublime  avec  mes 
traits  acérés.  » 5,095. 

A ces  mots,  Çikhand!  courut,  émiuent  Bharatide,  sui- 
te fils  de  la  Gangâ,  aussitôt  qu’il  eut  ouï  ces  paroles  du 
fils  de  Prithâ.  5,096. 

Dhrishtadyoumna,  sire,  et  le  grand  héros  Soubhadride, 
tous  deux  pleins  d’ardeur,  coururent  sur  Bhishma,  aussi - 


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BH1SHMA-PARVA. 


509 


tôt  qu’ils  eurent  entendu  ce  langage  du  Prithide.  5,097. 

Virâta  et  Droupada,  malgré  leur  vieillesse,  et  Kounti- 
bodja,  revêtu  de  sa  cuirasse,  fondirent  sur  le  fils  de  la 
Gangâ,  sous  les  yeux  de  ton  fils.  5,098. 

Nakoula,  §ahadéva,  le  vigoureux  Dharmaràdja  et  toutes 
les  autres  armées,  souverain  des  hommes,  imitèrent  leur 
exemple.  5,099. 

Les  tiens  s’élancèrent  de  toute  leur  puissance,  de  tous 
leurs  elToris,  à la  rencontre  de  ces  fameux  héros  rassem- 
blés. Ecoute  de  ma  bouche  cette  histoire.  5,100. 

Tchitraséna  s’avança  contre  Tchékitàna,  qui,  ambitieux 
de  vaincre  Bhishma  dans  cette  bataille,  s’avançait  lui- 
même,  grand  roi,  comme  un  jeune  tigre  sur  un  taureau. 

Kritavarman  arrêta  Dhrishtadyoumna,  qui  se  portait  à 
grands  pas,  déployant  ses  efforts  dans  le  combat,  en  la 
présence  de  Bhishma.  5,101 — 5,102. 

Le  Somadattide  se  hâta  d’arrêter,  puissant  roi,  Bhima- 
séna,  qui,  bouillant  de  colère,  désirait  la  mort  du  fils  de 
la  Gangâ.  5,103. 

Vikarna,  qui  voulait  sauver  la  vie  de  Rhlshma,  lit 
obstacle  au  héros  Nakoula,  qui  dispersait  des  flèches  nom- 
breuses. 5,  lüâ. 

Et  Kripa  le  Çaradvatide  contint  avec  colère  Sahadéva, 
sire,  qui  marchait,  dans  la  bataille,  contre  le  char  de 
Bhishma.  5,105. 

Bali,  follement  enivré  de  batailles,  qui  ambitionnait  de 
ravir  l'existence  à Bhima,  fondit  sur  le  liakshasa  à la 
grande  vigueur,  fils  de  Bhlmaséua,  aux  actions  cruelles. 

Ton  fils  contrecarra  la  marche  de  Sàtyaki  dans  le  com- 
bat : le  Kambodjain  à la  grande  urbanité  se  mit  en  travers 
d'Abhimanyou,  puissant  roi,  qui  s'avançait  contre  le  char 


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610 


LE  MAHA-BHttfUTA. 


de  Bhlshma.  Açvatthàinan  irrité  empêcha,  Bharatide,  Vi- 
râta  et  Droupada,  qui,  réunissant  leurs  deux  vieillesses, 
broyaient  es  ennemis.  Déployant  ses  efforts  dans  ce  com- 
bat, le  Bharadwâdjide  arrêta  l'aîné  des  enfants  de  Pândou, 
le  (ils  d' Varna,  de  qui  le  désir  était  la  mort  de  Bhisbma. 
Douçç&sana  au  grand  arc  fit  tête  dans  le  combat  à Ar- 
jouna,  qui,  s’étant  hâté  de  mettre  Çikhandl  devant  lui,  et, 
plein  du  désir  de  vaincre  Bhlshma,  illuminaitles dix  points 
de  l’horizon.  {De  la  itunce  5,108  à la  >tance  5,112.) 

D’autres  combattants  des  tiens  arrêtèrent  dans  la  ba- 
taille les  héros  Pândouides,  qui  s'avançaient  à la  rencontre 
de  Bhishma.  5,112. 

Dhrishtadyoumna  au  vaste  char,  appelant  de  ses  grands 
cris,  à plusieurs  fois,  les  armées,  courut  avec  colère  sur 
le  Çântanouide  seul  : 5,113. 

« Voici  qu’Arjouna,  le  rejeton  de  Kourou,  marche  com- 
battre Bhishma 11  s'est  mis  â courir  ! Ne  craignez- 

vous  pas  ? Ce  n’est  pas  vous,  que  Bhishma  va  trouver  de- 
vant lui  ! 5,114. 

» Indra  même  n’aurait  pas  la  force  de  combattre 
Arjouna  ; à plus  forte  raison  Bhlshma  ne  l’a-t-il  point  ! 
Son  âme  est  déjà  comme  exhalée;  il  n'a  plus  qu'un  instant 
à vivre.  » 5,115. 

Il  dit  ; à ces  mots  du  généralissime,  les  grands  héros 
des  Pândouides  s’élancent,  pleins  d'ardeur,  sur  le  char  du 
fils  de  la  Gangà.  5,116. 

Les  tiens,  éminents  hommes,  arrêtèrent  d'une  ardeur 
égale  ces  guerriers,  qui  s’avançaient  dans  le  combat, 
comme  des  fins  du  inonde  (1),  avec  dos  torrents  de  vi- 
gueur. 5,117. 

(1)  Texte  de  Bombay. 


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BH1SHM  A-PARVA. 


511 


1/ héroïque  Douççâsana,  ayant  abandonné  ht  crainte  et 
désirant  sauver  la  vie  de  Bhlshmà,  fondit,  grand  roi,  sur 
Dhanandjaya  ; 5,118. 

Et  les  plus  braves  des  Pândouides  sur  le  char  du  fils  de 
la  Gangâ.  Les  fameux  héros  (1)  coururent  dans  le  com- 
bat sur  tes  fils.  5,119. 

Nous  vîmes  alors,  souverain  des  hommes,  le  char  mer- 
veilleux aux  formes  admirables  de  Douççâsana,  que  le 
Prithide,  arrivé  près  de  lui,  ne  put  surmonter.  5,120. 

De  même  que  le  rivage  retient  la  vaste  mer  aux  ondes 
agitées,  ainsi  ton  fils  arrêta  ce  Pândouide  en  colère.  5,121. 

Tous  les  deux,  ils  étaient  les  plus  excellents  des  maîtres 
de  chars;  tous  les  deux,  ils  étaient  difficiles  à vaincre;  tous 
les  deux,  Bharatide,  ils  étaient,  pour  la  beauté  et  l’éclat, 
semblables  au  soleil  et  à la  lune.  5,122. 

Tous  les  deux,  la  colère  allumée  et  se  désirant  la  mort 
l’un  à l’autre,  ils  en  vinrent  aux  mains  dan3  une  grande 
bataille,  comme  jadis  Indra  et  Maya.  5,12S. 

Douççâsana  de  blesser,  grand  roi,  le  Pândouide  avec 
trois  flèches  et  le  Vasoudévide  avec  vingt  d rds  5,12â. 

Ensuite,  Arjouna,  la  fureur  allumée  à la  vue  du  Vrish- 
nide  accablé  par  C ennemi,  décocha  sur  le  champ  de  ba- 
taille une  centaine  de  flèches  contre  Douççâsana.  5,125. 

Elles  fendent  sa  cuirasse  et  boivent  son  sang  dans  le 
combat.  Irrité  du  coup,  Douççâsana  blesse  de  cinq  traits 
le  fils  de  Prithà,  5,126. 

Et  lui  en  plante  trois  au  milieu  du  front.  Le  Pândouide 
brillait  dans  le  combat  avec  ces  dards  placés  sur  le  front, 
comme  le  Mérou,  grand  roi,  de  trois  pitons  à la  hauteur 


(I)  Telle  de  Bombay. 


612 


LE  MAHA-BHAUATA. 


infinie.  Gravement  blessé  par  l’archer,  ton  fils,  ce  guer- 
rier au  grand  arc,  6, 127 --5, 128. 

Le  fils  de  Prithâ  resplendissait  dans  la  bataille,  tel 
qu'un  kinçouka  en  fleurs.  A son  tour,  le  Pàndouide  irrité 
accabla  Douççâsana,  de  même  que,  rempli  de  colère, 
Râhoû  oppresse  la  lune  en  son  plein  au  temps  d'un  parvau. 
Ton  fils,  souverain  des  hommes,  écrasé  par  ce  vigoureux, 

5,129—5,130. 

Perça  le  Prithide  avec  ses  dards  aux  ailes  de  héron,  ai- 
guisés sur  la  pierre  ; et  le  fils  de  Prithâ  avec  trois  flèches, 
rompit  son  arc  et  brisa  son  char.  5,131. 

11  envoya  des  projectiles  épouvantables,  nombreux, 
pareils  au  bâton  de  la  mort  ; mais  ton  fils  de  trancher  ces 
traits  avant  même  qu’ils  ne  fussent  arrivés.  5,132. 

Ce  fut  une  chose  admirable  dans  les  efforts  du  Prithide. 
Ton  fils  en  échange  le  blessa  de  flèches  bien  acérées. 

Le  guerrier,  de  qui  Prithâ  fut  la  mère,  encocha  sur  son 
arc  des  traits  à l’euipennure  d’or,  aiguisés  sur  la  pierre,  et 
les  envoya  dans  la  bataille.  6,133—5,134. 

Ils  se  plongèrent,  puissant  roi,  dans  le  corps  de  ce  ma- 
gnanime, comme  des  cygnes  dans  un  lac,  qui  se  présente 
devant  leur  vol.  5,135. 

Accablé  par  les  flèches  du  Prithide,  ton  fils  ab  ndon- 
nant  son  ennemi,  se  réfugia  en  toute  hâte  près  du  char  de 
Bblshuia.  5,130. 

Celui-ci  devint  alors  une  tle  de  salut  pour  cet  hommè 
submergé  dans  une  eau  profonde.  Quand  il  eut  repris  là 
sa  connaissance,  ton  fils,  souverain  des  hommes.  5,137. 

Ce  vaillant  héros  arrêta  de  nouveau  le  Prithide  avec  ses 
traits  finemems  acérés,  comme  Pourandara  jadis  sut  con- 
tenir Vrilra.  5,138. 


v 


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BHISHMA-PARVA. 


513 


Ces  dards  fendirent,  mais  sans  l’ébranler,  Arjouna  au 
grand  corps.  5,139. 

Le  héros,  fils  de  Rishyaçringa,  fit  tête  dans  la  bataille  à 
Sâtyaki  revêtu  de  sa  cuirasse,  qui  s’efTorçait  d’atteindre 
à lâ  mort  de  Bhîshma.  5,110. 

Mais  le  Màdhava  irrité  frappa  dans  ce  combat,  sire,  le 
Rakshasa  de  neuf  traits  en  riant.  5,111. 

Celui-ci,  plein  de  colère,  Indra  des  rois,  perça  de  neuf 
flèches  également  ce  Màdhava,  le  héros  des  Çinides. 

Bouillant  de  fureur,  Sâtyaki,  le  meurtrier  des  vaillants 
ennemis,  envoya  dans  la  bataille  une  multitude  de  traits 
au  Rakshasa.  5,112 — 5,113. 

Le  Démon  aux  longs  bras  de  blesser  avec  ses  dards 
acérés  le  Çinide,  de  qui  le  courage  était  une  vérité,  et  de 
pousser  un  cri  de  guerre.  5,111. 

Grièvement  frappé  dans  le  combat  par  le  Rakshasa, 
l'impétueux  Màdhava,  rappelant  à lui  son  énergie,  se  mit 
à rire  et  jeta  un  cri.  5,115. 

Bhagadatta  en  colère,  avec  ses  dards  aigus,  perça  Mâ- 
dhava  dans  la  bataille,  comme  on  frappe  un  grand  élé- 
phant à coups  d’aiguillon.  5,116. 

Le  Çinide,  le  plus  excellent  des  maîtres  de  chars, 
ayant  abandonné  le  combat  avec  le  Rakshasa,  lança  sur 
le  Prâdjyotishain  des  traits  aux  nœuds  inclinés.  5,1 17. 

* >Le  roi  du  Prâgdjyotisha  de  couper  en  homme  adroit  le 
grand  arc  de  Màdhava  avec  un  bhalla  au  tranchant  acéré. 

L’immolateur  des  héros  ennemis  saisit  rapidement  un 
autre  arc  et  blessa  dans  la  bataille  Bhagadatta  irrité  avec 
ses  traits  aigus.  5,118—5,119. 

Léchant  tout  à l'entour  les  coins  de  sa  bouche,  le  guer- 
rier au  grand  arc,  atteint  profondément,  envoya  dans  cet 

33 


vu 


51  4 


LE  MAHA-BHARATA. 


immense  combat  une  lance  de  fer,  opulemment  ornée  de 
lapis-lazuli  et  d’or,  épouvantable  et  pareille  au  bâton 
d’Yama.  Tout  à coup  Sâtyaki  trancha  en  deux  morceaux 
avec  ses  flèches,  taudis  qu’elle  volait  encore,  cette  arme, 
que  son  rival  avait  lancée  dans  le  combat  de  toute  la  force 
de  ses  bras.  Elle  tomba  soudain,  sa  splendeur  éteinte, 
comme  un  grand  météore  de  feu.  5,150 — 5,151 — 5,152. 

Aussitôt  que  ton  lils,  souverain  des  hommes,  vit  sa 
lance  détruite,  il  jeta  une  nombreuse  foule  de  chars  au- 
tour de  iVIàdhava.  5,153. 

Dès  qu’il  eut  vu  le  grand  héros  des  Vrishnides  en- 
fermé, Douryodhana,  au  comble  de  la  colère,  parla  en  ces 
termes  à tous  ses  frères  : 5,154. 

« Agissez  de  manière,  Kourouides,  que  ce  fils  de  Sa- 
tyaka  n’échappe  pas  de  no?  mains,  et  ne  sorte  point  vi- 
vant de  ce  grand  cercle  de  chars.  5,155. 

« Sa  mort  doit  entraîner,  à mon  avis,  la  perte  de  la 
grande  armée  des  Pàndouides!  » — v Oui!  » répondent 
ces  fameux  héros,  acceptant  sa  parole.  5,156. 

Alors,  ils  attaquent  le  Çinide  en  face  de  lihlshma.  Le 
roi  vigoureux  du  Karnbodje  arrêta  dans  la  guerre  Abhi- 
manyou,  qui  marchait,  déployant  ses  efforts  dans  le  com- 
bat contre  le  Çàntanouide.  Quand  l’Arjounide  eut  percé  le 
monarque  de  traits  aux  nœuds  inclinés,  il  le  blessa  de  nou- 
veau, sire,  avec  soixante-quatre  flèches.  Désirant  sauver  la 
vie  de  lihlshma,  le  prince  à la  grande  urbanité  frappa 
encore  l’Arjounide  avec  cinq  dards  et  son  cocher  avec 
neuf.  Il  y eut  alors  un  bien  vaste  combat  dans  la  rencontre 
de  ces  deux  hommes.  5,157 — 5,158 — 5,159 — 5,160, 

Dans  le  temps  que  (jilthandl,  habitué  à traîner  sur  un 
champ  de  bataille  les  corps  de  ses  ennemis,  fondait  sur  le 


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BH1SHMA-PARVA. 


645 


fils  de  la  Gangà,  les  deux  héroïques  vieillards,  Viràta  et 
Droupada,  courant,  pleins  de  colère,  dans  la  bataille,  ar- 
rêtèrent la  grande  armée  de  Bhlshma.  Le  plus  excellent 
des  héros,  Açvatthâuian,  s'engagea  courroucé  dans  le  com- 
bat. 5,161—5,162. 

Alors  surgit  la  bataille  des  deux  vieillards  et  de  lui, 
Bharatide.  Virata  le  frappa,  terrible  monarque,  de  dix 
bhallas;  5,163. 

Et  Droupada  blessa  de  trois  flèches  acérées  le  héros  fils 
de  Drona,  quand,  brillant  de  ses  splendeurs,  il  s’élançait 
dans  ce  combat.  5,164. 

Répondant  aux  attaques  de  ces  deux  guerriers  à la  haute 
vigueur,  le  fils  du  gourou,  Açvatthàman,  les  transperça  de 
traits  en  grand  nombre.  5,165. 

Les  deux  héros,  Virâta^t  Droupada,  de  tourner  leurs 
efforts  contre  Bhlshma;  et  nous  les  vîmes  en  ce  moment 
accomplir  un  merveilleux  prodige,  car  ils  arrêtèrent  dans 
ce  combat  les  flèches  épouvantables  (^Açvatthàman.  Kripa 
le  Çaradvatide  uiarcha  au-devant  de  Sahudéva,  qui  s’a- 
vançait vers  lui,  tel  qu’on  voit  dans  une  forêt  un  éléphant 
en  rut  courir  sur  un  éléphant  en  folie.  Le  vaillant  Kripa 
frappa  lestement  dans  ce  combat  de  soixante-dix  traits 
ornés  d’or  le  héros  fils  de  Mâdrl  ; et  celui-ci  coupa  en 
deux  son  arc  à coup  de  flèche. 

5,166-5,167-5,168—5,169. 

11  blessa  de  neuf  traits  le  guerrier,  dont  il  avait  tranché 
l’arc.  Celui-ci  prit  une  arme  nouvelle,  capable  de  suppor- 
ter une  charge  dans  le  combat,  et,  plein  d’ardeur,  irrité, 
désirant  sauver  la  vie  de  Bhlshma,  perça  le  fils  de  Mâdrl 
en  pleine  poitrine  avec  dix  traits  acérés.  5,170—5,171. 

Et  le  Pândouide,  qu’irritait  le  désir  de  porter  la  mort  à 


616 


LL  MAHA-BHARATA. 


Bhlshma,  sire,  frappa  au  milieu  des  seins  le  Çaradvatide 
en  colère.  5,172. 

Knsuite,  s'éleva  un  combat  aux  formes  épouvantables, 
inspirant  la  terreur.  Nakoulafut  blessé  de  soixante  flèches 
par  Vikarna  en  courroux,  l’incendiaire  des  ennemis  ; et, 
grièvement  touché  dans  le  combat  par  ton  prudent  fils, 
qui  défendait  Bhlshma,  ton  aïeul,  Nakoula  de  percer  Vi- 
karna avec  soixante-dix-sept  traits.  Alors,  ces  deux  héroï- 
ques et  formidables  tigres  des  hommes  se  meurtrirent 
l'un  l’autre  à cause  de  Bbtshma,  tels  que  deux  taureaux 
dans  un  parc.  Ghatotkatcha  s'avançait  dans  le  combat, 
immolant  ton  armée;  5,173 — 5,174 — 5,1"5 — 5,176. 

Le  courageux  Douruioukha  marcha  au-devant  de  lui 
pour  défendre  Bhlshma.  Mais  l’Hidimbide  irrité,  sire, 
frappa  Douruioukha,  le  dcstrticteur  des  ennemis,  dans  la 
poitrine,  avec  une  (lèche  aux  nœuds  inclinés.  Le  vaillant 
Douruioukha,  en  riant,  au  front  de  la  bataille,  blessa  de 
soixante  traits,  horribles  à voir  (1),  le  fils  de  Bhlmaséna, 
et  poussa  un  cri.  L’héroique  Hârdikva  d’arrêter  le  plus 
grand  des  braves,  Drishtadyoumna,  qui  s'avançait,  impa- 
tient d’apporter  la  mort  à Bhlshma.  Hârdikya  de  blesser 
le  Prishatide  de  cinq  flèches  de  fer  (2). 

5,177-5,178-5,179—5,180. 

il  le  perça  de  nouveau  rapidement  avec  cinquante  traits 
au  milieu  des  seins  Kt  le  Prishatide,  à son  tour,  blessa 
Hârdikya,  sire,  de  neuf  dards  acérés,  enflammés,  revêtus 
des  ailes  du  héron.  Dans  cette  grande  journée  eut  lieu 
entre  ces  guerrriers  un  combat,  mêlé  à des  choses  exces- 


fl)  Soumottkhalt,  par  euphémisme, 
i [2j  Texte  lie  Bombay. 


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BHISHMA-PARVA. 


517 


sives  de  part  et  d’autres,  comme  le  combat  de  Vritraet  de 
Mahéudra.  Bhoûriçravas  marcha  d’un  pas  rapide  contre 
Bbtma  à la -grande  force,  qui  s’ avançait  vei-s  Bhîshma: 

« Arrête  : arrête  là  ! » cria-t-il  ; et  le  Souiadattide  frappa 
dans  cette  bataille  Bhlmaséna,  entre  les  deux  seins, 

5, 181 — 5,182 — 5.183 — 5,184. 

D'un  nàrâtcha  bien  acéré,  ornementé  d'or.  L’auguste 
guerrier  brilla  du  trait,  implanté  dans  sa  poitrine,  5,185. 

Comme  jadis,  ô le  plus  excellent  des  rois,  la  lance  de 
Skanda  fit  resplendir  le  mont  Kràauntcha.  Les  deux  émi- 
nents hommes,  dans  leur  colère,  de  s’envoyer  l’un  à 
l’autre,  sur  ce  champ  de  bataille,  des  flèches,  fourbies  par 
l’ouvrier  et  brillantes  comme  le  soleil.  S'efforçant  de  se 
rendre  la  pareillednns  le  combat,  Bhlmaséna,  par  le  désir 
de  porter  la  mort  à Bhishma, -faisait  la  guerre  au  Soma- 
dattide-,  et  celui-ci,  enfermant  ses  désirs  dans  la  victoire 
de  Bhtshma,  se  tournait  en  ennemi  contre  Bhlmaséna. 

Le  Bharadwâdjide  arrêta  le  fils  de  Kountl,  environné 
d’une  nombreuse  armée,  "Youdliishthira,  qui  s’avançait, 
présentant  la  face  à Bhîshma.  6,186-5,187-5,188-5,189. 

A peine  eurent-ils  entendu  le  bruit  du  char  de  Drona, 
semblable  au  fracas  du  nuage,  le  cœur  des  plus  vaillants 
fut  ébranlé,  vénérable  seigneur.  5,190. 

Arrêtée  (1)  par  Drona,  la  grande  armée  du  fils  de  Pàn- 
dou,  sire,  ne  put  mettre  dans  la  guerre,  ma'gré  ses  efforts, 
un  pied  l’un  devant  l'autre.  5,191. 

Tchitraséna,  ton  fils,  monarque  des  hommes,  lit  tète  à 
Tchékitâna,  qui,  offrant  aux  yeux  les  formes  de  la  colère, 
s’efforçait  d'arriver  à Bhîshma.  5,192. 


(1)  Telle  de  Bombay. 


518 


LE  MAHA-BHARATA. 


L’héroïque  et  vaillant  ennemi,  à la  main  admirable,  sti- 
mulé par  l'amour  du  Çântanouide,  mit  obstacle  à Tchéki- 
tâna,  et  lit  plus  que  ne  peut  la  force  elle-même.  5,103. 

Tchékitàna  d'opposer  ses  efforts  à ceux  de  Tchitraséna. 
Dans  la  rencontre  de  ces  deux  héros,  il  y eut  alors  un 
immense  combat.  5,19â. 

Cependant  Arjouna,  arrêté  là  plusieurs  fois,  ayant  forcé 
ton  fils,  Bharatide,  à tourner  le  dos,  se  mit  à broyer  ton 
armée.  5,195. 

Douççàsana,  avec  une  force  extrême,  contrecarra  le 
Prithide  : « Comment  l’empêcher,  pensait-il,  de  tuer 
notre  Bhîsh ma  ?»  5,196. 

Enfermée  par  les  plus  excellents  maîtres  de  chars, 
l’armée  de  ton  fils  était  agitée  çà  et  là  dans  le  com- 
bat. 5,197. 

Ensuite  le  héros,  archer  terrible,  qui  possédait  la  valeur 
d’un  éléphant  en  rut,  saisit  un  grand  arc,  capable  d’arrêter 
un  éléphant  en  folie.  5,198. 

Droua  aux  vastes  forces  agitant,  dispersant  les  ba- 
taillons, se  plongeant  au  milieu  de  l’armée  des  Pândouides, 
ce  vigoureux,  qui  connaissait  les  augures,  ayant  vu  de  tous 
les  côtés  s’élever  des  prodiges,  parla  en  ces  termes  à ton 
fils,  qui  écrasait  les  armées  : 5,199—5,200. 

« Aujourd’hui,  mon  fils,  ce  robuste  fils  de  Pritliâ,  qui 
brille  d’immoler  Bhisbma  dans  la  bataille,  accomplira  un 
effort  supérieur  aux  lieux  où  il  sera.  5,201. 

» En  effet,  les  traits  échappent  de  mes  mains,  et  mon 
arc  tremble  ; les  astras  rompent  cruellement  leur  union  : 
c’est  mon  sentiment.  5,202. 

» Les  volatiles  et  les  quadrupèdes  annoncent  par  tous  les 
points  de  l’horizon  des  choses  anxieuses,  épouvantables. 


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BH1SHMA-PARVA. 


519 


Des  vautours  perchent  auprès  de  la  terre,  en  face  de  l’ar- 
mée des  Bharatidi  s.  5,203. 

» Les  plages  du  ciel  sont  rouges  de  toutes  parts,  comme 
à l’heure  où  le  soleil  a perdu  ses  rayons  ; la  terre  résonne; 
elle  est  agitée,  elle  tremble  jusqu'en  ses  fondements. 

Les  vautours,  les  ardées  et  les  grues  jettent  mainte  et 
mainte  fois  des  cris  ; et  de  sinistres  chacals  prédisent  un 
immense  danger.  5,2Câ — 5,205. 

» Un  grand  météore  tle  feu  est  tombé  du  soleil,  dont  le 
disque  est  arrivé  au  milieu  de  sa  carrière  : une  massue 
avec  un  tronc  dé  corps  sans  tète  se  tient  autour  de  l'astre 
du  jour.  5,206. 

» Un  horrible  cercle  entoure  le  soleil  et  la  lune;  il 
annonce  un  vaste  danger,  et  que  les  membres  des  rois  se- 
ront coupés  en  pièces.  5,207. 

» Les  images  des  Dieux,  érigées  dans  les  chapelles  de 
l’Indra  des  Kourouides,  tremblent  et  rient,  elles  dansent 
et  pleurent.  5,203. 

» Les  planètes,  en  se  plaçant  devant  lui,  interceptent  la 
vue  du  soleil,  et  l’adorable  lune  s’approche,  la  tête  en 
bas.  5,209. 

» Je  vois  les  corps  des  monarques  avec  des  splendeurs 
éteintes,  et  les  cuirasses  (1)  ne  resplendissent  plus  dans 
les  armées  (2)  du  Dhritarâshtride.  5,210. 

# De  tous  les  côtés,  dans  les  deux  armées,  on  entend 
les  sons  très-éclatants  du  Pântchadjanya  et  le  bruit  de 
l’arc  Gândiva.  5,211. 

» Pour  sûr,  embrassant  des  astras  supérieurs  dans  la 


(1)  Littéralement  : les  cuirassé*. 

(2)  Texte  de  Bombay. 


&20 


LE  MAHA-BHARATA. 


guerre,  Btbhatsou,  abandonnant  tous  les  autres  com- 
battants, n’adressera  ses  flèches  qu’à  son  vieux  ayeul. 

» Les  poils  de  nies  pores  sc  hérissent,  mon  âme  s’af- 
faisse, guerrier  aux  longs  bras,  quand  je  pense  à cette 
rencontre  de  Bhishina  et  d’Arjouna.  5,212—5,213. 

» Le  Priihide  a inis  devant  lui  dans  le  combat  ce 
Pântchâlain  à la  criminelle  pensée,  qui  a la  science  du  mal 
et  qui  s’est  avancé  sur  le  champ  de  bataille  de  Bhishma. 

» Le  Çântanouide  jadis  a dit  : « ,1e  ne  tuer.ii  pas 
Çikhandl;  car  Brahma  l’a  créé  femme  d’abord,  et  c’est 
par  la  volonté  du  Destin  qu’il  est  ensuite  devenu  un 
homme.  » 6,214—5,215. 

» Le  drapeau  du  vigoureux  Yadjnasénide  est  malheu- 
reux ; le  fils  du  fleuve  ne  combattra  pas  avec  un  homme, 
qui  a pour  lui  les  auspices.  5,216. 

» Quand  je  médite  ces  pensées,  mon  âme  s’ affaisse  pro- 
fondément: le  Prithide  (1),  qui  s’est  élevé  dans  le  combat 
et  qui  a fondu  sur  le  vieillard  des  Kourouides,  la  colère 
d’Youdhishthira,  Bhishma,  qui  en  est  venu  aux  mains  avec 
Arjouna,  et  ce  commencement  de  mes  astras  (2),  qui  est 
certainement  le  malheur  des  créatures.  5,217 — 5,218. 

» Le  Pàndouide  est  un  héros  intelligent,  vigoureux, 
consommé  dans  les  armes,  à la  valeur  légère,  de  qui  les 
coups  portent  loin,  à la  flèche  solide,  et  qui  sait  les  pré- 
sages. 5,219. 

* Plein  de  force  et  de  sagesse,  le  meilleur  des  guerriers, 
il  a vaincu  la  fatigue  des  combats  et  ne  peut  être  dompté 
par  les  Dieux  eux-mêmes,  accompagnés  d’Indra.  5,220. 

» Toujours  suivi  de  la  victoire  dans  les  batailles,  ce 


(1—2)  Texte  de  Bombay. 


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BHISHMA-PARVA. 


521 


fils  de  Pândou  a des  astras  terribles.  Évite  sa  route,  et 
cours  légèrement,  prince  ferme  en  tes  vœux.  5,221. 

# Vois,  guerrier  aux  longs  bras,  cet  immense  carnage 
dans  la  guerre  : les  cuirasses  des  héros,  grandes,  resplen- 
dissantes, variées  d’or,  sont  brisées  par  les  flèches  aux 
nœuds  inclinés  ; les  extrémités  des  drapeaux,  les  leviers 
de  fer  et  les  arcs,  les  traits  barbelés,  sans  tache,  acérés, 
les  épieux  de  fer,  où  l’or  flamboie,  et  les  étendards  des 
éléphants  tombent,  coupés  dans  la  colère  de  kirlti. 

5 ,222— 5, 223— 5 , 224. 

» Ce  n’est  point  ici  le  moment  de  conserver  sa  vie  pour 
des  hommes,  de  qui  des  fils  suivent  les  pas  I Vole  au  Swarga, 
et  mets-le  avant  la  renommée  et  la  victoire  ! 5,225. 

» Ce  héros,  qui  a pour  son  drapeau  un  singe,  traverse, 
monté  sur  son  char,  le  fleuve  du  combat,  grandement 
épouvantable,  diflicile  à passer,  et  de  qui  les  coursiers,  les 
éléphants  et  les  chars  forment  les  tourbillons.  5,226. 

» On  voit  ici  dans  le  roi,  de  qui  Dhanandjaya  est  le 
frère,  la  piété  en  Brahma,  la  répression  des  sens,  l'au- 
mône et  la  pratique  d’une  austère  péuitence.  5,227. 

» Est-ce  que  le  vigoureux  Bhimaséna,  les  deux  Pàn- 
douides,  fils  de  Màdrl,  et  surtout  In  Vasoudévide,  rejeton 
de  Vrishni,  ne  sont  pas  ses  défenseurs?  5,228. 

» Voilà  quelle  est  la  cause  du  ressentiment  de  l'insensé 
Dhrilaràshtride  ! La  colère  du  héros,  de  qui  le  corps  est 
brûlé  par  la  pénitence,  consume  l’armée  Bbaratienne. 

» C'est  par  la  confiance,  qu’on  lui  voit  mettre  dams  le 
Vasoudévide,  que  le  fils  de  Prithâ  arrête  entièrement 
toutes  les  armées  Dritaràshtrides.  5,229 — 5,230. 

» Ou  voit  Kirlti  agiter  cette  ai  mée,  remplie  de  grandes 
vagues,  pleine  de  crocodiles  et  d'énormes  cétacés.  5,231. 


LK  MAHÀ-RflÀRÂtÀ. 


522' 

n On  entend  dans  la  bouche  de  l’année  les  clameurs  de 
détresse  (î),  les  cris  de  « Hélas!  hélas!  » Va  donc  vers 
le  (ils  du  Pàntchâlain  ; moi,  j’aborderai  Youdhishthira. 

» Car  il  est  difficile  d’atteindre  le  centre  du  roi,  agtour 
duquel  s’étend  un  ordre  de  bataille  à la  force  sans  mesure  ; 
position,  que  des  combattants  sur  des  chars  jetés  autour 
dé  lui  rendent  pareille  au  sein  de  la  mer.  5,232 — 5,233. 

» Sàtyaki,  Abhimanyou,  Dhrishtadyouinna,  Vrikaudara 
et  les  jumeaux,  ont  pris  la  défense  de  ce  monarque,  sou- 
verain des  enfants  de  Manou.  5,234. 

» Semblable  à Oupéndra,  couleur  d’aznr,  élevé  comme 
un  grand  chêne,  il  marche,  tel  qu’un  second  Phàlgouna,  à 
la  tête  de  son  armée,  5,235. 

» Prends  un  grand  arc,  encoche  des  traits  supérieurs, 
marche  contre  le  royal  Prishatide,  combats  avec  Vrikau- 
dara. 5,230. 

» Qui  peut  ne  pas  désirer  un  fils  bien-aimé,  qui  vive 
des  années  éternelles  ; mais  je  m’attache  à toi,  parce  que 
j’ai  vu  régner  dans  ton  âme  le  devoir  du  kshatrya.  5,237. 

» Voilà  Bhlshma,  qui,  semblable  à Varouna  et  à Yama 
dails  les  batailles,  consume  la  grande  armée  en  des  com- 
bats supérieurs.  » 5,238. 

A cette  parole  du  magnanime  Drona,  Bliagadatta, 
Kripn,  Çalya  et  Kritavarman,  Vinda  et  Anouvinda,  ces 
deux  rois  d’Avanti,  Djayadratha  le  Sindhien.  Tchitraséna, 
Vikarna,  Dourmarshana  et  les  autres,  5,239 — 5,240. 

Ces  dix  combattants  de  ton  parti,  ambitionnant  une 

(1)  Kilakilâ.  Ce  mol  est  traduit  inexactement;  Wilson  dit  : « Sound 
oxpressing  joy  : » Bohtliugk  et  Roth  : « Auadruck  der  Frende,  » Par  ce 
passage  et  d’autres,  que  j'aurais  pu  citer,  ii  est  évident  que  ce  mot  est 

auset  l’expression  de  la  douleur  et  de 'la  crainte. 


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BHISHMA-PARVA. 


52S 


haute  renommée  dans  cette  bataille  pour  Bhtshma, 
appuyés  sur  une  nombreuse  armée,  sortie  de  plusieurs 
contrées,  sire,  combattirent  avec  Bhlmaséna,  que  Çalya 
blessa  de  neuf  flèches  ; 6,241 — 5,242. 

Rritavarman  de  trois,  et  Kripa  de  neuf  dards.  Tchitra- 
séna,  Vikarna  et  Bhagadatta  le  frappèrent,  auguste  roi, 
de  dix  traits  chacun.  Le  Sindhien  perça  Rhimaséna  de 
trois  flèches.  5,243—5,244. 

Vinda  et  Anouvinda,  les  deux  Avantiens,  percèrent  le 
Pândouide  avec  cinq  traits  chacun;  Dnurmarshana  le 
frappa  de  vingt-cinq  dards  acérés.  5,245. 

Le  vaillant  fils  de  Pândou,  immolateur  des  guerriers 
ennemis,  blessa,  grand  roi,  tous  ces  fameux  héros  Dhri- 
tarâshtrides,  les  meilleurs  du  inonde  entier,  et  qui  res- 
plendissaient d’un  éclat  individuel  : il  frappa  Çalva  de 
sept  et  Rritavarman  de  huit  flèches.  5,246—5,247. 

Il  trancha,  Bharatide,  par  le  milieir,  l’arc  de  Rripa  avec 
son  dard,  et  perça  de  sept  traits  le  guerrier  lui-même,  de 
qui  l'arc  était  coupé.  5,248. 

Il  adressa  trois  flèches  à Vinda  et  Anouvinda  indivi- 
duellement; il  blessa  de  vingt  Dourmarshana,  et  de  cinq 
Tchitraséna.  5,240. 

11  frappa  de  dix  traits  Vikarna,  et  de  cinq  Djavadratha. 
Quand  Bhima  l’eut  percé,  le  vainqueur  jeta  un  cri  de 
triomphe  et  blessa  de  nouveau  le  Sindhien  avec  trois 
flèches.  5,250. 

Le  Gotamide,  le  plus  excellent  des  maîtres  de  chars, 
saisit  un  nouvel  arc  et  frappa  avec  colère  Bhima,  en 
retenir,  de  dix  traits  acérés.  5,251. 

Sous  le  coup  de  ces  flèches,  comme  un  grand  éléphant' 
blessé  de  cinq  coups  d’aiguillon,  l’auguste  Bhimasétia, 
irrité,  puissant  roi,  5,252. 


624 


LE  MAHA-BHARATA. 


Fit  sentir  au  Gotamide  ses  dards  nombreux  dans  le 
combat.  Doué  d'une  splendeur  égale  à celle  de  la  Mort, 
fille  du  Temps,  il  envoya,  de  trois  projectiles,  au  monde 
du  trépas  les  chevaux  et  le  cocher  même  du  Sindhien. 
Le  grand  héros  sauta  vile  à bas  de  son  char,  privé  de 
chevaux;  5,263 — 5,254. 

Et  lança  des  flèches  acérées  à Bhîmaséna  dans  le 
combat.  Celui-ci  de  trancher  par  le  milieu,  avec  deux 
bhallas,  éminent  et  respectable  monarque,  l’arc  du  ma- 
gnanime Sindhien.  Le  fameux  héros,  de  qui  l’arc  était 
brisé,  les  coursiers  sans  vie  et  le  cocher  immolé,  sire, 
monta  à la  hâte  dans  le  chardeTchitraséna.  Le  Pàndouide 
accomplit  dans  ce  combat-ci  un  exploit  au-dessus  du  pro- 
dige; 6,255 — 5,250 — 5,257. 

Car  il  arrêta,  auguste  roi,  il  blessa  ces  grands  héros  de 
ses  flèches,  et,  sous  les  regards  du  monde  entier,  il  priva 
de  son  char  le  roi  du  gindhou.  6,258. 

Çalya  ne  supporta  point  la  valeur  de  Bhîmaséna;  il  en- 
cocha des  traits  aigus,  fourbis  par  l’ouvrier.  5,259. 

11  blessa  Bhluiadans  la  bataille  : o Arrête!  arrête-là!  » 
cria-t-il.  kripa,  Krilavarman  et  le  vigoureux  Bhaga- 
datta,  5,260. 

Vinda  et  Anouvinda,  ces  deux  rois  d’Avanti,  Tchitra- 
séna,  Dourmarshana,  Vikurna  et  le  robuste  monarque  du 
Sindhou,  ces  dompteurs  des  ennemis  dans  les  combats, 
de  blesser  précipitamment  Bhîmaséna  pour  sauver  Çalya. 
Ventre-de-loup,  en  échange,  envoya  cinq  flèches  à chacun 
d’eux.  5,261 — 5,262. 

Il  perça  de  soixante-dix  traits  Çalya,  et  le  frappa  de 
dix  pour  la  seconde  fois;  Çalya  fendit  ses  membres  avec 
neuf  dards,  et  de  rechef  avec  cinq  autres  flèches.  5,263. 

Il  blessa  profondément  son  cocher  d’un  bhalla,  qu’il 


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BH1SHMA-PARVA. 


525 


envoya  dans  un  organe.  A l’aspect  de  Viçoka,  déchiré 
par  ce  coup,  l’auguste  Bhlmaséna  6,26â. 

Décocha  trois  dards  au  roi  de  Madra  dans  la  poitrine, 
entre  les  deux  bras,  et,  à chacun  des  autres  fameux  héros, 
trois  flèches  acérées  dans  le  combat,  et  il  jeta  son  cri  de 
guerre.  Ceux  ci,  déployant  leurs  efforts  contre  ce  Pân- 
douide,  habile  dans  les  batailles,  5,265 — 5,266. 

Le  blessèrent  grièvement  dans  les  organes  de  trois 
dards  chacun,  à la  pointe  non  paresseuse.  Atteint  profon- 
fondément , le  vaillant  Bhlmaséna  n’en  fut  nullement 
ému  : 5,267. 

Telle  une  montagne  ne  l’est  pas  sous  les  gouttes  d’eau, 
dont  elle  est  arrosée  par  les  nuages.  Mais,  saisi  de  colère, 
le  grand  héros  des  Pàndouides  à la  haute  renommée, 
ayant  percé  d'abord  cruellement  avec  trois  flèches  le 
souverain  du  Madra,  blessa  de  cent  traits,  sire,  le  Prâg- 
djyutishain  sur  le  champ  de  bataille.  5,268 — 5,209. 

Quand  l’illustre  guerrier  eut  fait  à Kripa  les  profondes 
blessures  de  flèches  nombreuses,  il  trancha  adroitement 
d’un  kshourapra  bien  acéré  l’arc  et  le  trait  du  magna- 
nime Sàttwata.  Soudain  Kritavarman  saisit  un  nouvel  arc, 
et  le  terrible  combattant  frappa  d’un  nàrâtcha  Ventre- de- 
loup  au  milieu  des  sourcils.  Mais,  après  que  Bhîraa  eut 
d’abord  blessé  dans  la  bataille  Çalya  de  neuf  dards  en 
fer,  il  frappa  de  trois  Bhagadatta,  de  huit  Kritavarman, 
et  de  deux  individuellement  le  Gotamide  et  les  autres 
guerriers.  5,270—5,271—5,272—5,273. 

Ceux-cile  frappèrent  dans  le  combat,  sire,  de  traits 
aigus.  Accablé  par  ces  grands  héros,  armés  de  tous  les 
projectiles,  il  se  promenait  sans  trouble  au  milieu  d’eux, 
les  regardant  comme  semblables  à une  touffe  d’herbes.  Les 


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626 


LE/MAHA-BHAftATA. 


meilleurs  des  maîtres  de  chars,  ces  combattants,  d'en- 
voyer à Bhima,  par  centaines  et  par  milliers,  des  flèches 
aiguës.  Le  héros  Bhagadatla  aux  vastes  forces  expédia  à 
ce  magnanime,  dans  la  bataille,  une  forte  lance,  au  fût  d'or 
à la  grande  vitesse  ; le  roi  du  Sindhou  aux  longs  bras  un 
levier  de  fer  et  un  pattiça,  K ripa  un  çataghni,  Çalya 
une  flèche;  et,  visant  Bhlmaséna,  les  autres  héros  lui 
envoyèrent  vigoureusement  chacun  cinq  flèches.  Mais  le 
fils  du  Vent  coupa  en  deux  ce  levier  de  fer  avec  uu 
Itshourapra.  [De  la  stance  5,274  à la  stance  5,280.  ) 

Le  Sagittaire  aux  flèches  ointes  d'huile  de  sésame 
trancha  le  pattiça  de  trois  dards,  et  brisa  le  çataghni  de 
neuf  traits*  aux  ailes  de  héron.  5,280. 

Quant  aux  autres  javelines  épouvantables,  de  ses  pro- 
jectiles aux  nœuds  inclinés,  * Bhlmaséna,  vanté  pour  ses 
batailles,  fit  trois  morceaux  de  chacune  d'elles  en  parti- 
culier (1  ) , et  blessa  tous  ces  fameux  héros  de  trois  flèches 
individuellement.  5,281. 

Tandis  que  ce  combat  s’agitait,  Dhanandjaya,  ayant 
aperçu  le  grand  héros  BtUma  sur  le  champ  de  bataille, 
s'avança,  monté  sur  son  char,  vers  le  guerrier,  qui  dé- 
truisait les  ennemis  dans  le  combat  et  faisait  la  guerre 
avec  ses  flèches.  Dès  que  les  plus  éminents  des  tiens 
virent  réunis  là  ces  deux  magnunimes  Pândouides,  ils 
n’espérèrent  plus  la  victoire.  Arjouna,  qui  brûlait  de  tuer 
Bhîshma,  jeta  devant  son  front  le  terrible  Çikhandl,  qui 
fondit  sur  les  fameux  héros  dans  la  bataille.  11  s'avança 


(i)  Noua  avons  emprunté  au  texte  de  Bombay  le  vers  contenu  entre  les 
deux  étoiles  pour  justifier  le  tridha  ékaIkam,  Iripartitum  findit  singulatim, 
dan»  l'édition  de  Calcutta;  car  il  s'agit  chez  elle  d’une  seule  chose,  exprimée 
par  u u mot  au  féiniuin  : çataghntm. 


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BHISHMA-PARVA.  ,527 

vers  les  deux  braves  de  ton  armée,  qui  résistaient,  le  pied 
ferme , à Bhîma  dans  le  combat.  Blbhatsou  les  blessa 
par  le  désir  de  faire  une  chose  agréable  à Bhlmaséna. 
[De  la  stance  5,282  à la  stance  5,287.) 

Ensuite,  le  roi  Douryodhana  d’exciter  Souçarman  à la 
mort  d’Arjouna  et  de  Bhtmaséna,  ces  deux  héros  : 5,287. 

« Va  promptement,  Souçarman,  accompagné  de  nom- 
breuses armées,  et  tue-mof  ces  deux  fils  de  Pàudou,  Dha- 
nandjaya  et  Vrikaudara  ! » 5,288. 

A ces  mots,  le  Trigarttain,  monarque  du  Prasthala,  s'é- 
lança pour  combattre  avec  les  deux  archers,  Arjouna  et 
Bhlmaséna,  qu’il  enferma  de  tous  les  côtés  avec  plusieurs 
milliers  de  chars.  Alors  s’alluma  le  combat  d’Arjouna  avec 
les  ennemis.  5,280 — 5,200. 

11  ensevelit  sous  des  fièchesaux  nœuds  inclinés  le  grand 
héros  Çalya,  qui  déployait  ses  efforts  dans  la  bataille. 

11  blessa  de  trois  dards  chacun  dans  le  combat  Souçar- 
man et  Kripa,  le  Pràgdjyotishain  et  Djayadratha,  le  roi 
du  Sindhou.  5,201  — 5,202. 

11  frappa  individuellement  de  trois  flèches,  qui  avaient 
pour  ailes,  Indra  des  rois,  la  queue  des  paons  ou  la  plume 
des  ardées,  Tchitraséna,  Vikarna,  Kritavarman,  Dour- 
murshana  et  les  héroïques  Avantiens.  Monté  sur  son  char 
dans  le  combat,  il  accablait  ton  armée.  5,203—5,204. 

Placé  sur  le  char  de  Tchitraséna,  Djayadratha  de  percer 
d’abord  de  ses  traits  le  (ils  de  Prithâ  et  de  blesser  ensuite 
rapidement  Bhlmaséna.  5,205. 

Çalya  et  Kripa,  le  plus  excellent  des  hommes,  qui  pos- 
sèdent un  char,  frappèrent  nombre  de  fois,  grand  monar- 
que, Djishnou  dans  le  combat  avec  des  flèches,  qui  déchi- 
rent les  organes.  5,200. 


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528 


LE  MAHA-BHARATA. 


Tes  fils,  auguste  roi,  Tchitraséna  et  ses  frères  percèrent 
dans  la  bataille  Arjouna  et  Bhimaséna  chacun  de  cinq 
traits  acérés.  Les  fils  de  Kountt,  ces  deux  éminents  hom- 
mes, les  meilleurs  des  maîtres  de  chars,  5,207 — 5,298. 

Accablèrent  dans  ce  combat  la  nombreuse  armée  des 
Trigarttains.  Souçarman  lui-même  fit  sentir  au  troisième 
fils  de  Prithà  la  pointe  de  neuf  flèches  au  vol  rapide. 

Et  poussa  un  cri  vigoureux,  inspirant  la  terreur  aux 
nombreux  bataillons.  Les  autres  héroïques  maîtres  de 
chars  frappèrent  Arjouna  et  Bhimaséna  de  traits  acérés, 
empennés  d’or,  allant  droit  au  but.  Au  milieu  de  ces  maî- 
tres de  chars,  les  deux  éminents  fils  de  Kountl, 

5,209^-5,300—5,301. 

Héros  généreux,  se  jouant  avec  des  formes  admirables, 
ressemblaient  à deux  lions  ivres  de  fureur,  avides  de 
chair,  au  milieu  d'un  troupeau  de  bœufs.  5,302. 

Terribles,  ils  tranchèrent  nombre  de  fois  les  arcs  avec 
les  flèches  des  héros  dans  le  combat  et  firent  tomber  par 
centaines  les  têtes  des  guerriers.  5,303. 

Des  chars  briîsés  en  grande  quantité,  des  chevaux  tués 
par  centaines,  des  éléphants  avec  leurs  cavaliers  tombaient 
sur  la  terre  dans  ce  combat  acharné.  5,304. 

On  voit  tués  çà  et  là,  sire,  palpitant  de  tous  les  côtés, 
des  maîtres  de  chars  et  des  cavaliers  en  grand  nombre. 

La  terre  était  jonchée  d’éléphants  immolés,  de  fantas- 
sins par  troupes,  de  coursiers  étendus  sans  vie  et  de  chars 
brisés  en  morceaux.  5,305—5,306. 

Nous  vîmes  en  ce  moment  la  prodigieuse  vaillance  du 
Prithidedans  le  combal  ; car  ce  vigoureux,  après  les  avoir 
empêchés  d'avancer,  frappait  de  ses  flèches  les  guerriers. 

Aussitôt  que  ton  vigoureux  fils  eut  remarqué  le  courage 


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bhishmv-parva. 


629 


d’Arjouna  et  de  Bhlmaséua,  U s'approcha  vers  le  char  du 
lils  de  la  Gangà.  5,307  —5,308. 

Kripa,  Kritavarman,  Djayadratha,  le  roi  du  Sindhou 
et  les  deux  Avantiens,  Vinda  et  Anouvinda,  ne  purent 
alors  supporter  ce  combat.  5,309. 

Bhtma  au  grand  arc  et  l’héroïque  Phàlgouna  mirent  en 
pleine  déroute  l’armée  effrayante  des  kourouides.  5,310. 

Les  monarques  alors  firent  voler  prestement,  sur  le  char 
de  Dhanandjaya , des  myriades  et  des  arvoudas  (1)  de 
(lèches  aux  queues  de  paon.  5,311. 

Quand  il  eut  arrêté  ces  grands  héros  avec  la  multitude 
de  ses  traits,  le  Prithide  combattant  les  envoya  de  tous 
côtés  à la  mort.  5,312. 

Mais  le  vaillant  Çalya  irrité  frappa,  comme  en  se  jouant, 
Djishnou  à la  poitrine  avec  ses  bhallas  aux  nœuds  incli- 
nés. 5,313. 

Cependant  le  Prithide,  ayant  tranché  sou  arc  et  le  bra- 
celet de  sa  main,  le  blessa  lui-même  dans  un  organe  avec 
cinq  flèches  acérées.  5, 31  A. 

Le  souverain  du  Madra  saisit  avec  colère  un  nouvel  arc, 
capable  de  soutenir  un  fardeau  ; il  perça  Djishnou  dans 
le  combat  avec  trois  flèches,  le  Vasoudévide  avec  cinq,  et 
lauça  neuf  dards  à Bhimaséna  dans  la  poitrine  entre  les 
tleux  bras.  5,315—5,316. 

Ensuite,  Drona  et  l’héroïque  roi  du  Mâgadha  de  se  por- 
ter, Mahàràdja,  sur  l’ordre  de  Dourvodhana  eti  ce  lieu, 
où  le  fds  de  Prithàet  le  Pàndouide  Bhtmaséna,  ces  deux 
bien  granüs  héros,  détruisaient  la  grande  armée  du  kou- 
rouide.  5,317 — 5,318. 


34 


(i)  L'arvouda  lait  une  centaine  de  millions, 
vu 


680 


LE  M AHA-BHARATA. 


Djavatséna  dehuit  traits  aigus  frappa  dan9  ce  combat 
Bhlma  aux  armes  terribles  dans  la  guerre.  5,31». 

Mais,  l’ayant  percé  avec  dix  flèches,  Bhîtnaséna  de  nou- 
veau le  blessa  avec  cinq,  et  fit  tomber  avec  un  bhalla  le 
cocher  de  sa  place  sur  le  char.  5,320. 

Emporté  par  ses  chevaux  effarouchés  et  fuyant  de  tous 
les  côtés,  le  roi  du  Mâgadha  sortit  du  champ  de  bataille 
sous  les  yeux  de  toute  l'armée.  5,321. 

Drona,  ayant  trouvé  une  ouverture  dans  la  garde  de 
Bhlmaséna,  le  frappa  des  pointes  de  huit  traits  acérés. 

Mais  Bhlma,  que  l'on  vante  pour  ses  batailles,  blessa  le 
gourou,  semblable  à un  père,  de  soixante-cinq  bhallas 
dans  le  combat.  5,322 — 5,323. 

Dès  qu’Arjouna  eut  percé  Souçarman  de  nombreuses 
flèches  de  fer,  il  dissipa  devant  lui  son  armée,  comme  le 
vent  chasse  les  grands  nuages.  5,324. 

Alors  Bhlshma,  le  roi  Douryodhnna  et  Vrihadbala,  le 
koçalain,  s'avancèrent  irrités  vers  Dhanandjaya  et  Bhl- 
maséna. 5,325. 

Les  héros  fils  de  Pàndou  et  Dhrishtadyoumna  le  Pri- 
shatide  fondirent  dans  le  combat  sur  Bhlshma,  tels  que  la 
Mort,  sa  bouche  ouverte.  5,320. 

Attaquant  l'aïeul  des  Bharatides,  Çikhandi  courut,  plein 
d’ardeur,  ayant  secoué  la  crainte,  qu’inspirait  ce  grand 
héros.  5,327. 

Les  fils  de  Prithâ,  accompagnés  de  tous  les  Srindjayas, 
Youdhishthira  à leur  tète,  mettant  Çikhandi  en  avant, 
livrèrent  combat  à Bhishma.  5,328. 

Tous  les  liens,  sous  la  conduite  du  vieillard  fidèle  à sou 
\œu,  soutinrent  la  bataille  contre  les  Prithides  sur  les  pas 
de  Çikhandi.  5,32». 


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BHISHMA-PAUVA. 


631 


Là,  s’alluma  un  terrible  combat  des  Kourouides  avec 
les  fils  de  Pàndou , se  disputant  le  succès  sur  Bhishma. 

Le  guerrier  était  comme  un  coup  de  dé  dans  le  succès 
des  tiens,  monarque  des  hommes  ; là,  s'engagea  une 
partie  de  dés,  dont  la  chance  était  pour  chacun  la  con- 
quête d’un  autre  guerrier.  6,330 — 5,331. 

Toutes  les  armées  furent  stimulées  par  Dhrishta- 
dyoumna  : 

« Courez  sur  le  fils  de  la  Gangâ,  cria-t-il ; ne  craignez 
pas,  6 les  plus  excellents  des  héros  ! » 6,332. 

A ces  mots  du  généralissime,  l'armée  des  Pândouides, 
rejetant  la  crainte  dans  cette  grande  bataille,  courut  à la 
hâte  sur  Bhishma.  5,333. 

Celui-ci,  le  meilleur  des  maîtres  de  chars,  s’avança 
lui-même  au  devant  de  cette  armée,  qui  accourait  telle 
que  l’océan  vers  son  rivage.  5,334. 

» Comment,  dans  ce  dixième  jour,  Sandjava,  s’enquit 
Dhritarâshtra,  le  fils  de  Çàntanou,  Bhishma  à la  grande 
vigueur  a-t-il  combattu  avec  les  Pândouides,  accompagnés 
des  Srindjayas  ? 5,335. 

» Comment  le  Kourouide  a-t-il  arrêté  dans  ce  combat 
l’assaut  des  fils  de  Pàndou  ? Raconte-moi  cette  vaste 
bataille,  qu'a  soutenue  Bhishma,  brillant  de  l'auréole  des 
combats  ? » 5.336. 

Je  te  raconterai  maintenant,  Bharatide,  lui  répondit 
Sandjava,  comment  fut  ce  combat,  que  le  rejeton  de 
Kourou  soutint  contre  les  fils  de  Pàndou.  5,337. 

Les  grands  héros  irrités  des  liens  furent  envoyés  dans 
ce  dixième  jour  à l'autre  monde  par  les  flèches  triom- 
phantes de  Kirlti.  5,338. 

Le  Kourouide  Bhishma,  victorieux  dans  les  batailles, 


/ 

632  LF.  MAHA-BHARATA. 

accomplit,  comme  il  l’avait  promis,  un  carnage  non  inter- 
rompu des  fils  de  P&ndoti  dans  ce  combat.  6,33$). 

La  victoire  demeura  incertaine,  redoutable  monarque, 
entre  Bhlshma  combattant,  accompagné  des  Kourouides, 
et  Arjouna  soutenu  par  les  Pânlchâlains  ; et,  dans  cette 
rencontre  de  Bhlshma  et  d'Arjouna,  qui  eut  lieu  ce 
dixième  jour,  s’éleva  dans  la  bataille  un  carnage  d'une 
grande  épouvante,  que  rien  ne  suspendit  (1). 

5,340— 5,341. 

Dans  cette  journée  le  fils  de  Çàntanou,  Bhishma,  à qui 
étaient  connus  les  plus  puissants  des  astras,  immola  les 
guerriers,  formidable  roi , par  myriades  et  plus  encore. 

Tous  les  héros,  qui  ne  savent  pas  reculer  dans  les  com- 
bats et  de  qui  les  membres,  par  les  cuirasses,  dont  ils  sont 
enfermés , ressemblant  à l'inconnu,  tombèrent  là  sous  les 
traits  de  Bhlshma.  5,342 — 5,343. 

Enfin,  quand  il  eut  consumé  l'armée  des  Pândouides, 
ce  prince  vertueux  en  vint  à mépriser  sa  xrie.  6,3 A4. 

Bientôt,  désirant  la  mort  de  soi-même,  la  face  tournée 
au  combat,  il  te  dit  : « Je  n’immolerai  pas  dans  la 
bataille  ce  bien  grand  nombre  des  plus  excellents  des 
hommes.  » 5,345. 

Quand  il  eut  roulé  cette  pensée,  ton  père  aux  longs  bras, 
Dévavrata  d’adresser  ces  mots  au  Pàndouide,  qui  se 
trouvait  près  de  lui  : 5,346. 

<i  Youdhishthira  à la  grande  science,  homme  instruit 
dans  tous  les  Traités,  écoute  de  nia  bouche,  mon  fils,  ce 
langage  vertueux  et  digne  du  Swarga.  5,347. 

» Mon  corps  et  les  souilles  de  la  vie  m'abandonnent  tout 

1 Saiarun.  » 


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BH1SHMA-P.ARVA. 


533 


à fait,  mon  fils.  Il  est  passé  le  temps,  où  je  ravissais  dans 
le  combat  un  bien  grand  nombre  d’existences.  5,3/|8. 

» Mets  donc  au  premier  rang  le  Prithide,  les  Pàntchâ- 
lains  avec  les  Srindjayas,  et  fais  qu'ils  s’efforcent  de  tue 
donner  la  mort,  si  tu  veux  accomplir  une  chose,  qui  m’est 
agréable.  » 5,3A9. 

Dès  qu’il  connut  son  opinion,  le  monarque  Pàndouide, 
de  qui  les  regards  embrassent  la  vérité,  marcha  dans  le 
combat,  accompagné  des  Srindjayas,  contre  le  fils  de 
Çântanou.  5,350. 

A ces  mots  de  Bhîshma,  Dhrishtadyoumna  et  le  Pàn- 
douide Youdhishlhira  d’exciter  l’armée  : 5,351. 

« Courez!  Combattez  Bhishma  ! Triomphez  de  lui  dans 
la  bataille  ! N’ètes-vous  pas  défendus  par  Djishnou,  vic- 
torieux des  ennemis  et  qui  est  uni  à la  vérité  ? 5,352. 

# Ce  Pi  ishatide  au  grand  arc,  le  général  de  nos  années, 
et  Bhlmaséna  vous  donneront  un  appui  assuré  dans  la 
bataille.  5,353. 

» Ne  ressentez  aucune  crainte  maintenant  de  Bhtshma 
dans  la  guerre,  Srindjayas  : vous  triompherez  certainement 
de  Bhishuia,  si  vous  mettez  Çikhandi  à votre  tête  ! » 5, 35 A. 

Dès  qu’ils  eurent  arrêté  une  règle  dans  ce  dixième 
jour,  les  Pândouides , pleins  de  résolution  pour  le  inonde 
de  Brahma,  coururent,  enflammés  de  colère.  5,355. 

Ayant  mis  devant  eux  Çikhandi  et  Dhanandjaya,  le  fils 
de  Pândou,  ils  firent  les  plus  grands  efforts  pour  abattre 
Bhishma.  5,356. 

Au  commandement  de  ton  fils,  des  monarques  à pied 
rassemblés  de  contrées  diverses,  appuyés  par  de  grandes 
fores  d’armées,  accompagnés  de  Drona,  secondé  par  le 
roi,  ton  fils,  5,357. 


534 


LE  MAHA-BHARATA. 


Et  le  vigoureux  Douççâsana , environné  de  tous  ses 
frères , vinrent  alors  exercer  leur  vigilance  autour  de 
Bhishma,  placé  au  milieu  de  la  bataille.  5,358. 

Et  les  héros  de  ton  parti , mettant  avant  toute  chose  le 
guerrier  au  grand  vœu,  livrèrent  combat  aux  fils  de  Pri- 
thà  sous  la  conduite  de  Çikhandt.  5,350. 

Le  br  .ve  au  singe  pour  enseigne , accompagné  des 
Tchédiens  et  des  Pântchàlains,  marcha  contre  Bhishma, 
le  fils  de  Çântanou,  en  se  couvrant  de  Çikhandi.  5,360. 

Le  petit-fils  de  Çini  combattit  le  fils  de  Drona;  Dhrish- 
takéiou  engagea  le  combat  avec  Paàurava,  et  Youdhà- 
manyou  croisa  le  fer  avec  Douryodhana  et  ses  ministres. 

Virâla  mit  son  armée  aux  mains,  fléau  des  ennemis, 
avec  l’armée  de  Djayadratha , le  fils  de  Vriddhakshatra. 

5,361—5,362. 

Youdhishthira  d'affronter  l’héroïque  roi  du  Madra,  en- 
vironné de  son  armée  ; Bhlmaséna  bien  défendu  fondit  sur 
l’armée  des  éléphants.  5,363. 

Le  Pântchâlain  lurieux,  accompagné  de  ses  frères  de 
tout  sang,  s’avança  contre  le  fils  de  Drona,  sans  crainte, 
inabordable  et  le  meilleur  de  tous  ceux,  qui  portent  les 
armes.  5,364. 

Le  dompteur  des  ennemis,  Sinhakétou  (1)  marcha 
contre  Kamikâradwadja,  et  Vrihadbala,  le  fils  du  roi, 
vint  à la  rencontre  du  Soubhadride.  5,366. 

Brûlants  de  leur  ôter  la  vie,  tes  fils  se  précipitèrent 
avec  les  rois  dans  le  combat  sur  Çikhandi  et  Dhanandjaya, 
le  fils  de  Pândou  et  de  Prithà.  5,366. 

Tandis  que  s’agitait  le  courage  extrêmement  épouvan- 


(i)  Texte  de  Bombay. 


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BHISHMA-PARVA. 


535 


table  de  ces  deux  armées,  la  terre  fut  ébranlée  du  mou- 
vement de  ces  masses,  qui  couraient  l’une  sur  l’autre. 

Dès  qu'elles  virent  le  Çànlanou'de  dans  la  bataille,  les 
armées  des  tiens,  Bharatide,  s’engagèrent  au  milieu  de 
l’armée  des  ennemis.  5.367 — 5,368. 

La  course  mutuelle  de  ces  hommes,  consumés  pur  ta  co- 
tire, fit  éclater  un  grand  bruit  dans  toutes  les  plages  de 
l’horizon.  5,369. 

Le  son  des  tambours  et  des  conques,  le  barrit  des  élé- 
phants, les  cris  de  guerre  des  héros  firent  naître  de  tous 
côtés  l’horreur.  5,370. 

Égal  à celui  du  soleil  et  de  la  lune,  l’éclat  de  tous  les 
monarques  fut  effacé  par  la  splendeur  des  bracelets  et 
des  tiares,  que  portaient -les  guerriers.  5,371. 

La  poussière  et  les  nuages  volaient,  mêlés  aux  éclairs 
des  projectiles;  le  bruit  des  arcs  eux-mêmes  produisait 
l’épouvante.  5,372. 

Les  fanfares  des  conques,  le  son  des  flèches,  le  vaste 
roulement  des  tambours,  le  fracas  des  chars  naquirent  au 
même  instant  au  milieu  des  deux  armées.  5,373. 

Remplissant  les  airs  par  des  multitudes  de  flèches,  par 
des  multitudes  de  glaives,  de  lances,  de  lacets,  les  deux 
armées  ayaient  ravi  au  ciel  sa  lumière.  5,37/j. 

Les  maîtres  de  chars  et  les  coursiers  dans  ce  grand 
combat  se  précipitaient  les  uns  sur  les  autres,  les  élé- 
phants massacraient  les  éléphants,  les  hommes  de  pied 
tuaient  les  hommes  de  pied.  5,375. 

Ce  combat  des  Kourouides  avec  les  Pàndouides  à cause 
de  Bhlshma  fut  alors  bien  grand,  tigre  des  hommes,  et 
semblable  à celui  de  deux  vautours,  qui  se  disputent  un 
morceau  de  chair.  5,376. 


638 


LE  MAHA-BHARATA. 


Quand  elles  en  furent  venues  aux  mains,  l'épouvante 
régna  sur  ces  deux  armées,  qui  désiraient  triompher  l'une 
de  l’autre  dans  ce  grand  combat  pO'ir  se  donner  mutuel- 
lement la  mort.  5,377. 

Le  valeureux  Abhimanvou  combattit  à cause  de 
Bhîshma  avec  ton  fils,  grand  roi,  assisté  d’une  nom- 
breuse armée.  5,378. 

Alors  Dourvodhana  irrité  de  frapper  ce  fils  de  Krishna  • 
dans  la  poitrine  de  neuf  traits  aux  nœuds  inclinés  d’abord 
et  de  trois  flèches  ensuite.  5,370. 

Bouillant  de  colère,  Abhimanyou  envoya  sur  le  char  de 
Douryodhana  sa  lance  de  fer  , épouvantable,  comme  celle 
de  la  Mort.  5,380. 

Soudain  ton  héroïque  fi!s,  souverain  des  hommes,  tran- 
cha en  deux  avec  un  kshourapra  dans  son  vol  même  cette 
arme  aux  formes  effrayantes.  5,381. 

Ce  combat  fut  terrible,  à l’aspect  admirable,  causant  le 
plaisir  des  sens,  applaudi  par  tous  les  princes.  5,382. 

Le  Soubhadride  et  le  plus  grand  des  Kourouides,  ces 
deux  héros,  se  livraient  ce  combat  pour  la  victoire  du 
Prithide  et  la  mort  de  Bhtshma.  5,383. 

Le  terrible  Açvatthâman  irrité,  le  plus  excellent  des 
brahmes,  frappa  d’un  nâràtcha  dans  la  poitrine  Sâtyaki 
au  milieu  du  combat.  5,38A. 

Mais  Çaînéya  à l’âme  incommensurable  de  blesser  dans 
tous  les  membres  avec  neuf  flèches  aux  ailes  de  héron  le 
fils  du  gourou  lui-même.  5,385. 

Açvatthâman  perça  dans  le  combat  Sàtvaki  de  neuf 
traits , et  lui  envoya  de  nouveau  rapidement  trente 
flèches  dans  la  poitrine  entre  les  deux  bras.  5,386. 

Profondément  blessé,  le  héros  Sàtwatide  à la  haute  re- 


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BHISHMA-PARVA. 


537 


nommée  frappa  en  retour  avec  trois  dards  le  fils  de 
Drona.  5,387. 

Le  fameux  héros  Paâurava  couvrit  de  flèches  et  déchira 
nombre  de  fois  dans  ce  combat  l’héroïque  Dhrisbtakétou. 

Ce  brave  à la  grande  force  riposta  lestement  avec 
trente  dards  acérés,  dont  il  blessa  Paâurava  dans  la  ba- 
taille. 5,388—6,389. 

Mais  le  vaillant  Paâurava  trancha  l’arc  de  Dhrishtaké- 
tou,  jeta  vigoureux  un  cri  de  victoire  et  l’entoura  de  ses 
flèches  acérées.  5,390. 

Le  blessé  prit  aussitôt  un  nouvel  arc  avec  deç  traits 
aigus  et  frappa,  grand  roi , Paâurava  de  soixante-treize 
flèches.  5,391. 

Ces  deux  héros  au  grand  char,  à la  grande  taille,  firent 
pleuvoir  l’un  sur  l’autre  une  épaisse  averse  de  traits. 

Ils  se  coupèrent  mutuellement  leurs  arcs,  ils  se  tuèrent 
leurs  chevaux  : et,  sans  chars,  mais  pleins  de  colère,  ils 
engagèrent  un  combat  à l’épée.  5,392 — 5,393. 

Tous  deux  armés  de  boucliers  en  cuir  de  taureau,  admi- 
rables, ornés  de  cent  lunes,  émaillés  d’une  centaine  d’é- 
toiles ; tous  deux  ayant  pris  à la  main  des  cimeterres  sans 
tache,  sire,  et  d'un  immense  éclat,  fondirent  l’un  sur 
l’autre,  tels  que,  dans  un  grand  huis,  deux  lions  furieux, 
à la  rencontre  d’une  éléphante.  5,39â — 5,395. 

Ils  décrivirent  des  cercles  divers,  ils  exécutèrent  des 
allées  et  des  retours,  se  montrant  leur  art  et  sondant 
mutuellement  leur  faiblesse.  5,396. 

Paâurava,  de  sa  grande  épée,  blessa  Dhrishtakétou 
avec  colère  à l’endroit  de  l’os  temporal  et  lui  cria: 
« Arrête  ! arrête  là  ! » 5,397. 

De  son  < ôit,  le  roi  de  Tchédi  frappa  dans  le  combat. 


538  LE  MAHA-BHUIATA. 

de  son  long  glaive  au  tranchant  acéré,  l’éminent  Paâurava 
à la  clavicule  du  cou.  5,398. 

Ces  deux  guerriers,  dompteurs  des  ennemis,  qui  s’é- 
taient attaqués  réciproquement,  grand  roi,  clans  celte  lutte 
acharnée,  tombèrent,  frappés  de  leur  fougue  mutuelle. 

Ensuite  Djayatséna,  ton  fils,  ayant  fait  monter  Paâurava 
sur  sa  voiture  de  guerre,  l'emmena  de  toute  la  vitesse  de 
son  char,  hors  du  champ  de  bataille.  5,399 — 5,500. 

L’auguste  fils  de  Màdrî,  le  vaillant  héros  Sahadéva, 
d’emporter  Dbrishtakéiou  loin  du  combat.  5,401. 

Aussitôt  que  Tchitraséna  eut  frappé  Souçarman  de  nom- 
breuses flèches  de  fer,  il  le  perça  de  nouveau  avec 
soixante  dards,  et  ensuite  avec  neuf  traits.  5,402. 

Mais  Souçarman  irrité  blessa  ton  fils,  souverain  des 
hommes,  avec  dix  et  dix  flèches  aiguës  dans  le  combat. 

11  frappa  en  représailles  avec  colère,  sire,  Tchitraséna, 
dans  la  bataille,  de  trente  dards  aux  nœuds  inclinés. 

5,403—5,404. 

Le  Soubhadride,  qui  ajoutait,  sire,  à son  honneur  et  sa 
renommée,  déployant  sa  valeur  à cause  du  Prithide  sur  le 
champ  de  bataille,  où  combattait  Bhlshma,  attaqua  Vri- 
hadbala,  le  fils  de  roi.  Quand  le  roi  du  Koçala  eut  blessé 
l’Arjounide  avec  cinq  flèches  de  fer,  5,405 — 5,406. 

Il  le  frappa  de  rechef  avec  vingt  traits  aux  nœuds  in- 
clinés; et  le  Soubhadride  blessa,  en  retour,  de  huit  flèches 
de  fer  le  souverain  du  Koçala,  5,407. 

Qui  n’en  fut  pas  ému  dans  ce  combat.  Le  Phâlgounide 
le  perça  de  nouveaux  dards,  et  trancha  enfin  l'arc  du  Ko- 
çalain.  5,408. 

Il  frappa  même  son  rival  de  trente  dards  aux  ailes  de 
héron.  Le  fils  de  roi,  Vrihadbala,  saisit  un  nouvel  arc, 


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BHISHMA-l’ARVA. 


539 


Et  blessa  avec  colère,  de  traits  nombreux,  le  fils  de 
Phâlgouna  dans  le  combat.  La  bataille  de  ces  deux  héros 
irrité  , puissant  monarq  e,  fléau  de<  ennemis,  qui  avait 
Bhishma  pour  sa  cause,  fut  telle  que  jadis,  en  la  guerre 
des  Asouras  et  des  Dieux,  le  conflit  d’Indra  et  de  Bali. 

6,409 — 5,410 — 5,411. 

Bhlmaséna  de  porter  son  attaque  sur  l'armée  des  chars, 
où  il  jeta  une  vive  splendeur,  comme  Çakra  déchirant,  la 
foudre  à sa  main,  les  plus  hautes  des  montagnes.  6,412. 

Frappés  de  mort  dans  ce  combat,  les  éléphants,  sem- 
blables à des  collines,  tombaient  de  compagnie  sur  le  sol 
et  faisaient  résonner  la  terre.  5,413. 

Ces  pachydermes,  aussi  grands  que  des  alpes  et  pareils 
à des  masses  brisées  de  collyre,  étendus  sur  la  terre,  y 
brillaient  comme  autant  de  montagnes  répandues.  5,414. 

Défendu  par  une  nombreuse  armée,  l’héroïque  You- 
dhishthira  d’écraser  le  roi  du  Madra,  qui  avait  engagé  le 
combat  avec  lui.  5,415. 

Et  ce  brave  souverain  du  Madra  d’accabler  dans  la  ba- 
taille, à cause  de  Bhishma,  le  vaillant  fils  de  Dharma. 

Le  roi  du  Sindhou  ayant  blessé  Virâta  de  neuf  flèches 
aiguës  aux  nœuds  inclinés,  le  frappa  de  nouveau  avec 
trente.  5,416—5,417. 

Et  le  général  des  armées,  Virâta,  de  percer,  entre  les 
deux  seins,  grand  roi,  le  Sindhien  avec  une  trentaine  de 
traits  acérés.  5,418. 

Le  Matsya  et  le  Sindhien  brillaient  dans  ce  combat,  dis- 
tingués par  des  foruies  admirables,  portant  de  merveilleux 
drapeaux,  dards  et  cuirasses,  armés  de  cimeterres  et  d’arcs 
admirables.  5,419. 

Drona  dans  ce  violent  combat , ayant  affronté  le  fils  du 


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540 


LE  MA  H A- BHARATA. 


Pântcbàlain,  soutint  contre  lui  une  grande  guerre,  avec 
ses  flèches  aux  nœuds  inclinés.  5,420. 

Puis,  il  trancha  l'arc  immense  du  Prishatideet  le  blessa 
lui-même,  puissant  roi,  de  cinq  cents  traits.  5,421. 

L’immolateur  des  héros  ennemis,  le  rejeton  de  Prishat, 
saisit  un  nouvel  arc  et  lança  si.r  Drona  une  massue,  pa- 
reille au  bâton  de  la  Mort.  5,422. 

Drona  soudain  arrêta  dans  son  vol , avec  cinquante 
flèches,  cette  arme,  ornée  d’étoffes  d’or.  5,423. 

Mise  en  plusieurs  morceaux  par  les  flèches,  qu’avait  en- 
voyées l’arc  de  Drona,  cette  massue,  réduite  en  menus 
fragments  et  semblable  à une  chose,  que  la  vieillesse  a 
dissoute,  tomba  sur  la  terre.  5,424. 

Dès  qu’il  vit  détruite  sa  massue,  le  Prishatide,  imino- 
iateur  des  ennemis,  darda  sur  Droua  une  lance  resplen- 
dissante, toute  de  fer.  5,425. 

Drona  aussitôt  la  coupa  dans  le  combat,  avec  neuf 
flèches,  Bharatide,  et  il  écrasa  l’héroïque  Prishatide,  dans 
la  guerre.  5,426. 

Ainsi,  grand,  aux  formes  épouvantables,  inspirant  la 
terreur,  était  alors  ce  combat,  puissant  roi,  que  se  li- 
vraient Drona  et  le  fds  de  Prishat  au  sujet  de  Bhishma. 

Arjouna,  arrivé  près  du  fils  de  la  Gangà,  l’accabla  de 
ses  flèches  acérées  ; il  fondit  sur  lui,  tel  qu’un  éléphant  en 
folie  sur  un  éléphant  en  rut  au  milieu  d’une  forêt. 

5,427—5,428. 

L’auguste  roi  Bhagadatta  s’en  vint  à sa  rencontre  ; il 
arrêta  dans  la  bataille  Arjouna  d’une  pluie  de  flèches. 

Mais  celui-ci  blessa  dans  le  combat,  de  ses  traits  en  fer, 
sans  tache,  aigus,  pareils  à l’argent,  ce  prince,  qui  s’a-, 
vançait,  tel  qu’un  éléphant.  5,42» — 5,430. 


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BHISHMA-PAR\  A. 


541 


Le  fils  de  Kountî,  excitant  Çikhandt  : h Marche,  marche 
contre  Bhlsbma,  lui  dit-il,  et  tue-le,  grand  roi  ! » 5,431, 

Ensuite  le  Prâgdjyotishain,  ayant  abandonné  le  Pân- 
douide,  s’avança  d’un  pied  hâté,  sire,  frère  aîné  de 
Pàndou,  vers  le  char  de  Droupada.  5,432, 

Arjouna,  mettant  devant  lui  Çikhandl,  marcha  rapi- 
dement sur  Bhîshma  ; et  le  combat  commença,  grand  roi. 

Puis,  les  héros  des  tiens  coururent  avec  légèreté  dans 
la  bataille  sur  le  Pândouide,  en  jetant  des  cris  : ce  fut 
comme  une  chose  mçrveilleuse.  5,433 — 5,434. 

Arjouna,  souverain  des  hommes,  dissipa  les  armées 
de  différentes  sortes,  qui  suivaient  tes  fils,  comme  le  souille 
du  vent  chasse,  dans  la  saison,  les  nuages  rassemblés  au 
sein  du  ciel.  5,435. 

Çikhandî  affronta  l’aïeul  des  Bhoratides,  et,  rapide- 
ment, sans  trouble,  il  le  couvrit  de  ses  flèches  nom- 
breuses. 5,430. 

Feu,  qui  avait  pour  chapelle  son  char,  pour  splendeur 
son  arc,  comme  bois  sa  massue,  sa  lance  et  son  épée, 
comme  grande  flamme  ses  faisceaux  de  flèches,  il  con- 
sumait les  kshatryas  dans  le  combat.  5,437. 

Tel  que  marche,  accompagné  par  le  vent,  un  vaste  in- 
cendie allumé  dans  i.ne  forêt  de  bois  sec,  ainsi  flamboyait 
Bhishma,  tandis  qu’il  décochait  ses  traits  célestes.  5.438. 

11  immola  dans  le  combat  les  Soinakas,  qui  suivaient 
les  pas  du  Pândouide.  Au  moyen  de  ses  flèches  acérées, 
empennées  d’or,  aux  nœuds  inclinés,  le  grand  héros  ar- 
rêta l’armée  du  fils  de  Pândou  et  fit  résonner,  dans  cette 
bataille  acharnée,  les  plages  du  ciel  et  les  points  intermé- 
diaires. 6,439—5,440. 

Renversant  les  maîtres  de  chars  et  les  chevaux  avec 


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642 


LE  MAHA-BHARATA. 


leurs  cavaliers,  il  rendit  les  multitudes  de  chars  sem- 
blables à des  forêts  de  palmiers  sans  feuillage.  6,641. 

Bhishina,  le  plus  excellent  de  tous  ceux,  qui  portent  les 
armes , sire , priva  de  leurs  hommes  en  ce  combat  les 
chevaux,  les  éléphants  et  les  chars.  5,442. 

A l’audition  du  bruit,  pareil  au  fracas  du  tonnerre,  que 
produisait  la  surface  de  sa  corde,  tous  les  guerriers,  sire, 
étaient  ébranlés  de  tous  les  côtés  ! 5,643. 

Les  flèches  de  ton  père  (1) , souverain  des  enfants  de 
Manou,  tombaient,  sans  manquer  le  but  ; les  traits  partis 
de  son  arc  ne  restaient  pas  attachés  aux  corps.  5,464. 

Je  vis  des  chars  sans  hommes,  allant  comme  le  vent, 
sire,  emportés  par  les  rapides  coursiers,  auxquels  ils 
étaient  attelés.  5,645. 

Quatorze  mille  Raroushains,  Tchédiens  ou  habitants 
de  Kaçi,  tous  fils  de  famille,  appelés  de  grands  héros  et 
qui  avaient  renoncé  à la  vie,  5,666. 

Héros,  qui  ne  savaient  pas  reculer,  ombragés  de  dra- 
peaux, dont  l’or  avait  changé  la  matière,  appuyés  sur  des 
coursiers,  des  éléphants  et  des  chars,  ayant  affronté  dans 
la  bataille  Bhishuia,  5,667. 

Semblable  à la  Mort,  sa  bouche  ouverte,  descendirent 
dans  l’autre  monde.  Il  n’y  eut  point  dans  ce  combat, 
sire,  un  seul  fameux  hér^s  parmi  les  Somakas,  qui  sorilt 
vivant  de  sa  lutte  avec  Bhishina.  Les  hommes,  qui  virent 
tous  ces  combattants  plongés  dans  la  ville  du  roi  des 
morts,  estimèrent  alors  ce  qu’était  le  courage  du  Çânta- 
nouide  ; et  aucun  des  grands  héros  ne  se  présenta  plus 
devant  lui  dans  la  bataille,  si  ce  n'est  le  vaillant  fils  de 
Pàndou  aux  blancs  coursiers,  de  qui  Krishna  est  le  co- 

(1)  Telle  de  Bombay. 


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BHISHMA-PARVA. 


SAS 


cher,  et  le  Pàntchâlain  Çikhandt  à la  force  sans  mesure. 

5,448  —5,449 — 6,450 — 5,451. 

Quand  celui-ci  eut  affronté  Bhlshma  dans  le  combat, 
éminente  personne,  il  le  frappa  au  milieu  des  seins  avec 
dix bhallas  acérés.  6,452. 

Le  fils  de  la  Gangà  jeta  sur  le  guerrier  le  regard 
oblique  de  ses  yeux,  enflammés  de  colère,  dont  il  sem- 
blait vouloir,  Bharatide,  le  consumer.  6,453. 

Mais,  se  rappelant  cette  qualité  de  femme,  qu’il  avait 
portée  à la  vue  du  mon  de  entier,  ilne  riposta  point  et  n'eut 
pas  l’air  de  le  connaître.  5,454. 

Arjouna  donc  adressa,  grand  roi,  ces  mots  à Çikhandl  : 
tt  Fonds  rapidement  sur  lui  et  tue  ce  vieil  aïeul  des  Kou- 
rouides.  5,455. 

» A quoi  bon,  héros,  un  plus  grand  nombre  de  paroles? 
Immole  ce  vaillant  Bhlshma  ! car  je  ne  vois  pas  aucune 
autre  chose,  qui  soit  maintenant  à faire  dans  l’armée 
d’Youdhishthira.  5,456. 

» 11  n'est  personne  ici,  qui  soit  capable  de  livrer  un 
combat  à Bhlshma,  si  ce  n'est  toi,  tigre  des  hommes  : c’est 
une  vérité,  que  j’aflirme  ici  devant  toi  ! » 5.457. 

A ces  mots  du  Prithide,  Çikhandl  inonda  précipitam- 
ment, éminent  Bharatide,  le  vieux  aïeul  de  traits  sous 
diflérentes  formes.  6,458. 

Sans  même  penser  à ces  dards,  Dévavrata,  ton  père,  ar- 
rêta dans  le  combat  avec  ses  flèches  Arjouna  irrité  ; 

Et  le  vaillant  h ros  envoya  de  ses  traits  mordants,  au- 
guste sire,  l’armée  entière  des  P&ndouides  à l'autre  monde. 

Ensuite,  les  (ils  de  Pàndou,  environnés  d'une  autre 
nombreuse  armée,  t ernèrent  Bhlshma,  comme  les  nuages 
offusquent  l’astre  du  jour.  5,459 — 5,460 — 5,461. 


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544 


LE  MAHA-BHARATA. 


Le  Bharatide  enveloppé  de  tous  les  côtés,  éminent  fils 
de  Bharata,  consuma  ces  héros  dans  le  combat  : tel  le  feu 
etend  au  milieu  d’un  bois  les  ravages  de  sa  flamme. 

Vlors,  nous  admirâmes  le  courage  étonnant  de  ton  fils; 
car,  en  même  temps  qu'il  combattait  le  fils  de  Prithà,  il 
défendait  son  aïeul.  5,462 — 5,463. 

A la  vue  de  cette  prouesse  de  l’archer  ton  fils,  le  ma- 
gnanime Douççàsana,  tous  les  spectateurs  de  se  réjouir. 

En  effet,  seul,  il  combattit  les  Prilhides  avec  Arjouna  ; 
et  les  Pàndouides  ne  purent  arrêter  ce  guerrier  aux  forces 
sans  mesure  dans  le  combat.  5,464 — 5,465. 

Les  maîtres  de  chars,  qu'il  réduisit  à pied  dans  la  ba- 
taille, les  héroïques  cavaliers  et  les  vigoureux  combat- 
tants, montés  sur  des  éléphants,  tombaient,  percés  de  ses 
flèches  acérées,  sur  le  sol  de  la  terre.  En  proie  à la  dou- 
leur de  ses  traits,  d’autres  pachydermes  couraient  par 
tous  les  points  de  l’horizon.  5,466—5,467. 

Consumant  l’armée  des  Pàndouides,  ton  fils  jetait  des 
flammes,  comme  flamboierait  un  feu,  duquel  on  au- 
rait allumé  la  puissance  au  milieu  d’une  énorme  pile  de 
bois.  5,468. 

Le  grand  héros  des  Pàndouides  ne  put  supporter  les 
victoires  de  ce  guerrier  à la  taille  de  géant  : personne 
d'aucune  manière  ne  s’éleva  jamais  à la  rencontre  de  lui, 
si  ce  n'est  le  fils  de  Mahéndra  aux  blancs  coursiers.de  qui 
Krishna  est  le  cocher.  Dès  que  Arjouna- Vidjaya  l’eut 
vaincu  dans  la  guerre,  sire,  5,469 — 5,470. 

Il  fondit  sur  Bhlshma  lui-même,  à la  vue  du  monde 
entier.  Ton  fils  vaincu,  aux  bras  de  qui  Bhlshma  avait 
mis  sa  confiance,  aspira  l'air  mainte  et  mainte  fois,  et  sou- 
tint, furieux  d'ivresse,  le  combat  contre  Djishnou.  Mais  la 


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BHÏSHMA-PARVÀ. 


545 


bataille  d'Arjouna,  sire,  répandit  sur  lui  toute  sa  splen- 
deur. 5,471 — 5,472. 

ÇikandI,  sire,  blessa  votre  aïeul  dans  le  combat  de 
traits,  qui  tranchaient  comme  le  tonnerre  et  dont  la  mor- 
sure ressemblait  au  venin  des  serpents.  5,473. 

Ils  ne  firent  pas  de  blessure  à ton  père,  monarque  des 
hommes,  et  le  fils  de  la  Gangâ  reçut  alors  ces  flèches  en 
riant.  5,474. 

De  même  que,  tourmenté  par  la  chaleur,  un  homme 
reçoit  les  gouttes  de  la  pluie,  ainsi  le  fils  de  la  Gangâ  re- 
çut ces  dards  aigus  de  ÇikandI.  5,475. 

Les  kshatryas  virent  épouvantable  dans  le  combat  ce 
Bhishma,  qui,  grand  roi,  consumait  les  armées  des  ma- 
gnanimes fils  de  Pândon.  5.470. 

Alors,  ton  fils,  respectable  roi,  de  parler  en  ces  termes 
à toutes  ses  armées  : « Courez  de  tous  les  côtés  sur  Phâl- 
gouna  dans  la  guerre.  5,477. 

» Le  vertueux  Bhîshma  vous  défendra  tons  dans  la  ba- 
taille : abandonnez  donc  entièrement  la  crainte,  et  com- 
battez contre  les  Pàndouides.  5,478. 

» Bhishma  se  tient  dans  ce  combat,  protégeant  sous 
l'ombre  de  son  grand  palmier  d'or,  la  paix  et  les  armes 
de  tous  les  Phritaràshti  ides.  5,479. 

# Les  Immortels  soulevés  eux-mêmes  seraient  incapa- 
bles d'enfermer  Bhishma  ; à plus  forie  raison  de  simples 
mortels,  les  Pàndouides  ne  pourraient-ils  envelopper  ce 
magnanime  à la  puissante  vigueur!  5,480. 

# Ne  fuyez  donc  pas,  guerriers,  quand  le  combat  vous 
a portés  auprès  de  Phàlgouna.  Moi,  de  tous  mes  efforts, 
je  vais  livrer  bataille  au  l’àndouide  à l’instant  même,  ac- 
compagné de  toutes  vos  majestés,  les  monarques  de  la 

vu  . :>.) 


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546 


LE  MAHA-BHARATA. 


terre,  luttant  d'ardeur  avec  moi!  » Dès  qu’ils  eurent  en- 
tendu cette  parole  de  l'habile  archer,  ton  fils,  sirs. 

Tous  ces  guerriers  puissants,  à la  grande  vigueur,  pleins 
de  colère,  les  Vidéhas,  les  Kalingas  et  les  armées  du  Dâ- 
séraka,  5,481—5,482—5,438. 

Les  Nishadas,  les  Saâuvtras,  les  Vâhlikas,  les  Daradas, 
les  peuples  de  l'occident,  du  septentrion,  les  Malavas, 
accoururent  dans  ce  grand  combat,  5,484. 

Les  Abhishàlas,  les  Çoûrasénas,  les  Çivides,  les  Vasà- 
tiens,  les  Çalvas,  les  ÇakaS,  les  Trigarttains,  les  Am- 
bashthas  et  les  Kalkéyains  s'avancèrent  d'un  pied  rapide 
vers  le  fils  de  l’rithà,  comme  les  sauterelles  volent  te  pré- 
cipiter dans  le  feu.  Mais,  la  pensée  du  vigoureux  Dha- 
nandjaya  s'étant  portée  vers  ses  astras  célestes,  il  les 
dirigea  contre  tous  ces  grands  héros,  et  Bibhatsou  les  eut 
bientôt  consumés,  eux  et  leurs  armées  (1),  Mahàrâdja, 
sous  l’énergie  de  ses  flèches  par  ses  astras  d’une  immense 
impétuosité.  Tandis  que  le  robuste  archer  lançait  des  mil- 
liers de  traits,  5,485 — 5,486 — 5,487—5,488. 

On  voyait  son  Gàndlva  comme  enflammé  dans  l’atmos- 
phère. En  but  à la  fureur  des  flèches,  les  monarques  aux 
grands  étendards  déployés  ne  pouvaient  s’approcher,  en 
se  tenant  réunis,  du  héros  à l'enseigne  du  singe.  Blessés 
par  les  traits  de  Kirlli,  les  maîtres  de  chars  tombaient 
avec  leurs  drapeaux,  les  cavaliers  avec  leurs  chevaux, 
les  éléphants  avec  les  guerriers,  montés  sur  leur  dos.  De 
tous  côtés,  la  terre  était  couverte  par  les  armées  des  rois, 
que  le  bras  d’Arjouna  avait  rompues  et  qui  fuyaient  de 
mainte  manière.  Quand  le  Prilkide  eut  mis,  graud  roi, 


(t)  Teite  de  Bombay. 


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BHISHM  \-PARVA. 


547 


cette  armée  en  déroute,  6,489—5,490—5,491 — 5,492. 

11  envoya  des  flèches  nombreuses  à Douççâsana.  A 
peine  ces  traits  au  bec  de  fer  eurent-ils  percé  ton  fils. 

Qu'ils  entrèrent  tous  dans  la  terre,  comme  des  serpents 
dans  une  fourmillière.  Puis,  il  tua  ses  chevaux,  il  abattit 
son  cocher.  5,493—5,494. 

Vingt  flèches  privèrent  de  son  char  Vivinçati,  qu’il 
blessa  profondément  lui-même  de  cinq  traits  aux  nœuds 
inclinés.  5,495. 

Après  qu’il  eut  percé  Kripa,  Vikarna  et  Çalya  de  nom- 
breux dards  en  fer,  le  fils  de  Kountl  aux  blancs  coursiers 
les  réduisit  eux-mêmes  à pied.  5,496. 

Ainsi  tous  ceux-ci,  vénérable  monarque,  se  virent  sans 
char  : Kripa  et  Çalya,  Douççâsana,  Vikarna  et  Vivinçati. 

Vaincus  par  l’Ambidextre,  ils  fuyaient  sur  le  champ  de 
bataille.  Dans  la  première  partie  du  jour,  quand  il  eut 
dompté  ces  grands  héros,  le  Prithide  flamboya  comme 
un  feu  sans  fumée,  et,  par  ses  pluies  de  flèches,  il  avait 
ressemblé  au  soleil,  environné  de  ses  rayons. 

5,497—5,498—5,499. 

Il  abattit  même  les  autres  monarques,  puissant  roi,  et 
ses  averses  de  traits  firent  tourner  le  dos  aux  plus  vail- 
lants. 5,500. 

11  fit  couler , dans  ce  combat,  au  milieu  de3  armées 
Kourouide  et  Pàndouide,  fils  de  Bharata,  un  vaste  fleuve, 
dont  le  sang  était  l'onde.  5,501. 

Des  multitudes  de  chars,  d’éléphants  et  de  chevaux 
étaient  immolées  de  cent  manières,  avec  les  maîtres  des 
chars;  et  les  chars  rompus  tombaient  avec  les  chevaux, 
les  éléphants  et  les  fantassins.  5,502. 

Dans  toutes  les  plages  de  l’horizon,  ce  n’était  que  chars 


548 


LE  MAHA-BHARATA. 


rompus,  que  têtes  abattues,  que  chûte  de  corps  aux  en- 
trailles déchirées,  de  coursiers , de  pachydermes  et  de 
guerriers.  5,503. 

Le  champ  de  bataille  était  couvert,  sire,  de  grands  hé- 
ros, (ils  de  roi,  tombés  et  tombants,  parés  de  pendeloques 
et  de  bracelets,  de  chars  et  de  roues  brisées , d’éléphants 
broyés.  Les  hommes  de  pieds  fuyaient  pêle-mêle  au  mi- 
lieu des  chevaux  et  des  cavaliers.  5,504 — 5,505. 

Les  guerriers  sur  des  chars  et  les  pachydermes  tom- 
baient de  tous  les  côtés  à la  ronde  ; les  chars  étaient  épars 
sur  la  terre  avec  les  drapeaux,  les  jougs  et  les  roues  en 
morceaux.  5,500. 

Arrosé  par  le  sang  des  multitudes  de  héros,  de  che- 
vaux et  d'éléphants,  le  champ  de  bataille  resplendissait, 
couvert  de  celte  rouge  enveloppe,  comme  un  nuage  cra- 
moisi d’automne.  5,507. 

Les  chiens,  les  corbeaux,  les  vautours,  les  loups  mêlés 
aux  chacals  hurlaient  et  glapissaient  en  s'approchant  de 
cette  proie  : quadrupèdes  et  volatiles,  tous  alors  ils  deve- 
naient ennemis.  5,508. 

Des  vents  de  toutes  sortes  soufflaient  dans  toutes  les 
plages  du  ciel.  Au  milieu  des  Rak-hasas,  qui  se  mon- 
traient, et  des  Bhot.tas,  qui  criaient,  tout  à coup  les  vents 
agitaient  et  faisaient  voltiger  des  bandelettes  d’or  et  de 
précieux  étendards.  5,509 — 5,510. 

On  voyait  épars,  tombés  sur  le  sol  de  la  terre,  des  mil- 
liers île  blanches  ombrelles  et  de  vastes  chars  avec  leurs 
drapeaux.  5,511. 

Ensuite  Bhlshma.  décochant  un  astea  céleste,  fondit, 
grand  roi,  sur  le  fils  de  Kounll,  malgré  les  efforts  de  tous 
les  archers.  5,512. 


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BHISHM  A-PARV  A. 


5A9 


Revêtu  de  sa  cuirasse,  Çikhan  1 courut  dtns  le  combat 
au-devant  de  sa  marche;  aussitôt  Bhishma  de  retirer  à 
lui  cet  astra,  semblable  au  feu.  5.513. 

Dans  ce  temps  même,  le  fils  de  Knuntlaux  blancs  cour- 
siers, ayant  fasciné  l’aïeul  des  Kourouides,  immola  ton 
armée.  5,5 IA. 

Tous  les  guerriers,  dévoués  au  monde  de  Brahma  et 
qui  ne  savaient  pas  tourner  le  dos,  s'affrontèrent , Bhara- 
tide,  au  milieu  de  ces  armées  innombrables,  ainsi  dispo- 
sées en  ordre  de  bataille.  5,515. 

Dans  ce  combat  une  armée  ne  rest>it  pas  attachée  à une 
armée  ; les  maîtres  de  chars  combattaient  avec  les  maîtres 
de  chars,  les  fantassins  avec  les  fantassins,  les  cavaliers 
avec  lès  cavaliers,  les  éléphants  avec  les  guerriers,  mon- 
tés sur  des  éléphants  ; chacun  se  battait  là,  puissant  roi, 
avec  un  esprit  comme  en  délire.  5,5lt3 — 5,517. 

Une  grande,  une  terrible  infortune  pesait  à la  fois  sur 
les  deux  années  : elle  naissait  indistinctement  dans  ce 
carnage  si  épouvantable  au  milieu  des  troupes  d’éléphants 
et  d’hommes,  répandues  ainsi  de  tous  les  côtés.  Alors, 
Çalya,  kripa  et  Tchitraséna,  5,518 — 5,510. 

Douççâsana  et  Vikarna,  ces  héros,  montant  sur  des 
chars  lumineujt,  ébranlèrent  dans  le  combat  l’armée  des 
Pàndouides.  5,520. 

Mal-menée  par  ces  magnanimes , l’armée  de  Pândou 
flotta  dans  le  combat  nombre  de  fois  à la  ronde,  sire, 
comme  un  vaisseau  dans  une  mer  agitée  par  le  vent. 

Bhlshiua  fendait  les  membres  des  fils  de  Pândou  comme 
le  froid  au  temps  de  l'hiver  fend  les  membres  des  tau- 
reaux. 5,521 — 5,522. 

Mille  fois  dans  ton  armée,  le  magnanime  Prithide 


650 


LE  MAHA-BHAIUTA. 


abattit  en  foule  sur  la  terre  les  éléphants  semblables  à des 
nuages  nouveaux.  5,5  23. 

On  voit  les  capitaines  des  compagnies  broyés  par  le 
fils  de  Prithâ.  Blessés  par  ses  flèches  et  ses  nârâtchas,  en- 
voyés à milliers,  5,524. 

Ayant  poussé  là  d’horribles  cris  de  détresse,  les  grands 
éléphants  tombaient.  Le  champ  de  bataille  brillait,  cou- 
vert des  ornements  attachés  sur  les  corps  des  magnanimes 
renversés,  et  de  leurs  tètes,  ornées  de  pendeloques.  Dans 
ce  carnage,  noble  roi,  des  plus  vaillants  des  fameux  héros, 

6,625-5,526. 

Tandis  que  Bhtshma  et  le  Pàndouide  Dhanandjaya  dé- 
ployaient leur  vaillance  dans  le  combat,  tes  fils,  désirant 
la  mort  en  combattant  et  qui  faisaient  du  Swarga  le  but 
de  leurs  efforts,  ayant  vu  leur  illustre  aïeul  marcher  cou- 
rageusement dans  la  bataille,  s’avancèrent,  suivis  de  toute 
leur  armée,  vers  les  Pàndouides  au  milieu  de  ce  carnage 
des  plus  grands  héros  ; et  les  Pàndouides.  se  souvenant 
des  nombreuses  et  diverses  infortunes,  dont  vous  les  a ver 
jadis  accablés,  ton  fils  et  toi,  souverain  des  hommes,  ces 
héros,  qui  avaient  rejeté  la  crainte  et  qui  faisaient  du 
monde  de  Brahma  l’objet  de  leur  ambiticn,  livraient  en 
hommes  de  cœur  la  guerre  aux  tiens  et  à tes  fils.  L'hé- 
roïque généralissime  adressa  dans  le  combat  ces  mots  à 
son  armée  : {De  la  stance  5,527  d la  stance  5,532.) 

« Coures  sur  le  fils  de  laGangâ,  vous,  Somakas,  et  vous, 
Srindjayas  !»  A ces  mots  du  généralissime,  les  Somakas 
et  les  Srindjayas  5,532. 

Coururent  sur  le  fils  de  la  Gangâ  ; une  pluie  de  flèches 
arrêta  cet  élan.  Blessé  par  eux,  le  fils  de  Çàntanou,  ton 
père,  sire,  5,533. 


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BB1SUMA-PAHVA. 


551 


Tombé  sous  la  puissance  de  la  colère,  combattit  les 
Srindjayas.  Ce  fut  le  sage  ffâmu,  qui  donna  jadis  à cet 
homme  illustre  la  science  des  astras,  exterminatrice  des 
armées  ennemies;  c’est,  appuyé  sur  cette  science,  q e le 
vieux  aïeul  des  Kourouides  faisait  la  des'ruction  des 
troupes  opposées;  Bhishma,  le  meurtrier  des  héros  enne- 
mis, immolait  chaque  jour  dix  milliers  de  princes. 

5,5*4— 6,535-6,536. 

Ce  dixième  jour  étant  arrivé,  sept  grands  héros  suc- 
combèrent dans  le  combat  sous  le  bras  seul  de  Bhishma, 
qui  avait  déjà  tué  une  myriade  d'éléphants  chez  les  Mat- 
syas  et  les  P&ntchà'ains.  Après  que  le  noble  aïeul  eut 
rompu  cinq  milliers  de  chars,  et  tué  dans  ce  grand  com- 
bat quatorze  milliers  d’hommes,  ton  père,  souverain  des 
peuples,  immola  encore  des  milliers  d'éléphants  et  une 
myriade  de  chevaux.  Quand  il  eut  détruit  l'armée  de  tous 
ces  maîtres  delà  terre,  5,537—5,53» — 5,539 — 5,540. 

Le  frère  chéri  de  Viràta,  Çatâulka,  rendit  l'âme  sous  les 
coups  de  l'auguste  Bhishma,  qui,  cette  victoire  obtenue 
dans  le  combat,  5,541. 

Abattit,  Mahàrâdja,  avec  ses  bhallas  des  milliers  de 
monarques  et  tous  les  princes  quelconques,  qui  s'étaient 
rassemblés  aux  côtés  de  Dbanandjaya.  6,642. 

Ces  rois,  en  affrontant  Bhishma,  descendirent  tous  au 
monde  d’Yama.  Dès  qu'il  eut  ainsi  masqué  partout  les 
dix  points  du  ciel  par  les  multitudes  de  ses  flèches, 
Bhishma  fit  tête  de  tous  les  côtés  à l'armée  des  princes. 
Quand  il  eut  dans  ce  dixième  jour  accompli  cet  immense 
exploit,  5,543 — 5,544. 

11  se  tint,  son  arc  à la  main,  entre  les  deux  années,  et 
nul  des  rois,  sire,  ne  pouvait  fixer  les  yeux  sur  lui, 


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552 


LE  MAHA-BHARATA. 


comme  on  ne  peut  regarder  en  été  le  sol 'il  brûlant,  par- 
venu au  milieu  de  sa  carrière.  De  même  que  Çakra  con- 
sumait dans  le  combat  l’armée  des  Daltyas, 

5,545—5,546. 

Ainsi  l’armée  des  Pândouides  fut  consumée  par 
Bhishma.  A peine  l'eut-il  vu  déployer  une  telle  valeur, 
le  meurtrier  de  Mudhou,  5,547. 

Le  fils  de  Dévakî  adressa  joyeux  ces  mots  à Dhanan- 
djaya  : « Le  fils  de  Çântanou,  ce  Bhishma,  qui  se  tient 
entre  les  deux  armées,  5,543. 

» Sera  une  victoire  pour  toi,  si  tu  parviens  à le  con- 
tenir par  la  force.  Enchalne-le  dans  l'immobilité,  grâce  à 
ta  vigueur,  du  côté  où  tu  vois  l'armée  rompue,  b, 549. 

» En  effet,  nul  autre,  seigneur,  ne  peut  soutenir  les 
traits  de  Bhishma.  » Dans  ce  même  ins  ant,  stimulé  par 
ce  langage,  sire,  le  guerrier,  qui  porte  un  singe  pour  en- 
seigne, 5,550. 

Déroba  aux  yeux  avec  des  flèches  Bhishma,  et  son  char, 
et  ses  chevaux,  et  son  drapeau.  Mais  le  plus  éminent  des 
principaux  Kourouides  trancha  en  plusieurs  morceaux 
avec  les  multitudes  de' ses  traits  les  multitudes  de  traits 
envoyés  par  le  fils  de  Pàndou.  Ensuite,  le  vigoureux 
ührishtakétou,  le  roi  des  Pàntchàlains,  5,551 — 5,552. 

Le  Pândouide  Bhimaséna,  Dhrishtadyoumna  le  Prisha- 
tide,  les  deux  jumeaux,  Tchékitâna  etles  cinq  Kaîkéyains, 

Sâtvaki  aux  longs  bras,  leSoubhadridc  et  Ghatotkatcha, 
les  Draàupadéyains,  Çikhandi  et  le  robuste  Kountibodja, 

5,553—5,554. 

Seuçarman  et  Viràta  : ces  partisans  des  Pândouides  à 
la  puissante  force  et  d'autres  en  grand  nombre,  accablés 
par  les  flèches  de  Bhishma,  5,555.  ' 


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BHISHMA-PARVA. 


553 


Furent  retirés  par  Phâlgouna  de  cette  me'  d’angoisses, 
où  iis  étaient  plongés.  Mais  Çikhandl  rapidement  s'arma 
d'un  trait  supérieur  ; ô,556. 

Et  courut,  protégé  par  Kiriti,  sur  Bhlshma  lui-même. 
Quand  il  eut  immolé  tous  ses  suivants,  Bibhaisou  l'in- 
vaincu, à qui  sont  connues  les  divisions  du  combat,  fondit 
surl'aleul  en  personne.  Sàtyaki,  Tchékitàna  et  Dhrishta- 
dyoumna  le  Prishatide,  Viràta,  Droupada  et  les  deux 
Pàndouides,  fils  de  Mâdri,  tous  défendus  par  l'archer  à 
l’arc  solide,  coururent  également  sur  Bhlshma  dans  ce 
champ  de  bataille.  5,557 — 5,55S — 5,559. 

Abhimanyou  et  les  cinq  (ils  de  Draàupadl,  tenant  levées 
de  grandes  armes,  fondirent  sur  Bhishma  dans  le  com- 
bat. 5,560. 

Tous,  archers  inébranlables,  qui  ne  savaient  pas  fuir, 
ils  attaquèrent  Bhlshmaavec  desflèches,  qui  recherchaient 
les  blessures.  5,501. 

Quand  il  eut  rejeté  les  faisceaux  de  traits,  lancés  par 
les  plus  grands  des  princes,  le  héros  d'une  âme  intrépide 
se  plongea  dans  l’armée  des  fils  de  Pàndou.  5,562. 

L’ illustre  aïeul  mit  obstacle  à leurs  flèches  comme  en  se 
jouant  ; mais,  se  rappelant  avec  maints  sourires  sa  qualité 
de  femme,  le  vaillant  Bhlshma  ne  décocha  pas  un  seul 
trait  sur  le  Pàntchàlain  Çikhandl.  11  tua  sept  héros  dans 
l’armée  de  Droupada.  5,563 — 5,56à. 

A l’instant  un  grand  cri  de  guerre  (1)  éclate  dans  l’ar- 
mée des  Pàntchâlains,  des  Matsyas  et  des  Tchédiens,  qui 
se  précipitent  sur  lui  seul.  5,555. 

Ceux-ci,  tels  que  le  soleil  est  offusqué  par  les  nuages, 


(t)  Encore  ce  kilakita,  qu'il  faut  traduire  garni  l'aide  des  dictionnaire». 


56â 


LE  MAHA-BHARATA. 


couvrent  Bhtshma  seul,  le  fila  de  la  Bhâglratt,  qui  incen- 
diait les  ennemis,  de  (lèches  et  d’une  multitude  d'hommes, 
de  chevaux  et  de  chars.  Alors,  dans  son  combat  avec  les 
ennemis,  semblable  A celui  des  Asouras  et  des  Dieux, 
Kirlti,  ayant  mis  Çikhandi  devant  ses  pas,  d’attaquer 
Bhtshma.  5,566-5,567-5,668. 

Ainsi  précédés  par  ce  héros,  tous  les  Pândouides 
cernent  de  tous  les  côtés  et  blessent  dans  le  combat  leur 
noble  aïeul.  6,560. 

De  concert  avec  tous  les  Srindjayas,  ils  blessèrent  de 
toutes  parts  Bhtshma  avec  des  çataghnls  très-épouvan- 
tables, des  massues,  des  haches,  des  maillets  d’armes, 
des  mousalas,  des  traits  barbelés,  des  javelots,  des  flèches 
à l’empennure  d’or,  des  lances  et  des  leviers  de  fer,  des 
kampanas  (1),  des  nârâtchas,  des  vatsadantas  et  des 
bhouçoundts  (2).  Accablé  de  ces  nombreux  projectiles  et 
sa  cuirasse  brisée,  5,570 — 5,571  —5,572. 

Bhtshma  n’en  était  pas  ému,  quoique  tous  ses  membres 
fussent  alors  entamés.  Inspirant  la  douleur  par  le  bruit 
de  ses  roues,  incendie  né  de  ses  grands  astras,  feu  sorti 
d’un  arc  et  de  traits  flamboyants,  accru  par  le  vent  sorti 
de  ses  astras,  il  avait  pour  haute  flamme  un  arc  multico- 
lore, pour  masse  de  bois  un  carnage  de  héros,  et  parais- 
sait aux  yenx  des  ennemis  un  feu,  dontl’éclat  ressemblait 
à celui,  qui  termine  un  youga.  On  le  voyait  sortir  à dé- 
couvert entre  les  multitudes  des  cha'  s,  et,  se  plaçant  au 
milieu  des  monarques,  aller  et  revenir.  Ensuite,  sans  pen- 
ser, ni  à Dhrishtakétou,  ni  au  roi  des  Pàntchàlains, 

(1)  Espèce  d'arme,  (lisent  Bohtlingk  et  Roth,  sans  aucune  autre  explica- 
tioo. 

(8)  Probablement,  dit  Wilson,  une  sorte  d’arme  à feu» 


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BHISHMA-PARVA. 


65b 

Il  s'avança,  monarque  des  hommes,  vers  le  milieu  de 
l'armée  des  l'ândouides.  Là,  Bhlshma  de  ses  flèches  su- 
blimes, acérées,  au  grand  bruit,  à la  grande  fougue,  bri- 
sant toutes  les  armures,  frappa  ces  six  héros  : Sàtyaki, 
Bhtmaséna  et  le  Pândouide  Dhanandjaya,  Üroupada,  Vi- 
râia  et  Dhrishtadyoumna  le  Prishatide.  Quand  ces  fa- 
meux héros  eurent  empêché  ses  traits  aigus, 
5,075-5,574-5,575—5,570-5,577—5,578-6,579. 

Ils  percèrentviolemment  Bhlshma  de  dix  flèches  chacun. 
Mais  ces  longs  dards,  empennés  d'or,  aiguisés  sur  la 
pierre,  que  lançait  l'héroïque  Çikhandî,  entrèrent  avec 
rapidité  dans  le  corps  du  noble  aïeul.  Alors  Kirlti,  se  cou- 
vrant de  Çikhandt,  courut  avec  colère  sur  Bhlshma  lui- 
même  et  trancha  son  arc.  Les  grands  héros  s’indignèrent 
qu'il  eut  brisé  l’arc  de  Bhlshma.  5,580 — 5,581—5,582. 

Drona,  Kritavarman  et  Djayadratha  le  Sindhien,  Bhoû- 
içravas,  Çala,  Çalyaet  Bhagadatta,  5,588. 

Ces  sept  héros,  bouillants  de  colère,  fondirent  sur  Ki- 
rlti. Ces  fameux  braves,  mettant  à nu  des  flèches  divines. 

S’élancèrent,  vivement  irrités  et  couvrant  Phàlgouna 
de  leurs  dards.  On  entendait  (1)  les  clameurs  de  ces 
guerriers,  qui  se  précipitaient  sur  le  char  du  Fàndouide. 

6,584—5,585, 

A peine  eurent-ils  enteudu  ces  cris  confus,  les  grands 
héros  des  Pândouides  fondirent  sur  l'ennemi,  désirant 
sauver  Çhâlgouna,  l’éminent  fils  de  Bharata.  6,586. 

Sàtyaki,  Bhlmaséna,  Dhrishtadyoumna  le  Prishatide, 
Viràta  et  Droupada,  le  Rakshasa  Ghatotkatcha,  Abhima- 
nyou  irrité,  ces  sept  héros,  pleins  de  colère,  coururentd'un 


(i)  Texte  de  Bombay. 


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LE  MAHA-BHARATA. 


556 

pied  rapide,  armés  d’arcs  multicolores.  5,587 — 5,588. 

Leur  combat  fut  tumultueux,  épouvantable:  tel,  émi- 
nent Bharatide,  il  fut  dans  la  guerre  des  Dànavas  avec  les 
Dieux.  5,589. 

Protégé  par  Kirtti,  Çikhandt,  guerrier  distingué,  blessa 
de  dix  flèches,  dans  le  combat,  Bhisbma,  dont  il  avait 
déjà  coupé  l’arc.  5,590. 

Il  perça  de  dix  autres  dards  son  cocher,  et  trancha  d'un 
trait  son  drapeau.  Aussitôt  le  fils  de  la  Gangâ  saisit  un 
nouvel  arc  plus  rapide.  5,591. 

Mais  Phâlgouna  le  coupa  également  avec  trois  flèches 
acérées.  A chaque  arc,  que  prit  Khishma,  le  Pàndouide 
terrible,  l’Ambidextre  irrité  agit  de  même  et  trancha  son 
arc.  Léchant  les  coins  de  sa  bouche,  le  Çàntanouide,  fu- 
rieux de  voir  tous  ses  arcs  brisés,  5,592—6,593. 

Saisit  rapidement  une  lance  de  fer,  capable  de  fendre 
les  montagnes,  et  la  jeta  avec  colère  sur  le  char  de  Phàl- 
gouna.  5,594. 

Dès  qu’il  vit  cette  arme  voler,  flamboyante  comme  le 
tonnerre,  le  fils  de  Pàndou  à l’instant  prit  cinq  bhallas 
acérés  ; 5,595. 

Et  fendit  avec  colère,  en  cinq  morceaux,  avec  cinq 
traits,  celte  lance  de  fer,  que  lui  envoyait  le  bras  de 
Bhlshma.  5,596. 

Elle  tomba  au  pied  du  char,  tranchée  par  la  fureur  de 
Kirlti  ; tels  les  fragments  d’une  foudre,  qui  s’échappe  d'un 
monceau  de  nuage.  5,597. 

Dès  qu’il  vit  sa  lance  coupée,  l’héroïque  Bhishma,  le 
conquérant  des  cités  ennemies,  roula  cette  pensée  dans 
son  esprit,  au  milieu  du  combat,  pénétré  de  colère  : 5,598. 

« Je  suis  capable  d'immoler  tous  les  Pândouides,  avec 


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BHISHMA-PARVA. 


557 


mon  arc  seul.  Si  Viçvakséna  à la  grande  puissance  ne  les 
défend  pas.  5,599. 

» Mais  je  ne  combattrai  pas  les  Pândouides  pour  deux 
raisons,  que  j’adopte  : d'abord,  les  (ils  de  Pândou  ne  mé- 
ritent point  la  mort  ; ensuite,  la  nature  de  Çikhandl  est 
celle  de  la  femme.  5,600. 

» Jadis,  quand  mon  père,  au  comble  de  ses  vœux, 
épousa  Kâli,  je  reçus  la  grâce  de  mourir  à ma  volonté  et 
d'être  exempt  de  la  mort  dans  les  batailles.  5,601. 

» Je  pense  donc  qu’il  faut  comme  me  résigner  à la  mort 
en  ce  moment.  » Quand  ils  connurent  que  telle  était  la  ré- 
solution de  Bhishma.  à la  splendeur  infinie,  les  rishis  et 
lesVasous  lui  dirent,  du  milieu  des  airs,  où  ils  se  tenaient: 
« Le  dessein,  que  tu  as  embrassé,  mon  fils,  nous  est 
agréable.  5,602 — 6,603. 

» Agis  donc  ainsi,  grand  roi  ! accomplis  cette  pensée 
dans  le  combat  ! » Approuvant  sa  parole,  un  vent  s’éleva 
favorable,  régul  er,  d’une  senteur  exquise,  de  l’une  et 
l’autre  part,  de  tous  les  côtés , les  tambours  des  Dieux  ré- 
sonnèrent avec  fracas;  5,604—5,605. 

Une  pluie  de  fleurs  tomba  sur  Bhishma,  et  personne, 
autre  que  moi  et  ce  héros  aux  longs  bras,  n’entendit,  véné- 
rable sire,  qu’ils  disaient  à V yditi,  portant  .auréole  des  ana- 
chorètes : * une  grande  épouvante  régnait  parmi  les  Dieux, 
souverain  des  hommes  (4),  en  ce  moment  où  Bhishma, 
l’amour  du  monde  en  ier,  allait  être  jeté  à bas  de  son 
char*  (2).  Ainsi  (3),  ces  grands  anachorètes  entendirent 
ce  langage  du  chœur  des  Dieux.  5,606 — 5,607 — 5,608. 

(1-2-3)  Sanvadatân...  iti...  çrovtwâ.  Où  *»st  c-  discours?  Il  manque  dans 
les  deux  éd  lions;  car,  assurément,  cc  ne  peut  être  ce  que  nous  avons  en- 
fermé ici  entre  ces  deux  étoile».  Il  n’y  a rien  là  qui  ressemble  à un  dis- 
court», à un  eutrelieu,  à un  langage  quelconque  des  Dieux  aux  anachorète». 


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558 


LE  MAHA-BHARATA. 


Blessé  par  les  traits  acérés,  qui  brisaient  toutes  les  ar- 
mures, Bhlshma,  le  fils  de  Çântaoou,  ne  s'approcha  point 
de  Bibhatsou.  5,609. 

Mais  Çikhandl,  en  colère,  frappa  dans  la  poitrine,  grand 
roi,  l’ayeul  des  Kourouides  avec  neuf  dards  aigus.  5,610. 

Blessé  par  lui  dans  ce  combat,  l’ancêtre  des  Kourouides, 
Bhlshma,  n’en  fut  pas  ébranlé  plus  qu’une  montagne  dans 
un  tremblement  de  terre.  5,611. 

Alors  Bibhatsou,  en  riant,  décocha  l’arc  Gândlva  et 
lança  vingt-cinq  kshoudrakas  (1)  sur  le  fils  de  la  Gangâ. 

De  nouveau  Dhanandjava  irrité  le  blessa  d'une  main 
hâtée,  avec  des  centaines  de  flèches  en  tous  les  membres, 
en  tous  les  organes.  5,612 — 5,613. 

Atteint  profondément  de  ces  traits  et  d’autres  lancés  à 
milliers,  l’héroïque  Bhlshma  les  eut  promptement  arrêtés. 

Le  héros  au  courage  infaillible  paralysa  ces  dards  lancés 
dans  le  combat  par  d'autres  dards  aux  nœuds  inclinés. 

Les  flèches  à l'empennure  d’or,  aiguisées  sur  la  pierre, 
décochées  par  le  vaillant  Çikhandl  dans  la  bataille,  ne  lui 
firent  aucune  blessure.  6,614—5,615 — 5,616 — 5,617. 

11  perça  le  guerrier  avec  six  traits,  il  coupa  avec  un 
son  drapeau,  et  il  ébranla  son  cocher  avec  dix  autres. 

Le  fils  de  la  Gangâ  prit  un  nouvel  arc  plus  fort;  et, 
dans  la  moit;é  d’un  clin  d’œil,  il  fit,  avec  trois  bhallas, 
trois  morceaux  de  chaque  arc,  que  le  Prithide  avait  saisi 
dans  ce  grand  corn  at  (2).  11  trancha  ainsi  tous  ces  arcs. 

5,618 — 5,619 — 5,620. 

Le  fils  de  Çântanou,  Bhlshma  ne  s’approcha  point  de 


(i)  Sor*e  d’arme  de  trait,  évidemment;  mais  le  mot,  dans  ce  sens, 
manque  à tou»  U**  dictionnaire»,  à Dohtlingk  même  et  Holh. 

(2j  Texte  de  Bombay. 


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BH1SHMA-PARVA. 


569 


Blbhatsou  (1  ) , et  darda  sur  lui  vingt-cinq  kshoudrakas  (2) . 

Profondément  blessé,  le  guerrier  au  grand  arc  dit  à. 
Douççâsana  : « Ce  (ils  de  Prithâ,  l’illustre  héros  des 
P&ndouides,  brûle  de  colère  dans  le  combat. 

» 5,621—6,622. 

» 11  triomphe  de  moi-même  par  ses  traits  lancés  en 
plusieurs  milliers  ; et  le  Dieu,  qui  tient  la  foudre  elle- 
même,  ne  saurait  le  vaincre  dans  une  bataille.  5,623. 

» Les  vaillants  Rakshasas,  Dànavas  et  Dieux  réunis  ne 
pourraient  me  dompter  dans  une  guerre  : combien  moins 
ces  grands  héros,  qui  sont  des  mortels  I » 5,624. 

Tandis  que  ces  deux  guerriers  conversaient  ainsi, 
Phâlgouna,  se  couvrant  de  Çikhandl.  blessa  de  ses  dards 
acérés  Bhishma  dans  le  combat.  5,625. 

Atteint  profondément  de  ces  traits  aigus  décochés  par 
l’arc  Gândiva,  le  noble  ayeul  adressa  de  nouveau  en  sou- 
riant ces  paroles  à Douççâsana  : 5,626. 

« Toutes  ces  (lèches,  qui  touchent  comme  le  tonnerre 
ou  la  foudre  et  que  lance  Arjouna  dans  le  combat,  ne 
ressemblent  point  à ses  (lèches  de  la  Çikhandl  ! 5,627. 

» Ces  trai.s,  qui  rompent  les  fortes  cuirasses  et  qui 
tranchent  mes  membres  comme  des  mousaias,  ne  ressem- 
blent pas  aux  traits  de  la  Çikhandl  1 5,628. 

» Ces  dards  inaccessibles,  à la  rapidité  de  la  foudre  et 
dont  l’atteinte  est  égale  à celle  du  bâton  de  la  Mort, 
brisent  les  souilles  de  mon  existence  et  ne  ressemblent 
pas  aux  flèches  de  la  Çikhandl  1 5,629. 

» Ces  traits,  comme  des  < nnemis,  cruels  messagers 
d’Yama,  détruisent  les  souffles  de  ma  vie  ; ils  touchent 

(t-2)  Cette  «tance  eut  composée  du  premier  vers  de  la  stance  5,609  et 
du  second  vers  de  la  stance  5,621. 


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560 


LE  MAHA-BHARATA. 


comme  les  pilons  et  les  massues,  et  ne  ressemblent  pas 
aux  traits  de  la  Çikhandl  ! 6,630. 

» Ces  flèches  entrent  dans  mes  membres,  tels  que  des 
serpents,  qui,  remplis  de  venin,  lèchent  d'une  langue 
irritée,  et  ne  ressemblent  point  aux  flèches  de  la  Çikhandl, 

» N on!  Ces  traits  d'Arjouna  ne  sont  pas  les  traits  delà 
Çikhandl  ! Ils  pénétrent  dans  mes  membres,  comme  les 
rayons  du  soleil  au  mois  de  Mâgha  (1)!  6,631 — 6,632. 

» Hormis  l'héroïque  Djishnou  à l'arc  Gândîva,  qui  a le 
singe  pour  son  enseigne,  tous  les  autres  monarques  ne 
sauraient  même  me  causer  aucun  mal.  » 6,633. 

A ces  mots,  le  (ils  de  Çàntanou,  l’auguste  Bhlshma, 
comme  s’il  désirait  consumer  les  Pândouides,  envoya  une 
lance  de  fer  au  fils  de  Prithâ.  6,63A. 

Celui-ci  la  coupa  de  trois  flèches  en  trois  morceaux  et 
l’abattit  sur  la  terre  aux  yeux  de  tous  les  héros  Kourouides, 
les  tiens,  fils  de  Bharata.  5,635. 

Le  fils  de  la  Gangà  saisit  un  cimeterre  et  un  bouclier 
émaillé  d’or,  désirant  ou  l’une  ou  l’autre  de  ces  deux 
choses  : vaincre  ou  mourir.  5,636. 

Mais,  avant  qu’il  fut  descendu  de  son  char,  le  Prilhide 
avait  déjà  réduit  à coups  de  (lèches  son  bouclier  en  cent 
morceaux  : ce  fut,  pour  ainsi  dire,  une  merveille.  5,637. 

Ensuite,  le  roi  Youdhishthira  d’exciter  ses  bataillons  : 
« Courez  sur  le  fils  de  la  Gangâ!  N’en  ressemez  même 
aucun  effroi.  » 6,638. 

Tous'  alors  de  se  précipiter  de  tous  les  côtés  sur 
Bhlshma  seul  avec  des  maillets  d’armes,  des  traits  bar- 
belés et  des  (lèches,  des  pattiças,  des  glaives  aigus,  des 


(1/  Janvier-février. 


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BHISHMA-PAIIVA. 


561 


nârîtchas  acérés,  des  Vatsadantas  et  des  bhallas  : un 
épouvantable  cri  de  guerre  s’éleva  du  milieu  des  Pân- 
douides.  5,639 — 5,640. 

Désirant  la  victoire  de  Bhishnia,  tes  fils  répondirent  à 
ces  clameurs  (1),  et  le  couvrant  seul  de  leur  protection, 
ils  poussèrent  également  des  cris  de  guerre.  5,641. 

Ce  fut  un  combat  tumultueux  des  tiens  avec  les  enne- 
mis. Le  dixième  jour,  dans  cet  engagement  d’Arjouna  et 
de  Bhlshma,  les  armées,  combattant  et  s’entregorgeant, 
ressemblaient  au  Gange  et  à la  mer,  dont  l’un  recule  un 
instant  devant  l’autre,  qui  refuse  de  recevoir  ses  flots. 

5,642—5,643. 

La  terre  d’un  aspect  hideux  fut  ointe  de  sang  ; les  iné- 
galités disparurent  et  elle  offrit  partout  une  surface  unie. 

Dans  ce  dixième  jour,  après  qu’il  eut  immolé  une  my- 
riade de  combattants',  Bhishma  se  tint  dans  la  bataille 
avec  ses  membres  entamés  par  des  blessures. 

• 5,644—5,645. 

Le  Prithide  resta,  son  arc  à la  main,  au  front  de  son  ar- 
mée, au  centre  des  guerriers  Kourouides  et  mit  en  fuite 
leurs  divisions.  5,646. 

Nous,  accablés  par  la  crainte  du  fils  de  Kountl,  Dha- 
nandjaya  aux  blancs  coursiers,  nous  prîmes  la  fuite  alors 
sur  le  champ  de  bataille  et  sous  l’oppression  de  ses  flèches 
acérées.  5,647. 

Les  Saàuvîras,  les  Kitavas,  les  orientaux,  les  peuples 
du  couchant  et  du  septentrion,  les  Mâlavas,  les  Abhî- 
shàhas,  les  Çoûrasénas,  les  Çivides  et  les  Vaçâtis,  5,648. 

Les  Çalvas,  les  Çayas,  les  Trigarttains,  les  Ambashthas 


(1)  Texte  de  Bombay, 
VU 


36 


662 


LE  MAHA-BHARATA. 


et  les  Kailtéyains  : tous  ces  magnanimes,  harcelés  de 
flèches  et  sous  l’atteinte  des  blessures,  5,649. 

N'abandonnèrent  point  dans  ce  combat  le  Çântanouide, 
livré  aux  attaques  de  Kirlti.  Au  mépris  de  tous  les  Kou- 
rouides,  qu’ils  inondaient  avec  des  pluies  de  flèches,  les 
Pàndouides  en  grand  nombre  enveloppèrent  de  tous  côtés 
Bhishma  seul.  « Abattez!  Faites  prisonnier!  Combattez! 
Tranchez!  » 5,650 — 5,651. 

On  n’entendait,  sire,  que  ces  cris  confus  autour  du 
char  de  Bhishma.  Après  qu’il  avait  tué  dans  ce  combat, 
s're,  des  guerriers  par  centaines  et  par  milliers,  il  n’y 
avait  pas  en  tout  son  corps  un  espace  grand  de  la  mesure 
de  deux  doigts,  qui  fût  exempt  de  blessures.  Dans  cette 
condition,  ton  père,  mis  en  pièces  par  ces  flèches, 

6,652—5,653. 

A la  pointe  enflammée,  que  Phâlgouna  décochait  sur  le 
champ  de  bataille,  tomba  du  char  la  tête  la  première, 
sous  les  yeux  de  tes  fils,  à l'heure  où  il  restait  encore  au 
soleil  un  peu  de  sa  carrière  à fournir.  6,654. 

Une  immense  clameur  de  : « Hélas  ! hélas  ! » éclata 
dans  les  deux,  jetée  parles  monarques  et  les  Dieux,  au 
moment  où  Bhishma  fut  renversé  du  char.  5,655. 

Quand  nous  vîmes  tomber  votre  magnanime  ayeul,  les 
cœurs  de  nous  tous  furent  entraînés  dans  la  chûte  de 
Bhishma.  5,656. 

Le  héros  aux  longs  bras,  en  tombant  sur  le  sol,  comme 
un  drapeau  d’Indra  abattu,  ébranla  la  terre.  Mais  ce  dra- 
peau de  tous  les  archers  ne  toucha  point  la  terre,  à cause 
des  multitudes  de  flèches,  dont  il  était  enveloppé.  Une  fa- 
culté divine  entra  dans  ce  guerrier  au  grand  arc,  le  plus 
éminent  des  hommes,  renversé  de  son  char  et  couché  sur 


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BHISIIM  A-P  A U VA. 


563 


un  lit  de  flèches.  Indra  versa  une  pluie  de  larmes,  et  la  terre 
émue  trembla.  5,657 — 5,658 — 5,659. 

11  vit  dans  sa  chûte  le  soleil,  entré  alors  dans  la  plage 
méridionale  ; et,  quand  le  héros  fut  revenu  à la  connais- 
sance, Bharatide,  il  pensa  à la  mort.  5,660. 

11  entendit  alors  des  voix  divines,  qui  disaient  partout, 
dans  l'atmosphère  : a Comment  ! ce  magnanime  fds  de  la 
Gangâ,  le  meilleur  de  tous  ceux,  qui  portent  les  armes, 

» Comment  1 ce  tigre  des  hommes,  il  descendra  au 
tombeau  dans  le  temps  où  le  soleil  décrit  l’hémisphère 
méridional  (1)  ! » Quand  le  fils  de  la  Gangâ  eut  ouï  ces 
mots,  il  se  dit  : « Je  resterai  dans  la  vie  ! » 5,661 — 5,662. 

Et,  quoique  tombé  sur  le  sol  de  la  terre,  Bhlshma, 
l’aïeul  des  Kourouides,  conserva  donc  le  souffle  de  la  vie, 
attendant  que  le  soleil  fut  revenu  dans  l’hémisphère  sep- 
tentrional (2).  5,663. 

Aussitôt  que  la  Gangâ,  fille  de  l’Himâlaya,  connut  sa 
résolution,  elle  envoya  vers  lui  des  anachorètes  sous  la 
forme  empruntée  des  cygnes.  5,66â. 

Voyageant  d'un  vol  rapide,  ces  hôtes  du  lac  Mânasa, 
les  cygnes  vinrent  de  compagnie  visiter  Bhishma,  l’aïeul 
des  Kourouides.  5,665. 

Les  saints  anachorètes,  sous  leur  forme  de  cygnes,  s’ap- 
prochent de  Bhishma  dans  le  lieu  où  ce  plus  vertueux  des 
hommes  était  couché  sur  un  lit  de  flèches.  5,666. 

Ils  contemplèrent  ce  magnanime  étendu  sur  la  couche 
des  héros  et  décrivirent  à sa  vue  un  pradakshina.  6,667. 

Quand  ils  eurent  salué  Bhishma,  le  plus  excellent  des 
Bharatides,  tandis  que  le  soleil  était  dans  l’hémis- 
phère austral,  ces  sages  de  se  demander  l’un  à l’autre  : 

(1—2)  Relises,  pages  106  et  107,  les  stances  1,165  et  1,166;  elles  portent 
l'éclaircissement  de  ce  passage. 


LE  MAHA-BHAllATA. 


564 

« Comment  Bhîshma,  qui  est  un  magnanime,  peut-il 
mourir,  quand  le  soleil  parcourt  la  région  méridionale?  » 
Ces  mots  dits,  les  cygnes  prirent  l'essor  vers  la  contrée 
du  midi  (1).  5,668 — 5,669. 

Après  que  le  Çântanouide  à la  haute  intelligence  eut 
vu  ces  oiseaux,  il  songea,  Bharatide,  et  leur  dit  : « Je  ne 
passerai  jamais  dans  l'autre  monde  au  t mps  où  le  soleil 
f il  sa  révolution  au  midi  : cette  résolution  est  fixée  dans 
mon  cœur.  J'irai  dans  l’éternelle  région,  qui  est  mon  do- 
maine particulier,  au  moment  où  le  soleil  reviendra  au 
septentrion.  C’est  une  vérité,  que  je  vous  dis,  cygnes  : 
je  conserverai  la  vie,  désirantvoir  le  soleil  reparaître  dans 
l’hémisphère  septentrional,  5,670—5,671 — 5,672. 

» Car  j’ai  ce  pouvoir  sur-humain  d’abandonner  la  vie  à 
tarin  gré  : et,  près  de  mourir,  je  conserverai  donc  les  souf- 
fles de  l'existence  jusqu’au  temps  où  le  soleil  sera  repassé 
au  septentrion.  5,673. 

■>  Voici  la  grâce,  qui  me  fut  accordée  par  mon  magna- 
nime père  : « Le  moment  de  ta  mort  sera  à ta  volonté  ! » 
Que  sa  grâce  s’accomplisse  ! 5,674 . 

» Ainsi,  je  conserverai  le  souffle  de  la  vie,  puisque  son 
abandon  est  soumis  à mon  désir,  s Quand  il  eut  dit  ces 
paroles  aux  cygnes,  il  resta  couché  sur  son  lit  de  flèches. 

Lorsque  Bhlshma  à la  grande  puissance,  la  cime  des 
Kourouides,  fut  ainsi  tombé,  les  Pàndouides  et  les  Srin- 
djayas  de  pousser  un  cri  de  guerre.  6,675 — 5,676. 

Après  que  l’héroïque  aïeul  des  Bharatides  eut  suc- 
combé, tes  lils,  éminent  Bharatide,  ne  réussirent  plus 
dans  aucune  chose.  5,677. 

(1)  Ce  vers  ne  semble  point  ici  à sa  place  et  serait  mieux,  s'il  venait 
après  la  stance  5,675. 


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BHISHMA-PARVA. 


565 


Ce  fut  alors  un  égarement  confus  de  l’esprit  des  Kou- 
rouides  : les  principaux,  Kripa  et  Douryodhana  à leur 
tête,  répandirent  des  gémissements  et  des  larmes.  5,678. 

Ils  restèrent  long-temps  les  facultés  des  sens  éteintes 
par  le  découragement;  ils  étaient  plongés  dans  la  rêverie, 
puissant  roi,  et  ne  tournaient  plus  leur  pensée  vers  les 
combats.  5,079. 

Tenant  leurs  cuisses  embrassées,  ils  ne  couraient  plus 
sur  les  Pândouides.  Depuis  que  Bhlshma  à la  grande  puis- 
sance, ce  fils  de  Çântanou,  qui  ne  devait  pas  mourir,  était 
plongé  dans  le  tombeau,  une  mort  vivante,  ‘sire,  avait 
fondu  tout  à coup  sur  les  Kourouides  ; les  plus  grands 
héros  n’étaient  plus,  et  nous,  déchirés  par  les  traits  aigus, 

5,680—5,681. 

Vaincus  par  l’Ambidextre,  nous  ne  distinguions  pas  ce 
qui  était  à faire.  Tous  les  héros  Pândouides  aux  bras 
comme  des  massues,  ayant  remporté  la  victoire  et  mérité 
la  voie  suprême  de  l’autre  inonde,  remplirent  de  vent 
leurs  grandes  conques  : les  Somakas,  monarque  des  hom- 
mes, se  réjouirent  avec  les  Pântchâlains.  5,682 — 5,683. 

Bhtmaséna  à la  grande  force  battit  des  mains  avec  trans- 
port et  poussa  des  cris  au  milieu  des  milliers  d’instruments 
de  musique,  qui  chantaient  la  victoire.  5,684. 

Mais,  après  la  catastrophe  de  l’auguste  Bhtshma,  les 
héros  de  l’une  et  de  l’autre  armée,  ayant  déposé  les  armes, 
se  plongèrent  partout  dans  leurs  réflexions.  3,685. 

Ceux-ci  jetaient  des  cris,  ceux-là  fuyaient,  plusieurs 
tombaient  dans  l’égarement,  les  uns  maudissaient  la  con- 
dition du  kshatrya,  les  autres  honoraient  la  mémoire  de 
Bhtshma.  5,686. 

Les  saints  et  les  Mânes  louaient  cet  homme  au  grand 


566 


LE  MABA-BHARATA. 


vœu  ; ceux,  qui  étaient  les  devanciers  des  Bharatides  le 
comblaient  d'éloges.  5,687. 

Le  sage  et  vigoureux  fils  de  Çântanou  se  tint,  désirant 
la  rnorf,  murmurant  la  prière  à voix  basse,  plongé  dans 
l’absorption  en  Brahman  et  méditant  un  grand  oupa- 
nishad.  5,688. 

« Comment  les  guerriers  furent-ils,  s’enquit  Dhrita- 
râshtra,  alors  qu’ils  eurent  perdu  Bhlshma  le  vigoureux, 
l’image  d'un  Dieu,  qui  observait  le  vœu  du  célibat  et  qui 
avait  la  science  d’un  gourou  ? 5,689. 

» Dès  què  Bhîshma,  aveuglé  par  sa  pitié,  ne  voulut  pas 
combattre  avec  le  fils  de  Droupada,  je  pense  qu’ alors  tous 
les  autres  Kourouides  ont  succombé  avec  lui  sous  les  coups 
des  Pândouides.  5,690. 

» Quelle  autre  chose  peut  être,  à mon  avis,  plus  doulou- 
reuse que  ce  récit  de  la  mort  donnée  maintenant  à mon 
aïeul  par  cet  insensé.  5,691. 

» Mon  cœur  est  sans  doute  composé  avec  la  dureté  du 
marbre,  Sandjaya,  puisqu’il  n’éclate  point  à la  nouvelle 
que  Bhlshma  vient  de  succomber!  5,692. 

# Raconte-moi,  homme  ferme  en  tes  vœux,  ce  que  fit 
alors  Bhlshma,  tombé  sur  le  champ  de  bataille  dans  son 
désir  de  la  victoire.  5,693. 

» Je  m’indigne  mainte  fois  que  Dévavrata  ait  succombé 
dans  le  combat  1 Celui,  que  jadis  n’avait  pu  tuer  le  fils  de 
Djamadagni  même  avec  des  astras  célestes,  5,69/j. 

» Le  voici  tombé  sous  la  main  d’un  fils  de  Droupada, 
d’un  Pântchâlain,  d’un  Çikhandî!  » 5,695. 

Dans  le  soir  de  ce  jour,  répondit  Sandjaya,  l’aïeul  des 
Kourouides,  Bhlshma,  étendu  sur  la  terre,  causa  de  la 
joie  aux  Pàntchàlains  et  consterna  les  Dhritaràshtrides, 


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BHISHMA-PARVA. 


567 


Sans  toucher  la  terre  de  son  épiderme,  il  gît,  couché 
sur  un  lit  de  flèches.  Quand  Bhtshma  fut  renversé  de  son 
char  et  tombé  sur  le  sein  de  la  terre,  5,69(3 — 5,697. 

Loisque  ce  vainqueur  dans  les  batailles  et  que  cette 
borne  des  Kourouides  fut  abattue,  une  clameur  confuse  de 
« Hélas!  hélas  ! » éclata  chez  toutes  les  créatures.  5,698. 

La  terreur  envahit  les  kshatryas  de  l’une  et  de  l’autre 
armée  aussitôt  qu’ils  virent  Bhtshma,  le  fils  de  Çàntanou, 
avec  son  drapeau  et  sa  cuirasse  brisée.  5,699. 

Les  Kourouides  et  les  Pàndouides  vaguaient  à la  ronde, 
souverain  des  hommes;  le  ciel  était  couvert  de  ténèbres, 
et  le  soleil  avait  perdu  sa  lumière.  5,700. 

La  terre  gémit,  quand  tomba  Bhtshma,  le  fils  de  Çânta- 
nou  : « C’est  le  plus  excellent  de  tous  ceux,  qui  connais- 
sent les  Védasl  11  n’est  personne,  qui  soit  plus  vertueux 
parmi  ceux,  qui  savent  les  saintes  écritures!  » 5,701. 

Disaient  les  Bhoûtas  à l’entour  du  lit  de  flèches , où  gi- 
sait le  plus  éminent  des  hommes.  « Quand  il  eut  appris 
jadis  que  Çàntanou,  son  père,  était  en  proie  aux  tour- 
ments de  l’amour,  5,702. 

» Cet  illustre  guerrier  s’est  voué  à la  continence.  » 
Ainsi  racontaient  les  rishis,  qui  s’entretenaient  avec  les 
Siddhas  et  les  Tchâranas  du  plus  grand  des  Bharatides, 
couché  sur  un  lit  de  flèches.  Après  que  l’aïeul  des  enfants 
de  Bharata,  Bhishma,  le  fils  de  Çàntanou,  fut  tombé  ex- 
pirant, 5,703 — 6,70â. 

Tes  fils,  vénérable  roi,  ne  réussirent  plus  dans  une 
chose  quelconque  : ils  étaient  avec  des  visages  abattus, 
une  splendeur  effacée.  5,705. 

Ils  se  tenaient,  pleins  de  honte  et  de  confusion,  bais- 
sant la  face;  mais  les  Pàndouides,  ayant  obtenu  la  victoire, 
se  montraient  à la  tête  du  champ  de  bataille.  5,706. 


568 


LE  MAHA-BHARATA. 


Tous  remplissaient  de  vent  leurs  grandes  conques,  or- 
nées d’or  en  quantité.  Au  milieu  des  milliers  d’instru- 
ments de  musique,  qui  exécutaient  des  hymnes  de  joie. 

Nous  vîmes,  puissant  monarque,  se  jouer,  'Environné 
d'une  vive  joie,  le  fils  de  Kounti,  Bhimaséna  à la  grande 
force,  5,707 — 5,708. 

Content  d'avoir  écrasé  par  sa  fougue  un  ennemi,  doué 
d’une  rare  vigueur.  Un  délire  confus  régnait  alors  chez 
les  Kourouides.  5,709. 

A chaque  instant  gémissaient  Douryodhana  et  Karnalui- 
même  ; et,  quand  l'aïeul  des  Kourouides,  Bhtshma  eut 
succombé,  5,710. 

Éclata  partout  un  immense  cri  de  « hélas  ! hélas  ! » 
Lorsque  Douççâsana,  ton  fils,  vit  Bhishma  tombé,  il  cou- 
rut, déployant  la  plus  grande  vitesse,  vers  l’armée  de 
Drona  : c’était  son  frère,  qui  l'envoyait,  revêtu  ae  sa  cui- 
rasse et  suivi  de  ses  troupes.  5,711 — 5,712. 

Le  tigre  des  hommes  s’avança,  jetant  la  douleur  au  mi- 
lieu de  son  armée.  Quand  cette  partie  des  Kourouides  le 
vit  s'approcher,  elle  environna  Douççâsana  : « Que  va-t- 
il  dire?  t se  demandait- elle.  Ensuite,  le  Kouravain  an- 
nonça à Drona  la  mort  de  Bhishma.  5,713 — 5,714. 

Soudain,  à cette  triste  nouvelle,  celui-ci  tomba  de  son 
char  ; mais  bientôt,  revenu  à la  connaissance,  l’auguste 
Bharadwàdjide  d’arrêter  alors  ses  armées,  auguste  roi  ; et, 
quand  il  vit  les  Kourouides  suspendre  leur  mouvement,  il 
envoya  des  coursiers,  montés  sur  des  chevaux  rapides, 
empêcher  également  de  tous  les  côtés  celui  des  Pàndoui- 
des  et  de  leurs  guerriers.  Aussitôt  que  les  armées  se  fu- 
rent arrêtées  entièrement  par  la  transmission  de  cet  or- 
dre, 5,715-5,716—5,717. 

Tous  les  rois,  déposant  la  cuirasse,  s’avancèrent  vers 


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BHISHMA-PARVA. 


569 


Bhtshma;  et  les  combattants  par  centaines  de  mille, 
ayant  cessé  la  bataille,  environnèrent  ce  magnanime, 
comme  les  Immortels  entourent  le  Pradjâpati.  Les  Pân- 
douides  avec  les  Kourouides  s’approchent  de  Bhishma,  le 
plus  grand  des  Bharatides,  étendu  sur  le  lit  de  flèches, 
et  se  tiennent  debout,  après  s’être  prosternés  devant  lui. 
A ces  Pàndouides  et  ces  Kourouides,  qui  se  tenaient  in- 
clinés en  sa  présence,  5,718 — 5,719—5,720. 

Le  vertueux  Bhishma,  le  fils  de  Çàntanou,  dit  alors  : 
« La  bien-venue  soit  avec  vous,  saints  rois  ! La  bien-venue 
soit  avec  vous,  grands  héros.  5,721. 

o Je  suis  charmé  de  vous  voir,  ô vous,  qui  ressemblez 
à des  Immortels!  » Après  qu'il  les  eut  salués  ainsi  de  sa 
tête  inclinée,  il  ajouta  ces  paroles  : 5,722. 

« Ma  tête  penche  trop  ! Donnez-moi  un  oreiller  1 » Ces 
monarques  alors  de  lui  apporter  des  oreillers  tendres, 
doux,  somptueux  ; mais  l’ayeul  n’en  voulut  pas.  Le  tigre 
des  hommes  dit  en  souriant  à ces  rois  : 5, "23 — 5,724. 

« Princes,  ces  oreillers  n’ont  pas  des  formes  assorties 
aux  lits  des  héros  ! » Et,  voyant  parmi  eux  le  Pândouide 
Dhanandjaya  aux  bras  vigoureux,  le  plus  excellent  des 
hommes,  ce  héros  du  monde  entier  de  lui  parler  ainsi  : 
a Dhanandjaya  aux  longs  bras,  ma  tête  penche  trop,  mon 
fils;  5,725—5,726. 

» Donne-moi  l’oreiller,  que  tu  penses  convenable  ici.  » 

Le  guerrier,  son  grand  arc  à la  main,  s’inclina  devant 
son  ayeul  et  lui  dit,  ses  yeux  remplis  de  latmes  : 

5,727 — 5,728. 

« Donne-moi  tes  ordres,  éminent  Kourouide,  le  meilleur 
de  tous  ceux,  qui  portent  les  armes;  je  suis  ton  serviteur: 
que  dois-je  faire,  inabordable  ayeul?  » 5,729. 


670 


LEMAHA-BHAKATA. 


o Ma  tête  penche,  mon  fils,  lui  dit  le  Çàntanouide  ; 
apporte-moi  un  oreiller,  Phâlgouna,  le  plus  g.tnd  des 
Kourouides.  5,730. 

» Donne-le-mci,  digne  de  ma  couche,  héros,  sans  tar- 
der; tu  le  peux,  eu  effet,  Prithide;  car  tu  es  le  plus  excel- 
lent de  tous  les  archers  ; tu  connais  les  devoirs  du  kshatrya  ; 
tu  es  doué  des  qualités  du  courage  et  de  l’intelligence.  » 
— U Qu'il  en  soit  donc  ainsi  ! » répondit  Phâlgouna,  qui 
accepta  sa  commission.  5,731—5,732. 

11  reprit  son  Gândiva  et  ses  flèches  aux  nœuds  inclinés; 
il  demanda  congé  au  grand  héros  des  Bharatides  et  dit 
adieu  à ce  magnanime  (1) 5,733. 

Quand  le  vertueux  moribond  connut  le  dessein  conçu 

par  l’Ambidextre  (2) Celui-ci  appuya  la  tête  du  héros 

sur  trois  flèches  acérées,  à la  grande  vitesse  (3)...  5,73â. 

A cette  vue,  Bhishma,  le  plus  grand  des  Bharatides  et 
qui  sait  la  vérité  des  choses,  se  réjouit  de  cet  oreiller  mis 

sous  sa  tête,  il  salua  Dhanandjaya  (h) Il  regarda  tous 

les  Bharatides , et  dit  au  sujet  de  ce  héros , fils  de 
Kountl,  le  plus  grand  des  combattants,  et  qui  ajoutait  à la 
joie  de  ses  amis  : 5,735 — 5,736. 

« Tu  m’as  apporté  une  chose,  qui  est  assortie  à ma 
couche  ; si  tu  avais  agi  autrement,  fils  de  Pàndou,  je 
t’eusse  maudit  dans  ma  colère.  5,737. 

» C’est  sur  un  tel  oreiller,  héros  aux  longs  bras,  que, 


(1-2-34)  Passage  décousu,  mutilé,  où  les  antécédents  sont  mis  après  les 
conséquents,  fautes,  que  nous  avons  tâché  de  corriger.  Le  même  texte  est 
dans  les  deux  éditions:  il  est  donc  impossible  de  rectifier  l'une  par  l'autre. 
Nous  ne  pouvons  qu’appeler,  sur  cet  endroit,  l’attention  et  les  soins  des 
érudits  à venir,  appuyés  sur  les  manuscrits  de  diverses  provinces  ou 
royaumes  et  de  siècles  différents. 


i 


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BH1SHM  A-PARV  A. 


571 


fidèle  à ses  devoirs,  un  kshatrya  doit  mourir  dans  un 
champ  de  bataille,  sur  un  lit  de  flèches  ! » 5,738. 

Après  qu’il  eut  ainsi  parlé  à Bibhatsou,  il  dit  à tous  les 
rois  et  à tous  ces  fils  de  rois,  placés  autour  de  lui  : 

« Voyez  l’oreiller,  que  le  fils  de  Pândou  a mis  sous  ma 
tête  1 Je  resterai  couché  sur  ce  lit,  tant  que  le  soleil  dé- 
crira sa  révolution  dans  la  plage  méridionale. 

5,739—5,740. 

» Ils  me  verront  toujours  vivant,  les  rois,  qui  viendront 
alors  vers  moi  ; mais,  quand  l’astre,  qui  fait  le  jour,  passera 
dans  la  plage  où  préside  Kouvéra  (1),  j’abandonnerai  cer- 
tainement la  vie,  quelque  agréable  qu’elle  soità  mes  amis, 
sur  un  char  attelé  de  sept  chevaux,  enveloppé  d’une  splen- 
deur éclatante.  5,741 — 5,742. 

# Qu’une  fosse  soit  creusée  ici,  majestés,  dans  ce  lieu, 
où  je  suis  étendu  ; couvert  de  cent  flèches,  je  servirai  ainsi 
le  culte  du  soleil.  5,743. 

» Cessez  la  guerre,  princes  ! Abandonnez  votre  ini- 
mitié ! » 5,744. 

Ensuite,  des  médecins,  versés  dans  l’art  d’extraire  les 
flèches,  ins  ruits  avec  soin  par  des  maîtres  habiles,  s’ap- 
prochèrent, munis  de  leurs  instruments.  5,745. 

A leur  aspect,  le  fils  de  la  Gangâ  dit  à ton  royal  fils  : 
« Traite  avec  honneur  ces  médecins  et  congédie-les,  après 
que  tu  les  auras  gratifiés  d’un  riche  don.  5,746. 

» Dans  l’état  où  je  suis,  qu’ai-je  à faire  ici  de  méde- 
cins ? Je  suis  entré  dans  la  voie  suprême,  qui  est  louée 
parmi  les  devoirs  du  kshatrya.  5,747. 

» Ce  devoir,  il  n’est  point  ici  pour  moi  dans  les  secours 

(t)  Le  septentrion. 


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572 


LE  MAHA-BHARATA. 


d’un  médecin,  maîtres  de  la  terre  : il  faut  que  ces  flèches 
me  consument  tout  entier.  » 5,748. 

A ce  langage  du  héros,  ton  fils  Douryodhana  de  congé- 
dier ces  médecins,  après  qu’il  les  eut  honorés,  suivant 
qu’ils  en  étaient  dignes.  5,749. 

Les  souverains  des  différentes  contrées  furent  saisis 
d’admiration  à la  vue  de  cette  sublime  fermeté  de 
Bhishma  dans  le  devoir,  du  hêrot,  à la  splendeur  infinie. 

Quand  ils  eurent  donné  cet  oreiller  à ton  père,  tous  les 
monarques  de  compagnie,  les  Pàndouides  et  les  fameux 
héros  Kourouides  s’approchèrent  du  magnanime,  étendu 
sur  sa  couche  brillante,  s’inclinèrent  devant  cet  homme  au 
grand  cœur  et  l’honorèrent  trois  fois  d’un  pradakshina. 

5,750 — 5,751 — 5,752. 

Lorsqu'ils  eurent  disposé  de  tous  les  côtés  la  garde  de 
Bhishma,  tous  les  héros,  arrosés  de  sang,  ensevelis  dans 
leurs  tristes  pensées  et  tourmentés  des  plus  cruelles  an- 
goisses, retournèrent,  au  soir  de  ce  jour,  dans  leurs  quar- 
tiers, reprendre  chacun  son  logement.  Dès  que  les  vaillants 
Pàndouides  s’y  furent  installés,  joyeux,  triomphants  de  la 
chûte  de  Bhishma,  le  vigoureux  Mâdhava,  s’étant  appro- 
ché, adressa  ces  paroles  opportunes  à Youdhishthira,  le 
fils  d’Yama  : 5,753 — 5,764 — 6,755. 

« Oh  ! bonheur  ! tu  triomphes  ! oh  ! bonheur  ! il  est 
tombé,  cet  héroïque  Bhishma,  fidèle  à la  vérité,  qui  avait 
lu  tous  les  Traités  de  morale  (1)  avec  les  Dieux  et  qui  ne 
devait  pas  mourir  sous  un  coup  des  hommes  ! Mais,  arrivé 
sous  tes  yeux  homicides,  il  fut  consumé  de  ton  regard 
épouvantable.  » 5,750 — 5,757. 


(i)  Texte  de  Bombay. 


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BHISBMA-PARVA. 


573 


A ces  mots,  Dharmaràdja  répondit  à Djanàrddana  : 
« La  victoire  vient  de  ta  grâce  ; la  destruction  est  née  de 
ta  colère.  5,758. 

» Car  tu  es  notre  asyle,  Krishna  ; tu  mets  tes  fidèles  à 
l’abri  de  la  crainte  ; il  n’est  pas  étonnant  que,  secondés 
par  toi,  Kéçava,  des  hommes  obtiennent  la  victoire. 

» Que  tu  nous  couvres  sans  cesse  de  ta  protection, 
quand  nous  mettons  sans  cesse  notre  plaisir  dans  le  bien, 
et  que  nous  tendons  vers  toi  de  toutes  les  manières,  ce 
n’est  pas  étonnant  : tel  est  mon  avis.  » 5,759, — 5,700. 

11  dit,  et  Djanàrddana  lui  répondit  en  souriant  : « Cette 
parole  de  toi-même,  ô le  plus  grand  des  princes,  est  pleine 
de  sens!»  5,701. 

Dès  que  la  nuit  se  fut  écoulée,  Mahârâdja,  tous  les 
princes  Pàndouides  et  tous  les  Dhritaràshtrides  s’appro- 
chèrent de  l’auguste  aïeul.  5,702. 

Les  kshatryas  s’inclinèrent  devant  ce  héros,  le  plus 
grand  des  Kourouides,  et  rendirent  leurs  hommages  à 
cet  éminent  kshatrya,  étendu  sur  la  couche  des  héros. 

Des  jeunes  filles,  arrivées  là  par  milliers,  inondèrent 
de  tous  côtés  le  Çàntanouide  de  fleurs,  de  grains  fris  et 
de  sandal  en  poudre.  5,703 — 5,704. 

Des  femmes,  des  vieillards,  des  enfants,  des  hommes 
du  vulgaire  vinrent  contempler  ce  (ils  de  Çàntanou,  comme 
des  êtres  célestes  font  cortège  au  soleil.  5,705. 

Des  artisans , des  comédiens , des  danseurs  , des 
centaines  innombrables  (1)  de  joueurs  d'instruments 
de  musique  vinrent  honorer  ce  vieux  aïeul  des  Kou- 
rouides. 5,700. 

(1)  Édition  de  Bombay. 


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574 


LE  MAHA-BHARATA. 


Ayant  cessé  les  combats,  ayant  dénoué  leurs  armures, 
ayant  déposé  leurs  armes,  les  Kourouides  et  les  Pàn- 
douides  de  compagnie,  remplis  d’une  mutuelle  affection, 
qu’ils  se  témoignaient  suivant  la  prééminence,  suivant 
l’âge,  étaient  assis  au-dessous  de  l'inaffrontable  Dévavrata, 
. le  dompteur  des  ennemis.  5,767 — 5,768. 

Cette  assemblée  de  Bharatides,  embellie  par  la  pré- 
sence de  Bhishma  et  pleine  de  princes  par  centaines, 
brillait,  flamboyante  comme  le  disque  du  soleil  dans  les 
deux.  5,769. 

Elle  resplendissait  de  souverains,  qui  rendaient  hom- 
mage au  fils  de  la  Gangâ  et  semblables  à des  Dieux,  qui 
environnent  de  leur  culte  le  Pitàmaha,  le  roi  des  Immor- 
tels. 5,770. 

Quand  Bhishma,  consumé  par  les  flèches,  éminent 
Bharatide,  poussant  des  soupirs  comme  un  serpent  boa, 
eut  réprimé  la  douleur  par  sa  fermeté,  le  corps  brûlé  par 
ces  dards,  en  proie  aux  tortures  des  traits  et  jetant  les 
yeux  sur  tous  ces  rois  : « De  l’eau  ! » dit-il. 

5,771—5,772. 

Alors  ces  monarques  lui  apportèrent  de  tous  les  côtés, 
sire,  des  mets  variés  et  des  coupes  d'eau  fraîche.  5,773. 

A peine  eut-il  vu  l’eau,  qu’on  lui  offrait  : « Il  m’est 
impossible,  mon  fils,  dit  le  Çântanouide,  de  goûter  main- 
tenant à des  mets  humains,  quels  qu’ils  soient.  5,774. 

» Je  suis  sorti  du  monde  des  hommes,  je  suis  étendu 
sur  un  lit  de  flèches,  et  j’attends  lamorl,  comme  on  attend 
un  coucher  du  soleil  ou  de  la  lune.  » 5,775. 

A ces  mots,  blâmant  de  sa  parole  tous  ces  rois  : « Je 
désire  voir  Arjouna!  » dit  le  fils  de  Çàntanou.  5,776. 

Alors,  le  héros  aux  longs  bras  s’approche;  il  se  prosterne 


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BHISHM  A-PA  RVA. 


575 


devant  l’aïeul;  il  se  tient,  portant  les  mains  réunies  à ses 
tempes,  le  corps  incliné  : « Que  dois-je  faire?  » demanda- 
t-il.  5,777. 

Lorsqu’il  vit  ce  Prithide  debout  en  sa  présence,  après 
qu’il  eut  achevé  son  prosternement,  le  vertueux  Bhishma 
dit  satisfait  à Arjouna  : 5,778. 

n Couvert  de  tes  dards,  mon  corps  est,  en  quelque 
sorte,  brûlé  par  ces  flèches;  mes  membres  sont  tous  agités 
et  ma  bouche  est  desséchée.  5,779. 

» Mon  corps  est  en  proie  à la  souffrance  : donne-moi 
de  l’eau,  Arjouna;  car  tu  es  capable,  héros,  de  m’offrir 
cette  eau  suivant  la  règle.  » 5,780. 

« Soit  1 » répondit  le  vigoureux  Arjouna,  qui  monta 
sur  son  char,  attacha  le  nerf  à son  arc  et  tira  la  corde  du 
Gândlva.  5,781. 

A l’audition  de  ce  bruit,  que  laissa  échapper,  sembla- 
ble au  fracas  du  tonnerre,  la  surface  de  sa  corde,  toutes 
les  armées  et  tous  les  monarques  de  trembler.  5,782. 

Ensuite,  le  plus  excellent  des  maîtres  de  chars  décrivit 
avec  son  char  un  pradakshina  autour  du  plus  grand  des 
Bharatides,  étendu  sur  sa  couche  héroïque,  et  du  plus 
brave  de  tous  ceux,  qui  portent  les  armes.  5,783. 

Le  Pândouide,  ayant  charmé  une  flèche  enflammée, 
l’encocha  sur  son  arc  et  la  tira,  sous  les  regards  du  monde 
entier,  avec  l’astra  indrique.  5,78ô. 

Le  Prithide  perça  la  terre  au  flanc  droit  de  Bhîshma. 
Aussitôt  il  en  jaillit  une  source  brillante  et  limpide  d’eau 
fraîche,  savoureuse,  odorante,  céleste,  semblable  à l’am- 
broisie ; et  le  fils  de  kountî  rassasia  des  goûtes  fraîches  de 
cette  onde  5,7S5 — 5,786. 

Bhîshma,  le  chef  des  Kourouides,  au  courage  et  aux 


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576 


LE  MAHA-BHARATA. 


exploits  divins.  Cette  action  du  Prilbide,  qui  agissait  avec 
la  puissance  de  Çakra,  5,787. 

Éleva  tous  les  rois  de  la  terre  au  comble  de  l’étonne- 
ment. Quand  ils  virent  Blbhatsou  accomplir  ce  fait  d’une 
vertu  plus  qu’humaine,  5,7S8. 

Les  Kourouides  tremblèrent,  comme  des  vaches,  que 
tourmente  le  froid  ; et,  de  tous  côtés,  les  rois  firent  tour- 
noyer devant  eux  leurs  vêtements  supérieurs  en  témoi- 
gnage d’admiration.  5,789. 

Le  son  tumultueux  des  conques  et  des  tambours  éclata 
de  toutes  parts.  Le  fils  de  Çântanou  désaltéré  dit  alors, 
sire,  à Bîbhatsou,  pour  l’honorer  en  la  présence  de  tous 
les  héros  et  les  princes  : « Ce  fait  n’a  rien,  qui  surprenne 
en  toi,  guerrier  aux  longs  bras,  rejeton  de  Kourou. 

» Tu  fus  un  antique  saint,  suivant  ce  que  raconte  Nâ- 
rada.  Tu  accompliras,  en  compagnie  du  Vasoudévide,  un 
exploit  difficile,  5,790 — 5,791 — 5,792. 

» Que  le  roi  des  Immortels  avec  ses  Dieux  mêmes  ne 
pourrait  certainement  accomplir.  * Les  personnes  ins- 
truites, fils  de  Prithâ,  te  nomment  par  excellence  l’archer 
de  la  caste  entière  des  kshatryas.  6,793. 

» Tu  es  sur  la  terre  le  chef  de  tous  ceux,  qui  portent 
un  arc;  tu  es  le  meilleur  entre  les  hommes,  disent  (1)  les 
plus  excellents  des  enfants  de  Manou,  qui  soient  au  monde; 
tu  es  Garouda  parmi  les  oiseaux.  5,794. 

» Tu  es  la  mer,  qui  excelle  parmi  les  fleuves;  tu  es  la 
vache,  le  plus  excellent  des  quadrupèdes;  tu  es  le  soleil, 

(i)  Je  suis  obligé  de  sous-entendre  iti,  pour  donner  une  signification  à 
ces  mots  au  pluriel  : manoushyâ  djayati  çrishthds,  jetés  là  sans  verbe 
au  milieu  de  la  phrase.  Au  reste,  nous  regardons  comme  frauduleusement 
intercalé  ce  qui  est  couteuu  ici  entre  les  deux  étoiles. 


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BH1SIIMA-PARVA. 


577 


la  première  des  clartés;  tues  l'Himâlaya,  le  plus  grand 
des  monts.  5,795. 

» Tu  es  un  brahme,  la  plus  haute  des  naissances;  tu  es 
le  plus  excellent  des  archers  *.  5,796. 

» Le  Dhritarâshtride  ne  voulut  pas  écouter  cette  parole 
mainte  et  mainte  fois  dite  par  moi,  par  Vidoura,  par 
Drona,  par  Râma,  par  Djanârddana,  énoncée  par  Sandjaya 
lui-même.  5,797. 

» Douryodhana  à l’intelligence  perverse,  qui  ressemble 
àun  homme  sans  aucun  sentiment,  ne  prêta  point  confiance 
à ce  langage  ; mais  ce  transgresseur  de  toute  morale,  il 
périra  bientôt,  renversé,  vaincu  par  la  vigueur  de  Bhîrna- 
séna.  » 6,798. 

Quand  il  eut  oui  ces  paroles,  l’ Indra  des  Kourouides, 
Douryodhana,  en  eut  l’âme  contristée.  LefilsdeÇàntanou, 
fixant  les  yeux  sur  lui  : « Écoute,  sire,  dit-il,  dépose  ta 
colère.  5,799. 

» Tu  as  vu  de  quelle  manière  Dhanandjaya,  le  sage 
fils  de  Prithâ,  a fait  naître  une  source  d’eau  fraîche,  qui  a 
le  parfum  de  l’ambroisie.  5,800. 

» 11  n’existe  point  en  cet  univers  un  autre  homme 
quelconque,  qui  puisse  opérer  ce  miracle.  Seul,  en  tout  ce 
monde  des  hommes,  Dhanandjaya  connaît  les  astras  du 
Feu,  de  Varouna,  de  Lunus,  du  Vent,  d’Indra,  de  Paçou- 
pati,  de  Brahma,  de  Dhàtri,  le  souverain  des  créatures,  de 
Twashtri,  du  Soleil  et  d’Yama.  Si  tu  exceptes  Krishna,  le 
fils  de  Dévakl,  nul  autre,  quel  qu'il  soit,  ne  les  sait  ici- 
bas.  5,801— 5,80-2-5, 803. 

» Ce  Pândouide  magnanime,  auteur  de  ces  actions 
plus  qu’humaines,  est  invincible,  mon  fils,  dans  une  ba- 
taille, aux  Asouras  et  aux  Dieux  mêmes.  5,80A. 


vu 


37 


578 


LE  MAHA-BHARATA. 


» Que  la  paix  soit  conclue  sans  tarder,  sire,  avec  ce 
prince  habile  dans  les  combats,  véridique,  héros  à la 
guerre  et  qui  porte  l’auréole  des  batailles.  5,805. 

» Aussi  long-temps  qu’il  tiendra  dans  sa  dépendance 
Krishna  aux  longs  bras,  aussi  long-temps,  mon  fils,  le  plus 
grand  des  Kourouides,  garde-toi  de  rompre  la  paix  avec 
le  héros,  fils  de  Prilhâ.  5,800. 

» Tant  que  survivront  à ceux,  qui  ont  péri  dans  la  ba- 
taille, tes  frères  de  tout  sang  et  les  nombreux  monarques, 
sire,  conserve  bien  la  paix.  5,807. 

» Crains  qu’Youdhishthira,  de  ses  yeux  enflammés  de 
colère,  ne  consume  ton  armée  dans  le  combat,  mon  fils, 
et  garde  aussi  long-temps  la  paix.  5,808. 

» Crains  tout  ce  temps  que  Nakonla,  Sahadéva  et  le 
Pàndouide  Bhtmaséna,  grand  roi,  ne  détruisent  entière- 
ment ton  armée.  5,800. 

» Calme  cette  ivresse,  mon  fils,  cette  lutte  avec  les  fils 
de  Pândou  ; que  l’amitié  règne  entre  toi  et  les  héros  Pân- 
douides  : voilà  ce  que  j’approuve.  5,810. 

» Puisse  te  plaire  ce  discours,  que  je  t’adresse,  irré- 
prochable prince  : à cela,  je  pense,  tient  la  félicité  de  toi 
et  de  ta  famille.  5,811. 

« Dépose  ton  ressentiment  et  calme-toi  à l’égard  des 
Pândouides.  Phàlgouna  n’a  rien  fait,  qui  ne  soit  conve- 
nable, en  me  donnant  la  mort  à moi,  Bhtshiua.  Que  l'a- 
mitié soit  donc  entre  vous!  Permets  de  vivre  aux  restes 
des  combats  : allons!  sire,  sois-moi  favorable.  6,81*2. 

» Que  la  moitié  du  royaume  soit  donnée  aux  Pàn- 
douides;  que  Dharmarâdja  s'en  aille  régner  à Indra- 
prastlia.  N’offense  pas  les  rois,  tes  amis  : ne  deviens  pas 
le  dernier  des  criminels,  et  tu  obtiendras  la  gloire,  Indra 
des  Kourouides.  5,813. 


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BH1SHMA-PARVA. 


579 


» Que  ma  mort  apporte  la  paix  aux  créatures  engagées 
dans  la  guerre;  qu’une  affection  mutuelle  règne  entre  les 
princes:  que  le  père  soit  rendu  à son  fils,  sire,  l’oncle  à 
son  neveu,  le  frère  à son  frère.  5,81  fi. 

» Si,  possédé  par  le  délire,  tu  ne  reçois  pas  ma  parole, 
quand  il  est  encore  temps,  tu  seras  tourmenté  par  toutes 
ces  douleurs,  acharnées  sur  moi  : ce  langage,  que  je  tiens, 
est  vrai  et  digne  d’un  Bharata.  » 5,815. 

Quand  il  eut  prononcé  ce  discours,  empreint  du  sceau 
d’un  Bharatide,  le  fils,  du  (leuve  garda  le  silence,  répri- 
mant la  souffrance,  en  se  commandant  à lui-même. 

Aussitôt  qu’il  eut  ouï  ce  discours  utile  et  salutaire, 
associé  à l’intérêt  et  au  devoir,  ton  fils  ne  l’accepta  point, 
comme  celui,  qui  veut  mourir,  se  refuse  au  médicament. 

5,810—5,817. 

Ensuite,  voyant  Bhîshma,  le  fils  de  Çântanou,  plongé 
dans  le  silence,  tous  les  princes,  grand  roi,  s’en  retour- 
nèrent à leurs  quartiers.  5,818. 

Dès  qu’il  eut  appris  que  Bhîshma  avait  succombé,  le 
fils  de  Ràdhâ,  le  plus  grand  des  hommes,  accourut  avec 
empressement,  quelque  peu  ému  de  crainte.  5,819. 

11  vit  alors  ce  magnanime  héros  couché  sur  un  lit  de 
flèches,  comme  l’auguste  kàrttikéya  étendu  snr  la  couche 
de  sa  naissance.  5,820. 

Vrisha  à la  grande  lumière,  inondant  son  cou  de  ses 
larmes,  s’approcha  du  brave,  qui  avait  les  yeux  fermés, 
et  tomba  à ses  pieds,  en  articulant  ces  mots  : « Celui, 
qui  vient  auprès  de  toi,  éminente  personne,  ô rejeton  de 
Kourou,  est  à jamais  le  fils  de  Ràdhâ;  je  suis  partout 
. un  objet  de  haine  pour  toi.  » 5,821 — 5,822. 

A ces  mots,  le  vieux  Kourouide,  ses  yeux  forcément 


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680 


LE  MAHA-BHARATA. 


enveloppés  d'obscurité,  le  regarda  lentement  et  lui  dit 
ces  mots  avec  amour;  6,828. 

Mais  avnut,  ayant  vu  sa  place  gardée,  il  commença 
par  renvoyer  ses  gardiens,  et  le  fils  de  la  Gangâ  étreignit 
d'une  main  Karna,  comme  un  père  embrasse  son  fils  : 

« Viens!  viens,  mon  émule!  Tu  rivalises  avec  moi. 
Si  tu  n’étais  pas  venu  me  trouver,  ton  salut  n’eut  pas  été 
sans  connaître  de  fin.  ô,S'2&. 

» Tu  es  le  fils  de  Kountl,  tu  n’es  pas  celui  de  Râdhà; 
Adhirathi  ne  fut  pas  ton  père.  C’est  ainsi  que  ta  naissance 
me  fut  racontée,  guerrier  aux  longs  bras,  par  Nârada  et 
par  Krishna-Dwaipâyana  : c’est  la  vérité;  il  n’y  a nul 
doute  ici.  Je  n’ai  pas  de  haine,  mon  fils;  je  te  dis  la  vé- 
rité. 6,826—5,827. 

» Mais  je  t’ai  adressé  des  paroles  amères,  parce  que  tu 
détruisais  notre  splendeur.  Pourquoi  mépriser,  homme 
fidèle  à tes  vœux,  tous  les  fils  de  Pândou  sans  raison? 

» Tu  es  né  d’un  oubli  du  devoir,  et  tel  est  aussi  ton 
esprit  : tu  hais  ceux,  qui  possèdent  les  qualités,  dont  tu 
manques,  par  l’envie,  que  t’inspire  ta  reprochable  nais- 
sance. 6,828 — 5,829. 

» De  là  vient  que,  nombre  de  fois,  des  choses  blessantes 
te  furent  adressées  dans  l’assemblée  des  Kourouides.  Je 
connais  ta  vaillance  dans  les  combats,  insoutenable  aux 
ennemis  sur  la  terre,  ta  chasteté  de  brahme,  ton  héroïsme 
et  ta  constance  incomparable  dans  la  pratique  de  l’au- 
mône. 11  n’est  personne,  qui  soit  égal  à toi,  prince  sem- 
blable aux  Immortels.  5,830 — 5,831. 

» C’est  toujours  par  la  crainte  de  voir  rompue  l’union 
de  ma  famille,  que  je  t’ai  adressé  des  paroles  mordantes. 
Tu  es,  pour  Tare  et  la  (lèche,  pour  l’art  d’encocher  un  as- 


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BH1SHMA-PARVA. 


581 


tra,  pour  la  légèreté  et  la  force  du  trait,  l’égal  de  Phâl- 
gouna  et  du  magnanime  Krishna.  Par  toi  seul,  Karna, 
muni  de  ton  arc,  dans  la  ville  de  Kàçi,  où  tu  étais  allé 

5,832—5,833. 

» Chercher  une  jeune  fille  pour  le  roi  de  Kourou,  les 
monarques  furent  broyés  dans  le  combat  ; et  le  vigoureux 
souverain,  l’inabordable  Djaràsandha,  qui  se  vantait  de 
ses  prouesses  dans  la  guerre,  ne  fut  pas  ton  égal  ! Pieux 
envers  les  Dieux,  combattant  de  la  vérité,  pareil  à un  fils 
des  Immortels  en  splendeur  et  en  force,  tu  es  supérieur 
aux  hommes  dans  les  batailles.  Abandonnons  maintenant 
la  colère,  que  j’avais  conçue  jadis  contre  toi. 

5,834—5,835—5,830. 

» 11  est  impossible  que  l’action  humaine  surmonte  le 
destin!  Les  héros  Pàndouides,  meurtrier  des  ennemis, 
sont  tes  frères  germains.  5,837. 

» Unissez-vous  avec  eux,  guerrier  aux  longs  bras,  si 
vous  avez  envie  de  faire  une  chose,  qui  me  soit  agréable. 
Que  je  mette  fin  à votre  inimitié,  fils-  du  Soleil;  et  que 
tous  les  rois  maintenant  vivent  sur  la  terre  sans  bles- 
sure. » 5,838 — 5,839. 

« Je  sais  tout  cela,  vaillant  Bhîshma,  ainsi  que  tu  me 
le  dis,  lui  répondit  Karna,  il  n’y  a ici  nul  doute;  je  suis 
le  fils  de  Kountl,  et  ne  dois  pas  la  vie  au  cocher.  5,840. 

» Mais,  délaissé  par  Kountl,  élevé  par  le  cocher,  je  ne 
puis,  quand  j’ai  goûté  à la  souveraineté  de  Rouryodhana, 
tromper  ses  espérances . 5,841. 

» De  même  que  le  fils  de  Vasoudéva  a voué  un  attache- 
ment inébranlable  aux  Pàndouides,  ainsi  j’ai  abandonné 
mes  épouses,  mes  fils,  ma  personne,  mes  richesses  et  ma 
renommée  pour  la  cause  de  Douryodhana.  « Que  ce  ne 


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582 


LE  MAHA-BHARATA. 


soit  pas  dans  le  kshatrya,  ai-je  dit,  Kourouides,  comme 
une  maladie  et  une  mort  ! » 5,852—5,853. 

» Les  fils  de  Pândou  sont  continuellement  irrités,  dès 
qu’ils  s'approchent  de  Souyodhana  : il  est  impossible 
d'arrêter  cette  chose,  dont  la  nature  est  ingouvernable. 

» Qui  peut  forcer  le  destin  à reculer  par  une  action  hu- 
maine ? Vos  Altesses  ont  deviné  et  raconté  dans  l'assem- 
blée des  prodiges,  aïeul  des  kourouide *,  qui  annoncent  la 
ruine  de  la  terre.  De  tous  les  côtés,  on  m'a  parlé  du  Ya- 
soudévide  et  des  fils  de  Pàndou.  6,855 — 5,850. 

» Ils  ne  peuvent  être  vaincus  par  les  autres  hommes  1 » 
me  disait-on.  Nous  les  suppôt  tons  cependant  : « Je  serai 
dans  un  combat  le  vainqueur  des  Pàndouides!  » répon- 
dais-je;  et  cette  résolution  fut  arrêtée  dans  mon  cœur. 

p 11  est  impossible  de  renoncer  & cotte  inimitié  si  épou- 
vantable. L’âuie  satisfaite  de  remplir  mon  devoir , je 
combattrai  donc  avec  Dhanandjaya.  5,857 — 5,858. 

s Accorde- moi  ta  permission  pour  le  combat,  mon 
père  ! Avec  ton  agrément,  héros,  je  combattrai.  Voi.à  mon 
sentiment.  5,850. 

n Daigne  me  pardonner  toute  parole  choquante  et 
tout  acte  d'opposition,  que  j’ai  prononcé  ou  commis,  soit 
par  impatience,  soit  par  légèreté.  » 5,850. 

« S’il  est  impossible  que  tu  renonces  à cette  inimitié 
bien  épouvantable,  lui  répondit  Bhlshma,  je  t'accorde 
ma  permission,  Karna;  combats  donc  par  le  désir  de 
t’élever  au  Swarga.  5,851. 

» Sans  colère,  sans  orgueil,  correct  dans  la  conduite 
des  gens  de  bien,  accomplis  de  toutes  tes  forces,  de  toutes 
tes  facultés,  l’œuvre  d’un  roi.  5,852. 

» Je  t’accorde  cette  permission,  si  tu  la  désires.  Fais 


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RH1SH.M  \-IMHVA. 


583 


cette  chose  : tu  parviendras,  grâce  à Dhanandjaya,  aux 
mondes  conquis  par  le  devoir  du  kshatrya.  5,853. 

» Appuyé  sur  ton  courage  et  ta  force,  combats  sans 
orgueil  ; car  il  n’existe  rien  de  mieux  pour  un  kshatrya 
qu'un  loyal  combat.  5,85A. 

» Certes!  depuis  long-temps,  Karna,  je  me  consume 
en  immenses  efforts  pour  m'élever  à l'émancipation  finale, 
où  je  n'ai  pu  encore  atteindre  : je  te  dis  la  vérité.  » 5,855, 
Aussitôt  que  le  fils  de  la  Gangà  eut  parlé  de  cette  ma- 
nière, Ràdhéya,  s’étant  prosterné  devant  lui  et  se  l'étant 
rendu  favorable,  remonta  sur  son  char  et  s'avança  vers 
ton  fils.  5,856. 


FIN  Dl  CHANT  DH  IIHlSIlU» 


et  w 


\ Ol.l  Mt  SEPTIÈME  DE  I.A  TIIAIT'CTION. 


I 


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PETIT  INDEX 


DE  QUELQUES  MOTS  PEU  CONNUS  DANS  CE  PRÉSENT  VOLUME. 


Aum  ! c’est  l'affirmation  d’un  seul  Dieu,  de  qui  émanent 
les  trois  personnes  divines.  De  même  que  A est  le  sym- 
bole de  Brahma  ; U,  celui  de  Vishnou,  et  M,  le  caractère 
de  Çiva  ; de  même  que  ces  trois  lettres,  réunies  dans  le 
monosyllabe  Aum,  sont  prononcées  par  une  seule  émission 
de  voix  : ainsi  ce  nom  sacré,  mis  en  avant  de  toute  œuvre 
sainte,  est  une  confession  de  foi  que  ces  trois  Dieux  ne 
sont  qu’un  et  qu'ils  émanent  d'un  principe  commun  : 
l’Être  absolu,  éternel,  irrévélé. 

‘ B 

Brahmatchâri,  ordinairement  le  disciple  d’un  brahme; 
dans  un  sens  plus  général,  un  homme,  qui  s’est  lié  par  le 
vœu  d’observer  une  étroite  continence. 


Kalpa,  un  jour  et  une  nuit  de  .Brahma,  révolution  de 
quatre  cent  trente-deux  millions  d’années  humaines;  d’un 
côté,  mesure  de  la  durée  du  monde,  d’autre  part,  inter- 
'valle  jeté  entre  une  lin  de  monde  et  la  création  d’un  nou- 
veau. 


A 


K 


Digitiz 


586 


PETIT  INDEX. 


M 

Maâurvi , la  corde  d’»n  arc,  nervus  arruum  (Bopp), 
dérivé  de  moûrvâ , nom  d’une  plante  grimpante  , la 
sanseviera  zeylanica,  dont  les  fibres  servaient  à fabriquer 
cette  corde. 

O 

Oupanishad.  RR.  Oupa,  au-dessous,  et  nishad,  sedere, 
être  assis  ; position  de  l’élève  relativement  à son  maître. 
Portion  des  écrits  religieux  des  Indiens.  Sic  nominantur, 
dit  Bopp,  itl/r  Vedorum  parles,  quœ  de  philosop/iicis  et 
theologicis  rebus  disserunl. 

P 

Parvan,  nom  donné  à certains  jours  dans  le  mois  lu- 
naire, comme  la  pleine-lune  et  la  nouvelle-lune  ; périodes 
particuliers  de  l’année,  tels  que  l’équinoxe,  le  solstice  ; 
le  moment  de  l’entrée  du  soleil  dans  un  nouveau  signe. 

R 

Radjas.  Voyez  l'index  du  quatrième  volume. 

S 

Sattwa.  Ibidem. 

Sonia,  l’asclépiade  acide  ou  le  Sarcostema  viminalis, 
plante  sacrée , dont  le  jus , offert  aux  Dieux,  est  employé 
tiens  toutes  les  cérémonies  religieuses. 

Souiadattide,  nom  patronymique,  le  rejeton  ou  le  fils 
de  Somadalta,  un  des  surnoms  de  Blioûriçravas. 

Sousharman,  parfaitement  heureux , le  nom  du  roi 
des  Trigarttains. 

T 

Tamas.  Voyez  l’index  du  quatrième  volume. 


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PETIT  INDEX. 


587 


Y 

Yoga,  dans  la  signification  propre  da  mot  : jonction, 
union  ; dans  un  sens  figuré  , union  de  f esprit  à une  mé- 
ditation profonde ; contemplation  intime  du  Dieu  su- 
prême. Dans  une  signification  plus  restreinte,  l’auteur  dit 
à la  stance  92fi  : 

« Devenu  Indifférent  au  succès  et  au  revers,  accomplis  les 
œuvres,  sans  attendre  la  récompense  des  actions  ; c’eat  même  cette 
indifférence,  que  l'on  appelle  Yoga.  » 

Des  préceptes  pour  la  pratique  de  l’yoga  sont  donnés 
dans  les  stances  1,074  — 5 — 6 — 7 — 8 , et  çà  et  là  dans 
les  pages  suivantes. 

Sans  aucun  doute,  aucun  de  nos  lecteurs  ne  peut  con- 
fondre, à cause  de  la  ressemblance  des  noms,  l’Yoga 
avec  T 

Youga,  un  âge  du  monde,  comme  le  Krita,  la  Trêtâ,  le 
Dwâpara  et  le  cycle  Kali.  Voyez  page  21  du  présent  vo- 
lume. 

Youyoudhâna,  un  des  surnoms  de  Sâtyaki. 


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ERRATUM. 


Page  35,  ligne  13,  lisez  : Lui,  devant  qui,  la  grande  armée  des 

Pdndouides  Fuyant  vu  s'avancer,  tremble Supposez  une  simple 

virgule  à la  fin  de  la  stance. 

Page  47,  stance  622,  lisez  : Çakouni,  fils  de  Soubala,  Çalya,  né 
sur  la  terre  d'Avanti,  ûjayadratha,  Vinda  et  Anouvinda,  les  cinq 
Kaikcyains.....  Mais,  avec  les  suivants,  ils  sont  alors  quinze  et  non 
plus  dix  ; ensuite  les  frères  Kaikéyains  sont  dans  l’armée,  non 
de  Douryodban»,  mais  des  fils  de  l'Andou. 

Page  94,  ligne  8,  lisez  : C'est  l'ignorance,  qui  produit  terreur.  Le 
mot  elle  dans  la  phrase  est  amphibologique. 

Page  127,  dernière  ligne,  lisez  : Quiconque  sous  ce  point  de  vue.... 

Page  148,  stance  1,526,  lisez  : qu'avait  produit  ton  ignorance. 

Page  177,  stance  1,806,  lisez  : Ce  guerrier  aux  longs  bras,  tel  que 
le  Mérou  avec  la  lune,  éminent  Bharalide,  resplendissait..... 

Page  193,  retranchez  la  seconde  ligne  de  la  note  première  : 
Inadvertance. 

Page  221,  stance  2,239,  lisez  : Bhtmaséna  à la  tête  des  Tché- 
diens,  d'attaquer  cette  armée  des  Kalingains,  qui  s’avançait  avec  Re- 
tournât le  Nishadhain. 

Page  248,  dernière  stance,  lisez  : Ce  champ  de  bataille,  comme 
la  voûte  du  ciel  dans  la  saison  de  /’ automne,  resplendissait 

Page  289,  stance  2,901,  lisez:  Bhtma  au  lieu  de  Bhtshma.  De 
même  4 la  page  335,  stance  3,356,  lisez  encore  : Bhtma.  Inatten- 
tion du  secrétaire. 

Page  321,  ligues  4 et  5,  lisez  : ...bien  cher  à Drona,  se  dit  Ar- 
jouna  ; c’est  un  brahme,.... 


5flO 


ERRATUM. 


Page  344,  ligne  9,  lisez  : et  les  monceau x de  cadavres  mutilés 

Page  379,  stance  3,790,  c’est  traduit  suivant  le  texte  ; mais  il 
me  semble  qu’il  y a ici  corruption  et  qu'il  devrait  être  tourné  de 
cette  manière  : 

• Les  tiens  virent  cette  chose,  qui  ressemblait  4 un  immense 
prodige;  ses  frères  poussèrent  tous  des  cris  d'allégresse,  et, 
réunis  aux  armées,  ils  exaltèrent  ce  fils  de  Kounti.  > 

Page  401,  ligne  5,  lisez  ; Entourés  d'une  nombreuse  multitude,.... 

Page  438,  pénultième  ligne  avant  la  note  : lisez  : cottes  de 
mailles 

Page  458,  stance  4,591,  lisez  TArjounide  au  lieu  d'Arjouna. 

Page  462,  ligne  10,  lisez  : un  fardeau,  et  lança  puissant  roi...- 

Page  486,  ligne  19,  supposez  un  guillemet  fermant  > avant 
ÿhishma,  le  fils.... 

Page  499,  ligne  19,  lisez  : De  tous  côtés,  ils  remplirent  île  leur 
vent  les  conques.... 

Page  520,  ligne  16,  lisez  : J Ion  âme  s’affaisse  profondément,  aus- 
sitôt que  je  médite  ces  pensées  :.... 

Page  563,  ligne  23,  lisez  : s’approchèrent... 


Stance  182  du  huitième  volume  : Kdmbodjds  Soudalcshina- 
poura-.saras.  Il  devient  évident  ici  par  ce  passage  que  Soudukshina, 
traduit  comme  une  épithète  dans  le  présept  volume , est  un 
simple  nom  propre  du  roi  de  Kambodje. 


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TABLE  DES  MATIÈRES 


CONTENUES  DANS  LE  SEPTIÈME  VOLUME. 


Chapitra  : P**"*  : 

Avant-propos 1 

Sixième  lecture  et  chapitres  suivants 1 

La  Terre 

Le  chant  de  Bhagavat « 

La  mort  de  Bhtshma 

PIN  DE  LA  TABLE  DES  MATIÈRES. 


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